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Interroger le rôle démocratique des fandoms numériques : conditions d’enquête et propositions méthodologiques
Le cas de la mise en conversation des séries dystopiques par les fans

Internet, et plus spécifiquement les réseaux sociaux numériques, constituent un terrain propice pour l’observation et l’étude des opinions et des conversations1. Depuis la fin des années 2000, de nombreux chercheurs ont investi les réseaux sociaux numériques tels que Facebook, puis Twitter, Instagram ou encore TikTok, comme terrains d’observation pour appréhender différents types de phénomènes sociaux : expression de soi, interactions sociales, mobilisations en ligne, etc. Comme l’explique Romain Badouard, un intérêt des réseaux sociaux numériques pour les chercheurs en sciences de l’information et de la communication et plus généralement en sciences sociales est qu’ils « permet[tent] de s’affranchir du déclaratif2 ». Contrairement aux méthodes comme l’entretien sociologique, qui reposent sur ce que les enquêtés disent faire ou être, les réseaux sociaux numériques offrent un accès aux traces d’usages laissées par les internautes, permettant l’étude de ce qu’ils « font » réellement en ligne, grâce à des approches méthodologiques variées telles que l’ethnographie en ligne. De la même manière, les terrains numériques permettent aux chercheurs – autant qu’aux utilisateurs – de s’affranchir des barrières spatiales et géographiques, facilitant l’accès et l’immersion au sein de diverses communautés en ligne. Aujourd’hui, s’intéresser à la sériephilie ainsi qu’aux lieux d’échanges et aux pratiques de fans implique naturellement de se tourner vers ces espaces numériques. Paul Booth en faisait déjà le constat en 2010, les fans ont massivement investi ce qu’il nomme les « digital fandoms », soit des espaces en ligne tels que les blogs, les wikis ou encore les réseaux sociaux. S’il est entendu que les fandoms hors-lignes perdurent, étudier le fannish – et dans le cas présent, la manière dont les séries télévisées sont discutées par des publics de fans – implique néanmoins pour les spécialistes des médias d’intégrer ces mutations dans leur réflexion et leurs pratiques scientifiques3. Ces terrains soulèvent un ensemble de questionnements liés notamment au positionnement scientifique, à la méthode ou encore à l’éthique. Entre biais liés à la participation et distance induite par la non-participation, comment construire une démarche d’enquête capable de saisir le caractère démocratique des conversations de fans en ligne, sans les dénaturer ? L’enjeu de ce chapitre est donc de formuler des propositions visant à outiller l’étude de la conversation citoyenne et du débat public au sein des espaces en ligne de fans. L’objectif n’est pas ici de trancher la question du rôle démocratique des fandoms, mais d’en proposer les conditions d’analyse.

Ce chapitre s’inscrit dans une démarche réflexive et s’appuie sur une recherche menée dans le cadre de ma thèse de doctorat, consacrée au cycle de vie de trois séries télévisées dystopiques – Black Mirror (Channel 4, 2011-2014 ; Netflix, 2016 – en cours), The Handmaid’s Tale (Hulu, 2017-2025) et The 100 (The CW, 2014–2020) – et à la manière dont elles peuvent reconfigurer les grilles d’interprétation de l’actualité et conduire à la création « d’arènes alternatives du débat public4 » spécifiques à leur contenu. Depuis le milieu des années 2010, les séries dystopiques se sont multipliées, mettant en scène des problèmes publics contemporains et révélant les angoisses propres à notre époque5. L’une des hypothèses développée dans cette recherche est que, parce qu’elles s’étendent sur un temps long, suscitent un investissement intellectuel et émotionnel chez les téléspectateurs6, s’inscrivent dans l’actualité socio-politique et proposent des représentations fictionnelles de certains problèmes publics, ces séries sont susceptibles de favoriser le « lien public » (public connection) en orientant la réflexion des téléspectateurs « sur des questions d’importances politiques ou sur les arènes où ces questions sont abordées7 », et d’impulser des formes de participations politiques alternatives lorsqu’elles sont discutées collectivement. Parce qu’« un produit culturel […] ne devient une œuvre politique que s’il se trouve un collectif à la fois décidé et capable de lui faire endosser cette qualification aux yeux de l’espace public8 », l’étude de communautés en ligne dédiées à ces séries et créées par des publics de fans permet d’interroger les éventuelles fonctions démocratiques de ces fictions. Et c’est précisément au sein de ces espaces que se pose la question des modalités d’enquête.

Trois fandoms, chacun consacré à l’une des séries du corpus, ont donc été analysés afin d’examiner si et sous quelles conditions les réceptions collectives et actives des séries dystopiques constituent des formes du débat public. Ce chapitre vise avant tout à nourrir les réflexions épistémologiques et méthodologiques sur l’étude des communautés de fans en contexte numérique, en croisant des approches issues des sciences sociales, des sciences de l’information et de la communication et des fan studies de sorte à appréhender au mieux les discours, les interactions et la participation politique au sein de ces espaces. J’y expose ainsi le bricolage méthodologique déployé pour saisir les spécificités de chaque fandom et des discussions générées par la fiction dystopique, susceptible de constituer des outils et méthodes transférables à l’étude d’autres objets culturels contemporains.
L’apport de ce travail réside dans l’élaboration d’une méthode et d’une posture scientifique permettant de rendre compte de la complexité de ces espaces sans recourir à une participation directe du chercheur, tout en évitant un positionnement strictement surplombant.Certains résultats et analyses sont mobilisés à titre d’illustration afin de rendre compte de ce dispositif méthodologique. Le chapitre s’ouvre sur une réflexion autour de la sélection des communautés retenues pour l’analyse, ainsi que sur les enjeux éthiques liés à leur exploration. Il défend ensuite l’intérêt d’étudier les fandoms comme dispositifs socio-techniques, qui façonnent une pluralité de modalités de participation. Enfin, la dernière partie expose concrètement la posture scientifique et les choix méthodologiques développés pour appréhender ces trois espaces en ligne, en cohérence avec la question de recherche.

Interroger les réceptions d’une série et leur mise en conversation au sein de communautés en ligne de fans

L’intérêt de la méthode exposée dans ce chapitre réside dans les points suivants. Elle doit d’abord permettre d’éclairer comment les séries dystopiques sont discutées collectivement par leurs publics, puis de vérifier si elles sont ou non utilisées comme ressources pour la lecture et la discussion de l’actualité politique, économique ou sociale. Enfin, elle permet également de déterminer si ces séries favorisent l’émergence de fandoms s’apparentant à des « arènes alternatives du débat public ». Il s’agit d’espaces où la discussion de la série génère une mise en débat d’actualités socio-politiques, s’apparentant à « des lieux d’expression d’opinions sur l’actualité de nos sociétés, de relais d’informations, de sensibilisation et de délibération9 ».

Construction du corpus et sélection des fandoms

Interroger la nature des discussions collectives auxquelles les séries dystopiques donnent naissance, l’éventuel rôle démocratique qu’elles se voient attribuer et la manière dont elles peuvent servir de grille d’interprétation de l’actualité implique d’examiner les espaces où ces échanges sont susceptibles de se tenir. Ceux-là sont le fruit de publics actifs et engagés dans une réception prolongée, éléments correspondant aux principales caractéristiques des publics de fans identifiées par Mélanie Bourdaa10. Comme celle-ci le souligne, le lien entre les fans et le politique existe depuis toujours, et doit être interrogé « pour mieux saisir ces publics, la sphère publique et l’écosystème médiatique11 ». Ce lien concerne bien entendu des communautés dédiées à des objets culturels divers et n’est pas seulement le propre des fictions qui auraient pour sujet la politique, comme l’a montré par exemple le cas de la Harry Potter Alliance12. Mais la discussion des séries dystopiques par les fans est susceptible de présenter certaines spécificités. Car si les séries ont vocation à divertir, les auteurs de dystopie « agissent comme des lanceurs d’alerte13 » crédibles en anticipant un futur néfaste, conduisant les fans à produire des discours et du sens à partir de représentations éminemment politiques de nos mondes sociaux et de nos problèmes publics.

Pour répondre à cette question, l’approche adoptée ici se situe au croisement de plusieurs courants de recherche s’intéressant à l’activité en ligne. Elle met ainsi en relation ceux des cultures participatives (et plus précisément des fans studies) avec les travaux portant sur le web politique, afin d’interroger les formes alternatives de participation au débat public que peuvent représenter les échanges au sein des fandoms étudiés. Coralie Le Caroff et Thomas Guignard ont montré que les pages Facebook de médias constituent des espaces qui favorisent des modes d’expression et de participation polémiques, où « les propos les plus visibles prennent plus souvent la forme d’invectives, de coups de gueule ou de visions radicales14 ». Je fais l’hypothèse qu’à l’inverse, l’hybridation des sujets de discussion autour des séries dystopiques, au carrefour entre fiction et réalité, peut rassembler des individus aux opinions divergentes et donner lieu au partage d’idées et à la discussion d’opinions. Cette dynamique s’approche de l’espace public tel que pensé par Nancy Fraser, un théâtre de débats et de délibérations distinct de l’État et des arènes marchandes, « où les citoyens débattent de leurs affaires communes, une arène institutionnalisée d’interaction discursive15 ».

Dans le cas de cette recherche, l’étude porte sur des communautés réunissant autour d’un intérêt commun – l’une des trois séries – des publics ne se connaissant pas à priori mais animés par le désir d’échanger et de partager autour d’un même objet. Souscrivant à la définition de communauté virtuelle proposée par Paul Booth, je me suis employée à identifier des communautés en ligne se distinguant par un système d’adhésion à un groupe autoproclamé de fans, qui prolongent la réception d’une série en créant du contenu à partir de celle-ci16. Le dispositif numérique que constitue le groupe Facebook m’a ainsi semblé le plus approprié pour cette étude : il matérialise parfaitement l’idée de communauté en ligne, correspond à un espace numérique identifiable et délimité, conçu comme un lieu d’interactions favorisées par diverses fonctionnalités, sur lesquelles le chapitre reviendra. De plus, le nom du groupe en précise la thématique, facilitant l’identification des espaces dédiés spécifiquement et uniquement à l’une des trois séries du corpus. La liste des membres y est également accessible et le dispositif de participation s’apparente à celui d’un forum. En retenant comme critère principal la francophonie des groupes en en réalisant un arbitrage autour des paramètres de confidentialité (public ou privé), j’ai ainsi pu constituer un corpus de trois groupes Facebook, anonymisés et désignés ici par Groupe Black Mirror, Groupe The Handmaid’s Tale, et Groupe The 100.

Méthodes d’enquête en ligne et éthique

L’anonymisation du nom de chaque groupe procède d’une série de questionnements et de dilemmes éthiques apparus au fil du travail, et, pour certains, à posteriori. Bien qu’ils s’appliquent également aux terrains hors ligne, ces enjeux prennent une acuité particulière dans les enquêtes en ligne et font l’objet de nombreux débats dans le champ de la recherche17. Si des guides et recommandations existent, certaines peuvent se révéler contradictoires comme le soulignent Boyi Huang, Patrick Cadwell et Ryoko Sasamoto18. Selon les auteurs, des désaccords persistants témoignent notamment de conceptions divergentes du caractère « public » ou « privé » des espaces en ligne et de la difficulté, dans leur cas, d’apporter des réponses éthiques universelles et définitives19. Le guide de The Association of Internet Researchers (AoIR)20 donne également à penser que l’éthique en contexte numérique ne se réduit pas à un ensemble de règles fixes mais relève d’une appréciation située, impliquant de composer avant tout avec la nature du terrain, la question de recherche, les implications de l’étude pour les personnes concernées et leur degré de vulnérabilité, ainsi que les finalités de l’enquête. Ici, les considérations éthiques ne se sont pas imposées d’emblée comme un protocole défini, mais se sont construites progressivement, au fil d’une série d’arbitrages pratiques et réflexifs visant à concilier une méthode scientifique adaptée à un terrain et une problématique spécifiques, tout en garantissant le respect des personnes et la préservation des communautés étudiées et de leurs membres. Dans un geste réflexif, il me semble donc pertinent d’en expliciter les évolutions qui ont perduré, même après la recherche.

Le premier arbitrage opéré portait sur la constitution du corpus et le choix des groupes Facebook étudiés selon leurs paramètres de confidentialité. Sur le réseau social, il existe en effet deux niveaux de confidentialité pour les groupes – public ou privé – dont les principales différences résident dans les modalités d’accès au contenu partagé (voir tabl. 1).

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Tabl. 1. Tableau extrait de la page d’aide Facebook, « Quelles sont les options de confidentialité des groupes Facebook ? » (20/01/2023).

Je souhaitais initialement ne retenir que les groupes publics, ces espaces pouvant être considérés a priori comme ouverts. Les conversations qui s’y déroulent sont accessibles à tous les utilisateurs, et les données peuvent en principe – et sous réserve d’un usage respectueux des contextes et attentes implicites des participants – être collectées, analysées et publiées librement sans que la question de leur anonymisation ne se pose dans les mêmes termes que pour un espace restreint. Cependant, plusieurs difficultés se sont présentées. Premièrement, pour une série, les seuls groupes francophones existants à l’époque de la recherche étaient configurés comme « privés ». Également, dans un autre cas, le seul groupe public repéré stipulait explicitement dans ses règles : « Des discussions animées et authentiques font tout l’intérêt des groupes, mais elles peuvent aussi contenir des informations sensibles et personnelles. Ce qui est partagé dans le groupe doit rester dans le groupe ». Il s’agit là d’une règle proposée par défaut lors du paramétrage des règles d’un groupe Facebook. Il est donc particulièrement intéressant de noter que cet espace, bien que public, soit le seul à mentionner explicitement cette règle de confidentialité, contrairement à tous les autres groupes privés francophones dédiés à la même série. Dans ce cas paradoxal, j’ai préféré retenir pour corpus un groupe privé n’ayant pas sélectionné par défaut de règle relative à la confidentialité des échanges.

L’accès au terrain s’est ensuite effectué selon une démarche d’observation non intrusive. Mon intégration initiale aux groupes et la première phase d’observation se sont déroulées sans déclaration explicite de ma posture de chercheuse. Il s’agit là d’un choix méthodologique assumé, visant à ne pas influencer les interactions et générer un biais sur le terrain, compensé à posteriori par une transparence progressive. En l’absence de comité éthique institutionnel, j’ai consulté informellement au cours de la recherche des juristes et un interlocuteur à la CNIL afin d’éclairer mes choix méthodologiques. Ces échanges m’ont permis d’affiner l’équilibre entre plusieurs impératifs (la nécessité de pouvoir administrer une preuve des résultats présentés, la préservation de la vie privée des membres des groupes observés, et les contraintes liées à l’architecture de la plateforme ne facilitant pas la prise de contact direct via la messagerie) et m’ont conduite aux arbitrages suivants.

Une fois la phase d’observation clôturée, je me suis signalée en tant que chercheuse en prenant contact et sollicitant un entretien avec les administrateurs/modérateurs21, et en diffusant au sein de chaque espace un questionnaire Facebook, à l’aide de mon compte professionnel rendant visible mon identité et mon affiliation universitaire. Des entretiens semi-directifs menés au sein de chaque groupe ont également contribué à rendre ma posture de chercheuse plus explicite, tout en instaurant une forme de transparence à posteriori et en nourrissant l’observation de la parole des acteurs. Toutefois, c’est bel et bien lors de la restitution des résultats et la perspective de leur publication que les dilemmes éthiques se sont manifestés avec le plus de force. Qu’il s’agisse de groupes Facebook publics ou privés, ces espaces peuvent être considérés comme « publics » ou « semi-privés » selon la perspective adoptée. Néanmoins, on peut supposer que les contributeurs pouvaient s’attendre à ce que leurs propos demeurent restreints au sein du groupe22. Face à ce constat, les échanges collectifs observés ont été traités sous forme de captures d’écran systématiquement anonymisées, qu’il s’agisse des publications ou des commentaires. Les noms de chaque communauté ont également été modifiés et harmonisés. Outre le respect des personnes, cette décision vise à éviter un « coup de projecteur23 » risquant de perturber la dynamique au sein des fandoms, tout en conservant la possibilité d’administrer une preuve des résultats énoncés. La seconde précaution doit également servir à limiter la recontextualisation des publications et l’identification de leurs auteurs24, le contenu textuel étant indexé et « recherchable25  » dans chaque groupe. Si le risque de réidentification demeure résiduel, la perspective d’une publication des résultats m’a néanmoins conduite à repenser leur restitution et à envisager la réécriture des extraits textuels comme une forme d’anonymisation « renforcée », la fabrication des données s’inscrivant parmi les pratiques recommandées pour renforcer la protection des utilisateurs26. Cette option présente des limites certaines, mais peut permettre de diminuer encore davantage les risques tout en permettant de retranscrire et de se concentrer sur les dynamiques interactionnelles plutôt que sur les discours individuels.

Cette expérience met en évidence la dimension réflexive liée à l’éthique de la recherche. Celle-ci ne doit pas être envisagée comme une simple exigence de conformité : ici, elle résulte d’un processus progressif et réflexif, d’une construction pragmatique et située, façonnée par les réalités du terrain et nécessitant régulièrement des ajustements.

Pour une analyse socio-technique des fandoms

Comme le soulignent Josiane Jouët et Coralie Le Caroff, l’observation en ligne, quel que soit le cadre théorique dans lequel elle s’inscrit, ne peut « s’extraire de la prise en compte du dispositif étudié car ce dernier s’impose tant aux internautes qu’au chercheur lui-même27 ». Appréhender les groupes de fans sur Facebook via cette notion de dispositif permet donc d’analyser les conditions de possibilité des interactions. Michel Foucault souligne son caractère stratégique, son inscription dans « un jeu de pouvoir28 » et la façon dont il oriente les comportements. La manière dont se structure un fandom, son architecture et ses fonctionnalités agissent ainsi sur les usages en les délimitant, voire en les contraignant. Dans le cas de Facebook, l’étude de l’architecture de la plateforme tend à montrer qu’elle répond à une stratégie claire de la part des concepteurs et répond à des objectifs économiques. Coralie Le Caroff et Thomas Guignard expliquent que « tout sur la plateforme vise à maximiser le temps de présence et l’action de l’usager en optimisant son expérience29 ». Par ailleurs, les groupes sont également présentés par Facebook comme un outil marketing offrant aux entreprises la possibilité de créer des communautés au sein desquelles communiquer et favorisant la participation30. Néanmoins, les fandoms étudiés ici ont la particularité d’avoir été créés par et pour des fans de chaque série afin « d’échanger », de « partager en toute liberté » et de « discuter », comme cela est précisé dans leur description respective. Cependant, les modalités de participation varient d’un groupe à l’autre31 : l’analyse des dimensions techniques et sociales d’éléments structurant chaque fandom32 apporte alors un premier éclairage et permet de mettre en lumière les spécificités propres à chacun et susceptibles d’en influencer les dynamiques, ainsi que d’appréhender « le public et les usages anticipés33 ».

Analyser l’architecture du fandom et les outils de participation

Chaque internaute peut devenir membre d’un groupe en utilisant son profil personnel Facebook. Une fois membre, il a alors accès à l’ensemble des pages qui constituent le groupe et dont l’organisation par défaut peut être divisée en six zones (fig. 1).

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Fig. 1. Capture d’écran des différentes zones qui composent un groupe Facebook (28/01/2023).

Les zones (2), (3), (4) et (5) attestent d’une architecture pensée pour encourager la participation, l’échange et la discussion entre les membres. La zone (2) rassemble les différents onglets du groupe et le divise en plusieurs sous-espaces (tabl. 2), qui donnent des indications sur la manière dont chaque communauté est organisée et animée.

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Tabl. 2. Tableau des onglets disponibles sur chaque groupe Facebook (28/01/2023).

Les trois espaces étudiés disposent donc d’un onglet « Accueil de la communauté » (soit la page d’accueil du groupe), ainsi que de celui « Évènements » qui liste les évènements partagés au sein de chaque groupe : visionnages collectifs, rencontres en ligne ou physiques, soit autant d’éléments qui informent sur les logiques d’échange qui régissent ces espaces numériques. Un troisième onglet apparaît sur le Groupe The 100, le « Mentorat », proposant d’être mis en relation avec des membres experts de la série et disponibles pour répondre aux questions d’autres membres. Cet espace permet de générer automatiquement des discussions privées sur l’application Facebook Messenger entre un mentor et un mentoré, à l’initiative de ce dernier. Une telle fonctionnalité témoigne d’une circulation des savoirs et d’une « intelligence collective » au sein du groupe et que l’on retrouve fréquemment dans les fandoms34, tout en laissant présumer l’existence de structures hiérarchiques, ainsi que de conversations privées invisibles aux yeux du chercheur. Les zones (3) et (4) correspondent quant à elles aux différentes rubriques proposées par chaque groupe et renvoient chacune à des pages ou au fil de discussion (tabl. 3).

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Tabl. 3. Tableau des rubriques disponibles sur chaque groupe Facebook (28/01/2023).

Elles structurent la navigation au sein du fandom et constituent des dispositifs techniques susceptibles d’encourager la participation des membres, comme le suggèrent les titres « Discussion », « Questions », « Contenus multimédias » etc. Enfin, la cinquième zone (5) appelée « Sujets dans ce groupe » est un espace qui donne à voir les grandes thématiques du groupe. Certaines publications peuvent en effet être épinglées par l’administrateur à l’aide d’un hashtag, permettant de regrouper manuellement les publications traitant d’un même sujet.

L’analyse approfondie des outils de participation montre que dans le cas des groupes Facebook, le dispositif technique en encourage diverses formes. Tout d’abord, par la publication : une zone de texte est présente au début du fil de discussion et laisse apparaître un texte prédéfini, « Exprimez-vous… ». Les modes d’expression sont aussi variés, puisqu’il est possible d’y publier du contenu textuel mais également des images, des vidéos, des GIFS, des documents ou encore des liens vers des contenus d’autres sites ou réseaux sociaux. Sur les deux groupes privés néanmoins, les publications des membres doivent être autorisées par un administrateur ou un modérateur avant d’apparaître sur le fil d’acutalité, et donc respecter les règles énoncées dans chaque groupe, qui participent au cadrage des interactions.

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Fig. 2. Capture d’écran des fonctionnalités et des pages accessibles dans un groupe Facebook (28/01/2023).

Les boutons de réaction (fig. 2) constituent un autre mode d’expression. Cadrés par une certaine vision du monde incarnée dans des fonctionnalités techniques, ils s’inscrivent dans un modèle conversationnel tourné vers la spontanéité, l’immédiateté et l’émotionnel. Néanmoins, dans le cadre d’une recherche sur la façon dont des communautés virtuelles peuvent s’ériger en arènes publiques alternatives, il s’agit d’identifier les outils techniques qui favoriseraient le second modèle de conversation identifié par Michael Schudson35, au sein duquel celle-ci constitue « un moyen de prendre de bonnes décisions politiques ». Autrement dit, il s’agit alors d’évaluer si ces espaces permettent et accueillent effectivement des échanges et des débats caractérisés par le développement d’idées, l’argumentation et l’aptitude des participants à « décrire le monde et à imaginer son évolution36 ». Ici, le dispositif technique propose par défaut la fonctionnalité « Commenter » sous chaque publication. Les commentaires peuvent être textuels mais également prendre la forme d’images ou de GIFs et permettent la mention d’autres membres du groupe. Il est ensuite possible de réagir aux commentaires à l’aide des boutons de réaction, mais surtout d’y répondre, créant ainsi des fils de discussion sous chaque publication (fig. 3) : la mention de la personne à qui le commentaire-réponse s’adresse permet de la notifier et favorise ainsi une dynamique conversationnelle. Ces fils incarnent l’idée d’une discussion entre au moins deux personnes, et font de ces espaces des lieux a priori propices à la conversation, voire au débat.

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Fig. 3. Capture d’écran de la manière dont se matérialise un fil de discussion sous une publication Facebook (28/01/2023).

S’il est par défaut possible de commenter chaque publication, cette action peut tout de même être limitée par des actions de modération : administrateurs et modérateurs du groupe ont en effet à leur disposition des outils pour modérer, et donc cadrer les échanges.

Les apports de l’analyse du cadrage des interactions au sein des fandoms

La participation et la conversation au sein de chaque fandom sont cadrées, et ce de différentes manières. Si le groupe Facebook comme dispositif technique offre des options d’interaction diverses, l’analyse des trois espaces montre que leur cadrage varie d’un cas à l’autre. La modération s’incarne d’une part dans le recours à des fonctionnalités telles que la fermeture des commentaires sous certaines publications ou la possibilité de bannir pour une durée limitée ou définitivement certains membres identifiés comme perturbateurs. D’autre part, par l’existence d’une certaine idéologie ou « philosophie37 » propre à chaque groupe. Car en plus d’incarner les valeurs et la philosophie du groupe, la modération est également un élément central qui façonne le développement du partage et de la confrontation d’idées en ligne. Le rapport de TheGovLab sur les communautés virtuelles souligne l’importance du processus de modération dans l’organisation des groupes :

« Le temps, les efforts et l’énergie qu’ils [les modérateurs] investissent sont essentiels pour transformer de simples groupes en communautés. […] les membres de ces groupes s’impliquent précisément parce qu’il ne s’agit pas de chambres d’écho ou de bulles de filtres, mais d’espaces permettant des conversations et des réflexions intimes, et souvent profondes, sur un thème commun. Si ces conversations ne se transforment pas en guerres d’insultes, c’est que les leaders font un excellent travail38 ».

Différentes fonctionnalités techniques existent et permettent aux modérateurs de réguler et favoriser des échanges constructifs. Au sein des groupes Facebook, ces activités sont à la charge des administrateurs, qui peuvent nommer d’autres membres « modérateurs » afin de les suppléer. Dans le cas du Groupe The Handmaid’s Tale, la désignation de cinq modérateurs en plus de l’administratrice peut s’expliquer par la taille du groupe, mais on peut également faire l’hypothèse d’un lien avec avec le degré de politisation des contenus et discours en circulation dans le groupe. En effet, la série The Handmaid’s Tale aborde des thèmes qualifiés de « sensibles » dans la description du groupe, tels que la religion institutionnalisée, les droits des femmes à disposer de leur corps, les droits des minorités sexuelles, les violences sexistes et sexuelles, etc. Dans la presse, la série a également été associée à la question du droit à l’avortement, (re)mise à l’agenda ces dernières années. Ces sujets, clivants, sont susceptibles de donner naissance à des polémiques au sein du groupe et de nécessiter l’intervention de modérateurs.

Enfin, les membres membres des groupes peuvent également participer aux activités de modération en mentionnant les administrateurs/modérateurs sous les contenus qu’ils identifient comme problématiques et qu’ils souhaitent signaler. Mais, outre la possibilité de bannir les membres qui ne respectent pas les règles, de configurer des « alertes de modération39 » et de fermer les commentaires sous certaines publications, l’analyse du règlement du fandom ainsi que « les filtres de recrutement » de ses membres offre de précieuses indications quant à sa philosophie et permet d’anticiper le type de pratiques et d’échanges qui s’y jouent.

Les règlements du fandom

Le règlement de chaque fandom contribue à responsabiliser les membres et garantir la fluidité des échanges : il inclut des règles spécifiques à chaque plateforme, ainsi que des règles propres à chaque fandom décidées par les administrateurs. Celles-ci informent quant à la nature et aux objectifs de ces communautés, comme l’illustre l’analyse suivante.

Dans le cas du Groupe The 100, les règles énoncées explicitent le mode de fonctionnement du groupe et l’investissement attendu de la part de ses membres : le suivi de la diffusion américaine pour éviter les spoilers ou encore le suivi des actualités du groupe pour éviter les doublons. Dans le Groupe The Handmaid’s Tale, on observe des règles similaires relatives à l’investissement des membres, la gestion des doublons, des spams, des publicités, etc. Mais trois règles supplémentaires contribuent à situer différemment le groupe, puisqu’elles invitent explicitement les membres à la courtoisie et à la publication de contenus mesurés, dans le respect des autres membres : elles précisent que ni le racisme, l’homophobie, le sexisme, les insultes, les menaces, les jugements ou le harcèlement ne sont tolérés dans cet espace. Ces règles s’appliquent également aux messageries privées. En raison des thématiques abordées par la série, les règles anticipent et posent un cadre à la conversation autour de sujets pouvant « poser problème » ou « dégénérer » : la religion et la politique peuvent être discutées, mais sous certaines conditions qui garantissent le respect de tous et le bon déroulement des échanges (fig. 4).

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Fig. 4. Extraits du règlement du Groupe The Handmaid’s Tale (22/02/2023).

Ce règlement positionne le fandom comme un lieu d’échange et de discussion des opinions au sein d’un espace public, où accords comme désaccords peuvent voir le jour. Si une règle entend limiter les partis pris politiques, le règlement permet pourtant de faire l’hypothèse que cet espace numérique tend à s’ériger comme un lieu de débat public et politique : la série y sera discutée, ainsi que les différents faits sociaux liés aux problématiques qu’elle aborde.

Les « filtres de recrutement » des membres

Ces fandoms s’adressant aux fans des séries auxquels ils sont dédiés, l’enjeu de leur « recrutement » est enfin particulièrement pertinent à analyser. D’une part, le nom de chaque groupe et sa description, rédigée par son créateur, contribuent à cadrer ce recrutement : ils informent sur la vocation de chaque groupe et le public-cible – ici, des fans de chaque série. D’autre part, les deux groupes privés bénéficient d’un dispositif de recrutement plus avancé et imposent de répondre à un questionnaire d’adhésion. Cette fonctionnalité technique permet aux administrateurs une prise en main du recrutement : ils ont accès aux réponses et valident – ou non – manuellement l’adhésion des membres. Dans le cas du Groupe The 100, le questionnaire est très court et porte essentiellement sur le suivi de la série. On peut postuler sa vocation à préserver le groupe des spams et des trolls en vérifiant à la fois les connaissances de l’utilisateur et son implication dans le suivi de The 100, qui conditionne l’acceptation d’un membre. Dans le cas du Groupe The Handmaid’s Tale, les réponses au questionnaire ainsi que leur contenu sont déterminants pour rejoindre le fandom. Si deux questions portent sur les motivations des internautes et sur leur connaissance de la série, une troisième constitue un cadrage évident de l’orientation de la participation. Elle porte en effet sur d’éventuelles positions « anti-féministes/anti-avortement/anti-choix » et précise que ces thématiques sont souvent abordées dans le groupe et qu’aucune position « anti-avortement/anti-droit des femmes » ne sera acceptée. L’importance de ce cadrage est renforcée par la mention « Réponse OBLIGATOIRE ». Le règlement du groupe est également rappelé à la fin du questionnaire et doit être accepté en cochant la case dédiée. Dans ce groupe, le questionnaire est donc un outil de filtre utilisé par les modérateurs, de manière à préserver la communauté d’intérêt qu’est le fandom, tout en désignant celui-ci comme un espace de discussion politique. Il peut également être interprété comme la manifestation d’une volonté de l’administrateur de réunir des membres dont le positionnement politique demeure compatible avec un dialogue et une mise en discussion de ces questions.

« Bricolages » méthodologiques et posture scientifique au service d’une compréhension fine de la conversation

Si l’analyse préalable du dispositif socio-technique des groupes permet de mieux comprendre le cadre commun des interactions ainsi que les spécificités propres à chaque fandom, l’ethnographie en ligne constitue enfin une approche pertinente pour en saisir les dynamiques effectives, en permettant une immersion au sein des communautés numériques et une « compréhension affinées40 » de celles-ci. Mélanie Bourdaa distingue deux postures méthodologiques propres aux fan studies41. La première, que l’on retrouve dans les travaux pionniers de Camille Bacon-Smith, implique que le chercheur analyse les traces produites par les fans – des courriers de lecteurs aux publications au sein de forums – en adoptant une posture non-participante, depuis l’extérieur de la communauté qu’il étudie. La seconde, celle de « l’aca-fan » adoptée notamment par Henry Jenkins, consiste à étudier une communauté de fans depuis l’intérieur par le biais d’une observation participante. Une telle posture implique également un chercheur « qui travaille sur la communauté dont il est fan et qu’il a, de fait, par son statut de fan, déjà intégrée avant le début de sa recherche42 ». Si la première méthode donne lieu à des analyses « en surplomb » et distanciées, la seconde permet certes une immersion et une connaissance approfondie du fandom, mais soulève la question de la distance critique du chercheur vis-à-vis de la communauté qu’il étudie. Depuis 1990 et la première vague d’études sur les publics de fans, divers « bricolages » méthodologiques ont été proposés afin d’harmoniser la connaissance pointue des communautés étudiées offerte par l’observation participante, la légitimité conférée par la posture de l’aca-fan et la distance critique nécessaire à la production d’un savoir scientifique. La posture de « l’ethno-fan43 » développée par Mélanie Bourdaa permet de concilier ces éléments : elle renvoie « au travail de l’ethnographe, immergé dans une communauté qu’il observe, étudie, tout en conservant l’aspect spécialiste, voire expert, du fan et de la connaissance de ses pratiques sociales et médiatiques44 ». Cependant, cette posture semble elle aussi impliquer une observation participante et présupposer que le chercheur soit lui-même fan de son objet d’étude.

« L’ethno-fan », alternative pour une approche non participante mais compréhensive des fandoms

Les méthodes participantes ont l’avantage de permettre une immersion totale au sein des communautés, et d’en expérimenter les codes, les pratiques et les modalités d’interactions. Néanmoins, une ethnographie en ligne participante n’est pas toujours compatible avec la question de recherche. Dans le cas de cette recherche, une posture non-participante a été retenue, pour deux raisons. Tout d’abord, je travaille sur des séries que j’apprécie mais sans en être moi-même fan. Ainsi, intégrer une communauté et prétendre partager pour chaque série une passion comparable à celle des fans, simuler des discours semblables aux leurs dans le but de m’insérer et gagner en expertise ou légitimité reviendrait à tromper les autres membres, soulevant alors des problèmes éthiques. Ensuite, la participation aurait constitué un biais significatif : initier des débats ou y prendre part aurait eu pour effet d’en orienter la teneur, et revenant donc à agir sur le terrain et les résultats obtenus. Compte tenu des hypothèses et de la question de recherche, une négociation s’est révélée nécessaire : j’ai donc opté pour une posture en immersion au sein de ces groupes, mais non participante. Cette posture non-participative n’est d’ailleurs pas inintéressante, puisque partagée par un certain nombre de membres des groupes comme l’a révélé l’analyse de la participation, et plus généralement par une partie importante des utilisateurs de Facebook45.

Afin d’acquérir une expertise et une compréhension fine des codes, du vocabulaire et des dynamiques propres à chacun des trois fandoms sans y participer, j’ai donc mené une ethnographie en ligne organisée en plusieurs étapes. Dans un premier temps, j’ai rejoint une dizaine de groupes Facebook dédiés à ces séries. Pendant plus d’une année, je m’y suis immergée dans ces groupes de manière exploratoire – sans collecter de données – et me suis familiarisée avec les modes d’interaction, les sujets de discussion et le vocabulaire propre aux communautés de fans de chaque série. Puis, à partir du mois de mars 2021, je me suis concentrée sur les trois groupes Facebook du corpus. Jusqu’à janvier 2022, j’ai procédé à une observation quasi-quotidienne de ces groupes, prenant soin de lire les publications ainsi que les commentaires. La documentation d’un carnet de recherche a permis de consigner les premières observations et hypothèses, et d’établir des comparaisons d’un groupe à l’autre. Bien que non participante, une telle « lecture flottante46 » s’est révélée chronophage mais riche de précieux enseignements. Cette méthode permet la familiarisation avec des pratiques spécifiques, l’identification des principaux thèmes de conversation, et donne l’occasion de « faire connaissance [avec le terrain] en laissant venir à soi des impressions, des orientations47 », comme celle de la porosité variable des groupes aux sujets d’actualité.

Penser le recueil et l’archivage des traces numériques pour qui souhaite travailler sur des communautés virtuelles est également indispensable48. Dans le cas des groupes Facebook, il n’existe pas d’outil permettant l’extraction automatique des publications, ce qui implique un archivage manuel et rigoureux. Car ces espaces en ligne sont fluctuants et des commentaires, des publications ou le groupe lui-même peuvent être supprimés et disparaître à tout moment. L’archivage est une sécurité pour les chercheurs qui travaillent sur des espaces en ligne : indispensable, il doit être réalisé au fur et à mesure ou le plus rapidement possible, afin de conserver localement les traces numériques et permettre d’approfondir l’analyse ethnographique. Par ailleurs, l’ethnographie en ligne implique de se trouver confronté à un nombre conséquent de données. Au cours de l’observation, la sélection et l’archivage de certaines publications plutôt que d’autres induit une part d’arbitraire : en l’absence d’extraction systématique des publications, l’un des enjeux de l’enquête est d’identifier « les moments d’interactions ou les thèmes de discussion pertinents tout en prenant garde de ne pas conserver uniquement les échanges illustrant nos thèses afin de ne pas tomber dans une forme de “surinterprétation” »49.

Afin de contourner cet écueil et parce que le dispositif technique permet un classement des publications par ordre chronologique, il est apparu opportun de constituer un corpus de publications ainsi que leurs commentaires, collectés de façon systématique sur une période donnée et dont le nombre demeure raisonnable pour une analyse manuelle, quantitative et qualitative. Travaillant sur trois fandoms dédiés à trois séries différentes, le premier enjeu résidait dans l’identification de bornes temporelles communes et pertinentes, suffisamment récentes pour permettre l’accès au matériau (Facebook limitant techniquement la quantité d’anciennes publications accessibles50). La période du 11 mars au 30 avril 2020, marquée par le confinement et la pandémie du Covid-19 en France, a été retenue comme moment d’observation privilégié. Associée dans les médias et sur les réseaux sociaux à une « dystopie » et « une guerre sanitaire », elle offrait un contexte propice pour examiner d’éventuels parallèles établis par les fans entre l’incertitude et les craintes liées à la crise sanitaire et les thématiques abordées dans chacune des trois dystopies. D’abord collectés sous forme de captures d’écran, les publications et les commentaires ont ensuite été codés dans un tableau Excel afin de permettre leur analyse quantitative puis qualitative. Une telle méthode permet de produire une analyse plus rigoureuse et systématique, complémentaire de celle des éléments collectés lors de la première phrase d’observation, ainsi que la formulation des comparaisons quant aux modalités de participation et aux thématiques abordées dans chaque groupe.

Une telle approche est adaptée aux chercheurs qui étudient un objet sans en être eux-mêmes fans, tout en privilégiant une démarche compréhensive par immersion prolongée dans le fandom afin d’en saisir les codes et la culture. Dérivé de l’ethno-fan, ce positionnement peut être qualifié d’« ethno-parafan » : il désigne le mouvement d’aller vers une communauté sans en être membre, articulée à la volonté de conduire la recherche aux côtés des fans plutôt que sur eux. Parce qu’elle ne repose ni sur une ethnographie participante ni sur l’appartenance préalable au fandom, cette posture nécessite d’être complétée par le recueil de la parole des fans, afin de limiter le risque de surinterprétation, consolider les hypothèses issues de l’ethnographie en ligne et accéder à d’autres dimensions de la réception.

Inclure la parole des fans : recours aux outils de la sociologie de la réception

Si l’immersion au sein de ces communautés virtuelles constitue, du point du vue de l’anthropologie, une approche ethnographique des publics, il est aussi pertinent, voire nécessaire, d’enrichir cette démarche grâce à des outils et des méthodes empruntés à la sociologie de la réception tels que le questionnaire et l’entretien semi-directif. En recueillant les discours et les perceptions des individus51, les entretiens et les questionnaires ont eux aussi pour objectif d’éviter la « surinterprétation52 » des données collectées en ligne et d’approfondir la connaissance, dans un paradigme qualitatif, de l’ensemble de l’activité des individus interrogés53.

Dans le cadre de cette recherche, trois questionnaires – un pour chaque groupe – ont été conçus et diffusés à l’issue de la phase d’observation. Pendant un mois, ils ont permis de récolter des données concernant les caractéristiques sociologiques des membres, leurs goûts et pratiques de consommation des séries, leurs pratiques de fans, etc., offrant ainsi une compréhension qualitative plus fine des pratiques en ligne au sein de chaque fandom et de l’intérêt effectif que celui-ci peut représenter pour ses membres. Ils ont aussi été l’occasion d’élaborer une première comparaison entre une réception collectivement partagée au sein du groupe et une réception individualisée. Dix entretiens semi-directifs ont enfin été conduits avec des fans volontaires, permettant d’approfondir les précédents résultats. Toujours afin d’éviter une posture surplombante, mais sans me prétendre fan, j’ai choisi de me présenter comme chercheuse ayant visionné chaque série à de multiples reprises, en quête d’expertises sur les séries étudiées pour mieux comprendre les représentations dystopiques portées à l’écran et leurs réceptions possibles. J’ai également précisé m’intéresser aux pratiques de réceptions collectives et aux échanges au sein des groupes. Le début de chaque entretien et la conversation développée ensuite ont permis la création de ce qui s’approche d’un espace de « complicité54 », notamment grâce aux connaissances des pratiques et de la série acquises tout au long de la phase d’ethnographie en ligne. Ces entretiens visaient à appréhender qualitativement la réception individuelle des séries par les membres et le lien entretenu avec chaque communauté. Ils avaient également vocation à combler un écueil révélé par l’observation en ligne des fandoms : certains échanges peuvent migrer vers des canaux plus privés tels que Snapchat ou Messenger, que l’ethnographie ne peut saisir. Les entretiens sociologiques menés avec les membres volontaires des groupes Facebook ont donc aussi permis d’appréhender « les dimensions cachées des usages sociaux des espaces de communication virtuelle55 », et de vérifier l’existence et les modalités de sociabilités (en ligne ou hors ligne) parallèles ou complémentaires aux groupes observés, où se déroulent effectivement des échanges différents de ceux visibles dans les fandoms. Ces éléments combinés et explorés, permettent d’appréhender plus finement la nature des discussions au sein des fandoms et d’en saisir la dimension politique.

Les fans studies en contexte numérique : retour sur un positionnement méthodologique

La contribution présentée constitue une invitation à la discussion collective sur les méthodes d’enquête au sein de fandoms numériques. Elle repose sur trois apports principaux : une réflexion éthique située, une prise en compte des architectures socio-techniques, et la formulation d’une posture méthodologique adaptée aux terrains et à la question de recherche.
Les enjeux éthiques, d’abord, se sont imposés progressivement au fil du terrain et jusqu’à la restitution des résultats. Les dilemmes rencontrés ont conduit à l’élaboration d’une éthique réflexive et située, impliquant des ajustements à chaque étape de la recherche. L’enjeu central réside dans la construction d’une posture éthique adaptée à la question de recherche et à la réalité du terrain, capable d’articuler limitation des biais, exploitation scientifique des données, respect des communautés en ligne étudiées et prise en compte des risques de réidentification.
La question de recherche ainsi que la dimension comparative ont conduit à intégrer une analyse des architectures socio-techniques des espaces étudiés. Les groupes Facebook se caractérisent en effet par des structures techniques qui configurent les interactions, les statuts des membres, les dynamiques de participation et les modes d’appropriation d’un fandom. L’analyse de ces dispositifs apparaît dès lors comme une condition préalable à toute enquête, permettant d’éclairer les cadrages propres à chaque groupe et d’ancrer la démarche dans une compréhension située de chaque espace numérique.

Enfin, le chapitre propose une posture scientifique alternative à celle de l’ethno-fan, qualifiée d’« ethno-parafan ». Celle-ci permet d’enquêter auprès des fans, en développant une méthode adaptée et respectueuse combinant immersion prolongée, ethnographie en ligne non participante, analyse systématique des contenus et entretiens avec les fans. Elle permet d’enquêter sans participation directe, tout en maintenant une compréhension fine des codes et des dynamiques propres à chaque fandom. Le recours à une telle approche souligne que la participation du chercheur ne constitue pas une condition nécessaire à la production de connaissances rigoureuses, mais une option parmi d’autres, à ajuster en fonction du terrain et de la question de recherche.

En articulant exigences éthiques, contraintes méthodologiques et spécificités socio-techniques, cette proposition défend une conception située et pragmatique de l’enquête, fondée sur l’ajustement et le bricolage méthodologique. Elle se veut transférable à d’autres terrains numériques et vise à outiller l’analyse des dynamiques conversationnelles des fans et du rôle citoyen des fandoms en contexte numérique, en en proposant des conditions d’analyse.


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Notes

  1. Badouard, Romain, « Communautés en ligne et mesure de l’opinion », Communication, vol. 33, n° 2, 2015, en ligne.
  2. Ibid.
  3. Booth, Paul, Digital fandom: new media studies, New York, Peter Lang, 2010.
  4. Malet, Marine, Inquiétudes contemporaines et futurs menaçants dans les séries dystopiques : vers la création d’arènes publiques alternatives ? Analyse de la production, des représentations et de la réception, Thèse de doctorat, Université Paris-Panthéon-Assas, 2023.
  5. Rumpala, Yannick, Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2018, p. 91.
  6. Malet, Marine, « La dimension collective et sociale des séries dystopiques à l’épreuve du streaming. Enquête sur les pratiques de visionnage et les réceptions des séries dystopiques en contexte numérique », dans Bullich, Vincent, Schmitt, Laurie, dir., Les plateformes de vidéos à la demande en France. Au-delà de Netflix et Youtube, Éditions des archives contemporaines, 2025, pp. 399-416.
  7. Nærland, Torgeir Uberg, « From pleasure to politics: Five functions of watching TV-series for public connection », European Journal of Communication, vol. 35, n° 2, 2019, p. 96.
  8. Esquenazi, Jean-Pierre, « Quand un produit culturel industriel est-il une « œuvre politique » ? », Réseaux, vol. 167, n° 3, 2011, p. 200.
  9. Malet, Marine, op. cit., 2023, p. 440.
  10. Bourdaa, Mélanie, Les Fans. Publics actifs et engagés, Caen, C&F éditions, 2021.
  11. Ibid., p. 64.
  12. La Harry Potter Alliance est une association caritative fondée en 2005 par Andrew Slack et le groupe de rock Harry and the Potters, et gérée par des fans de la saga Harry Potter. L’association a mené un grand nombre d’actions et s’investit sur de nombreux sujets sociaux : par exemple, en 2017, la campagne « A world without Hermione » a été lancée afin d’aider l’accès à l’éducation à davantage de jeunes filles à travers le monde.
  13. Claisse, Frédéric, Delvenne, Pierre, « Building on anticipation: Dystopia as empowerment », Current Sociology, vol. 63, n° 2, 2015, p. 157.
  14. Guignard, Thomas, Le Caroff, Coralie, « Gouvernementalité et plateformes numériques : l’influence de Facebook sur la participation et les médias d’actualité », Études de communication, vol. 55, n° 2, 2020, p. 152.
  15. Fraser, Nancy, « 5. Repenser l’espace public : une contribution à la critique de la démocratie réellement existante », dans Renault, Emmanuel, dir., Où en est la théorie critique ?, La Découverte, 2003, p. 105.
  16. Booth, Paul, op. cit., 2010, p. 20.
  17. Hine, Christine, « L’ethnographie des communautés en ligne et des médias sociaux : modalités, diversité, potentialités », dans Millette, Mélanie, Millerand, Florence, Myles, David, Latzko-Toth, Guillaume, dir., Méthodes de recherche en contexte numérique. Une orientation qualitative, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2020, pp. 77-101
  18. Huang, Boyi, Cadwell, Patrick, Sasamoto, Ryoko, « Challenging Ethical Issues of Online Ethnography: Reflections from Researching in an Online Translator Community », The Translator, vol. 29, n° 2, 2023, pp. 157-174.
  19. Ibid., p. 159.
  20. Association of Internet Researchers. « Internet Research: Ethical Guidelines 3.0 », 2020, [https://aoir.org/reports/ethics3.pdf]
  21. Dans le cas d’un groupe, je n’ai pas obtenu de réponse ni des modérateurs, ni des administrateurs. Seul le questionnaire dont la diffusion a été autorisée par un modérateur m’a permis de déclarer mon statut de chercheuse.
  22. Ibid, p. 7.
  23. Latzko-Toth, Guillaume, Pastinelli, Madeleine, « Par-delà la dichotomie public/privé : la mise en visibilité des pratiques numériques et ses enjeux éthiques », tic&société, vol. 7, n° 2, [https://doi.org/10.4000/ticetsociete.1591]
  24. Béliard, Anne-Sophie, Le Caroff, Coralie, « L’archivage et l’observation de la participation en ligne à l’épreuve d’une approche ethnographique », dans Lécossais, Sarah, Quémener, Nelly, dir., En quête d’archives Bricolages méthodologiques en terrains médiatiques, Institut National de l’Audiovisuel (INA), 2018, p. 126.
  25. Selon Michel Marcoccia, cela signifie que « tout extrait de discours produit par un internaute et hébergé sur le web peut être retrouvé à partir d’une requête effectuée avec divers outils comme des moteurs de recherche ». Marcoccia, Michel, « Chapitre 5. Numérique, plurisémioticité et hypertextualité », dans Marcoccia, Michel, dir., Analyser la communication numérique écrite, Armand Colin, 2016, p. 91.
  26. Markham, Annette, « FABRICATION AS ETHICAL PRACTICE: Qualitative Inquiry in Ambiguous Internet Contexts », Information, Communication & Society, vol. 15, n° 3, 2012, pp. 334-53.
  27. Jouët, Josiane et Coralie Le Caroff, « Chapitre 7 – L’observation ethnographique en ligne », Barats, Christine (dir.), Manuel d’analyse du web en Sciences Humaines et Sociales, Armand Colin, 2013, p. 149.
  28. Foucault, Michel, Dits et écrits, volume III, Paris, Éditions Gallimard, 1994, p. 299.
  29. Guignard, Thomas, Le Caroff, Coralie, op. cit., 2020, p. 147.
  30. Meta BluePrint, « Premiers pas avec les groupes Facebook », Catalogue de cours, [https://fr-fr.facebook.com/business/learn/lessons/create-a-group]
  31. Ibid., pp. 398-403.
  32. Jouët, Josiane, Le Caroff, Coralie, op. cit., 2013, p. 150.
  33. Béliard, Anne-Sophie, Le Caroff, Coralie, op. cit., 2018, p. 127.
  34. Bourdaa, Mélanie, op. cit., 2021, pp. 34-35.
  35. Schudson, Michael, « Why conversation is not the soul of democracy », Critical Studies in Mass Communication, 1997, vo. 14, p. 300.
  36. Flichy, Patrice, « Internet et le débat démocratique », Réseaux, vol. 150, n° 4, 2008, p. 165.
  37. Akrich, Madeleine, Méadel, Cécile, « De l’interaction à l’engagement : les collectifs électroniques, nouveaux militants de la santé », Hermès, La revue, vol. 47, n° 2, 2007, p. 147.
  38. Noveck, Beth, Simone, Button, James, Gambrell, Dane, Paulson, Lex, Spada, Paolo, Subramanian, Lakshminarayanan, « Le pouvoir des communautés virtuelles », Rapport TheGovLab, 2021, p. 41. En ligne.
  39. Ces alertes sont des dispositifs proposés par Facebook destinés aux administrateurs et modérateurs de groupes : ceux-ci ont la possibilité de configurer trois types d’alerte : alerte mot-clef, alerte interactions et alerte conflits, [https://www.facebook.com/help/279588033089477]
  40. Ward, Katie J., « Cyber-Ethnography and the Emergence of the Virtually New Community », Journal of Information Technology, vol. 14, 2009, pp. 95-105.
  41. Bourdaa, Mélanie, op. cit., 2021, p. 56.
  42. Ibid., p. 57.
  43. Bourdaa, Mélanie, « La démarche “ethno-fan” : De l’importance de l’immersion du chercheur dans les communautés de fans dans l’étude du Transmedia Storytelling », in Lécossais, Sarah, et Nelly Quéméner (dirs.), En quête d’archives : bricolages méthodologiques en terrain médiatique, Institut National de l’Audiovisuel (INA), 2018, pp. 131-138.
  44. Bourdaa, Mélanie, op. cit., 2021, pp. 61-62.
  45. Bernstein, Michael S., Bakshy, Eytan, Burke, Moira, Karrer, Brian, « Quantifying the Invisible Audience in Social Networks », Proceedings of the SIGCHI Conference on Human Factors in Computing Systems, CHI ’13, New York, ACM, 2013, pp. 21-30.
  46. Bardin, Laurence, L’analyse de contenus, Paris, Presses universitaires de France, 2013, p. 126.
  47. Ibid., p. 126.
  48. Béliard, Anne-Sophie, Le Caroff, Coralie, op. cit., 2018, pp. 123-130.
  49. Ibid., 125.
  50. Malet, Marine, op. cit., 2023, p. 383.
  51. Roginsky, Sandrine, « Les terrains de recherche en ligne et hors-ligne : proposition pour une triangulation des méthodes », dans Millette, Mélanie, Millerand, Florence, Myles, David, Latzko-Toth, Guillaume dir., Méthodes de recherche en contexte numérique. Une orientation qualitative, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2020, pp. 119-136.
  52. Par ce concept, Jean-Pierre de Sardan englobe « l’ensemble des situations, pas si rares dans nos disciplines, où se conjuguent projection excessive de préconceptions et paresse méthodologique, ce qui engendre une violence faite aux données ou un déni de celles-ci ». De Sardan, Jean-Pierre. « La violence faite aux données. De quelques figures de la surinterprétation en anthropologie », Enquête, vol. 3, n° 2, 1996, p. 32.
  53. Ouakrat, Alan, Mésengeau, Julien, « Resocialiser les traces d’activités numériques : une proposition qualitative pour les SIC », Revue française des sciences de l’information et de la communication, vol. 8, n° 1, 2016. En ligne.
  54. Cardon, Dominique. « L’entretien compréhensif (Jean-Claude Kaufmann) », Réseaux, vol. 14, n° 79, 1996, p. 177.
  55. Jouët, Josiane, Le Caroff, Coralie, op. cit., 2013, p. 147.
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Chapitre de livre
EAN html : 9791030012651
ISBN html : 979-10-300-1265-1
ISBN pdf : 979-10-300-1266-8
ISSN : en cours
Volume : 1
Code CLIL : 3160; 3157;
Posté le 13/04/2026
25 p.
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Comment citer

Malet, Marine, « Interroger le rôle démocratique des fandoms numériques : conditions d’enquête et propositions méthodologiques. Le cas de la mise en conversation des séries dystopiques par les fans », in : Bourdaa, Mélanie, Breda, Hélène, Peyron, David, Breton, Justine, Escurignan, Julie, François, Sébastien, dir., Les fans en contextes numériques, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection Publics des médi@s 1, 2026, 97-122, [URL] https://una-editions.fr/interroger-le-role-democratique-des-fandoms-numeriques
Illustration de couverture • Création Louann Crémadès, 2025
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