Cet article s’interroge sur la neutralité du concept de vivant en distinguant la représentation sémantique qui lui est associée dans et hors les discours. En m’appuyant sur des données de corpus, je démontre que, dans les discours, vivant n’est neutre d’aucune manière (ni axiologiquement neutre, ni impartial, ni non mar) et que, hors discours, ce qui passe pour de la neutralité est une homogénéisation extensionnelle, associée à une absence d’antonyme sémantiquement et cognitivement satisfaisant.
Vivant ; nature ; humain ; neutralité ; discours.
This paper examines the neutrality of the concept of vivant, after distinguishing the semantic representation associated with it in and out of discourse. Drawing on corpus data, I demonstrate that, in discourse, vivant is not neutral in any way (neither axiologically neutral, nor impartial, nor unmarked) and that, outside discourse, what passes for neutrality is extensional homogenization, associated with an absence of a semantically and cognitively satisfactory antonym.
Vivant; Nature; Human; Neutrality; Discourse.
Introduction
Le titre de cette présentation invite à problématiser la neutralité conceptuelle qui pourrait être attachée à vivant et qui est rappelée dans une phrase de l’appel à communication du congrès : « Plus récemment, “le vivant” se présente comme un terme neutre, moins anthropocentré que non humain, moins dualiste que nature ». Afin de mener à bien ce travail de problématisation, il m’a paru pertinent de commencer par observer la distribution du syntagme le vivant dans un corpus web de grande dimension (première partie), puis de discuter de cette neutralité en confrontant les résultats obtenus à différentes manières d’être neutre (seconde partie).
Distribution du syntagme le vivant dans frTenTen23
FrTenTen23 est un corpus web francophone généraliste de très grande dimension (23 milliards de mots). À l’aide de l’outil d’exploration SketchEngine, j’ai recherché, au sein de ce corpus, les 10 items les plus fréquents (avec un seuil minimal de 3 occurrences) pour les distributions suivantes :
| Distributions | Exemples dans frTenTen23 |
| 1. V le vivant | Prenons soin de notre terre nourricière, aimons-la, respectons-la, respectons le vivant […] (pure-sante.info) |
| 2. V PRÉP le vivant | Il nous invite à renouer avec le vivant, pour nous engager activement dans sa protection sans préjugés (lisez.com) |
| 3. [L|l]e vivant V | […] il est apparu que le vivant pouvait participer activement à ce mélange océanique. (sciencepost.fr) |
| 4. Nprop PRÉP le vivant | Beaucoup de jeunes philosophes écrivent sur la diversité du vivant. (philomag.fr) |
| 5. Nact PRÉP le vivant | Une approche de l’évolution du vivant mêlant les questions de société […] (mollat.fr) |
| 6. Nautre PRÉP le vivant | Il est décerné tous les deux ans à deux scientifiques en sciences du vivant […] (sfmu.fr) |
| 7. LE N et le vivant LE A et le vivant [L|l]e vivant et LE N [L|l]e vivant et LE A | Certaines interventions ont élargi le spectre des objets à interpréter, comme la nature et le vivant […] (ehess.fr) Il n’y a pas vraiment de frontière franche entre l’inerte et le vivant […] (astronoo.com) |
| 8. [L|l]e vivant (ÊTRE) A | J’aime ce qui est complexe et le vivant est complexe. (blogspot.com) Ce combat vital pour le vivant humain et non humain […] (lejdd.fr) |
« Nprop », « Nact » et « Nautre » signifient respectivement « nom de propriété », « nom d’action », « autre nom ». Les mots tout en italique et tout en majuscules ont été recherchés sous leur forme lemmatique. Ceux qui ne sont pas tout en majuscules (le syntagme le vivant, et, [L|l]e) ont été recherchés comme des suites de caractère exactes. (ÊTRE) signifie que j’ai autorisé aussi bien la présence du verbe être que son absence. Enfin, concernant la distribution V PRÉP le vivant, il a fallu écarter les items qui s’interprètent majoritairement au sens de « faire quelque chose du vivant d’untel » (Je l’ai connu du vivant de mon mari).
Toutes distributions confondues, le nombre d’occurrences à traiter dépasse la dizaine de milliers. Dans ces conditions, la gestion des doublons ne peut être qu’approximative. En l’occurrence, j’ai décidé d’éliminer ces doublons uniquement lorsque leur proportion atteignait ou dépassait le tiers des occurrences. Par « doublon », j’entends la répétition à l’identique de la même phrase ou du même paragraphe (sur le même site web ou sur des sites différents) mais également les répétitions d’un titre de livre (L’économique et le vivant), d’un nom d’organisme (Institut des sciences du vivant) ou d’un intitulé de diplôme (Master en chimie et sciences du vivant) notamment.
Enfin, le corpus étant généraliste (discussions de forums, articles de presse, billets de blogs, articles de sites d’ONG, articles scientifiques, etc.), il faut s’attendre à ce que les discours soient souvent produits par le tout-venant ou, en tout cas, par des locuteurs qui ne sont pas des chercheurs.
Coordination avec un N ou un A employé comme N (distributions 7)
La réciprocité syntagmatique est une interprétation de la coordination dans laquelle les éléments coordonnés sont liés par un rapport réciproque (distinguer la nature et le vivant « distinguer la nature du vivant et réciproquement le vivant de la nature » ; associer l’humain et le vivant « associer l’humain au vivant et réciproquement le vivant à l’humain » ; l’équilibre entre le climat et le vivant « l’équilibre du climat avec le vivant et réciproquement du vivant avec le climat »). L’entassement paradigmatique est une autre interprétation qui consiste en une répétition sans rapport réciproque (aimer la nature et le vivant « aimer la nature et aimer le vivant » ; la connaissance de la planète et du vivant « la connaissance de la planète et la connaissance du vivant »). La figure 1 est un continuum sur lequel ont été situés les N (en lettres romaines) ou les A employés comme N (en lettres italiques) selon que leurs coordinations avec le vivant s’interprètent majoritairement comme des entassements paradigmatiques ou comme des réciprocités syntagmatiques :
Le premier nombre entre parenthèses correspond au nombre total d’occurrences avec les deux ordres cumulés (ex. le vivant et la nature 86 + la nature et le vivant 235 = 321). Le second nombre indique le nombre d’occurrences qui s’interprètent comme une réciprocité syntagmatique (ex. 15 pour les coordinations avec la nature). Les N/A désignant l’homme ou impliquant une interaction avec lui ont été soulignés.
À l’extrémité gauche, on trouve les N/A dont au moins deux tiers des coordinations avec le vivant s’interprètent comme un entassement paradigmatique. Nature est à leur tête, accompagné d’une cohorte de lexèmes relevant du champ lexical de l’écologie. L’ensemble suggère que lorsque le locuteur se représente ce qu’il appelle le vivant ce n’est pas autrement qu’en étroite association avec à ce qu’on appelle la nature (et ses corrélats). Le grand déséquilibre interprétatif en faveur de l’entassement paradigmatique n’est pas cohérent avec la croyance qu’il existerait une distinction conceptuelle entre les notions de vivant et de nature chez les locuteurs. Il est même plutôt indicatif du contraire.
À l’extrémité droite, du côté des réciprocités syntagmatiques, on trouve, sans surprise, uniquement des antonymes possibles au vivant.
Homme occupe une position médiane. Le fait que, contrairement à nature, il ne s’entasse pas avec vivant dans la majorité de ses coordinations ne corrobore pas, du moins au niveau des discours, la croyance que le concept de vivant aurait permis de dépasser l’opposition homme/nature. Une explication possible à la différence de position entre homme et humain est peut-être la connotation positive de ce dernier, héritée de son emploi adjectival, qui ferait que lorsque l’homme est appelé l’humain il paraît plus proche du vivant que lorsqu’il est appelé l’homme.
Propriétés (distributions 4 et 9)
Les tableaux 2 et 3 réunissent les propriétés les plus fréquemment associées au vivant, des propriétés qualifiantes pour le tableau 2 et classifiantes pour le tableau 3. Les occurrences des adjectifs et des noms de propriétés morphologiquement appariés (ex. le vivant est divers et la diversité du vivant) sont cumulées mais, par défaut, je ne cite la propriété que sous forme adjectivale. J’ai inclus certains participes passifs mais exclu les adjectifs qui exigent un complément sans lequel ils n’ont pas un grand intérêt sémantique (ex. le vivant est capable (de…)). Entre parenthèses est indiqué le nombre d’occurrences. Si ce nombre est inférieur 10, je ne l’ai pas indiqué. Les propriétés impliquant l’homme ont été soulignées.
| Propriétés qualifiantes | ||
| Groupe 1 | Groupe 2 | Groupe 3 |
| divers (1265), complexe (621), organisé (594), un (262), équilibré (152), interconnecté, divisible, structuré | intelligent (211), beau (201), fragile (129), unique, imprévisible, dynamique, sacré, créatif, parfait | brevetable (580) |
Le Groupe 1 rassemble les propriétés (qualités ou états) relatives à la complexité et à la pluralité interne de ce que désigne vivant. Le Groupe 2 réunit, par défaut, les autres propriétés et le Groupe 3 contient le seul adjectif qui implique l’homme.
La majorité des propriétés attribuées à vivant sont axiologiquement positives ou non négatives : Brevetable est une propriété causée par les humains (ils rendent le vivant brevetable) et il est employé dans des discours critiques contre les humains, fragile est faussement négatif, davantage employé au sens de « délicat » que de « faible », et imprévisible est employé dans des discours d’émerveillement et/ou d’appel à l’humilité. L’ensemble suggère que l’image que se fait le locuteur de ce qu’il appelle le vivant est l’image d’une entité idéalisée ou, du moins, une entité dont il n’envisage pas, dans un premier temps, qu’elle puisse manifester des propriétés négatives : le vivant n’est pas envisagé comme pouvant être violent, bête, sale ou laid par exemple (il est d’emblée envisagé comme équilibré, beau et intelligent).
J’ai demandé à SketchEngine de sortir 20 occurrences au hasard de diversité du vivant et 20 également de complexité du vivant afin de les observer en contexte étant donné que ce sont les deux propriétés les plus fréquentes et qu’elles peuvent sembler non positives. La moitié de ces 40 occurrences est située dans des discours d’appel à la protection du vivant, des discours d’émerveillement ou de passion pour le vivant, d’appel à l’humilité des hommes face au vivant ou des discours où le vivant est présenté comme une solution aux problèmes humains. Aussi, on ne saurait tirer argument de divers et de complexe pour soutenir qu’il existe une représentation non positive de vivant. Cela dit, on ne peut pas non plus arguer que ces discours démontrent que vivant est un concept particulièrement idéalisé par rapport à d’autres objets d’étude puisqu’on pourrait aussi trouver des discours valorisants pour diversité des langues ou complexité des civilisations anciennes par exemple.
| Propriétés classifiantes | |
| Groupe 1 | Groupe 2 |
| humain (61) non-humain (31) | aquatique (18), actuel (18), organique (13), terrestre (10), biologique (10), microscopique, sensible, visible, invisible, sexué, artificiel, non-commercial, pensant, raisonnable, normal |
Parmi les propriétés classifiantes, c’est humain qui est la plus fréquente, suivie de non-humain, que j’ai réunies dans le Groupe 1. Cela indique que l’opposition humain/non-humain, loin d’être dépassée grâce à la diffusion du concept de vivant, survit dans les discours à travers des expressions comme le vivant humain et le vivant non-humain, plus fréquentes que d’autres expressions de ce genre établissant des sous-classifications au sein de vivant.
Rôles sémantiques (distributions 1, 2, 3, 5 et 8)
Le tableau 4 récapitule les principaux rôles sémantiques attribués à ce qu’on appelle le vivant en fonction du procès exprimé par un V ou un Nact (et quelques participes passé/passifs). J’ai cumulé les occurrences des verbes et des noms morphologiquement appariés (ex. respecter le vivant et le respect [du | pour le | envers le] vivant) mais, par souci de simplicité, je ne cite le prédicat que sous sa forme verbale1. Ce qui est souligné implique une interaction avec l’homme et les occurrences inférieures à 10 ne sont pas indiquées.
| Bénéficiaire /Victime | Objet de connaissance | Objet possédé | Patient (divers) | 2e partie d’un contact | Modèle / Adjuvant |
| respecter (2181) détruire (716) protéger (651) préserver (238) aimer (210) défendre (125) parler du (103) toucher (95) menacer (10) fragiliser impacter affecter | comprendre (668) connaître (480) classifier (459) étudier (395) penser (184) observer (123) | breveter (1059) privatiser | évoluer (1199) manipuler (417) appliquer au (135) | (se) lier [au|avec] (223) (se) relier [au|avec] (182) (se) reconnecter [au|avec] (181) renouer avec (162) (se) connecter [au|avec] (110) | (s’) inspirer du (675) travailler avec (162) |
Le rôle sémantique le plus fréquent est celui de bénéficiaire ou de victime. J’ai associé les deux rôles étant donné que souvent le rôle de bénéficiaire implique celui de victime implicite (ex. protéger le vivant : si on le protège, c’est qu’il est menacé).
Le deuxième rôle sémantique est celui d’objet de connaissance. Ces occurrences semblent suggérer une représentation de vivant plus neutre qu’avec les rôles précédents. J’ai demandé à SketchEngine de sortir 20 occurrences au hasard pour chacune des séquences suivantes : compréhension du vivant, comprendre le vivant, étude du vivant, étudier le vivant, connaissance du vivant et classification du vivant2. Seul classification apparaît très majoritairement dans des discours sans véritable trace de subjectivité de la part des locuteurs. Les occurrences des cinq autres séquences se situent majoritairement dans des discours d’émerveillement ou de souhait de progrès. Le souhait de progrès peut s’appliquer à n’importe quel objet de connaissance, même un objet dysphorique (ex. pour améliorer notre compréhension de la toxicomanie), donc ce n’est pas un argument en faveur d’une idéalisation de vivant, en revanche, le fait de retrouver des discours d’émerveillement en est un. Aussi, j’en tirerais les mêmes conclusions qu’avec divers et complexe : on ne peut pas utiliser ces séquences comme arguments en faveur d’une neutralité de vivant mais, en même temps, on ne peut pas non plus les utiliser comme arguments pour soutenir que vivant est particulièrement idéalisé.
Quand vivant est un objet possédé, c’est toujours dans des discours critiques. Avec les verbes de contact, vivant constitue la 2e partie du contact tandis que la première est constituée principalement par l’hommes ou ce qui lui est lié.
Dans l’immense majorité des cas, le rôle sémantique de vivant est déterminé par une interaction avec l’homme (ex. détruire le vivant : c’est l’homme ou ses activités qui détruisent le vivant), de sorte qu’il semble pratiquement impossible, pour les locuteurs, de discuter du vivant sans discuter aussi de l’homme et ce avec des visées pragmatiques qui sont souvent les mêmes : critiquer ou déplorer les rapports de ce dernier avec le vivant. Ceci va tout à fait à l’encontre de l’idée que le concept de vivant favoriserait moins un dualisme avec l’homme que le concept de nature.
Les V dont le vivant est le plus souvent sujet (table de gauche du tableau 5), en plus d’être sans grand intérêt sémantique (auxiliaires, semi-auxiliaires, verbes modaux, verbes support (ex. faire partie de, prendre place), etc.) par rapport à ceux dont le vivant est l’objet (table de droite), montrent un vivant qui n’endosse pas le rôle sémantique canoniquement associé à la fonction de sujet, à savoir celui d’agent. Toutefois, je n’en conclurais pas que vivant est un concept dépourvu d’agentivité car ces verbes sont aussi parmi les plus fréquents de la langue française, de sorte qu’ils pourraient bien être les plus fréquents pour n’importe quel sujet nominal. Évoluer, le seul V intéressant dont le vivant est souvent le sujet, constitue en revanche un argument pour cette non-agentivité puisque le sujet syntaxique de ce verbe n’est pas un agent mais un patient : dans Paul évolue, Paul est celui qui subit le changement d’état exprimé par évoluer, pas celui qui l’exécute (*Paul évolue sa personnalité ou *Paul s’évolue (lui-même))3. La même observation vaut pour Le vivant évolue.
| le vivant V | Nombre | V le vivant | Nombre |
| être | 2 085 | être | 869 |
| avoir | 481 | respecter | 408 |
| pouvoir | 218 | breveter | 317 |
| devoir | 117 | comprendre | 294 |
| devenir | 66 | protéger | 271 |
| faire | 47 | préserver | 238 |
| aller | 41 | détruire | 203 |
| évoluer | 37 | penser | 184 |
| prendre | 37 | défendre | 125 |
| sembler | 35 | observer | 123 |
Le vivant complément de Nautre (distribution 6)
Le tableau 6 reprend les 10 Nautre les plus fréquents en leur ajoutant les deux mots les plus fréquents dans leur co-texte gauche (ex. parmi les 6 953 occurrences de science(s) du vivant, il y a 285 occurrences de domaine des sciences du vivant). Quand les deux mots étaient peu instructifs sémantiquement (ex. et le reste du vivant), j’ai permis un troisième mot (ex. humain(s) et le reste du vivant). Quand le pluriel était fréquent pour les noms, j’ai ajouté un « s » entre parenthèses.
| Co-texte gauche | Nautre PRÉP le vivant | Contexte gauche | Nautre PRÉP le vivant |
| (285) domaine des (73) recherche en (62) secteur des | science(s) du vivant (6 953) | (24) repenser notre (22) une nouvelle (12) une autre | relation [au | avec le] vivant (697) |
| (86) découvrir le (44) explorer le (32) comprendre le | monde du vivant (2 680) | (9) recherche dans le (8) être dans le (6) scientifique dans le | domaine du vivant (694) |
| (55) repenser notre (37) questionner notre (34) un nouveau | rapport [au | avec le] vivant (1 248) | (13) être en (12) repenser notre (6) tisser des | lien(s) [au | avec le] vivant (643) |
| (14) c’est l’ (12) commun(s) à l’ (11) étendre à l’ | ensemble du vivant (1 090) | (18) déposer des (11) interdiction des (9) dépôt(s) de | brevet(s) [sur le | du] vivant (634) |
| (56) humain(s) et le (16) homme et le (12) humain(s) sur le | reste du vivant (759) | (10) les trois (10) les autres (9) les différents | règne(s) du vivant (585) |
On peut noter le nombre d’occurrences très élevé de science(s) du vivant, qui est, de loin, le co-texte le plus fréquent du corpus pour toutes les distributions recherchées. Cela nous renvoie au rôle sémantique d’objet de connaissance que j’ai abordé plus haut. Il serait intéressant d’identifier, à travers une étude de corpus plus fine, ce qui peut justifier une préférence pour sciences du vivant par rapport à sciences de la vie ou sciences de la nature.
L’autre fait particulièrement notable est non seulement la présence de la cohorte des trois co-textes rapports(s) [au | avec le] vivant, relation [au | avec le] vivant et lien(s) [au | avec le] vivant parmi les dix items les plus fréquents avec un Nautre mais aussi le fait qu’il s’agit presque toujours de remettre en question les rapports, relations et liens de l’homme avec le vivant explicitement (ex. repenser notre rapport au vivant) ou implicitement (ex. une autre relation au vivant).
Enfin, on remarquera, à travers les occurrences de humain(s) et le reste du vivant4 ou de homme(s) et le reste du vivant, qu’il est habituel de présenter l’homme comme séparé du reste du vivant. Il en va de même avec les autres règnes du vivant : autre est en effet relatif à l’homme. Dans les occurrences de humain(s) sur le reste du vivant, il s’agit de déplorer, constater ou remettre en question la domination de l’homme sur le vivant.
De la neutralité et de la non-neutralité de le vivant
Pour discuter de la neutralité de vivant à la lumière des données qui viennent d’être présentées, je commencerai par établir une distinction entre le concept de vivant tel qu’il est utilisé dans les discours et le concept de vivant considéré indépendamment de ces emplois. Le concept en discours ne montre pas de neutralité ou une neutralité limitée. Le concept hors discours construit une extension homogénéisée qui passe pour de la neutralité.
En quoi le vivant n’est pas neutre dans les discours ?
Je vais confronter les résultats présentés dans la première partie à trois manières d’être neutre : la neutralité axiologique (n’être ni bien ni mal), la neutralité partisane ou impartialité (ne favoriser aucune partie dans une opposition) et le non-marquage (constitué l’élément non-marqué d’une opposition).
Le vivant n’est pas axiologiquement neutre dans les discours
Les distributions du syntagme le vivant présentées dans la première partie démontrent que la valeur axiologique attribuée au concept de vivant dans les discours est fortement positive. Une certaine neutralité axiologique de vivant existe lorsque les locuteurs en parlent comme d’un objet de connaissance mais cette neutralité est, çà et là, démentie par des discours d’émerveillement ou d’appel à la protection. Sur le plan sémantique, la positivité axiologique peut être saisie à travers différents concepts sur lesquels je ne m’étendrai pas : trait connotatif (Kerbrat-Orecchioni 1977), sème virtuel afférent (Rastier 1983), propriété typique (Kleiber 1990) ou encore modalité intrinsèque (Gosselin 2017).
Le vivant ne sert pas à adopter une posture d’impartialité
Nous avons observé que les locuteurs appellent vivant quelque chose qu’ils envisagent souvent dans son rapport à l’homme pour s’indigner de l’attitude et des activités destructrices de ce dernier et déplorer sa déconnexion d’avec le vivant. Non seulement le caractère moins anthropocentré de vivant n’a pas conduit à un dépassement de l’opposition humain/non-humain dans les discours mais, on voit aussi dans les distributions que ce caractère moins anthropocentré est retourné contre l’une des parties de cette opposition (l’homme). Tout dans le concept de vivant devrait conduire les locuteurs à l’employer pour dépasser l’opposition humain/non-humain mais les données indiquent qu’il n’est pas tant utilisé pour réaliser ce dépassement que pour faire tomber de son piédestal l’homme. Aussi je dirais que le vivant fonctionne comme un hyperonyme d’humilité. J’entends par là une expression que l’on croit forger pour dépasser une opposition (humain/non-humain, homme/nature ou homme/animal) mais dont l’emploi est surtout motivé par le souhait de donner une leçon d’humilité à la partie qui était privilégiée jusque-là. En conclusion, la deuxième manière d’être neutre, la neutralité partisane, n’est pas concluante non plus.
Le vivant n’est pas le terme non-marqué d’une opposition
Le marqué et le non-marqué sont des concepts d’analyse polysémiques issus de la phonologie qui ont essaimé en linguistique avec un certain succès (Haspelmath, 2006). Pour les présenter de manière simple, disons que, dans une opposition entre deux unités, deux constructions ou deux faits linguistiques, le non-marqué est l’unité, la construction ou le fait normal ou standard, fréquent, simple ou facile, qui peut englober son opposé ou, pour certains linguistes, qui est connoté positivement. Le marqué, lui, est l’unité, la construction ou le fait déviant ou particulier, rare, complexe ou difficile, qui ne peut pas englober son opposé ou, pour certains linguistes, qui est connoté négativement. Cette opposition marqué/non-marqué a été notamment utilisée et/ou critiquée pour l’études des antonymes (Waugh 1982 ; Lehrer 1985 ; Jones 2002 ; Kostić 2015). Si vivant pouvait être le terme non-marqué d’une antonymie, ce pourrait constituer une autre manière d’être neutre. Le problème est que des deux principaux candidats au rôle d’antonyme, le non-vivant et l’inerte, aucun n’est sémantiquement et/ou cognitivement satisfaisant pour remplir ce rôle (j’explique cela plus loin), ce qui rend impossible l’application de la distinction marqué/non-marqué. Quant à l’argument selon lequel le terme non-marqué de l’antonymie est plus souvent en première position en cas de coordination (on dit plus souvent vie et mort que mort et vie parce que c’est vie qui est le non-marqué), avancé notamment par Kostić (2015), il ne fonctionne pas très bien ici. En effet, l’ordre le vivant et le non-vivant est certes plus fréquent que l’ordre le non-vivant et le vivant (173 contre 10) mais c’est pour des raisons formelles : comme l’a démontré Jones (2002), l’antonyme morphologiquement construit est toujours en seconde position à cause de sa forme (correct et incorrect plutôt que l’inverse, capitaliste et anticapitaliste plutôt que l’inverse). Et l’ordre le vivant et l’inerte est pratiquement aussi fréquent que l’ordre l’inerte et le vivant (112 contre 110), de sorte qu’on ne peut rien en tirer.
Sur quoi repose l’impression de neutralité donnée par vivant ?
Si, dans ses emplois, vivant ne présente pas de neutralité, en tant que concept considéré hors emploi, il donne une impression de neutralité qui, selon moi, repose sur une homogénéisation extensionnelle et une absence d’antonyme sémantiquement et cognitivement satisfaisant.
La neutralité repose sur une homogénéisation extensionnelle
La tradition grammaticale appelle « adjectif substantivé à valeur neutre » (désormais « ASN »), les adjectifs employés comme noms avec le sens « (tout) ce qui est Adj » : aimer le beau, privilégier le durable, rechercher le spectaculaire, distinguer le religieux du sacré et donc, aussi, protéger le vivant. Ces ASN ont suscité l’intérêt des linguistes (Kerleroux 1996 ; Noailly 1999 ; Lauwers 2008, 2014 ; Riegel 2013 ; Lecolle 2012, 2015a, 2015b notamment). Les auteurs convergent vers l’idée que l’ASN homogénéise les référents qui sont les porteurs de la propriété exprimée par l’adjectif alors que ces référents étaient jusque-là rangés dans des catégories nominales et cognitives différentes. Ainsi, une expression comme le beau fait abstraction de toutes les différences qui existent, par exemple, entre un coucher de soleil et une sculpture de Michel-Ange pour les unir dans l’ensemble homogénéisé de « (tout) ce qui est beau », tout comme une expression comme le vivant fait abstraction de toutes les différences qui existent, par exemple, entre un être humain et une algue pour les unir dans l’ensemble homogénéisé de « (tout) ce qui est vivant ». J’ajoute que l’emploi nominal de l’adjectif a pour effet que ces ensembles homogénéisés de porteurs d’une propriété sont érigés au rang d’objet de pensée : dans J’aime le beau, c’est grâce à l’emploi nominal que l’ensemble homogénéisé des porteurs de la propriété d’être beau est érigé en un objet de pensée. Aussi, je pense que ce qui passe pour de la neutralité dans le concept de vivant est cette homogénéisation d’un ensemble de référents, associée à une érection de cet ensemble homogénéisé au rang d’objet de pensée.
Certains auteurs associent également les ASN à une massification du référent. Mais un nom massif (ex. eau) ne saurait, à la manière d’un nom collectif (ex. famille, bouquet), référer à une collection d’individus. Pourtant vivant y parvient. J’en veux pour preuve qu’il est modifiable par des adjectifs dont le sens présuppose une pluralité interne (le vivant est divers, interconnecté, hétérogène5) et qu’on peut dire la classification du vivant qui présuppose également une pluralité interne. Aussi, je dirais que même si vivant peut effectivement être employé comme un massif (Il y a du vivant partout autour de nous), il réfère principalement à un collectif homogénéisé plutôt qu’à un massif. Toutefois, ce collectif homogénéisé est conçu comme unique en son genre, ce qui explique qu’on ne peut pas dire, par exemple, *J’ai étudié deux vivants.
Enfin, même si des ASN fréquents existent dans les conversations quotidiennes (faire du neuf avec du vieux, acheter dans l’ancien, c’est du lourd…), Lecolle (2015b) signale qu’ils sont particulièrement fréquents dans les discours savants en philosophie, lettres et sciences humaines. Voici un extrait d’appel à communication que j’ai trouvé sur internet, qui illustre l’appétence de ces disciplines pour l’accumulation d’ASN et qui ne manquera de nous rappeler, à nous chercheurs en sciences humaines, notre propre manière de nous exprimer : « Disons-le sans détours, la rhétorique, domaine du plausible, du probable, du crédible, du flou, de l’ambigu, de l’indéterminé, du pluriel, de l’à peu près […] » (calenda.org, colloque de rhétorique intitulé : « Le fragile et le flou. Apprivoiser la précarité : un art rhétorique »). Aussi peut-on légitimement se demander à quel point l’émergence et la diffusion du concept de vivant, en tant qu’il est un ASN, relève d’un véritable besoin onomasiologique et non d’un réflexe de conformation aux codes énonciatifs d’un groupe ou d’un genre discursif.
La neutralité repose sur l’absence d’un antonyme satisfaisant
Lorsqu’on essaye d’appliquer l’analyse en figure et thème de Courtès (1991) à ce que les locuteurs appellent le vivant, on se rend compte qu’il est impossible de nommer l’entité figurative qui cumulerait les propriétés opposées à celles de vivant.
| Niveau axiologique | euphorie | dysphorie |
| Niveau figuratif | Le vivant | ? |
| Niveau thématique | diversité complexité intelligence unité beauté victimité etc. | uniformité simplicité stupidité division laideur culpabilité etc. |
L’analyse en figure/thème est censée s’appliquer à un texte complet alors qu’ici elle est appliquée à des séquences répétées extraites de nombreux textes. Cependant, il reste peu probable, selon moi, qu’il puisse exister un opposé à vivant qui cumule toutes ces propriétés dysphoriques dans un même texte. Lorsqu’on essaye d’appliquer le carré sémiotique, en tenant compte des données de ce qui a été dit dans la première partie, on n’est pas plus avancé pour trouver un opposé à vivant :
Quel concept pourrait bien instancier B ? Humain ne fonctionne pas (il n’est pas non-vivant) et mort forcerait vivant à prendre un autre sens que celui qui nous intéresse. Reste inerte. Il est, certes, défini dans le TFLi comme « qui est dépourvu de mouvement, qui ne donne pas signe de vie. Synon. immobile, inanimé » mais inanimé, lui, est défini comme « qui, par nature, ne jouit pas de la vie ». On peut se demander alors ce qui fait croire qu’inerte est un meilleur antonyme qu’inanimé. Il est possible qu’inerte ait été préféré d’abord pour des raisons de forme (inanimé est formellement apparié à animé, de sorte que son opposition à autre chose qu’animé paraît peu congrue). Une autre explication possible est le fait que inerte soit plus fréquemment utilisé dans les lexiques technico-savants (le TLFi rapporte des sens spécialisés en mécanique, physique, agronomie et chimie pour inerte mais pas pour inanimé) ou qu’inanimé soit trop associé à la linguistique. Mais, là encore, cela voudrait dire que la préférence pour inerte n’est pas prioritairement motivée par des raisons d’exactitude conceptuelle mais, par souci de conformation à un discours technico-savant ou par souci de distinction d’avec la linguistique.
Le dernier candidat sérieux pour le rôle d’antonyme à vivant (mais pas pour instancier B) est évidemment non-vivant. Lui non plus n’est pas vraiment satisfaisant. Parmi les trois interprétations que Dugas (2016) identifie au sein des noms de forme non-N, il en est une qui présuppose l’existence d’un ensemble plus vaste divisé en deux : les non-Italiens, par exemple, présuppose un ensemble plus vaste, disons les ‘êtres humains’, divisé en Italiens et non-Italiens. D’après Dugas (2016), les noms comme le non-intelligible, le non-différencié et donc le non-vivant (les constructions de type non-ASN) relèvent de cette interprétation. La morphologue signale deux difficultés posées par cette interprétation. La première est que l’ensemble divisé n’est pas toujours identifiable sans contexte ou n’est pas toujours lexicalisé. Par exemple, dans redéfinir la frontière entre le vivant et le non-vivant, quel est le nom de l’ensemble plus vaste divisé en vivant et non-vivant ? « L’étant » ? On doit forger, avec les moyens du bord, un mot pour le dire et, de surcroît, saisir une catégorie hautement sous-spécifiée qui peut évoquer beaucoup à un métaphysicien mais pas grand-chose à un locuteur ordinaire. D’autre part – deuxième difficulté signalée par Dugas (2016) – les noms de forme non-N n’ont pas le même statut sémantique et cognitif que leur pendant positif. Ainsi, les énoncés génériques classificatoires sont naturels avec le terme positif (Un PC est un ordinateur) mais pas avec le nom de forme non-N (Une télévision est un non-ordinateur). La raison en est que les noms de formes non-N constituent des catégories ad hoc. Une des caractéristiques des catégories ad hoc est qu’on peut difficilement leur reconnaître des propriétés typiques (Barsalou 1983) car les entités rassemblées ne partagent aucune propriété positive mais seulement la propriété négative ne pas être un N. D’autre part, ce ne sont pas des catégories bien établies cognitivement (Barsalou 1983) : les locuteurs ne se représentent pas une télévision comme un « non-ordinateur » par exemple, pas plus qu’ils ne se représentent un caillou comme un « non-vivant ».
Conclusion
Ce qui peut passer pour de la neutralité dans le concept de vivant considéré indépendamment de ces usages est l’homogénéisation d’un ensemble de référents jusque-là distribués dans des catégories cognitives et nominales différentes, associée à une difficulté à trouver à cet ensemble un antonyme satisfaisant. Les données que j’ai présentées tout au long de ma présentation incitent à croire que cette homogénéisation, érigée en objet de pensée, est une construction. Au niveau des discours, la neutralité du concept de vivant est très limitée : il est employé avec une axiologique positive très marquée et en grande partie pour tenir des discours critiques contre l’homme. Le fait qu’il permette conceptuellement de dépasser l’opposition (vivant) humain / (vivant) non-humain est, dans les faits, très peu établi dans les discours des locuteurs et il est peu distingué de nature.
Bibliographie
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Notes
- Dans une même famille morphologique, il a pu arriver que seul le verbe, le nom ou le participe ait été suffisamment fréquent dans la distribution dans laquelle il a été recherché.
- Connaître le vivant et classifier le vivant n’ont pas assez d’occurrences pour figurer parmi les 10 items plus fréquents de la distribution 2.
- Certains syntacticiens appellent « constructions neutres » ces structures dans lesquelles le verbe n’est pas à la voix passive alors que le sujet est pourtant bien celui qui subit le changement d’état exprimé par le verbe : Les pâtes cuisent, Paul meurt, Sa maladie s’aggrave, etc.
- J’ai cumulé humain adjectif et humain nom. En tant que nom, il est précédé de l’ ou les ; en tant qu’adjectif de l’être, l’espèce, le tissu, les activités, les sociétés.
- La possibilité d’être modifié par ces adjectifs fait partie des tests préconisés par Lammert (2010) pour identifier les noms collectifs.

