Omphale, reine mythique de Lydie, est célèbre pour ses amours avec Héraclès. Elle l’avait acheté comme esclave alors que le héros devait expier un meurtre. Après lui avoir fait nettoyer son royaume de divers monstres et brigands, Omphale, séduite par ses exploits, l’affranchit, l’épouse et lui donne un fils. À l’époque romaine se développe un discours sur les échanges de vêtements, d’attributs et de rôles entre les amants. Les auteurs latins se plaisent à décrire comment, sous l’emprise de sa maîtresse, l’identité masculine du héros vacille. Amolli, parfumé et revêtu d’atours féminins, Héraclès adopte la quenouille et le fuseau, tandis qu’Omphale prend sa massue et sa peau de lion.
Sur les intailles magiques d’époque romaine (IIe-IIIe s. apr. J.-C.), de tradition égypto-grecque, s’affiche une autre facette d’Omphale, celle de magicienne et protectrice des enfantements. Omphale y est représentée accroupie, en position d’accouchement, le ventre arrondi, brandissant le gourdin d’Héraclès. Elle affronte un âne qui représente probablement le dieu Seth, l’incube capable de nuire au fœtus et à la délivrance. La manipulation de la massue contient un jeu de mots. La femme et l’âne utilisent les mêmes armes, car en grec skutalê, « la massue », signifie métaphoriquement le sexe masculin, souvent comparé à une arme dans le vocabulaire sexuel grec et latin. La massue que brandit Omphale se réfère ainsi à la fois à la dimension sexuelle du danger et à sa maîtrise. Ses compétences en font le doublet d’Héraclès dans un domaine qui concerne spécifiquement la santé féminine.
Cette dimension cachée d’Omphale donne son sens à la mode d’ornements féminins, boucles d’oreille, pendentifs, manches de miroir, en forme de massue dans le monde romain. Les femmes ont pu y reconnaître l’arme qu’Omphale s’était appropriée, renversant ainsi les préjugés qui les cantonnent à la soumission. À leur manière, ces ornements amulétiques sont l’expression, non de leur vulnérabilité, mais de leur volonté et de leur capacité de maîtrise de leur corps.
✦ Sur les traces d’Omphale
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Découvrir ses bijoux
Omphale, cornaline rouge ↗
Cornaline rouge (22 × 15 mm), Ier s. av. J.-C.-Ier s. apr. J.-C.
Musée municipal de Péronne, coll. A. Danicourt.
Photo : Beazley Archive.
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Omphale, avers et revers ↗
Jaspe rouge (12 × 16 mm), IIe-IIIe s. apr. J.-C.
The J. Paul Getty Museum, 82.AN.162.80.
© The J. Paul Getty Museum, Villa Collection, Malibu, California.
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Prolonger l’histoire
Dasen, V. (2008). « Le secret d’Omphale ».
Revue archéologique, 46(2), 265-281.
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Dasen, V. (2015). Le sourire d’Omphale.
Rennes : Presses universitaires de Rennes.
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Lire les récits anciens
Diodore de Sicile, 4, 31, 5-8 ; Apollodore, Bibliothèque, 2, 6, 3 ; 2, 7, 8 ;
Properce, Élégie, 3, 11, 17-20 ; Ovide, Heroïdes, 9, 54-120 ;
Sénèque, Hercule sur l’Oeta, 371-7 ; Lucien, Dialogue des dieux, 13.