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Féministes sans le revendiquer ?
La politisation non-militante de la maternité par les fans de Mad Men et This is Us

Introduction

« Le personnel est politique », voici l’argument que déployait Carol Hanisch, militante féministe états-unienne, à la fin des années 1960 (Hanisch, 1970). Partant de ce constat, Hanisch renversait une vision qu’elle estimait hiérarchisée des revendications féministes. Dorénavant, il s’agissait de pouvoir investir la parole publique en donnant une amplitude collective à des préoccupations estimées « nombrilistes ». Pourtant, la maternité demeure une source de tensions au sein du débat public, en témoignent les points de discorde qu’elle a suscités entre divers courants féministes, distincts et hétérogènes (Cardi et al., 2016). Le Black feminism s’est construit en opposition à une lecture unicatégorisée de la maternité (Hill Collins, 1990 ; hooks, 1984 [2017]), un discours longtemps dominé par des femmes blanches issues de la bourgeoisie ou de la classe moyenne (Friedan, 1963 [2020]). D’autres approches, d’inspiration marxiste ont pour leur part envisagé la famille comme un espace de rapports de pouvoirs et d’exploitation (Delphy, 1998) ou comme une source de radicalisation féministe (Rich, 1976 ; Montei, 2023). La maternité démontre ainsi toute son envergure à être débattue, mais aussi altérée (Picq, 1995).

Par une normalisation de l’assignation des femmes aux rôles de mère et de ménagère, la maternité s’est affirmée comme élément structurant de la société états-unienne (Cott, 2020). En parallèle des luttes féministes, elle s’est paradoxalement renforcée, comme l’illustre le modèle de la maternité intensive (Hays, 1996). Dans cet esprit, la figure médiatique de la « bonne mère » s’est vulgarisée (Johnston et Swanson, 2006 ; Lécossais, 2015 ; Feasey, 2017) tandis que celle de la mère « défaillante » sur les plans affectif, moral ou hygiénique continue d’inviter à la reconduction de stéréotypes de genre, de classe, mais aussi de « race » (Cardi, 2007).

Ces tensions normatives se matérialisent avec force dans les fictions télévisuelles contemporaines anglophones. Ces dernières années, les productions télévisuelles ont placé la maternité au cœur du processus créatif. Le regard et la réflexion des spectateurs·rices se sont ainsi déplacés de l’ensemble familial pour se concentrer sur les mères et les questionnements que soulèvent ou éludent ces textes médiatiques. Les chaînes et plateformes de visionnage en ligne sont porteuses de ce phénomène, avec le développement de séries telles que Better Things (FX, 2016-2022), The Letdown (ABC, 2016-2019), Mom (CBS, 2013-2021) ou Workin’ Moms (CBC et Netflix, 2017-2023). Cet article, issu d’un travail de terrain de longue haleine sur les traces numériques faniques1, propose toutefois de sonder deux séries télévisées, Mad Men (AMC, 2007-2015) et This is Us (NBC, 2016-2022), qui ont fait le choix de porter un éclairage pluriel sur la maternité sans qu’elle en soit la thématique principale. S’inscrivant dans l’élan créatif proposé par le « troisième âge d’or de la télévision »2, Mad Men, drame du showrunner Matthew Weiner – disciple de David Chase, scénariste et producteur des Sopranos – couvre toute la période des années soixante. Le public suit le cheminement tortueux et torturé de Don Draper, directeur artistique d’une éminente agence de publicité New-Yorkaise et figure de proue d’un cortège de personnages masculins « en crise » (Boisvert, 2017). Le conformisme des années cinquante, qui porte capitalisme et famille nucléaire au pinacle, y est malmené et bouleversé par le tumulte social et politique de l’époque. This is Us, de Dan Fogelman, se définit quant à elle comme une « dramedy », dont le récit s’étend sur les soixante dernières années. Diffusée sur le network états-unien NBC, entre 2016 et 2022, cette fiction sérielle narre le quotidien de la famille Pearson, avec comme noyau familial Rebecca et Jack, parents de triplés : Kate, Kevin et Randall. Ce dernier, afro-américain, a été adopté le jour de la naissance des deux autres.

En gardant comme « ordre culturel dominant » (Hall, 1973 [1994]) la maternité intensive, telle qu’elle se construit et se paramètre, selon les contextes économiques et sociaux, depuis la fin de la seconde guerre mondiale (Hays, 1996 ; Faludi, 1991 [2022] ; Weiner, 1985), Mad Men et This is Us proposent des codages pluriels de la maternité. Ces codages font écho aux observations de Sharon Hays, qui note que les principes de la maternité intensive ne sont pas tous suivis à la lettre par les mères, mais « implicitement ou explicitement compris comme l’approche adéquate »3(Hays, 1996 : 9). Se rapprocher de communautés de fans, ces « producteurs·rices de contenus et de sens » (Bourdaa, 2021), et notamment des membres du groupe Facebook « Mad Men (MADdicts) » et du subreddit r/thisisus, permet d’examiner deux arènes d’expression où s’échangent de multiples lectures de ce modèle hégémonique. J’envisage ainsi chaque membre comme actif·ve et déterminé·e4 à nourrir, densifier et finalement transformer le processus de décodage de la série, quitte à devenir porteurs·euses de certains courants de pensées. En m’appuyant sur le modèle « codage/décodage » proposé par Stuart Hall (Hall, 1973 [1994]), j’explore les différentes postures adoptées par les fans. Malgré leur multitude, restent-elles véritablement plurielles ? Et selon quelles modalités les idées féministes teintent-elles le maillage discursif des fans ?

Pour vérifier ces questionnements sur la teneur féministe de ces discours faniques, leur variabilité et leurs modalités, je situe ma démarche à la croisée des cultural studies et de l’analyse du discours. Ainsi, je propose de conserver la figure de « la bonne mère » comme point d’ancrage de la mise en conversation d’une norme sociale genrée. Dans cette perspective théorique issue des cultural studies, j’ai privilégié une démarche exploratoire, débutée en 2020, reposant sur une observation au long cours de communautés de fans en ligne. Je suis restée attentive à la « persistance des échanges » et à leur fréquence soutenue (Jouët, Le Caroff, 2013). Facebook et Reddit ont été privilégiés car ils favorisent des échanges relativement longs, propices à une analyse qualitative de type sémiodiscursive, allant de l’usage de l’emoji à des commentaires plus développés. Les publications sélectionnées mènent ici aux représentations des maternités à partir des pratiques discursives des fans, permettant d’observer la réception collective et les négociations interprétatives entre fiction sérielle et contexte extradiégétique. Lors de cette étude, j’ai travaillé sur un sous-corpus en constante évolution, puisqu’il s’intégrait à la construction d’un autre corpus, celui de ma thèse de doctorat. Cette clarification justifie le choix de ne pas quantifier le nombre de publications prises en compte. En effet, le chiffre progressant en permanence. En revanche, il est possible de préciser l’intervalle temporel étudié : les échanges s’étendent de 2016 à 2022. Respectant un mouvement analytique de va-et-vient entre représentation et réception, cette étude examine la répartition des rôles parentaux à l’écran, pour s’intéresser enfin aux déclinaisons intersectionnelles de la maternité – à l’articulation des catégories de la classe sociale et de « race ».

« Est-elle une bonne mère ? » : point zéro des (re)négociations de la maternité hégémonique

En me saisissant des discours circulant en ligne, j’examine comment certains fans réagissent aux représentations de la maternité dans Mad Men et This is Us. Le groupe Facebook « Mad Men (MADdicts) », illustre particulièrement la fertilité conversationnelle de ces échanges : sur un corpus de 16 conversations, 1 166 commentaires ont été recensés (30 à 200 par fil de discussion). Ces discussions révèlent des récurrences thématiques saillantes : évaluation des performances maternelles, expression du malaise maternel ou répartition de la charge parentale. La question « Est-elle une bonne mère » s’y impose comme point zéro des renégociations de la norme hégémonique.

En analysant ce premier corpus, j’observe que le groupe « Mad Men (MADdicts) » n’échappe pas à la tentation d’une appréciation polarisée des aptitudes maternelles de Betty Draper. Cette posture trahit en filigrane les attentes normatives pesant sur les mères. La formulation « Est-elle une bonne mère » s’y impose comme formulation récurrente, l’adjectif « bonne » réactivant un champ sémantique de la moralité, de la vertu et de la serviabilité – valeurs cardinales du culte de la domesticité (Welter, 1966). Les fans ont fréquemment recours à des captures d’écran de la série pour initier ces discussions : cette pratique multimodale relie instantanément un moment précis du récit ou un personnage à une évaluation normative. La dichotomie « bonne mère » / « mauvaise mère » vise particulièrement les personnages incarnant la seule fonction maternelle, comme de Betty Draper dans Mad Men et de Rebecca Pearson dans This is Us. Dès la première saison, la perfection apparente de la première épouse de Don Draper vient rapidement se fissurer pour laisser entrevoir ses insatisfactions de femme au foyer d’une banlieue tranquille du comté de Westchester. Ce malaise fait écho à celui dénoncé par Betty Friedan dans La femme mystifiée, essai féministe paru en 1963 qui a directement influencer l’écriture de Mad Men.

En mai 2017, le jour de la fête des mères (Mother’s Day), un membre du groupe « Mad Men (MADdicts) » interpelle sa communauté sur les performances maternelles du personnage de Betty Draper. L’auteur de la publication initiale reprend à son compte l’usage de cette expression : « Pensiez-vous que Betty était une bonne mère ? » (publication du 17 mai 2017).5.

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Fig. 1. Un exemple de publication questionnant les aptitudes maternelles de Betty Draper. Publication tirée du groupe « Mad Men (MADdicts) », auteur anonymisé, mai 2017.

Cette interrogation instaure une norme implicite de ce qu’une « bonne mère » devrait être : un rôle genré définit par l’attention et l’amour exemplaire portés à l’enfant. Blondeur « nordique »6, mise en plis impeccable, Betty Draper apparaît pourtant seule dans sa cuisine, fumant une cigarette, les sourcils froncés, le visage fermé. L’image illustrant cette publication forge un jugement immédiat tant le décalage entre la représentation choisie et la vision normative de la maternité y transparaît avec force. Nous sommes loin du stéréotype de mère comblée, le sourire aux lèvres, qu’ont représenté une multitude de campagnes publicitaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale, vantant les mérites de savons, machines à laver ou aspirateurs. Pourtant, la formulation interrogative adoptée par le contributeur traduit une tentative – reprise à la fois dans le texte et dans l’image –, doublé du hashtag #SaturdayDiscussion (#Débatdusamedi), traduit une double intention : maintenir une distanciation énonciative tout en ouvrant explicitement le débat. Deux forces contraires s’affrontent : l’irrépressible conception la « bonne mère » et une invitation à la renégociation collective.

Pour l’analyse de cet échantillon représentatif, j’ai identifié sur trois catégories principales de registres discursifs : « Dépréciation », « Explication » et « Autres ». J’ai ensuite divisé la catégorie « Explication » en une première sous-catégorie : « Recontextualisation ». Celle-ci regroupe les commentaires replaçant la maternité à un moment de son histoire, ici les années 60, puis les contributions se rapportant au « vécu » du personnage, à ses traumatismes d’enfance (maltraitance psychologique, trouble de l’attachement, sous-entendus d’inceste) et leurs répercussions sur sa vie de femme et de mère. La seconde sous-catégoriecorrespond aux commentaires de « Modération », ceux témpérant les discours dépréciatifs par l’argument selon lequel Betty « faisait de son mieux »7.

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Fig. 2. Répartition des registres de prise de parole dans les publications d’un premier échantillon.

Parmi les 69 commentaires recensés, les réponses sont contrastées. Si 23 % des opinions tombent comme un couperet : « Non ! », « Sûrement pas ! », d’autres qualifient plus longuement Betty de « mauvaise mère », parfois en des termes très familiers (« pourrie », « elle craint », « horrible », « garce »)8. La majorité, 45 % des échanges, relèvent pourtant de la catégorie « Explication », apportant des éléments explicatifs ou des justifications. Certains·es puisent dans leurs histoires familiales. C’est le cas par exemple d’une fan qui décrit

Envers mon père et ma mère, mes deux grands-mères ressemblaient à Betty sur bien des points. Fumaient beaucoup, distantes, pouvaient être assez cruelles et jolies. Avec moi pourtant, complètement différentes. Je pense que si la série avait continué (…) nous aurions pu voir Betty gagner en maturité et changer avec le temps et je pense qu’elle aurait entretenu une bonne relation avec ses enfants et une bien meilleure avec ses petits-enfants (…).9

Ce commentaire évoque le destin narratif funeste de Betty Draper, qui sera évacuée du récit. Il illustre aussi une tendance à l’empathie parmi un grand nombre de fans qui distinguent entre la maternité des années 60 – moins exigeante par certains aspects – de la maternité contemporaines, aux impératifs cumulés. Plus de la moitié des publications issues de la catégorie « Explication » souligne, de manière implicite, la diversité des impératifs actuels. Le partage de ces histoires familiales, qui se font écho mutuellement, met en exergue la construction d’une expérience collective à travers l’agglomération d’éléments individuels, marqués par le temps du passé et des locutions adverbiales telles que « à l’époque » ou « des années 60 »10. La complexité de la maternité devient ici palpable à travers l’individualité de ces récits (« Je me souviens », « ma propre mère » ou « j’ai grandi »11) et leur subjectivité.

Une autre membre rappelle déjà que l’attention, l’affection et l’amour étaient déjà, dans les années 50, au cœur des débats portant sur la parentalité, matérialisées par la publication des écrits du Dr Spock, éminent pédiatre dont l’influence perdure

J’ai trouvé que son rôle de mère des années 60 tapait en plein dans le mille. Frances fait référence au livre du Dr Spock une ou deux fois alors que Betty levait les yeux au ciel. Je pense que la mère d’aujourd’hui est bien plus influencée (culpabilisée) lorsqu’il s’agit de leurs types de parentalité. Cela les rend-elle meilleures ? Probablement pas12(publication, mai 2017).

La puissance sémiotique du geste de Betty Draper – lever les yeux au ciel face à la mention des recommandations de Spock – désacralise cet expert médical, personnification d’une « superstructure » (Gramsci, 2021) alliance d’un média et d’une système éducatif prescrit. En faisant référence à Comment soigner et éduquer son enfant (Spock, 1959), dont les recommandations ont influencé des générations de mères et renforcé le modèle de la maternité intensive, cette fan assume une lecture critique de ses injonctions prescriptives. Nous l’avons compris, certains fans problématisent très rapidement la question initiale, s’éloignant de la fiction pour rassembler des récits de vie comme stratégie d’accès à la recontextualisation des normes, à l’intensification du maternage et à ses effets sur la vie des femmes – parmi lesquels domine une distribution déséquilibrée des rôles parentaux.

Répartition des rôles parentaux : le déséquilibre permanent

Si les fans de Mad Men s’emparaît de Betty Draper pour déconstruire les normes éducatives imposées aux mères, ceux de This is Us poursuivent cette réflexion sous d’autres formes. Les subredditers de r/thisisus, une communauté forte de plus de 70 000 membres, se distingue par une activité et une implication comparable à celle des « Mad Men (MADdicts) ». Là encore, de nombreuses discussions se viennent jauger les représentations de la maternité, dont l’une est incarnée par le personnage de Rebecca Pearson, vertement critiquée parfois mais aussi regrettée pour le manque de valorisation dont elle fait l’objet face à la figure paternelle de la famille Pearson, Jack. Les fans s’appuient sur la communauté pour venir étayer leur réception. Les publications fonctionnement comme un prolongement collectif du travail de réception, notamment à travers la question : « À quel point Rebecca est-elle une bonne mère ? »13 En réponse, de nombreux fans viennent souligner une distribution des rôles déséquilibrée, sans cesse traversée par la dichotomie du parent populaire – celui qui annonce les sorties, les solutions etc. (Jack) – versus Rebecca, agent régulateur chargée des tâches routinières telles que la préparation des repas, les lessives, la surveillance de l’équilibre alimentaire, psychologique voire affectif des enfants. Par sa mise en récit et sa temporalité, la série contribue ainsi à reconduire, tout en les interrogeant, des représentations genrées profondément ancrée dans la culture populaire contemporaine.

Au fil de la discussion tout juste évoquée, une subredditer en vient à mobiliser le trope du « Papa à la Disney », une image du père qui amuse les enfants pendant que la mère n’en finit pas d’accomplir les tâches ingrates. La dimension affective de la maternité tempère la perception de ce travail invisible et gratuit (Delphy, 1998), pourtant moteur d’inégalités genrées. À cette inégale répartition du travail domestique, ajoute la charge mentale, qui repose sur deux compétences particulières : la planification puis l’exécution, dans un temps restreint, de tâches extrêmement routinières. De récentes études ont démontré que cette charge affecte de manière significative la santé mentale des mères (Weeks, Ruppanner, 2024 ; Aviv et al., 2025). Depuis la pandémie de Covid-19 et les confinements successifs, les travaux portant sur cette problématiques se sont considérablement multipliés. Les mères y apparaissent plus sujettes à la dépression, à l’anxiété, aux troubles du sommeil (dysomnies, insomnies) ou à l’épuisement parental (Ervin et al., 2022 ; Seedat, Rondon, 2021). Enfin, un autre fan se pose en porte-voix de l’expérience au quotidien de la maternité :

Oui, les nourrir et les habiller, c’est la base en théorie, mais en pratique ça fait beaucoup !!!! Et accomplir tout ça tout en souriant constamment, en étant aimante, en encourageant sans perdre patience, et en essayant de se placer du point de vue de l’enfant à une époque où les parents étaient durs concernant la discipline et où la norme c’était d’hurler sur les gosses, les laisser jouer, les laisser faire leurs trucs sans vraiment s’investir, vraiment ça fait d’elle un parent extraordinaire.14

Nous retiendrons la tonalité dénonciatrice de ces commentaires, véhiculée notamment par les procédés d’énumération et d’exclamation. Cet effet accumulatif rythme la cadence de la charge imposée à la fonction de mère et renforce la portée critique. Comme c’était le cas pour les fans de Mad Men, cette contribution opère une recontextualisation de la représentation en relevant, cette fois, la mise-en-scène d’un anachronisme : le fan identifie les années 80 comme porteuses d’une norme plus « laxiste ». Ces discours dépréciatifs dirigés à l’encontre de Rebecca Pearson incitent l’auteur de ce commentaire à exprimer sa contestation et à inscrire le personnage dans le cadre contraignant de la maternité intensive. Ces discours ne sont pas spécifiques à ce fil de discussion, dont la tonalité générale est davantage laudative, résultent surtout de la mise en perspective contrastive entre les deux représentations parentales. Selon une fan, Rebecca ne figure dans aucune scène « inoubliable » (unforgettable) et se contente de « l’essentiel » (basics), tandis qu’une autre fan rappelle qu’un des deux parents doit bien, nécessairement, assumer cet essentiel. Ce dernier commentaire souligne, sans la questionner, la distribution unilatérale et genrée de cette charge. Ironiquement, l’auteur de la publication initiale s’érige contre une représentation limitante de Rebecca, issue de cet effet de déséquilibre créé par le showrunner, et espère, de manière implicite, une compensation avant le dénouement de la dernière saison.

Mad Men tend à amplifier cet effet d’exception. Don Draper, dans sa relation avec ses enfants et son (dés)engagement parental, n’est qu’une trace épisodique dans la vie de Sally, Bobby et Gene. Reconnu par les fans comme le père absent par excellence, il n’en n’est pas moins excusé par un pan de la communauté de fans. Lors d’un échange portant sur Don Draper et son rôle de père, ce phénomène de justification se révèle au fil de la discussion pour atteindre une forme d’apogée contradictoire : l’absence du père y est presque, célébrée , tant les rares moments passés avec les enfants y apparaissent remarquables. Dans le même temps, la charge mentale de la mère demeure un point aveugle :

C’était un père plutôt nul – absent la plupart du temps, ne semblait pas très impliqué émotionnellement avec ces enfant la majorité du temps – mais je pense qu’il était un meilleur parent que Betty, qui était violente et bien plus dure parfois avec ses enfants, particulièrement avec Sally, à qui elle semblait en vouloir. Don semblait au moins se soucier par moment de ses enfants, Betty rarement.15

Deux stratégies narratives viennent conforter cette lecture : la complexification psychologique d’un personnage « masculin en crise » au passé traumatique (Boisvert, 2017) et la diabolisation du personnage de Betty Draper, condamnée à rejouer sans cesse un schéma parental dont elle a elle-même été victime (violence psychologique et morale, normalisation de la violence physique et détachement émotionnel). Ce déséquilibre des représentations renforce le sentiment de compassion des fans envers la figure paternelle. Certains s’emploient à justifier l’absence de Don Draper et ses défaillances parentales en recourant à une stratégie de recontextualisation ( « typique de son époque » (a man typical of his time), « un homme de son temps » (a man of his time)) et à une interprétation conservatrice selon laquelle Don viendrait « subvenir aux besoins » (provider), entendons ici besoins financiers, rôle mis en avant par des fans de la série. Ces deux arguments ne sont pas sans engendrer des lectures contraires et nourrissent ainsi l’équilibre précaire tiraillant discours hégémoniques et contre-hégémoniques.

Dans le cas de This is Us, les fans qui procèdent à certaines « appropriations ordinaires » des idées féministes (Jacquemart, Albenga, 2015) n’attribuent pas de portée « militante » à leurs discours. Ils critiquent néanmoins vivement, au fil des commentaires, les stéréotypes parentaux porteurs des inégalités de genre : déséquilibre dans la répartition des tâches, charge mentale, renoncement à une carrière professionnelle, et performances des mères passées au crible. Au sein des deux communautés, une minorité de fans expriment un avis critique sur l’intention attribuée à la production, et au showrunner en particulier, d’instrumentaliser la figure maternelle pour revaloriser celle du père. Le profil sociodémographique des fans de Mad Men peut expliquer la tendance du groupe « Mad Men (MADdicts) » à lisser son discours et à contenir l’expression d’idées plus radicales. En effet, l’âge médian des téléspectateurs dépassait la cinquantaine (Adgate, 2015).

En outre, les régulations mises en place par les créateurs·rices du groupe contraignent les fans à une forme de lissage de leurs prises de parole, afin d’éviter toute teneur subversive. Ces limitations excluent toute référence possible à la politique actuelle, comparant le groupe à un « sanctuaire », un refuge en somme, protégé des discours clivants. Ce message, réitéré par une administratrice du groupe quelques jours après l’assaut du capitole par des partisans de Donald Trump en janvier 2021, et illustré par la reproduction d’un panneau « Zone exempte de politique »16 désamorce le potentiel subversif de la décennie qui domine la temporalité de la série Mad Men, celle des années 1960. Cet avertissement est pourtant aussitôt tempéré au sein de la même publication par l’explication suivante : seule la politique actuelle est proscrite des échanges. Cette balise signale aux fans une restriction temporelle des sujets politiques, la maternité incluse, qui paraît difficilement applicable. Le subreddit dédié à This is Us s’en tient, quant à lui, à la politique de contenu de Reddit, une plateforme dont l’architecture repose en partie sur un système de vote pour ensuite classer les publications suivant leur popularité. Comme souligné précédemment, certaines idées féministes – la dénonciation en creux d’un déséquilibre de la répartition des tâches ou de la stigmatisation des troubles de santé mentale chez les mères – teintent les échanges et prolongent un discours « d’appropriation négociée » des idées féministes (Jacquemart, Albenga, 2015). L’analyse de notre corpus montre que la mise en discussion de formes de maternité alternatives, mais familières, offre une possibilité d’éclairage intersectionnel.

Déclinaisons de la maternité à l’intersection des catégories de classe sociale et de « race »

La figure hégémonique de la femme blanche, mariée, mère au foyer et confinée à la sphère privée, qu’elle soit dépeinte par les frustrations et les crispations de Betty Draper dans Mad Men ou par la bienveillance et les incertitudes de Rebecca Pearson dans This is Us, s’entremêlent à des contre-représentations assumées : personnages choisissant de tourner le dos à la maternité, d’avorter, d’affirmer leur désir de non-maternité, d’adopter un enfant ou d’avoir recours à la fécondation in vitro. Cette démarche scénaristique semble répondre à une volonté d’affiner les personnages et leurs tourments contextuels. Mais à ces mouvements de résistance, se joignent des représentations alternatives, révélatrices, par exemple, des maladresses de Rebecca Pearson ou des carences affectives de Betty Draper. Sous les traits de mères de substitution, ces stratégies obliques permettent d’interroger la maternité en imbriquant rapports de genre, de classe et de race (Dorlin, 2009). La reconduction de certaines représentations stéréotypées de la femme afro-américaine des années 1960 et de leurs déclinaisons à d’autres époques, ainsi que les lectures différenciées qu’en font les fans, justifient le recours à une grille de lecture intersectionnelle. Si la juriste Kimberlé Crenshaw a forgé le concept d’intersectionnalité à la fin des années 1980 (Crenshaw, 1989), celui-ci s’insère dans la mouvance du Black Feminism (Hill Collins, 1990 ; Hooks, 1984 [2017]), qui a pour racines le vécu de femmes afro-américaines et dénonce la multiplicité des discriminations portées à leur encontre. Par l’approche intersectionnelle, j’entends suivre le curseur interprétatif des fans : de l’approbation de certaines représentations à un effort de tempérance, voire un exercice de contestation.

Ainsi, certaines publications du groupe « Mad Men (MADdicts) » mettent en avant deux mères de substitution : Viola – la nourrice de Betty lorsqu’elle était enfant, restée ensuite au service de ses parents – et Carla, que Betty Draper engagea pour s’occuper des enfants et des tâches ménagères. Les membres du groupe « Mad Men (MADdicts) » présentent Carla et Viola comme des incarnations idéales de la maternité : serviable, fidèle et affectueuse. Cette redondance descriptive évoque le stéréotype de la Mammy (Bogle, 2016), mais privilégie la capacité d’action de ces deux personnages à fournir des soins (care) et un soutien constant (support). Le personnage de Carla fait régulièrement l’objet de publications à connotation méliorative, qui dénonce l’injustice dont elle a été la victime lorsqu’elle fut renvoyée par Betty Draper à la fin de la saison 4. Pour autant, ces fils de discussion, s’ils ont une dimension affective appuyée, ne problématisent pas la précarité du rôle de mère de substitution.

Pour en revenir au noyau constitutif de la figure racisée des mères de substitution, le cas d’une publication issue du groupe « Mad Men (MADdicts) » met en avant la dimension émotionnelle de la relation entre Betty Draper et Viola. L’intention de la publication initiale est d’illustrer le lien d’affection qui relie les deux femmes et le moment de vulnérabilité auquel se laisse aller Betty alors qu’elle rend visite à son père malade. L’intérêt de cette contribution est qu’elle fait bifurquer la discussion vers un chemin qui pourrait paraître inattendu lorsqu’une des membres, à rebours du sentiment dominant d’attendrissement que suscite cette scène, exprime ouvertement sa colère : « Cette scène m’a mise en colère à tellement d’égards. Et la plupart des personnes participant à cette discussion n’en comprendront jamais la majorité. »17. Cette réaction ne reste pas sans réponse puisque plusieurs fans interviennent pour demander à l’énonciatrice d’expliquer son point de vue tout en exprimant leur intérêt : « J’adorerais connaître votre perspective », « Moi aussi, je veux apprendre », « S’il vous plaît, partagez avec nous si vous le pouvez »18. Sans réponse, c’est finalement une autre fan qui se chargera de formuler la relecture de cette scène :

Je pense comprendre et dites-moi si j’ai tort. Cette femme était une employée, probablement sous-payée, ses propres besoins méprisés, dont on profitait, et elle est sensée prendre soin des besoins émotionnels d’une adulte (et suprêmement privilégiée) dont elle n’a pas eu de nouvelles depuis des années ?? Cela m’a tapé sur les nerfs quand je l’ai vu. J’ai vraiment haï Betty dans cette scène.19

La suite de la discussion est forgée par la compréhension, la reconnaissance et le désir d’apprendre. L’auteure de la publication de départ vient d’ailleurs valider, puis compléter, l’interprétation proposée :

C’est presque exactement cela. Merci beaucoup pour votre compréhension. Et j’apprécie que tous les autres soient ouverts à la compréhension. Il est difficile de se sentir mal pour Betty ici, juxtaposée dans une scène avec une femme qui, même pas 100 ans auparavant, était considérée en-deçà d’un être humain.20

Si la lecture de départ se concentre sur le lien affectif entre Betty et Viola, venant ainsi invisibiliser la condition inégalitaire subie par la nourrice, le regard se déplace ensuite pour lever le voile sur un groupe de femmes dont il est attendu qu’elles répondent à des besoins matériels, émotionnels, et bien d’autres encore – une forme de maternité intensive en somme. Pourtant, ces femmes subissent non seulement des inégalités qui s’imbriquent – de genre, de classe et de « race » – les renvoyant à leur condition de femmes afro-américaines, mais portent aussi, comme fardeau identitaire, l’héritage traumatique de l’esclavage. Ce dernier, saisissant et et pourtant imprononçable dans la dernière phrase de cette fan, n’en demeure pas moins au cœur de l’analyse. En s’alliant, ces deux membres du groupe contestent la perspective dominante tandis qu’une autre fan se pose ensuite, en médiatrice, offrant un nouveau point d’entrée qui éclaire cette micro-communauté au sein de ce fil de discussion.

Dans This is Us, lors d’une sortie familiale à la piscine publique de leur quartier, Rebecca Pearson s’inquiète lorsque Randall échappe à leur surveillance. Elle finit par retrouver son fils, entouré d’enfants afro-américains et surveillé par Yvette, une mère afro-américaine du quartier. Dès lors, Yvette endosse une fonction supplémentaire à celles relevées dans les cas de Viola et Carla : celle de conseillère et de médiatrice entre les parents adoptifs et l’héritage culturel de Randall – les possibilités qui s’offrent à lui ou les besoins particuliers qu’il pourrait ressentir. Pourtant, ce personnage revêt une charge symbolique inégale au sein de la communauté r/thisisus puisqu’il fait plusieurs fois l’objet de publications cherchant à élucider son identité. Un subredditer, en publiant une capture d’écran d’une photographie d’Yvette et de la famille Pearson légendée : « Qui est la femme dans cette photo de la S1E4 ? » en fait ainsi la démonstration. La photographie en question, élément de décor du salon des Pearson, est une allégorie de la force des liens qui ont perduré entre Yvette et la famille.

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Fig. 3. Extrait d’une publication d’un subredditeur : « Qui est la femme dans cette photo de la saison 1, épisode 4 ». Publication tirée du subreddit r/thisisus, janvier 2025.

Yvette apparaît, à travers sa représentation et commentaires de fans, comme une influence à l’autorité légitime et porteuse de solutions. Lors de cette scène se déroulant à la piscine, munie de toute son assurance, elle fait remarquer à Rebecca que Randall a besoin d’une coupe de cheveux et « d’un coiffeur qui sait comment couper les cheveux des Noirs ». Si de nombreuses publications confirment le lien affectif unissant Yvette à la famille Pearson, des réactions minoritaires indiquent combien ce personnage vient combler une carence culturelle. Par ailleurs, de nombreux·ses subreditters regrettent qu’Yvette n’ait pas été davantage développée et qu’elle soit reléguée au « pays des intrigues abandonnées ». Sur un ton plus engagé, un membre de la communauté qualifie ce personnage de la démonstration de l’incapacité des Pearson à saisir la complexité de l’identité afro-américaine. Selon ce fan, Yvette, par son assurance et l’exaspération qu’elle exprime dans cette scène, transcende sa fonction de conseillère : « Cela semblait si réaliste qu’une famille blanche adopte un enfant noir puis n’ait pas d’autres amis noirs, mais qu’elle n’aille à leur rencontre que lorsqu’elle a une question sur son identité noire et qu’elle ne voit pas ça comme un des problèmes »21. Yvette devient ainsi la révélatrice épisodique de « l’ignorance blanche » (Mills, 2022). Même si la série évacue ce personnage, Rebecca et Jack – à la différence de Betty – ne lui opposent que peu de résistance. En incarnant cet élément déclencheur, Yvette passe le relais à d’autres médiateur·rices (professeur de Karaté, enseignant ou thérapeute) et exerce une influence manifeste sur les choix de Randall.

Rebecca Tries to Locate a Wandering Randall at the Pool, This Is Us, Prime Video (11/2020)

Conclusion

Les résultats de cette étude démontrent que la maternité intensive, et ses variations, s’impose comme une norme hégémonique durable. Incarnée ici, tant dans les représentations télévisuelles que dans les discours de fans, et régulée par l’évaluation constante des performances maternelles – au mètre-étalon de la « bonne mère », cette norme n’en est pas moins complexifiée et négociée. Cette norme, si elle habite les représentations télévisuelles et les propos des fans, si elle se régule par l’évaluation constante des performances maternelles, avec comme mètre-étalon la figure de la « bonne mère », n’en est pas moins complexifiée et négociée. Ainsi, nous l’avons vu, la mise en conversation du personnage de Betty Draper dépasse le seul dénigrement pour s’inscrire au cœur de stratégies de problématisation de la maternité intensive. Les procédés de contextualisation, de modération ou de déconstruction de la norme hégémonique révèlent la capacité des fans à mêler analyse filmique, récits autobiographiques et conscience genrée. En outre, lorsque sont relevés certains déséquilibres représentatifs, des idées féministes imprègnent les propos d’une frange de la communauté : reconnaissance du travail domestique et reproductif, sensibilisation aux questions de santé mentale des mères, caractère épisodique des performances paternelles. Dans les rapports de pouvoir qui prennent forme à travers ces deux séries, les figures maternelles de substitution éveillent quant à elles des sursauts revendicateurs plus prononcés. Si Mad Men met en lumière l’asymétrie des rapports sociaux et la résistance dévastatrice qu’elle provoque, This is Us opère un mouvement d’apaisement et de collaboration, intégrant des valeurs de sororité et de diversité. Quantifiées à plus grande échelle, de telles études permettraient d’interroger dans quelle mesure les fandoms, en recevant activement et mettant en conversation les représentations de la maternité dans des séries, contribuent à réguler ou à subvertir les normes genrées, racisées et sociales des maternités contemporaines.


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Notes

  1. Ce travail de terrain constitue un pan exploratoire de ma thèse de doctorat, en cours à ce jour, (re)Négocier les normes maternelles – des writers’ rooms de « Mad Men » et « This is Us » aux groupes de fans en ligne, Université Bordeaux Montaigne – Laboratoire MICA.
  2. La série Les Sopranos (HBO, 1999-2007) aurait marqué le début d’une « complexification » exponentielle des séries. Ce phénomène n’a pourtant cessé de se manifester et de progresser au cours des deux décennies précédentes (Boutet, 2017 : 17).
  3. Cet extrait est traduit par mes soins.
  4. L’ensemble de mes travaux interroge certaines dynamiques de genre au sein des échanges qui animent les différentes communautés étudiées. Il est donc cohérent d’avoir recours à un langage inclusif puisqu’il permet de visibiliser les fans se performant comme étant des femmes (prénom, photo de profil, recours à des éléments de langage genrée pour s’identifier etc.). Néanmoins, les subredditers·rices ont tendance à brouiller les pistes (utilisation d’avatar, de pseudonymes etc.). Dans ce cas précis, j’ai décidé de neutraliser les genres.
  5. Traduction personnelle de « Did you think Betty was a good mother? » dans la publication d’origine.
  6. Betty Draper mentionne ses origines au cours de la deuxième saison de Mad Men pour justifier l’impression de tristesse qu’elle renvoie.
  7. She did her best ».
  8. « lousy », « she sucks », « horrible », « bitchy ».
  9. Le texte original, en anglais, a été traduit par mes soins : « Smoked a lot, distant, can be quite cruel and pretty. Yet with me completely different. I think if the series continued (…) we would see her mature and change with the times and I think she would’ve had a good relationship with her kids and an even better one with her grandkids (…) » (publication du 13 mai 2017).
  10. « back then », « in the 60s ».
  11. « I remember », « my own mother », « I grew up ».
  12. I thought her wife/mother of the 60s was spot on. Francine referenced Dr. Spock’s book once or twice, with an eye roll from Betty. I think today’s mother is much more influenced (guilted) in their parenting styles. does it make them better at it? Prbly not.
  13. Ce subreddit est anglophone, chaque publication a été traduite. La version originale apparaît, comme c’était le cas jusqu’à présent, en note de bas de page : « How good of a mother is Rebecca? ».
  14. « Yes getting them fed and clothed in theory is just the basics but in the logistics of everyday life it’s a lot!!!! And doing all that while always being smiling and loving and encouraging without losing her patience and trying to see things from the kids point of view at a day and age where most parents where very hard on discipline and when shouting at your kids and just letting them go play and do their thing without really being involved was the norm really makes her an outstanding parent ». Cette publication est depuis introuvable..
  15. « He was a pretty lousy Dad – absent a good deal of the time, didn’t seem very emotionally involved with his kids much of the time – but I do think he was a better parent than Betty, who was abusive and much harsher to their kids at times, especially Sally, whom she often seemed to resent. Don at least had some moments where he seemed to care about his kids, Betty rarely did ». (publication du 21 juin 2020).
  16. L’expression « Politics free zone », à laquelle fait référence le contributeur dans la publication d’origine, est traduite par mes soins.. Il
  17. « This scene angered me in so many ways, many of which most of the people on this thread will never understand ».
  18. « I would love to hear your perspective », « I would too, I want to learn », « Please share with us if you can ».
  19. « I think I understand – let me know if I’m wrong – this woman was an employee, probably underpaid, her own needs disregarded, and taken advantage of, and she’s supposed to take care of the emotional needs of this grown (and supremely privileged ) woman she hasn’t heard from for years?? That bugged me when I saw it. I really hated Betty in this scene ». (publication du 23 juillet 2020)
  20. « that is it almost exactly. Thank you very much for understanding. And I appreciate everyone else for being open to understanding. It’s hard to feel bad for Betty here, juxtaposed in a scene with a woman who, not even 100 years prior to then, was considered less than human ». (publication du 23 juillet 2020)
  21. « It seemed so realistic that a white family would adopt a Black child and then not have more Black friends but instead only reach out when they had a question about his Blackness and not seeing that as one of the problems ».
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EAN html : 9791030012651
ISBN html : 979-10-300-1265-1
ISBN pdf : 979-10-300-1266-8
ISSN : en cours
Volume : 1
Code CLIL : 3160; 3157;
Posté le 13/04/2026
19 p.
licence CC by SA
Licence ouverte Etalab

Comment citer

Konnecke, Maylis, « Féministes sans le revendiquer ? La politisation non-militante de la maternité par les fans de Mad Men et This is Us« , in : Bourdaa, Mélanie, Breda, Hélène, Peyron, David, Breton, Justine, Escurignan, Julie, François, Sébastien, dir., Les fans en contextes numériques, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, collection Publics des médi@s 1, 2026, 151-170, [URL] https://una-editions.fr/la-politisation-non-militante-de-la-maternite-par-les-fans-de-mad-men-et-this-is-us
Illustration de couverture • Création Louann Crémadès, 2025
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