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Se souvenir de la science-fiction féministe : mémoire collective, mémoires contestées et archives des fandoms littéraires nord-américains des années 1970-1980*

This chapter reinterprets a corpus of North American literary science fiction fanzines (Janus, Aurora, New Moon, The Witch and the Chameleon, and Khatru) published from 1974 to 1993 and mainly studied by researchers such as Justine Larbalestier, Helen Merrick, and Rox Samer. I emphasize the role of memory work as a continuous fan activity framed by the social organization of the fandom and of memory activism as a space of convergence between feminism, queer activism, and fan activism. I start by interrogating how a specific narrative of North American feminist science fiction came to appear in the French fandom in the late 2010s. I identify its origin in fan publications from the 1980s, the exact moment when Anglophone fans decided to give their fanzines an active role in the maintaining of their collective memory in the face of the neoconservative backlash. However, far from being univocal, this collective story insists on the accomplishments of feminist fans and authors from the late 1960s to the 1970s, a period strongly associated with the feminist second wave and the golden age of New Wave science fiction. A new generation of fans renewed and contested this narrative, notably its limitations in terms of ableism, as in the case of the Tiptree Awards, whose name was changed to the Otherwise Award. I defend two theses: 1) Fan archives and memory activism are a place of convergence central to the unification and reinforcement of the feminist SF community around a common narrative, to the fandom as an intergenerational collectivity, and as an “abeyance structure” in times of backlash; 2) This collective memory is framed by power dynamics at play inside the feminist fandom, which explain how the gaps within and the exclusion from this narrative led to debates and renewals. I develop a theoretical framework based on Abigail De Kosnik’s applied critical theory of the archives and the Bourdieuian “symbolic autonomy” as it appears in Bernard Lahire’s sociology. I demonstrate that memory works predate the emergence of feminist SF as a literary subgenre, that the fans’ memory work ensured the autonomy of this subgenre, and that it served to create spaces for feminist experimentation.

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Introduction

En définissant la science-fiction (SF) comme une communauté, les chercheuses Justine Larbalestier (2002) et Helen Merrick (2009) soulignent le travail actif des fans dans les colonnes de lettres, les fanzines et les panels de convention. Elles montrent comment la vie du genre littéraire repose sur le travail de personnes marginalisées, souvent effacées des couvertures de livres, remerciements et prix littéraires (Reid, 2014). Leurs approches ethnographiques s’opposent aux analyses littéraires qui considèrent la SF comme un genre intrinsèquement politique (Suvin, 1972) ou font de la « SF féministe » et de la « New Wave » des littératures « éphémère[s] [et] hyper-engagée[s], peu compatibles avec les goûts majoritaires » (Besson, 2021 : 127). Ces travaux montrent que la « SF féministe » a été d’abord le produit d’actions entreprises par des lectrices fortement intégrées au fandom de SF, usant de ce sous-genre pour y consolider leur présence comme femmes, voire comme féministes.

L’objet de cette étude est ce que L. Timmel Duchamp (2004) nomme la « grande conversation » : c’est-à-dire l’espace social pluriel où ont lieu les discussions entre fans et écrivaines de SF féministe, où chacune contribue à partir de ses propres définitions – socialement située – de la SF et du féminisme. De fait, la SF féministe est plurielle, Merrick parle de « féminismes dans la SF » et compare cela à un « objet de connaissance » qui, selon Donna Haraway, « participe de réseaux de relations que l’on nomme aussi ‘solidarités’ en politique et ‘conversations communes’ en épistémologie » (Haraway 1991 : 191-198, je traduis). Dans la mesure où notre recherche porte sur les conditions sociales de possibilité d’une telle conversation (on parle parfois de « free space » ou d’espace d’expérimentation), nous conservons avec précaution l’expression « SF féministe » afin de suivre la trace de ses usages par les fans.

Pour expliquer ma méthode, je vais commencer par expliciter ma position. J’ai débuté ma recherche en essayant de comprendre ce que le fandom français de SF entend en usant de l’expression « SF féministe ». À première vue, celle-ci semble référer à une une sorte d’histoire globale de la SF féminine, incluant principalement des autrices anglophones. Dans le fandom français, ïan Larue, autrice de Libère-toi cyborg ! fait d’un éditorial de l’éditrice fan états-unienne Jeanne Gomoll dans Aurora, un moment clé de l’histoire féministe de la SF. Elle invoque ensuite la liste d’« écrivaines cyborg » de la philosophe Haraway comme appel à construire un corpus accessible de « SF féministe ». Elle mêle, de façon éloquente, écriture queer, théorique et romanesque, écriture par des femmes et féministe, voire transféministe. Cette manière d’évoquer la SF féministe comme littérature globale et multiple se trouve aussi dans la critique du fandom français par Ketty Steward dans Le Futur au pluriel ou la traduction d’écrits collectés de l’écrivaine états-unienne féministe Joanna Russ par Charlotte Houette et Clara Pacotte. Bien que rares, ces initiatives semblent s’accorder autour d’un héritage anglophone de la SF féministe1. En tant que fan de SF, c’est donc cette mise en récit de la « SF féministe » qui a attiré ma curiosité. Ma recherche a commencé à distance de l’interprétation académique de la SF féministe et de son histoire anglophone, ce qui m’a tenu à l’écart de certaines disputes ou mémoires sensibles, mais m’a aussi limité dans la mesure où l’expérience marginalisée ne m’est pas initialement intelligible. Dans mon mémoire, je présente le récit qui représentait le mieux, à mes yeux de fan masculin et francophone, l’image que je me faisais d’un militantisme fanique, inspiré par l’imaginaire de la « seconde vague » féministe nord-américaine (Pascual, 2022). Cela m’a conduit à écarter d’autres restitutions auxquelles j’avais accès. Une première façon de pallier ce manque a consisté à compléter mes analyses d’archives par des entretiens avec des éditrices des fanzines étudiés, Janus et Aurora, New Moon, Khatru et The Witch and the Chameleon [WatCh]2. Cette mixité méthodologique est encouragée en étude des fans, comme façon de se distancer de la quête positiviste du « point de vue de nulle part », en soulignant les visions conflictuelles de l’objet du fandom, et en rendant la position du chercheur explicite parmi celles-ci (Cristofari, Guitton, 2015).

Ce chapitre défend deux thèses. La première soutient que la « mémoire collective » est une force structurante dans les pratiques des fans et un point de convergence entre les fandoms et les féminismes. La seconde affirme que la mémoire collective est un point d’entrée pertinent pour saisir les relations de pouvoir en jeu dans les fandoms féministes. Ce ne sont pas des affirmations nouvelles : l’objectif est plutôt de considérer de façon critique les continuités entre générations de fans et leurs récits respectifs, et surtout, de faire la jonction entre des écrits francophones (principalement la notion d’autonomie symbolique issue de la sociologie française de la culture3) et anglophones (les perspectives critiques des archives issues des memory studies et des fan studies). Nous insistons sur l’activisme mémoriel (traduction de « memory activism ») et sur la transmission des « répertoires », un concept utilisé par Abigail de Kosnik (2016) pour souligner le travail continu des fans, en particulier la transmission des pratiques et des références, nécessaire à la construction et au maintien des archives, et par là, à la préservation de leur communauté et à la valorisation de leur identité.

La mémoire collective comme cadre théorique : activisme et pratiques mnémoniques

Nous allons expliquer notre cadre théorique en quatre temps : en formulant des rappels généraux sur la mémoire collective (1), en la reliant à la « grande conversation » de la SF féministe (2). Ensuite, je relierai ces acquis aux pratiques d’archivage qui sont, selon De Kosnik, le lieu de convergence entre les pratiques fans et queer (3). Cela conduit à introduire la seconde thèse évoquée ci-dessus, soit une version nuancée de l’argument de la « convergence éthique » entre pratiques féministes et faniques autour de l’activisme mémoriel, soulignant les relations de pouvoir qui s’y jouent (4). Nous terminons avec un tableau et un schéma récapitulatifs de l’activisme mémoriel afin d’exposer comment ces approches sont intégrées à ma recherche (5).

Selon le philosophe John Dewey, les humains sont des « êtres de mémoire » mais celle-ci est inexacte : le passé est une « expérience de substitution » où l’imagination du présent sélectionne ce qui détient une valeur émotionnelle (2014). En d’autres termes, la mémoire porte sur le passé, mais peut seulement être sociologiquement comprise au présent. Ainsi, les souvenirs racontés lors des entretiens et dans les lettres des lectrices « révèlent souvent une imagination collective tout en incarnant des vérités d’une importance plus personnelle » (Kuhn, 2002 : 9, je traduis). C’est ainsi que se manifestent les groupes sociaux : en encadrant les opérations mémorielles de leurs membres. Ces opérations ne peuvent donc pas être considérées seulement d’un point de vue individuel ou psychologique (Halbwachs, 1950). Les fandoms fournissent de tels cadrages : ce sont des communautés imaginées auxquelles les individus ont le sentiment d’appartenir et le font en s’inscrivant dans l’histoire commune. La mémoire collective se construit par des processus d’oubli et de remémoration sélectifs (Weedon, Jordan, 1992). Ils coïncident avec le travail de mémoire des fans, qui apparaît dans leurs fanzines et archives. Ainsi, les fans de Star Trek interrogées par Camille Bacon-Smith retiennent ce qui a trait aux personnages récurrents avec une attention particulière aux détails d’apparence insignifiante, qui contredisent leur récit collectif. La capacité de se remémorer est donc orientée vers ce qui contribue le plus à la conversation entre fans (1992 : 131-138). De même, Lynn Spiegel et Henry Jenkins parlent de « mémoires populaires » pour décrire comment un réseau de textes évoque un passé commun aux audiences et façonne leurs souvenirs en suivant les mêmes codes narratifs. De plus, Matt Hills (2014) montre comment la mémoire des fans de Doctor Who met l’accent sur certaines périodes de la série au point d’homogénéiser les récits individuels d’initiation au fandom ou à la série. Pour résumer, la communauté encadre l’activité mémorielle : on se remémore suivant les enjeux du groupe, on se souvient pour marquer son appartenance à ce groupe et, ce faisant, on renforce la trame collective.

La transmission et la circulation de ces cadres mémoriels reposent sur des technologies d’écriture et des espaces d’inscription. Concernant ces derniers, on peut citer les prix, les classements, les archives et les wikis de fans. Ces espaces méritent un examen : ce sont des institutions avec un rôle actif dans la transmission des thèmes, tropes et critères d’évaluation de la SF, ce que le sociologue Bernard Lahire nomme l’« autonomie littéraire » (2006) et que nous avons choisi de désigner ici comme « autonomie symbolique » (voir note 4) dans la mesure où notre propos porte sur la « grande conversation », la communauté d’échange à laquelle appartient le fandom féministe de SF mais qui ne correspond pas à l’ensemble du monde littéraire. Cette autonomie désigne donc la capacité à concevoir un corpus autoréférentiel, c’est-à-dire usant de critères d’évaluation propre à la SF féministe et à sa communauté. La sociologie française de la culture distingue usuellement deux formes de relations entre individus et objets culturels : 1) la réception éthique, où l’agent relie les œuvres d’art à la vie quotidienne, et 2) la réception esthétique, où l’agent les analyse à l’aide de critères abstraits et sophistiqués. Cette dernière est plus fréquente chez les membres des groupes culturels dominants, comme les hommes blancs hétérosexuels et cisgenres, socialisés à adopter un rapport abstrait à la culture (Sellier, 2023 ; Albenga, 2017) et qui disposent de davantage d’instances susceptibles d’enregistrer leurs créations (Russ, 2018 ; Hirsh, Smith, 2002 ; Bowker, Leigh Star, 2000 : 294). Il faut alors indiquer que mettre au point des technologies d’écriture – les récits et la mémoire des femmes pionnières parfois appelées « herstories » sont à la fois perçus comme un devoir féministe et de fan – et des espaces d’inscription sont des conditions nécessaires de la « grande conversation ». Cette dynamique est encore plus apparente au sein des groupes de conscience féministes qui ont rompu avec le reste de la gauche révolutionnaire marxiste, afin de pouvoir déterminer leurs sujets et leurs cadres de discussion, donc d’action, de partager leurs expériences spécifiques et d’identifier les affinités entre elles. Le travail de mémoire est donc central dans la capacité à s’organiser en tant que communauté et à développer des références et des critères communs pour réunir les conditions d’une relation esthétique, c’est-à-dire, d’une discussion autoréférentielle.

Mélanie Bourdaa (2021) range le travail de mémoire parmi les tâches d’intelligence collective des fans. Le fandom peut être défini comme une « économie de la connaissance […] où les activités et personnes sont valorisées en fonction de ce qu’elles savent et peuvent transmettre » (Mendlesohn, 2014, je traduis). La chercheuse De Kosnik propose de théoriser les pratiques archivistiques des fans comme phénomène caractéristique, continu et transversal aux différents fandoms, qui témoigne de la capacité des fans à brouiller les frontières entre le texte culturel et leurs performances, entre le canon et leurs répertoires (2016 : 190). De Kosnik soutient que les archives de fan sont le lieu où les pratiques queer (et, pour notre argument, féministes) convergent avec les pratiques faniques. Les archives faniques sont une force de démocratisation : elles favorisent la prolifération des interprétations à l’encontre des formes traditionnelles (et académiques) de mémoire collective se réclamant de quelques autorités (2016 : 9 et 73). De ce fait, la sous-culture des archives faniques converge avec les sous-cultures queer et féministes dans la mesure où elles forment des espaces marginaux et pluriels qui partagent les mêmes politiques mémorielles (réécriture des grands récits et redécouvertes des actrices oubliées, contestation des interprétations hétérocentrées) (2016 : 219).

Cela étant, je dois introduire ici une prudence méthodologique. Les études de fans se concentrent sur l’autorité de l’archive « souvent conçue pour refléter certaines hiérarchies et relations de pouvoir entre les membres de la communauté avec différents niveaux de prestige fanique ou de savoir expert » (Jansen, 2022, je traduis). Se cristallisant dans des archives, le travail de mémoire fait vivre l’histoire commune mais participe aussi à reconduire les rapports d’autorité et certaines exclusions. E. Charlotte Stevens et Nick Webber (2022) usent de la notion de « fan-historien » pour qualifier la spécialisation des fans, mais aussi la façon dont le chercheur participe à cette compétition entre autorités interprétatives. Jack Halberstam, théoricien en études queer, indique que « l’universitaire peut être un archiviste, un coarchiviste, un participant à part entière de la scène subculturelle sur laquelle il travaille, mais il est rare que le théoricien queer se tienne totalement à l’écart de la sous-culture, l’examinant avec un regard d’expert » (cité par Lothian, 2012 : 549, je traduis). De la même manière, en études de fans, il n’y a pas de « point de vue de nulle part » ou de perspective surplombante. Pour comprendre la vision des fans, le chercheur essaie d’écrire en partageant leur position, leur régime de valeurs, en menant un travail de réflexivité auto-ethnographique sur la frontière profane/académique (Evans, Stasi, 2015) – ce que j’ai essayé de mettre en œuvre en travaillant sur le fil qui m’a mené des histoires francophones de la SF féministe à leurs diverses interprétations anglophones.

La seconde hypothèse de ce chapitre est une application nuancée des idées de De Kosnick aux anciens fandoms organisés autour de « l’imprimé » et aux débuts de l’archivage fanique en ligne. En particulier, il s’agit de tempérer l’hypothèse que les pratiques d’archive faniques convergent mécaniquement avec les pratiques queer et féministes4. Je soutiens que toutes les archives de fans ne partagent pas toutes ce trait « rebelle » ou « contestataire »5 ni qu’on puisse les considérer comme multiples et proliférantes par nature. 1) Ces archives sont encadrées par des schémas narratifs dominants et parfois contestés, propres aux fandoms et à leur mémoire collective. Dans les mots de Dennis Jansen : elles « renforcent la relation hiérarchique entre le gardien de l’archive et ses utilisateurs » (2022, je traduis). Elles sont modelées selon la position sociale des fans et l’évolution de leur rapport aux produits culturels, en particulier la transition vers un rapport esthétique, informé et autoréférentiel. 2) Il est possible de dire que la dimension critique – contestataire ou prolifératrice – des archives provient précisément de la façon dont la convergence se fait. Comme le souligne la chercheuse Neta Yodovich dans ses entretiens : les fans sont conscientes de la « relation symbiotique » (2022 : 130) qui existe entre la représentation des fans, des écrivaines et des personnages féminins (la visibilité des unes conditionne celle des autres). Cette relation – théorisée assez tôt (Badami, 1976) – devient un lieu d’obligations réciproques, le devoir de mémoire inclut alors les fans, les écrivaines, les personnages et les théoriciennes. Ainsi, la forme que prend la convergence incarne également des traditions militantes et faniques, un répertoire de pratiques objet de réappropriations et de contestations. C’est pourquoi nous mettons la focale sur l’activisme mémoriel et les archives : ce sont des lieux où les coalitions politiques se font et se défont, où les autorités interprétatives se cristallisent.

Les définitions de l’activisme mémoriel partagent une dimension informelle – ce ne sont pas des commémorations officielles – et un caractère contestataire – ce sont des actions politiques visant les récits dominants. Nous avons organisé notre travail autour des conditions sociales de la mémoire collective féministe identifiées par Marion Charpenel (2014) et du « nœud activisme-mémoire » de Ann Rigney (221 : 301). Ce dernier « désigne les entrelacements et rétroactions entre activisme mémoriel, la mémoire de l’activisme, et la mémoire dans l’activisme » (2021 : 301, je traduis). Nous synthétisons cela dans le tableau ci-dessous.

Nœud activisme-mémoireConditions sociales de la mémoire collective féministeDéfinition liant sociologie de la culture et memory studiesParties concernées
Mémoire dans l’activisme Le rôle de la mémoire comme génératrice de nouveaux actes contestatairesFormes narratives similaires (épiphanie, récits des vagues féministes, canonisation fanique, etc)La discussion féministe réfère de plus en plus à elle-même et suppose des moyens d’enregistrement de ses savoirs et de ses dits pour préserver son autoréférentialité.Partie 3 : autonomie symbolique Partie 4 : mémoire consensuelle
Activisme mémoriel Les actions contestataires visent à promouvoir certaines mémoiresAccord sur l’idée d’un devoir de mémoire dans le mouvementConscientisation politique et mise en œuvre de stratégies de commémoration et de préservation. Spécialisation de fan comme « fan-historien ».Partie 5 : herstory
Mémoire de l’activisme Action de remémoration des luttes passées (transmission des répertoires)Consensus sur des représentations partagées (continuité entre les mobilisations et les traditions activistes)La marginalisation de la communauté donne un rôle croissant à la mémoire comme justification de son existence, sauvegarde de ses stratégies, objectifs et organisations, avec le risque de continuer à reproduire les exclusions.Partie 6 : structures dormantes

Je reprends chacune de ces étapes dans le schéma ci-dessous. Comme dans la définition de Rigney, le schéma reproduit la circularité et l’entremêlement du nœud mémoriel-activiste. Cela souligne la nature autotélique et renforçante de la dynamique de groupe, qui conduit à l’institutionnalisation de la mémoire collective du sous-genre de la SF féministe et de sa communauté. Cette autoréférentialité ou autonomie symbolique désigne la capacité des fans à construire et légitimer l’usage de leur critère d’évaluation pour appeler à la production d’une littérature sensible à leurs identités féministes (et queer). Cela suppose un cadre collectif soutenu par des technologies mémorielles (archives, prix, récits d’initiation, etc) et répond à la question de savoir ce qui fait converger les pratiques féministes et faniques et quels sont les rapports de pouvoir en jeu.

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Fig. 1. Les cycles de renforcement du nœud mémoriel comme condition de la « grande conversation ».

Pour expliquer les forces motrices de cette dynamique, j’ai ajouté à chaque angle des impulsions exogènes. Le processus commence par l’engagement éthique des femmes fans envers les objets culturels, souligné par leurs récits de « découverte » ou d’épiphanie, renforcé par leur spécialisation dans le travail de mémoire, motivé par le contrecoup culturel, fragilisé par la concurrence avec d’autres mémoires faisant autorité (voir 6.2) et contesté par les nouvelles générations. Incidemment, ces impulsions exogènes limitent l’autonomie auto-renforçante de la « grande conversation ». Dans les sections suivantes, je commence par contextualiser le fandom féministe nord-américain des années 1970 (la représentation des femmes, les fanzines) et la construction de son autonomie symbolique. Ensuite, j’évoque la centralité du processus de canonisation fanique dans la formation des mémoires personnelles et collectives. Les dernières sections nuancent l’idée d’une mémoire collective consensuelle et montrent l’hétérogénéité de la communauté, d’abord en évoquant les « herstories » de fans comme dimensions visibles et conflictuelles de l’activisme mémoriel, puis la confrontation entre les traditions d’activisme parfois excluantes et les nouvelles générations.

La progressive autonomie des espaces féministes de la SF nord-américaine

Les fandoms littéraires nord-américains sont nés de groupes de lecture répartis en sections locales qui organisent des conventions à partir de la fin des années 1930 (Mendlesohn, 2014). Samuel R. Delany décrit leurs fanzines comme un espace de critique informelle qui a ouvert la voie à l’émergence de la critique académique (Delany, Tatsumi, 1986). Les récits d’entrée ou d’« invasion des femmes » sont récurrents dans l’histoire de ces fandoms (Merrick, 1999 : 118), mais la particularité des discours d’« invasion » de la fin des années 1960 est de cibler des femmes politisées dans le contexte des mouvements féministes (Bacon-Smith, 2000 : 95), comme les écrivaines américaines Joanna Russ et Vonda McIntyre, ainsi que les éditrices de fanzines canadiennes et américaines Susan Wood, Amanda Bankier, Janice Bogstad, Jeanne Gomoll et Diane Martin. Ces fans critiquent l’isolement du fandom de SF à l’égard des changements sociaux et dénoncent les femmes fans et écrivaines qui ont « fait la paix » avec les fans masculins (Wood, 1978a). Il est possible d’observer ici une continuité entre les identités féministes et les identités de fans : la perception d’une double exclusion motive la production de contenus (fanfiction, cosplays, critiques, etc.) visant à réconcilier fandom et engagement féministe (Yodovich, 2022). Dans cette section, nous contextualisons ce champ : 1) la représentation des femmes fans, 2) leurs fanzines, 3) et les imaginaires qu’elles mobilisent.

Les lectrices sont présentes et visibles dès les premiers numéros d’Amazing Stories en 1926, le magazine d’Hugo Gernsback, inventeur du terme « science-fiction » (Larbalestier, 2002). L’écrivaine Marion Zimmer Bradley – que nous devons évoquer compte tenu de sa place dans le fandom, mais dont l’évocation exige des précautions6 – revendique le titre de « female fan »7 dans son premier fanzine en 1947. Cependant, jusqu’aux années 1970, les femmes fans étaient « neutralisées », comme le dit Wood : « compagnes d’un fan masculin » ou un « homme honoraire » (1978a, je traduis) La situation change quand leurs voix sont amplifiées par les mouvements féministes. Les fans qui éditent les premiers fanzines de SF se réclamant du féminisme – WatCh et Janus8 – sont des lectrices de SF politisées par les mouvements étudiants, antiracistes et pacifistes. Au départ, elles sont étrangères au fandom : les rédactrices de Janus proviennent de familles d’agriculteurs ou d’ouvriers, ont suivi des programmes postsecondaires courts à l’université de Wisconsin-Madison9. Ce sont les fans locaux qui les familiarisent avec l’écriture des zines, leurs transmettent les adresses de fans et d’auteurs connus (comme Harlan Ellison et Max Gladstone) et impriment leurs publications. En 1975, dans leur premier éditorial, ces rédactrices se présentent comme des « fem-fans » (Bogstad, Gomoll, 1975).

Les fanzines féministes apparaissent entre 1974 et 1975 dans le contexte de la Nouvelle Vague, voyant la publication d’anthologies rassemblant des histoires expérimentales et parfois exclusivement féminines : Aurora: Beyond Equality, Cassandra Rising, Millenial Women, Women of Wonder, et Amazons! Samer (2022) qualifie cette écologie de livres et de fanzines de « contre-public » où naît la conscience féministe. Les espaces les plus actifs sont les colonnes de lettres des fanzines où les fans critiquent les écrivaines, accusées de reproduire des tropes sexistes (Bankier, 1974 ; Charnas et al.,

1976).

Par exemple, la « controverse de Ténébreuse », nommée d’après une série de romans de Zimmer Bradley, est un échange de lettres dans lequel les fans accusent cette autrice de réitérer des idéaux antiféministes ou d’effacer des romances lesbiennes potentielles. Après plusieurs échanges houleux, l’autrice fait un « call-out » bisexuel et adopte le langage féministe des fans (Bradley 1977), se présentant même comme féministe lors de conventions (Kuras, Schmieder, 1980). Ces discussions10 donnent un aperçu de la participation des fans à l’invention de la SF féministe : en favorisant la publication, en créant leurs critères d’évaluation et de reconnaissance des œuvres auxquelles elles s’identifient, en fournissant un espace d’expérimentation et un contexte d’intelligibilité pour l’écriture féministe (Samer, 2022 : 148 ; Duchamp, 2004 : 30). Parmi ces correspondances figurent des autrices qui développent les critiques féministes académiques de SF au cours des décennies suivantes (Joanna Russ, Ursula K. Le Guin, Susan Wood, Janice Bogstad, Marleen Barr, etc).

Ces actions contribuent à l’autonomie esthétique, la formation progressive d’une culture féministe dans la SF, autoréférentielle, engagée dans les mêmes discussions que les sous-cultures queer et féministe. Dans les années 1970 et 1980, les débats sur le séparatisme et l’hétéronormativité ont également traversé les fanzines de SF. Le lesbianisme politique et les expérimentations séparatistes trouvent leur place dans les magazines de poésie et de fiction spéculative, notamment The Wanderground de Sally Miller Gearhart et Motherlines de SuzyvMcKee Charnas – la publication de ce dernier livre se faisant avec le soutien direct des éditrices de Janus. Si cet élan séparatiste est interprété plus tard – au cours de ce que l’on a appelé les « Sex Wars » – comme symptomatique d’un retrait culturel de la lutte politique11, dans le contexte de la fiction spéculative de l’époque, il est vécu comme une libération de la créativité (Shugar, 1995 ; Möser, 2022 : 138-139). Dans Native Tongue, Suzette Haden Elgin développe une langue, le Láadan, « construite par une femme, pour des femmes, dans le but spécifique d’exprimer les perceptions des femmes » (Elgin, 1988 : 1). Le Láadan est également le produit d’échanges informels et de tables rondes organisées à la WisCon, une convention féministe axée sur la SF, fondée par les éditeurs des fanzines étudiés12. Elgin introduit les fondements de son langage lors de son discours d’invitée d’honneur : partant d’un « constructivisme discursif » (Saul, Diaz-Leon, 2004) qui affirme que le langage masculin transforme la réalité à son avantage, elle propose un contre-langage avec ses propres règles phonétiques et d’écriture. Ce système utilise une variété de mots pour désigner la diversité des expériences féminines. Par exemple, en ce qui concerne les menstruations : « Osháana » désigne les menstruations en général, « Elasháana », la première menstruation et « Wesháana » la fin des menstruations. Malgré les discussions sur sa tendance à homogénéiser les expériences des femmes, Elgin obtient le soutien des fans face aux difficultés de publication (1983). Ces écrivaines montrent, aux yeux de la communauté féministe, ce qu’il est possible d’écrire une fois les cadres de la « grande conversation » établis, une fois qu’un public de lectrices et d’écrivaines informées s’est constitué. Elgin elle-même qualifie son invention de lieu de mémoire collective pour les féministes (Elgin, 1988 : 6).

Interlude : aperçu thématique de la composition des fanzines Janus / Aurora

Afin d’analyser les trois dimensions du nœud mémoriel-activiste identifiées ci-avant, nous avons mené une analyse thématique sur un échantillon du corpus. Nous avons sélectionné les fanzines Janus et Aurora pour trois raisons : 1) car certaines de leurs publications sont citées dans des travaux francophones ; 2) car ce sont les premiers fanzines selon Merrick (2009) et Rox Samer (2022) à adopter explicitement l’étiquette de « SF féministe » en Amérique du Nord ; 3) car ceux-ci sont doublement accessibles en France, à la fois par leur mise en ligne mais aussi, grâce aux travaux évoqués, par l’existence de monographies détaillant leur contexte intellectuel, ce qui n’est pas le cas des autres fanzines.

L’analyse thématique porte sur l’ensemble des rubriques et chroniques publiées (n = 234) afin de mettre en évidence un tournant vers l’activisme mémoriel : un travail de mémoire actif qui répond à une situation perçue de backlash – montée d’un antiféminisme dans le fandom et dans la société états-unienne, avec le tournant néoconservateur des années 1980 (Spruill, 2018) – et à la construction de rapports esthétiques et édifiants avec la SF féministe. Cette analyse use des formes d’encodages basiques et sert davantage à reconnaître des régularités et à trier un corpus – a fortiori, elle met en jeu la capacité interprétative du chercheur (Miles, Huberman, 1994).

L’objectif de cette analyse thématique est de montrer l’émergence d’une « grande conversation » à travers des échanges de plus en plus autonomes ou autoréférentiels, faisant primer les critères et enjeux féministes sur les enjeux exogènes, issus du reste du fandom de SF ou de la littérature mainstream de SF. L’intérêt de combiner ainsi une approche quantitative à une démarche plutôt qualitative est d’apporter une « double preuve » (Dietrich et al., 2012 : 217). L’analyse complète et ne vise pas à se substituer au dépouillement des archives, aux entretiens avec les fans ou aux observations en conventions. Nous avons proposé de voir dans cette collecte de données l’institutionnalisation progressive des conditions sociales d’une mémoire collective féministe et fanique : un consensus minimal autour d’un devoir de mémoire, d’un corpus de récits, de romans et d’autrices de SF, et d’une priorité politique donnée à la préservation de la présence des femmes dans la communauté de SF. Ainsi, la transition de relations éthiques à des relations esthétiques aux produits culturels que j’identifie ci-dessous ne signifie pas la disparition de l’impulsion éthique – comme le montre Neta Yodovich, c’est une impulsion permanente qui sous-tend la double identité de fan et féministe – mais dénote la « collectivisation » de cette éthique féministe qui devient un objectif communautaire : entretenir un espace d’expression féministe. Comme le remarque Charpenel avec sa distinction entre « mémoire vive » et « mémoire historique », il s’agit de dichotomies arbitraires ; un artefact de chercheur qui contribue à la démonstration d’un tournant vers l’activisme mémoriel, mais n’existe pas cognitivement pour les fans et les écrivaines.

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Fig. 2. Relations entre modalités et le cadre de l’autonomie symbolique.

J’ai créé deux groupes de modalités qui encadrent les notions de relation éthique et de relation esthétique aux produits culturels. Les modalités du premier groupe sont les suivantes : « Image des femmes (A) » (textes qui commentent la représentation interne des femmes dans la fiction), « Représentations de genre (B) » (textes qui commentent les relations de genre dans la fiction) et « Féminisme dans la SF/fandom (C) » (tentatives de définir le féminisme par rapport au fandom et/ou à la SF). Les modalités des relations esthétiques sont les suivantes : « Mémoire (D) » (activisme mémoriel explicite ou intention d’écrire l’histoire de la SF d’un point de vue féminin/féministe), « Auteurs (E) » (textes qui donnent la parole à des auteurs féminins ou en font un récit biographique) et « Féminismes (F) » (textes qui commentent la pensée féministe sans faire clairement référence au fandom).

Année / Numéros publiés / Nombre de pages totalABCDEFG
1975 / 2n / 59p5200006
1976 / 4n / 177p93601615
1977 / 4n / 164p91601415
1978 / 3n / 191p551302711
1979 / 2n / 89p0160545
1980 / 2n / 69p0210254
1981 / 2n / 64p3040054
1982 / 2n / 75p1020243
1983 / 1n / 34p1030142
1984 / 1n / 38p0003510
1986 / 1n / 36p1102044
1990 / 1n / 24p0002033
Tabl. 1. Quantité de chaque modalité par année dans les fanzines Janus et Aurora.

J’ai ensuite assigné une modalité à chaque rubrique (articles, essais, critiques…) publiée dans les fanzines Janus et Aurora, comme le montre le tableau. Le premier graphique ci-dessous montre l’évolution de chaque modalité dans le temps. Les modalités qui dénotent un rapport esthétique à la SF ou des écrits féministes édifiants augmentent en proportion. Cela se traduit par des écrits qui s’engagent directement dans des discussions féministes, avec moins de référence au fandom (dénotant une autonomie symbolique), ainsi que par des écrits qui théorisent directement le travail de mémoire ou l’histoire des auteurs féminins (dénotant un activisme mémoriel). Toutefois, le fanzine reste ouvert à une diversité d’écrits et garde une position critique à l’égard de l’interdépendance entre les représentations des personnages féminins dans la fiction et la représentation effective des femmes dans le fandom, expliquant la persistance du rapport éthique en son sein.

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Fig. 3. Évolution des modalités comptabilisées par année (1975-1990).
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Fig. 4. Évolution des modalités dénotant les formes de réception et l’autonomie symbolique par année (1975-1990).
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Fig. 5. Composition des fanzines par nombre de rubriques par numéro (colonnes de lettres retirées) (1975-1990).

Ces graphiques nous informent sur la composition du fanzine et les priorités éditoriales. Dans le second graphique, nous voyons approximativement la structure d’un « genzine »13 attaché à un groupe local dont le tirage atteignait un maximum de 500 exemplaires selon nos entretiens. On remarque la place que prennent les recensions d’ouvrages et l’expérimentation dans les rubriques : dans les entretiens avec les éditrices, on constate des intentions contradictoires, certaines voulant faire du fanzine un lieu de discussion fanique, d’autres de publication féministe – sur le modèle des revues de poésie ou sur celui des journaux académiques. Dans le premier graphique, on observe un tournant net vers les préoccupations mémorielles. Cela se confirme dans les lectures. Dans la partie 5, nous évoquons principalement des lettres et interventions publiées avant 1979 où semble se jouer le tournant. Ensuite, nous élaborons sur la préoccupation mémorielle, à partir d’un numéro du fanzine publié en 1984. Nous revenons dans la partie 7 sur un autre numéro de 1986, marqué par cette préoccupation et cité en France.

Comment bâtir une mémoire consensuelle ? Récits d’épiphanies et canonisation fanique

De Kosnik (2016) présente les archives de fans comme un outil éthique pour les minorités : un lieu de critique culturelle et de diversité, par opposition aux propriétés intellectuelles restrictives et aux règles des licences de médias de masse. Cependant, l’hétérogénéité constatée dans les discours et la mémoire des fans semble être moins une question de multiplicité que le produit des schémas narratifs du fandom, des traditions de canonisation et des positions hiérarchiques – certaines fans sont des universitaires, certaines appartiennent à des groupes minoritaires. La prise en compte de cette hétérogénéité permet d’analyser les dispositifs par lesquels une convergence concrète est construite, par exemple entre sous-cultures queer et fanique pour continuer notre discussion avec le travail de De Kosnik. Je présente ici l’œuvre de canonisation des fans féministes comme un moyen de justifier leur appartenance à la communauté SF. Elles se remémorent certains livres de SF comme de grandes épopées féministes, au détriment de leur ambiguïté politique. Cette mémoire sélective s’explique par la position d’intermédiaire que ces romans occupent entre écriture féministe et SF : affirmer que l’une a toujours appartenu à l’autre donne un sens à la double affiliation des fans. Le récit de l’invention de la SF féministe opère d’une certaine manière avant la mise en récit de l’expérience de lecture : les pratiques mnémotechniques qui constituent l’archive font partie de ce récit. Dans cette section, je discute de la canonisation par l’archivage (1), par les récits d’épiphanies (2), par le canon académique (3), et enfin, par les instances de consécration de la SF féministe (4).

Les fanzines auxquels j’ai eu accès ont été collectés par les conventions WisCon et Corflu (cette dernière étant spécialisée dans les fanzines) et sur le site web « FANAC ». Ces ressources sont complétées par le wiki Fancyclopedia et les interviews sur la chaîne YouTube Fanac: Fan History. Lors de mes recherches en 2022, j’ai remarqué l’absence de plusieurs fanzines, notamment ceux d’Amanda Bankier et de Janice Bogstad, qui partageaient toutes deux des vues plus littéraires de la SF féministe. En 1980, Bogstad et Gomoll, qui étaient co-éditrices de Janus, se disputent14, ce qui entraîne une rupture éditoriale. La première publie New Moon, qui se concentre sur l’analyse littéraire, tandis que la seconde et le groupe Madison créent Aurora, plus axé sur le féminisme dans le fandom. Logiquement, la perspective privilégiée par l’archive des fans est la seconde : Gomoll – qui n’était plus éditrice principale mais restait la dessinatrice d’Aurora, était impliquée dans le fandom. À rebours de la polyvocité vantée par De Kosnik, les archives de fans – comme toutes les archives – rapportent des récits situés, créées par les fans disposant de moyens financiers et/ou de temps de loisir. Elles sont aussi plus ou moins développées selon la présence des « Big Names Fans » (comme Gomoll, qui dispose d’une page Fancyclopedia détaillée).

Parler d’épiphanies15, plutôt que de « moments de découverte » (De Kosnik 2016 : 135) permet de souligner la façon dont les souvenirs personnels des fans sont façonnés par les objectifs et les valeurs du fandom. Il s’agit de discours dans lesquels les fans identifient un écrit qui a transformé leur vie – tel qu’un livre qui les a introduits à la SF et/ou au féminisme – et qui a fait d’elles de « vraies » fans de SF et/ou de « vraies » féministes. Par exemple, à l’instar d’Helen Merrick, j’évoque régulièrement le moment de ma lecture du Manifeste Cyborg, ce qui a du sens dans une carrière universitaire : c’est un texte très cité, qui mobilise un vocabulaire technique pour aborder des questions spécifiques aux études technoscientifiques, études de genre, etc. Dans le fandom, ces histoires sont des ressources d’entrée qui justifient la place de chacune en tant que fan et/ou féministe authentique. Ainsi, de nombreux fans et chercheuses évoquent l’importance de leur première rencontre avec la SF lorsqu’elles partagent leurs expériences : Jeanne Gomoll fait régulièrement référence à sa première lecture des Guérillères de Monique Wittig, Jessica Amanda Salmonson (1981) parle de At the Seventh Level de Suzette Haden Elgin comme l’ayant marquée à cause des personnages féminins « forts » et Octavia Butler évoque The Lovers de Philip José Farmers comme une œuvre contenant une misogynie si flagrante qu’elle a été poussée à écrire des histoires alternatives (Bogstad 1978 : 30). L’objectif n’est pas de remettre en question la sincérité de leur mémoire, mais d’interroger le contenu de leurs expériences qui, à rebours de ces récits d’initiation, suppose une compétence science-fictionnelle (Saint-Gelais, 1999) et un décodage antisexiste préalable.

Ces récits de fans/écrivaines contribuent au canon du fandom de SF et orientent les discussions. Ils ont également un effet sur les canons mainstream et académiques. Non seulement ces canons coexistent, mais ils se définissent réciproquement (le canon « académique » est, par définition, distinct des corpus faniques ou populaires, perçus comme ayant une moindre valeur intellectuelle). Cela ne signifie pas qu’ils sont systématiquement opposés. Les fans et les universitaires participent à la construction d’une autonomie symbolique pour le genre de la SF féministe dans son ensemble. D’ailleurs, la critique féministe a été portée par des écrivaines et des fans qui ont souvent occupé cette double position16 même si s’il faut attendre les années 1980 pour que des numéros de revues académiques y soient consacrés (Merrick, 2009 : 121-122)17. De la même manière que les anthologies de fiction comme Women of Wonder de Pamela Sargent ont contribué à ouvrir le champ des imaginaires possibles et à regrouper des écrivaines dispersées, les anthologies de critique comme Future Females de Marleen Barr (1981) ainsi que les analyses de Joanna Russ sur les incohérences logiques de la SF masculiniste (Yaszek, 2009), ont été déterminantes dans la construction de l’autonomie symbolique.

Les fans ont aussi leurs « instances de consécration » (Sapiro, 2014 : 86). Chronologiquement, les premières sont la WisCon et le « People’s Programming ». Ce dernier est annoncé par Susan Wood en 1978 dans le fanzine Janus, appelant à développer des activités féministes dédiées aux conventions grand public. Le groupe de Madison qui publie le fanzine Janus est à l’initiative de la WisCon, une convention locale orientée vers le féminisme18. Cette double stratégie se retrouve dans les communautés racialisées et LGBTQ+ : lutter pour obtenir des espaces exclusifs dans les conventions traditionnelles (comme la Carl Brandon Society) et créer leur propre espace d’expression (à l’image des conventions DiversiCon et GaylaxiCon) (Bacon-Smith, 1992 : 23-24 ; 2000 : 118-152). Ces instances fonctionnent également comme des sites de transmission de la mémoire collective des fans. La WisCon sert de plateforme pour lancer le Tiptree Award, dédié aux fictions explorant les questions de genre. Créé en 1995, ce prix est présenté comme une riposte face au néoconservatisme et au postféminisme (Murphy, 1999) et acclame rétrospectivement les écrivaines des années 1970 – affirmant au passage, la valeur des souvenirs des fans féministes de cette période.

L’activisme mémoriel et ses tensions : une fan (Her)story ?

Les fans inscrivent leurs histoires individuelles dans la « grande histoire » du fandom, façonnant ainsi la mémoire collective. Ces activités prennent un rôle central à la suite de la réorganisation du comité de rédaction du fanzine Janus, qui devient Aurora en 1980. Alors qu’il existait déjà des discours sur le rôle des fanzines en tant que mémoire des événements faniques (Luttrell, 1977), ce fanzine donne une place centrale au travail de mémoire dans un contexte de réaction conservatrice19. Cette section examine les tensions entre mémoires fanique et académique (1) puis la réédition du fanzine Khatru comme acte de réconciliation (2).

Au cours des années 1980, les fans investissent la contre-mémoire féministe ou « herstory ». Un numéro entier d’Aurora (1984, vol. 9 n° 1) est consacré au souvenir des écrivaines. Il comprend des essais sur Katherine MacLean, Charlotte Perkins Gilman et des écrivaines du fantastique de la fin du XIXe siècle (Sara Coleridge, Mary Gaskell, Mrs Oliphant, etc). À la même époque, les chercheuses puisent de plus en plus dans le corpus de la « SF féministe » comme modèle de déconstruction des binarismes de genre et des récits androcentriques (Larue, 2018 : 16-17 et 93). Ces critiques prennent leur distance avec le canon des fans qu’elles jugent essentialiste. Ainsi, Marleen Barr propose de se débarrasser du terme « SF féministe » pour user d’un concept moins essentialisant tel que « fabulations féministes ». Pour L. Timmel Duchamp, ce changement de terminologie « condamne à l’exil [les écrivaines et des fans féministes] du seul endroit où leur travail est susceptible d’être accueilli » (2004 : 17, je traduis). La situation est complexe, à l’image de Barr et Duchamp qui se situent toutes deux à l’intersection entre fandom de SF (féministe) et études littéraires académiques (SF). C’est une situation fréquente, par exemple les écrivain-es Russ et Delany interviennent autant dans les revues de théorie que dans les fanzines. De cet enchevêtrement ne résulte pas deux mémoires distinctes mais une mémoire collective traversée par des intentions contradictoires qui parfois coexistent au sein des mêmes individus.

De fait, les fans perçoivent moins l’écriture de herstory comme une glorification des œuvres féminines mais comme la fabrication de lieux de mémoire. Leur réédition du fanzine Khatru peut être interprétée comme une tentative de réconciliation mémorielle. En 1975, son éditeur Jeffrey D. Smith publie un numéro spécial « Women in Science Fiction » composé d’échanges de lettres entre écrivaines Chelsea Quinn Yarbro, Joanna Russ, Ursula K. Le Guin, Vonda McIntyre et Suzy McKee Charnas, etc. Leurs lettres critiquent la présence des hommes dans une discussion sur le féminisme et proposent des essais théoriques (sur le patriarcat par Charnas, et sur le dimorphisme sexuel par Tiptree). Les fans interrogées admettent ne pas avoir lu Khatru lors de sa publication20. Néanmoins, il acquiert un statut culte dans le fandom féministe et les fans du groupe de Madison le republient en 1993 en incluant des commentaires rétrospectifs des écrivaines et l’ajout de réflexions par ces mêmes fans. De leur point de vue, la réédition de Khatru est un acte de réflexivité et une « re-conquête de [notre] histoire » (Jane Hawkins dans Smith et Gomoll  2009 : 118, je traduis). Le fanzine devient un lieu où les frontières entre les fans et les écrivains, entre histoire et mémoire, se brouillent, où la reconsidération du travail des écrivains sert à célébrer les fans de la même époque et leur rôle dans la construction de la SF féministe.

La mémoire de l’activisme : les nouvelles générations et les luttes du passé

La mémoire collective, telle qu’elle s’exprime dans les récits des fans, est toujours en cours de reconstruction. Les traces des luttes et des visions passées de la SF, de ses fans, de leur genre littéraire et de leurs croyances sont sédimentées dans les récits actuels. Pour reprendre une expression de William Gibson (1987) à propos de l’âge d’or de la SF, c’est comme si ses « fantômes sémiotiques », les résidus des futurs imaginés dans le passé, existent encore à nos côtés, persistant à nous imposer ces visions et ces rêves. Nous étudions ici deux autres dimensions liées à la visibilité des mémoires féministes comme instruments de leur présence dans le fandom. Nous commençons par présenter leur remise en cause par les fans qui défendent une communauté apolitique (1), puis nous évoquons les questions générationnelles, la présence d’autres activistes qui contestent le caractère exclusif de ces souvenirs (2).

Mon premier contact avec le fandom féministe nord-américain remonte à la lecture de la lettre ouverte de Jeanne Gomoll à Joanna Russ publiée en 1986 dans le fanzine Aurora. Dans cette lettre, Gomoll critique les préfaces de Bruce Sterling aux anthologies Cyberpunk. Il y exprime un rejet des années 1970 comme une période sombre de SF de la « Terre-mère ». Selon Gomoll, ce rejet enferme les écrivaines dans un tiroir, un passé obsolète. Elle souligne que sa présentation de la SF féministe des années 1970 qui la qualifie de « décennie du moi, où rien de valable n’a été créé » est une stratégie qui « a également été employée contre le mouvement féministe dans son ensemble » (1986 : 8, je traduis). L’amnésie sélective de Sterling affecte les fans : Gomoll est « étonnée de constater à quel point les souvenirs des panélistes [lors des tables rondes « Rétrospective sur le fandom des années 70 »] ne sont pas représentatifs […] Le fandom est censé être cimenté par la tradition et les souvenirs conservés en toute confiance et transmis aux générations faniques futures ». (1986 : 7). Le récit de l’invention de la SF féministe, en tant qu’espace d’expérimentation, contredit le récit du Cyberpunk qui affirme la nouveauté radicale de ses réflexions critiques et « postmodernes » sur les nouvelles technologies. Cette opposition perçue n’est pas une nouveauté : le fandom des années 1960 a été marqué par un conflit similaire entre l’ancienne et la nouvelle vague en SF (Latham, 2006). Des fans comme Avedon Carol affirment qu’en réalité, des écrivaines féministes de SF (comme Alice Bradley Sheldon) anticipent le Cyberpunk. Leur omission est le fait, selon l’écrivaine Joanna Russ, d’une « réécriture de l’histoire par les gardiens [gatekeepers] de la culture ». Enfin, l’écrivaine Suzy McKee Charnas y voit « une expression du Backlash »21. Alors que les luttes mémorielles sont incessantes, la survie de la mémoire de cette « SF féministe » devient un impératif pour cimenter la présence des écrivaines et des fans féministes dans la SF. La lettre de Gomoll est réimprimée de nombreuses fois et son récit se répand.

Les fandoms féministes peuvent fonctionner comme des « structures dormantes » (abeyance structures) : des réseaux militants qui subsistent pendant les périodes de repli, en entretenant des répertoires d’objectifs et une culture militante, avec une part d’inertie (Taylor, 1989). On peut considérer la mémoire collective des fans sous le même angle : elle préserve des identités et des pratiques militantes socialement et historiquement situées, reproduisant leurs exclusions constitutives. Le changement générationnel dans le cadre du féminisme radical a été étudié par la sociologue Nancy Whittier : selon elle, de nouvelles cohortes apportent d’une part de nouvelles valeurs et attitudes, et d’autre part, contribuent à « redéfinir l’identité collective [du mouvement] » (2010 : 256, je traduis). Ce changement affecte le processus de transmission assuré par la mémoire collective. Dans le cas du féminisme de la WisCon, un fossé générationnel se révèle au sujet des Tiptree Awards, symbole de l’activisme mémoriel. Une discussion a lieu sur le caractère validiste du suicide de James Tiptree Jr. (Alice Bradley Sheldon) avec son compagnon en situation de handicap. Le prix est rebaptisé Otherwise, écartant le nom de Tiptree à la fois en raison de sa connotation excluante mais aussi en raison de la période que ce nom incarne : celle du féminisme radical. Ce nom évoque à la fois les représentations homogénéisantes associées à la « seconde vague féministe » (Hemmings, 2005) et porte une charge affective pour les fans s’étant battues à cette période et pour sa mémoire – voire favorise la circulation de cette mémoire en France où le récit du féminisme en vague et rupture a été introduit plus récemment (Pavard, 2018). En même temps, cette expression soulève des questions chez les fans, en renvoyant à une histoire de marginalisation des groupes minoritaires au sein des fandoms et du féminisme (c’est-à-dire les fans racialisés, LGBTQ+, vivant en situation de handicap, etc)22. Ces discussions questionnent la préservation d’un pan de la mémoire collective, celle des groupes sans accès aux archives.

Conclusion

Notre travail propose une nouvelle interprétation de l’histoire de la SF féministe à partir de la notion d’activisme mémoriel. Il vise aussi à faire converger littératures académiques francophones et anglophones, ainsi que des ensembles de travaux portant sur différentes générations de fans.

Au début du chapitre nous avons questionné ce qui faisait converger les pratiques faniques et féministes et quelles étaient les relations de pouvoir en jeu. Notre première thèse était que la mémoire collective, une force motrice au sein des mobilisations féministes, est aussi un des lieux où les pratiques fans et féministes convergent – une thèse suggérée par notre lecture de De Kosnik. Ainsi, avant même le tournant vers l’activisme mémoriel dans un contexte de backlash, le travail de mémoire a eu un rôle actif dans la dynamique des communautés littéraires. Nous avons emprunté à la sociologie de la culture de tradition française le concept d’autonomie symbolique afin de montrer que la mémoire collective est à la fois un des supports et des produits de la « grande conversation ». Entretenir ce récit commun participe à produire du consensus sur les enjeux faniques, à homogénéiser les récits individuels et sert aux membres à témoigner de leur appartenance à la communauté. Les technologies de mémoire (archives, conventions, récits d’initiation, etc.) contribuent à la discussion collective – ce que nous avons appelé « autoréférentialité » : la capacité à fixer ses propres critères d’évaluation pour exiger, aux côtés des universitaires, de plus hauts standards d’écriture féministes. L’activisme mémoriel, qui insiste sur les accomplissements des femmes dans la SF et dans le fandom, a pour fonction de justifier la place des fans dans les deux espaces du féminisme et de la SF. À mesure que le fandom de SF féministe a gagné en autonomie, il s’est dôté de nouvelles instances de commémoration célébrant une mémoire collective, certains répertoires militants, et remettant en cause le récit masculin dominant de la communauté de SF.

Notre seconde thèse visait à nuancer l’argument de De Kosnik : la convergence de la mémoire collective et de l’activisme mémoriel des fans de SF avec les subcultures queers et féministes est aussi marquée par des mécanismes d’exclusion. Les fans-historiennes, principales actrices de l’archivage, ont une vision située du féminisme, par exemple à travers un attachement émotionnel à un certain âge d’or de l’activisme qui se situerait dans les années 1970. Aborder les rapports de pouvoir en jeu dans les pratiques historiennes et archivistiques des fans n’est pas nouveau : Alexis Lothian insiste là-dessus. Mon objectif était de montrer une façon de saisir ces dynamiques : le travail de mémoire des fans et la transmission des répertoires portent des projets politiques et sont façonnés suivant le point de vue des fans-historiennes de différentes générations. Cette pratique archivistique n’est pas neutre, toutes les fans n’y sont pas également prédisposées : selon leur maîtrise de la culture scolaire, des outils numériques (leur « capital culturel »), de leurs engagements féministes passés, de leur temps libre, de leur position académique, etc.

La conjonction des récits féministes entre la France et l’Amérique du Nord et la disponibilité sélective des archives sont le produit d’un travail de mémoire actif de la part des fans, qui ne se réduit pas à la simple préservation. Ce sont des actions politiques conscientes, théorisées, contestées, servant des objectifs distincts dans le fandom, le mouvement féministe et la SF. Loin de proliférer librement, les archives sont donc travaillées par les cadres sociaux de la mémoire. La reconnaissance des contributions individuelles « est susceptible d’être régie par les hiérarchies et les inégalités existantes au sein du fandom, aggravées par les critères d’appartenance incluant des éléments raciaux et la classe sociale, en particulier le fait d’être doté en capital et disposer d’un temps de loisir » (Stevens, Webber, 2022, je traduis). Cela suppose du chercheur ou de la chercheuse une position intersectionnelle, qui « attire l’attention sur les cadres épistémologiques qui permettent ou effacent la reconnaissance des préjugés » (Chidgey, 2023 : 66) et un « présentisme stratégique » qui insiste sur les connexions entre passé et présent, souligne les discontinuités, en rapportant à la fois les interprétations multiples et concurrentes situées dans le présent et le passé ainsi que leur contexte relationnel. Ce présentisme est un appel général à l’usage des outils ethnographiques de la sociologie sans exclure une réflexion sur le passé. Contre une mémoire univoque, notre contribution met l’emphase sur sa plurivocité et ses limites, produits des luttes pour la possession de cette mémoire (Fendler, 2006 ; Olick, Robbins, 1998 : 127).

Feminism in 1970s/80s Fandom (Pt1): Janice Bogstad, Jeanne Gomoll, and Lucy Huntzinger, FANAC Fan History (03/2023)
Feminism in 1970s/80s Fandom (Pt2): Janice Bogstad, Jeanne Gomoll, and Lucy Huntzinger, FANAC Fan History (03/2023)
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Liens utiles

Site de la SF3 de Madison où se trouvent aussi les exemplaires PDF du fanzine : https://sf3.org/history/janus-aurora-covers/

Site Fanac Fan History où se trouvent les exemplaires PDF du fanzine Janus : https://fanac.org/fanzines/Janus-Bogstad_Gomoll/

Section histoire du site de la convention féministe WisCon : https://wiscon.net/about/history/

Notes

* Ce chapitre est le produit d’un travail de master dirigé par Hélène Breda et Emmanuel Taïeb. C’est la version étendue d’un article en cours de publication pour Transformative Works. Il a connu plusieurs cycles de relecture et de discussion, nous tenons notamment à remercier Anne-Geneviève Moalic, Étienne Goron, Marie-Josée Massicotte, Sophie Bourgault, Laure Saincotille, Calla Barnett, ainsi que le comité éditorial et les révisions anonymes de Transformative Works. Nous remercions également pour leur aide, leurs réponses et la mise à disposition des archives, les éditrices Janice Bogstad, Diane Martin et Jeanne Gomoll.

  1. On peut se demander par exemple pourquoi prioriser les pionnières anglophones sur les francophones Lou Bersianik, Joëlle Wintrebert et Elisabeth Vonarburg qui écrivent aussi au cours des années 1970.
  2. Mes entretiens par courriels avec les éditrices Janice Bogstad, Jeanne Gomoll et Diane Martin des fanzines Janus, Aurora et New Moon ont eu lieu de janvier à avril 2022.
  3. Nous utilisons cette notion par défaut, sans l’insérer de façon aussi forte dans la dichotomie bourdieusienne « autonomie / hétéronomie » associée à l’idée de champs sociaux fortement intégrés (avec leurs ressources, leurs enjeux, etc). Nous conservons cette notion surtout pour exposer les conditions sociales d’une forme d’autonomie intellectuelle et dialogique, se rapprochant davantage d’un sous-champ ou d’un microcosme (par exemple, comme les études de fan en France). Notre conception s’appuie ainsi à la fois sur l’interprétation de Gisèle Sapiro, mais aussi sur le travail de Bernard Lahire sur l’autonomie littéraire, sur les conditions sociales de possibilité d’une mémoire collective féministe développées dans le travail doctoral de Marion Charpenel et sur la réception éthique et esthétique des lectrices étudiées par Viviane Albenga et Geneviève Sellier.
  4. Il faut remarquer que si les travaux pionniers en études de fans portent sur les fandoms médiatiques avant 1990 (Bacon-Smith 1992 ; Jenkins 1992), il y a eu une rupture historiographique avec l’intensification des publications sur les fandoms numériques. La notion de « mémoire collective » nous permet aussi de traiter de la difficulté d’user de méthodologies façonnées à l’épreuve de fandoms massifs.
  5. Son terme est celui de « rogue archives ».
  6. Bradley a été accusée d’abus sexuel sur des enfants et, de façon confirmée, a couvert les agissements de son compagnon d’alors, Walter H. Breen. Notre citation n’a pas valeur de caution : nous la mentionnons car son nom et son œuvre sont objets de débats centraux pour comprendre les positions des fans féministes.
  7. Il y a eu des évolutions dans la compréhension des différences sexuées et genrées, qui passent en anglais de « woman » relative au genre et « female » relative à une forme essentialiste. Toutefois, à cette époque, les connotations ne sont pas aussi marquées, bien que ces positionnements puissent déjà être lus comme des tendances essentialisantes et homogénéisantes fortes dans le féminisme radical. Nous gardons l’usage des fans ici en soulignant qu’il désigne une appartenance genrée et que nous le faisons sans intention exclusive.
  8. WatCh a été créé par Bankier avec le soutien de McIntyre, toutes deux se revendiquent déjà féministes dans le fandom. Janus a commencé comme un fanzine local à tendance académique autour de Hank Luttrell et Janice Bogstad, rejoints par les autres fans de Madison dans la préparation du premier numéro.
  9. Ces informations ont été collectées pendant les entretiens.
  10. Il est possible de lire un échange équivalent entre l’écrivaine André Norton et l’éditrice fan féministe de WatCh Amanda Bankier (Bankier, 1974 ; Samer, 2012 ; 2022 : 157-158).
  11. Par exemple, par Alice Echols. Son usage de « féminisme culturel » a été critiqué par Leila J. Rupp et Verta Taylor (1993).
  12. Il est aussi influencé par l’ouvrage de Dale Spender Man Made Language (1980).
  13. Les chiffres proviennent de notre enquête et d’un entretien avec Diane Martin, rédactrice en chef du fanzine Aurora (1980-1990). Genzine désigne un « zine généraliste » comprenant de la fiction, des critiques, de la poésie, des lettres, etc. Par opposition aux letterzines ou aux fanzines de fiction dédiés respectivement aux lettres du lectorat et aux fanfictions.
  14. Que ça ait été à la fois une affaire personnelle et une dispute sur l’orientation du fanzine est confirmé dans nos entretiens. Bogstad soutenait une forme plus universitaire, Gomoll plus fanique. On remarque que le tournant vers la mémoire précède cette rupture qui a donc eu peu d’effet sur cette orientation. Cela tend à confirmer notre hypothèse selon laquelle il s’agit d’enjeux qui concernent toute la communauté, liant de concert écrivaines, fans et universitaires autour de l’autonomie symbolique et de la préservation des thèmes féministes.
  15. Cette notion est extraite à la fois de notre travail d’entretien et de notre lecture des colonnes de lettres.
  16. Des publications pionnières peuvent être évoquées, en particulier celles de Joanna Russ (2007), Beverly Friend (1972), Susan Wood (1978b) and Ursula K. Le Guin (1975).
  17. Voir le numéro spécial d’automne 1977 de Frontiers (vol. 2, n° 3) dédié aux fictions spéculatives féministes.
  18. La WisCon commence autour de Lesleigh Luttrell, Bogstad et Philip Kaveny à travers l’« extension-program » de l’University of Wisconsin et le soutien de la municipalité de Madison qui établit une semaine de la SF.
  19. En particulier, après la défaite de l’Equal Rights Amendment au début des années 1980, qui aurait inscrit l’égalité homme-femme dans les textes constitutionnels états-uniens.
  20. Cette information est confirmée lors des entretiens.
  21. La réponse de Joanna Russ est publiée avec la lettre de Jeanne Gomoll et les autres sont éditées par Peter J. Larsen dans le dernier numéro d’Aurora (1990).
  22. Le sixième volume des WisCon Chronicles, édité par Alexis Lothian, raconte comment la mauvaise gestion de propos racistes tenus par une écrivaine, soutenue par plusieurs fans, a mené au départ de N.K. Jemisin. L’autrice et fan Beth Plutchak parle, à propos des problèmes de harcèlement sexuel qui ont conduit à la démission de l’ensemble du ConCom (comité organisateur), de l’échec des « anciens fans » à intégrer une approche intersectionnelle (2017).
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Chapitre de livre
EAN html : 9791030012651
ISBN html : 979-10-300-1265-1
ISBN pdf : 979-10-300-1266-8
ISSN : en cours
Volume : 1
Code CLIL : 3160; 3157;
Posté le 13/04/2026
27 p.
licence CC by SA
Licence ouverte Etalab

Comment citer

Pascual, Loig J. F., « Se souvenir de la science-fiction féministe : mémoire collective, mémoires contestées et archives des fandoms littéraires nord-américains des années 1970-1980 », in : Bourdaa, Mélanie, Breda, Hélène, Peyron, David, Breton, Justine, Escurignan, Julie, François, Sébastien, dir., Les fans en contextes numériques, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection Publics des médi@s 1, 2026, 123-150, [URL] https://una-editions.fr/se-souvenir-de-la-science-fiction-feministe
Illustration de couverture • Création Louann Crémadès, 2025
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