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Les signes énergétiques du vivant

La vie repose sur la transformation et l’utilisation de l’énergie, qu’elle soit captée par la photosynthèse ou obtenue par l’alimentation. L’humanité, en développant des infrastructures énergétiques, a modifié son environnement, soulevant aujourd’hui des enjeux éthiques majeurs liés à la transition écologique. Au-delà de son rôle biologique et anthropologique, l’énergie interroge la définition du vivant. Les machines, capables de capter et transformer l’énergie, peuvent-elles être considérées comme vivantes ? L’analyse sémiotique des concepts d’« énergie » et de « vivant » révèle une relation asymétrique : le vivant est défini par l’énergie, mais cette dernière dépasse les frontières du vivant. L’article explore comment l’énergie structure le vivant à travers un parcours narratif impliquant transformation et résistance. En mobilisant les pensées de Gaston Bachelard et Tim Ingold, il oppose une vision anthropocentrée de l’énergie à une approche plus ouverte, où le vivant se définit par sa capacité de transformation et d’interaction avec l’environnement. La modalisation énergétique apparaît alors comme un principe structurant, permettant de concevoir le vivant au-delà de la simple agentivité. Cette approche sémiotique de l’énergie ouvre une perspective nouvelle sur la définition du vivant : non plus une entité figée, mais un processus dynamique, ancré dans un réseau de relations et de transformations continues.

énergie ; vivant ; sémiotique ; transformation ; agentivité.

Life relies on the transformation and use of energy, whether through photosynthesis or food consumption. Humanity, by developing energy infrastructures, has altered its environment, raising major ethical concerns in the context of ecological transition. Beyond its biological and anthropological role, energy challenges our definition of life. Machines that capture and transform energy – are they also alive? A semiotic study of “energy” and “life” reveals an asymmetrical relationship: life is defined by energy, yet energy transcends the boundaries of the living. This article explores how energy structures the living through a narrative path involving transformation and resistance. Drawing from the ideas of Gaston Bachelard and Tim Ingold, it contrasts an anthropocentric view of energy with a broader perspective, where life is defined by its capacity for transformation and interaction with its environment. Energetic modalization emerges as a structuring principle, allowing life to be conceived beyond mere agency. This semiotic approach to energy opens new perspectives on the definition of life: no longer as a fixed entity but as a dynamic process embedded in a network of relationships and continuous transformations.

Energy; Living; Semiotics; Transformation; Agency.

Introduction 

La vie repose sur la transformation et l’utilisation de l’énergie. Chez la plante, l’énergie solaire est transformée par la photosynthèse qui devient un glucide essentiel à sa croissance et sa reproduction. La vie des animaux et des humains repose sur la chasse, la quête de nourriture pour un apport énergétique suffisant afin de se maintenir en vie et se reproduire. Sans soleil, sans nourriture les organismes vivants meurent, l’énergie les quitte. Notre objectif est de repenser la définition du vivant à travers une approche sémiotique de l’énergie, en la considérant non comme une simple force physique, mais comme un moteur de transformation et de relation, afin de proposer une éthique renouvelée du vivant adaptée aux enjeux de la transition écologique.

Seuls les êtres humains ont développé des infrastructures extérieures à leurs organismes pour transformer et utiliser l’énergie. Ils ont développé des solutions techniques apportant le confort et une certaine émancipation au rythme de la nature. Ce développement sans fin a provoqué la destruction progressive de l’environnement. La crise climatique a révélé la pollution émise par nos modes de production et de consommation. La question énergétique est au centre de la transition écologique car il y a des énergies qui détruisent, les énergies fossiles, et des énergies qui sauvent, les énergies renouvelables. À l’image d’un pharmakon, désignant à la fois le remède et le poison, l’énergie est nécessaire pour la vie mais elle la détériore aussi. Cette crise vient introduire une subtilité dans le lien entre vie et énergie qui n’existait pas auparavant. Une notion de moralité, de bien et de mal, est aujourd’hui associée à la nécessité de l’énergie. Bien que nécessaire, il faut choisir l’énergie utilisée pour ne pas être nocif pour l’environnement. En nous confrontant à la destruction de l’environnement et à l’image de notre fin, elle nous permet de dépasser la question : « qu’est-ce que vivre ? » et nous pose celle-ci : « comment je veux vivre ? »

Cela dit, l’énergie reste nécessaire à la vie mais est-elle un critère suffisant et exclusif pour définir le vivant ? Les humains ont aussi créé des machines, des robots pouvant utiliser et transformer l’énergie. Cela implique-t-il que ces machines sont en vie, elles aussi ? Certaines imitent les êtres humains dans leur apparence et leur interaction – ce sont les robots humanoïdes. D’autres, appelés gastrobots1, peuvent produire leur propre énergie à partir de l’ingestion de matière organique. L’utilisation et la transformation d’énergie n’est donc pas le seul privilège des êtres considérés comme vivants. C’est d’ailleurs la source de questionnements éthiques sur la considération des machines et la limite du progrès en la matière. Ces questions reposent sur un déplacement de ce que l’on considère comme vivant et sur ce qui peut être considéré comme une personne morale. On pourrait dire que ce qui est traversé par l’énergie, qu’il soit un organisme biologique ou mécanique, peut être considéré comme vivant.

Pour commencer, nous analysons le sémantisme des sèmes2 « énergie » et « vivant » afin de comprendre quelle relation sémantique les relie. Cette analyse confirme le lien entre « énergie » et « vivant » ainsi que l’abstraction plus grande d’« énergie » par rapport à « vivant ». En effet, les sèmes « énergie », « vie », « vivant » sont très fortement liés. Le sens qu’ils partagent est le sens usuel de l’énergie : « dynamisme physique qui permet d’agir ou de réagir »3. Les sèmes « vie » et « vivant » sont définis par ce dynamisme nécessaire à toute action. Comme dans l’expression « déborder de vie », on signifie que la personne est dynamique, animée par une grande énergie, ou encore lorsque l’on dit « quartier vivant » on évoque l’atmosphère active et excitée d’un lieu de vie.

Néanmoins, on remarque une relation asymétrique entre ces trois sèmes. « Vie » peut être défini comme « énergie, vigueur, dynamisme qui caractérise quelqu’un » et en biologie comme l’« ensemble des phénomènes énergétiques (assimilation, croissance, homéostasie, reproduction, etc.), évoluant de la naissance à la mort »4. On remarque la présence des sèmes « énergie » et « énergétiques » dans la définition de « vie ». De plus, « énergie » est un des synonymes de « vie » et « énergique » est un synonyme de « vivant ». On comprend que le sémantisme de « vie » et « vivant » dépend du sème « énergie ».

Or, la définition d’« énergie » ne repose pas sur les sèmes « vie » ou « vivant ». « Énergie » est plutôt défini par l’action comme on peut le voir dans les définitions suivantes : « principe d’action qui rend une personne apte à agir ou dont se trouve animée une chose pour agir sur la nature » ; « puissance d’agir de la divinité » ; « force de la volonté qui l’oriente vers l’action ». « Énergie » est sémantiquement liée à « agir », « action » ou à « force ». Il existe alors un rapport asymétrique entre « vie », « vivant » et « énergie », dans lequel « vie » et « vivant » renvoient à « énergie » et non l’inverse. Alors, on peut en déduire que le sème « énergie » participe à la définition de « vivant » mais le dépasse aussi.

L’énergie permet de s’intéresser au mécanisme le plus fondamental du vivant, sans pour autant lui être exclusif. Dans sa participation à faire de la vie une succession narrative : chasser, manger, dormir, puis de nouveau chasser, manger, dormir, avec peut-être la chance de se reproduire, et encore chasser, manger, dormir, l’énergie construit le phénomène de la vie et plus largement de l’action en général car sans elle rien ne se fait.

Dans une première partie, nous analysons le parcours narratif de l’énergie et son rôle fondamental dans la définition du vivant. Nous mettons en évidence comment l’énergie, en tant que force de transformation, s’inscrit dans un schéma actantiel impliquant un sujet transformateur et un objet transformé. Nous verrons également comment la résistance à cette transformation est un élément structurant du phénomène du vivant, en mobilisant la pensée de Gaston Bachelard (1948) et sa conception du conflit entre matière et volonté humaine.

Dans une seconde partie, nous élargissons cette réflexion en dépassant une définition anthropocentrée du vivant. Nous nous appuyons sur les travaux de Tim Ingold (2011) pour montrer que le vivant ne se limite pas à l’agentivité et à l’action intentionnelle, mais qu’il peut être défini par sa capacité de transformation et d’interaction avec l’environnement. Nous développons alors la modalisation induite par l’énergie, qui permet d’envisager le vivant comme un processus dynamique en constante évolution, plutôt que comme une entité figée.

Enfin, nous concluons en soulignant l’apport de cette approche sémiotique pour repenser la définition du vivant. Loin de se limiter à une essence biologique ou à une capacité d’action, le vivant se caractérise par son ancrage dans un réseau de relations et de transformations. Cette perspective permet d’envisager une nouvelle éthique du vivant et de l’énergie, essentielle dans le contexte contemporain de la transition écologique.

Le parcours narratif de l’énergie

« Résiste, prouve que tu existes » ou la transformation conflictuelle vivifiante

La définition de l’énergie est la suivante : « Principe d’action qui rend une personne apte à agir ou dont se trouve animée une chose pour agir sur la nature. »5. L’énergie permettrait de modifier, changer l’état des choses de la nature. Agir sur la nature, c’est par exemple, sculpter un morceau de marbre ou encore faire sourire son ami. Agir sur la nature, c’est avoir un impact sur les choses qui nous entourent, c’est changer l’état dans lequel elles se trouvent. L’énergie concerne une action de transformation. Nous pouvons le confirmer par ses synonymes. Par exemple, la force est définie comme « ce qui modifie l’état de mouvement ou de repos d’un corps »6. Appliquer une force sur un corps en mouvement cela peut changer sa trajectoire, accélérer ou ralentir sa course.

En effet, pour agir sur le monde, pour avoir de l’effet, pour être performatif, il faut avoir de l’énergie. C’est d’ailleurs ce que représente l’énergie en physique. L’énergie permet de quantifier la quantité de travail nécessaire, mesurée en joule ou en calorie, pour opérer un changement d’état. Par exemple, il faut un joule pour déplacer sur un mètre un objet d’un newton, ou encore, il faut une calorie pour chauffer d’un degré un gramme d’eau. L’énergie est une manière de quantifier une transformation.

L’énergie est caractérisée par un parcours narratif de la transformation, composé d’un actant-sujet ayant pour objectif de transformer un actant-objet. Elle permet l’action et le déploiement de la succession narrative avec la constitution des actants et de leur rôle. Le vivant se caractérise alors par le développement d’un parcours narratif.

Or si nous nous intéressons encore à la physique, plus particulièrement au principe d’action-réaction, formulé par Issac Newton en 1687, dans le premier volume de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, on voit que le sujet transformateur a son répondant. La troisième loi dit : « tout corps A exerçant une force sur un corps B subit une force d’intensité égale, mais de sens opposé, exercée par le corps B »7. La troisième loi de Newton vient enrichir notre compréhension du parcours narratif de l’énergie en décrivant plus précisément le rôle de l’objet transformé. Cet objet s’oppose, résiste, renvoie la force subie vers son émetteur. Ce caractère combatif se retrouve dans le champ sémantique des synonymes de l’énergie. La force est définie comme une « énergie musculaire qui permet à un être vivant de réagir face à d’autres êtres, d’agir sur son environnement »8. Réagir est à distinguer de l’agir. Réagir relève de la réaction, d’une réponse opposée à une autre action. L’énergie permet aussi de s’opposer comme on peut le voir dans les définitions des synonymes courage et volonté qui contiennent tous les deux la notion de lutter contre. Lutter contre un danger dans le cas du courage, et lutter contre l’adversité pour la volonté. De plus, on retrouve la notion de résistance dans le synonyme vigueur.

L’objet qui subit l’action de transformation du sujet, fait face, lutte contre, il réagit. Il est dans l’adversité, il se bat contre ce qui veut le faire changer. Si bien que nous ne sommes plus face à un parcours de la transformation d’un objet par un sujet, l’énergie implique plutôt une structure qui oppose un sujet et un anti-sujet. Il s’y oppose « pour maintenir la forme de vie qui est la sienne »9. L’énergie implique une structure polémique, impliquant un sujet et un anti-sujet, dont les programmes sont opposés. Le vivant serait donc cette rencontre conflictuelle entre le sujet qui transforme et celui qui résiste. C’est dans cette structure conflictuelle que l’effet du vivant se manifeste.

Relevant de l’action, il n’est pas étonnant de retrouver la dimension polémique dans le champ sémantique de l’énergie. Comme le disaient si bien Greimas et Courtés dans leur dictionnaire « l’activité humaine, conçue sous forme de confrontations, caractérise, dans une large mesure, l’imaginaire humain ». Que cela soit à l’égard d’un opposant animé ou inanimé, dans un discours sans programmes opposés, on retrouve bien souvent la trace d’un anti-sujet polémique.

La désobéissance projetée pour une agentivité nécessaire à la vie

Gaston Bachelard, dans La terre et les rêveries de la volonté, décrit le parcours narratif de la transformation et de la résistance de la matière. Selon lui :

s’il est vrai, comme nous en donnerons bien des preuves, que l’imagination de la résistance que nous attribuons aux choses donne la première coordination aux violences que notre volonté exerce contre les choses, il devient évident que c’est dans le travail excité si différemment par les matières dures et par les matières molles que nous prenons conscience de nos propres puissances dynamiques, de leurs variétés, de leurs contradictions10.

La résistance attribuée aux choses est considérée comme ce qui motive à les transformer. L’acte de transformation est décrit comme les « violences que notre volonté exerce contre ». Les violences sont les forces envoyées dans une direction par notre volonté, elles sont la cause motrice et finale des actions pour contraindre l’objet à faire ou à être quelque chose. Et pour illustrer ces violences, Bachelard parle du « travail », activité humaine de modification, de transformation, et de production des biens et des choses. C’est ce travail qui nous fait comprendre ce dont on est capable, qui nous montre l’énergie que nous avons. En bref, c’est la résistance des choses qui nous incite à les transformer, à les travailler. En d’autres termes, il nous faut penser la matière comme anti-sujet afin de saisir l’énergie qui nous habite.

D’ailleurs c’est ce que nous faisons quand nous personnifions certains objets. Nous donnons vie à des choses bien souvent car elles nous résistent, car elles ne font pas ce que nous leur demandons. Nous accordons à ces objets une volonté de nous résister. On peut dire de notre ordinateur qu’« il ne veut pas », qu’« il n’est pas content » ou qu’ « il a décidé de ne pas marcher ». C’est parce qu’il nous résiste que nous leur donnons la vie.

Plus loin, Bachelard spécifie l’excitation provoquée par la dureté : « le granit est un type de provocation, sa dureté fait offense, une offense qu’on ne vengera pas sans armes, sans outils, sans les moyens de la ruse humaine »11. La dureté est une « provocation », « une offense », dans le sens où elle remet en question la capacité transformatrice de celui qui la considère. C’est une attaque qui pousse l’attaqué à répondre, à surenchérir par les armes. On reconnait dans l’exemple de Bachelard, l’image du marbre qui ne peut être sculpté avec les mains mais avec un outil. Le marbre est lui aussi d’une dureté outrageuse. L’excitation provoquée par la dureté est une « vengeance », ou encore une « colère qui anime le travailleur contre la matière toujours rebelle, primitivement rebelle »12. Dans cette citation vient se donner plus clairement, une rébellion, une désobéissance de la dureté. S’instaure alors une hiérarchie entre l’homme et la matière, dans laquelle l’homme est supérieur, il est une autorité à laquelle la matière doit obéir et se soumettre. La dureté bafoue cette autorité et appelle à son renforcement. Même, la matière ne devient vivante que parce que l’homme doit en faire son adversaire, sinon elle reste une matière docile et soumise. Alors, le parcours narratif de la transformation, impliqué par l’énergie, est, dans la philosophie de Bachelard, une réponse à une désobéissance.

Dans cette pensée, le vivant est une projection que l’on pose sur n’importe quel actant pour se motiver, pour s’exciter. Cette projection affirme la volonté de l’actant le construisant comme anti-sujet, elle accorde une autonomie et un libre-arbitre, pourquoi pas une agentivité, à ce qui pourrait ne pas en avoir. En ce sens, tout peut devenir vivant s’il devient l’objet d’une transformation. L’effet du vivant est une manipulation cognitive, activant un vouloir-faire qui ouvre la possibilité de sentir son pouvoir-faire et son faire énergétique dans le travail. À l’instar de celui qui achète la voiture de sport non pas pour le moyen de transport rapide mais pour le prestige social, celui qui sculpte une statue ne le fait pas uniquement pour l’œuvre esthétique mais pour ressentir son énergie quasi-démiurgique. Dans ce cas, l’objet du programme n’est pas la fin mais le moyen de sentir son pouvoir, sa compétence, son énergie.

Ceci nous renvoie aux liens que modifient les modalités entre le sujet et un tiers, notamment celle du pouvoir, par lequel le tiers est, comme le dit Fontanille, « un adversaire »13. Le biais modal, dans notre cas, de la primauté du pouvoir, est culturellement établi imposant par conséquent une perspective narrative polémique composée d’adversaires. Il est possible de sortir de « la perspective de l’acte » comme Fontanille le suggère en prenant une perspective de l’affect14 défini par le vouloir et le devoir. Changer de composition modale pourrait nous offrir des inspirations pour repenser la participation de l’énergie dans le vivant.

À ces conclusions, nous ferons plusieurs remarques. D’abord, considérer la rencontre entre la matière et le travail, comme motivée par une provocation, tend à un certain égocentrisme mégalomane. Elle présuppose une relation de domination entre le travailleur et la matière qui n’est pas nécessaire et qui implique une hiérarchie d’autorité tout à fait critiquable. De plus, chez Bachelard, l’interaction est rendue possible car la matière est faite vivante par la projection d’une agentivité, comme si elle était nécessaire pour produire une interaction motivée. Est-il nécessaire de considérer le bois comme provocateur pour vouloir le façonner ? A-t-on besoin de penser la laine comme rebelle pour sentir notre énergie en la crochetant ? L’agentivité est souvent un critère utilisé pour définir le vivant mais c’est un critère excluant un grand nombre d’êtres et d’éléments de ce monde, même certains humains avec certains handicaps par exemple. Nous allons voir dans une seconde partie comment sortir de ces impasses posées par la philosophie de Bachelard et par la perspective de l’acte.

Découvrir le potentiel énergétique du vivant

Libérer le vivant de l’agentivité

Nous avons vu dans la partie précédente que l’agentivité jouait un grand rôle dans la possibilité d’agir sur l’environnement et donc, de percevoir et sentir l’énergie. Nous pensons que l’agentivité est ce qui maintient le vivant et l’énergie dans une structure conflictuelle. Il est possible de concevoir le vivant en dehors de cette agentivité. Pour ce faire, intéressons-nous à la pensée du vivant de Tim Ingold, exposée dans son livre Being Alive : Essays on Movement, Knowledge and Description, dans lequel il cherche à redonner toute son importance et toute sa vitalité à la matière. Pour lui, « donner vie aux choses ne consiste pas à leur ajouter un soupçon d’agentivité, mais à les réintégrer aux flux génératifs du monde des matériaux dans lequel elles sont nées et continuent de subsister »15 (notre traduction). Selon Ingold, le vivant ne se résume pas à avoir une agentivité. Être doué d’une conscience et d’un libre arbitre n’est pas nécessaire pour donner la vie. C’est une vision anthropocentrée, qui exclut du vivant ce qui n’est pas doté d’agentivité. La définition du vivant de Tim Ingold s’ancre dans une conception de l’environnement comme medium, comme espace de rencontres et d’interactions. Selon lui, le monde matériel est vivant grâce aux échanges et aux interactions qui l’habitent. Pour illustrer son propos, il propose de faire une expérience pendant la lecture de son chapitre : prendre une pierre mouillée et observer son changement d’état au fur et à mesure de la lecture. Le changement d’état est considéré comme une manifestation du vivant par l’interaction entre le media, l’atmosphère absorbante, et la pierre, l’élément déshumidifié. De ce point de vue, une pierre est vivante car elle existe dans un environnement dans lequel elle pourrait être changée par ses rencontres et ses relations. Les choses sont vivantes car elles existent dans un environnement qu’elles partagent avec d’autres et dans lesquels elles entrent en interaction. Pour Ingold, l’agentivité n’est qu’une des relations possibles du monde vivant.

L’animation n’est donc pas une propriété des personnes, projetée de manière imaginative sur les choses dont elles se perçoivent entourées. Il s’agit plutôt – et c’est là mon deuxième point – du potentiel de transformation dynamique du champ entier de relations […]. L’animation du monde de la vie, en bref, n’est pas le résultat d’une infusion d’esprit dans la substance, ou d’agentivité dans la matérialité, mais est plutôt ontologiquement antérieure à leur différenciation.16 (notre traduction)

Il nous semble que la première phrase de cette citation pourrait être interprétée comme une critique de la pensée imaginaire de Bachelard. Bien qu’Ingold critique ici la projection de « l’animation », qui est différente de l’agentivité, il critique le même mouvement de projection que nous avons critiqué précédemment. Il dit que l’animation est le « potentiel de transformation dynamique du champ entier de relations », c’est-à-dire, la possibilité de changement continuel, dans l’espace, des liens et des interactions entre les êtres. En d’autres termes, l’animation désigne toutes les variations possibles des relations entre les êtres. Il conclut en affirmant que l’animation n’est pas une projection d’agentivité sur les choses, c’est ce que nous dénoncions précédemment pour le vivant, et il ajoute que l’animation est, en fait, ce qui est préalable à toutes différenciations des êtres entre eux. En d’autres termes, c’est grâce à l’animation, c’est-à-dire à l’interaction des êtres, qu’il est possible de leur donner une forme et de les distinguer. Le vivant ne se manifeste plus seulement par un seul de type de relation entre l’homme et le monde, la relation conflictuelle et transformative mais il est plutôt le potentiel des transformations relationnelles entre les choses. Ces conclusions nous ramènent à nos remarques faites, dans la première partie, sur la narrativisation produite par l’énergie qui pourrait être ouverte vis-à-vis de la nature des interactions et par conséquent serait en accord avec la pensée du vivant d’Ingold.

Energeia ou dunamis : pour une énergie actualisante

Revenons à la définition de l’énergie. « Énergie » est défini, rappelons-le, comme « un principe d’action qui rend une personne apte à agir ou dont se trouve animée une chose pour agir sur la nature »17. L’énergie est d’abord décrite comme un « principe » qui est un terme polysémique. Le principe18 peut être l’origine, la source, la cause. Il peut être aussi la loi qui dirige et commande, ou encore être une généralité. Et finalement, il peut être aussi une norme, un précepte moral. En ce sens, l’énergie comme principe peut être première, située au départ d’un processus, comme elle peut donner forme, poser des contraintes et des limites, elle peut aussi être un point commun. Ensuite, l’énergie n’est pas juste un principe mais c’est un « principe d’action ». L’action est une activité d’un agent, c’est-à-dire d’un actant-sujet inséré dans un certain parcours narratif. Une action est un faire, c’est l’expression d’un pouvoir ayant un effet physique ou moral.

On peut comprendre que l’énergie soit à l’origine de l’action puisque nous disons « je n’ai pas beaucoup d’énergie » lorsque nous ne nous sentons pas capables de faire quelque chose. De ce fait, si l’énergie est à l’origine de l’action, elle est aussi une généralité de toutes les actions, un point commun nécessaire. Néanmoins, il est moins facile de concevoir l’énergie comme ce qui commande ou dirige l’action. En effet, diriger l’action, c’est donner une direction, des limites, en bref, c’est donner une forme. Cependant, l’énergie est si abstraite qu’il est difficile de lui donner ce pouvoir, on lui prête plus volontiers une apparence informe, libre, volatile et dispersée. On imagine plutôt les idées, les désirs, les besoins ou les devoirs, comme pouvant diriger l’action car ce sont des motifs avec des formes et des finalités.

Or, considéré l’énergie comme un principe d’action, dans le sens diriger l’action, peut nous rappeler la pensée aristotélicienne de l’energeia. Pour le comprendre, rappelons quelques éléments de sa pensée. Pour Aristote, l’energeia, l’état réalisé, s’oppose à la dunamis, état actualisé. L’energeia est « l’actuation d’une puissance »19, c’est la mise en acte d’une capacité.

De plus, dans la Métaphysique, Aristote ajoute que l’energeia est une forme et il considère la forme comme la substance première car elle est considérée comme antérieure à la matière et au composé des deux. Une statue grecque est à la fois une forme et de la matière. La matière, le marbre brut, pourrait devenir tout autre chose que cette statue qui est, elle, en puissance. La forme est la silhouette que l’on inscrit dans le marbre, elle est déterminée et simultanée à l’acte, elle est le réalisé. La statue grecque est le résultat de l’intervention de l’acte formateur sur la matière. En ce sens et de manière rudimentaire, la forme est la substance première. « De sorte, les traités métaphysiques présentent la forme comme le fondement de ce qui est »20. L’energeia est la forme de l’acte à l’origine de l’être. C’est ici que l’on retrouve la notion d’énergie comme principe directeur de l’action. L’énergie est la forme, elle est l’inscription d’une allure dans la matière.

Néanmoins, cette considération de l’énergie diffère de la définition des dictionnaires français de l’énergie qui la définissent comme ce qui « rend apte à agir »21. Être apte à sculpter le marbre n’est pas équivalent à être en train de le sculpter. C’est pour cela qu’Aristote distingue l’acte et la puissance pour penser le changement et le devenir. La définition française de l’énergie se rapproche davantage de la dunamis, la puissance considérée comme « principe du devenir »22, elle est la potentialité des choses à changer, à se transformer. Elle correspond à : « un mode d’existence pour un objet : un Hermès est en puissance dans le bois car il peut y être sculpté et la spéculation est en puissance dans le savant car ce dernier peut spéculer (6,1048a32) »23. Le bois a la possibilité de devenir une statue d’Hermès, la puissance du bois représente toutes les possibilités de forme qui peuvent le modifier. La spéculation est une action possible du savant qui, en tant que savant, a acquis la compétence de spéculer, mais qui ne le réalise pas. En ce sens, la dunamis et la définition française de l’énergie décrivent un phénomène similaire. L’énergie est un mode d’existence actualisé d’une forme ou d’un acte.

La modalisation énergétique ou la transformabilité vivante

Le potentiel de transformation relationnelle, exposé par Ingold, et le mode actualisé, impliqué par l’énergie, en tant que dunamis, peuvent se retrouver dans la modalisation. La modalisation n’énonce pas un procès réalisé mais affirme une incertitude quant à sa réalisation, le faire ou le ne-pas-faire est possible. Il y a une différence entre « je peux faire cette communication » et « je fais cette communication ». Le premier énoncé modalisé introduit, à la fois, une information sur la compétence du sujet énonciateur à faire l’action et une incertitude sur la réalisation de cette action, contrairement au second énoncé qui affirme sa réalisation. La modalisation ouvre des potentialités dans l’état des choses qui peuvent se transformer dans le temps. Ajoutons à cela que l’énergie est une modalisation du faire, elle est ce qui rend apte à agir. Elle donne un pouvoir-faire aux personnes et aux choses. Dans le schéma narratif, elle interviendrait à l’étape de la compétence en actualisant le procès. Elle correspond à une actualisation de l’action et non à sa réalisation effective.

Jacques Fontanille, dans « Le tournant modal en sémiotique », affirme qu’« avec la théorie des modalités, la seule transformabilité des états de choses suffit à l’appréhension de la signification »24. La signification ne se situe pas seulement dans la transformation effective mais elle se trouve aussi dans toutes les possibilités ouvertes par les modalités. Le simple fait que les choses puissent se transformer suffit à leur donner une orientation signifiante. Si la transformabilité fait sens elle peut constituer un effet du sens du vivant. La dimension modale de l’énergie nous permet de comprendre le vivant aussi comme un processus en cours offrant une variété de possibilités pas encore réalisées. Cette suspension du procès est la manifestation d’interactions complexes présente dans le faire et dans le devenir. Il n’y a plus nécessairement de sujet et d’anti-sujet pour mettre en place la structure conflictuelle de la transformation. La modalisation suffit pour rendre compte de « l’instabilité d’un état »25 ou autrement dit de sa possible transformation. Le vivant n’a pas besoin d’être un sujet ou un anti-sujet doté d’une agentivité ou d’une conscience. Par la dimension modale de l’énergie, l’effet du vivant est cette instabilité de l’état d’une chose, cet ancrage dans le flux infini de possibilités du devenir.

Conclusion

Grâce à notre analyse de l’énergie nous avons dégagé des éléments qui nous expliquent pourquoi le vivant peut être toujours représentatif d’un certain anthropocentrisme. En se concentrant sur l’énergie comme action, ses représentations et celle du vivant tendent vers une réduction autour d’un parcours conflictuel et polémique. La manifestation du vivant par l’agentivité impose une relation de domination entre l’homme et le monde. Néanmoins, en nous inspirant de la pensée du vivant de Ingold, nous avons pu redonner toute l’importance de la dimension modale de l’énergie dans la définition du vivant comme transformabilité. L’énergie est aussi une puissance, une potentialité qui peut ouvrir les champs dans la manière de considérer le vivant. Comme le disait Denis Bertrand, dans son exposé lors du congrès de l’AFS, c’est la combinaison de mode d’existence et de modalité, qu’il désigne comme la « puissance d’agir », qui garantit l’appartenance des êtres à un monde commun. Nous pensons partager ces conclusions en donnant toute sa valeur à l’analyse sémiotique de l’énergie. Cette vision permet de ne plus restreindre le vivant à des considérations sur la nature des choses mais de l’étendre à tout ce qui est inscrit dans un devenir des relations environnementales. De ce point de vue, protéger le vivant c’est conserver la possibilité de transformation des relations du monde.


Bibliographie

Association française de sémiotique, Le vivant comme effet de sens : Appel à communication. Congrès de l’Association française de sémiotique, Université Bordeaux Montaigne, 28-30 août 2024.

Bachelard Gaston, 1948, La terre et les rêveries de la volonté, Paris, Librairie José Corti ; version numérique réalisée par Daniel Boulagnon, [URL] https://gastonbachelard.org/wp-content/uploads/2015/07/terre_et_reverie_volonte.pdf (consulté le 12/07/2024)

Courtés Joseph, Greimas Algirdas Julien, 1993 [1979], Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette.

« Énergie », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, [URL] https://cnrtl.fr/definition/energie (consulté le 12/07/2024)

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Notes

  1. « Gastrobot » Wikipedia, The Free Encyclopedia, Wikimedia Foundation, https://en.wikipedia.org/wiki/Gastrobot. Consulté le 04/01/2025.
  2. Toutes les définitions et les informations collectées dans cette partie sont tirées du Centre National de Recherches Textuels et Lexicales (CNRTL).
  3. « Énergie » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/énergie. Consulté le 12/07/2024.
  4. « Vie » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/vie. Consulté le 12/07/2024.
  5. « Énergie » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/énergie. Consulté le 12/07/2024.
  6. « Force » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/force. Consulté le 12/07/2024.
  7. « Lois du mouvement de Newton » Wikipedia, The Free Encyclopedia, Wikimedia Foundation, [Dernière modification le (ajouter la date si nécessaire)], https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_du_mouvement_de_Newton. Consulté le 12/07/2024.
  8. Op.cit. « Force » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
  9. « Volonté » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/volonté Consulté le 12/07/2024.
  10. Bachelard Gaston, 1948, La terre et les rêveries de la volonté, Paris : Librairie José Corti, version numérique réalisée par Daniel Boulagnon, p.25
  11. Ibid., p.28
  12. Ibid., p.27
  13. Fontanille Jacques, 2016, Sémiotique du discours, Limoges, Pulim, p.180
  14. Ibid., p.185
  15. Ingold Tim, 2011, Being Alive : Essays on Movement, Knowledge and Description, “Bringing things to life, then, is a matter not of adding to them a sprinkling of agency but of restoring them to the generative fluxes of the world of materials in which they came into being and continue to subsist”, p.29
  16. Ibid., « Animacy, then is not a property of persons, imaginatively projected onto the things with which they perceive themselves to be surrounded. Rather – and this is my second point – it is the dynamic transformative potential of the entier field of relations within which beings of all kinds, more or less person-like or thing-like, continually and reciprocally bring one another into existence. The animacy of the lifeworld, in short, is not the result of an infusion of spirit into substance, or of agency into materiality, but is rather ontologically prior to their differentiation. », p.68
  17. Op. cit., « Énergie » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
  18. « Principe » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, CNRTL, https://cnrtl.fr/definition/principe. Consulté le 12/07/2024.
  19. Voss Josef, 1974, « Aristote et la théorie énergétique du langage de Wilhelm von Humboldt », Revue Philosophique de Louvain, Quatrième série, tome 72, n°15, p. 497
  20. Jaulin Annick, 2015, « L’acte (energeia) comme fondement chez Aristote », Philosophie, vol. 127, no. 4, p.17
  21. Op. cit., « Énergie. » Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
  22. Loranger Simon, 2009, Le statut ontologique de la dunamis chez Aristote, Mémoire de maîtrise, Université de Montréal. Papyrus, https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/3618. p.6
  23. Ibid., p.7
  24. Fontanille Jacques, 1995, « Le tournant modal en sémiotique », Organon. Revista de Instituto de Letras da UFRGS, Universidade Federal do Rio Grande do Sul, n° 23, pp. 177-193. p.181
  25. Ibid., p.181
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Chapitre de livre
EAN html : 9791030012279
ISBN html : 979-10-300-1227-9
ISBN pdf : 979-10-300-1228-6
Volume : 36
ISSN : 2741-1818
Posté le 08/03/2026
11 p.
Code CLIL : 3155;
licence CC by SA

Comment citer

Damerose, Ylan, « Les signes énergétiques du vivant », in : Beyaert-Geslin, Anne, Forthoffer, Camille, dir., Le vivant comme effet de sens, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection PrimaLun@ 36, 2026, 315-326, [URL] https://una-editions.fr/les-signes-energetiques-du-vivant
Illustration de couverture • Lionel Cazaux, Vie(s), 2024 - illustration vectorielle.
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