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Introduction.
Approches interdisciplinaires et internationales des sports de combat et les arts martiaux : techniques du corps, enseignements et des expériences du quotidien aux Jeux Olympiques et Paralympiques

Cet ouvrage se propose de rendre compte du colloque sur les arts martiaux et les sports de combat appelé JORRESCAM1 qui s’est tenu dans la capitale girondine du 28 au 30 juin 2023 grâce au soutien de l’Université de Bordeaux, de l’Université Bordeaux Montaigne, de l’UFSTAPS ainsi que du Laboratoire Cultures, Éducations et Sociétés (LACES, UR-7437), de l’UMR PASSAGES (5319 du CNRS) et de la Région Nouvelle-Aquitaine. Seule, cependant, une vision partielle de ces journées peut être évoquée ici. En effet, elles se présentent, dès leur origine, comme une réunion multipartite où les communications scientifiques et de vulgarisation jouxtent des ateliers de natures diverses étoffés par des discussions formelles et informelles, le tout scandé de moments conviviaux, et qu’il est donc impossible de retranscrire dans leur intégralité. Il s’agit de faire converser entre eux les acteurs du monde professionnel et amateur avec ceux issus de la sphère académique afin d’impulser ou renforcer les collaborations entre universitaires, praticiens, collectivités locales, voire avec le milieu marchand et industriel. Les fédérations, les clubs, quelques fois des entreprises, sont traditionnellement sollicités pour intervenir lors de ces JORRESCAM car le monde de l’université doit aussi être à l’écoute des demandes et des propositions souvent plus proches du terrain. Ce colloque fut donc une opportunité pour activer ces échanges en s’inscrivant dans la démarche française et européenne, aujourd’hui répandue, des « Science avec et Pour la Société » (SAPS). En région bordelaise, les partenariats avec le Dojo Béglais et le SAM (Sport Athlétique Mérignacais) ont permis d’offrir respectivement une pratique de judo et de savate aux participants. Ils ont aussi participé à l’organisation de rencontres et débats, notamment avec l’atelier proposé par le premier et le partenariat du Comité Départemental de Judo de la Gironde, sur le développement sportif, social et territorial d’un club de sports de combat.

Or, si cette diversité constitue une richesse, non seulement il est difficile de réunir l’ensemble de ces acteurs, mais le champ des sports de combat et des arts martiaux2 la renforce car il est lui-même déjà passablement étendu. Aussi, bien que les directeurs de cette publication ont tenu à maintenir cette orientation, il n’en demeure pas moins que deux thématiques principales ont été retenues afin d’offrir une certaine unité à cette publication : d’une part, celle des techniques du corps (TC) et, d’autre part, celle de la pratique des sports de combat et arts martiaux qu’elle se réalise dans la vie quotidienne ou à l’épreuve des Jeux olympiques et paralympiques (Body Technics, Martial Arts and Combat Sports, From everyday life to the Olympics and Paralympics Games ; Técnicas Corporales, Artes Marciales Y Deportes de Combate: De lo cotidiano a los Juegos Olímpicos y Paralímpicos). Ainsi, cette double thématique a permis d’évoquer à la fois les habitudes corporelles dans les sports d’élite, mais aussi dans des pratiques physiques moins intenses qu’elles soient incarnées dans une production autoorganisée ou dans des institutions sociales diverses par leur réalisation pratique, virtuelle ou médiatique. Bien évidemment, tout croisement thématique était possible, donnant d’ailleurs lieu à la deuxième partie de ce livre centrée sur l’apprentissage et l’enseignement. La dernière partie, quant à elle, évoque peu la notion de TC du fait même de la diversité des thématiques retenues pour ce colloque bordelais.

Ainsi, la majorité des communications a souvent répondu à des choix plus spécialisés. Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour expliquer cette orientation. Une première réside sans doute dans un relatif éloignement, voire un sentiment d’incompréhension de la part des différents secteurs impliqués, notamment dans les façons propres à chacun d’exposer son propos. Cet ouvrage a donc insisté sur la nécessité de clarifier l’utilisation des arguments, les hypothèses de travail, les théories, les méthodologies et les expériences personnelles. Mais, au-delà, il est l’occasion de rappeler que, si le monde académique peut sans doute se retrouver préférentiellement dans des expérimentations définies selon des protocoles traditionnels, il doit pouvoir aussi engager et accepter des résultats ou des projets de recherche issus d’approches moins classiques tels que les démarches cliniques, empiriques ou même pragmatiques. À l’inverse, le monde professionnel ou celui de la recherche indépendante doit aussi pouvoir s’inscrire dans la rigueur d’une démarche de type académique, au moins pour la production écrite.

Une deuxième raison tient sans doute au développement important de ce secteur ces dernières années, tant du point de vue de la recherche que de l’innovation. Alors qu’historiquement le champ des sciences du sport en France (STAPS), pluridisciplinaire dès son origine, est celui qui a porté très majoritairement ces journées, la recherche s’est tellement spécialisée que les travaux sont dorénavant issus de différents champs scientifiques. Cette évolution déjà constatée antérieurement se confirme dans la production bordelaise. Les sciences biologiques et biomécaniques ainsi que les sciences sociales et humaines se sont profondément développées au point que les connaissances ont atteint un tel niveau qu’il est parfois difficile de vouloir faire avancer de manière conjointe cette diversité scientifique avec la polyvalence des savoirs utiles à la société civile et inversement. Sans aucun doute, cet éclatement des champs scientifiques apporte une richesse dans les approches permettant d’ouvrir à des collaborations multiples, mais force est de constater qu’à part quelques travaux dans le domaine des sciences sociales et humaines, souvent menés à travers une vision épistémologique, établir des ponts entre ces secteurs est une tâche toujours délicate.

Conscients de ces difficultés, les directeurs de cette publication ont choisi la thématique des TC afin de pouvoir sinon impulser cette ambition transdisciplinaire, du moins rappeler qu’elle restait la préoccupation première de ces journées, même si quelques publications sollicitent moins ou pas du tout cette notion. Ainsi, le champ des sports de combat et des arts martiaux a de ceci en commun entre les différentes disciplines le constituant que, bien souvent, ces TC reposent sur des caractéristiques assez proches pouvant permettre des analyses comparatives malgré des finalités parfois un peu éloignées (production de formes telles que les katas et compétition par exemple). Que ce soit dans le domaine de la santé, du loisir ou de l’inclusion sociétale, les TC sont souvent déterminées par des buts de tâche précis (frapper certaines parties du corps, renverser, immobiliser, étrangler…) définis par des règles spécifiques propres à chaque activité. En quoi, d’un point de vue biomécanique, physiologique ou même sociétale, un tsuki diffère-t-il d’un coup de poing direct en boxe et pour quelles raisons3 ?

Les quinze textes publiés dans cet ouvrage sous les auspices des Presses Universitaires de Bordeaux (PUB) et sur la plateforme UN@ remplissent un double défi. D’une part, ils paraissent dans la langue choisie par leurs auteurs puisque le pari d’une conférence trilingue a été tenu tout au long des communications et des tables-rondes, répondant ainsi à la diversité des personnes provenant de douze nationalités différentes. D’autre part, fidèle à la tradition des JORRESCAM, les productions respectent la diversité des thématiques et des approches. De la bio-mécanique à l’histoire en passant par l’épistémologie, la pédagogie et l’intervention, de pures productions académiques jouxtent des textes plus novateurs dans les démarches sans jamais remettre en cause, ni la rigueur des démonstrations, ni la richesse des idées ou l’ingéniosité d’une expérimentation. Les doubles évaluations en aveugle de la part d’experts indépendants en sont le garant. Coordonnées par les deux directeurs d’édition, l’ouvrage se veut donc une ouverture vers des cultures scientifiques diversifiées que les résumés en trois langues permettent d’appréhender néanmoins.

Finalement, la thématique des TC propose une certaine homogénéité d’analyse que ce soit dans le sport de la vie quotidienne, dans le sport de haut-niveau ou les Jeux olympiques. Et même si quelques textes peuvent présenter un décalage, notamment dans la dernière partie, la possibilité de pouvoir mesurer cet écart rétablit une certaine cohérence dans le domaine des sports de combat et des arts martiaux. Ainsi, la problématique du livre autour de cette notion de TC permet d’engager aussi des analyses de type comparatif hors de ce strict périmètre en raison du dépassement de l’aspect trop techniciste ou biomécanique auquel on a trop souvent tendance à la réduire4.

Ces textes sont répartis en trois parties à peu près de dimension égale ; la première concerne les TC alors que la deuxième a trait plutôt à l’apprentissage et l’enseignement, ainsi qu’à l’innovation. Quant à la dernière, elle répond au thème de la pratique quotidienne et des Jeux olympiques et paralympiques.

La notion de TC est l’idée clef de la première partie de ce livre. Cependant, et bien qu’elle ait été largement popularisée depuis Marce Mauss (1936), elle est souvent investie différemment dans le domaine des sciences du sport5. La notion est en effet assez flottante et donne parfois lieu à des interprétations diverses au gré des champs scientifiques qui s’en emparent. Il était donc nécessaire d’en préciser ses contours non seulement pour la validation du propos, mais aussi afin de pouvoir offrir par la suite des possibilités d’études comparatives. À ce sujet, le texte de Jean-François Loudcher portant sur les TC offensives de boxe anglaise selon une démarche historique et épistémologique double (sciences et connaissances) fournit quelques éclaircissements. L’auteur synthétise ses travaux antérieurs tout en proposant de les dépasser par une articulation claire entre l’aspect proprement gestuel et la transmission permettant de différencier en degré et en nature ces TC. Le travail souligne aussi le contexte historique très large dans lequel elles se constituent. En effet, il a été montré en quoi les techniques du corps sont associées à des « cultures »6 ou à des civilisations qu’il faut donc prendre en compte pour tenter d’en comprendre leur potentiel évolutif. Ainsi, bien que le karaté trouve ses origines dans les Iles d’Okinawa, il n’en demeure pas moins que les influences occidentales, et en particulier françaises, ont été importantes dans le transfert culturel des savoirs dans l’expression de sa forme moderne7. En l’occurrence, cette approche suppose non seulement de « connaître » ces « techniques du corps », mais aussi le contexte historique dans lequel elles prennent « sens » au regard des finalités utilisées, c’est-à-dire des représentations sociales à l’œuvre dans une perspective de transformation sociétale. Matthias Röhrig Asunçao s’inscrit tout à fait dans cette lignée de recherche avec son étude sur la ginga de la capoeira. L’auteur montre bien comment ce mouvement de garde, d’attente et/ou de préparation change de configuration selon les maîtres de cet art brésilien et surtout selon l’histoire que certaines écoles actuelles interprètent ou réinterprètent différemment. La capoeira est aussi l’objet de recherche d’Alexandre Reubrecht qui, au cours de son étude des grupos de l’Île de France, souligne la richesse des TC utilisées et surtout les significations différentes qu’elles prennent pour chacun des représentants. La longue durée est la dimension choisie par Patrice Régnier et Oliver Bernard pour comparer les techniques du cavalier et du pratiquant de karaté. Certes, l’exercice est risqué, mais l’utilisation d’une sorte de tertium comparationis que serait la théorie de Norbert Elias permet ainsi de bien mettre en évidence leur différence et leur ressemblance, le tout dans la langue de Shakespeare. Enfin, on peut noter que le texte de Cédric Terret, Julien Morlier et Jacques Mikulovic portant sur la « modélisation et caractérisation de la technique en judo debout par le croisement des approches biomécanique et empirique » a une ambition pluridisciplinaire. En effet, ce double aboutissement scientifique et pédagogique se réalise à partir « d’une proposition basée sur l’analyse de l’état de l’art », c’est-à-dire par un travail d’épistémologie relevant du domaine des connaissances dans cette discipline.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, des études plus localisées permettent de faire le lien entre la pratique, souvent déterminée par l’utilisation de TC, et leur transmission. À ce sujet, la question de la technologie dans le domaine des arts martiaux et des sports de combat est incontournable. Des instruments comme l’épée, la canne, le nunchaku, le saï, le bokken (sabre en bois), le bâton ou le tonfa croisent régulièrement le quotidien de ces pratiquants. De plus, tout ce matériel permettant de sécuriser les combattants, du port de gants plus ou moins rembourrés aux casques, plastrons et autres protections en passant par les rings et tatamis est souvent lié à des innovations concernant la pratique qui vont donc aussi influencer les TC bien au-delà d’une pratique compétitive sportive ainsi que Georges Vigarello8 l’a montré. Dès lors, on peut comprendre que ces études dépassent amplement le cadre des sports de combat et des arts martiaux pour intéresser à celui d’activités se positionnant sur le champ de l’auto-défense (Krav maga, jiu-jitsu…), voire guerrier (militaire) ou même patrimonial (reconstitution des pratiques de combat médiévales ou de l’Antiquité). Lors de ces journées bordelaises, le travail que Dov Ganchrow nous a présenté est très particulier. Il a ainsi mis au point un sac de frappe doté d’un système de vision par ordinateur afin d’exploiter le mouvement pour produire des effets créatifs. Il importe, bien évidemment, que cette proposition se base sur des travaux plus rigoureux d’un point de vue scientifique, non seulement pour répondre à son projet, mais aussi pour améliorer l’apprentissage. Cette installation n’est-elle pas aussi une invitation à explorer différemment son corps et son intégrité corporelle ? Il est clair que des débouchés pourraient être envisagés auprès d’entreprises souhaitant se lancer dans ce commerce. Quoiqu’il en soit, la prise d’information et de décision, les feeds-backs, visuels, cognitifs ou sensitifs, sont absolument fondamentaux à préciser dans ces démarches pouvant d’ailleurs servir à l’apprentissage. Regroupés généralement sous le terme de metrics, il n’est pas une activité de compétition de haut-niveau qui n’intègre des capteurs plus ou moins reliés à des caméras, des accéléromètres ou des plates-formes de force. Le travail de Agnès Roby-Brami, Océane Dubois et Emmanuel Guigon sur le « contrôle d’une épée de Taichi » permet ainsi d’investiguer les « intentions de défense ou d’attaque » à partir d’un protocole performant afin de réaliser leur « traduction cinématique ». Toute une technologie très pointue, bien souvent réservée au départ aux sportifs d’élite, s’est développée et devient de plus en plus accessible aux pratiquants lambda soucieux de s’investir corps et âme. En tout état de cause, les techniques du corps se situent au centre de ces développements. Plus encore, elles sont des repères essentiels de l’habileté requise et acquise par le pratiquant. Non seulement, elles témoignent de son niveau, mais elles permettent aussi d’analyser leur degré d’intégration développée par le biais de « routines » corporelles, notamment au regard de la condition physique sollicitée. Ainsi, étudiée dans le cadre d’un affrontement plus ou moins long, la technique a tendance à se dégrader9 et à affecter la performance10. Le croisement de ces technologies permet donc de coupler des milliers de données en temps réels afin de déterminer les facteurs de réalisation technique dont, entre autres, celui de la condition physique, mais aussi de l’apprentissage et de l’enseignement. Il est bien évidemment possible de réfléchir sur l’amélioration des performances à partir de protocoles moins instrumentés. Ainsi, Éric Margnes et Benoît Catala ont développé une démarche s’attachant à « affronter des problèmes en boxe thaï », notamment en s’intéressant aux « stratégies d’intervention et [au] point de vue des entraînés » à partir de tests pré et post situations d’apprentissage. Les auteurs arrivent à la conclusion que les situations problèmes sur des boxeurs de haut niveau sont plus efficaces en termes d’apprentissage du fait des processus en jeu dans l’approche stratégique. Certes, les TC dépendent de situations plus globales, mais l’expérience du boxeur est au centre du processus d’apprentissage.

Tout en restant dans le registre des expériences et des apprentissages, la contribution de David S. Contreras Islas, se distingue par une approche qui s’inscrit dans la tradition des sciences de l’éducation phénoménologiques dans le monde germanophone. Écrit en espagnol, ce chapitre a comme point de départ un moment classique d’une séance d’entraînement de capoeira d’un groupe spécifique de la ville de Mexico. La « pratique répétitive des mouvements de capoeira » est abordée comme une « expérience formatrice » (bildende Erfahrung) de « repratique » (Umüben), perspective que l’auteur estime d’intérêt pour contribuer à enrichir les approches de la pratique des arts martiaux en tant que processus de culture.

Dans le cadre de l’enseignement universitaire maintenant, une expérience de pratique de Taijiquan destinée à l’amélioration du jeu scénique de l’acteur par son « Shēntǐ Gǎn 身體 » est proposé par Ai-Cheng Ho. Basées sur des situations où la « prise de conscience » du corps est centrale, sont mises en place avec plusieurs groupes des situations d’évaluation pré-test et post-test. L’auteure en conclut au bénéfice de cette pratique martiale chinoise par l’utilisation et le travail sur plusieurs formes techniques.

Enfin, la dernière partie du livre, portant sur l’expérience des sports de combat et des arts martiaux pouvant aller d’une pratique quotidienne jusqu’à leur sollicitation olympique, a été choisie pour des raisons de contexte liées à l’approche des JOP de 2024 à Paris. Effectivement, beaucoup de chercheurs sont impliqués dans cette thématique que ce soit à travers des travaux historiques, politiques11, organisationnels ou même de formation et d’éducation12. Mais c’est bien l’expérience personnelle qui est le fil rouge de cette réflexion. Comment une pratique martiale a-t-elle pu influencer l’individu dans sa vie quotidienne au point, pour certains, d’en faire une question de vie et de mort et pour d’autres une pratique élitiste, voire olympique ?

Avec le texte de Renaud Bouchet portant sur la « pratique para-sculpturale » de l’artiste Arman, il est montré comment les arts martiaux (judo, karaté…) ont influencé son action créatrice mais aussi sa vie quotidienne et sa destinée peu banale au point parfois d’exprimer son art à l’image d’« Une Colère comme une projection de judo ».

Proposer la pratique d’un sport olympique comme le judo aux personnes âgées pour améliorer leur bien-être quotidien était l’objectif principal du projet européen développé par Raúl Camacho Pérez et Fernando Diéguez Rodríguez-Montero, dont l’expérience espagnole est analysée dans leur chapitre. À la différence de la France où la pratique du Taïso13 s’affiche comme « le sport idéal pour les séniors » ou encore les compétitions de judokas vétérans sont de plus en plus développées au niveau mondial, ce projet européen expérimente des interventions de judo adaptées à des aînés qui n’ont jamais pratiqué cette discipline. Des bénéfices pour la santé, pour la socialisation et pour la qualité de vie sont recherchés à partir des bases et principes éducatifs du judo (ex. contrôle des chutes, déplacements, postures). À l’image du projet européen, l’ouvrage qui nous concerne rassemble, comme évoqué précédemment, des chercheurs, des universitaires mais aussi des professionnels – en l’occurrence, des maîtres de judo reconnus internationalement –, qui apportent leur expertise et alimentent notre réflexion sur les arts martiaux et les sports de combat au quotidien.

Le chapitre de Recaredo Agulló Albuixech, Víctor Agulló Calatayud, Dayana Arteta Molina, Helena Paricio de Castro reconstitue « le parcours humain et sportif de José Martínez “El Tigre d’Alfara” », champion d’Europe de boxe. Exilé républicain de la Guerre Civile espagnole, les auteurs démontrent son importance du point de vue sportif et les conséquences de son engagement républicain pendant la période franquiste. Ils déplorent l’invisibilisation de ce personnage pour le patrimoine sportif et culturel du Pays valencien en proposant de « valoriser et diffuser son héritage ». Dans le cadre de ce livre, il relie les sports de combat à la politique.

La lutte et surtout la boxe14 olympiques ont donné lieu à des scandales répétés qui, se déployant sur un théâtre politique international parfois sensible, peuvent remettre en cause leur existence au sein du CIO alors qu’ils font pourtant historiquement parti de ce mouvement. Connaître les soubassements de ces tractations permet de mieux éclairer les enjeux dont ils sont la cause. Le texte de María Perrino Peña et Abel Figueiredo nous propose ainsi de réfléchir aux arts martiaux mixtes (souvent abrégé MMA, de l’anglais mixed martial arts) et les voies pour obtenir le graal olympique (« Las MMA y su ‘camino hacia el Olimpo’ »). Mais c’est aussi la réflexion de Julie Pincot sur « L’intégration du kung-fu wushu aux Jeux Olympiques » qui, « vue depuis la France », prend une autre dimension lorsque « la modernisation des pratiques et la sportivisation de l’art martial [sont] au cœur des conflits de représentation et d’appropriation ». La perspective, en particulier, prend tout son relief lorsqu’elle est en parallèle avec la construction de ce champ d’une politique sportive française spécifique : sa gouvernance si discutée depuis des années, thème central de la mise en place de l’Agence Nationale du Sport (ANS) entre 2016 et 2019, n’a-t-elle pas ajouté une difficulté supplémentaire à l’organisation de ce champ des arts martiaux chinois ?

Finalement, s’inscrivant dans l’héritage des JORRESCAM du siècle dernier, ces journées bordelaises furent riches et intenses sur tous les points. Elles ont reçu le soutien de la Faculté de Sciences de l’Activité Physique et du Sport (INEF) de l’Université Polytechnique de Madrid, du Laboratoire de l’Intégration du Matériau au Système (IMS – UMR 5218), de la Chaire UNESCO ISNoV (Intervention sociale non-violente), de la Maison des Sciences de l’Homme de Bordeaux (MSHBx), de la Fédération Française de Boxe et de la Fédération Française de Savate Boxe Française et Disciplines Associées. Bien que cet ouvrage n’en livre qu’un bref aperçu, il permet néanmoins d’assurer la continuité de l’étude du champ des sports de combat et arts martiaux sur la longue durée, faisant de l’organisation de ces journées assurément une des plus anciennes sur le plan mondial par sa récurrence et les productions en découlant.

Notes

  1. Le colloque appelé JORRESCAM (JOurnées de Recherche et de Réflexion sur les Sports de Combat et les Arts Martiaux) est organisé assez régulièrement tous les ans, puis tous les deux ans, depuis 1991 date à laquelle ils ont été lancés et portés par l’ARRESCAM (Association de Recherche et de RÉflexion sur les Sports de Combats et les Arts Martiaux) et son président Jacques Crémieux. Les actes de ces colloques prennent des formes variables (CD-Rom, livres…), traduisant la volonté des organisateurs d’en retranscrire les débats en mettant en exergue certaines thématiques. Il ne s’agit pas ici véritablement d’actes de colloque puisque tous les textes présentés ont été expertisés en double aveugle.
  2. Plusieurs écrits ont contribué, depuis des années, à cerner plus précisément ce qui relève des sports de combat et des arts martiaux. Cf. Loudcher Jean-François, « Arts de la guerre, arts martiaux et sports de combat ; une réflexion épistémologique et anthropologique », dans Loudcher Jean-François et Renaud Jean-Nicolas (dir.), Éducation, sports de combats et arts martiaux, Grenoble, PUG, 2011, p. 21-48.
  3. À noter que ce genre d’étude comparative a été entrepris, dès la fin du XIXe siècle par Georges Demeny ; il analyse par exemple les caractéristiques d’un coup de poing en boxe anglaise et en boxe française (savate). Avec Étienne-Jules Marey, ils ont posé les principes d’étude biomécanique du mouvement qui sont largement utilisés maintenant, avec de toutes autres technologies il est vrai.
  4. Pour une revue de ces questions. Loudcher Jean-François, « Limites et perspectives de la notion de Technique du Corps de Marcel Mauss dans le domaine du sport », STAPS, 91, 2011, p. 10-27.
  5. Ibid.
  6. Mauss Marcel, « Les techniques du corps », Journal de Psychologie, 32, 3-4, 15 mars – 15 avril 1936. Communication présentée à la Société de Psychologie le 17 mai 1934.
  7. Notamment à travers les trois missions militaires françaises au Japon s’étageant (1867-1887) et l’influence de l’École Normale de gymnastique de Joinville. Loudcher Jean-François et Faurillon Christian, « The influence of French gymnastics and military French boxing on the creation of modern karate (1867-1914) », [URL] https://mas.cardiffuniversitypress.org/articles/abstract/10.18573/mas.135/
  8. Vigarello Georges, Techniques d’hier… et d’aujourd’hui, Paris, R. Laffont, 1988.
  9. Terret Cédric, Analyse technologique des conduites motrices du judoka en contexte écologique au regard de niveaux d’expertise. Épistémologie de la mesure, objectivation par actimétrie et EMG, propositions d’intervention, Thèse pour le doctorat en STAPS, Université de Bordeaux, 2021.
  10. Loudcher Jean-François a ainsi développé un test en collaboration avec Alain Groslambert et Frédéric Grappe à Besançon (LabCom) en 2001, appelé JEFFREDAL ; il consistait à étudier la dégradation de la performance dans un exercice proche de la prestation à réaliser (5 rounds de 2 mn). Ce test s’intégrait à la préparation physique et technique d’un combattant pour les championnats du monde de savate/boxe française ; il était doublé d’un questionnaire basé sur l’échelle de Borg que le boxeur remplissait entre chaque reprise.
  11. Loudcher Jean-François, Hernandez Yannick et Alves Carlos, « Introduction : une approche interdisciplinaire à l’héritage sportif », Jurisport, 206, 2020, p. 17-18. Loudcher Jean-François, Suchet André et Soulier Pauline, Héritage sportif et dynamiques patrimoniales, PULM, 2002.
  12. Monnin Éric, Loudcher Jean-François et Férréol Gilles, Éducation et olympisme en Europe, Besançon, Presses Universitaires de l’UTBM, 2012.
  13. Fédération Française de Judo et DA : https://www.ffjudo.com/le-taiso (consulté le 30 mai 2025).
  14. Loudcher Jean-François, « Scandale autour du cas de la boxeuse Imane Khelif : un bras de fer géopolitique », The Conversation, 17 septembre 2024.
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Chapitre de livre
EAN html : 9791030012231
ISBN html : 979-10-300-1223-1
ISBN pdf : 979-10-300-1224-8
ISBN EPub 3 : 979-10-300-1226-2
Volume : 35
ISSN : 2741-1818
Posté le 23/04/2026
7 p.
Code CLIL : 4096
licence CC by SA

Comment citer

Loudcher, Jean-François, Hernandez, Yannick, « Introduction. Approches interdisciplinaires et internationales des sports de combat et les arts martiaux : techniques du corps, enseignements et des expériences du quotidien aux Jeux Olympiques et Paralympiques », in : Loudcher, Jean-François, Hernandez, Yannick, dir., Techniques du corps, Arts Martiaux et Sports de combat. Du quotidien aux JOP / Body Technics, Martial Arts and Combat Sports. From the Everyday to the OGP / Técnicas corporales, Artes Marciales y Deportes de combate. De lo cotidiano a los JJ.OO.PP., Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection PrimaLun@ 35, 2026, 9-16, [URL] https://una-editions.fr/introduction-approches-interdisciplinaires-et-internationales-des-sports
Illustration de couverture • Image créée par les directeurs avec IA (copilot) représentant une combattante de capoeira et un combattant de judo qui s'amusent sur des formules de biomécanique, évoquant les Jeux Olympiques sans leurs symboles officiels, dans un décor antique et un design moderne des années 1930 où l'on ne voit que des lignes qui font deviner le mouvement plus qu'elles ne le montrent.
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