Une progression technique en arts martiaux s’acquiert-elle grâce aux rapports socio-spatiaux entre les pratiquants ? La capoeira offre un cas d’étude intéressant vis-à-vis de cette question, car ses techniques subissent des altérations en fonction de ses contextes de pratique. Considérant que la diffusion de l’art passe par des logiques territoriales et réticulaires, nous souhaitons revenir sur les processus d’apprentissage de la capoeira en Europe de l’Ouest en nous focalisant sur le cas des grupos implantés en Île-de-France. Les capoeiristes y ressentent un attachement au territoire, au lieu d’émergence de leur l’association, et à la structure déterritorialisée ou transnationale qu’est le grupo, soit une école multi-située régie par un mestre. Pour caractériser les contextes socio-spatiaux de progression des capoeiristes franciliens, nous nous appuyons sur une enquête géographique et ethnographique de plus de deux ans.
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Does technical progression in martial arts come from the socio-spatial relationships between practitioners? Capoeira offers an interesting case study in relation to this question, as its techniques live through modifications based on its practice contexts. Considering that the diffusion of capoeira follows territorial and networked logics, we reconsider here its learning processes in Western Europe. We focus on the case of grupos established in Île-de-France. Capoeiristas from this French region feel a connection to the territory, the place where their association was born, and to the deterritorialized or transnational structure called the grupo, a multi-sited school governed by a mestre. To characterize the socio-spatial contexts of progression of capoeiristas from Île-de-France, we rely on a geographical and ethnographic survey which has lasted for more than two years.
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¿Se adquiere una progresión técnica en las artes marciales gracias a las relaciones socio-espaciales entre los practicantes? La capoeira ofrece un caso de estudio interesante con respecto a esta cuestión, ya que sus técnicas enduran alteraciones en función de sus contextos de práctica. Considerando que la difusión del arte sigue lógicas territoriales y reticulares, deseamos volver sobre los procesos de aprendizaje de la capoeira en Europa Occidental, centrándonos en el caso de los grupos implantados en Île-de-France. Los capoeiristas allí sienten una conexión con el territorio, el lugar de surgimiento de su asociación, y con la estructura desterritorializada o transnacional que es el grupo, una escuela multi-situada regida por un mestre. Para caracterizar los contextos socio-espaciales de la progresión de los capoeiristas de Île-de-France, nos basamos en una encuesta geográfica y etnográfica de más de dos años.
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Introduction
La capoeira est un art qui a connu plusieurs phases de développement historique. D’un art hybride né du contact des cultures brésiliennes et africaines lors de la traite transatlantique, la capoeira est progressivement devenue une pratique criminalisée, puis le sport national de la république fédérale du Brésil. Elle connaît de nos jours un essor mondial, et notamment une nouvelle implantation européenne1. Du Brésil à l’Europe, la capoeira a connu des adaptations contextuelles relatives à ses territoires d’implantation2. Les générations européennes de capoeiristes contribuent à son développement territorial et à l’élaboration de nouveaux styles de pratique.
Les styles de capoeira se différencient sur le plan des body cultures ressenties dans l’interaction du jeu (« jogo ») de capoeira. La culture corporelle propre à un pratiquant a pour base l’acquisition de mouvements par autodiscipline afin de produire une performance, et une rencontre festive codifiée, soit la roda de capoeira3. L’impression d’opposition, de collaboration ou de synchronisation des deux joueurs de capoeira expérimentés, proviendrait d’une concordance de style. Les styles de capoeira présentent des différences techniques en termes de vitesse d’exécution, d’objectif martial ou poïétique, et d’incorporation par l’apprenant (embodiment). Les qualificatifs angola et regional réfèrent aux styles fondamentaux des pratiquants, en tendant à s’opposer en raison de leurs intentions et de leur tempo différents. Le jeu, autrement dit l’exercice, d’un capoeiriste de style regional est généralement accéléré par rapport à celui d’un capoeiriste angola4.
Depuis les années 1990, le développement territorial de la capoeira en Europe s’est caractérisé par une croissance exponentielle du nombre de collectifs d’apprenants. Sous la supervision pédagogique d’un professeur, ils se regroupent en des lieux amènes à leur pratique à l’intérieur des villes. En France, les entreprises de recensement des associations de capoeira se sont souvent heurtées à l’écueil de la vitesse des changements affectant le devenir de ces associations, comme les modifications de statuts, le renouvellement de leurs infrastructures d’accueil, ou leur disparition5. Face au manque de données sur l’emprise de la capoeira en France, en Europe, et dans le monde, il s’avère primordial d’effectuer une veille géographique des lieux investis par les capoeiristes.
Des volontés se sont manifestées afin de mieux comprendre ce que la capoeira exportée du Brésil vers d’autres cultures obtenait à leur contact. L’anthropologue Simone Pondé-Vassallo, dans sa thèse intitulée Ethnicité Tradition et Pouvoir, Le jeu de la capoeira à Rio et à Paris, souhaitait évaluer « la diffusion de la capoeira à Paris, […] à l’intérieur d’un phénomène plus large d’intensification de la circulation de personnes, d’objets, d’informations et de symboles à travers le monde, fréquemment appelé globalisation »6.
L’ambition d’une étude géographique de la capoeira est de saisir la diversité des expressions culturelles, sportives, et socio-politiques qui émergent dans un contexte territorial. Simone Pondé-Vassallo a étudié la capoeira parisienne à la fin des années 1990 et a produit un travail servant à la fois d’archives et de base de données pour faire une géographie des associations et grupos de Paris. Elle argumente que certains capoeiristes natifs ont tendance à prendre part aux cours de diverses associations, ce qui contrevient à la volonté d’enseignants brésiliens qui préfèrent qu’un unique professeur de référence soit choisi par le pratiquant. Encore de nos jours, de nombreux capoeiristes parisiens prennent part à des échanges inter-associatifs locaux7. Ces cadres de pratique amènent les techniques des grupos à se diffuser à travers l’action de pratiquants externes à ceux-ci.
L’association réfère à un agencement de personnes s’entraînant dans un même lieu, la plupart du temps une salle communale, et dont l’activité a été déclarée à un organisme d’État, soit le « journal officiel » en France, ou le registro au Brésil8. Le grupo est un ensemble d’associations adhérant à des principes et une hiérarchie commune. Il est composé de capoeiristes répartis sur plusieurs territoires, municipalités, États ou continents. Ceux-ci partagent des références communes sur le plan des techniques de capoeira par affiliation à un ou plusieurs experts : les mestres9.
Afin de schématiser l’organisation du monde social de la capoeira, il faudrait pouvoir décrire les liens entre des personnes d’un même territoire, de territoires différents, représenter leurs appartenances à une association, puis à un grupo, et même leurs connexions à d’autres grupos.
Le monde social formé par les capoeiristes s’entraînant en région Île-de-France nous offre un exemple pertinent pour étudier les conjonctions entre les logiques de réseau et de territoire. Les capoeiristes peuvent ressentir à la fois un attachement au territoire, à la localité d’origine de leur l’association, et à la structure déterritorialisée, transnationale ou internationale, que l’on appelle le grupo. Le grupo trouve des modes de représentation symboliques grâce au logo, brandi comme un blason par fierté ou engagement avec la collectivité à laquelle le capoeiriste appartient. Les logos font partie d’un système de signes distinctifs vestimentaires que l’on retrouve peu dans l’organisation d’autres arts martiaux comme le judo, l’aïkido ou même le karaté.
Les relations entre les capoeiristes donnent une cohérence entre logiques territoriales et logiques de réseau, car tout un réseau relationnel faisant fi de la distance réunit les capoeiristes d’un même grupo, voire de grupos différents. Comment les capoeiristes mettent-ils à profit la dialectique territoire-réseau pour progresser dans leur art ? Quels impacts les engagements territoriaux et réticulaires des capoeiristes ont-ils sur l’utilisation de techniques spécifiques ?
Avant de les aborder sous un angle dialectique, nous définirons d’abord les notions de territoire et de réseau que mobilise notre étude. Nous porterons spécifiquement notre attention sur ce qui implique d’appréhender ces notions relativement au monde social de la capoeira. Ensuite, nous reviendrons sur le déroulement et les résultats de l’enquête ethnographique auprès des associations de capoeira d’Île-de-France que nous avons menée entre 2020 et 2023, qui a notamment permis de produire des cartes en réseau des capoeiristes franciliens. Nous verrons enfin quelles mesures emploient les associations de capoeira franciliennes pour diffuser les normes stylistiques de leur grupo. Avant de conclure, nous examinerons des exemples concrets des moyens mis en œuvre par les capoeiristes pour se rencontrer, coopérer, ou même créer des effets de concurrence.
L’organisation des grupos : logiques de réseau et territoires
Logiques réticulaires du monde social des capoeiristes franciliens
Dans la partie de sa thèse intitulée « Le réseau », Simone Pondé-Vassallo caractérise le réseau produit par les capoeiristes comme une « structure fractale ». Elle commence sa démonstration en affirmant que la capoeira évolue à travers un « réseau d’alliances entre les différentes écoles »10. Ces écoles correspondent aux associations. Ce sont les noyaux de l’organisation réticulaire des capoeiristes ; ce sont des contextes de réunions quotidiennes dans divers territoires, diverses villes, des contextes socio-spatiaux dont l’organisation est supervisée par une personne : le mestre qui coordonne le grupo. Localement, ce mestre peut proposer des cours dans une association, mais il peut aussi choisir de déléguer ce rôle à un élève enseignant que l’on qualifie dans ce cas d’« enseignant affilié » (afilhado) au mestre11. Ce mestre délégateur des rôles sociaux des élèves est lui-même lié à d’anciens mestres ayant permis son évolution, puis son émancipation en octroyant le titre « Mestre ». Celui-ci est inséré dans un réseau généalogique, et son entreprise insère ses élèves dans un système de descendances sur un modèle Ancêtre-Père-Fils12.
Simone Pondé-Vassallo indique que ce système est hégémonique dans la capoeira actuelle. Mais il n’est pas le seul en vigueur. L’anthropologue Celso de Brito évoque le cas de « parrainages » (apadrinhamento) en référant à un système s’inscrivant moins dans une généalogie, mais lié à une même pédagogie13. Un parrainage se forme lorsque deux grupos sont en bonne entente, et que l’un reconnaît l’autre comme parrain. Même si le mestre du grupo parrain n’est pas celui qui a enseigné la capoeira au grupo filleul lorsqu’il s’est formé, le grupo parrain est reconnu en tant que modèle pédagogique par le filleul. Nous n’avons pas fréquemment rencontré ce cas en Île-de-France.
Le modèle de descendance dans lequel les grupos de capoeira évoluent impose dans certains cas une stricte parenté technique : le mestre titulaire d’un grupo étant l’ultime dépositaire d’un style, le disciple souhaitant transmettre ses connaissances se devrait d’apprendre uniquement de lui. La compétence du mestre lui donne une autorité qui fait des émules. C’est pourquoi l’apprentissage d’une capoeira passe par l’imitation :
Pourquoi tout le monde imite un style ? […] Les gens ne sont pas eux-mêmes dans la construction de leur capoeira. Pour ma part, j’ai acquis mon identité en référence à mon Mestre, et c’est lui qui m’a permis de la trouver14.
Le mestre, en tant que référent, emploie divers moyens de transmission pédagogique au-delà d’un cours ou d’un entraînement face à ses élèves. Certains grupos prévoient des transmissions vidéo aux élèves-enseignants d’un mestre pour qu’ils poursuivent leur apprentissage à distance et le transmettent à leur tour. Ce recours fut d’ailleurs employé à multiples échelles en période de COVID : à la fois des mestres aux professeurs, des professeurs aux élèves, et entre élèves15.
D’autres relations entre les grupos se forment dans un contexte moins institutionnalisé. Elles adviennent lors des rencontres entre capoeiristes. Ces rencontres donnent l’occasion à deux grupos qui ignoraient leur existence de nouer des amitiés.
Simone Pondé-Vassallo conçoit le système de la capoeira comme « fractal » dans la mesure où une même forme relationnelle s’y répète quelle que soit l’ancienneté des liens. Elle renvoie en l’occurrence aux liens hiérarchisés entre les mestres, puis entre élève-enseignant et élève. Un tel système a été schématisé dans le livre Six Degrees de Duncan Watts. L’auteur faisait apparaître un système d’embranchement comme un système adapté pour sa simplicité, à la recherche d’un individu dans un groupe social16. Cependant, le rôle social d’un individu s’inscrit dans les faits au sein d’une multitude d’associations complexes entre les personnes. Simone Pondé-Vassallo précise qu’au fur et à mesure de leur progression, les capoeiristes d’une association sont amenés à accompagner leur enseignant à des rodas et évènements extérieurs, puis à y aller seul17. L’enseignant sert d’abord de médiateur au réseau personnel d’un capoeiriste, puis il enrichit ses liens à l’intérieur de ce monde social. Il peut alors être amené à apprendre des techniques que son enseignant de référence ne lui aurait pas apprises. Un enseignant rencontré en région parisienne déclarait à ce titre :
Je perçois mon cours comme une pierre à l’édifice. En enseignant la capoeira, je me considère cependant comme vecteur de deux responsabilités. Ma première responsabilité est celle de la transmission. La capoeira est un art que je me dois de transmettre de la manière la plus authentique possible. Ce que j’enseigne, on me l’a enseigné, je l’ai appris dans un cours ou dans une roda, et je veux que mes élèves soient porteurs d’un savoir juste et vrai. […] Mais en tant que prof, je suis conscient que mes élèves n’apprennent pas qu’avec moi, ils apprennent la capoeira à travers toutes les rencontres qu’ils font dans la capoeira. Dans leur vie comme dans la capoeira, je souhaite qu’ils ne s’arrêtent pas d’apprendre, qu’ils fassent une collecte infinie de savoirs18.
Lorsque la transmission technique s’établit dans le cercle social restreint des participants d’un cours, il est possible d’associer la culture corporelle à une culture partagée. Cependant, dans le cadre d’échanges informels dus à des « rencontres », la culture capoeiristique devient individuelle. La « collecte infinie » des techniques dépendrait alors du nombre d’accointances personnelles d’un pratiquant et de la variété des styles qu’elles mobilisent.
En géographie sociale, le territoire désigne une étendue d’espace appropriée par un groupe humain.19 Le territoire a une composante spatiale, relevant strictement du cadre physique d’une localité, et une composante sociale, relative à l’usage de l’espace par des collectivités. Pour faire une typologie des territoires de capoeira, nous avons cherché à faire un bilan des contextes de pratique.
Dans le cadre des cours, une salle est la plupart du temps allouée par un organisme privé ou communal à une association. Lorsqu’une association ne trouve pas de salle, il arrive que celle-ci s’entraîne dans des espaces extérieurs, même si les capoeiristes gardent une préférence pour les lieux couverts. Pendant la période des confinements et entre les confinements, certaines associations d’Île-de-France s’entraînaient dans les parcs proches des lieux de résidence des adhérents. Nous avons repéré une association s’entraînant dans un parking public, et une autre à proximité d’un stade. Hors contexte exceptionnel et période de COVID, les salles fermées servent aux entraînements et aux rodas.Il est habituel de trouver des rodas dans des espaces extérieurs en été et en automne. Autrement, les salles des cours servent aussi de lieux de rodas. Les rodas advenant en contexte d’évènements peuvent s’inscrire dans un espace-temps plus long que ceux des cours ou des rodas d’intérieur ou d’extérieur, qui s’apprêtent à des créneaux de deux à trois heures.L’évènement dure a minima une journée. Il peut constituer une occasion de se rapprocher de la collectivité territoriale qu’est la commune, car il peut être festif, et demander un support logistique plus important. Certaines associations parviennent à organiser des évènements dans les locaux de leurs cours, tandis que d’autres font la demande d’une infrastructure conséquente auprès de leur mairie, comme un gymnase ou une salle des fêtes. Plusieurs espaces, souvent l’un dédié aux stages de capoeira donnés par des professeurs, et l’autre réservé à la fête, peuvent être accordés aux capoeiristes dans le cadre d’évènements durant plus de deux jours. Le soir venu, il arrive que les capoeiristes aillent communément partager un repas dans un restaurant. Dans ce contexte, il arrive que deux inconnus souhaitant faire connaissance décident de le faire spontanément au travers d’un jeu de capoeira.
En tant qu’activité socio-motrice20, le jeu de capoeira est malléable. La conduite motrice d’un pratiquant trouve souvent des règles imposées par un professeur lors d’un cours (a), que ce soit relativement à la nomenclature des mouvements exécutés, ou à leur intention. L’enseignant choisit généralement de travailler un certain nombre de mouvements d’attaque, d’esquive, d’acrobatie et de déplacement. La roda (b) s’apprête davantage à une performance ritualisée, c’est-à-dire soumise à des normes comportementales et spatio-temporelles ayant une connotation sacrée21. Les fundamentos désignent dans le cas des rodas de capoeira angola les usages propres à un grupo décidés par un mestre, et les capoeiristes qui y contreviennent sont blâmés22. À l’inverse, le jeu spontané advenant lors d’un évènement se caractérise par son improvisation totale et la liberté des deux joueurs de lui donner la tournure qu’ils souhaitent.
| Cas | Conduite socio-motrice | Exemples d’interaction |
|---|---|---|
| Cours (a) | Codifiée par l’enseignant |
Exécution d’une séquence de mouvements en ligne Queixada – descente en Negativa – Rolê – Benção |
| Roda (b) | Partiellement codifiée par les rituels et fundamentos |
Salutation – Cocorinha aux pieds du berimbau gunga Entrée dans le jeu – Aú Jeu libre d’attaques et réactions en esquives synchronisé au rythme du berimbau gunga Remerciements par poignée de main |
| Jeu spontané (c) | Libre |
Demande de jeu ou provocation – le pied du joueur provocateur vient discrètement déséquilibrer les appuis d’un camarade Jeu libre de déséquilibrants, d’attaques et d’esquives avec une manifeste volonté de plaisanter et de piéger Possibilité de jouer en parlant. |
Les contextes de pratique du cours, de la roda, et de l’évènement ne sauraient résumer l’expérience de la capoeira, car celle-ci s’inscrit dans un devenir singulier et collectif23. Ils constituent cependant des cadres de diffusion de techniques, et nous aident à penser l’emprise des espaces investis par les capoeiristes.
Même s’il s’inscrit dans un système relationnel restreint ne concernant que des acteurs intéressés par la capoeira, le territoire-réseau des capoeiristes est polytopique et s’articule autour de pôles d’attractivités. En comptant l’ensemble des communes sur lesquelles un grupo a implanté un cours grâce à un enseignant en Île-de-France, nous obtenons des aires d’influence24. Ces aires d’influence comprennent la commune d’implantation d’un cours, ses environs, ainsi que l’ensemble des autres communes d’implantation du grupo. Une aire ne s’articule pas autour d’un pôle, mais de plusieurs. Le géographe Felipe do Couto Torres pense les territoires appropriés par un grupo comme un « genoespaço ». Ce concept qu’il emprunte au géographe-urbaniste Paulo César da Costa Gomes se réfère à la manière dont un individu appréhende l’espace en ce qu’il l’associe à un collectif dont il fait partie25. Felipe do Couto Torres s’intéresse également aux interactions qu’ont les capoeiristes dans les espaces qu’ils partagent. Sa thèse porte sur le réseau de 21 rodas dans Brasilia – Distrito Federal, et il le reconstitue à partir de la méthode inductive suivante. Il constate dans un premier temps quelles sont les personnes à se rendre aux mêmes lieux de rodas. En suivant des enquêtés, il déduit que des biens monétaires et humains circulent à travers l’Unité fédérale. Les rodas peuvent avoir lieu à la fois dans des points d’importance de l’espace public, comme la Torre da Televisão, ou dans les locaux des académies. Il qualifie le territoire des grupos de capoeira de discontinu, à la manière d’un réseau. L’espace se trouve ainsi approprié en certains points stratégiques ayant la fonction de lieux d’échanges ; ce sont des échanges physiques propres aux jeux de capoeira, et des échanges de capitaux relationnels, économiques, voire politiques si l’on considère les cas d’académies concurrentes. Le géographe identifie l’occupation d’un lieu de roda comme une marque d’affirmation du pouvoir d’un grupo. Il s’agit notamment de mettre en avant des capoeiristes talentueux pour vanter la pédagogie d’une école.
Au contraire des logiques réticulaires du monde social des capoeiristes, qui tendraient à répandre l’utilisation de techniques, les logiques territoriales tendraient à les rendre propres à un collectif déterminé. Jouant de distinction par leurs particularités techniques, les grupos sont structurellement en concurrence. Qu’advient-il alors en Île-de-France, dans une région urbaine densément peuplée où cohabitent plus de 30 grupos à travers plus de 80 associations ?
Enquête socio-géographique auprès des capoeiristes franciliens (2020-2023)
Pour reconstituer le réseau social des capoeiristes d’Île-de-France, nous avons été contraints de deux manières. Avant de produire un recensement valable, il nous fallait connaître le nombre exact d’associations de la région à un instant précis. Or, nous n’avions aucune idée du nombre précis d’associations que nous pourrions atteindre et nous n’avions par conséquent aucune idée du moment auquel arrêter notre collecte de données.
Nous avons pu établir un recensement sur de précédents recensements faits par des capoeiristes, ainsi que sur les travaux de Simone Pondé-Vassallo et de la sociologue Monica Aceti qui ont consacré une partie de leur thèse à dépeindre les grupos de capoeira autour de Paris. Pour ce qui était de relever par nous-mêmes les effets de réseau, nous nous sommes rendus aux rodas des académies, et avons constaté les interactions entre les personnes. Ces interactions nous renseignaient sur l’agencement hiérarchique et relationnel des capoeiristes, tout en nous indiquant la teneur de leurs relations. Les académies dont les membres déclaraient avoir connu des mésententes refusaient par exemple de se rendre à leurs rodas mutuelles.
Une autre partie de notre méthode consistait à nous rendre dans les académies, jouer avec nos enquêtés, puis leur proposer un entretien. L’observation participante nous a permis de repérer des techniques usitées pour certains grupos importants, et des techniques relevant des préférences personnelles des mestres ou des « connaissances » des joueurs. Les entretiens commençaient par la reconstitution du réseau généalogique des capoeiristes et prenaient ainsi une tournure biographique. Progressivement, les enquêtés déclaraient qui étaient leurs alliés ou les personnes qu’ils rencontraient régulièrement au cours de l’année, puis quelles étaient les personnes avec qui ils n’entraient pas ou plus en contact. Nous avons rencontré quelques cas où des enquêtés ont catégoriquement refusé de nous parler des autres grupos d’Île-de-France. En fin d’entretien, nous demandions aux enquêtés de nous dresser un bilan de l’aire d’influence que touchait leur académie, puis leur grupo, en prenant en compte tous les collègues enseignants de capoeira qu’ils connaissaient.
Pour produire la carte-réseau présente, nous avons abstrait chaque capoeiriste à un point auquel nous avons associé les attributs suivants afin de les distinguer : grupo – association – sexe – âge. Ces attributs nous ont permis de créer des identifiants permettant d’anonymiser les 850 capoeiristes d’un premier réseau. Ces 850 nœuds prenaient en compte l’ensemble des capoeiristes mentionnés dans les discours des capoeiristes que nous avons rencontré. Sur tous ces nœuds, nous avons opéré une partition et avons obtenu un réseau de 483 capoeiristes implantés durablement en Île-de-France. Sur la visualisation ci-dessus, nous les avons distingués en classes représentant les grupos dominants de la région.
À travers les liens que les personnes tissent, nous sommes parvenus à retracer l’histoire de l’implantation des grupos et des associations d’Île-de-France. Focalisons-nous sur le cas du grupo Capoeira Brasil et ses ex-affiliés (A. noeuds bleu foncé) et l’ensemble des ex-affiliés du grupo Capoeira Gerais (E. nœuds vert foncé).
Le grupo Capoeira Brasil s’est implanté en région parisienne dans les années 2000 à la suite de sa séparation du Grupo Senzala (B. nœuds vert clair) dans les années 1990. Il connut une médiatisation retentissante lors de ces vingt dernières années, et les branches établies par Mestres Paulinho Sabia et Paulão Céara connaissent encore un nombre d’adhérents croissant. Certains anciens enseignants franciliens ayant appartenu à ce grupo sont cependant entrés en désaccord avec son fonctionnement global. C’est ainsi que se sont formées des associations affirmant une ancienne affiliation à Capoeira Brasil et s’inscrivant sous de nouvelles structures hiérarchiques. Le grupo C., par exemple, à la période de l’enquête, avait tendance à se rapprocher des associations Muzenza en Seine-Saint-Denis (D. nœuds en rouge).
Nous avons remarqué une technique récurrente chez plusieurs descendants du Grupo Senzala de nos jours dans des associations et grupos divers : la Queixada avançada. Il s’agit d’un coup de jambe circulaire donné après avoir effectué un pas vers l’avant avec le bord latéral du pied lancé grâce à une rotation externe de la hanche. Le mouvement Queixada n’est pas nécessairement donné après avoir fait un pas en avant dans d’autres pédagogies. Compte tenu des échanges qui continuent à être entretenus par les grupos issu de la lignée « Grupo Senzala » en Île-de-France, ce mouvement serait à la fois le signe d’une pédagogie réminiscente, et une marque de l’originalité de ces grupos. Sans nécessairement admettre que la Queixada avançada serait le signe d’une parenté de style, les pratiquants la voient comme une technique efficiente dans le cadre du style de jeu de leur grupo.
Chez nous, on a l’habitude d’avancer avant de lancer la Queixada. Ça donne de l’élan, ça nous permet d’être à la diagonale de notre camarade, et c’est comme ça que se construit notre jeu. Comme ça, on travaille nos séquences correctement. Quand quelqu’un ne le fait pas, ça nous surprend, même si on sait que ça existe26.
Pour ce qui est des descendants du grupo Capoeira Gerais, plusieurs redéfinitions identitaires des descendants de ce grupo se sont produites en Île-de-France. Jusqu’en janvier 2023, il n’y avait plus qu’un professeur représentant Capoeira Gerais. Des mestres descendants de ce grupo ont développé des associations à l’échelle locale. Mestre Mão Branca, a formé trois mestres. Mestres Railson et Maxuel ont d’abord fondé ensemble le grupo Sul da Bahia, puis ce dernier a fondé sa propre école nommée Academia Angá Capoeira. Même si ces Mestres n’habitent pas en région parisienne, ils sont représentés par un élève contramestre et plusieurs professeurs. Le troisième est un mestre qui a créé son grupo à Créteil.27 Ces cas tendent à démontrer le fonctionnement fractal du système hiérarchique du monde social de la capoeira décrit par Simone Pondé-Vassallo. Dans le DVD « Capoeira na Veia », Mestre Mão Branca décrit le style du grupo dont il est fondateur comme mixte, piochant des éléments des styles angola et regional.
Nous travaillons la capoeira comme un tout. La capoeira est plurielle, non pas singulière. C’est pourquoi il est très important que nous connaissions un peu de capoeira angola, un peu de regional, de tout ce qui respectueusement se réfère au mot ‘capoeira’28.
Le style de capoeira, plutôt que de s’apparenter à un héritage, résulterait du choix de ne pas s’attacher à un style prédéfini dans le cas du grupo Capoeira Gerais, il s’agirait de laisser un choix ouvert au pratiquant de définir l’intention de ses techniques. Selon le chercheur en sciences des sports Franz Eric de Goes Cressoni, la capoeira contemporânea a pour particularités de se référer aux deux styles angola et regional comme des styles de référence, d’inventer de nouveaux fondements de pratique (fundamentos) à partir d’eux, pour aboutir à une nouvelle incorporation des techniques (embodiment)29. Cette nouvelle incorporation transparaît notamment dans l’apprentissage séquentiel de la capoeira dans les grupos Capoeira Gerais et Sul da Bahia. Mestre Mão Branca a élaboré cinq séquences servant de bases pratiques. Son élève Mestre Railson en a créé sept. Le style contemporânea, auquel se réfère le grupo Capoeira Gerais, entretient en l’occurrence des représentations sportives de la capoeira, avec un jeu à distance sur rythme rapide apprêté pour lancer des acrobaties. Cette forme de jeu a été identifiée chez les descendants de ce grupo à Paris.
Sur le graphe, nous avons entouré en rose la « zone d’échange » entre les grupos franciliens. Des nœuds de différentes couleurs se lient les uns aux autres, notamment ceux correspondants aux capoeiristes du grupo ABADA et ses ex-affiliés (F. nœuds mauves), Senzala (nœuds vert clair), Capoeira Brasil (bleu foncé) et les branches de Capoeira Gerais (vert foncé). Ces liens entre les grupos représentent des amitiés entre les enseignants d’Île-de-France qui peuvent être antérieures à leurs affiliations actuelles. Ces liens sont modelables car les amitiés se fondent sur des systèmes de régulation, soit des cercles sociaux communs, des interconnaissances communes, et des expériences partagées. Elles prennent de l’importance lorsqu’elles sont multiplex, lorsqu’elles émergent dans plusieurs contextes simultanément30. Lorsque deux personnes font connaissance grâce à leur pratique de la capoeira, elles ne deviennent amies qu’après de nombreux moments partagés, dont beaucoup adviennent en dehors de la salle de capoeira. Une relation qui ne se baserait que sur des échanges en lien avec la capoeira peut a contrario prendre la forme d’une rivalité ou d’une coopération sans aboutir à une amitié. L’amitié et le respect entre deux professeurs peut modifier mutuellement leurs perspectives techniques et stylistiques, comme le décrit Contramestre Deitado :
J’ai un de mes meilleurs amis qui est professeur de capoeira et habite au Japon. Nous nous rendons mutuellement visite une fois par an. […] Contrairement à la France, où je connais plus de grupos de capoeira orientée regional, et au Brésil, où je connais aussi plus de grupos de regional, je connais davantage de grupos de capoeira orientés angola au Japon31.
Bien qu’il pratique davantage un « style orienté regional » en région parisienne, Deitado a acquis une expérience de capoeira angola à travers ses connaissances au Japon. Les connaissances d’un professeur dans le monde social international de la capoeira peuvent même constituer un argument de mise en valeur du collectif à la tête duquel il se trouve. Ainsi, les capoeiristes du grupo Capoeira Brasil que nous avons rencontré décrivent souvent le foisonnement international de leur grupo comme un atout fédérateur.
Toutes les communautés de capoeiristes repérées en Île-de-France sont liées entre elles ; elles forment une seule composante32. Ce réseau a effectivement une singularité propre aux réseaux sociaux orientés par un centre d’intérêt commun : il s’agit d’un réseau petit-monde. Le phénomène de petit-monde implique que les membres d’une société sont interconnectés par des chaînes de liens très courtes. Stanley Milgram a voulu mettre ce phénomène en évidence en 1967 en faisant envoyer une lettre de personnes du Nebraska, un état montagneux et rural des États-Unis, à des habitants de Boston – Massachussetts.33 Au fur et à mesure, des réseaux sociaux organisés comme des communautés liées entre elles par des personnes intermédiaires ont été mises en évidence. L’analyste de réseau Oskar Sandberg a ainsi mis en avant deux propriétés du réseau petit-monde : il « dispose d’un diamètre réduit comme un graphe aléatoire, et d’importantes communautés comme un graphe de proches voisins organisés »34. Par convenance et hommage à Stanley Milgram, nous nous sommes accordés à ce qu’un diamètre réduit, pour un graphe tel que le nôtre, soit inférieur à 14 liens. Même si Milgram avait trouvé que 6 liens en moyenne reliaient les personnes du Nebraska à celles de Boston, sa chaîne de liens la plus longue, hors échecs de son expérience, était de 14.
Le diamètre de notre réseau de capoeiristes est de 7. La longueur moyenne des chaînes de liens entre les capoeiristes est de 3,344. Nous pouvons donc légitimement qualifier le réseau des capoeiristes franciliens de réseau petit-monde.
Nous avons ensuite superposé ce précédent réseau à un fond de carte de la région Île-de-France. Nous avons placé un point en chaque lieu de cours principal des professeurs, c’est-à-dire à l’emplacement de la commune où il donne le plus de cours par semaine35. Nous avons représenté nos données relationnelles en reliant d’abord les lieux emblématiques d’un même grupo, puis en reliant les lieux emblématiques de grupos différents lorsque deux capoeiristes de ces grupos se connaissaient.

Nous constatons ici le rôle de hub que remplit le département de Paris pour rassembler les grupos de diverses identités. Pour ce qui est des départements de banlieue, la situation s’apparenterait à celle d’un front pionnier36, car certaines communes n’ont pas d’association de capoeira, même si une concurrence demeure entre les grupos en des communes stratégiques telles que Saint-Denis, Montreuil, ou autour de Boulogne-Billancourt. Dans la grande couronne, les communes avec des cours de capoeira sont morcelées sur le territoire. Elles sont plus nombreuses en zone frontalière à la petite couronne. En des zones plus reculées, il est nécessaire de prendre la voiture ou le Transilien pour accéder à des lieux de cours de capoeira. Les grupos disposent chacun d’une emprise spatiale particulière, comme le « super-grupo » Senzala qui est représenté dans les trois couronnes de l’Île-de-France, alors que certains restent sur un Paris et la petite couronne, comme le grupo Capoeira Brasil ou ont un département majoritaire, comme Muzenza et ses grupos dérivés en Seine-Saint-Denis.
Les capoeiristes ont créé en région Île-de-France des contextes de rencontres favorisés dans Paris, ou dans certains espaces apprêtés. Par exemple, les capoeiristes du Grupo Senzala font un roulement entre les gymnases qu’ils fréquentent à l’occasion de leurs évènements ou rodas. Cette même situation se présente en Seine-Saint-Denis pour le grupo Muzenza.
Le cosmopolitisme des techniques corporelles de la capoeira, confluences entre logiques de réseau et de territoires.
Du Brésil, vers le monde, vers Paris
Avant de mener notre enquête en région parisienne, nous avons émis l’hypothèse que les techniques et formes de jeu propres à chaque grupo ne se répandaient qu’en leur sein, en veillant à ne pas être reprises par des agents extérieurs. Ce cloisonnement des connaissances techniques aurait pour objectif la conservation des différences identitaires entre les grupos. La mise en concurrence de leurs différences identitaires collectives leur permettrait de trouver une place sur le marché culturel de la capoeira.
Cette hypothèse s’est notamment retrouvée valide par le passé à travers le cas du grupo international Cordão de Ouro. Des années 2000 à 2021, année à partir de laquelle des séparations eurent lieu au sein du grupo, des associations rattachées à ce grupo furent fondées dans plusieurs pays européens. La valorisation du grupo est passée par l’invention d’une nouvelle forme de jeu à l’initiative du fondateur Mestre Suassuna : le jogo miudinho. Pour créer un style contemporânea qui soit propre à son grupo, Mestre Suassuna inventa une esthétique de jeu avec ses propres techniques et son propre rythme, composée de mouvements synchronisés avec un objectif d’improvisation ludique. Des mouvements tels que le Swing – un jeu de jambes exécuté à la manière d’un swingueur – ou le Corrupio – un saut à pieds joints en rotation autour d’une main touchant le sol – peuvent y être inclus par esthétisme alors qu’ils contrediraient les intentions martiales d’un jeu orienté regional, ou les codes rituels d’un jeu angola37. Le succès du grupo Cordão de Ouro en région parisienne peut être expliqué par le choix de lieux de pratiques centraux à l’échelle de la métropole (les 3e, 6e et 12e arrondissements), mais aussi par l’exclusivité du jeu miudinho.
La pratique du jeu miudinho a été popularisée en dehors du grupo Cordão de Ouro grâce aux vidéos diffusées sur le web montrant des jeux de miudinho caractéristiques, des mouvements exécutables dans ce jeu, et des séquences démontrant l’efficacité de techniques à l’intérieur de son système d’interactions. D’une pratique cloisonnée, d’abord propre aux élèves de Mestre Suassuna au Brésil, les connaissances relatives au jeu miudinho ont atteint la communauté internationale des capoeiristes. Enfin, le jeu miudinho prend un caractère local, en devenant une pratique à laquelle les associations s’exercent. Sur notre terrain francilien, nous nous sommes exercés à ce type de jeu (physiquement et musicalement) dans deux associations n’entretenant pas de parenté technique déclarée avec le grupo Cordão de Ouro.
Nous venons de travailler le toque miudinho. Je ne suis pas de Cordão de Ouro, tu le sais, mais je me suis entraîné sur plus de 23 toques, et le miudinho en faisait partie. Pour moi, la curiosité du capoeiriste n’a pas de limites. Mais je préfère toujours mon propre style38.
La parenté technique qui relevait auparavant d’une logique territoriale, propre aux lieux de pratique du grupo Cordão de Ouro, est désormais déterritorialisée. L’apprentissage technique suit trois sources de publicisation : d’abord, un lieu d’origine, le lieu où un capoeiriste innove en créant un assemblage technique, un type de jeu, ou même une musique. Ensuite, vient la publicisation globale via internet, rendant accessible à tout pratiquant la technique inventée. Enfin, vient l’adaptation locale d’une technique, une adaptation pouvant donner lieu à un nouveau processus inventif. L’utilisation de techniques par les capoeiristes dépend donc de l’hybridation des cultures de « l’origine, du global et du local », comme le présente Aceti39.
Nous avons assisté à une démonstration in situ des différentes techniques des grupos franciliens lors des rencontres en rodas ouvertes et lors d’évènements, soit des occasions d’échanges locaux. Certains grupos acceptent plus volontiers que d’autres l’emprunt et la réadaptation de techniques « globalisées ». Alors que certains souhaitent apprendre par mimétisme d’une seule origine, d’autres voient leur style individuel comme un amalgame d’apprentissages diversifiés. Une divergence idéologique existe entre les capoeiristes pensant qu’un style de capoeira est authentique s’il imite celui d’un mestre, et ceux qui voient l’authenticité dans l’expression individuelle. Les choix d’imitation des capoeiristes déterminent la popularité des techniques, et par conséquents des grupos, ainsi que de leurs enseignants inventeurs et transmetteurs. Des métissages techniques sont dus de nos jours à la forte proximité relationnelle et géographique des grupos, et peuvent se remarquer au travers d’attitudes subliminales, comme l’orientation d’un coup, le placement d’une main ou d’un pied, ou la hauteur d’une garde. Le métissage des styles de capoeira était pour certains anciens capoeiristes franciliens antérieur à l’institutionnalisation des grupos :
J’ai commencé à la Villette et dans la rue, et j’y suis resté longtemps. Pour moi, la capoeira des grupos me semblait une trahison à l’époque. Je voulais rester avec la team de la Villette, et je m’y suis entraîné beaucoup. C’est encore là que j’ai passé le plus de temps à faire de la capoeira. Puis j’ai trouvé mon grupo40.
L’apprentissage « dans la rue » de certains capoeiristes lors des années 1990 a créé une première logique territoriale à laquelle s’est supplantée la logique de réseau des grupos. Ces logiques de développement entremêlées nous invitent à voir l’emprise de la capoeira en Île-de-France comme un territoire-réseau au sens du géographe Joe Painter, c’est-à-dire comme un territoire produit par effets de réseau, une délimitation spatiale d’ordre politique parce qu’elle est soutenue par des liens entre acteurs sociaux41.
Mobiliser un territoire-réseau : migrations, concurrences, trends
À la fois principe fondateur et conséquence du territoire-réseau, les migrations correspondent aux déplacements quotidiens des capoeiristes d’une association pour rencontrer ceux d’autres associations. Le géographe Jean Gottman entend que le territoire fonctionne comme une portion d’espace accessible à travers la pluralité des flux. Ce qui constitue « l’espace accessible » ce sont en l’occurrence les salles de capoeira, voire les salles d’évènements, soit des lieux de réunions temporaires42. À l’intérieur de ces lieux de rencontre, il est courant que les enseignants de capoeira motivent leurs élèves à se délocaliser, à aller dans d’autres environnements de pratique. Il est commun de rappeler : « À telle date, se produira l’évènement de tel professeur ». Pour des associations d’un même grupo ayant des locaux proches, les professeurs encouragent leurs élèves à aller au cours des enseignants voisins. Ces incitations à visiter d’autres professeurs ont un intérêt social et fédérateur, visant à renforcer la solidarité du grupo, mais aussi économique, car l’inscription à plusieurs cours de capoeira peut valoir une augmentation du coût d’une adhésion. Échanger des adhérents entre professeurs permet aussi de créer une collaboration pour des ateliers ou évènements communs.
Les concurrences sont le revers des migrations. Même si elles relèvent d’un intérêt économique, car des professeurs perçoivent des revenus liés à la capoeira selon leur nombre d’adhérents, elles peuvent comprendre une part de jugement moral. Lors des entretiens menés, le motif que les enquêtés donnaient souvent lorsqu’ils annonçaient qu’ils ne fréquentaient plus une autre association de capoeira était un désaccord moral. Dans le chapitre « Lien social et violence dans le sport » de Sport et Civilisation, le sociologue Eric Dunning évoque les processus d’identification qui amènent à la formation de factions, un propos qui s’appliquerait résolument à la concurrence entre les grupos, les associations, et entre les capoeiristes de manière générale :
Dans ces groupes segmentaires, les sentiments intenses d’affection au sein du groupe « dans-le-groupe » et d’hostilité envers les groupes « hors-du-groupe » sont tels que la rivalité est virtuellement inévitable lorsque leurs membres se rencontrent. […] En conséquence, les individus assument avec un plaisir positif ce qui, pour eux, est un rôle socialement nécessaire43.
Nous n’avons pas eu affaire à des concurrences entraînant de violents échanges de coups dans la roda sur le terrain francilien. Les types de violences présents dans le milieu social capoeira sont davantage de l’ordre de la transgression symbolique, une transgression rendue possible par l’ascendant d’une personne sur une autre. Des prérogatives implicites sont accordées aux membres des associations dominantes, que ce soit en nombre d’adhérents ou en nombre de lieux de pratiques sur un territoire. Les capoeiristes hommes, et les plus avancés, ont plus souvent la possibilité de jouer dans une roda, ont plus souvent l’occasion de prendre les instruments, et certains s’accordent le droit d’empêcher un autre capoeiriste de jouer. La conscience de classe intériorisée du capoeiriste débutant, avancé ou professeur, invite à voir ces prérogatives comme des cadres normatifs du monde social de la capoeira, mais elles transgressent des politesses attendues normalement en société44. À la fin d’une roda avec de nombreux présents, nous entendîmes ce type de discours entre une capoeiriste femme et un professeur :
– La roda avait un inconvénient sur la fin. Il y avait trop de monde et c’était impossible
de rentrer, tout le monde passait devant tout le monde. C’était frustrant.
– Il faut s’imposer dans ce cas.
– Après, tu risques de passer pour un malpoli.45
Le comportement social consistant à sélectionner des voisins alliés et des voisins opposés relève du domaine commercial. S’installer dans un gymnase parisien démarque l’intention de se faire un nom dans un hub où la concurrence est admise. En fonction des relations que deux grupos ont d’emblée tissé l’un avec l’autre, l’appropriation d’un espace se présente soit comme une dispute, soit comme une coopération. L’enquête nous a fourni deux exemples évocateurs en banlieue parisienne. À Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), nous avons rencontré deux professeurs de deux grupos différents qui partagent leur salle à l’occasion de rodas, stages, ou cours ; à Villanonyme, deux professeurs de deux grupos qui ne s’entendaient pas essayaient par conséquent de ne pas se rencontrer dans la commune46. L’argumentaire de promotion de l’association se construisait, s’il le fallait, autour des rapports avec les voisins. Lors d’une roda dans la salle partagée, les professeurs vantaient les mérites de leur partage ; tandis que dans la mésentente, les discours signalaient les différences entre les associations sur le mode épidictique.
Le mot anglais trend pourrait être traduit par l’expression « effet de mode » en français. Ce mot a acquis un sens particulier dans le domaine des médias sociaux, il désigne un phénomène de culture populaire à la mode. La trend peut porter sur une musique, un vêtement, des images, des expressions, ou toute représentation culturelle étant produite et reproduite par des communautés d’acteurs. La trend comprend une part de constat : on note qu’une société adopte une pratique qu’elle n’avait pas par le passé ; et une part prospective, car le phénomène de mode est amené à perdurer ou évoluer vers d’autres formes.
Le sociologue Theodore Caplow, en portant son attention sur les comportements sociaux des familles de classes moyennes américaines lors de la seconde moitié du XXe siècle, s’est intéressé à l’usage du mot « trend » et en distingua cinq types. Le troisième type d’usage, les « motivational trends », concernent les attitudes et pratiques d’une population qui « représentent des choix individuels fortement influencés par des normes collectives et façonnent ces normes en retour »47. Cette définition de trend s’inscrit dans un système d’exposition de l’individu à des influences issues des médias et de ses entourages sociaux. Un capoeiriste, en faisant partie d’un monde social singulier, est influencé de différentes manières par les cultures locales, globales et originelles. Il est alors fréquemment exposé à des trends qui elles-mêmes s’inscrivent dans des logiques réticulaires et territoriales.
Un exemple flagrant de trend répandue grâce aux interactions territoire-réseau s’est produite à l’occasion d’un évènement de capoeira en mai et juin 2023. Organisant son festival en zone rurale, un professeur a diffusé sur les réseaux sociaux une affiche promotionnelle avec l’expression « Agora Vache », parodiant le refrain d’une chanson intitulée « Agora Vai » que l’organisateur avait entendue à un évènement de capoeira dans les Yvelines. L’association yvelinoise a été invitée au festival, et certains de ses capoeiristes ont eu l’idée de venir avec des uniformes de capoeira tachetés comme des vaches. Nous remarquons là plusieurs revirements d’une trend : un réseau d’interconnaissances a permis de valoriser l’identité territoriale d’une association de capoeira en transposant les paroles d’une parodie de chanson à un uniforme.
Les migrations, les concurrences et les trends, sont trois processus dynamiques tirant parti du territoire-réseau des capoeiristes pour le développer, et en outre, permettre à la capoeira d’évoluer en tant qu’art et contexte socialisateur. À la manière de ces processus, les techniques corporelles semblent aussi trouver des transpositions contextuelles, renouvelées dans chaque lieu où leurs agents les utilisent.
Conclusion
En Île-de-France, les rapports entre les grupos et associations sont fondamentalement ambivalents : la concurrence étant acceptée, les rapprochements traduisent des alliances, et même des volontés de se démarquer avec ses alliés et ses non-alliés. Le territoire est une ressource envisagée pour rencontrer de nouveaux capoeiristes, alimenter son capital relationnel. Notre analyse de réseaux couplée à notre observation participante concentrée sur l’utilisation de certains mouvements de capoeira dans les cours et les rodas nous a permis de distinguer différents modes de transmission des techniques.
L’enseignant ou mestre de référence demeure la figure à laquelle les capoeiristes élèves s’identifient pour estimer leur progression technique, mais leurs apprentissages passent par des intermédiaires globaux, comme ceux des enseignants d’internet exposant des techniques populaires, et des intermédiaires locaux, ceux des camarades de leur association ou de rodas. Plus qu’au travers d’une transmission strictement généalogique, les techniques corporelles se diffusent au travers des interconnaissances. Tout le réseau petit-monde des capoeiristes se trouve alors tôt ou tard impacté par la popularisation d’une technique. Les tentatives de cloisonnement des techniques à un grupo peuvent être efficaces un temps, mais elles s’avèrent inopérantes dès lors que l’un des capoeiristes du grupo échange avec un capoeiriste extérieur. L’organisation socio-spatiale des capoeiristes en Île-de-France les incite cependant à organiser des rencontres régulières, entraînant une habitude de contacts entre styles variés. Ce faisant, les capoeiristes peuvent être amenés à avoir des projets communs, à participer à des trends, et à partager leurs techniques. La progression des capoeiristes passe ainsi par de multiples choix, dont fait partie celui de préférences stylistiques. Ce choix passe par des adaptations et des compromis.
Enfin, nous avons appris que la dialectique territoire-réseau était un principe fondamental du développement de la capoeira en Europe. En déployant un réseau d’interconnaissances ayant un même centre d’intérêt, des filiales et des générations se déploient en s’appropriant différents espaces. De futures recherches ethnographiques sur la construction des systèmes d’alliances, ainsi que sur les évolutions de la capoeira permises par les réseaux sociaux – réels et virtuels – pourraient aider à la progression du propos de notre article. Au-delà d’une enquête effectuée en Île-de-France, réaliser une recherche à plus grande échelle, sur plusieurs pays d’Europe, nous permettrait de donner plus de profondeur aux logiques réticulaires orientant le monde social de la capoeira depuis son arrivée en Europe.
Conformité éthique scientifique
L’auteur a partiellement pseudonymisé les noms de personnes, d’associations, et de lieux dans les représentations. Dans les autres cas, l’accord des concernés pour la mention des noms a été obtenu. La représentation des situations est de la seule responsabilité de M. Reubrecht Alexandre.
Film
Références web
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Notes
- Assunção Matthias Röhrig, Capoeira The History of an Afro-Brazilian Martial Art, Londres, Routledge, 2005.
- Aceti Monica, « L’essor de la Capoeira en Europe : “Ajustements contextuels” des codes de jeu et évolution des formes de violences », dans Da Costa Leda Maria (dir.), Esporte e Sociedade, n°7, Rio de Janeiro, Núcleo de Estudos e Pesquisas sobre Esporte e Sociedade, 2008, 17 p.
- Eichberg Henning, « How to Study Body Culture : Observing Human Practice. » [En ligne], Malmö Mögskola, 2007. Le sociologue mentionne la triade « achievement production, disciplining integration and festive encounter » comme processus opérants à l’histoire corporelle (« bodily story ») d’une personne.
- Meziani Martial, « Capoeira Angola et Regional Entre tradition et modernité » dans Pradier Jean-Marie (dir.), L’Ethnographie Création Pratiques Publics, 5. Paris. L’Entretemps Édition, 2011, p. 81-93.
- Jusqu’en 2018, le site www.capoeira-france.com recensait les lieux d’implantation des associations de capoeira. Depuis la disparition du site, peu de veilles ont été faites sur l’évolution du nombre d’associations.
- Pondé-Vassallo Simone, Ethnicité, tradition et pouvoir : le jeu de la Capoeira à Rio de Janeiro et à Paris, Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et Ethnologie, Paris, EHESS, 2001, p. 35.
- Reubrecht Alexandre, O pequeno mundo da capoeira – La spatialisation du réseau des grupos de capoeira franciliens pendant le COVID-19 (2019-2022), Mémoire de Master en Territoires et développement, Paris, EHESS, 2022.
- En France, l’enregistrement des associations respecte la Loi Pierre Waldeck-Rousseau du 1er juillet 1901 ou la Loi de droit local en Alsace-Moselle. Au Brésil, il s’agit de l’Article 53 du Código Civil.
- Les titres d’enseignants de capoeira suivent un ordre hiérarchique. Le titre de mestre est le grade ultime de cette hiérarchie, et s’accompagne d’une expertise en capoeira dans ses aspects physique, musical et éthique reconnue par les pairs.
- Pondé-Vassallo Simone, Ethnicité, tradition et pouvoir, op. cit., p. 232.
- De Brito Celso, A roda do mundo: os fundamentos da Capoeira Angola « glocalizada », Mémoire post-doctoral en Anthropologie sociale, Curitiba, Universidade Federal do Paraná, 2010, p. 113-116.
- Lévi-Strauss Claude, Les structures élémentaires de la parenté (1955), Paris, Éditions de l’EHESS, 2017.
- De Brito Celso, A roda do mundo, op. cit., p. 113-116.
- Entretien avec un mestre des Yvelines – 2 février 2022.
- Trois profils de pratiques pédagogiques coexistent dans l’échantillon de professeurs interrogé à Paris. Il y a ceux qui « imitent le style d’un seul Mestre », ceux qui « créent leur pédagogie à partir de supports multiples », et ceux qui « font le tri », c’est-à-dire qu’ils sélectionnent parmi la variété des supports pédagogiques vidéos présents sur internet les éléments qui, selon eux, correspondent au style de capoeira qui leur a été appris en cours en tant qu’élève, et les ajoutent à leur pédagogie.
- Watts Duncan J., Six Degrees – The science of a connected age, New York, WW. Norton & Company, 2003, p. 149.
- Pondé-Vassallo Simone, Ethnicité, tradition et pouvoir, op. cit., p. 182-231.
- Contramestre Deitado – 15 janvier 2022 – Paris (Entretien téléphonique).
- Di Méo Guy, Géographie sociale et territoires, Paris, Nathan, 1998.
- Parlebas Pierre, Activités Physiques et éducation motrice, Paris, Éditions Revue éducation physique et sport, 1991.
- Houseman Michael, Severi Carlo, Naven ou le donner à voir – Essai d’interprétation rituelle, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2009.
- De Brito Celso, A roda do mundo: os fundamentos da Capoeira Angola « glocalizada », op. cit.
- Aceti Monica, op. cit. 2011.
- Elissalde Bernard, « Polarisation »,Hypergéo [En ligne], 2004.
- Do Couto Torres Felipe, Espaço público: apropriação e direito ao uso. A territorialidade das rodas de capoeira em Brasília (Distrito Federal), Thèse de doctorat en Géographie, Brasília, Universidade de Brasília, 2014. Le géographe se réfère à l’ouvrage : Da Costa Gomes Paulo César, A condição urbana: ensaios de geopolítica da cidade, Rio de Janeiro, Bertrand Brasil, 2001.
- Propos recueilli de manière informelle auprès d’un capoeiriste avancé du Grupo Capoeira Brasil – 30 septembre 2024 – Rennes.
- Lors de la période de l’enquête, le grupo Sul da Bahia en Île-de-France comptait 14 pratiquants ayant un grade d’enseignant, le grupo Angá Capoeira en comptait 8, et le grupo Belo Horizonte de Créteil 2. Nous évaluons le nombre de pratiquants de Sul da Bahia à plus d’une centaine de personnes, et une cinquantaine pour Angá Capoeira. Nous ne disposons pas d’informations pour le grupo Belo Horizonte.
- Mestre Mão Branca. Texte original traduit par l’auteur : « Nos trabalhamos a capoeira como um tudo. A capoeira é da pluralidade, não é do singular. Então por a gente é muito importante que conhecemos um pouco da capoeira angola, um pouco da regional, tudo que com respeito se refera ao palavra ‘capoeira’ ». Moret Steéphane, Capoeira na Veia, DVD, 2005. 00:51:25.
- De Goes Cressoni Franz Éric, Capoeira contemporânea: compreensões decorrentes de mestres autodeclarados, Master en Sciences de la Motricité, Rio Claro – Brésil, UNESP, 2013.
- Bidart Claire, Degenne Alain, Grossetti Michel, La vie en réseau – Dynamique des relations sociales, Paris, PUF, 2011.
- Contramestre Deitado – 15 janvier 2022 – Paris (Entretien téléphonique)
- Six nœuds gris ne sont reliés à aucune composante car ils représentent des capoeiristes repérés dans des échanges de vidéos Youtube ayant déclaré être originaires d’Île-de-France, mais qui sont demeurés anonymes lors de leurs échanges. Quatre nœuds marrons forment une deuxième composante qui n’est pas reliée à la principale sur la visualisation ; mais ces nœuds sont virtuellement liés à la composante principale par l’intermédiaire de deux capoeiristes ayant déménagé de la région.
- Milgram Stanley, « The Small World Problem », Psychology Today, 1, n° 1, New York, Psychology Today, 1967, p. 61-67.
- Texte original : « a small-world graph is one which displays both the small diameter of the random graph, and the heavy clustering of organized nearest-neighbor graphs ». Sandberg Oskar, Searching in a Small World, Mémoire de licence en philosophie, Göteborg – Suède, Göteborg University, 2005, p. 7.
- En cas d’égalité, nous avons placé un point sur les deux communes où il donnait le plus de cours.
- Demangeon Albert, « Pionniers et fronts de colonisation », dans Annales de Géographie, 41, n° 234, Paris, 1932, p. 631-636.
- Neves de Souza e Nunes Dias João Carlos, « Narrativas do corpo e da gestualidade no jogo da capoeira », Motriz. Revista de Educação Física, Maceió – Brésil, UNESP, 2010, p. 620-628.
- Professor Tony – 6 février 2024 – Saint-Denis. Texte original traduit par l’auteur : « Temos trabalhado o toque miudinho agora. Não sou da Cordão de Ouro, você sabe, mas eu me treinei com mais de 23 toques, e o miudinho tava parte disso. Pra mim, a curiosidade do capoeirista não tem limites. Todavia, eu prefero meu proprio estilo ». Un toque est un rythme produit au berimbau.
- Aceti Monica, Devenir et rester capoeiriste en Europe : transmissions interculturelles et ‘mondialité’ de la Capoeira afro-brésilienne, op. cit., p. 238-242.
- Propos d’un professeur entendus lors d’une roda ouverte, 30 novembre 2021.
- Painter Joe, « Territory/network », Geo-grafia : strumenti e parole, Milan, Edizioni Unicopli, 2009, p. 137-163.
- Gottmann Jean, The Significance of Territory, Charlottesville, 1973.
- Dunning Éric, « Lien social et violence dans le sport », dans Elias Norbert, Dunning Éric, Sport et civilisation – la violence maîtrisée, traduit de l’anglais par Chicheportiche Josette, Duvigneau Fabienne, Paris, Fayard, 1994, p. 334.
- Sur les transgressions en capoeira, notre propos converge avec celui des articles suivants. Aceti Monica, « L’essor de la Capoeira en Europe : “Ajustements contextuels” des codes de jeu et évolution des formes de violences », art. cit. Loudcher Jean-François, 2006, art. cit.
- Hauts-de-Seine, 21 novembre 2021. »
- Nous avons pseudonymisé les noms de villes pour préserver l’anonymat des personnes impliquées.
- Texte original : « They represent individual choices that are strongly influenced by collective standards and shape those standards in turn ». Caplow Theodore, « Towards a typology of social trends », L’Année sociologique, 52, Paris, PUF, 2002, p. 131-145.