C’est une étude sémiotique du flagrant délit en tant que manifestation du vivant. Dans cette perspective, le flagrant délit est envisagé comme une forme d’existence. La forme d’existence est un régime sémiotique qui permet d’examiner une séquence existentielle dans les rapports entrecroisés qui s’engagent entre le Soi-corps propre et Autrui, dans un vivre-ensemble, au sein d’une sémiosphère. Toute forme d’existence est plus ou moins étroitement liée à un code qui exerce les fonctions d’isotopie par rapport à elle. Dans le cas du flagrant délit, c’est le code juridique qui s’active en tant que régulateur. L’espace du code se construit sur des modes de sémiotisation qui prennent en charge les formes d’existence, les impliquant dans des relations transitives de savoir. L’étude permet ainsi de voir que d’intenses interférences entre le pôle de vivant et le pôle d’organisation sémiotique se produisent de manière à ce que l’espace sémiotique du code soit contraint à se modifier et que de nouvelles formes d’existence soient prises en compte ou réfutées. Or, d’une part, c’est par les formes d’existence que les modifications dans les codes de la sémiosphère arrivent ; d’autre part, les divers modes de sémiotisation sont étroitement liés aux processus de symbolisation que la sémiosphère tolère.
sémiotique de l’existence ; régime sémiotique ; forme d’existence ; flagrant délit.
This is a semiotic study of the flagrant offense as a manifestation of the species living. From this perspective, the flagrant offense represents a form of existence. The form of existence is a semiotic regime that allows us to examine an existential sequence in the intertwined relationships that engage the Self-body with the Other, in a living-together and within a semiosphere. Any form of existence is more or less closely linked to a code that exercises the functions of isotopy in relation to it. In the case of the flagrant offense, it is the legal code that is activated as a regulator. The space of the code is constructed on modes of semiotization that take charge of forms of existence, implicating them in transitive relations of knowledge. The study thus reveals that intense interferences between the pole of the living and the pole of semiotic organization occur in such a way that the semiotic space of the code is compelled to change itself and the new forms of existence are either incorporated or rejected. So, on the one hand, it is through forms of existence that modifications in the codes of the semiosphere occur; on the other hand, the various modes of semiotization are closely linked to the processes of symbolization that the semiosphere tolerates.
Semiotics of existence; Semiotic regime; Form of existence; Flagrant offense.
Introduction
Dans l’étude qui suit, nous examinons le flagrant délit comme une manifestation du vivant. Il est envisagé ainsi en tant que forme d’existence. La forme d’existence, quant à elle, est un genre de régime sémiotique. Rappelons que le régime sémiotique, comme le définit Jacques Fontanille (2023, p. 47), est une composition d’éléments hétérogènes :
… un régime n’est pas un schéma, encore moins un universel ; c’est une composition (ou agencement) de propriétés et catégories appartenant à plusieurs niveaux (ou modules) d’analyse, dont on peut caractériser le genre, et dont on peut décliner les espèces.
Le schéma Figure 1 illustre la composition hétérogène de la forme d’existence avec ses modules d’analyse (Bonéva 2024) : i) les rapports corps/langage cernés par un Soi-corps propre ; ii) les effets de sens produits par les rapports réciproques/irréciproques, entretenus vis-à-vis de soi-même et d’autrui, la catégorie mêmeté/ipséité étant centrale ; iii) les effets de sens des modes d’organisation (institutionnalisation) du vivre-ensemble, autour de la catégorie intimité/extimité et de la notion d’empathie ; iv) les rapports de sens conditionnés par la sémiosphère et les processus de symbolisation/désymbolisation qu’elle engendre, amplifie ou inhibe1.
Les relations intersubjectives et les conduites renvoient à des codes, plus ou moins bien structurés, pas toujours écrits spécialement, à la différence du code juridique, et dont le déclenchement et l’activité de régulateur sont moins perceptibles. Néanmoins, ces codes exercent une fonction corrective par la mise en place de divers types de « sanctions », positives ou négatives, parmi lesquelles : sourires, encouragements, silences, plaintes, petits cadeaux, etc. Ils régulent ainsi à leur manière, plus ou moins ostensiblement, les interactions, le vivre-ensemble, les conduites et jusqu’à l’existence individuelle2. Quant au terme de code, il faut l’entendre au sens large, il peut s‘agir de normes, de coutumes ou seulement d’attentes préétablies ; le mécanisme de sa constitution étant bien complexe, nous n’abordons pas cette question ici3.
La manifestation d’une forme d’existence est toujours en rapport avec un ou plusieurs codes, attentes ou normes, se profilant nettement ou restés en filigrane. Le code joue le rôle d’isotopie pour une forme d’existence car il focalise les liens entre les instances – Soi-corps propre, Autrui, institutions du vivre-ensemble, composantes de la sémiosphère (formes de vie, styles de vie, langages) – et exerce une force de maintien de ces liens, remplissant ainsi les deux fonctions d’une isotopie, comme le postule J. Fontanille (2023, p. 52). C’est par rapport au code (ou à l’ensemble de coutumes, etc.) que l’on remarque l’écart, la rupture, l’entorse, le compromis, bref, la particularité de l’état dans lequel se trouve la forme d’existence. En effet, une séquence existentielle, tel le délit dans notre cas, devient forme d’existence dans la dynamique de la remise en cause ; on l’identifie au moment même où on la conteste4.
Ainsi, la forme d’existence se présente comme une séquence instable d’actes, d’états et de ressentis, en rapport avec un code (une norme, un ensemble de coutumes, des attentes préétablies) qu’elle défie ou transgresse, fuit ou leur cède. Alors que, pour souligner rapidement la différence, le style de vie (Landowski, 1997) et la forme de vie (Fontanille, 2015) sont l’aboutissement d’habitudes et/ou de persistances, leur état fini et clos prédéterminant leur stabilité ainsi que leur étude à partir de cette stabilité (cf. notamment Fontanille 2015, p. 77-78). Dans un cas, nous avons affaire à une séquence expérientielle inachevée, dans l’autre, à une séquence close et déterminée.
Pour circonscrire le flagrant délit en tant que sémiotique objet, nous allons commencer par le délimiter du fait divers, nous référant au texte de Roland Barthes, « Structure de fait divers » (1962). À la différence du fait divers qui est l’effet d’une énonciation, le délit se fonde sur l’acte et se présente comme un programme de base, au sens sémiotique, qui, se déployant au niveau des relations intersubjectives, renvoie au code juridique5, composante de la sémiosphère. De surcroît, le flagrant délit représente l’échec du programme, tout en activant le code ; se déclenchent des procédures judiciaires, diverses mesures et prescriptions, dont l’objectif est de réguler les conduites, le vivre-ensemble, et jusqu’à l’existence individuelle. La structure du flagrant délit se complexifie ainsi par une seconde phase qui est le déchiffrement du programme de base inachevé pourvu que l’élucidation et l’élaboration de son intégralité soient faites. Les différents modes de sémiotisation6, qui se spécifient au cours de l’élucidation du programme de base, exemplifient les différentes approches quant à la séquence existentielle et la parachèvent en fait, l’intégrant dans une relation transitive de savoir. Ces modes déterminent finalement l’espace sémiotique qu’occupe le code (ou l’ensemble de coutumes) et, par leurs rapports internes, provoquent, dans une perspective d’affinement et/ou d’expansion, ses reconfigurations (cf. infra).
Notre hypothèse de travail s’articule sur l’idée que d’intenses interférences se produisent entre les deux pôles, le pôle de vivant, entendu comme source d’imprévu, de spontané, parfois d’inintelligibilité, et le pôle de savoir où une organisation structurante se met en place. Ainsi, si le code est d’emblée envisagé comme une entité où les liens de causalité définissent les rapports, nous serons amenés à constater, au cours de notre étude, que l’élargissement du code et l’intensification de son espace sémiotique s‘effectuent sous la nécessité de prendre en compte l’imprévisible, l’inconséquent, voire le déroutant. Or, sous une certaine pression du vivant.
Notre étude s’inscrit dans une sémiotique de l’existence, telle qu’elle a été initiée par Algirdas Julien Greimas dans De l’imperfection (1987), et rebondit sur la proposition de construire la signification « à partir de la “manière de fluer”, et pas à partir de son seul résultat final », proposition de Fontanille (2023, p. 50).
Le flagrant délit comme objet sémiotique
Acte versus texte
Nous référant au texte de Roland Barthes « Structure du fait divers » (1964 [1962]), nous allons délimiter quelques spécificités du délit, par comparaison avec le fait divers. Certains délits peuvent être présentés comme des faits divers, mais pas tous, et inversement, tous les faits divers ne sont pas des délits. Le fait divers est un genre de texte, très hétérogène, qualifié également de « mise en scène sémiotique » (Dubied 2004, p. 13) dramatisant sur l’existence de moutons à cinq pattes, pluies diluviennes, crimes atroces du versant sordide ou sacrifices du versant héroïque (Leutrat 2004, p. 51), même sur des incidents techniques. En voici un exemple : « Le chaudron olympique refuse de s’allumer au troisième jour du relais de la flamme »7. Ce fait divers récent repose sur la « fausse innocence de l’objet » ainsi que sur l’idée du « troisième » fatidique ; « un dieu rôde – disait Barthes – derrière le fait divers » (1964 [1962], p. 203). L’énonciation accentue et ouvre des brèches vers l’obscur et l’irraisonnable. Si, pour comparer fait divers avec délit, on décide de les considérer comme des faits, le fait dans le fait divers se signale – l’énonciation en est responsable – comme quelque chose « d’inclassable », la « causalité est suspendue entre le rationnel et l’inconnu » (Id., p. 199). Le fait divers est toujours le comble qui dépasse la norme, il s’opère une « conversion du hasard en signe » (Id., p. 202). Il n’est pas étonnant alors que certains voient, dans le fait divers, un miroir des carences de la société (Cerquiglini 2022, p. 885).
Alors que le délit est un enchaînement d’actes, un programme au sens sémiotique, dans lequel on vise la conjonction/disjonction avec un ou plusieurs objets matériels ou immatériels8. Le flagrant délit se spécifie par le fait que l’auteur de l’acte blâmable est pris au moment même où il le commet ; il représente ainsi l’échec d’un programme – l’accident (cf. Landowski 2024, p. 106) –, dont la réussite aurait nécessité qu’il se fonde dans l’ordinaire, qu’il passe inaperçu. Étymologiquement, « flagrant » appartient à la famille de « flamme » (Le Petit Robert), du latin « flagrare », traduit comme « flamber ». Ainsi, flagrant peut signifier « brûlant », « chaud » (TLFi), évoquant un processus très intense ou immédiatement constaté. Dans les deux cas – s’agit-il d’un surgissement ou d’une révélation – les sèmes de brusque, incontestable, ostensible sont engagés et marquent l’aspectualité du procès, nous y reviendrons.
L’acte, selon la définition de Sémiotique Dictionnaire raisonné de la théorie du langage (Greimas, Courtés 1993 [1979], p. 5), exemplifie le passage de la compétence à la performance, d’une structure modale à un faire. Il y a également une transformation d’un sujet de savoir (pouvoir, devoir, croire ou vouloir) en un actant qui met en place ou subit un programme, s‘y ajuste ou encaisse un accident9. L’acte opère ainsi entre intérieur et extérieur, il est lui-même une transformation. La compétence du sujet inclut également la connaissance implicite de règles psychologiques, culturelles et sociales (Id., cf. Hymes 1984), fait qui renvoie à la manière dont le code et l’ensemble de coutumes sont intériorisés. Se mettent en place des écarts, des nuances, des disparités, qui avivent la confrontation entre le Soi-corps propre et autrui, et/ou l’environnement, tout en enrichissant le processus d’individuation sur lequel repose la forme d’existence.
Le flagrant délit se structure alors à rebours du fait divers. Non seulement il n’est pas le fait d’une énonciation qui mise sur l’inexplicable, bien au contraire, sa seconde phase – l’étape du déchiffrement – se poursuit dans une confrontation de plusieurs énonciations se contrecarrant, l’objectif étant la construction d’un simulacre du référent externe dans ses nuances, blancs sémantiques et revirements dérisoires. Le référent externe est par définition inatteignable dans le cas du fait divers. C’est pourquoi R. Barthes (1964 [1962], p. 195) qualifie ce dernier d’« information totale », « immanente », « il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même ». Le fait divers se ressource dans l’absence d’explication plausible, celle-ci le détruirait. Fait divers et délit sont alors d’orientation opposée quant aux termes des catégories instable/stable, circonscrit/étendu, discontinu/continu, comme le sont texte et acte. De surcroît, lors de l’élucidation de l’acte délictueux, il s’avère nécessaire de remonter d’un faire vers une structure modale, d’une performance manquée vers une compétence, opération qui se concrétise dans des procédures judiciaires riches en conséquences.
Le flagrant délit comme prédicat : les rapports entre les instances
Le délit comme prédicat met en rapport plusieurs instances : l’actant-sujet auteur de l’acte, l’actant-objet visé par l’acte, l’objet convoité, le code (l’ensemble de coutumes et de relations intersubjectives) violé, un actant-tiers témoin (le cas échéant), un actant-tiers déchiffreur, un actant-tiers qui sanctionne, le judicateur, la sanction elle-même, un actant-observateur du procès. Une valence supplémentaire s’ouvre dans le cas de crime sans raison (cf. le corpus de Michel Foucault 1981), dans lequel cas l’institution judiciaire recourt à l’expert psychiatre. Concernant le délit, on fait appel à un enquêteur de personnalité, travailleur social ou psychologue. Il s’agit en fin de compte d’un prédicat à huit valences, si l’on se réfère à la théorie de Lucien Tesnière (1959, p. 238-280), tout en l’élargissant10. Nous pouvons en déduire que le prédicat qui régit un nombre élevé d’actants est susceptible d’engendrer des interdépendances enchevêtrées, se transformant en source de significations supplémentaires et en pivot de relations se complexifiant. Le flagrant délit quitte la sphère proprement intersubjective et devient une affaire d’environnement sémiotique, une affaire d’atteinte au code. D’autre part, l’apparition de nouveaux rapports intensifie l’environnement sémiotique et augmente son potentiel d’engendrer de nouvelles significations (cf. Lotman 2000).
Ainsi, le flagrant délit se déroule en deux temps : i) le temps du programme de base interrompu, la jonction avec l’objet convoité étant compromise ; ii) le temps du déchiffrement pour établir l’intégralité du programme de base. Le premier temps est fulgurant, une révélation soudaine d’une trame dissimulée qui éclate aux yeux de tous. Cela déclenche une « crise fiduciaire radicale », le tempo est d’une irruption, en termes de Zilberberg (2013), « subite autant que subie », qui se conçoit en événement pour les deux actants principaux, bien que pour des raisons différentes. La situation est régie par le survenir, modalité que Zilberberg (Id.) décrit ainsi :
Il arrête le temps et peut-être même l’inverse en ce sens que le sujet s’emploie à reconstituer le temps de l’actualisation, le temps des préparations et des calculs que le survenir a justement anéanti ; le temps s’arrête parce que le sujet s‘efforce de restaurer a posteriori cet « avant-temps » qui lui fait gravement défaut.
« [S]tatuant sur l’être de l’être » (Greimas, Courtés 1993 [1979], p. 419), le deuxième temps du flagrant délit est marqué par les modalités véridictoires. Le procès est d’une aspectualité composite ; pour la première phase : aspect inchoatif et progressif mis à mal, irréversible, inaccompli, alors que le prédicat est télique, puisque ce qui oriente le procès, c’est la jonction avec l’objet convoité. Quant à la seconde phase : aspect progressif par intervalles et réitérations successives, télique, jusqu’au verdict qui annonce la sanction et la réparation. La seconde phase est une sorte d‘anaphore de la première, dont l’objectif est de construire un simulacre intégral du programme de base interrompu.
Il s’opère, au cours du flagrant délit, un changement brusque au niveau des rôles thématiques des actants : des protagonistes ordinaires de leur vie quotidienne (des usagers, par exemple, du métro) se découvrent tout d’un coup « malfrat » et « victime ». Le rapport d’opposition entre les deux actants principaux s‘exprime par une symétrie centrale via plusieurs catégories : l’un est l’auteur, actant actif, l’autre victime, actant passif, la perte pour le second est un acquis pour le premier, ce qui est fait à l’insu de celui-ci, est accompli sciemment par celui-la, l’un est innocent et victime, l’autre nuisible et malfrat (fig. 2). Ou, encore plus distinctement, à un niveau d’abstraction supérieur : l’injustice subie doit être réparée par la justice rendue.
On bascule d’un circuit de signification concrète – conjonction/disjonction avec un objet – à un circuit de signification abstraite où entrent en jeu des notions comme : victime, innocence, justice, notions valorisées positivement, occupant la zone centrale de la sémiosphère occidentale11. Le processus de déchiffrement – la seconde phase du flagrant délit – a pour objectif, avec l’établissement de l’intégralité du programme de base, de lever l’atteinte portée au code par une ré-approbation symbolique de celui-ci qui se réalise, en revanche, dans la réparation et la sanction concrètes, signifiant finalement « la justice a été rendue ». C’est à l’étape de l’élaboration de la simulation du référent externe que les divers modes de sémiotisation se manifestent explicitement et que nous pouvons les étudier.
Le déchiffrement
L’attrait du processus de déchiffrement date des temps anciens et se présente, selon Barthes (1964 [1962]), comme une émanation, image contemporaine d’Œdipe déchiffrant l’énigme du Sphinx. Ou bien, telle une nécessité intérieure d’arrêter la chaîne des pourquoi, « faire cesser le terrible pourquoi des choses » (Id., p. 198). D’autres théoriciens soutiennent que déchiffrer un fait divers, en élaborer une version parmi d’autres, revient à prendre part à la vie collective et à concourir à la résolution de ses problèmes (Cerquiglini 2022, p. 897). Les origines du processus du déchiffrement remontent, selon les anthropologues, à il y a environ deux millions d’années lorsque, dans la chasse à courre ancestrale, nos ancêtres se montraient capables de « construire des hypothèses à partir de maigres signaux visuels et sonores » (Stépanoff 2022, p. 236). Développée dans la chasse à courre ancestrale, la compétence de pouvoir-aller au-delà du concrètement visible se constitue alors en une caractéristique essentielle de ce « prédateur empathique » (Id., p.237) qu’est l’être humain.
Pour reprendre la comparaison avec le fait divers, le charme de celui-ci tient en grande partie, comme le remarque Barthes (1964 [1962]), aux liens de causalité très lâches, sinon complètement dégradés : petites causes produisent grands effets, l’inexplicable triomphe, le hasard fait croiser des chaînes causales qui, normalement, ne se croisent jamais, on attend un effet mais c’est un autre qui apparaît. Le fait divers se présente comme une contestation de l’intelligibilité requise dans certains domaines de la société. Alors que le flagrant délit révèle l’inacceptable – le proscrit par le code – et la nécessité de ré-accréditer ce code. L’interprétation est autorisée, cependant, la clarté des liens de causalité est exigée. Toutefois, nous allons voir, les modifications au niveau du code, l’élargissement et l’intensification de son espace sémiotique, s’effectuent par le biais de l’assouplissement des liens de causalité, par la mise en place de nouveaux modes de sémiotisation qui autorisent l’écart, l’inexactitude, et même parfois la rupture dans la pratique canonique.
Le schéma tensif : les modes de sémiotisation
Dans un procès judiciaire, y compris ses préparatifs, l’intérêt est concentré sur l’instance de l’énonciation et ses coordonnées spatio-temporelles, son avatar étant impliqué dans l’acte. La phase de déchiffrement est marquée par un souci particulier quant aux déictiques. Il s‘y opère la suppression de la distance entre le discours-énoncé et l’instance de son émission, ce qui produit une forte simulation linguistique du référent externe (Greimas, Courtés 1993 [1979], p. 87). Le souci de la construction du référent externe – de son simulacre en fait qu’on appelle aussi « vérité » – est l’une des dimensions, la valence de l’intensité, du schéma tensif sur lequel sont disposés les divers modes de sémiotisation. La valence de l’étendue prend en compte la muabilité12, une certaine variation, néanmoins admise. Ces deux valences ayant été déterminées, les valeurs que nous retenons représentent les termes de corrélation, imprégnés de tensions entre des tendances évolutives (fig. 3). Nous recourons à la catégorie concrétion/abstraction13, pour examiner le basculement du sens d’ancrage sensible vers abstraction, et inversement, le terme d’abstraction véhiculant bien, nous semble-t-il, la volonté de s‘écarter, de se détacher – de s’abstraire ou s’extirper –, de l’acte commis, concret et tangible14.
Quatre positions classiques sur le schéma tensif sont à noter : i) le mode de sémiotisation qui réunit le maximum de conformité au référent externe et le minimum de déviance (c’est le mode de l’enquête canonique) : mode de concrétion ; ii) celui qui représente le minimum de conformité et le minimum d’étendue (la version retenue est incertaine) : mode de semblant-vrai ; iii) le mode du maximum d’intensité et d’étendue où entrent en jeu les valeurs transcendantales de la sémiosphère, les valeurs d’absolu (cf. Zilberberg 2007), Justice/Injustice, Fidélité/Infidélité, Corruption/Innocence, etc. : mode d’abstraction ; iv) le mode qui intègre les cas déviants, obscurs, irraisonnables (cf. Foucault 1981) : mode abstrus15. Ce dernier mode se situe sur les frontières du système qu’il remet en cause tout en l’élargissant. Il apparaît pour nous comme la corrélation du minimum d’intensité par rapport à la simulation du référent externe et du maximum d’étendue. En effet, la question de l’élaboration du simulacre du référent externe ne se pose pas, dans ce mode de sémiotisation, le référent externe est vide de sens, il représente notamment le non-sens, car il ne donne aucune réponse quant à la motivation et au passage à l’acte, celui-ci étant complètement incompréhensible. Le mode abstrus soulève la question des limites – de l’humain, en l’occurrence – et de ce qui se trouve au-delà des limites, la question de la vérité et de sa pertinence alors que l’événement est inintelligible, la question du jugement, alors que l’acte délictueux est déconnecté. Bref, ce mode de sémiotisation relève du problème de comment intégrer l’inintégrable, et notamment cette fraction du vivant où l’on retrouve l’abscons, l’inintelligible, le déconcertant.
Nous proposons d’ajouter un cinquième mode de sémiotisation sur ce schéma tensif, scindant la valeur d’abstraction maximale en deux sous-catégories, abstraction absolue et abstraction judiciaire. Ce dernier mode est prédéterminé par le code qui sert d’isotopie à la forme d’existence examinée, il est subordonné au mode d’abstraction absolue. Comme le souligne le magistrat Denis Salas (2001, p. 7), jusqu’aux années 2000, le droit pénal ne s‘intéresse pas à la victime mais surtout au fait que la loi est violée : « La transgression n’est absolument pas dirigée contre une quelconque victime. La transgression est orientée contre la loi ». La symbolisation excessive du système judiciaire est soulignée également par Robert Badinter16 : « Des colonnes et des codes, voilà notre justice pour deux siècles ! ».
Cependant, depuis la loi de 201417 en France, avec la justice restaurative (réparatrice), un nouveau mode de sémiotisation apparaît, telle une bifurcation dans le mode judiciaire canonique. Cette nouvelle forme de justice se veut être une alternative à la justice pénale, bien que pour l’instant elle reste complémentaire ; elle introduit le pardon au sein de la justice occidentale. Certains magistrats, à l’instar de D. Salas (2024), considèrent que « [l]e pardon est une issue aux impasses de l’équivalence pénale ». L’altérité entre la justice pénale et la justice restaurative est dans l’approche, l’orientation et la finalité. L’une est soumise à l’idée d’équivalence – la sanction doit être équivalente à la transgression –, l’autre est dépourvue de toute idée d’équipollence. Le pardon est en effet un parti pris, la partialité elle-même, un profond engagement personnel. L’objectif de la justice pénale est la réparation, via l’institution judiciaire, elle vise l’auteur de l’acte. L’exploration d’une sortie du court-circuit de la violence est orientée d’abord vers le for intérieur. L’une est concrète et encadrée, s’épuisant en elle-même ; l’autre est décloisonnant, elle se prolonge souvent dans des actions au sein de la communauté, imprégnant d’une vitalité intense l’environnement sémiotique. Avec la justice restaurative (réparatrice), le code a la possibilité de pallier l’écart entre abstraction et concrétion, entre dispositions législatives et expérience vécue, prenant en compte les affectes et les traumatismes, la mémoire et le deuil, la responsabilité et l’élan empathique, afin de les engager dans une volonté de conversion.
Des rapports internes entre les modes de sémiotisation se tissent selon les catégories limité/illimité et causalité/arbitraire. Le mode de concrétion, qui vise la simulation exacte du référent externe, ainsi que le mode de semblant-vrai, pour la même raison mais moins intense, sont limités, le mode d’abstraction et le mode abstrus, sont mouvants et illimités. Dans cette perspective, le mode judiciaire doit être envisagé comme illimité, ce qui correspond bien à son potentiel dynamique. Les modes de concrétion et d’abstraction intègrent le principe de causalité, priorisant dans leur déploiement les liens de cause à effet. Alors que le mode de semblant-vrai et le mode abstrus sont régis par le principe de l’arbitraire, recourant à des circuits de signification déconnectés, à des liens incohérents ou non limpides. La justice restaurative, fondée sur la notion de pardon, est carrément une rupture dans la pratique canonique18.
Conclusion
Cette étude nous a permis d’examiner les caractéristiques du flagrant délit en tant que sémiotique objet et en même temps comme une manifestation du vivant. Nous avons pu constater qu’il y a des interférences non négligeables entre le vivant – caractérisé par l’imprévu, l’accident, l’inintelligible, l’anodin, le disproportionné – et le savoir qui agit dans le domaine juridique, composante de la sémiosphère. Le vivant s’immisce, contraignant ce domaine excessivement symbolique et spéculatif à adopter de nouvelles approches. L’espace sémiotique du code, qui sert d’isotopie à la forme d’existence, est dans une dynamique d’élargissement/rétrécissement et d’intensification/relâchement, suite aux circulations du sens sur l’axe concrétion/abstraction. Divers modes de sémiotisation se mettent en place afin de subsumer les variations. Ces modes sont complémentaires et le passage de l’un à l’autre consiste en un changement d’échelle.
Ainsi, le mode d’abstraction absolue et le mode judiciaire mettent l’accent sur les processus de symbolisation, au détriment du concrètement vécu. Ils agissent donc prioritairement à une échelle macro19, adoptant un point de vue qui subsume l’ensemble. Cependant, de nouvelles formes d’application du code, suite à des bifurcations dans le mode de sémiotisation, peuvent apparaître, à l’instar de la justice restaurative (réparatrice), émergée récemment. Elle permet de pallier l’excès d’abstraction et de réintégrer les protagonistes de l’acte dans un projet construit sur l’engagement personnel et sur la volonté de conversion. Ce mode rétrécit l’écart entre les tendances opposées de concrétion et d’abstraction.
En revanche, le mode abstrus et le mode de semblant vrai s’appliquent prioritairement à l’échelle individuelle (locale). Le mode de semblant-vrai prend en compte la translation possible d’individuel vers collectif, son objectif étant de rendre accessible le cas particulier malgré sa singularité. Alors que le mode abstrus, destiné à des cas exclusifs, se déployant sur les limites de l’espace sémiotique du code, contribue à l’élargissement de cet espace. Cependant, tenir compte de l’exclusivité fait partie des valeurs de certaines sémiosphères, n’étant pas du tout envisageable dans d’autres, ce qui signifie qu’il y a, d’emblée, une complémentarité entre le mode abstrus et le mode d’abstraction absolue. Et enfin, le mode de concrétion, qui s’applique efficacement à l’échelle moyenne (méso), enquêtant sur plusieurs versions et les comparant entre elles, vise à s’approcher au plus près de la réalité et à construire une simulation exacte du référent externe.
En dernier ressort, nous avons vu que les modes de sémiotisation délimités prennent en compte autant le paradigme de valeurs traitées sur un plan linéaire de causes et d’effets que des exemples en rupture. Ceux, dont l’objectif est de rester conformes au référent externe, sont stables et limités. Cependant, les modes de sémiotisation qui usent de l’arbitraire, sont tout aussi pertinents pour appréhender les actes et les faits ainsi que les existences particulières avec leur vérité interne ou absence de vérité. Les modes usant de l’arbitraire, sont moins balisés et demandent plus d’efforts pour être mis en place ou acceptés. Le danger par contre, pour les modes bien balisés, qui véhiculent des argumentations claires et transparentes, est de ne pas saisir la particularité du cas et de passer à côté de la vérité qu’ils cherchent.
Et enfin, nous pouvons dire que plus un code est travaillé, discuté, remis en cause, plus il se développe par la mise en place de modes de sémiotisation de plus en plus diversifiés, plus encore l’environnement sémiotique s‘enrichit et devient intense, plus la singularité des formes d’existence prises en compte prolifère, plus le vivant est respecté.
Bibliographie
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Notes
- Pour plus de détail concernant ces modules, nous nous permettons de renvoyer à notre étude antérieure, Bonéva 2024.
- Tels sont les codes de la politesse (cf. Kerbrat-Orecchioni 2005 ; 2011), les codes des rituels du quotidien (cf. Goffman, 1973 [1959, 1971]), le code de l’honneur (cf. Greimas 1991), le code vestimentaire, le code de l’amour, de l’amitié, etc.
- Le code de l’amour, par exemple, est actuellement et depuis un certain temps déjà, en ré-élaboration dans certaines zones de la sémiosphère occidentale. Les remaniements au niveau des rapports de force au sein du couple impactent sur l’expérience de l’intime.
- Notons que le flagrant délit pourrait se constituer en forme de vie ou en style de vie, mais les paramètres d’analyse convoqués, dans ces deux cas, seraient différents de ceux que nous mobilisons pour la forme d’existence.
- Quant au « code juridique », nous reprenons la compréhension de Pierre Moor (2006, p. 96) : « J’entends par là l’ensemble des textes normatifs qui composent le droit : constitutions, codes, lois, règlements, plus généralement tous les textes formulant une règle de droit, une norme ».
- Par sémiotisation, nous entendons un processus d’organisation du sens du second niveau ; recourant à la terminologie de Pierluigi Basso Fossali (2024), nous pouvons le déterminer comme un mécanisme d’organisation sémiotique qui donne suite à certains choix, au détriment d’autres, relevant de « l’expérience de l’entrelacement de plusieurs circuits de signification ».
- Cf. [https://www.letelegramme.fr/sports/jeux-olympiques/jo-2024-le-chaudron-refuse-de-sallumer-au-troisieme-jour-du-relais-de-la-flamme-6582337.php] (consulté le 12/05/2024).
- Comme les dictionnaires le définissent (Dictionnaire de l’Académie française, Le Petit Robert), le délit est un fait qui s’instaure à la suite d’un acte dommageable, d’une faute préjudiciable à autrui, intentionnelle ou non, mais qui, dans tous les cas, engage la responsabilité de son auteur et exige réparation, donne lieu à une peine correctionnelle. Parmi les trois types d’infractions pénales – contravention, délit, crime –, le délit se situe au milieu, plus grave que la contravention et moins sinistre que le crime. Trois différentes instances judiciaires s’en chargent.
- La programmation n’est qu’une des manières dont se réalisent des enchaînements d’actes ; il y a également la manipulation, l’ajustement, l’accident, cf. Landowski 2024.
- Selon la théorie de L. Tesnière (1959, p. 108), le verbe – au sens strictement grammatical – comporte un, deux ou trois actants, ou bien n’en comporte aucun. Pouvons-nous considérer le tiers-actant comme étant multiplié, dans le cas du flagrant délit, en déchiffreur, judicateur et expert ? ; chacun d’entre eux a son rapport particulier au prime-actant et au second-actant, se différenciant de celui des autres. De surcroît, L. Tesnière remarque (Id., p. 258) : « Il n’est pas interdit d’envisager comme possible, dans un avenir plus ou moins éloigné, le développement de verbes simples à structure tétravalente ». Cette remarque de l’auteur nous permet d’envisager la possibilité de plus de quatre valences pour un prédicat comme le flagrant délit, qui devient ainsi le noyau d’un « spectacle » complexe, mettant en relation huit actants.
- En l’état actuel de la sémiosphère occidentale. Nous savons déjà que les objets ainsi que les valeurs circulent d’une zone à l’autre de manière à ce que les périmètres de celles-ci se modifient, s‘élargissant, se rétrécissant, disparaissant, etc.
- Cf. le dictionnaire TLFi, le muable, c‘est ce qui est sujet au changement.
- Dans une étude postérieure, mais déjà publiée (Bonéva 2025), nous avons remplacé la catégorie concrétion/abstraction par celle de tangible/idéel ; respectivement les modes de sémiotisation pris en compte sont : tangible, idéel, probable, abstrus.
- De surcroît, c’est la catégorie qui est utilisée en Droit, cf. P. Moor (2006, p. 99) : « …le processus [juridique] repose sur l’assomption de l’individuel/concret dans les dimensions du général/abstrait ».
- Cf. Le Petit Robert, « difficile à comprendre ».
- Cité par D. Salas (2024) qui ajoute : « Les conceptions de l’architecture judiciaire reflètent l’histoire longue de l’État et l’histoire récente de la démocratie ».
- Cf. [https://www.justice.fr/justice-restaurative] (consulté le 12/07/2024).
- Nous n’avons pas la possibilité d’aborder plus en détail, dans cette étude, les modes de sémiotisation avec les exemples que nous avons retrouvés dans quelques films documentaires, ils feront l’objet d’une autre étude.
- Selon la répartition en macro, méso et micro, proposée par Rastier (2006), reprise par J. Fontanille (2023).


