Conclusion de la première partie

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À l’issue de cette première partie, il ressort donc que El Pasajero se caractérise par une hybridité formelle mais aussi thématique, certes caractéristique de la littérature de l’époque, mais qui prend tout son sens à l’aune de la grille de lecture proposée par l’auteur dans le paratexte. Le statut pasajero du texte figuéroen, perceptible dès le titre, justifie pleinement que cette œuvre s’abreuve de différents genres littéraires. De la même manière, la composition de El Pasajero repose indéniablement sur l’utilisation conjointe de multiples hypotextes conformément au modèle proposé par la Silva de varia lección ou par Jardín de flores curiosas dont Figueroa reprend non seulement certaines thématiques mais aussi certaines techniques d’écriture. Ce mode de construction dans lequel l’influence italienne se manifeste de façon particulièrement prégnante est, comme cela a été montré, pleinement assumé par l’auteur. Celui–ci multiplie les références intertextuelles aussi bien externes qu’internes afin de créer des productions littéraires nouvelles et originales conformément aux canons poétiques édictés dans le discours du personnage qui est sa figure de projection. En ce sens, El Pasajero joue amplement sur la porosité des frontières entre réel et fiction mais aussi au sein même de la fiction en mobilisant des sources et des genres très divers. Dans ce contexte, la production littéraire personnelle de l’auteur jour un rôle décisif. En effet, l’intertextualité restreinte et la pratique de l’auto – citation permettent de traiter la vie de l’auteur comme une matière de fiction. Dès lors, théorie et pratique littéraires se répondent mutuellement dans l’espace textuel figuéroen où il est parfois difficile de savoir si l’auteur Figueroa semble mettre en pratique les conseils formulés dans le discours théorique du Docteur ou si ce discours théorise sur des pratiques mises en œuvre dans El Pasajero. Quoi qu’il en soit, le texte exploite la porosité littéraire aussi bien dans les sources que dans les techniques d’écriture. El Pasajero est donc bel et bien un lieu de passage entre les genres et les œuvres. Mais il n’est pas que ça. En effet, les jeux intertextuels élaborés par Figueroa augurent également de l’évolution vers le roman que porte en germe le texte. Cette évolution se manifeste, on le verra, plus particulièrement dans le traitement qui est fait des personnages. Ceux-ci se voient conférer une histoire personnelle qui leur donne une épaisseur caractéristique du roman. Le texte figuéroen est donc pasajero du fait de l’exploitation de motifs littéraires et de sources variés. Au-delà de cette pratique généralisée de l’imitatio, le texte est aussi pasajero grâce à l’apport de techniques d’écriture innovantes et de matériaux littéraires nouveaux. Ces apports l’érigent, à leur tour, en un lieu de passage vers une conception Autre de la littérature.

Posté le 24/12/2020
EAN html : 9782353111220
ISBN html : 978-2-35311-122-0
Publié le 24/12/2020
ISBN livre papier : 978-2-35311-124-4
ISBN pdf : 978-2-35311-123-7
ISSN : 2741-1818
312 p.
Code CLIL : 4027
http://dx.doi.org/10.46608/primaluna3.9782353111220.6
licence CC by SA

Comment citer

Daguerre, Blandine, « Conclusion de la première partie », in : Daguerre, Blandine, Passage et écriture de l’entre-deux dans El Pasajero de Cristóbal Suárez de Figueroa, Pessac, PUPPA, collection PrimaLun@ 3, 2020, 95-96, [en ligne] https://una-editions.fr/conclusion-de-la-premiere-partie [consulté le 25 novembre 2020].

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