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Se mettre en mouvement et s’orienter dans le paysage.
L’hypothèse d’un discours programmateur au Néolithique

Certains types de discours programmateurs visent à mettre le récipiendaire en mouvement, et provoquent un véritable effet de vie. Le mouvement agit également pour animer le point de vue du mandataire, lui permettant d’activer progressivement des repères appris et reconnus. Cette dynamique a été étudiée en sémiotique à travers les partitions de musique, les cartes de randonnée, ou les recettes de cuisine. C’est en transposant ce modèle de sémiose que nous chercherons à comprendre comment a pu être organisé un mouvement singulier, celui des voyages pédestres à longue distance au Néolithique.

enquête sémiotique ; interprétation ; Néolithique ; discours programmateur.

Certain types of programmatic discourses aim to set the recipient in motion, and provoke a real effect of life. The movement also acts to animate the point of view of the agent, allowing him to gradually activate learned and recognized landmarks. This dynamic has been studied in semiotics through musical scores, hiking maps, or cooking recipes. It is by transposing this model of semiosis that we will seek to understand how a singular movement could have been organized, that of long-distance pedestrian journeys in the Neolithic.

Semiotic investigation; Interpretation; Neolithic; Programmatic discourse.

C’est en déplaçant notre regard dans l’environnement naturel que notre point de vue transforme un plan de l’expérience composite en entités reconnaissables pour former ce que nous appelons un paysage (Fontanille 2008). Différents niveaux de pertinence sémiotique permettent alors à une personne en mouvement de faire émerger du sens à partir de l’environnement dans lequel il se déplace : il peut reconnaitre des éléments signifiants locaux, les associer par exemple à un toponyme, se référer aux pratiques et aux formes de vie possibles dans ces espaces ainsi structurés, et enfin agir en conséquence.

Par exemple un randonneur en montagne connaissant la carte et retrouvant progressivement des balises pourra réussir la traversée, même en terrain inconnu. L’effet de sens induit par le mouvement de la personne dans l’environnement naturel, s’appuie alors sur l’interprétation d’artefacts cognitifs (une table d’orientation, une carte) qui ont été instaurés préalablement dans la perspective de soutenir la réussite de stratégies précises. Le repérage de points saillant du paysage viendra compléter le dispositif de guidage. Ce modèle de sémiose associe discours programmateur et effet de vie, support matériel et mouvement dans le paysage.

Il semble intéressant d’explorer ce type de discours pour élucider un cas pratique qui parait similaires, celui de l’organisation de voyages pédestre à longue distance au Néolithique pour le transport des lames de haches en jadéite. On retrouve la notion de mouvement organisé (trouver le bon col, traverser le gué à l’endroit prévu) et celle d’objet de valeur (réussir la traversée des Alpes, réussir le trajet entre deux lieux de rendez-vous). L’effet de vie produit lors de ces milliers de trajets effectués nous parvient au travers de traces archéologiques. Si nous souhaitons tester cette hypothèse, le corpus d’artefacts (dalles gravées, sites aménagés) est riche sur cette période sans pour autant qu’une interprétation n’ait été encore proposée.

Des objets-signe dont la forme indique la provenance et le parcours

Les archéologues nous le confirment, parmi les objets de valeur produits par la société du Ve millénaire av. n.è., la réalisation des lames de haches en jadéite alpine extraites d’Italie et mises en forme dans le Morbihan impliquait la réussite de voyages à longue distance. L’analyse statistique et cartographique des dépôts de ce type de lames permet de l’établir : des milliers de parcours précis ont été réussis régulièrement il y a environ 6000 ans et ils apparaissent organisés dans l’espace selon des lignes constantes. « C’est donc bel et bien en général le plus court chemin qui est privilégié pour diffuser la majorité des haches en roches tenaces des Alpes à travers toute l’Europe occidentale. » (Rasse, Thirault 2018). Ces lames de pierre, déposées par des voyageurs à longue distance, constituent une série de traces, la manifestation résiduelle d’une animation qui a eu lieu.

En qualifiant la logique de ces dépôts et de ces parcours, l’archéologue a déjà commencé à attribuer des propriétés sémiotiques au déplacement des personnes. Il infère l’existence d’une modalisation des actants autour d’une intention organisatrice. Comment se sont-ils organisés, avec quels moyens ont-ils coordonné la construction de la signification in situ permettant une telle performance ? Selon l’hypothèse présentée ici, des sites du Néolithique circulaires judicieusement localisés (fig. 3) et des dalles gravées de signes répétitifs (exemple fig. 2), ont pu aider à cette époque des voyageurs missionnés pour assurer la logistique de ces objets-signes1.

Pour fixer une analogie avec des opérations logistiques contemporaines liées à la production d’objets de valeurs exceptionnels, prenons l’exemple de la confection d’une voiture hors du commun comme la Mercedes Brabus. La hache en jadéite alpine tout comme la Mercedes sont d’abord établies en tant qu’ébauche dans un premier pays (l’Allemagne pour la voiture, l’Italie pour la hache), puis transportées dans un autre pays pour être mise en forme selon des techniques particulières (en Angleterre chez Brabus pour la voiture, dans le Morbihan pour la hache).

Dans les deux cas le produit fini présente des attributs référant à la fois à une utilité possible (c’est bien une voiture, et on pourrait tailler un arbre avec la hache), mais aussi des éléments ayant nécessité un travail d’expert sans pour autant apporter une utilité fonctionnelle (des éléments de carrosserie spécifiques sur la voiture, un poli brillant pour la hache). La forme de l’objet indique pour les contemporains l’histoire logistique internationale de la matière, le niveau exceptionnel des différents savoir-faire engagés dans la réalisation, et la valeur symbolique dont un détenteur pourra bénéficier. Ce sont des objets-signes comme le décrivent les archéologues pour les haches (Cassen 2017).

Circulation des haches en jadéite : effet de vie d’un discours programmateur ?

Sur une période de deux millénaires, des haches en roche dure ont traversé l’Europe pour devenir des biens exceptionnels, non utilitaires. Elles étaient portées par des hommes organisés pour assurer des trajets sur des distances qui se comptent en milliers de kilomètres. Ces trajets répétitifs ont laissé des traces. Les dépôts de haches en sont un des éléments principaux, signalant le mouvement des objets.

La régularité des dépôts suggère qu’au Néolithique, un script régulé était respecté pour assurer ces trajets. Ce déroulé systématique peut être défini comme la série ordonnée de pratiques nécessaires à la réussite du parcours. Si l’on descend au niveau des stratégies (Fontanille 2006) articulées par les randonneurs du Néolithique, il apparaît établi qu’une telle répétition suppose un savoir-faire et la transmission d’instructions à travers des générations. En outre un parcours organisé sans faille invite à la recherche d’Adjuvants (Greimas 1966, p. 178) au sens de la sémiotique, susceptibles d’assister la mémorisation et la prise de décision lors de la mise en mouvement des Sujets.

Dans une perspective greimassienne la Quête est matérialisée par le transport de certains objets précieux en lien avec une culture élitaire pour laquelle cet objet est lié au pouvoir (Jeunesse 2016). Réussir cette quête dans un environnement complexe pourrait être régulée par un discours programmateur, c’est-à-dire un précis à l’usage des mandataires.

Inférences concernant une narratologie des activités signifiantes du Néolithique

Traces d’un modèle actantiel au cœur des voyages à longue distance au Néolithique

Nous reprenons le schéma du modèle actantiel, bâti par Louis Hebert (Hébert 2007) à partir du texte fondateur de Greimas (1966). Cette « machine d’analyse » nous sert d’outil de formalisation de la démarche interprétative (fig. 1).

Fig. 1. Adaptation du schéma actantiel (domaine public), dérivé de A.J. Greimas (1986) [1966]) Sémantique structurale, Paris, PUF et repris dans cette forme par Hebert (2007). Illustration Thomas de Charentenay 2024.
Fig. 1. Adaptation du schéma actantiel (domaine public), dérivé de A.J. Greimas (1986) [1966]) Sémantique structurale, Paris, PUF et repris dans cette forme par Hebert (2007). Illustration Thomas de Charentenay 2024.

L’Objet de Valeur serait de manière intermédiaire et provisoire la hache en jadéite finalisée et déposée dans son lieu de destination. Pourtant c’est un objet en mouvement, diffusé avec application et constance sur un territoire, principalement le long d’axes. Aussi l’Objet de Valeur qui justifie cette quête peut sans doute concerner plus largement la maîtrise des moyens d’accès symboliques au pouvoir ou encore le pouvoir sur les processus de diffusion des symboles : sites mégalithiques circulaires, haches en jadéite et dalles gravées.

Concernant la mission à accomplir, le script à dérouler et les stratégies à opérer localement, le Sujet devra se confronter aux Opposants naturels (paysage de plaines sans repères, paysage de montagne aux vallées encombrées). L’hypothèse vient ainsi que des Adjuvants judicieusement placés (site de rendez-vous, amer, dalle gravée) auraient pu venir à l’aide de la réalisation de chaque stratégie, au service du mandataire du Néolithique. En navigation moderne le terme amer désigne des points de repère fixes visibles au loin et permettant de confirmer une position. Ce sont des éléments signifiants et nous avons bien là une des propriétés sémiotiques du paysage. En qualifiant ces points de repère en tant qu’amer, le Mandant serait ainsi l’orchestrateur des Adjuvants permettant au Mandataire d’organiser sa relation aux Opposants.

L’interprète contemporain des signes du Néolithique aura cette même attention pour les activités signifiantes ayant laissé des traces sur ce vaste territoire. L’ethnoarchéologie nous indique que, dans les sociétés sans écriture engagées dans des voyages à longue distance (Genz 2016), de tels dispositifs d’orientation peuvent combiner des artefacts cognitifs avec des techniques de repérage d’amers. Sans point d’observation depuis le ciel, sans boussole, sans montre et sans texte écrit, des hommes ont traversé le Pacifique pendant des centaines d’années. Pour réussir ces trajets ils utilisaient des représentations cartographiques et les affordances du paysage (étoiles, nuages accumulés au dessus des iles, croisements de houles). Le terme affordance est popularisé par le psychologue américain Gibson. C’est un élément de l’environnement qui offre la possibilité d’un usage pratique, et suggère un mode d’usage par ses caractéristiques propres. Ainsi une irrégularité du paysage peut potentiellement servir de point de repère.

Des candidats Adjuvants partiellement décodés par les archéologues

Sur la région Atlantique, au Néolithique moyen, sont contemporains les sites mégalithiques, les dalles gravées de signes répétitifs non figuratifs2 et les haches en jadéite. Dans ce contexte, les étoiles, sommets et cols sont les Adjuvants, les sites et les dalles ont certaines qualités attendues pour servir d’artefact cognitif : (i) points fixes sur les chemins les plus courts ; (ii) positionnés en ostension dans les zones montagneuses ou isolés en plaine ; (iii) de forme similaire d’un cas à l’autre.

Pour les préhistoriens, ces installations créées par les hommes du Néolithique sont repérables – il existe des instructions permettant d’identifier ces artefacts dans un ensemble plus vaste (Eco 1997, p. 268) – et reconnaissables – il existe des référents culturels qui permettent une interprétation des données d’un cas issu du terrain (Eco 1997, p. 80). Les chercheurs ont pu établir des classes d’objets et décrire en partie un plan de l’expression standardisé les concernant. Les sites circulaires, ouverts et munis d’alignements aux solstices sont de forme similaire malgré un support matériel variable (cercle de menhirs, de bois, fossés). Les relevés archéologiques sur les dalles gravées peuvent faire ressortir des signes familiers comme des pieds orientés (dalles dans les Alpes) ou des bateaux (dalles du Morbihan, à Gavrinis).

Ces sites circulaires et les dalles gravées partagent des attributs : ils sont isolés et en ostension, sans valeur défensive. Ils constituent en outre les indices d’un investissement disproportionné pour un objectif collectif sans utilité apparente. En cela ces sites vérifient les critères établis (Kelly 2015) pour définir la catégorie des lieux d’échanges de connaissances à la préhistoire (de Charentenay 2024).

Les dalles gravées choisies vérifient elles aussi les critères (Delano Smith 1987) attendus pour être qualifiées d’artefacts cognitifs à vocation cartographique (de Charentenay 2024). Ce référentiel suppose la vérification, de manière systématique, d’une homothétie de projection des gravures sur le paysage (fig. 2, travail en cours de publication).

Dans les deux cas le travail d’interprétation engagé par les archéologues permet de passer d’un premier état de classification à la définition d’un modèle de  (Basso Fossali 2023). Ce qu’ils ont en commun permet de proposer un premier concept (Eco 1997, p. 779) explicatif, pour les sites et les dalles, mais aussi pour le réseau ainsi observé. Ces modèles ont aussi pour vertu de nous inviter à la comparaison, de site en site, et de dalle en dalle, pour établir une classe, et enrichir le modèle de nouveaux attributs. Par exemple des paramètres venus de la comparaison elle-même (dimension, position, distance de).

Des tests réussis pour définir un mode de lecture pour ces artefacts

Après avoir défini les modèles qui permettent de qualifier et reconnaitre les objets (sites de rendez-vous en plaine, carte gravée sur une table d’orientation en montagne), il convient de vérifier la réalité du fonctif sur plusieurs token. Peut-on concrètement utiliser ces artefacts pour l’usage inféré ? Cette activité d’interprétation localisée permet de traduire le modèle de en modèle pour via une lecture experte.

Les artefacts considérés peuvent être reliées à plusieurs types de contextes (culturel, géographique, pratique) grâce auxquels nous pouvons mobiliser des informations localisées et vérifiables. La situation isolée et en ostension des objets étudiés, en complément des attributs systématiques du plan de l’expression (gravures répétitives, forme de cercle, alignement sur un axe précis) permettent de considérer comme des actes de langage (Armengaud 1982) ces installations particulières.

Concernant les dalles, du point de vue du contexte situationnel il faut noter l’ostension du support, face au paysage, sur une position dominante par rapport au paysage. C’est un attribut attendu parmi les critères de Delano-Smith. Autre attribut qualificatif, la présence de gravures répétitives non figuratives. Elles sont à la fois un indice d’un contexte présuppositionnel, d’un code commun et d’un savoir-faire acquis antérieur à la lecture locale, et interactionnel. Puisque les gravures sont sur une face et que le mode de lecture est défini par la pente (on doit se placer au-dessus pour voir les gravures), la seule position valable oblige à se caler au-dessus de la dalle, dans une configuration qui nous met en même temps face au paysage et aux gravures (fig. 2).

Fig. 2. Rocher du Pertuis, Le Thyl, Vallée de la Maurienne. En bas à droite, relevé des gravures portées sur la dalle, source Françoise Ballet et Philippe Raffaelli, 1990. Avec l'autorisation des archives de la Savoie. À haut à droite, vue du Rocherdu Pertuis vers le Sud, face à la vallée de la Maurienne. Photographie Thomas de Charentenay 2024. À gauche, projection des gravures du Rocher du Pertuis sur une carte des massifs de la Maurienne. Les zones rouges indiquent les limites de visibilité depuis le Rocher du Pertuis. Source www.heywhatsthat.com. Montage Thomas de Charentenay 2025.
Fig. 2. Rocher du Pertuis, Le Thyl, Vallée de la Maurienne. En bas à droite, relevé des gravures portées sur la dalle, source Françoise Ballet et Philippe Raffaelli, 1990. Avec l’autorisation des archives de la Savoie. À haut à droite, vue du Rocher du Pertuis vers le sud, face à la vallée de la Maurienne. Photographie Thomas de Charentenay 2024. À gauche, projection des gravures du Rocher du Pertuis sur une carte des massifs de la Maurienne. En bleu, projection du relevé photogrammétrique du Rocher du Pertuis – Source Jonathan Fuentes. Fond OpenTopoMap. Montage Thomas de Charentenay 2025.

En observant bien le relevé (fig. 2 en bas à droite), les gravures représentent individuellement et des ronds et des pieds orientés, seuls ou par paires. Le contenu pourrait avoir un lien avec ce qui laisse des traces de pieds : des parcours. Or, en tenant compte des contraintes géographiques de l’époque, cette dalle serait placée à proximité immédiate du chemin optimal au Néolithique pour la traversée à pied des Alpes depuis les carrières de jadéite en Italie vers le Morbihan (fig. 2 en bas à gauche).

Le calage de la gravure sur la carte moderne (fig. 2 à gauche) se fait en prenant comme référence les limites de visibilité depuis le Rocher du Pertuis pour y associer la bordure de la dalle. Le nord du paysage étant simplement associé au nord de la gravure. Comme si les gravures représentaient l’intérieur du paysage visible depuis la dalle.

En bref, la situation crée une zone de sélection et de reconnaissance faisant « que les propriétés pertinentes soient fixées par le contexte » (Eco 1997, p. 246). C’est pourquoi lorsque le test de projection des gravures sur une carte moderne du paysage se révèle fructueux, la jonction semble s’établir entre le plan de l’expression et le plan du contenu. Ces gravures portent après vérification une probable valeur de localisation précise, où les pieds indiquent à l’échelle des lieux de passage ou de bifurcation, les ronds précisant quant à eux des amers (des sommets remarquables) ou des points de rendez-vous. Nous aurions un artefact instauré pour permettre au lecteur de se repérer dans un paysage complexe, celui dont le « bord » est directement visible depuis la position de lecture. Un modèle de table d’orientation, pour l’orientation.

Les sites circulaires peuvent également être analysés selon les différents contextes. Le contexte interactionnel est ici précisé par les archéologues quand ils indiquent qu’il est nécessaire de se placer à un endroit précis (au centre du cercle), et de regarder dans une direction exacte pour lire l’axe du lever du soleil au solstice. Cet axe vérifiable par tous permet de confirmer l’exactitude de la position d’un site en latitude et de comparer les sites partageant la même latitude.

Lorsque le test de projection d’un site circulaire vers le suivant révèle des distances régulières sur des caps simples (fig. 3), il apparaît une certaine uniformité dans les distances. Ainsi la combinaison de positions précises et de distances prévisibles invite à considérer ce réseau de sites comme un modèle pour la réussite de traversées en ligne droite en plaine sur de longues distances (fig. 3).

Fig. 3. Réseau de sites. Hypothèse de localisation des points de rendez-vous au Néolithique. Monte Beigua en Italie représente le lieu d'extraction des ébauches de haches en jadéite et la Baie de Quiberon dans le Morbihan la région de mise en forme des haches. Les sites de Stonehenge, l'Étoile et Goseck sont reconnus comme sites Néolithiques, les autres sites devront faire l'objet de vérifications archéologiques. Montage Thomas de Charentenay 2024.
Fig. 3. Réseau de sites. Hypothèse de localisation des points de rendez-vous au Néolithique. Monte Beigua en Italie représente le lieu d’extraction des ébauches de haches en jadéite et la Baie de Quiberon dans le Morbihan la région de mise en forme des haches. Les sites de Stonehenge, l’Étoile et Goseck sont reconnus comme sites Néolithiques, les autres sites devront faire l’objet de vérifications archéologiques. Montage Thomas de Charentenay 2024.

Type de discours programmateur

Le Sujet comme variable, les Adjuvants comme actants

Dans les deux cas, sites et dalles, nous pouvons proposer, sans certitude mais avec de multiples confirmations, une série de règles qui permettent d’aller depuis un lieu de prise d’information vers un point de rendez-vous suivant. En formulant cette hypothèse et en allant la vérifier sur plusieurs cas « on peut très bien imaginer une jonction valant entre un objet comme constante et un sujet comme variable, donc une détermination ; ce serait le cas, dans le parcours narratif, des énoncés introduisant les actants “Adjuvant” et “Opposant”, ou le sujet variable détermine, sélectionne – l’objet, la constante “aide” ou “opposition” » (Greimas, Courtés 1986, « Fonctif »).

Dans cette configuration le Sujet est l’entité principale qui oriente le processus narratif ou discursif. Il est défini par son projet (le but à atteindre, modélisé comme un Objet de valeur). Son rôle est dynamique : il agit, évolue et mobilise les ressources de son environnement. Dans ce contexte les Adjuvants sont des soutiens fonctionnels, des actants qui informent le Sujet opportunément en vue de réaliser son objectif. Ces Adjuvants peuvent être des objets comme les dalles gravées de signes, une irrégularité signifiante ou affordance du paysage, une suite connue d’étoiles dans le ciel, ou même des concepts comme le cap marqué par le premier triplet de Pythagore (fig. 3, pente de l’axe Caden – Sombeken).

En coopération, le Sujet et les Adjuvants fonctionnent selon un programme narratif précis. Ils contribuent ensemble à vaincre les opposants en amplifiant les capacités du Sujet et en actualisant les valeurs de manière régulière. Ainsi « les qualifications sous-mentionnées (i) des compétences des interlocuteurs, (ii) de l’espace d’exercice, (iii) du “timing” et (iv) de l’intersubjectivité définissent le couplage du discours programmateur avec des variables externes. » (Basso Fossali 2020)

Une modalisation en cascade

Les pratiques probables sur le terrain doivent dépendre nettement du système de signes instauré. Et il faut le démontrer. En effet « un discours programmateur tel que la recette convoquerait par défaut une modalisation (la finalité traditionnelle d’un programme culturellement codé mobiliserait en soi une intentionnalité qui vise à orienter des transformations) afin de passer de l’état programmatique (actualisation) à la dynamique exécutrice (réalisation) » (Basso Fossali 2020).

La première des modalisations réside dans le mouvement de lecture imposé au Sujet. Il doit se placer face au plan de l’expression, qui lui-même est face au paysage. Puis, l’accès au détail du script destiné à guider l’action se fait par une prise d’information apportée en interprétant les localisations exprimées sur la dalle, ou les indications de cap à suivre vers un autre site circulaire.

Ce sont alors des instructions que le sujet décrypte et mémorise, comme à la lecture d’une recette de cuisine. « Les structures déontiques et éthiques “secondaires” (/pouvoir faire/, /croire pouvoir faire/) sont converties en une modalité exotaxique, le “pouvoir-faire” que le sujet a quand il est joint aux adjuvants appropriés » (Greimas, Courtés 1986, « Modalité »). Le Sujet passe alors du savoir-lire au pouvoir-faire localisé. L’effet boulique de la projection sera amplifié par l’effet assurantiel de la détection d’amers conformes aux attentes lors de l’exécution, jusqu’au point d’arrivée situé au lieu prévu. Il semble en outre que le type de signes gravés et la notion de viseur puisse induire un effet mobilisateur d’hypotypose. Nous aurions des simulacres de traces laissées par l’action une fois réalisée, produisant dès la lecture l’effet de réalisation par anticipation.

Un discours ainsi organisé, fondé sur un système comportant plusieurs actes de langage, destinés à susciter une mise en route confiante du mandataire, pourrait se définir comme une sorte de rhétorique du mouvement. Sous cette influence, l’homme initié se met en route au cœur du paysage.

Reconnaître le modèle permet de se caler pour lire

La comparaison se poursuit avec la partition ouverte sur le piano, en ostension et indiquant le lieu pour se mettre en position de lecture. La configuration de la scène actantielle, celle de la partition sur le piano ou de la dalle gravée face au paysage, ou encore du site circulaire placé judicieusement, ne donne accès au contenu que par un seul mode de lecture.

Dans les trois cas, pour prendre connaissance et pouvoir faire ensuite le bon geste et s’engager dans l’exécution du script, le calage du Sujet dans la scène, face au paysage d’exécution et face au plan de l’expression suppose des compétences enchâssées d’interprétation. Le Mandataire connaît un modèle de ce type d’artefact, sait le reconnaître dans sa configuration, se placer pour le déchiffrer et mettre à jour les valeurs localement.

Le Sujet a alors accès à la suite de bifurcations que l’Exécutant qu’il va bientôt être doit observer dans un certain ordre et selon un certain rythme pour réussir un segment du parcours. Tout comme un pianiste lit la partition avant de se lancer dans l’interprétation, le randonneur fait le point.

Des règles précises, vérifiables, pour un guidage sans faille

Le pianiste et le randonneur du Néolithique disposent d’un mode d’emploi configuré leur permettant de suivre des scripts précis. La partition indique une suite de points d’inflexions (fig. 2) ou un glissando d’un point A à un point B (fig. 3) dans le paysage d’exécution. Ce guidage se fait en laissant une liberté d’exécution, tout en exigeant un savoir-faire, une initiation et un entraînement (Basso Fossali 2017, p. 91). Cette fonctionnalité prescriptive n’en est pas moins dépendante de la responsabilité de l’exécutant. Le fonctif émerge à partir du lien établi entre le plan de l’expression et le représenté selon une « similarité définie par des règles » (Eco 1997, p. 355). En appliquant ces règles simples, de nouveaux scripts sont possibles, de nouveaux sites atteignables grâce à de nouvelles partitions qui peuvent être interprétées en l’absence des auteurs.

Nous l’avons vu figure 2, ce sont des règles de projection strictes qui régulent le lien entre la position d’une gravure et l’emplacement d’un lieu dans le paysage. Du moins selon les résultats des vérifications faites à ce jour sur plusieurs cas (v. notre étude à paraître). Concernant les sites circulaires, ils entretiennent localement un lien direct avec un indicateur de leur position en latitude : l’angle fait par l’alignement au soleil levant au solstice est en effet unique à une latitude donnée. Le plan général formé par le réseau des sites (fig. 3) entretient quant à lui une similarité frappante avec des figures régulières qui elles-mêmes sont cohérentes avec des caps standards, des parcours optimaux et les dépôts de haches.

Dans les deux cas, réseau de sites et dalles gravées, l’effet de maquette, et le « respect iconique de la transposition » (Basso Fossali 2017, p. 71) du paysage à grande échelle sur des figures simplifiées permet de nous approcher aisément, en tant qu’interprètes, des conséquences de la stricte application des règles inférées. Ce point de vue comparatif entre les artefacts et des représentations qui nous sont familières, permet de confronter nos méthodes de contrôle des valences3. actantielles et de produire un modèle explicatif partagé.

Discussion

La question d’un accord sur un mode standardisé d’actualisation des valeurs, à longue distance, se pose face au constat d’une circulation d’objets-signes sans utilité propre et l’instauration de formes d’expression similaires et répétitives au Néolithique sur un même territoire. Selon nos analyses cette culture pourrait avoir été fondée sur un système de valeurs et un langage commun orienté vers la performance technique.

On se demandera alors si la hache en jadéite est l’objet de valeur, ou plutôt une finalité intermédiaire assurant la pérennité d’une organisation particulière. Pour cette forme de vie orchestrée, facilitant les stratégies des mandataires, la hache sera « susceptible d’augmenter son être » (Greimas 1983, p. 161) tout autant que l’installation de sites toujours plus avant dans un réseau de diffusion étendra son influence. Cet être qui augmente pourrait alors correspondre à l’actant collectif tel que défini par Fontanille (Fontanille 2021, p. 182). Un groupe humain se distingue, instaurateur de discours qui pilotent des stratégies, par manipulation ou habitus, dans ce qui ressemble à « une structuration de l’initiative basée sur un réglage entre savoirs (informations et connaissances) et pouvoirs (dotations) » (Basso Fossali 2020, p. 51). Il en va de même pour les archéologues quand ils se mettent en mouvement pour venir sur ces sites se confronter à l’interprétation proposée. Le nouveau paradigme qui permet d’interpréter ces artefacts de manière opérationnelle les transforme en Model Reader. Alors ils sont susceptible de traduire par eux-même, sur place, les signes instaurés il y a 6000 ans. Plusieurs expéditions d’archéologues sur site ont eu lieu en 2025 en ce sens, et se poursuivent en 2026 dans une approche encyclopédique et donc critique.

L’organisation du sens pour l’action parait ainsi coordonnée par des valorisations précises, univoques et ancrées, mais aussi homothétiques et proportionnelles. Une culture abritant une telle sémiose pourrait être un exemple d’ontologie analogiste (Descola 2009), au sens de Descola. Les références ethnographiques qu’il détaille (Descola 2015) pour ce type distinctif d’organisation humaine et de hiérarchie des valeurs n’est pas incompatible avec la présence d’autres circuits de sens (animiste ou totémiste), occupant des territoires superposés. Dans un tel système de code et d’actions, le territoire traversé n’est pas nécessairement occupé et peut être enjambé par une caste de grands voyageurs. Il est logique alors que les cartes ne décrivent pas un paysage mais des parcours (Ingold 2009), se réduisant parfois même à l’indication de simples axes. Ceci expliquerait en partie les grands vides de nos représentations (fig. 3), et laisse une place pour d’autre types de représentations, figuratives, à la même période.

Conclusion

Nous proposons un point de vue interprétatif, par élaboration de modèles, désignation d’attributs attendus, et un travail encyclopédique sur des cas observables instaurés dans une période précise et un territoire délimité. Cette enquête permet d’approcher l’effet de sens qui émerge de la rencontre de l’artefact et du vivant (lors de leur instauration et de l’aménagement), puis de l’artefact et du vivant (lors de l’initiation et de l’expédition). Les données du monde naturel deviennent des informations permettant d’extraire le sens immédiatement mais aussi d’inscrire une culture durablement dans l’espace et dans le temps.

Reste à démontrer rigoureusement, dans chaque cas de figure, site ou dalle gravée, la permanence d’une échelle, d’un cap, d’une distance. Pour une organisation considérée comme analogiste la démonstration passe par la prédictibilité des lieux de rendez-vous et des amers, et par la non-substituabilité des signes. Les valeurs codées se doivent d’être constantes. Insérer un signe supplémentaire au hasard doit sans doute possible falsifier la carte. S’ajoute à ces vérifications la qualification archéologique de chaque site, avec l’observation sur le terrain que les attributs considérés comme conformes au modèle (cercle axe, ouverture, ostension, absence de défense) sont bien contemporains de leur usage supposé. C’est ce double travail de contrôle, formel et temporel, que nous entreprenons en coordination avec le laboratoire ArAr (Archéologie et Archéométrie) de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée sur le corpus identifié de sites et de dalles.

Ces explorations prédictives entraînent de nouvelles propositions de sites Néolithiques, à vérifier à leur tour. Peut-être que « le réseau parvient à s’étendre » (…) parce « qu’il ne cesse de dresser des ponts entre une inscription et la suivante » (Latour 2012, p. 90).


Bibliographie

Armengaud Françoise, 1982, « Éléments pour une approche pragmatique de la pertinence », Philosophica, 29, Department of Philosophy and Moral Science at Ghent University.

Basso Fossali Pierluigi, 2017, Vers une écologie sémiotique de la culture : perception, gestion et réappropriation du sens, Limoges, Lambert-Lucas.

Basso Fossali Pierluigi, 2020, « La complexité régulatrice des discours programmateurs. Circuits sociaux de la modalisation et instances critiques », Incitation à l’action et genres de discours programmateurs. Paris, Armand Colin, p. 128.

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Notes

  1. Le vocable objet-signe est développé par les archéologues (Pétrequin 2012, Cassen 2017) pour exprimer de manière condensée le caractère exceptionnel des lames de haches en roche dure alpine. A partir des conceptions connotatives de la sémiotique de l’objet (Barthes 1964, Eco 1968), l’archéologie de terrain permet d’intégrer en outre le mode de production de l’objet (Eco 1975, Zinna 2005). Pour l’observateur exercé, ce type d’objet par sa forme, sa couleur et sa densité réfère aux circonstances de son instauration (matière rare, long travail de précision, long voyage, passage entre des mains expertes). L’absence de trace d’usage confirme sa fonction symbolique, signalant la position hiérarchique du possesseur.
  2. Rares sont les dalles datées car pour proposer une datation précise il est nécessaire de les analyser dans un contexte qui puisse être parfaitement compris chronologiquement. Les quelques études conclusives proposent une période de 4000 av. n.è. à 3500 av n.è. pour ces gravures, qui correspond à la période haute de circulation des haches carnacéennes en jadéite.
  3. Nous mobilisons, pour interpréter ces artefacts cognitifs, la capacité similaire à générer des relations syntaxiques entre actants humains et non-humains dans une structure narrative comparable ou une classe de processus (Rastier 2017)
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EAN html : 9791030012279
ISBN html : 979-10-300-1227-9
ISBN pdf : 979-10-300-1228-6
Volume : 36
ISSN : 2741-1818
Posté le 08/03/2026
13 p.
Code CLIL : 3155;
licence CC by SA

Comment citer

de Charentenay, Thomas, « Se mettre en mouvement et s’orienter dans le paysage. L’hypothèse d’un discours programmateur au Néolithique », in : Beyaert-Geslin, Anne, Forthoffer, Camille, dir., Le vivant comme effet de sens, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection PrimaLun@ 36, 2026, 225-238, [URL] https://una-editions.fr/se-mettre-en-mouvement-et-s-orienter-dans-le-paysage
Illustration de couverture • Lionel Cazaux, Vie(s), 2024 - illustration vectorielle.
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