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Dépôts de restes humains au sein du sanctuaire antique de Saint-Martin-au-Val à Chartres :
unicum du IIIe siècle p.C. ?

par

En 2008, une fouille préventive a conduit à la découverte de plusieurs fosses contenant des restes humains au pied du quadriportique du grand temple du complexe cultuel de Saint-Martin-au-Val à Chartres (Autricum), dans le département d’Eure-et-Loir. L’une d’entre elles, de grande dimension1, est surcreusée pour aménager des cuvettes, dans lesquelles ont été découverts la majorité des restes humains. La fouille s’est poursuivie jusqu’en 2011, sous la direction de B. Bazin, la dernière campagne étant une opération programmée2.

La densité et l’organisation des dépôts humains au sein de ces cuvettes, sont particuliers et revêtent un caractère exceptionnel pour la seconde moitié du IIIe siècle p.C. Aucun autre exemple n’est connu à cette période et dans l’ensemble du monde romain. Leur étude, et ce dès le terrain, s’est révélée particulièrement ardue. La densité importante de vestiges anthropobiologiques au sein de la fosse étudiée, correspondant à 5 543 restes humains enregistrés, a conduit à des choix méthodologiques, tant pour leur analyse spatiale que pour l’approche biologique. En raison du temps imparti, seules deux cuvettes ont été entièrement étudiées, trois autres, ainsi que des dépôts individuels le long de la fosse, sont toujours en
cours d’étude3.

Ce texte propose de répondre aux multiples interrogations posées par cette découverte à partir de ces premiers résultats. Après la description du contexte dans lequel s’inscrivent la fosse et les restes humains, nous aborderons différents points thématiques en commençant par les méthodes mises en œuvre et l’organisation des vestiges : comment étudie-t-on 5 543 restes humains ? Les os disloqués renvoient-ils à la présence d’un individu ou de plusieurs individus ? Des traces ont été repérées sur les os, ont-elles été réalisées sur os frais ou os secs ?

Nous proposerons ensuite d’aborder la gestion de la fosse et de ces inhumés à travers la question de la simultanéité des dépôts ou des décès. La réflexion portera ensuite sur l’intégrité des individus mis au jour, s’agit-il d’individus entiers ou de parties de cadavres ? A-t-on une sélection par rapport à une population naturelle ? Enfin, nous nous questionnerons sur les espaces funéraires d’Autricum au IIIe siècle p.C. en discutant la représentativité des morts découverts à Saint-Martin-au-Val par rapport à la population d’origine. Nous replacerons notre réflexion à l’échelle de l’Empire romain, ainsi, nous examinerons les pratiques funéraires et la notion de sépulture dans l’Empire romain, ce qui nous amènera à nous interroger sur la manipulation d’ossements humains à cette période.

Un complexe religieux suburbain gallo-romain

La ville antique de Chartres (Autricum) se développe sur la rive gauche de la rivière Eure, sur le plateau central et dans la vallée. Les limites de la ville antique sont fixées par un large fossé, peut-être bordé d’un talus, qui se déploie sur environ six kilomètres, de part et d’autre de l’Eure4 (fig. 1A). Cet aménagement enserre une étendue de 295 hectares, qui situe Autricum dans la catégorie des grandes capitales de cité du nord de la Gaule. Elle se développe à partir des années 15/10 a.C., sous l’impulsion de la réforme augustéenne. Entre les années 40/50 et le début du IIe siècle p.C., la mise en chantier de grands équipements, le déploiement de l’habitat privé, la création de grandes maisons résidentielles, ainsi que le développement de l’artisanat, donnent l’image d’une ville réellement en construction5. Le tissu urbain s’agrandit, certainement pour répondre à la croissance démographique, notamment vers la vallée du Couesnon au nord-est où de nouveaux espaces commerciaux voient le jour. La ville atteint son apogée au cours du IIe siècle p.C., avant de connaître un point de rupture, sans doute vers le milieu du IIIe siècle p.C.6.

C’est donc dans ce contexte urbanistique grandissant que le complexe cultuel de Saint-Martin-au-Val – l’un des plus grands ensembles religieux connus en Gaule romaine – prend place autour des années 70 p.C., le long d’un axe important reliant Autricum à son emporium Cenabum (Orléans).

Le sanctuaire est construit au sud-est de la ville, en dehors du fossé de délimitation7. Les recherches menées ces dernières années ont permis de le reconnaître sur une superficie de plus de 11 hectares8 et il s’articule autour de deux grands pôles architecturaux qui se développent en terrasses successives (fig. 1B). À l’ouest, l’espace est occupé par un grand temple à galeries de circulation, édifice le plus emblématique, et certainement le plus ostentatoire. À l’est, au-delà d’une esplanade, un portique de façade, rythmé par plusieurs bâtiments, notamment un temple secondaire dédié à Apollon et un nymphée, complète le programme architectural (fig. 1C). Au nord, des prospections géophysiques ont mis en évidence une occupation intense avec la poursuite du portique de façade et possiblement la présence d’une grande construction, un éventuel second temple, à l’ouest de l’esplanade de circulation. Si l’ensemble couvre déjà une superficie importante, le programme architectural d’origine semble être encore plus ambitieux. Des anomalies parcellaires semi-circulaires, parmi un ensemble linéaire, laissent imaginer un théâtre à quelques mètres au nord-ouest de l’édifice emblématique. Ce tracé semi-circulaire conserverait possiblement le souvenir des murs de la cavea9.

Fig. 1. Plan restitué de la ville d’Autricum au Haut Empire (A, en haut à gauche, direction de l’archéologie de Chartres métropole), évocation du sanctuaire antique de Saint-Martin-au-Val (B, en bas à droite, T. Duchesne) et plan du sanctuaire antique de Saint-Martin-au-Val (C en bas à gauche, Direction de l’archéologie de Chartres métropole).
Fig. 1. Plan restitué de la ville d’ Autricum au Haut Empire (A, en haut à gauche, direction de l’archéologie de Chartres métropole), évocation du sanctuaire antique de Saint-Martin-au-Val
(B, en bas à droite, T. Duchesne) et plan du sanctuaire
antique de Saint-Martin-au-Val (C en bas à gauche,
Direction de l’archéologie de Chartres métropole).

Sépultures et dépôts humains, présentation des contextes de découvertes des restes squelettiques humains

Plusieurs structures ont révélé la présence de restes humains. La première est la fosse 7263, qualifiée de “grande fosse” en raison de sa taille : elle mesure 49 m de long sur une largeur moyenne de 8 m, pour une profondeur maximale de deux mètres (fig. 2). Elle est orientée nord-sud et longe la façade extérieure orientale du quadriportique, en façade de l’exèdre nord. Son creusement intervient quelque temps avant le dépôt des corps, autour du milieu du IIIe siècle p.C., au moment de l’abandon du site, sans doute pour récupérer les remblais argileux extraits du terrain naturel, apportés lors de la construction de l’édifice10. La présence, dans les premiers niveaux de comblement, de sédiments liés à l’érosion des parois de la fosse indique que celle-ci est restée ouverte un certain temps avant le dépôt des premiers corps11.

Plan simplifié de la grande fosse de Saint-Martin-au-Val en façade de l’exèdre nord du quadriportique du grand temple (en gris) et photographie oblique de la grande fosse avec en pointillé les cuvettes, vue du sud (Direction de l’archéologie de Chartres Métropole).
Plan simplifié de la grande fosse de Saint-Martin-au-Val en façade de l’exèdre nord du quadriportique du grand temple (en gris) et photographie oblique de la grande fosse avec en pointillé les cuvettes, vue du sud (Direction de l’archéologie de Chartres Métropole).

Deux types de dépôts différents de cadavres humains, ou tout du moins résultant de deux types de gestions différentes sont ensuite réalisés, après ces premiers niveaux de comblement. Plusieurs inhumations individuelles ou doubles prennent d’une part place sur les bords de la grande fosse et, d’autre part, dans deux petites fosses12 au nord du quadriportique. Quelque temps plus tard, des inhumations sont déposées au sein de cuvettes, dépôts qui lors de leur mise au jour se révèlent constitués d’une part d’ensembles anatomiques, avec des individus complets ou subcomplets, et, d’autre part, d’un très grand nombre d’ossements disloqués. Plusieurs monnaies et objets associés aux restes squelettiques ont permis de préciser significativement la date de dépôt des différents cadavres autour des années 270-280 p.C.13.

Les sépultures

Dans un premier temps, une série d’inhumations est installée dans les bords de fosse. Ces sépultures, au nombre de onze pour la grande fosse14, sont creusées dans la paroi est pour six d’entre elles et dans la paroi ouest pour cinq autres. Les individus sont majoritairement complets, en connexion anatomique stricte ; seuls quelques déplacements osseux limités ont pu être repérés à l’intérieur du volume initial du corps15. Ces observations témoignent a fortiori d’un dépôt primaire et d’une décomposition en espace colmaté, ou d’un colmatage rapide avec un éventuel élément de couverture, ce qui signifie que les sépultures ont été aussitôt comblées une fois les individus déposés15.

Ces inhumations en fosse ne révèlent pas une véritable uniformité des gestes. Les individus inhumés, tous adultes, sont déposés soit sur le dos (9), sur le côté (1) ou sur le ventre (1). Il s’agit de cinq femmes, cinq hommes, et un sujet dont le sexe n’a pas pu être déterminé16. La position des membres supérieurs est plus variable avec des membres fléchis (5), fléchi et en extension pour un des deux (4) et en extension (2). Les membres inférieurs sont en extension (9) ou présentent une légère flexion (2). L’orientation des corps suit celle de la grande fosse, avec la tête soit au nord, soit au sud. Si le caractère primaire du dépôt est indéniable, il est toutefois possible de s’interroger sur le caractère funéraire du dépôt. Plusieurs arguments permettent toutefois de supposer qu’il s’agit bien de sépultures, c’est-à-dire qu’il y a une véritable intention d’accomplir un geste funéraire17, plutôt qu’une simple gestion du cadavre, que l’on pourrait qualifier d’“utilitaire”. La fosse d’installation est creusée dans le bord de la paroi, avec un bord de taille franc du côté du creusement de la grande fosse, de plus de cinquante centimètres de haut parfois, et le fond est relativement plan18. Aucun recoupement entre les sépultures n’a été observé. Les individus sont déposés directement sur le fond de la fosse sépulcrale ; aucun autre aménagement n’a été identifié. Certaines particularités méritent toutefois d’être mentionnées. Au moins une sépulture comportait soit un dispositif à libation, soit un marqueur de surface (SEP7851). Quatre individus étaient accompagnés par du mobilier relevant de la sphère personnelle avec deux anneaux en alliage cuivreux (SEP7918, SEP9070), des chaussures portées (SEP7918, SEP9012, SEP9091), une fibule en forme d’oméga (SEP9070)19 ou relevant de dépôt probablement de la sphère symbolique comme un anneau-sceau en pâte de verre (SEP7918)20 et une coupe (SEP9091). La répartition spatiale des sépultures dans les secteurs des cuvettes 1 et 2 pourrait être mise en relation avec une facilité d’accès21.

À l’angle nord-est du quadriportique, quatre sépultures, dont une double ont été installées au sein des deux autres fosses plus petites, 7441 et 7954. Ces inhumations sont également aménagées à proximité du bord des parois des petites fosses dont elles suivent l’orientation. Les individus mis au jour sont au nombre de quatre, tous adultes dont un homme âgé et une femme. Les deux autres adultes sont incomplets et de sexe indéterminé. Un sujet immature, a été déposé simultanément avec un sujet adulte, son membre supérieur droit reposant directement sur le membre inférieur gauche de l’individu adulte, les deux sont en parfaite connexion anatomique22. Ces sépultures sont installées dans un même temps que celles de la grande fosse et présentent les mêmes caractéristiques (tombes creusées dans les parois
et dépôts primaires).

Ces premiers dépôts sont considérés comme de véritables sépultures, eut égard au soin apporté à la constitution des sépultures, aux objets déposés ou encore à l’attitude des individus.

Les restes humains dans les cuvettes

Le second type de dépôt intervient vraisemblablement très rapidement après les sépultures de bord de fosse. C’est en tout cas ce que laisse penser l’analyse fine de la stratigraphie. Les cinq cuvettes sont surcreusées dans le fond de la fosse 7263, en position centrale à environ cinq mètres en contrebas de la galerie extérieure orientale (fig. 2). Elles sont de formes irrégulières23 avec un fond inégal dont la profondeur est comprise entre dix et soixante-dix centimètres. Une unité sédimentaire, un limon brun clairement identifié, sépare les sépultures creusées au bord de la grande fosse, des dépôts dans les cuvettes24.

Elles se présentent sous des formes différentes25. La cuvette 1, la plus au sud, se présente sous la forme de deux rectangles, l’un de 7 m sur 1 m et le second, dans le prolongement de 3,5 m d’est en ouest sur 5 m, sur une profondeur d’une dizaine de centimètres. Il s’agit de la cuvette la moins profonde de toute la grande fosse. La cuvette 2, en face de l’exèdre A, est distante d’environ un mètre de la précédente vers le nord. Elle est de forme quadrangulaire avec 9 m de long par 4 m de large. Alors que les deux tiers nord ne présentent qu’une moyenne d’une quinzaine de centimètres de profondeur, le tiers sud, en contrebas de l’accès en façade de l’exèdre A, atteint une quarantaine de centimètres. Les cuvettes 3, 4 et 5 se poursuivent dans le prolongement de la cuvette 2 à plus d’un mètre cinquante vers le nord. Elles sont de forme pseudo-rectangulaire de 2 à 4 m de long sur 3 m de large. Elles atteignent une profondeur maximale de cinquante à soixante-dix centimètres.

En dehors des cuvettes, un dépôt26 homogène, recouvrant la cuvette 2, a été mis au jour. Il est constitué de sédiments entremêlés à une quantité abondante de mobilier, dont des restes squelettiques humains et fauniques. La forme prise par ce dépôt (en arc de cercle) et sa localisation (au pied de l’exèdre nord), laisse à penser que ce dépôt a été déversé depuis l’exèdre nord. Il vient sceller le dépôt des restes humains présents dans la cuvette 2. Le sédiment associé est essentiellement cendreux, mais le matériel ne présente, quant à lui, aucune trace de calcination. La datation de ce déversement est fondée sur des monnaies, du mobilier céramique et métallique, et situe cet ensemble entre 270 et 280 p.C.27.

La fouille des cuvettes et de ce dépôt s’est déroulée de manière préventive de 2007 à 2010 puis programmée en 2011. La stratégie mise en place pour l’enregistrement des vestiges osseux a reposé sur la topographie et l’identification systématique des restes squelettiques. La documentation photographique a concerné les ensembles anatomiques et les unités stratigraphiques dans leur ensemble. Lors de la post-fouille, l’ensemble des vestiges en connexion a été étudié et la totalité des ossements dénombrés et pesés pour établir un premier nombre minimum d’individus estimé à 61. La reprise des études dans le cadre de différents projets de recherche a ensuite permis de réévaluer le nombre d’individus à plus d’une centaine pour les cinq cuvettes et le déversement.

Les restes humains découverts au sein des cuvettes et dans le déversement présentent des organisations différentes avec des individus en connexion stricte appelés ensembles anatomiques (EA) et des restes humains épars, sans connexion apparente (fig. 3). Au total, il s’agit de plus de 5 543 restes humains topographiés (fig. 4) sans comptabiliser les ensembles anatomiques mis au jour dans plus de 16 unités stratigraphiques distinctes.

Fig. 3. Restes osseux disloqués, US 7517 de la cuvette 2 (direction de l’archéologie de Chartres métropole).
Fig. 3. Restes osseux disloqués, US 7517 de la cuvette 2
(direction de l’archéologie de Chartres métropole).
Fig. 4. Répartition spatiale de l’ensemble des vestiges topographiés par catégorie (os humain, os de faune, céramique, métal…) (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel).
Fig. 4. Répartition spatiale de l’ensemble des vestiges topographiés par catégorie (os humain, os de faune, céramique, métal…) (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel).

Notre étude s’est concentrée sur les deux premières cuvettes. Au sein de la cuvette 1, 879 ossements humains ont été étudiés. Ils correspondent à quatre ensembles anatomiques en connexion et cinq unités stratigraphiques contenant des restes humains disloqués (633). La cuvette 2, renferme au total 1876 vestiges humains ; 20 ensembles anatomiques en connexion ont été reconnus et sept unités stratigraphiques contiennent des restes humains disloqués.

Le déversement contient quant à lui 1 278 restes squelettiques humains topographiés présents dans quatre unités stratigraphiques différentes. Ces niveaux se situent sur le bord oriental de la grande fosse et recouvrent en partie la cuvette 2. Au sein du déversement, plusieurs ensembles anatomiques très incomplets ont été identifiés lors de la fouille, principalement des côtes ou des portions de colonne vertébrale, ou encore un membre supérieur gauche adulte.

La présence de corps, ou en tout cas de portions de corps (EA) en connexion stricte atteste d’une décomposition des individus sur leur lieu de dépôt, il s’agit donc de dépôts primaires (cf. note 7). La présence d’os disloqués interroge sur la gestion de la fosse, cela pourrait-il correspondre à l’intervention de la population vivante sur des cadavres frais ou des restes déjà squelettisés ? En effet, il est inhabituel pour la période romaine d’avoir à traiter des restes disloqués, des individus partiels. Autant la pratique de la réduction ou de la vidange de sépultures sont connues et très bien attestées dès le VIe siècle p.C., autant elles sont complètement absentes de la gestion des espaces funéraires romains. La question de la vidange de sépultures si elle mérite d’être posée ne peut être attestée pour cette période comme nous le discuterons (cf. infra), que s’est-il alors passé et pourquoi se retrouve-t-on alors face à des parties de corps et des ossements disloqués ?

L’hétérogénéité des dépôts soulève donc de nombreuses questions quant aux pratiques mortuaires et funéraires à l’œuvre pour la gestion des cadavres. Un nombre aussi élevé d’individus inhumés dans un tel espace, atypique pour la période romaine, interroge sur les causes de ou des évènement(s) pouvant être à l’origine de ces décès.

Étude de milliers de restes humains : méthodologie, sélection et résultats attendus

Gestion de plusieurs milliers de données 

Une grande partie du travail d’individualisation et d’identification osseuse a été menée directement sur le terrain lorsque cela était possible ou au cours de l’étude en laboratoire28. Ces travaux ont nécessairement orienté notre approche des restes humains de cette grande fosse et notamment, les choix opérés, lors des reprises des analyses biologiques qui ont suivi (2 213 ossements étudiés sur 5 543 topographiés).

Les données biologiques se sont révélées très inégales et hétérogènes, qu’elles se rapportent à l’étude d’un individu subcomplet ou à l’étude d’un os. L’étude, os par os, a généré un très grand nombre de données pouvant se rapporter au même individu, sans qu’il soit toujours possible de l’identifier comme tel. De plus, il s’est avéré particulièrement complexe au départ de définir avec certitude quelles données seraient les plus pertinentes pour la compréhension de la gestion de la fosse.

Le temps imparti pour notre étude29 a permis de mener dans un premier temps une étude exhaustive sur la cuvette 1, comprenant l’étude biologique de l’ensemble des restes squelettiques. Les informations recueillies ont ensuite été traitées et harmonisées ; les moins pertinentes et/ou trop chronophages par rapport à leur fiabilité ou leur intérêt ont été écartées. Par exemple lors du travail mené ensuite sur la cuvette 2, les phalanges (proximales, intermédiaires et distales) n’ont pas été prises en compte. Identifiées sur le terrain (topographiées), elles ont toutefois été intégrées à l’analyse spatiale. Une base de données a été créée afin de simplifier les enregistrements des données biologiques et faciliter ainsi l’appariement des restes squelettiques (individualisation), tout comme leur visualisation dans le système d’information géographique30.

Une sélection des ossements étudiés, répondant à une logique d’efficacité, s’est révélée fondamentale. Elle s’est axée sur l’estimation de l’âge ou l’identification de liaisons ostéologiques permettant une individualisation fiable. Forts de l’expérience menée sur la cuvette 1, l’étude de la cuvette 2 et du déversement s’est donc concentrée sur l’étude des os maxillaires et mandibulaires, des dents des sujets immatures, de l’ensemble des os longs complets ou subcomplets des sujets immatures et adultes, des os coxaux, des talus/calcanéus ainsi que des deux premières vertèbres cervicales des individus matures.

Observations et résultats attendus

L’étude des cuvettes 1 et 2 et celle du déversement sont apparues inégales, tant dans le temps consacré à l’approche biologique pour chaque étude, qu’à la sélection des restes squelettiques pour l’étude. Toutefois, les résultats obtenus ont pu être comparés, discutés et insérés dans un contexte plus large contribuant à documenter la gestion des inhumés, à l’échelle de l’os puis à celle de la fosse. D’un point de vue biologique nous avons cherché à estimer le nombre minimal d’individus (NMI), puis proposé, lorsque cela était possible, un âge pour chaque ossement étudié, voire un sexe lorsque les os coxaux étaient préservés. Nous avons également tenté d’individualiser les restes osseux appartenant à une même unité stratigraphique. Nous avons procédé à de nombreux collages et recherche de liaisons de premier ou de second ordre afin d’étudier la dispersion des ossements au sein des cuvettes.

Une attention particulière a été portée à l’état sanitaire de l’échantillon ostéologique étudié et il a en outre été possible de mettre en évidence des traces, lésions périmortem, témoignant d’une gestion active de la fosse à l’aide d’outils tranchants ou contondants.

Il a pu être proposé un profil de mortalité à partir des os longs (humérus, fémur) afin de tenir compte des légères sous-représentations31 qui ont pu être mises en évidence lors d’études précédentes et ensuite de chercher à interpréter une éventuelle sélection et sa nature (crise de mortalité ?).

Méthodologie

Âge et sexe des inhumés

Pour l’estimation de l’âge et la détermination du sexe, les méthodes employées sont celles classiquement utilisées en anthropologie biologique et considérées comme les plus fiables actuellement32. Pour l’âge des sujets immatures, l’estimation s’est fondée sur la maturation dentaire, calcification ou éruption33, sur la maturation osseuse34 ou encore sur les longueurs diaphysaires, si la conservation osseuse le permettait35. Pour l’estimation de l’âge des sujets adultes, seules les méthodes portant sur l’os coxal ont été utilisées36. Proposer une estimation de l’âge est fondamental dans un tel contexte afin de pouvoir dresser des profils de mortalité et ainsi tenter de mettre en évidence, par comparaison avec une mortalité naturelle théorique, une mortalité anormale et donc une éventuelle sélection des inhumés. Ainsi, chaque ossement a fait l’objet d’une estimation de l’âge ou, à défaut, a été associé à une classe d’âge. La difficulté de traitement de cette collection ostéologique réside dans l’hétérogénéité des dépôts, de l’os isolé à l’individu complet. Il faut donc pouvoir utiliser des méthodes d’estimation de l’âge qui repose parfois sur un seul ossement et il est évident qu’une telle approche a ses limites, notamment pour les individus considérés biologiquement encore immatures, mais dont la plupart des os présentent un aspect et un format adulte37.

La détermination du sexe n’a été réalisée que sur les os coxaux matures38, à partir de la diagnose sexuelle probabiliste (ou DSP)39, ou de l’observation des critères morphologiques40. En dehors des sépultures ou des ensembles anatomiques, 24 ossements isolés ont pu être sexés sur les 52 identifiés 41.

Du NMI aux liaisons osseuses

La conservation osseuse est correcte pour la majorité des restes et la fragmentation est faible. Les taux de détermination sont de 99.55% pour la cuvette 1 et de 97.6% pour la cuvette 242.

Estimation du nombre minimal d’individus (NMI)

L’estimation du NMI a porté sur des os entiers ou quasi entiers. Les protocoles déjà existants pour les sépultures dites plurielles43 ont été utilisés.

Cette estimation s’est déroulée en 3 étapes, avec la détermination du NMI de fréquence, affiné ensuite par le NMI d’exclusion et le NMI par appariement. Le NMI de fréquence correspond au décompte de chaque catégorie osseuse en tenant compte du côté pour les os pairs. Les parties fragmentaires, extrémité proximale, diaphyse et extrémité distale sont comptabilisées. La valeur la plus forte est retenue par catégorie osseuse. Dans un second temps pour affiner le NMI de fréquence, les incompatibilités entre les portions osseuses sont identifiées44. Le NMI par exclusion prend en compte, en plus des incompatibilités entre portion d’ossement, les divers stades de maturation observés pour chaque pièce osseuse, permettant ainsi de prendre en compte les individus immatures qui ne seraient représentés que par un seul ossement. Enfin, le NMI par appariement porte sur la recherche des appariements par symétrie pour chaque catégorie osseuse et permet d’augmenter le NMI de fréquence45.

L’estimation du NMI pour les cuvettes 1 et 2 et le déversement s’est fondée sur les os longs du squelette appendiculaire à savoir : humérus, radius, ulna, fémur et tibia. En effet, l’étude exhaustive de la cuvette 1 a montré que les régions anatomiques telles que la colonne vertébrale, les clavicules ainsi que les talus et calcanéus présentaient un déficit. À titre d’exemple, seuls 5 talus gauches ont été identifiés alors que 16 fémurs gauches étaient présents. Ce déficit a du reste été confirmé pour les cuvettes 1 et 2 avec la pesée des vestiges46. Ces catégories osseuses n’ont donc pas fait l’objet d’un NMI affiné.

Individualisation des restes

Un système de numérotation de 1 à N a été mis en place pour distinguer les assemblages osseux vus en connexion à la fouille des appariements réalisés lors de l’étude. Ces derniers correspondent aux symétries ou aux contiguïtés articulaires identifiées en laboratoire et permettant d’associer les restes squelettiques à un individu ou les liaisons de second ordre moins sûres appelées regroupements. Le déficit des ceintures scapulaires et pelviennes a induit une réelle difficulté pour l’individualisation des restes squelettiques, limitant considérablement la possibilité de restituer des individus complets. L’identification d’un individu à partir du squelette appendiculaire complet n’était pas réalisable. Les individus tels que définis dans cette étude correspondent à l’identification de collages ou d’appariements (symétrie et contiguïté articulaire) réalisés sur les liaisons telles que humérus/radius/ulna, os coxal/sacrum/fémur, talus et calcanéus, deuxième et troisième métatarsiens. On doit tout de même rester prudent en raison du faible taux de fiabilité pour les liaisons de contiguïtés entre articulations des membres notamment humérus/ulna et os coxal/fémur. L’appariement talus/calcanéus est un des plus fiables47, malheureusement le tarse est peu représenté dans les dépôts.

En ce qui concerne la reconnaissance des individus, l’étude biologique a permis de compléter les ensembles anatomiques vus sur le terrain (35) et d’identifier 59 individus en laboratoire, plus ou moins complets, pour les cuvettes 1 et 2. Il est important de rappeler ici que la dénomination “individu” est employée pour des sujets parfois incomplets et correspond bien souvent à la simple reconnaissance des membres supérieurs ou inférieurs d’un corps et non à la restitution d’un squelette dans sa totalité. Ceci explique le nombre important d’individus identifiés par rapport au NMI final, notamment au sein de la cuvette 2 (fig. 5).


Nombre de restes (hors SP et EA)Nombre de restes étudiésNombre de restes immatureNombre de restes adulteEnsembleNombre de restes individualisésNombre d’individus (laboratoire)Nombre Minimal d’Individus
Cuvette 157287951832612 EA (5 adulte, 7 sujets immatures)2421023 individus (8 adultes et 15 sujets immatures)
Cuvette 227492440738023 EA (19 adultes et 4 sujets immatures)2514857 individus (40 adultes et 17 sujets immatures)
Déversement127841024616403136 individus (16 adultes et 20 sujets immatures)

Fig. 5. Tableau de décomptes des restes squelettiques étudiés au sein des différents dépôts (cuvette 1 et 2, déversement) de la grande fosse (G. Sachau-Carcel).

Au sein de la cuvette 1, trois individus ont été identifiés lors de la fouille ainsi que quatre ensembles anatomiques. Ces trois individus sont deux sujets féminins de plus de 30 ans et un sujet de plus de 30 ans dont le sexe n’a pas pu être déterminé. Pour les ensembles anatomiques, deux sujets immatures ont pu être isolés, un périnatal et un enfant entre 5 et 7 ans, ainsi que deux sujets adultes, un masculin et un féminin, tous deux âgés de plus de 25 ans. Le NMI final, après exclusion par âge, a permis de proposer une estimation de 23 individus pour la cuvette 1, soit 8 adultes et 15 sujets immatures. Les classes d’âge de 0 à 14 ans sont représentées par au moins
trois individus.

Pour la cuvette 2, les individus reconnus correspondent soit à des ensembles anatomiques enregistrés sur le terrain et complétés (23), soit à de nouveaux sujets identifiés (25). Sur les 57 individus estimés (NMI de fréquence après exclusion) dans la cuvette 2, 17 sont des sujets immatures.

Enfin, dans le déversement, six appariements ont été identifiés lors de l’étude en laboratoire. Ils concernent des atlas/axis, deuxième et troisième métatarsiens, un sacrum et les deux os coxaux d’un individu. Le NMI final a permis d’estimer le nombre d’individus à 36, 16 adultes et 20 sujets immatures. Toutes les classes d’âge sont représentées. L’identification des 15-19 ans pour les restes disloqués est plus difficile, car la majorité des os longs présentent un aspect mature et les lignes de fusion peuvent persister également à l’âge adulte. Les fusions au niveau de l’os coxal ou de la clavicule sont des éléments pertinents dans leur identification, mais observés individuellement, ils ne peuvent pas être insérés dans l’estimation globale du NMI et de l’âge.

Dix clavicules (4 gauches et 6 droites) et dix os coxaux ont été identifiés, soit bien en deçà de l’effectif estimé pour le déversement. Cinq coxaux ont permis une estimation de l’âge (un entre 20 et 29 ans, trois entre 20 et 49 ans et un de plus de 60 ans). Le sexe a pu être déterminé pour quatre sujets masculins et trois sujets féminins. Le déversement contient majoritairement des sujets immatures de moins de quatre ans. La représentation anatomique est compatible avec la présence de plusieurs individus complets.

L’individualisation des dépôts a été un préalable indispensable à l’étude de la répartition spatiale des ossements de chaque individu même s’il n’a pas été possible de réassocier tous les restes squelettiques. Le but était de pouvoir localiser les restes osseux d’un même individu et de discuter de la dispersion de ces ossements. Pour les ensembles anatomiques enregistrés sur le terrain, une recherche systématique des ossements manquants a été entreprise.

Le nombre minimum d’individus estimé pour les cuvettes 1 et 2 et pour le déversement est de 116 au total. Si l’on considère l’ensemble des dépôts osseux, les os manquants de la cuvette 2 ne sont pas complétés par le déversement. Les individus contenus dans ce dernier ne peuvent être les mêmes que ceux de la cuvette 2, ce qui signifie que le déversement n’est pas constitué par les morceaux de cadavres manquants de la cuvette 2. De même, il n’y a pas de correspondances entre la cuvette 1 et le déversement. Aucun appariement n’a pu être réalisé entre la cuvette 1 et la cuvette 2, ni aucun collage. Les deux cuvettes et le déversement semblent donc avoir été constitués de manière indépendante même s’ils résultent du même phénomène.

Identification de traces sur les ossements 

Une attention toute particulière a été portée à l’identification de modifications de surface osseuses, ce que nous avons plus simplement dénommé traces.

Le type de traces a été défini dans un premier temps en s’appuyant sur des comparaisons avec la littérature archéologique48. Les différentes traces biologiques et anthropiques observées sur l’os ont été cotées en présence/absence dans un premier temps puis par type de traces et enfin par localisation. Cette dernière a été précisée pour chaque os long divisé en trois grandes régions : proximale, diaphyse et distale. Un complément de localisation a été apporté par la détermination de la face concernée (antérieure, postérieure, médiale ou latérale). La localisation de chaque modification de surface osseuse a été enregistrée dans le but de définir s’il existait une récurrence ou non dans leur localisation et/ou leur forme.

Les modifications de surface de l’os entraînées par des agents naturels, type ramification racinaire ont été écartées. L’étude a été réalisée macroscopiquement et plus finement lorsque nécessaire avec une loupe grossissante49. L’observation a été systématiquement doublée avec un autre observateur et pour les traces particulières discutées avec un spécialiste50.

Concernant les traces biologiques, quelques indices ténus de griffe ont été identifiés sur les os. Elles sont très fines, parallèles et de faibles longueurs (2 à 3 mm) appartenant possiblement à une faune de petite taille. Plusieurs semblent associées à des traces de rognage, mais l’atteinte taphonomique des ossements n’a pas permis de les identifier avec certitude. Certaines atteintes osseuses sur deux os, une ulna et un fémur, pourraient être attribuées à des limaces ou des gastéropodes. Sur la face latérale de l’ulna51, a pu être observée une succession d’atteintes circulaires touchant la corticale et mettant à nu la trabéculaire. Ces lésions se situent sur le siège de l’insertion des extenseurs ulnaires et de la membrane interosseuse. La berge des lésions est irrégulière.

Les traces anthropiques relevées sur les os sont de deux types différents très probablement liés à l’usage d’un outil, soit tranchant et/ou contondant, soit perforant52. Elles semblent homogènes en fonction du type d’outils utilisé. Elles sont toutes périmortem, aucune ne peut être mise en relation avec une dégradation de l’os lors de la fouille. Les traces anthropiques observées présentent le même aspect que l’os : couleur et patine, certaines sont concrétionnées et lorsqu’il y a eu enfoncement, du sédiment était présent dans les interstices53.

Les différentes lésions observées pour les objets de type piquant ou perforant sont pour la plupart non perforantes (fig. 6). L’impact du pic provoque au centre un enfoncement plus important qu’à la marge et génère de fines lignes de fractures périphériques, l’enfoncement est de forme plus ou moins circulaire. Les berges des atteintes sont nettes et franches et de la même coloration que le reste de l’os non impacté, ce qui indique qu’elles ont été vraisemblablement réalisées sur os “frais” et périmortem. Il n’est pas possible de statuer sur le fait que ce type de lésions est à l’origine de la mort, ou a eu lieu juste après la mort de l’individu, sous sa forme de cadavre frais et non encore totalement décomposé. Elles intéressent pour le crâne la table externe de l’os. Un enfoncement a perforé partiellement l’os fracturant la table interne sans qu’il y ait pour autant de perte osseuse54. Sur les os longs, le même type d’atteinte de la surface est visible sur un humérus en face postérieure55 ou encore un tibia56.

Fig. 6. Photographie des traces de l’outil type perforant (pic ?) sur le crâne 7517_14783, 7517_14183 et sur l’humérus 7517_11218 (cliché G. Sachau-Carcel).
Fig. 6. Photographie des traces de l’outil type perforant (pic ?) sur le crâne 7517_14783, 7517_14183 et sur l’humérus 7517_11218 (cliché G. Sachau-Carcel).

L’autre type de traces visibles semble laissé par un objet de type tranchant/contondant qui pourrait correspondre à un outil de type bêche (fig. 7). Elles se caractérisent par un enlèvement superficiel de la corticale, de forme oblongue et plus ou moins profonde, d’une longueur avoisinant les 2 cm. Sur certains os, il est possible d’observer une entaille linéaire de la corticale de l’os et un plissement de la corticale, liés aux caractéristiques viscoélastiques de l’os encore frais au moment de l’impact, comme pour l’humérus57. Aucune localisation ne semble privilégiée, toutefois ces traces ne sont visibles que sur les diaphyses des os longs. Le caractère frais de ces impacts périmortem laisse supposer une utilisation de ces outils sur des cadavres frais et non sur des restes déjà squelettisés. Il s’agit du type de trace le plus fréquent parmi les traces anthropiques observées. Les traces anthropiques relevées sur les os ne peuvent pas être mises en relation avec des traumatismes à l’origine du décès des individus. Toutes peuvent être considérées comme périmortem et sembleraient davantage liées à un aménagement de la cuvette 2, peut-être pour ménager de la place afin de procéder à de nouveaux apports de corps. En outre, les traces anthropiques liées à l’utilisation d’objets de type perforant ou contondant ne sont présentes que dans la cuvette 2 qui contient le plus grand nombre d’individus. La répartition spatiale de ces traces montre qu’elles se situent à environ un mètre des bords et dans les zones où les ossements sont les plus nombreux58 (fig. 8). Aucune trace n’a été observée sur les ossements de la cuvette 1 et du déversement. La gestion de ces ensembles semble donc différer de celui de la cuvette 2. La présence de traces anthropiques sur certains ossements de la cuvette 2 montre une véritable gestion des morts, ces derniers étant manipulés à l’aide d’outils. Ces types de dépôts et manipulation des corps n’a pas, à notre connaissance, d’équivalence dans le monde romain.

Fig. 7. Photographies des traces visibles de l’outil type coupant / contondant sur 7517_10980, 7517_10957, 7517_10954 et 7517_11012, photographies des traces visibles de l’outil type coupant / contondant sur l’humérus 7517_10954 et agrandissement du bourrelet osseux néoformé lors du traumatisme périmortem (cliché G. Sachau-Carcel).
Fig. 7. Photographies des traces visibles de l’outil type coupant / contondant sur 7517_10980, 7517_10957, 7517_10954 et 7517_11012, photographies des traces visibles de l’outil type coupant / contondant sur l’humérus 7517_10954 et agrandissement du bourrelet osseux néoformé lors du traumatisme périmortem (cliché G. Sachau-Carcel).
Fig. 8. Plan de répartition des os comportant des traces (en couleur) par rapport à l’ensemble des os humains topographiés (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel.
Fig. 8. Plan de répartition des os comportant des traces (en couleur) par rapport à l’ensemble des os humains topographiés (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel.

Ainsi l’étude des traces biologiques et anthropiques a permis d’apporter différents éléments de compréhension concernant le fonctionnement de certaines cuvettes attestant d’une gestion différente des cadavres d’une cuvette à l’autre. En effet, en premier lieu, la présence de traces de griffes liées à de petits animaux indique que les corps en décomposition sont restés à l’air libre, en tout cas n’ont pas été recouverts de sédiment immédiatement. L’absence de rognage, de traces de coup de bec ou de traces de griffes de faune de taille plus importante sous-entend que les cuvettes ne leur étaient pas accessibles. Bien qu’aucune trace ne soit archéologiquement reconnue, il est possible de s’interroger sur la présence d’une éventuelle clôture ou plancher, ayant limité l’accès seulement aux animaux de petite taille. La décomposition des corps à l’air libre ou à faible profondeur peut être évoquée grâce à la présence sur deux ossements de traces de gastéropodes ou de limaces. Le maintien des connexions dites labiles atteste d’une décomposition sur place des individus et donc de l’apport de corps frais, de cadavres non décomposés.

Dépôts simultanés ou décès simultanés ?

La mise en évidence d’une crise de mortalité et sa caractérisation (famine, guerres, épidémies…) résultent de la mise en évidence d’une mortalité anormale identifiée en premier lieu par les données de terrain avec la présence de dépôts simultanés ou quasi simultanés des individus, puis par le nombre d’individus impliqués. Les données biologiques (profil de mortalité, présence ou non de lésions traumatiques) peuvent servir ensuite à orienter vers un type de crise59.

Pour des raisons pratiques, il a été nécessaire de travailler dans un premier temps sur les données biologiques, ne serait-ce que pour les collages et les liaisons avant d’établir le NMI. Nous aborderons maintenant la question de la simultanéité
des dépôts.

L’identification de la simultanéité des dépôts, abstraction faite de conditions climatiques et environnementales exceptionnelles, permet de démontrer la simultanéité des décès60. Toutefois, cette réflexion porte sur le dépôt de corps complet. Dans le cadre de notre étude impliquant les deux cuvettes et le déversement, la mise en évidence de dépôts simultanés n’a pas toujours été chose aisée, car les observations ont reposé sur des corps incomplets. Pour certains dépôts, il n’a donc pas été possible de discuter de la simultanéité des dépôts et par conséquent
des décès.

Identification d’un dépôt simultané

Les arguments en faveur de dépôts simultanés reposent essentiellement sur des observations taphonomiques sur le terrain61. Dans le cas d’une inhumation individuelle, la décomposition d’un seul corps entraine des mouvements de plus ou moins grande amplitude jusqu’à la squelettisation complète liée à la position de dépôt du corps, à la nature de l’espace de décomposition et aux éventuels apports de sédiments. Lorsqu’il y a plusieurs corps, l’état dans lequel est déposé l’individu et ceux de ces prédécesseurs, cadavre frais ou en cours de décomposition, va entrainer des mouvements très différents affectant la position des ossements jusqu’à la squelettisation complète de tous les individus.

Le dépôt conjoint de cadavre frais, et notamment lors de superpositions, est parfois marqué par des phénomènes d’imbrication, c’est-à-dire des enchevêtrements de membres. Si le premier individu déposé est déjà décomposé, l’apport d’un nouveau corps va venir perturber la position des restes squelettiques ce qui peut se traduire par une absence de connexion stricte des éléments labiles62 (mains ou pieds, rachis), une modification de la logique anatomique ou encore des phénomènes d’écrasement ou de fort mouvement.

C’est donc l’observation de la position de chaque corps ou ensemble anatomique, de l’imbrication des différents individus composant les dépôts, et la caractérisation des connexions anatomiques, qui est dans ces contextes complexes un élément indispensable à la compréhension de la simultanéité ou pas des dépôts de corps. Il sera ensuite possible de discuter de la chronologie de remplissage et de la gestion anthropique des corps.

Des dépôts simultanés dans la cuvette 1 ?

Pour la cuvette 1, la faible profondeur des vestiges humains et l’absence de superpositions des individus ne permettent pas de discuter de la simultanéité du dépôt des individus, que ce soit au sein d’un même niveau sédimentaire (identifié ici par les US) ou entre les différents niveaux de dépôt. En revanche, il est possible de documenter la nature des dépôts.

Les ensembles anatomiques observés au sein des US 7692 et 7850 témoignent d’une décomposition des individus après leur dépôt dans la cuvette. Il s’agit donc de dépôt primaire attesté par la présence de connexions strictes, notamment les plus labiles. La logique anatomique entre les membres supérieurs, les côtes et les vertèbres thoraciques est respectée avec une connexion stricte entre les vertèbres thoraciques et lombaires du sujet immature 779963 ou par la présence de mains en connexion stricte jusqu’aux phalanges distales dans le prolongement de l’avant-bras droit reposant en équilibre sur le coude gauche. Ces éléments permettent d’affirmer que les corps se sont décomposés sur place. Il n’est pas possible de savoir s’il s’agit de corps déjà partiels ou de corps complets perturbés pour partie après la décomposition. Aucune trace n’a été observée sur les ossements de cette cuvette. Seul le contexte stratigraphique permet d’associer chronologiquement les dépôts d’individus sans toutefois pouvoir affirmer qu’il y a une simultanéité entre les différents dépôts.

Des dépôts simultanés dans la cuvette 2 ?

Pour la cuvette 2, la réflexion est plus complexe. De fait, la cuvette est plus grande et les vestiges squelettiques plus nombreux. De nombreux dépôts primaires ont été identifiés et certains d’entre eux comme l’ensemble 7517_7689, 7690 et 7691 témoignent d’un dépôt simultané (fig. 9). Le caractère primaire des dépôts est attesté par la présence d’éléments de petites tailles en connexion comme les vertèbres des deux sujets immatures ou les phalanges de la main de l’individu adulte. Le caractère simultané des dépôts est indéniable, le sujet immature 7690 a été déposé sur l’individu adulte 7691 et s’est décomposé conjointement (fig. 9). En effet, le sujet adulte 7691 est partiellement recouvert au niveau des vertèbres thoraciques par l’ensemble anatomique 7690 et il enserre dans son membre supérieur droit l’ensemble anatomique 7689. Quant aux éléments du bassin droit de 7690, l’ilium a chuté dans l’articulation lâche de l’épaule du sujet adulte tandis que les côtes du sujet adulte sont affaissées vers l’avant, mais en parfaite connexion avec les vertèbres thoraciques, ce qui aurait été impossible à préserver si l’individu adulte était déjà squelettisé lors du dépôt du sujet immature 7690. De même, certains éléments du tronc du sujet immature ont percolé parmi les côtes du sujet adulte sans pour autant tomber à l’intérieur du volume thoracique. La décomposition conjointe des deux corps a permis ces mouvements, mais a limité leur amplitude. La simultanéité des dépôts entre l’individu adulte 7691 et le sujet immature 7689 est plus difficile à démontrer vu qu’il n’y a aucun contact entre les individus. Toutefois, l’avant-bras du sujet adulte est en équilibre avec la main en position surélevée. La position des métacarpiens et le mouvement des différentes phalanges témoignent d’une décomposition en espace vide. Le sujet immature, dont le crâne apparaît à très faible distance de l’avant-bras adulte, s’est également décomposé en espace vide. L’ensemble des restes squelettiques autour présente les mêmes caractéristiques, à savoir une décomposition en espace vide. Il paraît vraisemblable que le dépôt de ces deux individus ait eu lieu dans des temps similaires au vu des équilibres conservés pour chacun des individus.

Fig. 9. Exemple de dépôt simultané entre les ensembles anatomiques 7689, 7690 et 7691 de l’US 7517 (Direction de l’archéologie de Chartres métropole).
Fig. 9. Exemple de dépôt simultané entre les ensembles anatomiques 7689, 7690 et 7691 de l’US 7517 (Direction de l’archéologie de Chartres métropole).

Pour la cuvette 2, un autre exemple de dépôt simultané a pu être mis en évidence pour deux groupes d’ensembles anatomiques présents au sein de deux autres unités stratigraphiques64. En dehors des ensembles anatomiques déjà décrits, il n’a pas été possible d’argumenter en faveur d’autres dépôts simultanés. Des dépôts primaires d’individus sont toutefois bien présents, bien qu’il s’agisse de partie d’individus. Les individus identifiés comme les premiers déposés dans la cuvette 2 sont en connexion stricte bien qu’ils aient été recouverts par la suite d’autres corps65. La décomposition des corps s’est bien opérée sur place et les dépôts successifs n’ont pas perturbés les premiers individus. La simultanéité des dépôts est bien attestée pour la cuvette 2, ce qui peut alors nous orienter vers une simultanéité des décès ou en tout cas des décès successifs dans des laps de temps très courts.

Le cas particulier du déversement

Le déversement, qui recouvre la cuvette 2, pose quant à lui d’autres questions sur l’origine des restes squelettiques. Pour ce dernier aucun indice ne permet d’affirmer qu’il s’agisse de cadavres frais et non pas de restes en cours de décomposition ou squelettisés. Aucun dépôt n’est primaire. Si les cuvettes 1 et 2 ont été conçues comme des espaces pour accueillir les dépôts primaires de plusieurs individus, le déversement semble quant à lui correspondre à une gestion que l’on pourrait qualifier d’“utilitaire” des restes humains. De plus, les ossements sont mélangés à un sédiment cendreux, sans pour autant avoir été brûlés, et ils sont dispersés en arc de cercle en avant de l’exèdre du quadriportique nord (fig. 10).

Fig. 10. Carte de répartition des restes squelettiques en fonction de la maturation au sein du déversement et vue de profil (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel), photographie de l’US 7331.
Fig. 10. Carte de répartition des restes squelettiques en fonction de la maturation au sein du déversement et vue de profil (plan : direction de l’archéologie de Chartres métropole, SIG : G. Sachau-Carcel), photographie de l’US 7331.

Des décès simultanés ?

La simultanéité des dépôts de corps est attestée au sein des cuvettes 1 et 2. Nos connaissances actuelles nous permettent d’identifier que la décomposition des corps a eu lieu dans des temps similaires, mais en aucun cas de déterminer le temps entre deux dépôts de cadavres. Nous pouvons simplement affirmer que les corps n’étaient pas totalement décomposés au moment de l’apport de nouveaux cadavres. Quant à la question des décès simultanés, il est dans ce contexte quasi impossible d’y répondre, sauf pour le cas d’exemples très précis de certains ensembles anatomiques au sein de la cuvette 2. Toutefois, ce qui a pu être mis en évidence pour trois individus n’est pas forcément représentatif de l’ensemble des dépôts au sein de la fosse. Il convient donc de rester prudent quant à notre interprétation. La cuvette 1 présente des dépôts primaires, la cuvette 2 présente des dépôts primaires et des indices de simultanéité des dépôts. Le déversement est un cas particulier, tant dans l’organisation spatiale des vestiges que dans la nature du dépôt. Pour les sépultures installées dans les parois de la grande fosse, nous pouvons mentionner un dépôt de deux individus avec une inhumation simultanée ou quasi simultanée attestée par la stratigraphie, les deux individus66 n’étant pas en contact.

Le fonctionnement des cuvettes est chronologiquement difficile à mettre en évidence. En effet, tant les datations radiocarbone que le mobilier, sont dans ces contextes trop peu précis pour pouvoir discuter de l’ouverture ou de la fermeture des dépôts au sein d’une cuvette. L’accessibilité aux différentes cuvettes peut être un argument qu’il est difficile également d’étayer. Seule l’étude fine des dépôts peut nous renseigner. Trois points sont à soulever : l’organisation spatiale des dépôts (étendue et profondeur), l’organisation anatomique des dépôts (restes disloqués ou individus en connexion) et enfin les indices de décomposition simultanée des cadavres. Comme nous avons pu le discuter précédemment, au sein de la cuvette 1, les indices sont extrêmement ténus pour discuter de la simultanéité des dépôts, ceux-ci présentant une très faible imbrication et peu ou pas de superposition. Les ensembles anatomiques repérés dès la phase de terrain et contenant des individus presque complets et en connexion stricte sont présents dans les niveaux les plus profonds. Cette organisation est similaire avec les autres cuvettes, notamment la 2, mais a également été observée au sein de la cuvette 3, avec la présence d’ensembles anatomiques cohérents voire d’individus complets en connexion stricte au plus profond du surcreusement. La position des individus est, de plus, homogène au sein des cuvettes. Les ensembles anatomiques identifiés lors de la fouille et ceux reconstitués montrent que la majorité des individus sont déposés sur le dos. La position des membres, lorsqu’elle a pu être reconnue, est très variable pour les membres supérieurs.

La gestion des corps mise en place au sein de la cuvette 2 pourrait témoigner d’un apport important de corps dans des temps très courts nécessitant d’organiser matériellement les dépôts, contrairement à ce qui a pu être observé au sein de la cuvette 1.

Individus complets et portions de cadavres ?

La cuvette 1 contenait 879 restes squelettiques étudiés. Ces restes correspondent à trois ensembles anatomiques identifiés lors de la fouille (portions de cadavres) et un grand nombre d’os disloqués sans connexion apparente. Toutefois, pour certains, il a été possible en laboratoire de proposer une attribution de certains ossements à un seul et même individu. Une fois identifiés, ces ossements présentaient peu de distance entre eux au sein de la cuvette. Grâce à l’étude biologique, 10 ensembles anatomiques (EA) supplémentaires ont pu être reconnus. Leur dispersion est très faible, la distance maximale entre les ossements d’un même ensemble est d’un mètre ; elle pourrait sembler importante, mais un point central ayant été choisi pour la topographie de certains os, la distance réelle entre fémur et tibia d’un sujet adulte, compte tenu de la longueur de ses ossements, est beaucoup plus faible. Les ensembles anatomiques correspondent à des portions squelettiques en connexion stricte, thorax (vertèbres et côtes), thorax et membre supérieur gauche, coxal et membres inférieurs, membres inférieurs. Pour certains d’entre eux, aucun argument n’a permis, lors de l’étude biologique, de faire le lien entre la partie observée et les restes disloqués. Néanmoins, quelques-uns ont pu être réattribués, identifiés comme appartenant au même individu, même s’il ne présentait pas de connexion stricte sur le terrain. Tous présentaient une grande proximité spatiale. Ceux qui ont été vus sur le terrain sont installés pour deux d’entre eux sur les bords de la fosse et un au centre, parmi les autres restes squelettiques. La superposition des ossements n’a pas entrainé de perturbation des ossements sous-jacents en connexion, ce qui témoigne de dépôts relativement proches dans le temps ou séparés par des niveaux sédimentaires stables.

La cuvette 2 contient 924 restes squelettiques isolés étudiés dont 23 ensembles anatomiques reconnus lors de la fouille et complétés en laboratoire. Comme pour la cuvette 1, des portions d’individus ont pu être associées lors de l’étude alors qu’aucune connexion n’était visible sur le terrain, ce qui représente 48 “individus”. 106 collages ont pu être effectués entre un ou plusieurs fragments, mais leurs dispersions sont faibles.

Au sein du déversement, aucun individu subcomplet en connexion n’a été identifié sur le terrain, la connexion de deux ossements n’a pas été considérée comme un EA. L’étude biologique des 410 vestiges osseux conservés a permis d’individualiser un appariement de deux os coxaux et d’un sacrum. Quelques connexions lâches ont été repérées sur le terrain entre talus et calcanéus ou encore entre atlas et axis. Aucune autre logique anatomique n’a pu être mise en évidence. Les collages présents au sein du déversement montrent une faible dispersion malgré la fragmentation plus importante des ossements contrairement aux cuvettes. Le déversement est plutôt de forme circulaire et suit la pente de la fosse 7263 (fig. 10). Il est à noter la présence de nombreux agrégats de clous de chaussure, d’une densité importante d’éléments mobiliers et a contrario des restes squelettiques humains, de restes squelettiques fauniques en connexion stricte67.

Le déversement se démarque complètement des deux cuvettes tant par la nature des sédiments que par l’organisation des restes squelettiques. Il a été constitué après les dépôts au sein des deux cuvettes et la répartition spatiale des vestiges confirme l’épanchement des restes humains depuis l’exèdre. Au vu de la répartition et de la présence notamment de sujets immatures sur toute la pente occupée par le déversement, il paraît peu probable qu’il s’agisse de corps non squelettisés. La nature et l’abondance du mobilier pourraient traduire la fin d’une crise de mortalité avec le ramassage des derniers vestiges humains avant la fermeture de l’espace funéraire.

Pour les ensembles anatomiques et les réattributions d’os disloqués pour tous les dépôts, la répartition spatiale montre une proximité des ossements, confirmée également par les collages. Les os fragmentés ne sont pas dispersés. La difficulté réside dans l’interprétation à donner aux gestes observés, certains ont perturbé l’intégrité de certains corps. Les ensembles anatomiques en connexion sont sur les bords des cuvettes, quelle que soit la cuvette considérée. Enfin, un certain nombre d’ossements ne peuvent pas être réattribués à un individu en particulier. Il est important de prendre en considération dans ce contexte spécifique, la difficulté méthodologique avérée, d’attribuer a posteriori, et avec une grande fiabilité, les ossements dispersés à un même individu.

Les os portant des traces dans la cuvette 2 sont plutôt à distance des bords de fosse, à approximativement un mètre (cf. supra). Les traces anthropiques suggèrent que la population vivante a géré les dépôts au sein de la fosse, et il semble plausible que cette gestion directe des corps encore frais ait entrainé des perturbations dans l’organisation des dépôts. Si la décomposition de certains corps était en cours dans les niveaux supérieurs, probablement à l’air libre, l’utilisation d’outils a pu contribuer à disloquer les corps, notamment pour les articulations labiles de la colonne vertébrale, de l’épaule…

Les dépôts de restes humains à partir de l’étude de deux cuvettes et du déversement de la fosse demeurent très complexes et ce à plusieurs niveaux : par la présence même d’un grand nombre de restes squelettiques, qu’il soit ou non en connexion, par la répartition spatiale hétérogène des vestiges au sein des cuvettes tant en termes d’espace occupé que de densité des vestiges et enfin par la pluralité des types de dépôts mis au jour avec des individus complets, subcomplets, disloqués. Notre analyse demeure, et demeurera sans doute toujours partielle, dans la mesure où nous ne pouvons individualiser avec certitude tous les restes squelettiques. Les informations apportées par la confrontation des observations taphonomiques au sein des cuvettes permettent d’affirmer qu’il s’agit d’individus en dépôt primaire et dont certains ont été déposés simultanément. La présence de traces anthropiques sur les ossements de la cuvette 2 pourrait expliquer une dislocation partielle des corps. De même, il est envisageable que les corps ramassés soient déjà dans des états de décomposition avancée, et que leur manipulation ait entrainé des désarticulations ou démembrements. La gestion des corps (de la mort de l’individu à son dépôt dans la fosse) et des dépôts semblent insuffisant pour expliquer l’absence de certains restes squelettiques ou tout du moins leurs sous-représentations.

Sélection des inhumés ou population naturelle ?

La présence de dépôts simultanés et d’un grand nombre d’individus sont les éléments essentiels qui ont permis de suspecter une crise de mortalité. L’identification de la nature de la crise nous échappe encore, aucune lésion traumatique sur les ossements ne reflète des violences interpersonnelles excluant de fait une origine en lien avec des faits de guerre et aucune atteinte spécifique des individus ne permet de suspecter un lien avec un épisode de famine. La cause la plus probable de cette crise de mortalité serait alors l’épidémie. L’étude des profils de mortalité constitue dans ce contexte un des seuls éléments permettant de discuter de la sélection des inhumés, sociale ou liée à une épidémie.

Prérequis pour l’établissement des profils de mortalité

Cette étude du recrutement par âge et sexe remplit deux critères indispensables. Les espaces funéraires sont géographiquement et chronologiquement circonscrits. En effet, les cuvettes et le déversement sont des aires de dépôts qui ont pu être exhaustivement fouillées et dont la chronologie est particulièrement resserrée, de l’ordre de 20 ans (entre 260 et 280 p.C.).

Le travail sur l’estimation du NMI, indispensable pour toute étude dans de tels contextes, a permis de dénombrer les individus selon leur degré de maturation et de les rassembler par classe d’âge. Dans le cadre des restes humains disloqués, aucune réflexion n’a pu être menée à l’échelle du ou des individus. Ainsi la construction d’un profil de mortalité n’a pu reposer que sur la prise en compte de différents types d’os. L’individualisation étant faible au sein des espaces funéraires étudiés, les profils de mortalité ont été établis à partir des os longs et par type d’os (humérus, radius, ulna, fémur et tibia), puis confrontés aux tables types de mortalité théorique
classiquement usitées68.

De possibles biais d’identification 

Les profils de mortalité ont été établis indépendamment pour chaque cuvette et pour le déversement. Il est important de mentionner que d’une manière générale les os longs des membres sont inégalement représentés. Si l’on considère l’ensemble des ossements, il existe un fort déficit des individus entre 10 et 19 ans, quel que soit l’os considéré ; par exemple, pour les 15-19 ans un seul os coxal est comptabilisé. Quelques os longs appartiennent probablement à cette classe d’âge, mais si une mauvaise conservation osseuse ne permet pas l’observation des lignes de fusions des épiphyses proximales, alors certains grands adolescents, en raison du format de leurs ossements, ont pu être classés parmi les adultes. Il faut donc avoir conscience d’un biais lié à la difficulté de distinction entre les sujets subadultes et les sujets adultes.

Les profils de mortalité : du type d’os à l’espace de dépôt

Pour l’étude des profils de mortalité, il est extrêmement difficile de réfléchir sur chaque profil de chaque ossement long et ce pour chaque dépôt, tant les différences sont parfois grandes. Pour plus de clarté dans la description des profils, seuls les deux ossements les mieux représentés (humérus et fémur) ont été considérés pour les cuvettes 1 et 2 et le déversement.

Si l’on considère les deux os longs (humérus et fémur) de la cuvette 1, chaque type d’os présente un profil de mortalité spécifique marqué par l’absence de certaines classes. Pour l’humérus, c’est la classe des 15-19 ans qui n’a pas été observée, alors que pour le fémur, il s’agit des 0 an. Le profil de l’humérus montre une surmortalité des classes 5-9 ans et 10-14 ans. Le profil du fémur montre également une surmortalité des 10-14 ans. La classe des 20-29 est surreprésentée que ce soit pour le profil de l’humérus ou du fémur (fig. 11).

Fig. 11. Comparaison des profils de mortalité de l’humérus et du fémur pour les dépôts de la cuvette 1, 2 et du déversement, comparés aux tables de type de mortalité théorique de Ledermann en gris (G. Sachau-Carcel).
Fig. 11. Comparaison des profils de mortalité de l’humérus et du fémur pour les dépôts de la cuvette 1, 2 et du déversement, comparés aux tables de type de mortalité théorique de Ledermann en gris (G. Sachau-Carcel).

Pour la cuvette 2, les profils établis pour l’humérus et le fémur sont quasi-identiques. Les premières classes d’âge sont sous-représentées jusqu’aux 5-9 ans où il est possible d’observer une très légère surreprésentation des 5-9 ans et une très légère sous-représentation des 15-19 ans. Les deux courbes se rejoignent et mettent en évidence une surreprésentation des 20-29 ans.

Pour le déversement, les profils montrent une surreprésentation de la classe des 0 an. La classe 10-14 ans est très légèrement surreprésentée et la classe des 20-29 ans est très surreprésentée, mais dans des proportions moindres par rapport aux cuvettes 1 et 2.

La cuvette 1 présente les profils de mortalité les plus différents entre les deux ossements et une véritable surreprésentation des classes 5-9 et 10-14, qui pourrait traduire une mortalité anormale. Cette surreprésentation est très ténue, mais présente également pour la cuvette 2 pour les 5-9 ans et pour les 10-14 ans au sein du déversement. Lorsque l’on combine les profils de mortalité par os, pour l’ensemble des dépôts étudiés (cuvette 1, cuvette 2 et déversement), les écarts semblent se compenser. Toutes les classes d’âge sont présentes. Si l’on s’intéresse plus particulièrement à l’humérus et au fémur (fig. 11), les deux courbes sont assez similaires en révélant une sous-représentation de toutes les classes immatures et une surreprésentation des sujets adultes.

Les profils de mortalité établis présentent tous des anomalies marquées par une surreprésentation des individus adultes par rapport aux immatures. L’étude des profils de mortalité montre une absence quasi systématique de la classe des 15-19 ans, mais étant donné le biais signalé supra, peut-on vraiment parler de sélection ? Et si tel était le cas, de quel type de sélection pourrait-il s’agir ?

La gestion particulière des corps que nous avons déjà discutée dans le chapitre sur la simultanéité des dépôts et des décès nous fait suspecter une crise de mortalité. Aucune lésion traumatique sur les ossements n’a été observée écartant ainsi l’hypothèse d’une guerre ou d’un massacre. Aucun agent pathogène n’a pu être identifié lors d’une étude préliminaire69. Aucune mention dans les sources historiques ne se rapporte directement à un quelconque évènement de ce type pour la période concernée. Ainsi dans le cadre de l’étude du recrutement par âge et par sexe il n’est pas possible de répondre à cette question même si plusieurs indices pourraient tendre vers l’hypothèse d’une crise de mortalité épidémique.

Mortalité à Chartres durant le IIIe siècle p.C.

Estimer une population vivante à partir d’un échantillon archéologique est irréalisable tant les biais sont nombreux (pratiques funéraires, conservation osseuse, sélection des inhumés, méthodologies de fouille et de prélèvement…)70. Néanmoins, nous avons tenté de replacer les résultats de notre étude dans le contexte plus large, tant historique qu’archéologique, de la cité d’Autricum durant le IIIe siècle.

Comme de nombreuses villes antiques, Autricum atteint son apogée au cours du IIe siècle p.C. avant de subir une forte rétractation durant le IIIe siècle p.C., probablement vers le milieu de ce siècle (cf. supra). La ville de cette période est encore mal connue, les opérations archéologiques concernant le cœur du tissu urbain antique étant peu nombreuses. Les ensembles funéraires de cette période sont, eux aussi, mal connus et seule la présence de quelques sépultures isolées ou petits ensembles pourrait témoigner de cette activité funéraire (fig. 12). Il est à noter en particulier une sépulture à inhumation mise au jour lors de l’opération “Cœur de ville” datée de la fin du IIIe siècle – début du IVe siècle p.C. (Place des Épars)71. Un puits contenant des ossements humains, situé à proximité, pourrait être contemporain. D’autres petits ensembles antiques, mal datés, peuvent être attribués à cette période (trois sépultures découvertes Rue de Brossolette, C266)72. En revanche, les espaces funéraires connus livrent des inhumations en vase de tout-petits (périnatals et très jeunes immatures). Ainsi, une centaine de vases a été découverte dans la partie méridionale de la ville antique, rue de Reverdy, dans les niveaux de remblais d’une carrière antique73. Quarante-cinq d’entre eux contenaient des restes osseux. Cette pratique est présente également dans la partie nord de la ville, rue Hubert Latham (C138, trois vases)74 et au sud-est près de l’angle formé par les rues de Sours et du Faubourg la Grappe (six vases). Plus récemment, une fouille archéologique située de l’autre côté de la rue de Sours a livré plus d’une soixantaine de vases, dont seulement vingt-deux avec un squelette75. Là encore, comme pour Reverdy, l’ensemble funéraire s’installe dans les niveaux de remblais d’une ancienne carrière de craie. Systématiquement, ces différents espaces s’installent en dehors des limites de la ville antique marquées par la présence d’un grand fossé probablement creusé durant le Ier siècle et en grande partie abandonné à cette période. Ces espaces particuliers, dont les inhumés sont sélectionnés selon des critères d’âge, ne peuvent donner d’indices précis quant à la population de l’époque.

Au IVe siècle p.C., l’installation de sépultures à proximité de la rue de Châteaudun (site du Cinéma, C219) semble marquer les limites de l’emprise de la ville. Plus à l’est, une nécropole s’installe à proximité de la vallée de l’Eure (Saint-Barthélemy, C77). Cet espace, qui semble situé en large périphérie de la ville, est particulièrement intéressant. Son émergence pourrait dater de la même période que celle de la grande fosse de Saint-Martin-au-Val ou pourrait survenir juste après. De plus, cette nécropole montre les premiers indices de normalisation des sépultures.

Fig. 12. Plan de répartition des espaces funéraires mis au jour à Chartres, C077, C373 et C529 correspondant à Saint-Barthélemy de la fin du IIIe siècle p.C. au IVe siècle p.C. (direction de l’archéologie de Chartres métropole).
Fig. 12. Plan de répartition des espaces funéraires mis au jour à Chartres, C077, C373 et C529 correspondant à Saint-Barthélemy de la fin du III e siècle p.C. au IVe siècle p.C. (direction de l’archéologie de Chartres métropole).

La méconnaissance des espaces funéraires du IIIe siècle rend difficile l’appréhension de la place occupée par Saint-Martin-au-Val dans le paysage funéraire ou mortuaire. En effet, la gestion des cadavres durant cette période de crise de mortalité, comme nous l’avons vu, est marquée dans les premiers temps, par l’installation de quelques sépultures en bord de fosse, puis par le dépôt dans les cuvettes et est achevée par le déversement. L’intensité de la crise est présagée la plus forte au moment de la constitution des cuvettes. Toutefois, en l’absence d’espace funéraire clairement identifié pour la population d’Autricum à la fin du IIIe siècle, il n’est pas possible d’identifier si d’autres espaces montrent le même type de dépôts pluriels, ou une densification des sépultures. En effet, la grande fosse de Saint-Martin-au-Val n’a peut-être pas été le seul espace utilisé pendant cette crise et d’autres espaces funéraires ou mortuaires ont pu être utilisés en parallèle du remplissage des cuvettes au plus fort de celle-ci. Il reste donc difficile de se rendre compte de ce que représente le nombre d’individus inhumés au sein de la grande fosse au regard de l’ensemble de la ville, et de l’impact d’une crise de mortalité sur une population du IIIe siècle p.C.. Il faut tout de même rappeler que le milieu du IIIe siècle est marqué par un point de rupture dans le développement de la ville sans que l’on puisse le rattacher à un évènement spécifique.

Gestes funéraires à l’époque antique : regards archéologiques et historiques

Les sources historiques relatives au monde funéraire peuvent relever de trois grandes thématiques : description des pratiques funéraires, règles et lois définissant la sépulture ou l’espace funéraire, et relation à la mort et à ses impacts affectifs et sociaux sur les survivants.

La loi des XII tables (Leges duodecim tabularum) rédigée par un collège de décemvirs entre 451 et 449 a.C. et plus particulièrement la table X,1 nous renseigne directement sur la séparation existante entre espace des vivants et espaces des morts : “Hominem mortuum in urbe ne sepelito neve urito” soit “l’homme mort, qu’on ne l’ensevelisse ni ne le brûle dans la ville”76. Cette règle de séparation entre monde des vivants et monde des morts est respectée, conditionnée par le statut même du mort qui souillait les vivants77. Les textes de Cicéron78 et Athanase79 précisent également que l’inhumation des morts fait partie de la loi, et qu’une fois le mort déposé, la tombe revêt un caractère sacré la rendant inviolable.

Alors qu’en est-il des réductions ou des vidanges de sépulture à l’époque romaine ? Le traitement du corps à l’époque romaine peut prendre différentes formes : inhumer ou brûler. Quelle que soit la pratique privilégiée, le défunt ou les restes brûlés du défunt sont mis en terre. L’ensemble des synthèses récentes, considérant des études archéologiques et anthropologiques approfondies, montre que les sépultures de l’époque romaine sont situées à l’extérieur de la ville et qu’aucune trace de vidange pour les inhumations n’a été mise en évidence. Les cas de perturbation des sépultures antérieures et les recoupements sont des faits anecdotiques et dans tous les cas l’intégrité du corps est respectée autant que possible80.

Pour l’époque romaine, les vidanges concernent les aires de crémation ou les bûchers. Sur quelques sites, des réductions de sépultures ont pu être documentées pour l’Antiquité tardive comme à Saint-Vulbas dans l’Ain au IVe siècle p.C.81.

La période romaine est marquée par une ritualisation forte du dépôt du défunt et la constitution de la sépulture définitive (perpetua sepultura) et par un ensemble de gestes après le dépôt pour honorer les morts et les dieux, la présence du corps fondant le locus religiosus. Dès lors où la sépulture constitue un locus religiosus, l’exhumation est un délit82. En revanche, il est possible de trouver dans les sources épigraphiques un petit nombre de mentions du transfert des restes d’un défunt83. Toutefois, ces transferts dans ce qu’ils nous sont connus relèvent du rapatriement individuel d’un corps, et le plus souvent sur le territoire de Rome. Les textes “De omnibus tribunalibus” d’Ulpien conservé au livre XI du Digeste souligne que “les corps ou les ossements des morts ne sont ni retenus, ni malmenés, et qu’on ne les empêche pas d’être transportés sur la voie publique ou de recevoir une sépulture”. Toutefois, bien que ces éléments de loi attestent l’existence du transfert des corps ou des ossements, le transfert n’est possible que lorsque le lieu de la sépulture définitive n’a pas été constitué et si c’est le cas, il doit faire l’objet d’une autorisation des instances dirigeantes. Ainsi, ces transferts, voire exhumation au besoin, ne concernent qu’un individu et ne remettent pas en cause l’intégrité du corps ou des restes.

Aucune réintervention dans la sépulture n’est possible une fois celle-ci fermée et consacrée sauf sur autorisation. Les vidanges, les réductions, la constitution d’amas osseux hors des sépultures sont totalement absentes de cette période, bien qu’ils soient attestés pour l’époque gauloise et au haut Moyen Âge. Cette réalité est visible dans la publication d’un colloque récent consacré au rituel, au pillage et à la gestion des sépultures où aucun site de l’époque romaine n’est présenté, non pas faute d’intervenants, mais en raison des découvertes archéologiques qui tendent à démontrer que les lois romaines concernant la gestion des défunts étaient particulièrement respectées, exception faite des pillages84.

Des changements dans les pratiques funéraires, la gestion de la tombe et du défunt sont perceptibles ponctuellement à partir du IVe siècle et se généralisent avec l’apparition de pratiques funéraires nouvelles marquées par une réintervention sur les ossements et la volonté de regroupement des individus. L’utilisation et la réutilisation de la tombe sont un phénomène tardif accompagné probablement d’une perte de l’individualité de la sépulture85.

La pluralité des pratiques mises au jour au sein de la grande fosse interroge pleinement sur l’origine des corps et le traitement des cadavres avec ces restes squelettiques isolés, déconnectés et sans logique anatomique, ces portions de cadavres et ces individus complets. Les gestes à l’œuvre ne résulteraient pas d’une action de réorganisation d’un espace funéraire proche, d’une vidange de nécropole, mais plutôt d’un ensemble de gestes mis en œuvre pour répondre à une forte mortalité sur un temps court.

Bilan synthétique de l’étude

En conclusion, l’étude des vestiges humains découverts dans la grande fosse du site de Saint-Martin-au-Val à Chartres (Autricum) révèle un contexte funéraire et mortuaire exceptionnel pour le monde romain antique du IIIe siècle p.C. Malgré la complexité de cet ensemble, due à la grande densité des restes humains, des choix méthodologiques rigoureux ont permis d’acquérir et de contextualiser des données biologiques essentielles. Ainsi, les différentes études menées ont permis de mettre en lumière plusieurs aspects significatifs tant sur la population touchée que sur l’organisation et la gestion des corps.

En premier lieu, l’étude des profils de mortalité a permis de démontrer que la population inhumée au sein des dépôts, avec une surmortalité des individus adultes, ne correspondait pas totalement à une population naturelle, mettant ainsi l’accent sur une éventuelle crise de mortalité, ce que démontre de manière plus pertinente la mise en évidence de la simultanéité de certains ensembles. L’absence de lésions osseuses orienterait plutôt vers une crise épidémique. L’étude fine des dépôts a permis d’identifier trois modes de gestion différents correspondant probablement à un changement dans le rythme des décès, peut-être en relation avec l’intensité de la crise. En premier lieu, une gestion individuelle des corps qui est marquée par l’installation des sépultures sur les bords de la grande fosse. Puis une gestion plurielle des corps, en lien avec une possible accélération dans le rythme des décès qui se traduit par le dépôt des individus au sein des cuvettes. Enfin, une gestion dite “utilitaire” des dépôts avec le remaniement, à l’aide d’outils, des derniers niveaux déposés (notamment dans la cuvette 2). Ce possible réagencement des corps pourrait s’expliquer par le besoin de couvrir temporairement la cuvette ou encore d’aplanir les niveaux de dépôts avant l’ajout de nouveaux corps. Le déversement ne semble pas s’intégrer dans cette gestion directe des corps, mais intervenir à la fin de la crise, et peut être même marquer symboliquement la fin de la crise avec une caractérisation plus rituelle du dépôt constitué de sédiment cendreux, d’une abondance de mobilier et de restes déjà squelettisés. Pour les restes squelettiques isolés, voire les portions de squelettes, la première hypothèse formulée proposait une vidange de sépultures. Ces pratiques, contraires à tout ce qui est connu et documenté pour la période romaine, ne semblent pas envisageables, même dans ce type de contexte où il est pourtant possible d’identifier une gestion “utilitaire” des corps. En revanche, il est possible de s’interroger sur la possible récupération de corps ou de portion de corps avant la fermeture des cuvettes dans le but de leur donner une sépulture individuelle.

L’approche interdisciplinaire adoptée ici, combinant archéologie, anthropologie et l’usage d’outils de visualisation puissants s’est avérée essentielle pour appréhender la complexité de ce site et enrichir notre connaissance des sociétés antiques face aux défis de leur temps. Cette première recherche ouvre la voie à de futures investigations. Des analyses complémentaires, notamment sur les cuvettes 3, 4 et 5, permettront sans doute d’affiner notre compréhension de cet ensemble funéraire hors du commun et d’éclairer davantage l’origine des décès. Le test de nouvelles méthodes d’appariement est envisagé pour améliorer l’individualisation des restes et ainsi améliorer notre compréhension de la gestion des corps.

Bien que l’étude soit encore partielle, les résultats obtenus constituent une avancée significative dans la compréhension de ce site unique. Ils offrent un témoignage précieux sur la gestion des corps, les pratiques funéraires et mortuaires en période de crise de mortalité dans le monde gallo-romain. La relation entre cet évènement mortuaire majeur et les transformations urbaines et sociales de la fin du IIIe siècle reste à approfondir.

Remerciements

L’étude archéoanthropologique menée par l’une d’entre nous (G. S.C.) a bénéficié d’aides financières dans le cadre d’un programme de recherche du LabEx des Sciences Archéologiques de Bordeaux (LAScArBx) (coord. D. Castex) et par le projet ANR PSCHEET (ANR-19-CE27-0012 ; coord. D. Castex).


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Notes

  1. Numérotée sur le terrain 7263.
  2. Les fouilles ont fait l’objet d’un rapport annuel consultable sur le site de la Direction de l’archéologie de Chartres métropole.
  3. Pour certaines thématiques, les dépôts en cours d’étude ont été intégrés dans la discussion, le discours se fondant alors uniquement sur les données brutes fournies par le terrain
    et la post-fouille.
  4. Bazin 2025, 58-59.
  5. Ibid.
  6. Dupuis et al. 2025.
  7. Bazin & Bouilly 2025, 114-126.
  8. Ce secteur du quartier de Saint-Brice est aujourd’hui occupé au sud par un hôpital, l’église Saint-Martin-au-Val et les bâtiments conventuels, ainsi que la place Saint-Brice. Au nord et au nord-ouest, autour des rues des Bas Bourgs, Georges Brassens, Alfred Piébourg, des habitations individuelles et collectives récentes ont été construites. À l’est et au nord-est, aux abords de l’Eure, se déploie la plaine réservée aux installations sportives.
  9. Bazin 2025, 58-59.
  10. Bazin & Bouilly 2025, 124.
  11. Bazin et al. 2013, 129.
  12. Numéros 7441 et 7954.
  13. Bazin et al. 2013, 179.
  14. Pour la description des sépultures et du mobilier associé, se référer à Bazin et al. 2013, 48.
  15. Bazin et al. 2013, 175.
  16. Bazin et al. 2010.
  17. Leclerc 1990.
  18. Bazin et al. 2010, 211, fig. 97 et Bazin et al. 2011, 43, fig. 21.
  19. Bazin et al. 2010, 217 et 219.
  20. Ibid, 209 et 239.
  21. Bazin et al. 2013, 136.
  22. Bazin et al. 2011, 47.
  23. Ibid, 24.
  24. Ibid, 26.
  25. Bazin et al. 2013, 128.
  26. Ce dépôt homogène sera appelé “déversement” dans la présentation des résultats afin de le distinguer des dépôts dans les cuvettes.
  27. Bazin et al. 2011, 180.
  28. Réalisées par Stéphane Hérouin.
  29. L’étude de la série de Saint-Martin-au-Val a débuté en 2016 et a fait l’objet de plusieurs missions successives axées sur des aspects spécifiques dont les résultats ont été réunis dans une synthèse thématique en 2021.
  30. La base de données a été créée sous FileMaker et comporte 23 tables attributaires pour l’enregistrement par ossement ou région anatomique, ce qui représente 800 rubriques avec une table dédiée pour la synthèse des individus reconnus. L’ensemble des données enregistrées est converti pour l’utilisation sous QGis afin de traiter spatialement les données archéologiques et biologiques.
  31. Bazin et al. 2013, 148.
  32. L’ensemble des méthodes choisies dans le cadre de ce travail sont exposés en détail dans le rapport d’étude de Saint-Martin-au-Val 2015 (Sachau-Carcel 2015) et disponible sur demande motivée auprès de l’autrice.
  33. Moorrees et al. 1963, 205-213 ; AlQahtani 2008, 481-490.
  34. Coqueugniot et al. 2010, 655-664 et pour les individus de plus de 7 ans.
  35. Maresh 1970, 725-742 ; Scheuer 2000.
  36. Schmitt 2005, 89-101.
  37. Nous avons systématiquement cherché à mettre en évidence des critères d’immaturité des ossements (ligne de fusion par exemple) afin de ne pas vieillir notre population étudiée, chaque ossement ayant une fenêtre de maturité qui lui est propre (Coqueugniot et al. 2010).
  38. L’os coxal est l’os le plus dimorphique du squelette humain, l’observation macroscopique ou la biométrie permet d’estimer avec fiabilité et précision s’il s’agit d’un homme ou d’une femme.
  39. Bruzek et al. 2017.
  40. Bruzek 2002, 157-168.
  41. Lorsqu’aucune méthode n’a pu être appliquée, le sexe n’a pas pu être estimé ce qui a été le cas pour 28 os coxaux qui sont de sexe indéterminé.
  42. Bazin et al. 2013, 148 ; Table XI : Analyse pondérale par région anatomique des ossements humains issus des cuvettes (SH).
  43. Terme classiquement utilisé en archéologie pour désigner des sépultures contenant une grande quantité d’individus sans préjuger de leur caractère collectif ou multiple.
  44. Gallay & Chaix 1984.
  45. Demangeot 2011, 71 ; Villena I Mota 1997.
  46. Hérouin 2010, 2011.
  47. Villena I Mota 1997.
  48. Georges 2007, Thiol 1996, Le Mort 1989 et grâce à l’aide et la compétence de l’archéozoologue du service d’Archéologie de Chartres (Julie Rivière).
  49. Lors d’une reprise ciblée de l’étude, la binoculaire devrait permettre de mieux caractériser ce type d’atteintes, notamment pour les incisions.
  50. S. Hérouin a été le 2e observateur et J. Rivière la spécialiste archéozoologue sollicitée.
  51. Numéroté 7915_20220.
  52. L’identification des types de lésions traumatiques tranchant/contendant a été revue avec Mélanie Henriques, anthropologue médico-légale spécialisée dans les lésions traumatiques.
  53. Georges 2009, 233-292.
  54. Référence : 7517_14783.
  55. Référence : 7517_11218.
  56. Référence : 7517_11558.
  57. Référence : 7517_10954.
  58. Les os présentant des traces appartiennent tous au niveau de dépôt le plus affleurant de la cuvette (US 7517) immédiatement sous l’unité de remplissage 7028.
  59. Blaizot & Castex 2005.
  60. Duday 2007.
  61. Castex et al. 2014.
  62. En archéothanatologie, les connexions dites “labiles” sont les connexions qui vont être dans les premières à se disloquer, lors de la décomposition. Les mains (carpe) ou les pieds (tarse antérieur) sont qualifiés de connexion labile et sont donc bien souvent absentes lorsqu’il y a un déplacement de l’individu au cours ou après la décomposition (Duday et al. 1990).
  63. Bazin et al. 2013, 144.
  64. Les US 7517 et 7801 contiguës.
  65. Bazin et al. 2011, 28.
  66. SEP 9014 et SEP 9015.
  67. Bazin et al2013.
  68. Ledermann 1969.
  69. Recherche menée au Department of Archaeogenetics, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology. L’absence des agents pathogènes ciblés n’exclue pas toutefois la possibilité qu’ils aient pu exister.
  70. Sellier, P. (2011). “Tous les morts ? Regroupement et sélection des inhumés : les deux pôles du ‘recrutement funéraire’”, in : Castex, D., Courtaud, P., Duday, H., Le Mort, F., Tillier, A.M. : Le regroupement des morts. Genèse et diversité en archéologie, Pessac, 83-94.
  71. Sellès et al. 2008.
  72. Fissette, S. et Hérouin, S. (2007) : Sépultures et occupation gallo-romaines en périphérie d’Autricum. 27-31 rue Pierre Brossolette, Chartres (Eure-et-Loir – Centre), Rapport de diagnostic archéologique, Ville de Chartres – Service Archéologie.
  73. Portat et al. 2016.
  74. Gibut, P., Rivière, J. et Hérouin, S. (2007) : Nouvelle limite d’Autricum sur la rive droite de l’Eure. Rue Hubert Latham, Chartres (Eure-et-Loir – Centre), Rapport de fouilles archéologiques, Ville de Chartres – Service Archéologie.
  75. Viret &  Hérouin, en cours.
  76. En ce qui concerne l’ensevelissement à l’extérieur de la ville, il faut noter quelques cas de tombes de très jeunes enfants : périnatal ou nourrisson découvert à l’intérieur d’habitat et le plus souvent de villae. L’inhumation des jeunes enfants en contexte domestique marque une continuité des pratiques funéraires antérieures comme attestée pour la protohistoire. En l’absence de véritable statut social, l’inhumation du jeune enfant relève de la sphère privée et n’est donc pas concernée par l’ensemble des prérogatives imposées au traitement des défunts adultes. De très jeunes enfants ont ainsi été mis au jour dans une grande diversité de contexte : fossé, pièce d’habitat, jardin, zones artisanales (Baills, Blanchard 2006, 170).
  77. Van Andringa 2006, 1134.
  78. Cicéron, De Legibus, 2.12.55 : “Si grand enfin est le caractère religieux propre aux sépultures qu’on dit qu’il ne saurait être permis de déposer quelqu’un hors de son emplacement consacré et de sa famille”.
  79. Athanase, Vie et enseignement de notre bienheureux saint Antoine, 90.5 : “[…] en disant cela, il démontrait que ceux qui ne confiaient pas leurs morts à la terre fussent-ils saints, transgressaient la loi”.
  80. Bel et al. 2009.
  81. Grange et al. 2017, 231-239.
  82. Laubry 2007, 161.
  83. Ibid, 159.
  84. Cervel & Noterman 2020.
  85. Cuchet et al. 2023.
ISBN html : 978-2-35613-445-5
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Pessac
Chapitre de livre
EAN html : 9782356134455
ISBN html : 978-2-35613-445-5
ISBN pdf : 978-2-35613-447-9
Volume : 26
ISSN : 2741-1818
Posté le 25/02/2026
39 p.
Code CLIL : 3112; 4117;
licence CC by SA
Licence ouverte Etalab

Comment citer

Sachau-Carcel, Géraldine, Hérouin, Stéphane, Bazin, Bruno, Castex, Dominique, “Dépôts de restes humains au sein du sanctuaire antique de Saint-Martin-au-Val à Chartres : unicum du IIIe siècle p.C. ?, in : Castex, Dominique, Laubry, Nicolas, Rossignol, Benoît, dir., Épidémies antiques en Méditerranée et au-delà, Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 26, 2026, 169-208, [URL] https://una-editions.fr/depots-de-restes-humains-au-sein-du-sanctuaire-antique-de-saint-martin-au-val-a-chartres
Illustration de couverture • Secteur central de la catacombe romaine des Sts Pierre-et-Marcellin (cl. D. Gliksman / Inrap).
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