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Vivants et conditions d’être vivant : 
Représentations des futurs par les jeunes designers

Deux visions du rapport de l’humain au vivant cohabitent dans les discours dominants. La première, prône une reconnexion sensible au vivant, dépassant la dichotomie nature/culture pour reconstruire des récits d’interdépendance. La seconde, insiste sur la nécessité de prendre en compte notre héritage technique (Bonnet et al. 2021), et repenser le système productif pour préserver la biosphère (Rigoulet, Bidet 2023).
Cette étude analyse, à travers une approche quantitative et qualitative, 170 projets de design fiction (Image et texte) produits par 900 étudiant·e·s en design, divisés en groupes hétérogènes de tous niveaux et filières du design. Chaque groupe a été contraint par un modèle de société, une trajectoire pour le réchauffement climatique (de 1,5° à 3°) et un état de la biodiversité. Le but étant de questionner les imaginaires des jeunes designers pour maintenir l’habitabilité de la planète, à travers leurs représentations du vivant et des systèmes techniques.
Les projets étudiés révèlent une tension entre la volonté de transformation systémique et la persistance d’un rapport au vivant médié par la technique. Cela renvoie à un imaginaire dominé par l’anthropocentrisme et le technosolutionnisme. L’humain continue à occuper une place centrale, et la technologie, omniprésente, est souvent perçue comme une réponse nécessaire aux crises écologiques, témoignant d’un imaginaire du futur basé sur la maîtrise plutôt que sur l’adaptation aux écosystèmes.
Transformer ces imaginaires est essentiel pour envisager des futurs réellement soutenables. Pour ce faire, l’enseignement du design doit adopter une perspective mésologique (Berque 1996) pour redéfinir notre être-au-monde et les périmètres de nos pouvoirs et devoirs, considérant notre milieu biologique, social, économique, politique et évidemment technique.

design fiction ; représentation ; vivant ; Anthropocène ; milieux.

Two perspectives on the relationship between humans and living beings coexist in dominant discourses. The first advocates for a sensitive reconnection with the living world, transcending the nature/culture dichotomy to reconstruct narratives of interdependence. The second emphasizes the necessity of acknowledging our technical heritage (Bonnet et al. 2021) and rethinking the production system to preserve the biosphere (Rigoulet & Bidet 2023).
This study analyzes 170 design fiction projects (images and texts) created by 900 design students, using both quantitative and qualitative approaches. The students were divided into heterogeneous groups, encompassing all levels and fields of design. Each group was constrained by a societal model, a climate trajectory (ranging from 1.5°C to 3°C of warming), and a state of biodiversity. The goal was to explore young designers’ imaginaries regarding planetary habitability, focusing on their representations of living beings and technical systems.
The analyzed projects reveal a tension between the desire for systemic transformation and the persistence of a technologically mediated relationship with the living world. This reflects an imaginary still dominated by anthropocentrism and techno-solutionism. Humans remain central, and technology – ubiquitous – is often seen as a necessary response to ecological crises, reinforcing a future vision based on control rather than adaptation to ecosystems.
Transforming these imaginaries is crucial for envisioning truly sustainable futures. To achieve this, design education must adopt a mesological perspective (Berque 1996) to redefine our being-in-the-world, as well as the scope of our powers and responsibilities, considering our biological, social, economic, political, and technical environment.

Design fiction; Representation; Living beings; Anthropocene; Environments.

Introduction

La notion d’habitabilité, d’abord définie en sciences physiques par les conditions de « présence de vie » sur une planète, déterminée par des facteurs comme l’atmosphère, l’eau liquide et les ressources biologiques (Seager 2013), s’est élargie en sciences humaines et sociales pour intégrer les dimensions expérientielles, symboliques et culturelles du fait d’habiter. En architecture par exemple, l’approche de la notion d’habitabilité est souvent associée à l’habiter en tant que vécu du lieu et donc à une lecture culturelle voire subjective (Rollot 2017). En ce sens, Augustin Berque présente l’habiter humain comme « toujours et nécessairement, à la fois, d’ordre écologique et d’ordre symbolique. Il est écosymbolique. Il implique une appropriation à la fois matérielle et sémantique de l’étendue. » (Berque 1996, p. 79). Du côté du design, c’est avec Alain Findeli que la notion d’habitabilité a été associée à la raison d’être de la discipline en affirmant que « la fin ou le but du design est d’améliorer ou au moins de maintenir l’habitabilité du monde dans toutes ses dimensions. » (Findeli 2010).

À partir de cette définition, nous proposons d’analyser le rapport qu’entretiennent les jeunes designers à la notion d’habitabilité de la Terre, qu’ils sont censés, a minima, maintenir par l’exercice de leur métier futur. Pour ce faire, nous avons analysé 170 projets de design fiction produits par des étudiant·e·s en design multi-niveaux et multi filières, visant à incarner des scénarios prospectifs explorant les évolutions possibles des activités humaines selon différentes trajectoires climatiques.

L’exercice de penser le futur – qui plus est de l’incarner ! – peut être une expérience angoissante et vertigineuse tant il subsiste des inquiétudes quant à notre survie en tant qu’espèce, notamment en raison du doute autour de notre capacité à rassembler autour d’une idée commune sur la manière dont on construit un futur souhaitable et souhaité (Grimaud, Wacquez 2023). Le vertige est également alimenté par le changement d’échelle d’appréhension des problèmes complexes. Les designers doivent concevoir des futurs alternatifs en intégrant simultanément plusieurs échelles : celle de l’expérience individuelle ancrée localement, celle des dynamiques collectives comprenant différentes dimensions (gouvernance, secteurs d’activité, ancrage territorial…), et enfin celle planétaire, devenue incontournable à l’ère de l’Anthropocène. Mais il faut également penser les échelles temporelles : comprendre le passé, projeter différents futurs pour pouvoir décider et agir au présent.

Nous avons ainsi envisagé l’exercice de design fiction comme une fenêtre sur les imaginaires d’une catégorie spécifique de jeunes – celles et ceux qui aspirent à devenir des acteurs et actrices du changement par le design, en influençant des usages susceptibles de transformer les modes de vie, et donc des dynamiques collectives à plusieurs échelles.Comment représentent-ils les vivants et comment les hiérarchisent-ils dans des futurs contraints ? Quel rapport pouvons-nous déceler dans leurs projections, entre les représentations du vivant et les imaginaires technologiques qui sous-tendent leur viabilité ?

Cet article poursuit un double objectif. D’abord, il s’agit d’esquisser une typologie des représentations du vivant dans ces projets, en analysant les places et statuts accordés aux humains, animaux et végétaux. Ensuite, nous interrogerons les imaginaires sous-jacents à propos des conditions d’existence de ce vivant, notamment le rapport aux technologies et aux récits dominants sur l’Anthropocène. Au-delà de son apport descriptif, cette analyse vise également à nourrir une réflexion sur la pédagogie du design : comment accompagner les futurs designers vers une approche du projet qui dépasse les logiques solutionnistes et de recherche d’optimisation, pour penser un design orienté milieu, ancré dans une écologie des interdépendances ?

Changer de cosmologie : vers où ?

Peu de voix s’opposent à l’idée qu’il est indispensable de changer de cosmologie pour emprunter les trajectoires de transition, à la fois nécessaires et urgentes. Dans la manière de répondre à ce constat, deux visions s’opposent, dans une certaine mesure, entre approche sensorielle et symbolique et approche matérielle et physique du problème.

La première rassemble les penseurs qui prônent la reconnexion sensorielle au vivant. Ces derniers considèrent que la déconnexion de l’humain de sa condition de vivant et des connaissances sensibles de son milieu de vie est la cause principale de l’avènement de l’Anthropocène. Pour y faire face, ces penseurs proposent d’adopter d’autres manières d’être et de penser notre place et nos interactions avec les éléments qui constituent la biosphère.

Parmi ces penseurs, Baptiste Morizot dénonce une crise de la sensibilité. Il engage les gens à focaliser l’attention sur l’éveil sensoriel et à cultiver l’émerveillement comme méthode pour rendre sa lisibilité au vivant (Mengual, Morizot 2018 ; Morizot 2020). Cela rejoint l’idée que, toutes les autres espèces sont à envisager comme une partie de nous, étant donné que nous partageons le même code génétique, « que nous sommes toutes et tous une même vie » (Coccia 2020). Dans ce contexte, l’éthnobotaniste Pierre Lieutaghi s’est intéressé à la façon dont les plantes font société avec les humains questionnant les relations interspécifiques. Il évoque la notion de « plante campagne » pour dépasser les apports matériels des plantes et questionner notre rapport au végétal et ses effets sur notre évolution affective et culturelle (Lieutaghi 2021). Dans une perspective complémentaire, Peter Kahn évoque quant à lui l’« amnésie environnementale » chez les enfants, à savoir une incapacité croissante à représenter une variété d’espèces animales ou végétales qui est expliquée par l’appauvrissement de notre imaginaire des systèmes vivants, ce qui influe par conséquent sur notre capacité à en prendre soin (Kahn 2007).

Du côté de l’anthropologie, dans la lignée de Philippe Descola, les anthropologues mettent en avant une crise du récit en occident et invitent à chercher, dans des cosmologies autochtones, une réponse pour faire face à l’incertitude et retrouver du sens. Nastassja Martin, par exemple, a étudié l’animisme chez plusieurs populations indigènes qui subissent de plein fouet les effets considérables du changement climatique sur leur milieu et mode de vie. Elle rend compte de l’importance du récit dans la redéfinition du rapport humain non-humain, allant des êtres vivants aux éléments naturels tels que les rivières, les nuages, le feu. « Il faut entendre les rencontres interspécifiques, les mythes, les rêves et les adresses aux éléments comme autant de façons de dire que le monde pourrait être autre » (Martin 2022). Dans un registre similaire, l’anthropologue Dusan Kazic va plus loin en proposant d’envisager un monde sans production ni économie, mettant en cause les activités humaines extractivistes et exploitatrices du vivant (Kazic 2022). À cette idée on peut aussi associer le courant qui prône le réensauvagement ou la renaturation, allant au-delà de la protection d’espèces sauvages mais militant pour leur réintroduction dans des milieux de vie humains.

Parallèlement, le vivant s’impose de plus en plus comme un enjeu politique et juridique. Plusieurs initiatives internationales ont œuvré pour attribuer aux éléments naturels des statuts de personnalités juridiques dont la désormais célèbre affaire en 2017 du fleuve Whanganui en Nouvelle Zélande à qui on a fini par attribuer les mêmes droits qu’une personne (O’Donnell, Talbot-Jones 2018). Plus récemment en France, des auteurs nous invitent à envisager un parlement intégrant en membres à part entière ou d’autres espèces ou des éléments naturels (Toledo 2021) ou encore de remettre en question la notion de propriété et de commun pour ce qui provient de la terre et qui permet notre subsistance (Vanuxem 2018).

En opposition à ces approches relationnelles, un autre courant de recherche aborde la question de l’Anthropocène à travers le prisme de notre rapport à la technique. Selon ces penseuses et penseurs, l’humanité s’est laissée berner sur sa capacité à maîtriser le fonctionnement des écosystèmes, traitant les vivants comme de simples ressources et croyant possible de contrôler, modifier et orienter les dynamiques du vivant et du système Terre. Ils et elles estiment qu’il est essentiel de déconstruire notre rapport à la technologie, en prenant en compte, comme un état de fait, l’interdépendance des humains avec les autres vivants et les processus biogéochimiques planétaires.

Assez critiques envers Kazic, Morizot et Martin, Vincent Rigoulet et Alexandra Bidet dénoncent une déconnexion du réel qui peut nous égarer.

Le souci de la reconnexion sensible au vivant, et le primat donné à cette fin aux récits et aux efforts esthétiques, ne font que davantage invisibiliser et exclure des affaires de la Cité notre rapport équipé au monde et nos activités productives – celles-là même qui pèsent du plus grand poids sur la biosphère. « Rematérialiser » le vivant suppose au contraire de considérer cette matérialité qui compose nos existences (…) de mesurer et d’évaluer toutes ses ramifications, et d’inventer les dispositifs propres à la réorienter collectivement (Rigoulet, Bidet 2023, p. 129).

C’est également ce que renferme le concept de redirection écologique. Il s’agit d’abord de se concentrer sur ce qui fait l’Anthropocène, notre héritage technologique considéré comme notre commun négatif qu’il faut gérer pour vivre avec, tout en réinventant des modes de vie pour vivre sans (Bonnet et al. 2021). Le physicien José Halloy qualifie ces technologies de zombies car elles sont « mortes à l’aune de la soutenabilité, mais elles continuent d’envahir le monde au détriment de l’humanité et du vivant en général » (Halloy 2021). Il s’agit donc à la fois de comprendre nos attachements et dépendances aux technologies à notre niveau d’humain mais aussi d’appréhender l’échelle planétaire qui s’impose avec l’Anthropocène. En effet, si des courants techno-critiques, dans le sillage d’Ivan Illich qui prônait une convivialité de la technique (Illich 1973), voient dans la fabrication low-tech une voie de sortie vers une meilleure autonomie (Mateus, Roussilhe 2023), il faut aussi envisager des changements structurels vers la réinvention de technologies vivantes dont le métabolisme est en accord avec celui biogéochimique de la planète (Dubois, Halloy 2024; Halloy et al. 2020). À cette vision s’ajoute également celle de l’économie qui confirme la nécessité de ralentir nos activités productives pour garantir notre survie en tant qu’espèce (Parrique 2022).

Le clivage entre ces deux visions est principalement à propos de la réponse opérationnelle et des solutions concrètes à mettre en œuvre pour assurer la survie de l’humanité. Il ne s’agit donc pas d’opposer le vivant à la technique mais bien d’inclure la culture technique dans ce qui constitue le milieu humain, pour affirmer une culture écotechnologique (Duhem 2022). Car, même en admettant notre interdépendance au vivant, l’émerveillement et la prise de conscience ne suffisent pas, à eux seuls, à nous détourner des logiques extractivistes, productivistes et consommatrices qui régissent le monde actuel.

Cadre de l’étude, corpus et méthodologie

Le corpus des projets d’étudiant·e·s analysés s’inscrit dans le cadre d’un partenariat académique avec un cabinet de conseil qui a pour mission d’accompagner les organisations vers la décarbonation et la restauration de la biodiversité. Le projet global étant de produire des scénarios prospectifs quantifiés pour aider les entreprises à anticiper les changements stratégiques nécessaires à leur viabilité.

En première étape, quatre narratifs (N1, N2, N3, N4) décrivant différentes évolutions de modèles de sociétés ont été écrits grâce à des ateliers de co-design avec des experts des entreprises impliquées dans ce projet. Chaque narratif dépend d’un système de valeur obtenu par croisement de différents degrés de valorisation sur quatre dimensions :

  1. le temps : vision cyclique et valorisation du long-terme vs vision linéaire et valorisation du court terme ;

  2. le vivant : vivre de la nature (le vivant comme ressource) vs vivre avec la nature (égalité et interdépendance des vivants) ;

  3. le développement technologique : essentiel vs secondaire ou simplement utilitaire ;

  4. le groupe : logique individuelle vs logique collective.

Ces narratifs obtenus permettent alors d’envisager quatre types de futurs avec des valeurs distinctes :

[N1] Les humains privilégient le bien-être collectif, sont conscients de leur interdépendance avec les autres vivants, ce qui les rend plus sensibles aux cycles biologiques et le temps long est privilégié. Sans être technophobes, leur rapport au développement technologique est strictement utilitaire, œuvrant à réduire l’usage de la technologie au minimum.

[N2] Il y a une grande conscience que l’humain fait partie du vivant et qu’il faut protéger notre écosystème de vie. Les humains ont donc misé sur un développement technologique pour les aider à mieux vivre ensemble, à automatiser certaines tâches pour prendre le temps de vivre en collectif et en harmonie avec les cycles naturels.

[N3] Bien qu’il y ait une volonté de protection de la nature, elle continue à être perçue comme une ressource. La liberté individuelle est privilégiée. La technologie n’est pas glorifiée pour elle-même mais est perçue comme un outil pour améliorer sa performance et aller dans le sens du bonheur individuel et de l’hyper personnalisation des expériences.

[N4] Le vivant n’est qu’une ressource au service des aspirations individuelles. La performance et la vitesse sont des valeurs glorifiées et le développement technologique est perçu comme salvateur pour permettre aux humains d’obtenir tout ce qu’ils souhaitent en anéantissant les contraintes et en réduisant le temps.

L’objectif de l’exercice est de produire un scénario de design fiction décrivant et incarnant une vision singulière d’un futur à l’horizon de 2060. Chaque groupe, composé d’étudiant·e·s en design de niveaux et de spécialisations différents, s’est vu attribuer un ensemble de contraintes : un narratif (N1, N2, N3 ou N4) avec une trajectoire climatique (augmentation du réchauffement global de 1,5°, 2° ou 3°), un état de la biodiversité (en danger, en stabilisation ou en régénération) et un usage (se déplacer, se loger, se vêtir, se nourrir, se soigner, transporter des choses, communiquer/ s’informer/ se divertir). D’un point de vue formel, la contrainte imposait de représenter ces scénarios à travers une unique image accompagnée d’un texte.

Le corpus étudié dans cet article est constitué de 170 projets (image et texte), répartis de manière relativement équilibrée selon les narratifs et les usages. À travers une analyse quantitative (fréquences, typologies) et qualitative (analyse interprétative des contenus), nous avons cherché à y déceler des indices sur les imaginaires des designers de demain. Dans cette perspective, et considérant les designers comme « de très bons ”rhéteurs” des langages non verbaux. » (Arias Gonzalez 2012), le croisement méthodologique entre sémiotique et design permet d’explorer comment les images et textes produits dans une démarche projective articulant des intentions et leurs représentations participent à la construction de sens, de valeurs et de visions du monde. Ce double regard met en évidence la dimension narrative, culturelle et potentiellement performative du design en révélant des imaginaires de contextes sociaux et technologiques futurs. En ce sens, les projets de design fiction sont considérés comme une sonde, ouvrant une fenêtre sur l’imaginaire d’une population spécifique : des jeunes âgés de 18 à 23 ans, se déclarant massivement préoccupés par les enjeux climatiques1, et qui, pour notre échantillon, aspirant à devenir designer. En choisissant ce métier, ils et elles veulent contribuer à un futur soutenable en concevant des artefacts pour faire-faire autrement et induire in fine des changements d’habitudes et de modes de vie.

L’analyse a été séquencée en 2 étapes. La première focalisant sur l’analyse de l’image seule (en tant que représentation du futur) et la seconde intégrant le texte à l’image (en tant que scénarisation du futur) pour analyser le discours du projet dans sa globalité. Le texte est ainsi considéré comme le hors-champ de la représentation qui informe l’image, au-delà d’une simple fonction illustrative ou explicative.

Pour l’étape d’analyse de l’image, nous avons observé plusieurs catégories :

  • le type de représentation (abstraite ou figurative),

  • la technique utilisée (manuelle, numérique ou IA générative),

  • la présence implicite2 ou explicite des vivants (humains, animaux et végétaux),

  • la présence de systèmes techniques selon quatre niveaux de complexité (simple, qu’il soit manuel ou mécanique ; modéré, incluant automatisation ou usage d’énergie renouvelable ; complexe, avec la robotique et l’IA ; très complexe, décrivant une technologie à venir)3.

Ensuite, à la lecture du texte, d’autres catégories ont été analysées :

  • la fonction principale du texte (description d’un moment futur ou explication d’une trajectoire faisant intervenir plusieurs temporalités dans la narration),

  • l’échelle de changement décrit dans le projet (individuelle, collective ou structurelle/culturelle),

  • le moyen qui a impulsé ce changement (la technique, la législation ou un choix de société),

  • le niveau de développement technologique. Cette dernière catégorie a permis de requalifier les niveaux de complexité déjà indexés selon la présence des systèmes techniques à l’image.

Résultats et discussion

Représentation des futurs : l’image

Type et techniques de représentation

La grande majorité des projets ont opté pour une représentation figurative (96 %). Rapportée aux différents narratifs de départ, le choix de la représentation figurative devient systématique pour les deux narratifs décrivant une trajectoire climat et biodiversité intermédiaire (+2° et état de la biodiversité maîtrisé). A contrario, les représentations abstraites sont davantage mobilisées (9 %) dans les futurs plus extrêmes soit vers la régénération et la stabilisation soit vers le déclin de la situation. Cette petite différence dans le choix de représentation en fonction du narratif de départ témoigne d’une certaine difficulté à représenter des futurs qui rompent avec le vécu du présent. L’abstraction permettrait alors de se saisir de cet écart et d’explorer plus librement des transformations radicales.

Concernant les techniques de représentation, nous avons été surpris de constater que pour plus d’un projet sur deux (57 %) les jeunes designers ont eu recours à l’IA générative contre seulement 5 % qui ont choisi d’utiliser une technique manuelle (dessin, collage, photographie). Cette tendance est similaire pour les différents narratifs, hormis le N4 pour lequel le recours à l’IA générative est encore plus important (64 %). Là aussi, cela confirme l’enjeu de la représentation d’un futur décrivant un état critique résultant d’une trajectoire d’extrapolation d’un mode de vie actuel. Si ce n’est par l’abstraction, la délégation de la tâche à une IA serait-elle un aveu de peur qui paralyse l’imagination ? Avoir le pouvoir de représenter quelque chose serait-il corrélé au pouvoir d’agir dessus pour la faire exister, la faire-être ? Pouvons-nous voir dans l’usage plus massif de l’IA un symptôme de la perte d’agentivité que peuvent ressentir les jeunes face à l’anthropocène ? ou au contraire, s’agit-il d’une stratégie de recherche de support par l’outil pour faire advenir d’autres possibles ?4 Retenons que ces choix de représentation confirment l’aspect vertigineux d’imaginer les futurs (Grimaud, Wacquez 2023).

Présence des vivants

Les humains sont nettement plus représentés que les autres vivants, dans 85 % des projets, contre 49 % pour les végétaux et seulement 14 % pour les animaux. La part de présence implicite est également plus importante pour les humains (35 %) que pour le reste des vivants (2 %).

Cela va dans le sens de certains penseuses et penseurs du vivant qui expliquent comment notre regard sur le monde est encore totalement anthropocentré, ce qui a contribué à l’avènement de l’Anthropocène. D’ailleurs, le type de narratif sur lequel s’est basé le projet n’a pas eu d’influence notable sur la présence des humains à l’image par rapport aux autres vivants. En complément, l’examen de la co-présence de deux ou trois catégories de vivants révèle les rôles et statuts attribués aux autres vivants par rapport à l’humain selon les scénarios. En effet, intégrer les végétaux dans les représentations du futur ne signifie pas nécessairement une remise en question de leur statut. Cela peut, au contraire, mener à reconduire une logique d’exploitation subtilement réagencée.

Nous avons pu identifier trois typologies de statuts des autres vivants : environnement, ressource ou altérité. Le tableau ci-dessous (tabl. 1) présente la distribution de ces statuts dans le corpus des 170 projets analysés selon les quatre grands types de récits prospectifs (N1 à N4). Il met en évidence une prédominance du vivant en tant qu’environnement (66 projets, soit 39 %), suivi du vivant comme ressource (34 projets, soit 20 %), tandis que très peu de projets (8 au total, soit 5 %) traitent le vivant comme une véritable altérité.

StatutNb de projetsAnimauxVégétaux
N1N2N3N4N1N2N3N4
Le vivant comme environnement66 (39 %)051315151116
Le vivant comme ressource34 (20 %)223012735
Le vivant comme altérité8 (5 %)42011000
Tabl. 1. Distribution des statuts des vivants par rapport à l’humain dans les projets, selon les narratifs.
Le vivant comme environnement : paysage, milieu de vie.

Plusieurs projets ont fait figurer les végétaux en tant que paysage. Comme dans la peinture classique, le végétal est souvent représenté en tant qu’élément pictural qui fait partie de notre environnement visuel sans forcément y voir une fonctionnalité autre. Il est de même pour les animaux qui apparaissent parfois dans le paysage mais dont le rôle se limite à celui de vivant peuplant le milieu représenté.

Le vivant comme ressource : alimentaire, médicale, transactionnelle, matière première, service écosystémique.

Même si ce sont essentiellement les narratifs N3 et N4 qui impliquent une considération du vivant comme ressource, les projets faisant apparaître cette manière de considérer le vivant sont répartis dans tous les narratifs. Plusieurs projets ont représenté les vivants comme ressource médicale. Néanmoins, on peut remarquer un traitement différent entre animaux et végétaux. Si les plantes sont représentées comme sources d’actifs médicaux, les animaux dans ce contexte sont impliqués à travers leur intelligence, en détectant les maladies par exemple.

En tant que ressource alimentaire, nous avons également pu déceler des inquiétudes quant à la disponibilité de cette ressource. En effet, certains projets ont abordé la question de la raréfaction de la viande en la représentant soit comme un objet luxueux dans une vente aux enchères soit en questionnant les normes de consommation avec l’exemple d’une viande humaine à la vente en grande distribution.

Le vivant comme altérité : « plante compagne », animal domestique, animal interlocuteur.

Bien que le narratif N1 suggère un futur où l’interdépendance interspécifique est acquise et constitue une valeur forte du système de valeur social, peu de projets ont représenté les autres vivants comme une altérité. Néanmoins, nous avons pu observer une valorisation de l’intelligence du vivant par la représentation du réseau communicationnel des végétaux. Et, un projet a particulièrement retenu notre attention car il incarne un idéal fantasmé où l’humain vit en symbiose avec le vivant à un point que le végétal devient à la fois sa protection comme une seconde peau mais aussi un habitat pour les animaux. Dans les autres narratifs, sans aller jusqu’à « la plante compagne », l’idée de faire société avec le vivant évoquée par Pierre Lieutaghi, apparaît à travers la présence des animaux domestiques. Ces derniers y sont parfois décrits comme compagnons de voyage ou comme des êtres à protéger, nécessitant certains équipements spécifiques face aux aléas climatiques.

Présence des systèmes techniques

Les systèmes techniques sont largement représentés (dans 82 % des projets) de manière implicite (25 %) ou explicite (57 %). Ils sont répartis selon quatre niveaux de complexité :

  1. simple, essentiellement manuel ou mécanique : 12 % des projets

  2. modéré, incluant automatisation ou usage d’énergie renouvelable : 39 %,

  3. complexe, avec présence de la robotique et/ou de l’IA : 19 %

  4. très complexe ou décrivant une technologie à venir : 12 %

Si la majorité n’a pas dépeint un monde hyper technologique, il n’en reste pas moins que les systèmes techniques sont quasiment omniprésents dans les scénarios, et ce quel que soit le narratif de départ. Les plus représentés, ce sont les systèmes modérément complexes, ce qui correspond au développement technologique actuel dans un contexte urbain européen.

Scénarisation des futurs : l’image et le texte

À la lecture des textes, deuxième étape de cette analyse, nous avons pu observer plusieurs éléments. D’abord, en ce qui concerne leur fonction, la majorité des projets décrivent le monde futur tel qu’il a été imaginé. Seuls 18 % des textes mobilisent différentes temporalités pour expliciter une trajectoire de changement. Ce résultat n’est pas étonnant étant donné la complexité des transitions, d’autant plus dans un contexte marqué par l’incertitude omniprésente dans les discours sur l’avenir.

Par ailleurs, les textes permettent d’avoir accès à des informations plus précises sur l’échelle du changement projeté ainsi que les moyens qui ont conduit à son avènement (voir tabl. 2).


N1N2N3N4tous les projets
Échelle du changementindividuelle/ comportementale5 %6 %8 %7 %26 %
collective/ organisationnelle8 %10 %4 %4 %26 %
systémique/ structurelle13 %8 %13 %14 %48 %
Moteur du changementtechnique9 %14 %15 %19 %57 %
législatif (imposé)4 %6 %3 %2 %15 %
choix de société12 %6 %6 %4 %28 %
Tabl. 2. Répartition des échelles et des moteurs de changements décrits dans les projets par narratif.

Si la portée radicale des changements n’était pas toujours évidente dans les représentations, elle apparaît de manière bien plus explicite dans les textes. En effet, la moitié des projets évoquent un changement structurel et systémique de la société et du mode de vie (48 %), en mettant en avant des transformations profondes des mœurs et des pratiques, que ce soit avec des visions utopiques ou dystopiques. L’autre moitié est répartie à parts égales entre des changements comportementaux individuels et les changements à l’échelle organisationnelle.

La majorité des projets évoquent des changements choisis, dont 57 % s’appuient sur un levier technique modifiant un usage ou un mode de vie collectif. Seuls 15 % relèvent de changements imposés par la régulation ou la coercition gouvernementale. En observant les différents projets selon le narratif de départ, des nuances sont à noter. Pour le narratif N2, axé sur les dynamiques collectives et l’usage utilitaire de la technologie, le changement se manifeste surtout à l’échelle organisationnelle. Il repose sur la réorganisation des collectifs et le déploiement de solutions techniques. En revanche, les projets conditionnés par le narratif N1 se détachent de la tendance globale : le changement y est présenté comme un choix découlant d’une prise de conscience de notre interdépendance avec le vivant.

La confiance des jeunes dans la capacité humaine à transformer le mode de vie peut être positive, mais la technologie y joue quasi systématiquement un rôle central. L’analyse de l’évolution des systèmes techniques entre l’image (représentation) et le texte (scénarisation) des projets (voir tabl. 3), montre un recours croissant à des technologies complexes (seuls 3 % sont plus simples). La technologie est vue comme un moyen de gérer les aléas, de remplacer des services naturels, ou d’améliorer la communication avec d’autres formes de vie pour assurer la survie – voire le confort – humain. Cela inclut des solutions comme l’enfouissement des vivants dans la croûte terrestre ou les fonds marins, la géo-ingénierie pour contrôler le climat, l’impression 3D d’aliments de médicaments à la demande. Même dans des mondes dystopiques où les déplacements des humains sont rationnés et surveillés, leur gestion est rendue possible par l’intelligence artificielle. Ces idées font écho à certains penseuses et penseurs du vivant, qui soulignent que notre perception anthropocentrée du monde a contribué à l’état actuel de la planète.

Système techniqueImageImage et texteécart
Absent18 %2 %-16
Simple12 %8 %-4
Modérément complexe39 %31 %-8
Complexe19 %24 %+5
Très complexe ou à venir12 %35 %+23
Tabl. 3. Évolution de répartition des systèmes techniques entre la représentation (image) et le projet global (image et texte).

En outre, nous avons observé dans plusieurs projets un passage de l’absence de système technique au niveau le plus complexe dans le texte (voir tabl. 3). Encore une fois, ce constat confirme la difficulté de représenter des technologies qui continueraient à exister et fonctionner dans le futur. Tout comme nous l’avons remarqué avec les vivants, le choix de ne pas représenter les systèmes techniques peut être un symptôme d’une pauvreté des images mentales concernant les éléments constituant notre technosphère au même titre que ceux de la biosphère. Il semble donc tout aussi important de « réapprendre à voir » et représenter les systèmes vivants (Kahn 2007 ; Zhong Mengual 2017) que les systèmes techniques, tant ils façonnent nos vies et nos imaginaires.

Ce corpus de projets d’étudiant·e·s révèle une certaine persistance d’un imaginaire d’humains supérieurs, dominant leur environnement et asservissant les autres vivants pour maintenir leur confort de vie. Plus encore, cet humain est même plutôt associé à l’homme. En effet, sur le plan lexical, nous avons observé spécifiquement l’usage de deux catégories de termes : celle qui réfère à l’humain (Homme, homme, femme et humain) et celle qui réfère au vivant (vivants et nature). Nous avons alors remarqué la persistance de « l’Homme » et « des hommes » dans le langage utilisé par les étudiant·e·s. Le mot « Homme » a été utilisé pour qualifier l’humain 53 fois, dans 30 projets et ce même quand des femmes sont représentées. Le mot « femme » n’est d’ailleurs présent que dans un 1 seul projet.

En parallèle, nous avons constaté la récurrence du mot « nature » pour désigner le vivant. Au pluriel « Vivants » et « vivantes » sont présents une seule fois chacun. Au singulier, « vivant » ou « vivante » en tant qu’adjectif sont utilisés dans 8 projets. A contrario, « nature » est présent dans 37 projets (77 fois en tout) et les adjectifs « naturel » ou « naturels » sont utilisés 54 fois.

Dans sa conférence « “Le vivant” est-il une expression neutre ? », Grigory Agabalian explique que l’usage du terme vivant témoigne d’une appartenance à une certaine communauté de pensée. Nous pouvons en déduire que les jeunes designers, bien qu’ils et elles soient très sensibilisé·e·s aux discours actuels, n’en font pas vraiment partie. La persistance de l’usage de « la nature » à la place de « vivant » peut également témoigner de cette même perception de séparation entre l’humain et les autres formes de vie avec lesquelles il cohabite, que Descola ou Latour ont dénoncé mais qui continue visiblement à coloniser les imaginaires. Faut-il alors viser la désanthropisation comme horizon d’une nouvelle cosmologie pour que « la représentation [du vivant] se mue en instauration » comme le dirait Anne Beyaert Geslin (2024) ?

In fine, bien que la jeune génération manifeste une réelle volonté de changer nos usages et modes de pensée en vue d’un futur soutenable – l’importance accordée à la santé mentale dans plusieurs projets peut en être un symptôme –, ces mêmes projets perpétuent le mythe d’une technologie salvatrice, souvent en contradiction avec les conditions de viabilité des systèmes vivants. Plusieurs projets ont décrit des futurs où l’humanité, grâce à la technologie, surmonte les limites physiques pour faire face aux changements climatiques et à la raréfaction des ressources. Tous ces processus de transformation complexes d’éléments naturels extraits de leurs milieux, ce que Victor Petit appelle « ingénierie de l’environnement » (Petit 2024), continuent à dire et à asseoir un certain imaginaire de supériorité de l’humain sur ses conditions de vie grâce à sa capacité à infléchir son environnement par la technique.

Conclusion : l’imaginaire au cœur des enjeux pédagogiques

Si la science ne suffit pas à comprendre le vivant, comme le rappelait le biosémioticien Kalevi Kull dans sa conférence lors du congrès de l’AFS, nous avons d’autant plus besoin de représentations pour se projeter et faire face à des problèmes toujours plus complexes et difficiles à appréhender.

Néanmoins, l’analyse des représentations des futurs par les jeunes designers met en évidence un paradoxe. En effet, bien que ces derniers expriment une volonté de transformation structurelle et systémique, leurs projections demeurent fortement ancrées dans une vision anthropocentrée à tendance technosolutionniste. L’omniprésence des systèmes techniques, y compris dans les futurs considérés comme plus soutenables, interroge. Comment pouvons-nous continuer à envisager une trajectoire de développement technologique similaire à celle qui nous a menés à l’Anthropocène ? La technologie est-elle perçue comme une condition inévitable de l’existence humaine ou comme un levier incontournable pour assurer la viabilité des vivants ? Une partie des projets témoigne d’une aspiration à réinventer notre rapport au vivant, mais cela est souvent accompagné d’une médiation technique, ce qui perpétue une logique de maîtrise et d’asservissement des écosystèmes aux besoins et envies des humains.

Ces constats soulignent l’urgence d’un changement de cosmologie également dans l’enseignement du design. Ainsi, en tant que pédagogues, nous avons une responsabilité pour faire évoluer les imaginaires de ceux et celles qui ont pour mission de faire bifurquer les pratiques et usages pour des modes de vie soutenables. Plus particulièrement, en rendant tangibles des futurs utopiques ou dystopiques, le design fiction doit également être un levier critique, capable de dépasser les prismes dominants et d’ouvrir la voie à des changements profonds dans notre manière d’habiter le monde. Il faut une prise en compte systémique de la situation afin de contribuer à la reconfiguration des imaginaires et des pratiques.

Selon Michela Deni, « il est inévitable que le designer soit toujours en train de créer, de gérer et de communiquer des “signifiés” – et qu’il doit les contrôler » (Deni 2011). Ainsi, l’un des principaux défis pédagogiques est de former des designers non seulement capables de développer une certaine gestion de cette fabrique du sens dans le processus de représentation de futurs inédits afin de mettre en débat les choix de société et engager l’action, mais aussi d’apprendre à (re)voir ce qui est déjà là et qui constitue nos milieux de vie pour le transformer, en transformant les modes de conception eux-mêmes.

La mésologie, telle que développée par Augustin Berque, offre une piste féconde : à partir d’une distinction des notions d’environnement et de milieu, il s’agit de passer d’une cosmologie où l’environnement constitue ce qui nous entoure, sur lequel nous pouvons agir sans être impactés (impliquant une forme d’extériorité) à celle du milieu qui est « aussi bien extérieur qu’intérieur, car il est constituant (de) et constitué (par) l’être dont il est le milieu » (Petit 2015). Le milieu selon Berque est alors co-constitué par l’humain et l’environnement. Cela implique de dépasser une vision dualiste (sujet/objet) basée sur l’objectivation et la distanciation avec ce qui est extérieur à nous, vers l’inclusion des interactions et rétroactions pour une approche relationnelle entre tous les éléments d’un système.

Il est donc nécessaire de faire évoluer en ce sens la manière dont on enseigne les disciplines de la conception (Petit 2015 ; 2024). En ce sens, un design orienté milieu participe à une meilleure prise en compte des interdépendances entre humains et non-humains et inclut, de fait, l’humain dans son milieu naturel, mais aussi social, technique, économique et politique.


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Notes

  1. En France, 79 % des jeunes 15-25 ans déclarent accorder une grande importance aux sujets environnementaux, selon une étude OpinionWay pour l’ADEME, publiée en janvier 2023, [URL]https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/6288-les-jeunes-et-le-dialogue-intergenerationnel-sur-l-environnement.html et à l’échelle internationale, 59 % des 16-25 ans se déclarent très ou extrêmement inquiets et 84 % au moins modérément inquiets à propos du changement climatique, selon (Hickman et al. 2021).
  2. Nous avons considéré une présence implicite d’un vivant lorsqu’il y avait à l’image un indice renvoyant à sa catégorie. Concernant les humains, nous avons exclu des indices pris en compte la présence explicite les bâtiments et infrastructures qui peuvent perdurer en cas d’extinction de l’espèce humaine ou de désertion d’un lieu par une population.
  3. La grande majorité de la catégorie 4 (système très complexe) implique l’usage de technologies dans la lignée de celles qui existent déjà se basant sur l’extraction de minéraux et de métaux. Rares sont les projets qui décrivent un développement d’une technologie bio-intégrée avancée (bio impression, fusion entre des éléments fabriqués et des éléments naturels).
  4. L’étude de la corrélation entre les outils de représentation et les imaginaires des jeunes designers n’est pas abordée ici. Elle a fait l’objet d’une analyse ultérieure présentée lors de la conférence « Ethical Leadership: A New Frontier for Design », Cumulus Nantes, 03-07 juin 2025. Article à paraître dans les actes de la conférence.
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Pessac
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EAN html : 9791030012279
ISBN html : 979-10-300-1227-9
ISBN pdf : 979-10-300-1228-6
Volume : 36
ISSN : 2741-1818
Posté le 08/03/2026
15 p.
Code CLIL : 3155;
licence CC by SA

Comment citer

Kamoun, Emna, « Vivants et conditions d’être vivant : Représentations des futurs par les jeunes designers », in : Beyaert-Geslin, Anne, Forthoffer, Camille, dir., Le vivant comme effet de sens, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection PrimaLun@ 36, 2026, 239-254, [URL] https://una-editions.fr/vivants-et-conditions-d-etre-vivant
Illustration de couverture • Lionel Cazaux, Vie(s), 2024 - illustration vectorielle.
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