Les tentatives de la Chine et de l’International Wushu Federation pour faire entrer les arts martiaux chinois au sein du programme olympique, dans un but essentiellement économique et politique, n’ont pas été couronnées de succès jusqu’à aujourd’hui mais elles ont un impact notable : le processus de sportivisation du kung-fu wushu pour répondre aux critères d’une discipline olympique transforme en profondeur la pratique. En France, les arts martiaux chinois connaissent un certain succès à partir des années 1970, grâce notamment au cinéma, mais leur intégration aux Jeux Olympiques ne soulève pas l’intérêt du grand public. De plus, la situation institutionnelle de la discipline, avec l’absence d’une fédération unique et unifiée, n’a pas permis d’appuyer leur candidature auprès du CIO. Pour autant, leur intégration aux JO peut présenter un avantage important en matière de visibilité, de légitimité et de financement, ces pratiques demeurant minoritaires dans le paysage français des arts martiaux. Cependant, le processus de sportivisation des arts martiaux chinois ne va pas de soi pour tous les pratiquants, dont les points de vue s’opposent entre aspect sportif et dimension « traditionnelle ». Ces débats engendrent même des conflits ouverts au sein la FFWAEMC, fédération délégataire entre 2005 et 2014. La participation du kung-fu wushu aux Jeux Olympiques et la modernisation de la pratique s’insèrent donc plus largement dans les problématiques d’appropriation et de représentation des arts martiaux chinois par les pratiquants français.
Jeux Olympiques; sportivisation; arts martiaux chinois; représentations; transfert culturel
Attempts by China and the International Wushu Federation to include Chinese martial arts in the Olympic program, for essentially economic and political reasons, have not been successful to date, but they have had a notable impact: the process of making kung fu wushu sporty enough to meet the criteria of an Olympic discipline is profoundly transforming the practice. In France, Chinese martial arts enjoyed a certain success from the 1970s onwards, thanks to the cinema, but their inclusion in the Olympic Games did not arouse the interest of the general public. Moreover, the discipline’s institutional situation, with the absence of a single, unified federation, has not made it possible to support their bid with the IOC. However, the process of sportivizing Chinese martial arts is not easy for all practitioners, whose points of view clash between the sporting aspect and the “traditional” dimension. These debates even led to open conflict within the FFWAEMC, the delegating federation between 2005 and 2014. Kung fu wushu’s participation in the Olympic Games, and the modernization of its practice, are therefore part of a wider issue of appropriation and representation of Chinese martial arts by French practitioners.
Olympic Games; Sportivization; Chinese martial arts; Representations; Cultural transfer
Los intentos de China y de la Federación Internacional de Wushu para que las artes marciales chinas se incluyan en el programa olímpico, por razones esencialmente económicas y políticas, no han tenido éxito hasta la fecha, pero han tenido un impacto significativo: el proceso de deportivización del kung fu wushu para cumplir los criterios de una disciplina olímpica está transformando profundamente la práctica. En Francia, las artes marciales chinas gozaron de cierto éxito a partir de los años 70, gracias sobre todo al cine, pero su inclusión en los Juegos Olímpicos no despertó el interés del gran público. Además, la situación institucional de la disciplina, con la ausencia de una federación única y unificada, no ha permitido apoyar su candidatura ante el COI. No obstante, su inclusión en los Juegos Olímpicos podría suponer una gran ventaja en términos de visibilidad, legitimidad y financiación, ya que estas prácticas siguen siendo minoritarias en el panorama francés de las artes marciales. Sin embargo, el proceso de deportivización de las artes marciales chinas no es evidente para todos los practicantes, cuyos puntos de vista chocan entre el aspecto deportivo y la dimensión “tradiciona”. Estos debates llevaron incluso a un conflicto abierto en el seno de la FFWAEMC, la federación delegada entre 2005 y 2014. La participación del wushu kung fu en los Juegos Olímpicos y la modernización de su práctica se inscriben, por tanto, en la problemática de la apropiación y la representación de las artes marciales chinas por parte de los practicantes franceses.
Juegos Olímpicos; esportivización; artes marciales chinas; representaciones; transferencia cultural
Introduction
En 1936, une équipe de démonstration de kung-f wushu composée de neuf personnes, dirigée par Chu Minyi, est envoyée par le gouvernement chinois pour se produire aux Jeux olympique de Berlin. L’événement rencontre peu d’écho dans le monde et ne donne pas lieu à d’autres démonstrations puisque le gouvernement concentre toute son attention sur l’invasion japonaise qui débute en 1937. Cependant, la Chine garde en mémoire que le kung-fu wushu peut un jour intégrer le système sportif mondial et être utilisé comme outil de soft power1.
Ce n’est pas par le biais de cette démonstration de 1936 que les Français découvrent le kung-fu wushu : les arts martiaux chinois arrivent d’abord par l’intermédiaire de migrants vietnamiens et chinois, surtout après la Seconde Guerre mondiale, puis grâce aux films d’arts martiaux qui se succèdent à partir des années 1970 : les films de Bruce Lee et la série Kung Fu en 1972-1973, puis les films de Jackie Chan et Jet Li dans les années 1980-1990 ainsi que les films de wuxiapian2 dans les années 2000. Les athlètes français participent aussi aux premières compétitions internationales dans les années 1970, organisées surtout à Hong Kong et Taiwan, en l’absence d’athlètes de la Chine Populaire qui s’est fermée au monde. À partir de la fin des années 1980, la Chine s’intéresse à nouveau au potentiel du kung-fu wushu pour promouvoir sa culture à l’étranger : elle envoie des équipes de démonstration dans le monde provenant essentiellement du temple de Shaolin. La première démonstration des moines en France a lieu en 1989. La Chine cherche aussi à développer la dimension sportive des arts martiaux chinois et crée le wushu moderne, une version standardisée et simplifiée du kung-fu wushu, qui comporte plusieurs centaines de styles traditionnels différents, pour pouvoir intégrer les disciplines olympiques. Il faut d’ailleurs noter que seuls les taolus, des combats chorégraphiés et appris par cœur que les pratiquants exécutent seuls, à mains nues ou avec armes, sont proposés auprès de la Commission du programme olympique, contrairement à la pratique du combat.
Les arts martiaux chinois font donc l’objet de représentations diverses, y compris en France où ils sont arrivés par des moyens variés. Les pratiquants sont donc intéressés par des pratiques et des objectifs différents. Loin d’avoir importé la seule vision moderne et sportive des arts martiaux chinois, la France a accueilli une pluralité de pratiques et d’images. Si l’intégration du kung-fu wushu aux Jeux Olympiques est d’abord un objectif chinois pour renforcer sa position à l’international, nous verrons comment elle est aussi au centre des enjeux de représentation et de pouvoir au sein des arts martiaux chinois en France.
Nous commencerons par évoquer l’histoire contrariée entre les Jeux Olympiques et le wushu et l’impact de cette quête olympique sur la pratique. Nous parlerons ensuite de l’écho de cette quête en France à travers les médias et les politiques fédérales pour soutenir ou non l’intégration du wushu aux JO. Nous terminerons ce chapitre par les débats engendrés en France autour de la question de l’« olympisation » et plus généralement de la sportivisation des arts martiaux chinois, qui sont loin de faire l’unanimité.
Jeux Olympiques et wushu, une histoire contrariée
Le wushu aux Jeux Olympiques : le parcours du combattant
L’établissement d’un corps de gouvernance international est la première étape importante pour toute discipline qui souhaiterait intégrer les Jeux Olympiques. La création d’une fédération internationale permet ensuite d’appartenir à l’Association globale des fédérations internationales sportives. Avant la disparition de cette organisation en 2022, l’entrée de la nouvelle fédération dans l’Association est un prérequis pour être ensuite reconnue officiellement par le Comité International Olympique, dernière étape indispensable avant de pouvoir faire une demande d’inclusion de la discipline aux Jeux. Cette série d’étapes permet alors de s’assurer que la discipline en question se conforme au cours de sa mondialisation à certaines règles de base pour sécuriser son appartenance au système3. Le wushu suit parfaitement la procédure. Un comité préparatoire pour fonder une fédération internationale est créé en 1985, ce qui permet la naissance en 1990 de l’International Wushu Federation (IWUF) en 1990, avec 38 pays. Elle en compte aujourd’hui 1624.. Dans l’article 2 de sa constitution, elle indique parmi ses objectifs vouloir « promouvoir et encourager le développement du wushu dans toutes les manifestations possibles à travers le monde »5. Elle intègre l’Association globale des fédérations internationales sportives en 1994 et est reconnue à titre provisoire par le CIO en 1999, puis de manière officielle en 2002. En parallèle, le wushu organise ses premières compétitions internationales, dont les premiers championnats du monde qui se déroulent à Beijing en 1991, les championnats du monde Junior depuis 2006 et les championnats d’élite. Il est aussi inclus dans de nombreuses compétitions internationales multisports : les Jeux Asiatiques en 1990, les Jeux Mondiaux en tant que discipline invitée en 2009, les Jeux Mondiaux de Sports de Combat en 2010, etc.6. Les arts martiaux chinois semblent donc avoir toutes les cartes en main pour parvenir à intégrer les Jeux Olympiques, d’autant plus que la Chine reçoit en 2001 l’heureuse nouvelle : elle organise les Jeux Olympiques de 2008 à Beijing.
La Chine espère alors suivre l’exemple japonais du judo ou l’exemple coréen du taekwondo et profiter de l’organisation de l’événement sur son sol pour faire entrer son propre art martial parmi les disciplines officielles. Or, dès 2002, le CIO choisit de suivre une nouvelle politique en matière d’intégration de nouveaux sports. En effet, de nombreux pays se plaignent de ne pas disposer des moyens financiers et techniques d’accueillir les Jeux sur leur territoire en raison de la taille surdimensionnée de l’événement, liée à un nombre croissant de disciplines pour lesquelles il faut construire des sites, fournir du matériel et embaucher du personnel. Afin de contrôler l’échelle des Jeux et ouvrir ainsi leur organisation à davantage de pays, le CIO choisit de limiter le nombre de sports olympiques7. Désormais, pour qu’une discipline entre aux Jeux, une autre doit en sortir. Le wushu voit ainsi ses chances de devenir sport olympique diminuer considérablement. L’IWUF entame des négociations avec le CIO pour faire admettre le wushu au sein du programme olympique de 2008, mais le Comité n’accorde qu’un tournoi parallèle aux Jeux de Beijing et pour lequel les médailles décernées ne sont pas des médailles olympiques8. En revanche, si la Chine échoue à faire du wushu un sport olympique pour ses Jeux, elle leur accorde une place au cours de la cérémonie d’ouverture, puisque des démonstrations de taiji quan et de wushu font partie des tableaux chorégraphiés par Zhang Yimou.
Ce premier échec pour les Jeux de 2008 est suivi par d’autres : le wushu est placé sur la liste de candidature des nouveaux sports olympiques du Bureau exécutif du CIO pour les Jeux de 2020 mais il n’est pas retenu9. À l’heure actuelle, le wushu n’a été sélectionné comme discipline olympique que pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse qui doivent avoir lieu en 2026 à Dakar.
Espoirs et déboires du soft power chinois
Si la Chine tient tant à intégrer le wushu parmi les disciplines olympiques, c’est parce que les arts martiaux chinois font pleinement partie de sa diplomatie culturelle et sportive : le wushu doit remplir des objectifs de politique étrangère et devenir un outil de soft power. Cette notion est présente dans le discours politique en Chine depuis 200710. Le gouvernement chinois vise à forger une représentation positive de la Chine, afin de renforcer son image de marque, donner une nouvelle voix dominante sur la scène internationale, aider la nation à regagner confiance en elle, respect d’elle-même et prestige11, construire l’identité nationale, créer un pays unifié et donner une nouvelle impulsion à la modernisation chinoise.
La Chine est perçue comme culturellement plus active à l’étranger mais son impact sur les tendances culturelles mondiales reste limité. Le pays souffre d’une image encore assez négative ou mitigée et cherche à mettre en avant sa culture et son histoire pour se rendre plus attractif sur la scène internationale, ou à défaut moins menaçant12. Les grands événements sportifs participent justement de cette stratégie en permettant l’augmentation du nombre de touristes étrangers sur le territoire, l’augmentation de l’exportation de produits manufacturés et l’augmentation des investissements. Par exemple, la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de 2008 a été regardée par 35 millions de spectateurs et la totalité des Jeux par 4,7 milliards13. Dans ce contexte, l’intégration du wushu aux Jeux peut devenir un outil primordial pour accroître l’intérêt pour la culture chinoise et obtenir un surcroit de légitimité sur la scène sportive mondiale. Les arts martiaux chinois sont intégrés à la diplomatie culturelle de la Chine depuis la fin des années 1980, quand les premières équipes de démonstration issues du temple de Shaolin se produisent à l’étranger comme en France en 1989, à l’occasion de la Nuit des Arts Martiaux à Bercy. Le gouvernement accorde aussi son soutien aux initiatives qui mettent en valeur les arts martiaux chinois, par exemple en autorisant le tournage du film Tigre et Dragon d’Ang Lee sur le sol chinois14.
Pour quelles raisons la Chine a-t-elle jusque-là échoué à faire reconnaître le wushu comme discipline olympique ? Comme énoncé plus tôt, cela tient d’abord à la nouvelle politique du Comité International Olympique pour contrôler le gigantisme des Jeux, en réduire le coût et ainsi élargir le nombre de villes d’accueil potentielles. Le Comité a notamment créé une Commission du Programme Olympique pour réduire le nombre de disciplines officielles et établir 33 critères d’inclusion qui mettent en avant la base participative et l’intérêt des spectateurs pour les sports candidats15. En la matière, le wushu souffre de la concurrence avec d’autres sports en lice comme le karaté, le kickboxing ou le MMA, dont les compétitions sont mieux diffusées. Ils font davantage partie de l’industrie du show-business et bénéficient aussi d’un soutien financier plus important qu’ils peuvent investir pour renforcer leur position et continuer leur expansion en organisant des galas et des tournois internationaux ou pour donner davantage de moyens à l’entraînement et au coaching des athlètes16. En comparaison, le wushu est victime d’un manque de popularité, principale raison avancée par Denis Oswald, membre du Bureau Exécutif du CIO, pour expliquer le rejet du wushu en mai 200717. Il n’y a pas assez de pratiquants ni de spectateurs : par rapport au karaté, la couverture médiatique des compétitions internationales est faible, les stades sont vides, le public manque d’intérêt et l’IWUF ne s’est pas encore tournée vers la retransmission des championnats en live et en streaming18. L’IWUF étant d’ailleurs basée à Beijing jusqu’en 2012, elle doit subir les restrictions liées à l’usage des réseaux sociaux et aux médias en Chine19. Les sites étrangers y sont bloqués. Les plateformes chinoises utilisées pour communiquer sont peu ouvertes à un accès en-dehors du pays, ce qui qui explique en partie l’échec pour atteindre la communauté internationale. Aujourd’hui, même si l’IWUF a déménagé à Lausanne, les bureaux opérationnels se trouvent encore à Beijing. La Chine demeure donc très fortement majoritaire au sein de la fédération. Elle est omniprésente dans les processus de décision. La fédération reste dominée par la Chine, avec des liens étroits avec le gouvernement chinois et le Parti Communiste Chinois20. La plupart des positions importantes au sein de l’IWUF sont tenues par des officiels de haut rang du sport chinois, évidemment membres du PCC. Tous les présidents qui se sont succédé à la tête de la fédération sont chinois. La Chine est aussi dominante dans les positions reliées à des questions techniques (comité technique) ou d’évaluation des performances (arbitres ou juges). Il faut attendre 2013 pour qu’un non Chinois soit nommé à la tête du comité du système de grades. Le caractère « domestique » de l’IWUF se voit aussi par le fait que de nombreuses compétitions internationales ont lieu exclusivement en Chine, de même pour de nombreux cours à destination des coaches et des arbitres. La fédération a publié des livres et manuels uniquement en chinois, notamment ceux contenant les taolus obligatoires de 1997 et 200121. Si la Chine est majoritaire au sein des institutions, elle domine aussi la pratique. Le pays est en tête de presque toutes les compétitions internationales de wushu. D’après le calcul de Marc Theeboom, Dong Zhu et Jikkemien Vertonghen proposé dans leur article pour évaluer les performances de chaque pays, la Chine représente près de 20 % du « marché » des médailles aux championnats du monde entre 1991 et 2015. Elle ne remporte quasiment que des médailles d’or : ses athlètes ont remporté presque 40% des médailles d’or attribuées lors des championnats du monde22. La Chine attribue à ses athlètes en wushu des moyens bien supérieurs aux autres pays, qui ne disposent que d’athlètes et de fédérations amateurs. Le trop grand nombre de compétitions internationales affecte le nombre de participants car les amateurs ne peuvent pas payer les dépenses liées à leur participation. Il est aussi difficile pour eux de s’aligner sur le niveau des professionnels chinois. Les critères de compétition donnent l’avantage aux athlètes chinois, surtout depuis que l’IWUF a instauré un nouveau système, le nandu. À la place des enchaînements obligatoires qui prévalaient jusque-là dans les compétitions de taolu, la fédération a mis en place un système de taolu optionnel dans lequel les athlètes doivent intégrer des mouvements difficiles (sauts et coups de pied acrobatiques). Ceci désavantage nettement les athlètes occidentaux qui n’ont pas de conditions d’entraînement particulières et qui accusent un net retard dans ces pratiques23. L’évaluation de ces performances est aussi remise en cause : certains avancent la trop grande subjectivité des critères d’évaluation des taolus comme un frein à l’intégration du wushu aux Jeux Olympiques en raison du risque de corruption des juges24. Il faut enfin noter que le CIO est encore largement dominé par les puissances occidentales : sur 111 membres du CIO, 46 % viennent d’Europe et d’Amérique du Nord25. Le CIO a tendance à naturellement favoriser les disciplines d’origine occidentale. Il existe des différences culturelles autour de la nature des sports et de la culture physique : le CIO est souvent critiqué comme ethnocentrique et dominé par l’Occident, considérant que le wushu ne fait pas assez « sport » selon ses critères de standardisation, de quantification et de performance26.
Le wushu moderne dans les compétitions internationales
Si le wushu ne parvient pas à intégrer les Jeux Olympiques pour le moment, cela ne l’empêche pas d’être profondément influencé par le processus, afin de correspondre aux critères d’une discipline olympique. En réalité, les premières transformations des arts martiaux chinois en sports modernes débutent dès les années 1920-1930, quand l’association Jingwu, puis le gouvernement chinois, choisissent d’en faire des pratiques de renforcement physique et de santé sur le modèle des sports occidentaux en s’inspirant de concepts scientifiques et en encourageant la disparition du modèle de transmission traditionnel entre maître et disciple27. Après 1949, le Parti Communiste Chinois choisit de mettre en avant, non pas le combat réel et les compétences techniques martiales mais la santé, l’exercice et l’éducation physique du peuple, afin de former des corps forts et sains prêts pour la défense nationale et l’avènement d’une Chine nouvelle. Un Bureau du Wushu est créé en 1955 et placé sous la direction du Département de la Pratique du ministère des Sports. L’année suivante, le président Liu Shaoqi demande au ministère de faire des efforts pour étudier, réformer et promouvoir les sports traditionnels comme le wushu. La première compétition nationale est organisée en 1958, suivie de la création de l’Association de Wushu Chinois, qui propose un système unifié et des exercices de base pour les compétitions de taolu, tandis que le combat est souvent exclu, considéré comme trop violent. En 1986, un institut de recherche sur le wushu est fondé afin de rassembler des chercheurs, des entraîneurs et des arbitres dont les missions sont d’effectuer des recherches physiologiques et techniques sur la discipline, de publier des matériaux didactiques et d’entraîner les coachs étrangers28.
En 1994, la fédération internationale entame une nouvelle direction pour le taolu de compétition en réclamant une meilleure qualité des mouvements, des techniques de saut plus difficiles et de l’innovation dans l’arrangement des routines29. Elle publie régulièrement de nouveaux taolus susceptibles d’être présentés en compétition par les athlètes. En 2005, afin de s’assurer de l’objectivité du résultat de la compétition, l’IWUF introduit un système de score informatisé avec davantage de mouvements difficiles, les nandu, et des routines optionnelles dans les compétitions de taolu, un modèle inspiré par le format olympique et la gymnastique artistique. Les taolus ne sont plus préconçus mais optionnels, à composer soi-même. Des points supplémentaires sont à gagner grâce aux mouvements difficiles (sauts rotatifs avancés ou techniques d’équilibre). Les critères de notation sont plus précis et standardisés, par exemple la mesure du degré de la rotation et de la stabilité de la réception. Les dernières règles promulguées par l’IWUF reconnaissent aujourd’hui douze épreuves de taolu, à mains nues ou avec armes (bâton, sabre, éventail, épée, lance). La performance est jugée par un panel de dix juges : trois qui évaluent la qualité des mouvements, trois qui évaluent la performance globale, trois qui sont chargés de la notation des mouvements nandu et du degré de difficulté et un juge principal. Le score maximum est de 10 points, avec la possibilité de se voir accorder des points bonus grâce à des mouvements innovants30.
Le wushu pratiqué en compétition est donc passé par le processus de sportivisation qui a transformé la pratique physique traditionnelle en sport moderne, standardisé, mesuré et rationalisé, accompagné d’une organisation bureaucratique et d’une spécialisation des rôles entre athlètes, entraîneurs et juges.
Cette transformation des arts martiaux suscite des débats parmi les pratiquants chinois. D’après Lu Chunlei, il existe deux camps qui s’opposent face à la question de la modernisation du wushu. Pour l’un, l’intégration du wushu aux Jeux est une opportunité pour mettre en valeur la culture chinoise, redonner confiance et fierté à la population et donner conscience au monde que la Chine est un grand pays avec une civilisation très ancienne31. En revanche, pour le camp opposé, la transformation du wushu en sport sur le modèle occidental risquerait de le détacher de ses racines traditionnelles (développement de soi, autodéfense, forme physique) et de sacrifier son essence philosophique32. Ces maîtres traditionnalistes conçoivent avant tout la pratique comme une opportunité de poursuivre un éveil personnel et une culture de soi, de développer de bonnes mœurs, d’entretenir sa santé et ses capacités d’auto-défense. Ils accusent les athlètes de ne chercher que l’esthétisme dans le seul but de satisfaire les juges en compétition et de ne pas connaître les bonnes techniques qui pourraient leur permettre d’utiliser le wushu pour se défendre en combat réel. Ils ont le sentiment que l’inclusion aux Jeux Olympiques pourrait faire du mal au wushu en accélérant la perte du caractère chinois authentique de ces arts33. Certains penseurs plus radicaux y voient même une forme de domination culturelle occidentale face à laquelle le wushu est le symbole d’une tradition sportive alternative qu’il faut préserver contre les assauts de l’Occident.
Mais quel est l’écho de ces questions en France ?
Le wushu aux Jeux Olympiques vu depuis la France, un problème lointain ?
Le wushu aux Jeux Olympiques vu en France
En France, l’intégration du wushu aux Jeux Olympiques rencontre un intérêt limité. Sur un panel de la presse nationale en ligne (Libération, Le Figaro, L’Express, Le Nouvel Obs, Le Monde, L’Humanité, Le Point, La Croix), on compte 37 articles postérieurs à la création de l’IWUF qui évoquent le wushu en rapport avec les Jeux Olympiques, se répartissant de manière inégale entre 2001 et 2015 puisque la très grande majorité ont été publiés sur la période 2010-2015 (33 sur 37)34. Un seul article date de 2001 et trois datent de 2008. Si on regarde dans le détail, seuls 5 articles sont consacrés exclusivement à l’intégration du wushu parmi les disciplines olympiques. Un seul article mentionne le tournoi parallèle de wushu lors des Jeux de 2008. Les autres articles citent simplement le wushu parmi d’autres sports candidats pour entrer aux Jeux Olympiques : 7 articles sur ces sports en général et 24 qui évoquent le wushu parmi les possibles remplaçants de la lutte dont la place avait été remise en question en 2013.
Dans la presse spécialisée (les magazines d’arts martiaux), le sujet n’est pas plus fréquemment abordé. Le numéro 3 de mars-avril 2009 d’Art et combat, aborde rapidement le sujet au détour d’une interview de Wu Bin, arbitre national et international, entraîneur national de haut niveau, Directeur de l’Institut de Wushu de Pékin et ancien Président du Comité Technique de l’Union Asiatique et Internationale de Wushu35. Le sujet figure aussi dans un article en ligne de Karaté Bushido en 202036. Le magazine qui semble avoir le plus évoqué la question est Génération Tao, revue et site internet spécialisés dans les arts martiaux et énergétiques chinois, la culture, les techniques de bien-être et la spiritualité asiatiques. On peut recenser 11 articles qui parlent du sujet des arts martiaux chinois aux Jeux : des interviews de Chen Zhenglei et Chen Xiaowang, des maîtres de taiji quan, des billets d’humeur et de réflexions, des résultats de compétition, tous des articles parus au moment de l’attribution des Jeux de Beijing en 2001, convaincus que le wushu a toutes les chances de figurer parmi les disciplines olympiques en 200837.
Au sein de la Fédération Française de Wushu et d’Arts Énergétiques et Martiaux Chinois (FFWEMC), fédération qui a obtenu la délégation ministérielle pour les arts martiaux chinois entre 2005 et 2014, on retrouve quelques traces du sujet de l’intégration au Jeux comme une vidéo de 2011 dans laquelle la FFWAEMC rencontre Guy Debuisson, Président du Comité Régional Olympique et Sportif Midi-Pyrénées, pour évoquer le futur olympique du wushu, un futur assez lointain puisque la discipline doit encore se « faire connaître »38, ou un billet en 2013 sur l’ancien site de la fédération intitulé : « Votez WUSHU aux JO de 2020 »39. Cela permet néanmoins à la fédération de nouer des partenariats avec les Comités régionaux olympiques et sportifs et d’être membre du Comité national olympique et sportif français.
Histoire mouvementée de la délégation pour le wushu et conflits d’intérêts entre disciplines
Si la fédération française ne semble pas se mobiliser davantage pour soutenir la candidature du wushu aux Jeux Olympiques, c’est parce que l’histoire institutionnelle des arts martiaux chinois en France est particulièrement agitée.
Hoang Nam crée l’Association Nationale de Kung Fu Kempo (ANKFK) en 1972, qui devient Fédération Nationale de Boxe Chinoise (FNBC) en 1977. En parallèle, il existe d’autres institutions comme la Fédération de Kung Fu Wushu (FKFW) fondée en 1972 par Marc Deroche. Or, c’est la Fédération Française de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires (FFKAMA), séparée de la Fédération de Judo en 1975, qui obtient la délégation ministérielle pour les arts martiaux chinois deux ans plus tard avec la création d’une section dirigée par Jacques Chenal, élève de Hoang Nam. On assiste ensuite à deux tendances parallèles et complémentaires. La première tendance est à un progressif rassemblement des arts martiaux chinois au sein d’une seule fédération. Ce rassemblement commence par la fusion en 1984 de la FNBC et la FKFW. Cette fédération entre ensuite dans la FFKAMA en 1999 et entraine la création d’un Comité National de Kung-fu wushu (CNKW). La deuxième tendance provient de la volonté de créer une fédération délégataire indépendante pour le kung-fu. Le projet commence avec la création d’une fédération unique pour les arts martiaux internes, la Fédération des Tai Chi Chuan Traditionnels (FTCCT), en 1989. Elle entame par la suite de longues négociations avec la FFKAMA toujours délégataire. Les premières associations de kung-fu n’intègrent la FTCCT (devenue FTCCG – Fédération des Tai Chi Qi Gong – en 1997) qu’en 2002 et elle obtient finalement la délégation ministérielle en 2005. Elle change de nom l’année suivante et devient la FFWAEMC. Une partie des anciens membres du CNKW préfère ne pas intégrer cette nouvelle fédération délégataire, notamment Roger Itier qui fonde en 2005 sa propre institution, la Fédération de Wushu et Sanda (FWS). Cependant, les conflits souvent liés à des luttes de pouvoir et des problèmes d’argent, s’aggravent. La délégation ministérielle est retirée à la FFWAEMC et retourne à la Fédération de Karaté en 2014, tandis que la FWS se dissout pour revenir à cette même fédération. La FFWAEMC se recentre sur les arts martiaux internes et les arts externes traditionnels et devient la Fédération des Arts Énergétiques et MartiauxvChinois (FAEMC). Le kung-fu est donc divisé entre la Fédération Française de Karaté qui est délégataire, la FAEMC et la Fédération Wushu France créée par Hervé Baudoux, institutions rejointes par d’autres fédérations et comités, tous espérant obtenir la délégation ministérielle et retrouver une fédération indépendante40. Depuis 2022, la FAEMC, devenue FFAEMC, gère à nouveau les arts martiaux chinois. Ce panorama ne reprend que les institutions les plus importantes : il faut y ajouter des structures plus confidentielles ou régionales et toutes les associations ou groupements d’associations qui refusent d’appartenir au système fédéral. Sur fond de conflits de pouvoir, d’ego et d’argent, les institutions se sont donc succédé et additionné les unes aux autres sans parvenir à dégager d’unité ou de cohérence.
Du fait de cette histoire mouvementée, le wushu souffre de la concurrence directe avec une autre discipline, le karaté, qui souhaite aussi activement intégrer les disciplines olympiques. Entre 1977 et 2005, puis entre 2014 et 2022, les arts martiaux chinois se sont retrouvés minoritaires au sein de la Fédération de karaté qui a naturellement privilégié un soutien à sa discipline principale au détriment du wushu dans la course à l’« olympisation ». Il faut enfin noter que la concurrence est d’autant plus importante entre le sport chinois et le sport japonais que les similitudes entre les deux disciplines rendent très difficile leur coexistence parmi les sports olympiques41. Autrement dit, si le karaté parvient définitivement à se faire une place au sein des Jeux, il est peu probable que le CIO admette également le wushu et inversement.
Les arts martiaux chinois rencontrent donc un manque de stabilité dans leur histoire institutionnelle, ce qui peut expliquer en partie les difficultés pour la France de soutenir l’initiative de l’IWUF auprès du CIO et pour les diverses fédérations à mener des politiques pour recruter davantage de pratiquants. En cela, l’« olympisation » peut aussi avoir un intérêt.
L’intérêt de l’« olympisation » pour les clubs et les fédérations
La transformation des arts martiaux chinois en disciplines olympiques peut avoir un intérêt important pour les clubs et les fédérations car ils souffrent pour le moment d’un manque de pratiquants et de moyens, notamment pour les pratiquants intéressés par la compétition.
Les chiffres sur le nombre de licenciés fournis par le rapport moral 2013 pour l’Assemblée générale du 17 mai 2014 de la FFWAEMC révèle une stagnation, voire un léger déclin du nombre de pratiquants (fig. 1)42.
D’après l’étude réalisée par Jean-Marie Duprez en 2009, le wushu ne représentait que 1,5 % des pratiquants d’arts martiaux en France en 2000 et 4 % en 2007, contre respectivement 58 % et 55 % pour le judo, 21 % et 19 % pour le karaté43. Il pèse donc encore peu par rapport aux arts martiaux japonais, mieux et plus anciennement installés dans le paysage français.
La pratique de la compétition est aussi très marginale chez les pratiquants d’arts martiaux chinois. Cela est notamment lié à la moyenne d’âge des pratiquants. D’après l’étude de Jean-Marie Duprez, les pratiquants de plus de 46 ans représentent 41 % des licenciés de la FFWAEMC, tandis que les 16-25 ans, catégorie d’âge la plus encline à faire de la compétition, représentent 13 % des licenciés44. Cela signifie que les pratiquants majoritaires sont des personnes plus âgées, orientées davantage vers des objectifs de santé et de bien-être, dans des styles comme le taiji quan ou le qi gong, que vers des pratiques de compétition.
Pour ceux qui souhaitent faire de la compétition et notamment à un haut niveau en faisant partie de l’équipe de France, le manque de moyens et d’équipement est flagrant. Zhang Xiaoyan, entraîneure de l’équipe de France de 1995 à 2006 en technique, témoigne :
Je suis très étonnée des conditions de travail en France par rapport à la Chine et à ses écoles professionnelles […]. Je découvre que l’équipe de France de wushu n’a pas de salle spécifique, pas de tapis d’entraînement alors que c’est indispensable, des sportifs qui sont obligés de travailler pour vivre, et peu de moyens mis à la disposition par la fédération. […] J’obtiens en 1996, la possibilité de faire un regroupement d’un week-end par mois des sportifs, pris en charge par la fédération. Pour compenser ces conditions insuffisantes, j’entraîne bénévolement quatre ou cinq fois par semaine, individuellement les sportifs au jardin du Luxembourg quelles que soient les conditions climatiques [froid où] parfois même neige45.
Les résultats de l’équipe s’en ressentent : depuis la création de l’IWUF et les premières compétitions internationales, les athlètes français ont remporté en taolu 2 médailles d’or, 1 médaille d’argent et 6 médailles de bronze, en prenant en compte les résultats en Championnats du monde de wushu, Championnats du monde de wushu junior, Championnats du monde de taiji quan, Coupe du monde de taolu, Championnats du monde universitaires de wushu et Jeux Mondiaux entre 1991 et 202246. Les Français sont souvent meilleurs en combat, mais seuls les taolus sont pour l’instant pressentis pour intégrer un jour les Jeux Olympiques.
Les Jeux Olympiques pourraient ainsi apporter plus de légitimité, de visibilité et de licenciés donc plus d’argent pour les clubs et les fédérations par le biais des adhésions et des subventions.
Un conflit de représentation et d’appropriation autour de la modernisation et de la sportivisation du kung-fu wushu
Des points de vue en opposition sur les Jeux Olympiques et le wushu moderne entre les pratiquants français
L’étude des points de vue des pratiquants français se fonde sur une série de 28 ouvrages rédigés par 13 auteurs différents : manuels de pratique, livres théoriques, autobiographies. Ces pratiquants ont des profils variés (pionniers des arts martiaux chinois en France, anciens athlètes et entraîneurs, acteurs ou chorégraphes de combat, etc…), mais ils ont tous en commun d’avoir consacré une partie importante de leur carrière à la pratique et à la transmission des arts martiaux chinois en France. L’analyse de ces ouvrages est complétée par quelques entretiens réalisés avec certains de ces pratiquants.
Pour certains, la compétition semble assez naturelle. Daniel Herroin, compétiteur dans les années 1970 et entraîneur de l’équipe de France, déclare dans son autobiographie : « La compèt’, j’adore ça »47. Elle est mentionnée depuis les années 1970 dans les premiers manuels48.
Pour certains comme Hoang Nam, la compétition est un moyen d’améliorer sa pratique : « La compétition sportive aide les combattants à s’améliorer perpétuellement ; c’est un combat contre soi-même, mais qui dévoile l’essence du style de chaque école de Kung-Fu »49. Pour Dan Schwarz, un des premiers Français à avoir commencé la pratique dans les années 1960, ancien athlète et directeur technique, la compétition est « nécessaire pour la progression du pratiquant » :
Elle offre la possibilité de se « tester », de trouver son « rythme », sa « vitesse », son « souffle », sa « puissance », sans toutefois recréer les difficiles conditions du combat réel […] Le but de la compétition n’est pas d’amoindrir ou de diminuer physiquement un combattant mais au contraire qu’il en sorte grandi physiquement et psychiquement […].50
Pour d’autres pratiquants, l’olympisme pourrait permettre de sauver les arts martiaux. Roger Itier, ancien compétiteur et entraîneur lui-même, a bien conscience des conséquences de l’olympisme sur la pratique : il y a certes une amélioration qualitative des athlètes sur le plan physique, avec un entraînement plus scientifique et un meilleur encadrement (diététique, psychologique et sportif) mais la codification et la standardisation provoquent une orientation exclusive vers la performance sportive et esthétique au détriment d’autres aspects comme la canalisation de l’énergie, la bonne réalisation des mouvements ou la personnalité et la qualité individuelle des artistes qui pouvaient transparaître avant dans la réalisation du taolu, ce qui transforme les athlètes en « acrobates de cirque »51. En revanche, il affirme que la modernisation des taolus a aussi des avantages certains :
Le bon côté et d’avoir structuré le Wuhu pour le rendre plus intelligible à ses adeptes, de codifier les différents exercices de base (Jibengong) et d’avoir ainsi un langage commun. Avant, le monde du Wushu ressemblait plus à la tour de Babel, aujourd’hui je veux voir dans cet effort de codification un « espéranto » qui nous permettra de mieux revenir à nos véritables racines. La technique doit évoluer sous peine de disparaître.52
D’autres pratiquants ne voient pas du tout d’un bon œil la standardisation et la simplification des techniques. Certains critiquent le manque d’efficacité de ces taolus de compétition. Le constat commençait déjà pour certains dans les années 1970 avant même la quête olympique. Jean Pujol écrit ainsi dans son ouvrage en 1977 : « L’accent est mis plus particulièrement sur l’esthétique et la performance plutôt que sur le combat réel et l’efficacité »53. Il est le même aujourd’hui pour Hervé Baudoux par exemple, président de la FWF :
C’est-à-dire qu’aujourd’hui, même avec mes élèves, j’ai du mal à trouver l’application martiale des formes modernes. […] Et très sincèrement, ça me fait plus penser à du patinage artistique qu’à l’art martial tel qu’on me l’a transmis dans les arts martiaux traditionnels. Alors je ne dis pas, c’est bien ou c’est mal, je dis il en faut pour tous les goûts. Mais pour moi l’appellation art martial est un peu tronquée de nos jours parce que ce sont des bons athlètes […]. Mais dans la rue, je les mets au défi de mettre en application les techniques qu’ils font voir devant les yeux ébahis de milliers de spectateurs à Bercy en l’occurrence ou dans les championnats du monde.54
D’autres pratiquants déplorent la perte de l’aspect traditionnel authentique. Mathieu Derosière, pionnier du kung-fu mandchou en France, écrit à propos de la standardisation :
Les règles qui les régissent favorisent une uniformisation des pratiques. Elles gomment les spécificités des styles traditionnels. Les contraintes vestimentaires, par exemple, vont parfois à l’encontre d’une pratique fidèle de style. Le port de chaussures, obligatoire sous peine d’un demi-point de pénalité, empêche de vérifier le placement correct du pied, dont la position varie selon le type de coup porté. […] En compétition officielle, je suis toujours sidéré de voir à quel point la réglementation prend le pas sur la pratique et la performance. […] En fait, même si l’amalgame est tenace dans l’esprit des gens, art martial traditionnel et sport de combat doivent être différenciés.55
Georges Charles, pratiquant historique de Yi Quan, un style interne, évoque la « perte d’authenticité »56. Roland Habersetzer critique dans ses ouvrages la modernisation des pratiques depuis les années 1970. En 1976, il regrette l’altération sensible de « ce qui touche à la connaissance de l’adversaire », c’est-à-dire de ses « composantes psychiques et physiologiques », et la perte du savoir sur les points vitaux « d’une part en ce qui concerne leur localisation exacte, d’autre part en ce qui concerne la manière correcte de les attaquer »57. En 1982, il qualifie la vision sportive de « superficielle », un « indiscutable processus d’érosion de cet art »58.
Pour certains pratiquants enfin, la compétition pousse facilement à la perte des valeurs et de l’esprit martial, comme l’indique Shrî Shaolin Shara : « En assistant à des championnats, on s’aperçoit que l’attachement à la victoire a privé la plupart des arts martiaux de leur sens véritable. Que sont devenus techniques et principes ? Ils ont été détruits par l’agressivité et la peur de perdre »59.
Un conflit ouvert au sein des fédérations
Ces variations de représentation autour de la compétition ont un écho plus qu’important au sein des fédérations. Elles ont suscité des débats houleux à la FFWAEMC qui ont finalement abouti à la perte de la délégation ministérielle pour les arts martiaux chinois. Cette délégation lui est accordée en 2005 et renouvelée en 201260. La fédération est divisée en trois branches : AMCX (externe), AMCI (interne) et AEC (énergétique). Chacune est indépendante sur le plan technique mais la politique commune et le budget sont définis par le comité directeur, dans lequel la représentation de chaque branche se fait en fonction de leur contribution financière. La situation se dégrade à partir de 2013. En juillet, les dirigeants AMCX refusent de participer au Congrès de la fédération. Ils estiment injuste le fait que la branche AMCI, qui dispose du plus grand nombre de licenciés donc de la plus grande contribution financière, ait un poids politique plus important et la capacité de prendre des décisions pour l’ensemble des branches. En charge du wushu sportif, ils réclament des moyens beaucoup plus importants pour les athlètes. Le principal problème relève du fait qu’une minorité de pratiquants fait de la compétition mais qu’ils ont besoin proportionnellement de beaucoup d’argent pour les entraînements. À l’automne, les élus AMCX demandent une révision des statuts, avec leur autonomie financière et la suppression des collèges techniques, remettant ainsi en cause la structuration fédérale par branche61. Ils souhaitent donner à la Commission Spécialisée des « dans » et grades équivalents tout pouvoir pour gérer les disciplines. Un travail de réflexion est engagé pour faire évoluer les structures fédérales en cours, mené par le Bureau et le Conseil Technique Paritaire. Ils espèrent concilier les contributions écrites de chaque branche mais seuls les représentants de la branche Arts Internes sont présents à la première réunion, tandis que les autres branches choisissent de se mettre en grève. Le 8 décembre 2013, le responsable national des grades décide de sa propre autorité de bloquer indirectement les passages de grade AMCI en refusant de donner aux juges AMCI présents à la formation annuelle la validation de leur stage62.
Les vœux de janvier 2014, rédigés par Hugues Deriaz, président de la fédération, déplorent les tentatives de déstabilisation de certaines personnes à des postes clés de la fédération pour faire prévaloir leur vision. Le président n’est pas favorable à la suppression des trois branches constitutives :
Le risque à terme est la main mise d’un groupe d’experts multicompétents sur ce qui guide les disciplines et protège actuellement leur diversité ; le risque à terme est la standardisation […]. Nous avons une richesse de pratiques, de styles et d’écoles très grande, qui intègre les formes standardisées de la fédération internationale. Les statuts fédéraux défendent cette richesse. L’État a confié à la fédération française de wushu le soin de le représenter à l’international et de gérer le wushu dans ses quatre composantes : le wushu sportif (pour les compétitions internationales), les arts martiaux chinois externes, les arts martiaux chinois internes et les arts énergétiques chinois. Vous connaissez la réussite de cette gestion. Elle a imposé des choix budgétaires et réfréné quelques élans au profit d’autres. […] À ce jour une profonde polémique divise la direction fédérale entre simplifier d’une part, préserver la diversité et la richesse d’autre part.63
Une consultation est menée au sein des trois branches, dont le dépouillement a lieu en février 2014. Elle aboutit notamment à la conclusion que le wushu doit rester uni au sein d’une seule fédération mais qu’il est nécessaire de donner plus d’autonomie au wushu sportif, afin que les actions et flux financiers soient plus clairs pour tous les membres64. Une commission se réunit en mars 2014 pour que chaque branche puisse présenter un projet de statuts. Les représentants des arts martiaux internes soutiennent une structuration qui maintient la logique des branches disciplinaires et proposent un comité national du wushu sportif responsable de son propre développement administratif, financier et technique65. Les représentants des disciplines des arts énergétiques et des arts martiaux externes proposent quant à eux une structuration sur la base d’un seul sport : le wushu, avec des disciplines, des pratiques et des publics qui correspondent à l’ensemble des priorités ministérielles66. Ils souhaitent rebaptiser la fédération, « Fédération Française de Wushu et Disciplines associées », limiter les pouvoirs du président et mettre en place une commission compétition. Le ministère des Sports commence à se saisir de la question et convoque les représentants de la fédération. Le sous-directeur des sports Dominique Charre insiste sur la nécessité d’une « représentation unisport » au comité directeur et celle de ne pas considérer les licenciés différemment selon leur pratique. Le vice-président AMCX, Max Goutfer indique vouloir quitter la fédération et être accueilli par une fédération plus en phase avec ses convictions : « Nous étions bien à la fédération de karaté. (sic) ». La vice-présidente AEC, Elisabeth Nguyen, appuie ses propos. La Direction des Sports décide donc de mener une inspection générale sur la fédération67.
Le 29 mars 2014, l’arrêté des comptes et le bilan 2013 ne sont pas votés. Le fonctionnement général est empêché ainsi que les commissions et certains projets comme l’Université d’été. Seule l’affiliation à l’IWUF et à l’EWUF (fédération européenne) est approuvée : « En résumé la majorité actuelle du comité directeur souhaite une nouvelle fédération (refus du budget de fonctionnement) axée sur la compétition, avec un net refus des moments de partage et de rencontre (Université d’été) »68. L’inquiétude gagne du terrain au sein des associations et des licenciés. Une pétition arrive en avril 2014 pour demander la présentation de statuts mettant en évidence la place du wushu sportif69. Un courrier circule également parmi les licenciés AEC qui déplorent le fait que le projet de statuts produit par leurs représentants élus, plutôt proche de celui des AMCX, ne correspond pas à leur souhait de conserver une structure par branche70. En mai 2014, avec l’entente entre les élus AMCX et les élus AEC, les choix budgétaires du comité directeur s’orientent surtout vers le wushu sportif au détriment des autres activités. Ceci conduit à de graves problèmes de financement, les moyens humains et financiers étant accordés essentiellement au wushu sportif au détriment des activités traditionnelles. Une procédure d’alerte est même lancée par le Commissaire aux Comptes en raison de l’assèchement des réserves financières. 95 % du budget est affecté au wushu sportif, aboutissant à plusieurs années de résultats négatifs et à un déficit de 277 000 € en raison de l’achat de matériel très onéreux et du recrutement de salariés pour les équipes de France71. Une nouvelle pétition demande donc la révocation du comité72. La fédération apprend finalement que la délégation ministérielle lui est retirée au 31 août 201473. La FFKDA, fédération de karaté, récupère cette délégation. La FAEMC perd 13 000 licenciés, notamment de la branche AMCX qui retournent à la FFKDA. Le bilan de l’année 2014 présenté durant l’Assemblée Générale de mai 2015 brosse un portrait sombre de l’année précédente, critiquant les conflits et attaques personnelles qui ont conduit à la dégradation de la situation. Le choix des orientations générales tournées uniquement vers le wushu sportif et le haut niveau est critiqué :
Le fonctionnement même du Comité Directeur a été entravé puis bloqué et seules les actions dévolues au Wushu Sportif et au haut niveau ont été maintenues. Cette volonté déterminée d’une partie du Comité Directeur, devenue majoritaire d’une voix, de bloquer les organes de décision internes au seul bénéfice du Wushu sportif a menacé gravement la stabilité de la fédération, son fonctionnement quotidien et sa survie morale et financière.
Le bilan salue finalement la séparation avec les « initiateurs de la crise, porteurs du Wushu sportif compétitif »74.
L’opposition entre la vision traditionnelle et la vision sportive moderne du wushu a donc provoqué une grave crise institutionnelle et financière au sein de la fédération. Elle nous montre surtout la diversité des représentations et des objectifs des pratiquants français pour qui la compétition est rarement un moteur de la pratique.
Les buts de la pratique : pourquoi les Français font du kung-fu ?
Si la dimension sportive et compétitive peut être un motif pour pratiquer les arts martiaux chinois, d’autres dimensions sont à l’œuvre. Si on se fonde sur l’analyse de Dominic LaRochelle pour catégoriser les différentes dimensions de la pratique des arts martiaux, on peut en ajouter trois à la dimension sportive75. Dans la dimension martiale, les pratiquants recherchent des aptitudes efficaces en combat, notamment dans le cadre de l’auto-défense en cas d’agression. Roger Itier l’évoque comme une motivation possible dans le choix du kung-fu :
L’efficacité n’est pas l’apanage d’une école ou d’un style mais c’est un concept mental qu’il nous faut acquérir par la pratique régulière.76
D’autres pratiquants s’orientent vers la dimension thérapeutique, soit parce que la simple pratique d’une activité physique peut mener le corps à une meilleure santé, soit en faisant le lien avec certaines pratiques médicales anciennes, en médecine chinoise notamment, qui proposent des méthodes de contrôle de l’énergie et du souffle. Dans ce dernier cas, les arts martiaux sont eux-mêmes des arts de santé. Les adeptes des arts martiaux souhaitent souvent atteindre un équilibre entre l’aspect corporel et l’aspect mental et émotionnel de la santé. Georges Charles est certainement l’un des auteurs de manuel les plus attachés à cette dimension avec son ouvrage Les exercices de santé du kung-fu dans lequel il présente différentes pratiques destinées à « accroître le potentiel de santé »77. Enfin, Dominic LaRochelle parle de la dimension spirituelle. Cette spiritualité peut relever d’une quête de vérité qui s’apparente à l’éveil bouddhique, de la recherche de longévité taoïste, des questionnements existentiels sur la valeur de la vie humaine et son rapport aux autres ou encore de la recherche d’équilibre et d’harmonie menant à un bien-être généralisé. Dans tous les cas, le pratiquant vise une transformation et un accomplissement de lui-même à travers la maîtrise des techniques martiales.
Pour Roland Habersetzer, les arts martiaux chinois peuvent aboutir à l’illumination spirituelle et à une certaine philosophie de l’existence :
Si l’art est bien compris et quelle que soit la forme sous laquelle il est étudié, les pratiquants restent à même de déboucher un jour sur une découverte toute personnelle, qui donnera un nouveau sens à leur existence ; car à son stade ultime, la maîtrise du Kung-Fu (comme celle de n’importe quel art martial d’Extrême-Orient pratiqué dans le contexte spirituel) doit libérer l’homme des complexités du monde extérieur et du monde intérieur, ainsi que de leurs interactions permanentes. […] l’homme accompli, qui s’est vaincu lui-même, c’est-à-dire qui a réussi à briser tous les blocages physiques qui le limitaient, voit soudain clair car il voit au-delà des apparences […]. Le Kung-Fu peut donc être, et rester, cette voie d’accomplissement de soi.78
Certains pratiquants visent une élévation intérieure qui se traduit par une harmonie avec la Nature, voire un voyage vers des plans de conscience supérieurs.
De nombreux pratiquants ne cherchent pas à développer une connaissance approfondie des arts martiaux et encore moins à les pratiquer en compétition. Beaucoup y voient un simple loisir, pour rechercher une discipline de soi, un maintien en bonne santé ou de la confiance en soi par exemple.
D’autres représentations circulent autour des arts martiaux chinois et sont aussi importantes, si ce n’est plus, que les représentations sportives du wushu : les acteurs mondialement connus comme Bruce Lee, Jackie Chan ou Jet Li, les films de wuxiapian comme Tigre et Dragon, le monastère de Shaolin, certains styles qui gagnent en popularité comme le wing chun. Souvent, les pratiquants de kung-fu wushu mettent en avant une quête d’exotisme, un intérêt pour la culture chinoise, une recherche de profondeur spirituelle et temporelle, une appartenance à une communauté avec des valeurs et des rituels, tout un ensemble d’éléments qui peuvent entrer en contradiction avec la seule pratique sportive79.
Finalement, les pratiquants français « lambda » qui s’intéressent aux arts martiaux chinois, semblent choisir ce qui correspond le mieux à leurs attentes et à leurs besoins, que ce soit une pratique traditionnelle ou une pratique sportive. Au moment des conflits qui ont déchiré la FFWAEMC en 2014, certains pratiquants semblent désabusés face à la situation et réclament la cohabitation des pratiques et des styles, ainsi Philippe Marty, responsable kung-fu d’une association sportive dans une université parisienne, dans une lettre ouverte :
Il me semble que c’est une culture, qui n’est pas forcément notre culture native, mais à laquelle nous avons envie d’adhérer. Une culture, avec ses codes, son vocabulaire, son histoire et son actualité. Sa diversité surtout ! […] Les arts martiaux chinois SONT le Wushu. Les arts martiaux chinois sont Un et à la fois Multiples. […] Le mot Wushu ne devrait pas être assimilé aux seuls arts externes, voire pire à la seule pratique compétitive moderne (essentiellement taolu interne et externe, et sanda). Même s’il y a évidemment un enjeu concernant l’entrée aux J.O. de notre discipline sous cette seule forme moderne, pourquoi serions-nous moins solidaires entre nous (Wushu moderne et Wushu traditionnel) que ne le sont le Judo et le Jujutsu par exemple, ou le Volley-Ball et le Beach-Volley, etc. ?!… […] Acceptons l’idée que nous pratiquons tous la même chose mais de façon différente.80
Selon l’auteur, les arts martiaux chinois, y compris leur version moderne et sportive, peuvent tirer leur force de la cohabitation pacifique des pratiques, bien plus que d’une intégration aux Jeux Olympiques.
Conclusion
L’entrée des arts martiaux chinois aux Jeux Olympiques était jusqu’à présent synonyme pour le gouvernement chinois d’une reconnaissance de sa puissance et de la valorisation de la culture chinoise à l’international. Mais l’avenir olympique du wushu est plus qu’incertain, malgré la décision du CIO en 2020 d’inclure le wushu aux futurs Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar. Il faudra attendre de voir si l’IWUF déposera à nouveau une demande pour le wushu auprès du Comité et quel soutien la Chine apportera à cette demande. Cela n’empêche pas ces tentatives d’intégration d’avoir transformé la discipline pour répondre aux critères d’un sport olympique, ce qui s’inscrit dans un contexte plus large de modernisation des arts martiaux qui a commencé au début du XXe siècle. En France, l’intégration du kung-fu wushu aux Jeux Olympiques ne soulève pas le même intérêt du grand public et demeure un sujet très confidentiel. De plus, la situation institutionnelle de la discipline, avec l’absence d’une fédération unique et unifiée, n’a pas permis d’appuyer la candidature des arts martiaux chinois auprès du CIO. Pour autant, leur intégration aux JO peut présenter un avantage important en matière de visibilité, de légitimité et de financement pour des pratiques qui peinent à trouver des licenciés en plus grand nombre et davantage de moyens pour leurs athlètes. Cependant, le processus de sportivisation des arts martiaux chinois ne va pas de soi pour tous les pratiquants, dont les points de vue s’opposent entre aspect sportif et dimension « traditionnelle ». Ces débats ont engendré des conflits ouverts au sein même des fédérations sportives. La participation du kung-fu wushu aux Jeux Olympiques et la modernisation de la pratique s’insèrent donc plus largement dans les problématiques d’appropriation et de représentation des arts martiaux chinois par les pratiquants français. Pour certains, la standardisation des arts martiaux chinois risquerait de faire disparaître la diversité et le contexte culturel de ces pratiques, des craintes partagées aussi par certains adeptes chinois.
La Chine a conscience de ces représentations plus « traditionnalistes » puisqu’elle cherche à actionner d’autres leviers que la seule « olympisation » de ces arts martiaux pour promouvoir la culture chinoise à l’international : le temple de Shaolin est devenu le centre majeur du tourisme martial en Chine depuis sa réouverture dans les années 1980. La Chine a poussé pour la reconnaissance de ces pratiques comme patrimoine, aboutissant ainsi à l’inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO du taiji quan en 2020. Elle cherche également à montrer son implication dans la préservation de la diversité des styles : l’Institut de recherche créé par le gouvernement chinois en 1986 a aussi comme mission de répertorier et de recréer les styles traditionnels afin de constituer une encyclopédie. Plus de 500 styles et écoles ont ainsi été recréés et systématisés après six ans de travail81.
Bibliographie
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Notes
* The Integration of Kung-fu wushu into the Olympic Games from the French Perspective: The Modernisation of Practices and the Sportification of the Martial Art at the Heart of Representation and Appropriation Conflicts / La integración del Kung-fu wushu en los Juegos Olímpicos desde la perspectiva francesa: la modernización de las prácticas y la deportivización del arte marcial en el corazón de los conflictos de representación y apropiación
- Judkins Benjamin, « Berlin 1936 : Chinese Martial Arts On a Global Stage », Kung Fu Tea, 2022, [en ligne] https://chinesemartialstudies.com/2022/02/09/berlin-1936-chinese-martial-arts-on-a-global-stage/ [consulté le 02/06/2023].
- Le wuxiapian est un genre cinématographique de sabre chinois, mettant généralement en scène les chevaliers errants et les thèmes de l’opposition entre le bien et le mal, du devoir et du désir.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », dans Lo Vivienne (dir.), Perfect Bodies. Sports, Medicine and Immortality, Royaume-Uni, The British Museum, Research Publication 188, 2012, p. 64.
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- Theeboom Marc, Zhu Dong, Vertonghen Jikkemien, « « Wushu belongs to the world ». But the gold goes to China… : The international development of the Chinese martial arts », International Review for the Sociology of Sport, vol. 52, n° 1, 2015, p. 5..
- Ibid., p. 6-7.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cité, p. 65.
- Theeboom Marc, Zhu Dong, Vertonghen Jikkemien, « « Wushu belongs to the world ». But the gold goes to China…», art. cité, p.7.
- Ibid., p. 8.
- Courmont Barthélémy, « La Chine à l’offensive », Revue internationale et stratégique, IRIS éditions, n°118, 2020/2, p. 166.
- Lu Chunlei, « Modern wushu : When Chinese martial arts meet Western sports », Archives of Budo, n°4, 2008, p. 38.
- Ciembroniewicz Ewa, « Kungfu/wushu in the promotion of China’s culture and image », Przegląd Narodowościowy / Review of Nationalities, n°9, 2019, p. 65.
- Ibid., p.68-69.
- Theeboom Marc, Zhu Dong, Vertonghen Jikkemien, « « Wushu belongs to the world ». But the gold goes to China…», art. cité, p. 5.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cit., p. 65.
- Ryabenkov R.D., Fomina Zh. V., « The Prospective Assessment of Wushu to Become an Olympic Sport, Science and Sport : Modern Tendancies, n°3, vol. 12, 2016, p. 92.
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- Ibid., p. 15.
- Theeboom Marc, Zhu Dong, Vertonghen Jikkemien, « « Wushu belongs to the world ». But the gold goes to China…», art. cité, p.16.
- Ibid., p. 16.
- Ibid., p. 9. Ces pourcentages sont calculés ainsi : (Nombre de points du pays/Total des points) x100). Les points sont calculés en fonction des médailles obtenues : une médaille d’or vaut 1 point, une médaille d’argent 2 points et une médaille de bronze 1 point.
- Han Qingsong, Zhu Dong, Theeboom, « Chinese martial arts and the Olympics : Analysing the policy of the International Wushu Federation », art. cité, p.13.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cité, p. 65.
- Ren Hai, « Embracing Wushu. Globalization and Cultural Diversification of the Olympic Movement », art. cité, p. 309.
- Han Qingsong, Zhu Dong, Theeboom, « Chinese martial arts and the Olympics : Analysing the policy of the International Wushu Federation », art. cité, p. 6 ; Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cité, p. 65.
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- Ciembroniewicz Ewa, « Kungfu/wushu in the promotion of China’s culture and image », art. cité, p.63-64.
- Han Qingsong, Zhu Dong, Theeboom, « Chinese martial arts and the Olympics : Analysing the policy of the International Wushu Federation », art. cité, p. 5.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cité, p. 59-60.
- Lu Chunlei, « Modern wushu : When Chinese martial arts meet Western sports », art. cité, p. 38.
- Ibid., p. 39.
- Brownell Susan, « Wushu and the Olympic Games. « Combination of East and West » or Clash of Boy Cultures ? », art. cité, p. 66.
- Ce résultat a été obtenu avec les mots clés « wushu » et « olympique » tapés dans le moteur de recherche du site internet de chacun de ces journaux et en paramétrant la création de l’IWUF comme date de début des recherches.
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- En effet, le karaté possède aussi des combats chorégraphiés à exécuter seul et à apprendre par cœur, les kata, qui ressemblent aux taolus.
- « Rapport moral 2013. Assemblée générale du 17 mai 2014 », FFWushu, arts énergétiques et martiaux chinois, p. 3. Dans le graphique suivant, les sigles AMCX, AMCI et AEC correspondent respectivement à Arts Martiaux Chinois eXternes, Arts Martiaux Chinois Internes et Arts Énergétiques Chinois.
- Duprez Jean-Marie, « Âges et générations dans les fédérations de sports de combat et d’arts martiaux en France », 2009, p.6. [en ligne] https://shs.hal.science/halshs-00737929/document [consulté le 02/05/2024].
- Ibid., p.25.
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- Ibid., p.14.
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