Introduction

Il est des jours dont nous gardons un souvenir âpre et ému, tel ce jour de juillet 2011, il y a un peu plus de dix ans maintenant, quand Pierre nous quittait, dans la force de l’âge et la plénitude de ses moyens intellectuels malgré le mal qui devait finalement l’emporter. Nous ne pouvions pas alors ne pas rendre hommage à celui qui avait été notre maître et notre ami. Dans ces quelques lignes, nous ne retracerons pas la carrière d’historien de Pierre, d’abord parce que d’autres l’ont déjà fait et bien fait, à juste titre, ensuite et surtout parce que Pierre a tant marqué l’esprit de ses étudiants comme de ses propres collègues, laissant derrière lui tant de souvenirs, qu’il n’est plus utile de rappeler ici les différents postes qu’il a occupés, au sein des universités de Strasbourg en 1978, de Nancy en 1985, enfin de Nanterre en 1997, non plus que son activité de façon générale. Nous retiendrons plutôt l’image d’un savant fait homme, d’un érudit à l’esprit de finesse. Au nom de sa science, il savait se montrer intransigeant et rigoureux, avec lui et avec les autres. Certes, sa parfaite maîtrise des textes grecs, sa passion pour les études mycéniennes, pour le monde homérique, ou encore pour les orateurs classiques, ses recherches sur les royautés grecques sont une évidence, pour les historiens français et bien au-delà de nos frontières : son nom résonne fort encore en Grèce et en Italie (Athènes, Olympie, Naples, Lecce), et ailleurs (Skopje, Coïmbra, Oristano, Austin…)1. Mais si l’écho persiste, c’est aussi et surtout parce que rien ne l’empêcha jamais d’être humain, bienveillant et généreux.

Nous avons fait le choix, dans le présent volume, de rééditer un certain nombre d’articles de Pierre, ce qui diffère des publications de colloques ou de mélanges in memoriam, publications heureusement nombreuses à ce jour. Nous avons de notre côté tenu à faire parler Pierre lui-même, en présentant ses textes dans un ordre chronologique. C’est sans aucun doute le meilleur moyen d’apprécier l’évolution de sa recherche, dans ses thèmes et ses conclusions, de mesurer aussi avec quelle envie et quelle cohérence il a sa vie durant étudié ce qui, des Mycéniens à Aristote, a constitué un pan essentiel de la pensée politique et des sociétés grecques.

S’il m’est permis ici d’évoquer quelques souvenirs personnels, je citerai notre première rencontre, lorsque Pierre, le professeur, n’avait pas hésité à prendre la route et venir spécialement à Lyon discuter de Démosthène avec le chercheur modeste et débutant que j’étais. Je pourrais mentionner nos minutieuses séances de travail chez lui à Nancy, ou encore en Auvergne. Je me rappelle aussi son amour de sa famille, de son épouse et de ses deux enfants, sa tendresse pour les miens, son affection spécialement pour ma fille Alice, âgée de cinq ans lorsqu’elle m’avait accompagné chez Pierre et Christine. Je n’oublierai enfin ni sa présence étonnamment gaie et enjouée en 2010 lors d’un colloque tenu à Pyrgos/Olympie, ni la dernière visite familiale, dans le Forez, quelques mois avant sa disparition.

Toutes celles et tous ceux qui l’ont connu et aimé se reconnaîtront certainement dans ces quelques évocations. Que soient enfin remerciés les collègues qui nous ont aidés dans la collecte des articles de Pierre.

Christian Bouchet
Professeur émérite d’histoire grecque,

Université Lyon 3 Jean-Moulin

J’ai connu Pierre Carlier à Strasbourg, au moment où il publiait son opus magnum sur la royauté. Nous ne nous sommes plus quittés. Il m’a aidé, patiemment et sans relâche. Il était très généreux, sous tous les aspects que prend le terme, et avait  le souci de l’autre. C’était un homme cultivé et intelligent, simple et bon, d’une ineffable douceur, et il est resté tel de bout en bout. Il montrait discrètement à ceux qui l’entouraient une profonde affection.

Il était exigeant, supportant difficilement l’approximation ou le conformisme intellectuel. Il avait un don exceptionnel, très rare dans le milieu, celui de ne jamais être ennuyeux, que le sujet fût sérieux ou futile. C’est que sa parole exerçait une fascination d’un ordre particulier : il me semblait que la raison était toujours mêlée à un élément sentimental, que le savant tenait sa force de l’individu qu’il était, que la réflexion était toujours polie par quelque affect personnel, si bien que, écouter Pierre, c’était être amené à l’écouter de nouveau, avec un plaisir constant. Ainsi, sous son regard, tout, même l’insignifiant, prenait une autre dimension, plus élevée. Il discourait donc avec une passion naturelle, séduisant sans avoir besoin de vouloir séduire. Alors qu’il partait pour un nouveau poste à Nancy, les étudiants de Licence du “Palais U” de Strasbourg l’ont acclamé lors de son dernier cours.

Pierre Carlier était une belle âme et il déployait sa belle âme dans une manière d’être que je n’ai jamais trouvée chez personne.

Bernard Eck
Professeur d’histoire grecque,

Université Grenoble Alpes, LUHCIE

Note

  1. On relèvera tout particulièrement la fondation en mai 2019, à Oristano (Sardaigne), d’un centre de recherche portant le nom de Pierre Carlier. Il s’agit du Centro Internazionale per la Ricerca sulle Civiltà Egee “Pierre Carlier” (CIRCE), qui dépend de l’Université de Sassari.
Posté le 01/07/2022
EAN html : 9782356134202
ISBN html : 978-2-35613-420-2
Publié le 01/07/2022
ISBN livre papier : 978-2-35613-488-2
ISBN pdf : 978-2-35613-487-5
ISSN : en cours
406 p.
Code CLIL : 3385; 4031
10.46608/basic2.9782356134202.1
licence CC by SA

Comment citer

Bouchet, Christian, Eck, Bernard (2022) : “Introduction”, in : Bouchet, Christian, Eck, Bernard, éd., Pierre Carlier, un esprit de finesse. Recueil d’articles, Pessac, Ausonius éditions, collection B@sic 2, 2022, 9-10 [en ligne] https://una-editions.fr/introduction-pierre-carlier/ [consulté le 01/07/2022].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Vision de la fontaine Aréthuse (Syracuse), aquarelle originale (crédits des éditeurs, 2022).
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