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À la recherche du vivant dans le langage

La poésie est particulièrement apte à produire des « effets de vivant ». Dans les formes versifiées classiques, les jeux sur la métrique et les harmonies imitatives ont longtemps accompagné les représentations de la nature animée pour évoquer l’expérience sensible des rythmes et des sons.

Mais, dans notre hypothèse, les poètes qui écrivent près de la nature ajustent leur pratique aux phénomènes, ce qui crée de nouveaux isomorphismes avec la manifestation de surface et, plus en profondeur, avec la praxis énonciative.

Dans le cadre de cet article, nous montrerons que, dans le genre de la poésie, le vivant est un effet de sens textuel mais également un effet de sens phénoménologique. Après avoir présenté les analogies les plus fréquentes entre le poème, la nature et l’écriture poétique, nous proposerons une sémiotique de l’écriture poétique comme force énonciative dans ses interactions avec le monde naturel et le « corps » agissant des mots.

Pour soutenir cette réflexion, le corpus choisi est un ensemble de poèmes et d’essais du poète Jean Tortel qui a rendu compte de ces « effets de vivant » redoublés dans l’acte d’écrire. Il a ainsi pu affirmer que le poème est « une forme de vie supérieure » et que le langage est « l’être vivant lui-même ».

poésie ; forme de vie ; langage ; écriture ; vivant.

Poetry is particularly apt to produce “effects of the living.” In classical verse forms, plays on metrics and imitative harmonies have long accompanied representations of animated nature to evoke the sensory experience of rhythms and sounds.

But, in our hypothesis, poets who write close to nature adjust their practice to the phenomena, which creates new isomorphisms with surface manifestation and, more deeply, with enunciative praxis.
In the context of this article, we will show that, in the genre of poetry, the living is an effect of textual meaning but also an effect of phenomenological meaning. After presenting the most frequent analogies between the poem, nature and poetic writing, we will propose a semiotics of poetic writing as an enunciative force in its interactions with the natural world and the acting “body” of words.

To support this reflection, the chosen corpus is a set of poems and essays by the poet Jean Tortel who reported on these “effects of life” redoubled in the act of writing. He was thus able to assert that the poem is “a form of higher life” and that language is “the living being itself”.

Poetry; Form of life; language; writing; living.

Introduction

Aux XXe et XXIe siècles, les poètes rapprochent souvent le langage et la vie. En 1963, lors d’un colloque organisé par le groupe Tel Quel à Cerisy, autour du thème « Une littérature nouvelle ? », le poète et critique littéraire Jean Tortel, présent aux côtés de Michel Foucault, Philippe Sollers et Marcelin Pleynet a émis l’idée suivante : « J’ai l’impression – c’est très vague, je ne suis pas philosophe pour en parler – qu’on dit que le langage des sémanticiens, le langage des linguistes est un signe. Or, dans le poème, je n’ai plus du tout l’impression que le langage est un signe. J’ai l’impression que le langage est un corps. J’ai l’impression que le langage n’est plus le signe d’une réalité quelconque, mais qu’il est l’être vivant lui-même1 ». Dans cette assemblée textualiste, la diversité des problématiques abordées ne permet guère d’approfondir la question de cette corporéité mais, depuis, nombre de poètes ont développé ce ressenti dans leur œuvre. Dans un ouvrage paru en 2012, Ecopoetics. The langage of nature, the nature of langage, Scott Knickerbocker relève des parallèles établis entre le fonctionnement du langage poétique et des phénomènes du monde vivant dans les productions de quatre poètes anglo-saxons2. Dans les sciences du langage, le rapport du langage à la vie est un objet d’étude de longue date : La vie du langage, écrit par Carita Klippi, montre l’importance au XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle de ce qu’elle appelle le « naturalisme linguistique3 ». C’est toujours le cas en biosémiotique : pour exemple, l’ouvrage de Jesper Hoffmeyer, Biosemiotics. An examination into the signs of life and the life of signs, paru au Danemark en 2005 et traduit en anglais en 20084. En France, enfin, l’écosémiotique énonciative de Nicole Pignier propose en 2021 sa conception du rapport du sens au vivant dans l’article « Fondements d’une éco-sémiotique. Vie du sens, sens du vivant5 ? ».

Le thème du colloque, « Le vivant comme effet de sens » nous conduit donc à questionner le rapport entre le langage et le vivant, au-delà du sens courant qu’il pourrait avoir dans une consigne scolaire telle que : « votre langage sera vivant », c’est-à-dire imagé, varié, expressif, accrocheur et de partir avec Jean Tortel en quête du vivant dans le langage. Nous nous demanderons dans quelle mesure le langage peut présenter des caractéristiques propres à la vie et comment nous pouvons quitter le terrain des effets de sens textuels pour en faire « l’être vivant lui-même ».

De la vie des langues à la vie du langage

Dans ses cahiers, Jean Tortel observe la corporéité des mots. Les mots sont décrits comme les parties d’un corps, reliées, avec leurs « attaches » : « Les petits éléments grammaticaux non signifiants qui semblent jouer un rôle catalyseur sont des attaches (on dirait des bouts de ficelles), des tendons qui articulent l’organisme subitement structuré6 ». Dans Ratures des jours, un passage sur la figure nous la présente comme un ensemble de cellules :

La rhétorique est l’art de transformer un événement psycho-physique en matière verbale. Matière verbale ou l’organisme des figures qui sont des espèces de cellules ou, plutôt, organisation en figures de ces espèces de cellules qui sont ce qu’on appelle à présent morphèmes et phonèmes. Le mot « figure » est lui-même une métaphore, une organisation sémantique7.

Pour recontextualiser le propos de Tortel, il convient de faire un retour sur le naturalisme linguistique. Une conception organiciste des mots et des langues existe déjà au XIXe s.. Inspiré par la théorie de l’évolution de Charles Darwin, le linguiste allemand Schleicher dit en 1850 : « Comme les sciences naturelles, la linguistique se donne pour tâche l’exploration d’un domaine régi par des lois naturelles immuables que l’homme n’a pas le pouvoir d’infléchir selon son gré ou sa volonté8 ». Il précise en 1863 :

Les langues sont des organismes naturels qui, en dehors de toute volonté humaine et suivant les lois déterminées, naissent, croissent, se développent, vieillissent et meurent ; elles manifestent donc, elles aussi, cette série de phénomènes qu’on comprend habituellement sous le nom de vie9.

Les théories du langage ont mis en parallèle les variations au sein des lexiques et la diachronie des langues avec l’évolution du vivant. Nous trouvons des représentations par cycles, c’est le cas dans cette citation de Bopp en 1836 :

Les langues doivent être considérées comme des corps naturels organiques qui se forment selon des lois définies et, comportant un principe de vie interne, se développent puis peu à peu dépérissent ; dès lors, elles ne se comprennent plus elles-mêmes, et leurs membres ou formes, significatifs à l’origine mais devenus une masse extérieure, sont rejetés, mutilés ou employés à tort, c’est-à-dire utilisés à des fins auxquelles ils n’étaient pas adaptés de par leur origine10.

La linguistique évolutionniste du XIXe siècle reprend les concepts de « lutte pour l’existence » et de « sélection naturelle » utilisés par Darwin pour expliquer, notamment, la « survie » de racines lexicales et de certains sémantismes au détriment d’autres. Une « reproduction » des mots serait, dans cet ordre d’idée, attestée par les articles du dictionnaire. En 1872, les « similarités » sont mises en avant par Darwin lui-même qui estime que les langues peuvent être classées en groupes comme les végétaux et les animaux. Pour Sémir Badir, Stéphane Polis et François Provenzano, « l’extension du domaine d’application en linguistique des concepts développés par Darwin est maximale11 ». Ces conceptions ont reçu diverses critiques, rapportées par Carita Klippi. Parmi elles, la difficile distinction entre individu et espèce.

Un siècle plus tard, dans les années 70, la linguistique renoue avec la linguistique évolutionniste que Badir, Polis et Provenzano appellent désormais la « biolinguistique ». Les auteurs récapitulent son lexique : « la vie, l’organisme, l’espèce, ou le gène comme unité d’une part, ainsi que l’adaptation, l’hybridation, la variation ou l’extinction, comme phénomènes d’autre part12 ». Les problématiques traitées par les branches de cette discipline concernent l’ancrage biologique de la faculté de langage, l’évolution des capacités langagières humaines et l’évolution des changements linguistiques. Ils présentent les travaux de théoriciens majeurs. Nous retiendrons que Noam Chomsky distingue l’évolution et le changement historique ; il y a, selon lui, « évolution des organismes qui utilisent le langage » et « changement dans la manière dont ils le font […] ce qui se produit en permanence13 ». Pour Salikoko S. Mufwene, il y a analogie entre langue et espèce mais pas entre langue et organisme. Contre l’analogie, enfin, William Croft propose dans sa génétique textuelle, une « théorie généralisée » fondée sur l’homologie, qui postule des fonctionnements identiques. Nous relevons, pour notre part, qu’une biologisation du langage s’est récemment opérée en biosémiotique avec, notamment, les travaux de Seboek, puis Kull, Emmeche ou Hoffmeyer. Elle conforte l’existence d’un fonds commun qui réunirait l’ensemble du vivant tant sur le plan cellulaire qu’expressif. Les biosémioticiens expliquent que « toutes les créatures vivantes sont des systèmes sémiotiques14 ». En 2011, Edeline et Klinkenberg prennent position et suivent Hoffmeyer :

Quel est le seuil, dans l’évolution biologique, à partir duquel existe (ou peut exister) une sémiose ? En biologiste, Hoffmeyer (…) établit ce seuil au niveau de la cellule : au niveau infracellulaire il n’y a pas de vie mais seulement des réactions chimiques, ce qui revient à affirmer que la vie et les processus sémiotiques apparaissent simultanément, au niveau immédiatement supérieur. D’autres, adhérant à une conception « pansémiotique », descendent jusqu’au niveau minéral15. Jusqu’ici les deux approches, biologique et sémiotique, concordent donc pour identifier vie et sémiose, et ce à un niveau très élémentaire16

En 2017, Denis Bertrand et Bruno Canque décèlent une « énonciation » et une forme de « cognition » dès le niveau de la cellule et adoptent une posture non déterministe face à sa possible créativité : « une cellule peut s’adapter et réagir en fonction de son environnement ». Ce serait une forme de « pensée » non mentale capable de « singularisation, d’anticipation et même d’invention17 ». De même, la biosémiotique ne se cantonne plus dans le prédéterminé. Eugene Baer pense qu’il faut tenir compte de la créativité et de l’indétermination par lesquelles

il est impossible de réduire les humains à des construits théoriques abstraits ou à des machines complexes, à des textes biologiques ou des codages textuels pour des formes désirables. Au contraire, il faut ajouter l’expérience personnelle, des longues traditions de valeurs symboliques, et l’ouverture du sens comme sources dialogiques prévalentes18.

On le voit, un changement s’opère au sein des théories d’inspiration peircienne ou énonciativiste. Les transformations linguistiques ne sont plus exclusivement considérées comme des « adaptations », c’est-à-dire des processus déterminés par d’autres changements. La part d’inventivité et de créativité est prise en compte. Le point de vue de la science sur la vie rejoint désormais celui des poètes sur le langage.

Formes du vivant et formes du langage

Mais avant de voir en quoi le vivant et la créativité sont liés, notons que la poésie est un genre apte à produire des effets de vivant. En effet, depuis ses débuts, dans les formes versifiées classiques, jeux sur la métrique et harmonies imitatives accompagnent et renforcent les représentations de l’expérience sensible de la nature animée. C’est le cas, par exemple, en 1820, dans « Le lac » d’Alphonse de Lamartine qui en présente de nombreuses occurrences. La coupe régulière d’un tétramètre peut ainsi mimer le rythme du mouvement régulier des rames frappant la surface des flots, soutenue par une allitération en R qui évoque l’écho sonore du ressac :

Un soir, t’en souvient-il ? Nous voguions en silence ;On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadenceTes flots harmonieux19.

Les effets de vivant produits par le langage dépassent toutefois le cadre des correspondances sonores. Les homologies entre espace textuel et espace naturel ont ainsi été maintes fois mises en exergue. Le critique littéraire Jean-Pierre Richard a explicité le rapport entre page et paysage : « dans leurs dispositifs littéraux, leurs reliefs ou pentes d’écriture, les pages peuvent se contempler comme des paysages ; et les paysages à leur tour, à travers leurs configurations sensorielles, leur logique, leur ordre secret, se comprendre, se lire comme autant de pages »20. Nous trouvons chez Jean Tortel les deux mouvements : lire « le grand livre de la nature » en le déchargeant de tout symbolisme et discerner dans le poème les formes du vivant. Le poète Yves Bonnefoy s’est intéressé au jardin de Jean Tortel dans Relations : « Ce n’en est pas moins un vrai jardin, un jardin sensible, qu’on reconnaît ; mais plutôt qu’il n’enivre, n’exalte ou ne nourrit une mélancolie, à l’esprit avant tout soucieux de clarté, il offre des signes qui sont tantôt des questions, tantôt des fragments de réponses21 ». Chez Jean Tortel, en effet, le jardin est jardin de lecture. Alain Pailler décèle, dans les mouvements du vent, la « métaphorique d’une gestuelle scripturale22 » bien qu’il soit ensuite difficile au poète d’en rendre compte, si ce n’est par quelques isomorphismes visuels, à la manière du calligramme, comme il le déplore dans ce poème :

La tourmente est verdâtre.
Le crayon sauvage du vent
Rature l’espace, recouvre
Les plantes incertaines,
Texte déjà violet, jaune,
Proche de son éclat.
Imiter
Cela dans le rectangle homologue mais blanc
Est difficile. La distance
D’une limite à l’autre irréductible.
Les fleurs sont bizarres
Dans le vent gris.
Derrière la vitre
Tout espace est rectangulaire23.

Dans sa recherche en écopoétique, Pierre Schoentjes rapproche certaines écritures des différents règnes : « Le registre animal serait alors celui qui exploite le mouvement, le principe de la trace et de la traque », « le registre végétal celui qui privilégie une immortalité déployant des formes régulières comme celles du réseau ou du rhizome » ; la syntaxe et l’écriture, quant à elles, « se développent en vrille, pour donner forme à la spirale », le registre minéral est plutôt associé à la géométrie. Pour l’universitaire, « la découverte de ressemblances n’est pas quelque chose de fortuit ou d’anecdotique, mais (…) elle relève au contraire pour certains auteurs d’une démarche fondamentale par laquelle la littérature peut rejoindre le sensible24». Tortel est l’un des premiers poètes chez qui nous trouvons ces analogies de surface : réseaux, rhizomes de la signification, spirales de l’écriture ou « ronces » et « tombées » du sens. Tortel décrit ainsi la transformation de la sensibilité en figuration : pour atteindre l’état solide de la « figuration », la sensibilité doit être « fixée en des points d’inégale répartition, distribuée à partir de niveaux différents », « organisée en un système (…) constituant un réseau25 », « réseau de l’écriture aux caractères serrés comme un tamis »26. La phrase apparaît alors comme un réseau instable et fragile : « Alors je l’ai vue – un peu comme dans le jardin, apparaît le réseau végétal » 27. Au fil des années, la pratique conjointe de l’écriture poétique écosituée et du jardinage le conduit à opposer la racine au rhizome et à constater que le rhizome est plus évocateur de sa poésie et des significations multiples qu’elle génère :

Ça peut être une espèce de gemmation (comme est un peu ce qui s’écrit depuis que la phrase a été constatée), un engendrement verbal par rhizomes ou boutures, des excroissances, un gonflement du langage ou la dissémination des paroles issues d’un bulbe unique, comme font par exemple les glaïeuls28.

À l’exception d’un arbre foudroyé et des cyprès du jardin, l’arbre est peu représenté. Alain Pailler interprète cela comme un refus de logocentrisme29. Ce qui nous rappelle la poétique d’Édouard Glissant qui, s’inspirant de Gilles Deleuze, associe la racine au « Un », à la colonisation et au monolinguisme et le rhizome, « racine démultipliée, étendue en réseaux dans la terre et dans l’air » au scepticisme, à l’exil et au plurilinguisme. Selon lui, une poétique de la relation (et celle de Tortel, l’auteur de Relations en est une) naîtrait de la pensée du rhizome « selon laquelle toute identité s’étend dans un rapport à l’Autre30 ». Nous trouvons dans l’évolution de la poésie tortelienne une avancée vers cette pensée du rhizome.

Lorsque Jean Tortel découvre, sur la recommandation de son ami Francis Ponge, l’écriture novatrice mais difficile de Sollier dans Contre Terre, il établit une analogie entre le conflit interprétatif, le travail du lecteur qui se bat en quête du sens et le conflit entre l’homme et le végétal (pour la maîtrise du végétal dans son expansion anarchique), ci-dessous, plus précisément, un passage entre « les ronces » :

L’indomptable travail du peuple des ronces, des marais, des écorces, du fumier (…). Le lecteur qui n’a devant lui qu’un système d’organisation verbale avec lequel il n’a qu’à se battre pour y pénétrer, s’il le peut (mais les ronces, les toiles d’araignées, correspondent à cette nécessité), ce lecteur a l’impression que tous les pièges sont disposés contre lui. (…) nous sommes malhabiles à l’attention devant les choses, à cette patience nécessaire pour retrouver la faculté de discrimination31.

La perception de la durée, enfin, donne lieu à deux représentations : la spirale et les « tombées » de feuilles ou de neige. La spirale, que l’on trouve dans la nature parmi les formes du végétal sert aussi à évoquer les cycles et les saisons et, de façon générale, le déroulé des modes d’existence dans la nature comme dans l’art. Tortel en effet, prête une attention extrême aux transformations du vivant liées au passage des saisons et il établit une analogie entre la vie, perçue dans sa durée et ses transformations, et la temporalité du poème et de sa création. Un écrit résulte de diverses réécritures. La « tombée » est « notion qui suppose que l’écriture se recouvre d’elle-même (comme une neige), en même temps qu’elle s’encombre de ses déchets qui, dans une large mesure, l’ont inclinée quand, à la fin, on les élimine ou on les pèse32 » mais pour le poète il semble difficile de concevoir un livre définitivement achevé. Après avoir publié Le discours des yeux, il compose Feuilles, tombées d’un discours :

Comme l’état naturel de la ronce et du fraisier est de se prolonger en stolons indéfiniment fournis par la plante mère, de propager pour occuper l’espace, leurs touffes reliées et autonomes, épais et longs en forme de tapis, ou de buisson dont la circonférence est partout et le centre nulle part. Si la ronce, le fraisier ne font que s’engendrer, si chaque plant se produit (et donne son produit) en vertu d’un autre qui continue, il en est probablement de même pour le livre, chose interminable qui renaît sous les feuilles tombées, mais dont on ne lit que des fragments plus ou moins verts, ou noirs, solutions aléatoires au conflit entre l’autonomie et l’enchaînement33.

Tortel considère dès 1934 que « le poème est une forme de vie supérieure34 ». Sa conception du poème associe pratique, esthétique et éthique. Elle est celle d’un « jeu de langage » au sens wittgensteinien, qui « port[e] des valeurs et des principes directeurs35 ». En 2021, lors d’un entretien intitulé « Le poème comme forme de vie », Jean-Claude Pinson assigne également au poème un « ethos » et la traditionnelle poétique devient pour le critique littéraire une « éthopoïétique […] selon un mot avancé par Foucault à propos de l’usage « pratique » des textes fait par les stoïciens : non pas le commentaire mais l’exercice spirituel généré par le texte, son effet. Non pas l’ergon (l’œuvre), mais l’energeia, l’énergie transmise par le texte36 ». C’est dans cet aspect de l’acte poétique qu’il faut rechercher, pensons-nous, le « vivant » du langage selon Tortel.

Le « vivant » du langage

L’idée du « vivant » dans le langage s’est développée en phénoménologie autour de Merleau-Ponty pour qui l’œuvre d’art est possibilité d’une « expérience perceptive », une pratique qui crée de la « vérité » – ou des vérités car les significations peuvent différer selon l’expérience que l’on en a37. Mais, pour Émile Benvéniste, il s’agit de « vivre le langage » : « Vivre le langage, tout est là : dans le langage assumé et vécu comme expérience humaine, rien n‘a plus le même sens que dans la langue prise comme système formel et décrite du dehors »38. Pour le linguiste, qui est aussi un lecteur de Baudelaire, la créativité du langage, sa capacité d’innovation, se manifestent au plus haut degré dans la pratique poétique (dans celle du poète comme celle du lecteur). Jean-Claude Coquet s’est inspiré des linguistes de l’école de Prague, dont Benvéniste faisait partie, et des philosophes phénoménologues Merleau-Ponty et Paul Ricoeur39. Son travail le conduit à considérer que l’expérience humaine, quelle qu’elle soit, engage toujours à la fois la phusis et le logos car c’est une expérience corporelle et cognitive :

L’analyse de Ricœur suppose ainsi deux niveaux. À un premier niveau, dénommé métaphoriquement par Merleau-Ponty, « un premier sol », celui « dont on ne peut se passer », prend place le monde de la nature, une nature « vivante » (φύϭιϛ), un « monde fait de formes, de couleurs, de textures, de saveurs et d’odeurs », où s’effectuent les opérations sensibles, note Claude Lévi-Strauss, en somme les expériences. Le second niveau est celui de la traduction. Il accueille le « monde idéal ou culturel », pour citer une nouvelle fois Merleau-Ponty, un monde de transfert et de raison (λόγοϛ) (…). En accédant à ce niveau, le seul dont on puisse prétendre qu’il est linguistique, l’instance d’origine a des chances de satisfaire son « ambition » : avoir réussi à « porter au langage » et à « partager avec autrui » son expérience sensible, ce qui est le propre du discours40.

La conception du langage de ces théoriciens n’est pas sans conséquence sur le regard que nous devons porter sur ses normes et ses règles. Ainsi, le philosophe du langage Sylvain Auroux déclare : « Les règles de grammaire produisent un langage artificiel, que l’on peut ou non respecter. Mais cela n’empêche pas le langage d’évoluer »41. Selon lui, il y a « non-prédictabilité des changements linguistiques. Il n’y a aucune loi qui permette de prédire l’avenir d’une langue. » De plus, « toutes les grammaires que nous avons faites ont été dépassées, à un moment donné, par la réalité du langage vivant »42. Alors, si l’on suit Jean Tortel, comment dans cette relation instaurée entre le poète et le langage, ce dernier peut-il devenir « l’être vivant lui-même » ? Dans notre thèse, nous avons montré que le type esthésique du scripteur avait évolué. En lisant l’article « L’acte d’écrire » ou des poèmes et critiques de Jean Tortel, on constate qu’il donne d’abord une représentation agonistique de l’acte d’écrire, née d’une conception très occidentale, qui veut que l’écrivain cherche « l’être-même » des choses et que son écriture résulte d’un effort – et au milieu du XXe siècle, d’un effort ensuite répercuté sur le lecteur-interprète. La volonté d’innover y a également sa part. Dans un premier temps, l’écriture se place donc sous l’égide de l’opposition et de la résistance. Le vivant du langage résiderait alors dans une esthésie scripturale conflictuelle43. Au geste de l’inscription, s’oppose la matière verbale, d’où des mouvements de rétroaction, la présence d’un anti-sujet et des inversions sujet-objet d’où résultent marquages du corps verbal et du corps scripteur, lui aussi affecté. Installé aux Jardins-Neufs, l’écrivain choisit l’écophénoménologie et s’ouvre aux rythmes du vivant. La première caractéristique de cette écriture est alors l’actualisation44 du sensible et ses conséquences sur la posture de l’écrivain. L’attente, qui est possibilité d’ouverture au monde, fonde un style « accueillant » et l’ajustement aux phénomènes, à l’imprévisibilité des émergences, fonde un nouvel ethos : celui du non-savoir sur l’être et de la non-maîtrise de la Nature. Il s’agit donc, au sens mallarméen, de « jeter les dés », de « ne pas abolir le hasard », de se laisser traverser par les flux, afflux, influx du monde, dans leurs intermittences et de laisser œuvrer l’écriture au gré de cette « co-évolution ».

Dès lors, envisager une écriture qui cherche à renouer avec le vivant, c’est se poser la question du rythme, de l’accord des rythmes. De façon générale, une excellente définition, efficace quoique lapidaire, est proposée par Jacques Fontanille : « Le rythme, ce serait l’empreinte d’un isomorphisme en cours, révolu, ou (provisoirement ou définitivement) inaccessible, une empreinte en attente ou en nostalgie du sens.45» Bien que l’on comprenne qu’il s’agit ici d’un isomorphisme en cours, c’est toutefois un détour par la peinture traditionnelle chinoise qui peut nous permettre de saisir ce qui se passe dans la poésie écophénoménologique. Dans La grande image n’a pas de forme, le philosophe François Jullien explique qu’en Chine ancienne, l’art de peindre est une « opération d’actualisation et d’engendrement » par différenciation sur fond indifférencié par le pinceau, « canal qui transmet le rythme vital », du cœur du peintre par le bras, « à la rencontre de ces matérialités réactives que sont l’encre et le papier »46. Ce n’est pas la forme (la représentation) qui importe mais la transformation, le passage, l’« incessante transition47» qui s’effectue grâce à la complémentarité encre – pinceau qui agit à l’instar des « souffles – énergies que sont le yin et le yang48 ». Cet art repose sur la maîtrise du geste qui nécessite concentration et application et peut ainsi s’ajuster aux configurations. Ainsi, « tout engendrement du tracé, dans l’art de la peinture comme de l’écriture, relève d’abord de l’intégration d’un rythme vital, et non d’une capacité à représenter49». Il ne s’agit plus de « convertir » un rythme perçu dans un code culturel ou métrique mais, comme l’ont montré Véronica Estay Stange et Audrey Moutat, d’effectuer une « translation » par les gestes et la kinesthésie du corps médiateur50.

Nous voyons donc comment l’écriture devient captation d’énergies, au hasard des événements. Dire le vivant du langage, par l’écriture, c’est montrer que l’écriture rejoint le sensible et épouse le rythme du monde par un geste inlassable. Jean Tortel a évoqué à maintes reprises le renversement sur la page à l’instar du geste du jardinier lorsqu’il creuse la terre du jardin. Le poème est ainsi un lieu vivant, d’où naissent des significations souvent instables dans le tramé de ses mises en relations. Dans l’actualité de la pratique, on est donc avec ce « vivant-là » et, pour reprendre l’expression de Denis Bertrand et Bruno Canque dans leur communication au congrès de l’AFS, dans le fait de sens plus que dans l’effet de sens.


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Mérigonde Mireille, 2022, Écosémiotique d’un poète-jardinier ou comment renouer avec le vivant, thèse dirigée par Nicole Pignier et soutenue à l’université de Limoges, le 8 décembre 2022.

Merleau-Ponty Maurice, 1945, Phénoménologie de la perception, « La chose et le monde naturel », Paris, Tel Gallimard.

Pailler Alain, 1997, Courrier du Centre d’études poétiques, « Tortel aux Jardins-Neufs : figures d’un dés-astre », n° 197, p. 7.

Pignier Nicole, 2021, « Fondements d’une écosémiotique. Vie du sens, sens du vivant ? », Construire le sens, bâtir les sociétés. Itinéraires sémiotiques. Paris, Connaissances et savoirs.

Richard Jean-Pierre, 1984, Pages, paysages. Microlectures II, « Avant-propos », Paris, Éditions du Seuil, Collection poétique.

Schoentjes Pierre, 2015, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Marseille, Wildproject.

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Tortel Jean, 1985, Le trottoir de trèfle : chroniques, « Le risque et la certitude », Marseille, André Dimanche éditeur, Collection Ryôan-ji.

Tortel Jean, 1971, Limites du regard, poèmes, Paris, Gallimard.

Tortel Jean, 1994, Ratures des jours, « Les jardins », Marseille, André Dimanche éditeur, Collection Ryôan-ji.

Notes

  1. Foucault Michel, 2001, Dits et écrits, « Débat sur la poésie », Gallimard, Paris, tome 1, p. 418-434, citation de Jean Tortel, p. 419.
  2. Knickerbocker Scott, 2012, Ecopoetics. The langage of nature, the nature of langage, University of Massachussetts Press.
  3. Klippi Carita, 2010, La vie du langage. La linguistique dynamique en France de 1864 à 1916. Collection Langages, Lyon, ENS Éditions.
  4. Hoffmeyer Jesper, 2008, Biosemiotics. An examination into the signs of life and the life of signs, University of Scranton Press.
  5. Pignier Nicole, 2021, « Fondements d’une écosémiotique. Vie du sens, sens du vivant ? », Construire le sens, bâtir les sociétés. Itinéraires sémiotiques, Paris, Connaissances et savoirs.
  6. Tortel Jean, 1985, Le trottoir de trèfle : chroniques, « Le risque et la certitude », Ryôan-ji, p. 65.
  7. Tortel Jean, op. cit., p. 238.
  8. Schleicher August, La théorie de Darwin et la science du langage (1863), cité par Klippi Carita, op. cit., p. 93.
  9. Schleicher August, op. cit., cité par Klippi, op. cit., p. 92.
  10. Bopp Franz, cité par Klippi, op. cit., p. 93.
  11. Lttr13 (Badir Sémir, Polis Stéphane, Provenzano François), Le discours de la linguistique. Gestes et imaginaires du savoir. Chapitre 4 « Programme et imaginaires de la modélisation. Le cas de la biolinguistique », § 7, ENS éditions, p. 109-144, [URL] https://books.openedition.org/enseditions/57372
  12. Ibid., § 13.
  13. Ibid., § 19.
  14. Hoffmeyer Jesper, 2007, « Échafaudage sémiotique des systèmes vivants », dans Barbieri Marcel (éd), Introduction to biosemiotics. The new biological synthesis, Dordrecht Springer. Livre dédié à Thomas Sebeok (1920-2001), p. 149-166.
  15. John Deely a ouvert la controverse en 1991 dans l’article : « Semiotics and biosemiotics : are sign-science and life-science co-extensive ? », dans Biosemiotics (the semiotic web), p. 64. Á cette question, sa réponse est non. Il formule en fait une critique de A. Sebeok qui suggère que « a full understanding of the dynamics of semiosis » may « in the last analysis, turn out to be no less than the definition of life » (1968, 9). Deely estime qu’il omet l’objet de la physique, l’« inanimé » ou la « matière inorganique ». La pansémiotique serait une réponse. Pour lui, l’interprétant n’a pas besoin d’être un état psychique ou une idée. Il donne l’exemple d’un tel interprétant : une pierre géologique qui a utilisé un os dans sa formation.
  16. Edeline Francis, Klinkenberg Jean-Marie, 2011, Signata, 2 « Pourquoi y-a-t-il du sens plutôt que rien ? Abrégé de sémiogénétique », Liège, p. 281-313.
  17. Bertrand Denis, Canque Bruno, 2018, La sémiotique en interface, « Sémiotique et biologie », éditions Kimé, Paris, p. 597-608, citation p. 598, § 2.
  18. Baer Eugen, 1991, « Editing the text of a didease : semiotic and ethical aspects of therapeutic genetic engineering », Biosemiotics (the semiotic web), De Gruyter Mouton, p. 15-26.
  19. Lamartine Alphonse (de), 1963, Œuvres poétiques complètes, « Méditations poétiques. Le lac », Paris, La Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, p. 38.
  20. Richard Jean-Pierre, 1984, Pages, paysages. Microlectures II, « Avant-propos », Paris, Éditions du Seuil, Collection poétique, p. 8.
  21. Bonnefoy Yves, 1969, Nouvelle Revue Française, « Aux jardins de Tortel », n° 200, août 1969, p. 267. La citation fait référence à Jean Tortel, Relations, poésie, Paris, Gallimard, 1968.
  22. Pailler Alain, 1997, « Tortel aux Jardins-Neufs : figures d’un dés-astre », Courrier du Centre d’études poétiques, 197, p. 7.
  23. Tortel Jean, 1971, Limites du regard, poèmes, Paris, Gallimard, p. 113.
  24. Schoentjes Pierre, 2015, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Marseille, Wildproject, p. 129-132.
  25. Tortel Jean, 1985, Le trottoir de trèfle : chroniques, « L’acte d’écrire », Ryôan-ji, p. 38.
  26. Tortel Jean, Ibid, p. 39.
  27. TortelJean, Ratures des jours, op. cit., p. 297.
  28. Tortel Jean, Ibid, p. 300.
  29. Pailler Alain, op. cit., p. 42.
  30. Glissant Édouard, 1990, Poétique de la relation, Paris, Gallimard, NRF, p. 23.
  31. Tortel Jean, 1985, Le trottoir de trèfle, « Une poésie qui nomme », op. cit. Citations p. 24, 26 et 28. Article d’abord paru dans Cahiers du Sud, 299, 1er semestre 1950.
  32. Tortel Jean, 1984, Feuilles, tombées d’un discours, Ryoân-ji, p. 8.
  33. Tortel Jean, ibid, p. 11-12.
  34. Tortel Jean, 1934, Jalons, esthétique, Paris, Messein, Collection La Phalange, p. 92.
  35. Fontanille Jacques, 2015, Formes de vie, Presses universitaires de Liège, Collection Sigilla, p. 7.
  36. Pinson Jean-Claude, dans Esprit « Le poème comme forme de vie », esprit.presse.fr, juillet-août 2021.
  37. Merleau-Ponty Maurice, 1945, Phénoménologie de la perception, « La chose et le monde naturel », Paris, Tel Gallimard, voir par exemple, p. 383.
  38. Benvéniste Émile, note manuscrite, Bibliothèque Nationale de France, PAP, OR, 30, enveloppe 2, f° 241.
  39. Coquet Jean-Claude, 2007, Phusis et logos. Une phénoménologie du langage. Collection « La philosophie hors de soi », Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, p. 153.
  40. Coquet Jean-Claude, Ibid, p. 154-155.
  41. Sylvain Auroux, 2022, interview accordée au recueil Le langage, nature, structure, apprentissage. Éditions Sciences humaines, Auxerre, p. 163.
  42. Auroux Sylvain, Ibid, p. 163.
  43. Mérigonde Mireille, 2022, Écosémiotique d’un poète-jardinier ou comment renouer avec le vivant, deuxième partie, chapitre 3, p. 206-233. La méthodologie s’inspire du modèle de la prédation de René Thom et des types esthésiques de Jacques Fontanille et Claude Zilberberg.
  44. Gustave Guillaume, qui est l’initiateur de l’expression « effet de sens » en grammaire, aurait parlé d’« effectuation », à savoir le mouvement qui porte vers l’effet (de sens), qui l’actualise vers sa réalisation.
  45. Fontanille Jacques, 1998, « Décoratif, iconicité et écriture » dans Visio, n° spécial, Histoire de l’art et sémiotique, vol. 3/2, Québec, p. 37. L’exemple de l’auteur, pris chez Leroi-Gourhan, est celui d’un support sur lequel on a frappé il y a 3000 ans, durant une cérémonie avec chants et danses qui demeurent inconnus pour nous.
  46. Jullien François, 2003, La grande image n’a pas de forme, ou du non-objet par la peinture, Paris, Seuil, p. 283.
  47. Ibid, p. 284.
  48. Ibid, p. 290.
  49. Ibid, p. 295.
  50. Estay Stange Veronica, Moutat Audrey, 2022, « Translating the rhythm of emotions », dans Petrilli Susan, Ji Meng, Intersemiotic perspectives on rhythms. Translating across signs, bodies and values, Londres, Routledge, p. 63-79.
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EAN html : 9791030012279
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Volume : 36
ISSN : 2741-1818
Posté le 08/03/2026
11 p.
Code CLIL : 3155;
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Comment citer

Mérigonde, Mireille, « À la recherche du vivant dans le langage », in : Beyaert-Geslin, Anne, Forthoffer, Camille, dir., Le vivant comme effet de sens, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection PrimaLun@ 36, 2026, 137-148, [URL] https://una-editions.fr/a-la-recherche-du-vivant-dans-le-langage
Illustration de couverture • Lionel Cazaux, Vie(s), 2024 - illustration vectorielle.
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