Le travail libre est un sujet essentiel pour décrypter et comprendre les articulations sociales de l’Antiquité. Certes, plus que de “travail libre”, il serait opportun de parler du “travail des personnes libres”, en faisant référence au statut de l’individu plus qu’à ses choix, tant étaient nombreuses les obligations et limitations qui pesaient dans l’Antiquité sur toute forme de métier. Une première contrainte relevait des besoins matériels, mais d’autres étaient tout aussi lourdes, comme l’impossibilité de choisir librement un métier. Il n’est pas inutile de rappeler, à ce propos, que ce n’est qu’en 1789 que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen affirmera, avec l’égalité des citoyens devant la loi, le droit de choisir sa profession1. Dans l’Antiquité grecque et romaine, et pendant plusieurs siècles, l’accès à l’éventail des occupations pouvait être terriblement limité par le statut social, les disponibilités économiques, les traditions familiales ou encore le manque d’accès à l’instruction et à l’apprentissage constituaient autant de lourds barrages. Seuls quelques privilégiés pouvaient pratiquer la profession de leur choix, comme ce fut le cas pour Vitruve, qui dans son ouvrage consacre quelques lignes à sa propre formation à l’architecture, commencée dès l’enfance grâce à la générosité de ses parents2. Le récit autobiographique de Lucien de Samosate, au IIe s. p.C., relate l’issue heureuse d’une vocation professionnelle, après un tâtonnement initial3. Mais ces quelques exceptions mises à part, les options étaient très limitées voire inexistantes : le concept du travail comme accomplissement personnel était encore très lointain4. Sans pouvoir épuiser une si vaste thématique, cet essai propose une mise en perspective de certains aspects présents dans les sociétés grecques et romaines. Au-delà des contextes historiques, en évolution constante, cette analyse d’ensemble fait apparaître des caractères significatifs des formes et procédures du travail libre à ces époques5.
Les mots en filigrane
Dans des sociétés où les relations de travail sont souvent négociées individuellement et verbalement, avant d’être éventuellement formalisées à l’écrit, le choix du vocabulaire, ce que les mots définissent s’avère fondamental. Commençons par le mot misthos, qui désigne dès certains passages de l’Iliade la récompense d’une production de biens ou de services. Dans le livre XII (v. 433-435), le mot indique le salaire versé à une ouvrière (γυνὴ χερνῆτις ἀληθής) qui travaille la laine pour faire vivre ses enfants (ἴνα παισὶν ἀεικέα μισθὸν). Plus étonnant encore, un passage du livre XXI (vv.441-457) raconte la construction des remparts de Troie par deux bâtisseurs d’exception, Apollon et Poséidon. Malgré le statut divin des protagonistes, le vocabulaire semble avoir été ici emprunté au registre des relations contractuelles, qui deviendra bien plus courant aux époques classique et hellénistique6. En effet, les dieux sont contraints de travailler au service du roi troyen Laomédon pour un an, à l’instar de thètes, les manœuvres les moins qualifiés, pour une rémunération convenue oralement. Cependant, au terme de l’échéance, toute récompense est refusée : les deux malheureux sont renvoyés brutalement sous la menace d’être réduits en esclavage et doivent renoncer à la rémunération promise. L’insistance de ce passage sur des termes techniques, notamment la répétition du mot misthos7, ne peut être dépourvue de sens. La référence explicite à la trahison d’une parole convenue semble exprimer les aléas de la récompense du travail dans la société archaïque8 et sans doute aussi dans les sociétés postérieures.
Concernant les mots qui désignent les acteurs du travail dans le monde grec, leur étymologie, leur chronologie et leurs différents usages sont très significatifs. Le plus ancien, demiourgos, indique des compétences spécialisées dès le lexique homérique, par exemple dans le célèbre passage de l’Odyssée (XVII, 382-385), où il désigne des savoirs qui sont souvent l’apanage d’étrangers, devins, rhapsodes ou médecins9. L’emploi du mot, qui signifie à la lettre “celui qui œuvre auprès du démos”10, situe désormais la production d’un bien ou d’un service dans la sphère de l’activité publique. La compétence technique en ressort valorisée, puisque cette dernière est chez Homère l’une des marques de l’être civilisé, alors que l’absence de savoirs peut être signe de sauvagerie, comme c’est le cas chez les Cyclopes11. Implicite dans les premiers usages du mot, la référence à la compétence se précise à l’époque classique, dans les traités du Corpus Hippocraticum, où les démiurges s’identifient souvent aux professionnels de l’art médical : si certains sont jugés médiocres, d’autres sont appréciés par leur valeur et compétence12. L’aspect positif du mot sera plus tard emphatisé dans la pensée de Platon, qui fait du demiourgos le moteur de la construction du monde sensible ; mieux, celui qui ordonne le monde en lui donnant un sens13.
D’autres termes grecs mettent l’accent sur la maîtrise manuelle. C’est le cas du mot cheironax, qui s’affirme au VIe s. a.C., sans doute sous l’influence de la Grèce orientale14. Le registre lexical des savoirs médicaux (cheirourgos, cheirotechnês, technites) s’inspire ainsi à la fois de l’habilité pratique et de la connaissance théorique, car le bon praticien (demiourgos) se distingue par l’excellence de la main et de l’intelligence (kata cheira kai kata gnōmen)15. L’hybridation entre les racines cheir et techne possède une valeur positive dans plusieurs passages du Corpus hippocraticum , où les termes sont associés avec un usage parfois redondant, “agathoi cheirotechnai kai dêmiourgoi”16. Dans d’autres passages du même Corpus, le mot technites est employé dans un sens positif, pour indiquer le savoir spécialisé du bon médecin17. Notamment présentes dans le traité sur l’Ancienne Médecine, ces expressions affirment la volonté de construire un statut épistémologique de la compétence médicale. Cette nouvelle posture n’a pas empêché une utilisation moins valorisante des mêmes mots, que l’on constate par exemple à la seconde moitié du Ve s. a.C. dans le vocabulaire de Thucydide, où le pluriel cheirotechnai indique aussi bien les gens de métier18 que les esclaves transfuges du champ athénien en 41319. Dans le Ploutos d’Aristophane, la Pauvreté, Penía, est dépeinte en despote qui oblige l’artisan (ton cheirotechnēn) à travailler, contraint par le besoin20.
Il y a enfin une autre famille de mots qui désigne l’artisan, banausos, et son activité, la banausia. Ce dernier terme apparaît pour la première fois dans les écrits d’Hérodote21, et est d’emblée lié à un contexte étranger, égyptien en l’occurrence. Son caractère insolite dans le vocabulaire grec classique semble prouvé par son absence presque totale du lexique théâtral du Ve siècle : c’est un hapax dans la tragédie22 et il reste inconnu de la comédie23 qui fait pourtant une part si grande aux couches les plus modestes de la société attique. En fait, l’origine de ce mot semble avoir été obscure pour les Grecs eux-mêmes. Les compilateurs des étymologies érudites et des généalogies linguistiques sont évidemment embarrassés par sa racine étrange, qui les oblige à inventer des interprétations alambiquées et trébuchantes. Les lexiques tardifs rattachent les mots banausia/banausos au substantif baunè, qui signifie “four” ; dès lors, le terme désignerait toute activité et métier “qui ont à voir avec le feu”24. Toutefois, la racine baunè (ou baunos) est en soi problématique, car ces mots semblent attestés seulement à partir de l’époque alexandrine25. Les linguistes modernes ont tantôt accepté l’explication ancienne26, tantôt souligné l’étrangéité du mot27, en cherchant des interprétations alternatives. P. Chantraîne suit un raisonnement parfaitement circulaire, en affirmant que «ces mots sont attestés tardivement, mais doivent être assez anciens, s’ils figurent dans banausos”28. Conscients de cette contradiction, d’autres études rejettent le rapprochement entre baunè et banausos, en attribuant à ce dernier mot une origine pré-grecque29, ou bien une racine régionale, laconienne peut-être, qui aurait gardé des traces du lexique mycénien30. Mais, là encore, cette ancienneté prétendue du mot se heurte à sa parution relativement tardive dans le vocabulaire grec. Je voudrais ici explorer une hypothèse différente : celle d’un emprunt linguistique qui apparaît au Ve s. a.C. mais pourrait remonter déjà à quelques décennies auparavant, au VIe s. a.C., à une époque qui voit émerger des spécialisations techniques et professionnelles nouvelles dans le domaine de la production et de l’échange. Le mot pourrait être en effet l’adaptation grecque (avec terminaison en –sos) de la racine sémitique bny, qui signifier entre autres “bâtir”, comme le montre l’akkadien banū. Ces changements pourraient s’expliquer au moins en partie par la monétarisation des pratiques31. Une explication analogue a été donnée pour l’essor de quelques métiers du commerce, en particulier pour la figure du kàpēlos, un terme qui désigne un commerce local qui coïncide souvent avec la vente au détail. Dans ce cas aussi, l’étymologie douteuse a suggéré l’hypothèse d’une importation linguistique32 ; là encore, le terme apparaît pour la première fois chez des auteurs de Grèce orientale, Hipponax d’abord33, puis Hérodote34, en lien avec un contexte étranger, lydien ou perse. Surtout, dans un cas comme dans l’autre, ces nouvelles figures semblent répondre à une transformation des métiers et de la division des tâches, qui s’affirme tout au long du VIe s. a.C., dans un contexte de plus en plus lié à la circulation monétaire et soumis, de ce fait, à de nouvelles règles d’estimation de la valeur35. En outre, le lien de la banausia avec la notion de gain est explicité dans un passage de la Politique d’Aristote : parmi les arts de l’acquisition (chrēmatistikē) il y a aussi le louage du travail (μισθαρνία) “qui est l’affaire, d’une part des artisans manuels (τῶν βαναύσων τεχνῶν) et d’autre part de ceux qui n’ont pas de savoir technique (ἀτεχνῶν), dont la seule utilité réside dans la force corporelle (καὶ τῷ σώματι μόνῳ χρησίμων).”36
Or, le mot banausos possède une autre particularité : parmi ceux qui désignent l’activité manuelle, il est le seul à être constamment interprété dans un sens péjoratif, sous la plume de plusieurs auteurs grecs, d’Hérodote à Aristote, de Platon à Xénophon37. Il est associé à des représentations concrètement négatives du travail manuel, qui touchent à la contrainte corporelle et à la difformité physique, comme en témoignent l’Économique de Xénophon38 ou la Politique d’Aristote39 ; le divorce est ici total entre la main et le savoir. Certes, cette dévalorisation du corps et de ses performances doit se comprendre dans un monde où l’esclavage offre une prestation souvent égale, parfois supérieure, pour ses qualités et compétences, à celle des travailleurs libres, une forme de contiguïté propre à la société grecque comme au monde romain. On retrouve partout cette promiscuité socialement destructrice : qu’il s’agisse, en Grèce, des ateliers de potiers ou des chantiers d’époque classique et hellénistique40, ou bien à Rome, des petites structures productives (familiae)41, des équipes de mineurs42 ou des équipages marins43. Or, à la fin de l’époque archaïque, la monétarisation progressive de la récompense et de son évaluation s’insère justement dans ces équilibres économiques et sociaux et pourrait contribuer à dévaloriser la production matérielle et intellectuelle, pour deux raisons essentielles. La première est la contrainte de vendre une force de travail qui repose essentiellement sur un usage du corps commun aux individus libres et aux esclaves : comme l’affirme Aristote “(…) ceux dont l’œuvre est l’usage du corps, car c’est là leur meilleure qualité, ceux-là sont par nature esclaves”44. La deuxième raison concerne l’introduction d’une évaluation précise de l’œuvre fournie dans un temps mesurable, souvent par journées. Il s’agit là d’un changement majeur, car cette estimation quantitative de la rémunération repousse en arrière-plan l’appréciation qualitative, plus subjective, du savoir-faire technique. L’aspect quantitatif finit aussi par renforcer le caractère interchangeable du travail des personnes libres et des esclaves, qui perçoivent souvent les mêmes rétributions. Dès lors, la frontière entre liberté et contrainte ne tient qu’à sa durée : pour Aristote, l’artisan vit une condition d’esclavage (douleia) propre à la techne, à la réalisation de l’œuvre, et donc virtuellement temporaire, alors que l’esclave, contraint par sa propre nature, vit cette condition de manière permanente45.
La contiguïté entre travail libre et travail servile est bien visible dans la société romaine, où le mercennarius, le travailleur libre qui perçoit un salaire, est souvent interchangeable avec l’esclave (mercennarii loco servorum)46. À l’inverse, l’esclave peut être considéré comme un éternel salarié (perpetuus mercennarius)47. Mieux : la dépendance constante de l’esclave représente paradoxalement un avantage par rapport aux aléas qui guettent la condition fragile du travailleur libre48. Ce paradoxe ressort de la fine analyse menée par Andrea Giardina sur un corpus particulier, les contrats de location d’enfants libres, stipulés par leurs parents sur une durée de plusieurs décennies, connus entre le IVe et le VIe s. p. C.49. Sous la couverture contractuelle, il s’agit bien ici d’une servitude de fait, qui a suscité la condamnation des auteurs chrétiens, d’Ambroise à Augustin50. Pourtant cette condition servile, affreuse mais stable, devait apparaître paradoxalement préférable, dans une situation d’indigence extrême, à une liberté sans futur.
Pour résumer, les variations sémantiques du vocabulaire permettent de retracer quelques changements économiques majeurs et leur impact sur la reconnaissance sociale. Des mots grecs anciens, comme demiourgos ou cheironax expriment des compétences techniques qui peuvent être reconnues dans la cité et même dans les visions utopiques de la cité idéale51. Ainsi, la communauté civique “de base” (anankaiotatē polis) de Platon fait-elle place aux savoirs manuels des laboureurs, des maçons, des tisserands et même aux spécialistes des soins du corps52. Toujours chez Platon, la technē possède une valeur positive de connaissance lorsqu’elle fonde l’expérience (empeiria) en se distinguant aussi de la doxa, assimilée ici à l’opinion irrationnelle53. En revanche, aucune notion positive ne sera reconnue au monde de la banausia, où les relations sociales sont régies par le besoin matériel et par l’évaluation monétaire du temps et de l’œuvre. Mutatis mutandis, ces attitudes se retrouvent dans le discours latin sur la rétribution du travail. Ici, la distinction porte sur la rémunération monétaire (merces), généralement dévalorisée, opposée à une compensation plus libre dans ses modalités (honorarium) qui caractérise les artes liberales, selon la hiérarchie établie dans un célèbre passage des Devoirs de Cicéron54. Dès lors, certains savoirs professionnels seront valorisés : que l’on pense au passage de Vitruve sur les savoirs de l’architecte, qui résultent de la pratique empirique et de la connaissance théorique, ex fabrica et ratiocinatione55. L’utilité sociale du travail n’est pas méconnue dans la société romaine, elle est même ouvertement admise par des passages du corpus juridique56. Toutefois, nous l’avons vu, un regard négatif pèse sur le travail rémunéré qui s’accomplit à côté et à la place du travail servile, loco servorum57. Ce constat ouvre sur un autre vaste sujet, à savoir la diversité des figures du travail et des métiers dans l’Antiquité.
Le travail en miettes58 : la spécialisation dans l’Antiquité
La spécialisation extrême des tâches est sans doute l’un des aspects les plus marquants des relations de travail dans les sociétés anciennes. Déjà présente dans les poèmes d’Homère59 et d’Hésiode60, la diversification des métiers s’accentue dans l’Athènes classique et hellénistique, où Edward M. Harris dénombre quelques 200 activités différentes61. La pluralité des métiers dans la Grèce classique apparaît même dans les dialogues platoniciens, qui rassemblent une grande quantité de “spezialisierter Berufe und Tätigkeiten”, emplois et activités spécialisés62. Les enquêtes sur la société romaine arrivent à des conclusions similaires63 : Jean-Paul Morel a répertorié 160 noms de métiers pour la Rome ancienne, et même 225 si on y inclut l’Occident romain64. Certes, la richesse du lexique ancien est en partie fallacieuse, car certains mots sont en réalité synonymes ou presque. Ainsi, la distinction entre l’agalmatopoios et l’andriantopoios, qui désignent respectivement les sculpteurs des figures divines et humaines, apparaît évidemment artificielle, dans le cadre d’une religion anthropomorphe65. De même, il est difficile de croire que le limarius latin n’ait fabriqué d’autres outils que des limes66. Mais ces pléonasmes linguistiques n’enlèvent rien à la spécialisation extrême qui semble intrinsèque aux sociétés grecque et romaine, assez révélatrice des formes de la production, du savoir-faire et des hiérarchies sociales. Ce phénomène demande ainsi à être expliqué par de facteurs multiples.
Remarquons tout d’abord un élément commun aux cas que l’on vient de citer, à savoir l’identification entre le nom de l’agent et l’objet produit, qu’il s’agisse d’une statue de divinité ou d’une lime en métal. Ce constat n’est pas sans rappeler les considérations de Jean-Pierre Vernant sur la qualité “passive” du travail en Grèce ancienne, considéré plus comme l’extraction des qualités intrinsèques à la matière, qu’un processus autonome de création67. Quant au monde romain, Nicolas Tran a souligné le lien entre la considération sociale d’un métier et le prestige plus ou moins élevé de la matière travaillée68.
D’autres caractères communs ressortent de cette spécialisation des métiers anciens. En premier lieu, il s’agit d’une configuration éminemment urbaine, un constat qui est fait aussi par les auteurs anciens. Dans un passage de la Cyropédie69, Xénophon observe que seules les grandes cités, les megalai poleis, peuvent abriter plusieurs artisans et accueillir différents savoirs techniques. Autre conséquence de la spécialisation : la hiérarchie qui s’instaure entre les acteurs du travail et peut être non seulement observée dans les textes et dans l’iconographie, mais aussi déduite des vestiges archéologiques. C’est le cas de quelques ateliers de teinturiers (fullonicae) d’Ostie et de Pompéi, où la répartition des espaces de travail suppose la séparation de différentes tâches (lavage, travail au bassin etc.), plus ou moins valorisantes70.
Comment expliquer un recours si large à la répartition des fonctions ? Certains historiens contemporains avancent l’argument de l’efficacité productive, présent aussi dans la pensée économique classique : c’est ainsi que Adam Smith commence son célèbre traité71. Or, cet argument pourrait également affleurer dans quelques textes anciens : Edward M. Harris interprète ainsi un passage de la République où Platon souligne qu’une variété de biens et de services est nécessaire au fonctionnement de la communauté72. De façon plus explicite, Xénophon observe que la parcellisation extrême (brachutaton ergon) est gage d’une meilleure qualité du résultat73. Certains contextes archéologiques semblent confirmer, à l’époque romaine, cette volonté d’efficacité ; l’organisation de quelques ateliers de teinturiers de l’Italie romaine montre une division stricte des tâches, sans doute dans le but d’augmenter la productivité74.
Pour plausible qu’elle soit, une telle explication ne saurait cependant rendre compte de la distinction redondante entre des tâches pratiquement similaires, une tendance qui semble aller plutôt à l’encontre d’une organisation rationnelle. En outre, la spécialisation des tâches pourrait avoir l’effet négatif de diminuer la flexibilité de la main-d’œuvre75, alors que les auteurs anciens semblent conscients du préjudice économique que l’indisponibilité ou la perte d’esclaves ou d’ouvriers trop spécialisés pouvait apporter76. D’autres théories mettent l’accent sur les facteurs techniques, qui pouvaient orienter la division des fonctions. L’une des rares représentations du travail dans le monde grec, peinte sur un vase attique à figures noires de 520-510 a. C.77, montre des personnages de tous âges et statuts, attelés à des tâches spécifiques (tournage, décor, transport, enfournage), impliquant l’emploi de plusieurs outils (tours, pinceaux, fours). La complexité du cycle de la production est ici bien illustrée. Les vestiges matériels confirment ces observations : les métiers à tisser utilisés dans l’Égypte romaine supposent la division des tâches entre le tisserand, ses aides et le maître artisan surveillant la chaîne des opérations78. Sur le site gaulois de Le Rozier, entre 50 et 80 p. C., 21 potiers ont été actifs en même temps, comme les noms gravés sur les estampilles en témoignent79. Quant à l’impact des différentes techniques sur l’organisation du travail, il est particulièrement évident dans certains secteurs de la production, par exemple à Rome dans la construction, où les noms des métiers sont très nombreux80. En effet, des changements importants de l’organisation du travail se produisent ici vers la fin du IIIe s. a.C. 81, lorsque l’opus quadratum, un grand appareil en pierre taillée qui demandait une compétence spécialisée, cède la place à l’opus cæmenticium, un mélange de tessons et de mortier fabriqué par des simples manœuvres, libres ou esclaves.
Au-delà des explications économiques et techniques, cela dit, la spécialisation me semble trouver sa légitimation plus profonde dans une conception politique au sens large, qui considère la division des tâches et des savoirs au sein de la cité -tout au moins dans la cité grecque-comme nécessaire et bénéfique. C’est ainsi que ce modèle d’organisation sociale rentre dans le champ d’analyse des philosophes, plus précisément dans la définition utopique de la cité. Pour Platon, non seulement la spécialisation est la condition des échanges correctement établis82, mais elle devient aussi la première règle à respecter dans la communauté idéale, sous peine d’amende et même d’exclusion du corps civique83. L’apologie de la division des tâches rejoint ici l’idée de l’ordre politique dans la polis, où la place de chaque composante, voire de chaque individu, est définie sur la base de ses compétences. Car, comme l’écrit Aristote, “tout le monde se pique même d’avoir la vertu voulue et s’imagine capable d’exercer la plupart des fonctions publiques (archà archeīn) ; mais que les mêmes soient pauvres et riches à la fois, c’est impossible.”84. L’insistance des philosophes sur la place sociale des individus est sans doute la réponse à une situation politique contingente à Athènes, à savoir l’accès au pouvoir de nouvelles couches sociales dans les années 430-41085. Cet arrière-plan historique ressort très clairement de certains passages de la République de Platon décrivant l’organisation de l’État idéal : “Voilà pourquoi une chose particulière à notre État est que le cordonnier y est cordonnier et non pilote en même temps que cordonnier, le laboureur, laboureur et non juge en même temps que laboureur, et l’homme de guerre, homme de guerre et non commerçant en même temps, et ainsi de tous.”86. Cependant, la réflexion polémique sur les évolutions contemporaines s’est greffée sur une pratique sociale consolidée et sur une vision enracinée de l’organisation collective, pour aboutir à une véritable apologie de la répartition sociale et de la spécialisation des techniques et des savoirs. Comme Jean-Pierre Vernant l’avait à juste titre remarqué, “d’une certaine façon, ce que nous appelons la division du travail apparaît comme le fondement de la “politeia” dans le monde grec”87.
Dans la société romaine, cette attitude à la définition minutieuse des tâches persiste, tout en prenant d’autres significations. L’une d’elles, mise en exergue par Nicolas Tran, pourrait être le sentiment de la fierté professionnelle, comme l’illustrent clairement quelques cas particuliers. À Narbonne, un tel L(ucius) Domitius Menocrates, probablement un affranchi, se présente comme un pictor coronarius, peintre de couronnes. Son répertoire comprenait sans doute d’autres sujets, mais ce personnage a choisi d’évoquer sur son épitaphe le domaine dans lequel il excellait et pour lequel il était connu de son vivant88. On peut aussi évoquer l’affichage topographique des lieux de métiers, fréquent dans les épitaphes, visant à rattacher l’exercice de la profession à un espace urbain particulièrement prestigieux, telle la sacra via dans le Forum89. L’identité professionnelle et sociale est alors associée à l’individu, même au-delà de sa mort. Enfin, pour le monde romain, je voudrais avancer une explication supplémentaire pour justifier cette division minutieuse des tâches : il s’agirait d’établir, à chaque étape du processus de fabrication, la responsabilité matérielle de chacun des acteurs, comme semblent le suggérerer certains passages du corpus juridique romain. C’est le cas pour le travail du verre, qui pouvait parfois aboutir à la création de véritables chefs-d’œuvre90, objets précieux qui pouvaient atteindre, comme l’écrit le poète Martial, le prix de cinq jeunes esclaves91. Or, une disposition de la lex Aquilia, à la première moitié du IIIe s. a.C., distinguait avec précision la responsabilité des artisans qui soufflaient le verre (vitriarii) de celle des artisans qui l’incisaient (diatretarii), pour établir les modalités de dédommagement en cas de dégradation ou de casse du matériel92.
Pour conclure, la fragmentation du travail est une constante des sociétés anciennes ; ses raisons sont multiples, tout comme ses effets. D’un côté, ce processus peut être vu comme l’une des voies où s’affirme, paradoxalement, le désir de reconnaissance et de visibilité, qui demeure une constante dans la relation des individus au travail, bien présente aussi dans la modernité contemporaine93. De l’autre côté, la segmentation du travail attenue la conscience de son unité et finit par la cacher au regard collectif, selon des dynamiques connues également dans d’autres sociétés préindustrielles94. Car, comme Alain Supiot l’a écrit, “jusqu’à la révolution industrielle, la langue ne confondait pas sous un même terme l’infinie diversité des travaux et des œuvres. (…) Chaque tâche concrète exprimait les qualités particulières de ceux qui l’accomplissaient, et correspondait à une place définie dans la société.”95.
Un travail sans fin ? Temps et âges
Le temps du travail : voici une autre thématique riche de résonances avec les sociétés modernes et contemporaines96. La relation au temps du travail est ainsi une autre clé de lecture qui permet de mesurer proximités et écarts entre présent et passé. Pour les sociétés anciennes, un premier constat s’impose : l’agencement du temps du travail entrecroise souvent les rythmes et les pauses scandés par la religion d’un côté, et par les rites de passage, individuels et collectifs, de l’autre.
En Grèce, les fêtes (heortai) étaient nombreuses, réparties sur toute l’année : on en comptait de 120 à 144 dans l’Athènes classique97, où le calendrier découpait des cycles sacrés et politiques, qui se superposaient aux rythmes saisonniers98. Les fêtes étaient des événements à la fois personnels et collectifs, ouverts aussi à ceux qui étaient normalement exclus de la vie publique, comme les femmes, les enfants et même les esclaves. La fête marquait l’arrêt légitime des activités de travail : au IIe s. a.C., à Magnésie sur le Méandre, à l’occasion des Isitēria en l’honneur d’Artémis, selon une tradition ancestrale (kata ton patrion ethos), les enfants étaient dispensés d’école et même les esclaves domestiques exemptés de leurs tâches99. À Athènes, selon Démosthène, la loi décrétait la pause des activités judiciaires100. Ici, à la fin du mois de Pianepsion (octobre), la fête des Chalkéia, en l’honneur d’Athéna et d’Ephaistos, marquait la place et la visibilité des artisans au sein de la cité101. Athéna y était alors célébrée sous l’épiclèse de Erganê ou Ergana102, connue aussi à Delphes sous la forme “argana”, et à Thasos, au Ve s. a. C., sous la variante “organé”103. Tout en attribuant aux Athéniens la création du culte104, Pausanias affirme avoir vu en Arcadie, près de Mégalopolis, des statues de divinités, dont Athéna, dites ergatai105. L’importance de la fête à Athènes est soulignée aussi dans les lexiques. La Souda explique que l’épiclèse d’Athéna, Ergane, faisait allusion à son rôle de protectrice des travaux féminins : car c’était justement au moment des Chalkeia que les prêtresses, avec les jeunes filles dites Arrhephoroi, commençaient la trame du péplos qui devait être offert à la déesse dans la fête des Panathénées106. Les hommes n’étaient pas en reste ; l’autre divinité protagoniste de la fête, Héphaistos, était célébrée par tous les artisans et notamment par les forgerons.
À Rome aussi, la succession des fêtes marquait un moment de cohésion du corps civique et ordonnait les temps du travail selon le cycle saisonnier. Ainsi, les Quinquatries, célébrées par les gens de métiers en l’honneur de Minerve étaient l’une des fêtes principales du mois de mars, connoté par un cycle rituel à la fois agraire et guerrier107. Plus généralement, les nombreux jours dit “néfastes” désignaient, à la lettre, les temps où l’on ne pouvait pas “dire la justice” (ne fas) : ils étaient consacrés aux dieux et interdits à toute activité, y compris à l’administration judiciaire108. Un poème de Tibulle dépeint bien ce temps suspendu du jour sacré, où la terre se repose, ainsi que le laboureur, ses outils et les bêtes de fatigue ; seules les activités en l’honneur des dieux sont alors admises (omnia sint operata deo)109. Certes, les exceptions aux prescriptions sacrées n’étaient pas rares, car l’interdiction portait de fait sur les activités nouvelles, pas sur les œuvres déjà entamées. La longue liste des tâches que Caton (IIe s. a.C.) et Columelle (Ier s. p. C.)110 assignaient aux esclaves et aux laboureurs pendant les jours fériés montre que l’interruption du travail n’était, pour certains, qu’une notion virtuelle. L’impératif saisonnier des travaux agricoles était plus fort que les interdictions religieuses : ces dérogations seront admises aussi par le décret de l’empereur Constantin qui instituait officiellement, en 321, le repos hebdomadaire du “jour vénérable du Soleil”111.
Surtout, en Grèce comme à Rome, l’interdit religieux semble avoir opéré comme la puissante tutelle d’un droit – le droit au repos – qui, sans être juridiquement formulé, était reconnu par les usages et protégé par la sacralité rituelle. Une affirmation de Platon me paraît parfaitement exprimer le lien entre normativité religieuse et cycles de production: “dans leur pitié pour le genre humain (…), les dieux ont institué comme des pauses parmi nos travaux, les fêtes que l’on célèbre en leur honneur…”112. Au Ve s. p.C., Macrobe réaffirme le caractère sacré que les prêtres des siècles antérieurs attribuaient aux fêtes, censées être souillées par un quelconque travail effectué après leur proclamation113.
En dehors des pauses sacrées, le concept d’une suspension du travail est juridiquement admis mais de façon plus aléatoire, comme en témoignent quelques contrats d’apprentissage conservés pour l’Égypte romaine. Certains documents accordent une pause annuelle, variable entre 18/20 jours par an et trois jours par mois114. Toutefois, d’autres contrats ne stipulent aucune pause et vont parfois jusqu’à réclamer un prolongement éventuel du temps travaillé en cas de perte des jours œuvrés pour cause d’infirmité115.
En deçà de ces coupures éphémères et ponctuelles, le travail représentait une condition permanente qui envahissait le cycle entier de l’existence. Son temps s’ouvrait avec l’enfance et se terminait avec la fin de la vie. Les enfants apprenaient un métier à un âge très précoce : les érudits, pédagogues et juristes latins ont défini un cadre précis des tâches appropriés à chaque âge. Pour la plupart, ces prescriptions concernent, il est vrai, le travail des petits esclaves : elles donnent cependant une référence valable aussi pour les personnes libres, en particulier pour les couches sociales plus modestes. À cinq ans, un enfant esclave pouvait commencer à rendre service à son maître116. Quintilien souligne en effet l’importance de l’apport économique des enfants même avant l’âge de sept ans117, un seuil important car il marquait aussi, pour les plus fortunés, le début de l’apprentissage scolaire118. Le juriste Ulpien énumérait précisément les activités qu’un enfant pouvait accomplir avant ses quatorze ans, encore impubes: écrire, tenir une comptabilité, être acteur, faire office de nomenclator119, enfin entretenir son maître par différents moyens (voluptatis artifex)120. À l’âge de 9 ans, certains enfants pouvaient déjà montrer des talents remarquables, que les épitaphes funèbres célèbrent et regrettent. Souvent, leurs compétences s’appliquaient à des domaines spécifiques, comme le tissage et la broderie de matières précieuses121. Excellent dans la fabrication des bijoux, l’enfant Pagus était mort avant ses treize ans, regretté par ses parents et par son maître122. Le jeune Melior, mort à 13 ans, était un comptable (calculator) très apprécié par son propriétaire et maître, Sextus Aufustius Agreus, qui avait fait ériger un monument au petit esclave né et grandi dans sa maison123. Dans ces exemples et plusieurs d’autres124, la notion d’investissement doit être comprise au sens large d’une conduite économique accompagnée d’une dimension affective, venant des parents mais aussi des maîtres125. À 12-13 ans, et probablement même avant cet âge126, les jeunes sont souvent liés par un contrat d’apprentissage, qui stipule leur formation et une forme de rémunération, dans une branche souvent identique à celle exercée par leurs parents. Connus surtout par la documentation papyracée égyptienne127 et dans une moindre mesure par le corpus juridique romain128, ces contrats donnaient la possibilité d’apprendre un métier et d’apporter une contribution économique à la famille. En effet, le maître artisan assurait l’entretien partiel ou complet de l’apprenti et pouvait parfois le rémunérer, proportionnellement à son ancienneté et expérience129. Pour les enfants de naissance libre, la possibilité même d’avoir accès à ce type de transmission professionnelle semble avoir été l’apanage d’une couche sociale relativement aisée130. Bien connue aussi dans l’Europe urbaine préindustrielle131, la pratique de l’apprentissage décrétait la fin de l’enfance et l’entrée définitive dans le monde de la production. Par le biais juridique, elle établissait une dépendance très étroite de l’apprenti au maître, en vertu de contraintes qui étaient aussi physiques132. Le cas d’un jeune apprenti cordonnier de naissance libre, rendu aveugle par un coup donné par son maître, est discuté par les juristes romains133. Leurs arguments pourraient se rapprocher des débats juridiques sur la location des esclaves et sur les dommages corporels dont ces derniers pouvaient être victimes pendant leur location. En effet, le contrat d’apprentissage est aussi un contrat de louage, dans le cadre d’une locatio–conductio operis ou operarum, où l’artisan formateur a le rôle du conductor134. Si le corps des esclaves reste clairement la propriété du maître, les droits des jeunes apprentis libres font l’objet de disputes subtiles entre parents et magistri. Enfin, on ne saurait oublier les formes d’exploitation brutale qui devaient constituer la normalité dans plusieurs domaines d’activité, par exemple dans l’extraction minière. Plusieurs documents confirment la présence d’enfants, même libres, dans les mines. Les réflexions de Diodore de Sicile sur le sort misérable des jeunes mineurs de Nubie en témoignent135. Parmi les inscriptions d’Ibérie qui citent le nom et l’âge des travailleurs des mines (22 seulement sont connues, en dépit d’une activité pluriséculaire et massivement pratiquée), on retrouve un pourcentage proportionnellement élevé d’impuberes et de jeunes: trois enfants libres âgés de 10 -11 ans, un esclave du même âge, quatre jeunes d’âge compris entre 15 et 20 ans136. On ajoutera à cette courte liste l’enfant représenté avec ses outils de travail sur une stèle de Baños de la Encina (Sierra Morena). La lecture proposée par Andrea Giardina a permis de rendre au jeune défunt son nom (Quartulus) et son âge, huit ans, tout à fait compatible avec le travail dans les mines, selon une pratique très courante encore dans l’Europe du XIXe siècle137.
Si le travail commençait à l’aube de la vie, il se terminait souvent avec sa fin. La longévité professionnelle était un exploit en soi : une inscription de Paros, datée du VIe s. a. C., cite les carrières parallèles de deux personnages encore actifs à l’âge de 74 ans sur les chantiers de construction138. Le document semble célébrer un fait exceptionnel, qu’on hésiterait à considérer comme représentatif d’une condition plus générale : mais d’autres cas attestent cette longévité professionnelle. Le pêcheur Théris, célébré dans une épigramme de Léonidas de Tarente (IIIe s. a. C.) s’était éteint très vieux dans sa cabane, en recevant un hommage inusité -un monument- par ses camarades de travail (sunergatines thiasos)139. Les médecins constituent un cas à part, car la longue durée de leur carrière était la meilleure démonstration de leur habileté professionnelle. Une épitaphe de Trikala (Thessalie), célèbre le praticien Gérys, qui avait exercé son art pendant 55 ans auprès de “tous les Grecs”140. Une inscription athénienne fait l’éloge du médecin Philōn de Sycion, qui avait atteint “l’extrême limite de la vieillesse sans être emporté par quelque (…) maladie» et avait “acquis une situation enviable jouissant d’une vieillesse bienheureuse”141. De même, l’épitaphe du médecin Philadelphos, gravé au Ier-IIe s. p.C. à Pergame, affirmait que “ce n’est pas la maladie qui t’a fait violence, mais une longue existence qui a rompu l’ajustement de tes vieux membres”142. La reconnaissance publique de l’habileté du défunt était aussi la meilleure propagande pour leurs héritiers et successeurs.
Le plus souvent, cependant, la détresse guettait ceux qui n’étaient plus en mesure de pourvoir à leurs besoins ; dans les cas extrêmes, la mort était invoquée comme le remède ultime à une condition insoutenable. C’est le cas des mineurs, hommes, femmes et même enfants, voués à des souffrances intolérables dans les mines d’Espagne et d’Égypte. Diodore de Sicile a décrit leur condition misérable dans des longs passages chargés d’empathie143, qui se font peut-être l’écho des réflexions du stoïcien Posidonius sur la brutalité de l’esclavage144. Là encore, cette souffrance est une condition partagée entre esclaves et personnes libres car, au moins dans le cas des mines d’Égypte, il s’agit non seulement de prisonniers de guerre, donc probablement esclaves, mais aussi de criminels de droit commun, qui pourraient être de naissance libre. Le cas de la condamnation d’individus de statut libre au travail dans les mines (damnatio ad metalla) est une pratique bien documentée pour le monde romain145 , et le recours à une main-d’œuvre libre, salariée, est admis pour les mines d’Espagne au IIe s. p.C.146. Le motif de la mort libératrice des souffrances, la fines laborum, est pour plusieurs une réalité, que les inscriptions latines transforment en image rhétorique147.
Cela dit, avait-on droit à un temps de repos avant la fin de l’existence biologique ? Quelques documents, peu exploités dans ce sens, pourraient garder la trace d’une telle pratique en ce qui concerne le monde grec. Certains épigrammes de l’Anthologie grecque décrivent une sorte de rite de passage qui décrète solennellement, devant les dieux, la fin de la vie active : il consiste à consacrer dans les temples les outils propres à chaque métier et à chaque individu. La divinité le plus fréquemment évoquée est Athéna, “amie des arts”, comme la définit Léonidas de Tarente148. Moins attendus, des liens spécifiques avec d’autres divinités semblent exister pour des corps de métier particuliers ; c’est le cas de Priape, évoqué dans quelques épigrammes de pêcheurs149. En général, ces courts poèmes se distinguent pour l’attention accordée aux outils du métier, précisément nommés et dépeints avec leurs singularités : les “compas avec leurs étuis”150, le hameçon crochu attaché à un crin de cheval151, des “vrilles agiles”, une hache lourde et bien emmanchée152. On perçoit bien ici le rapport étroit qui lie l’artisan à ses objets personnels153, instruments à la fois concrets et symboliques de son métier, condition non seulement de survie matérielle mais aussi d’identification sociale154.
Si le travail envahit la vie entière, ses temps et ses rythmes sont souvent répartis et contrôlés par autrui. La journée est l’unité de mesure la plus fréquente, scandée par les accélérations imposées par les supérieurs hiérarchiques ou par les maîtres. Le travail journalier s’étend du lever au coucher du soleil, comme l’attestent certains contrats égyptiens155. Les mineurs d’Espagne travaillaient sans relâche ni pause (ἂνεσις ἢ παῦλα), jour et nuit, sous les coups des surveillants156. Ce témoignage de Diodore pourrait trouver une confirmation indirecte dans les vestiges archéologiques du désert oriental égyptien : les structures récemment mises au jour dans ces districts miniers ont été interprétées comme les guérites des gardiens préposés à la surveillance des mines157.
Temps longs, temps en miettes, temps, enfin, précaires : le travail dans les sociétés anciennes est loin de se déployer sur toute l’année. On le voit bien par le document, peut-être le plus explicite à ce sujet, qui concerne la période grecque classique. Les comptes du chantier athénien de l’Érechthéion (409/408 a.C.), en effet, énumèrent une série de tâches particulières, estimées en journées de travail. Seuls l’architecte et le secrétaire ont le privilège d’un contrat sur l’année, qui devait être aussi la plus longue durée envisageable, vu l’alternance annuelle des magistrats responsables de l’adjudication de ces tâches. Pour les autres, notamment pour les manœuvres moins spécialisés, aucune garantie de durée ne pouvait s’imposer. Dans son ouvrage de 1920, Gustave Glotz s’était livré à une estimation du temps de “chômage” soutenable pour la subsistance d’une famille modeste. Il en arrivait à conclure que “le manœuvre à 1 dr. ½ peut nourrir deux enfants, à condition de ne chômer que dans les jours fériés. L’ouvrier qualifié à 2 dr. ou 2 dr. ½ peut mettre de côté 150 ou 300 dr. à travail égal, ou bien peut-il chômer trois jours sur huit ou même un sur deux”.158. Il s’agit bien sûr d’estimations hypothétiques, si l’on considère les écarts possibles des prix et des rémunérations159 ; elles peuvent cependant suggérer un ordre de grandeur des conditions de subsistance d’un noyau familial de petite taille. Dans la société romaine, la précarité du mercennarius dérive aussi du fait que son travail était payé à la journée160. Or, la pratique de chercher quotidiennement du travail, en se rassemblant dans des endroits spécifiques de l’espace urbain, peut être inférée par des indices topographiques et littéraires, à Athènes aussi bien qu’à Rome. Dans la cité attique, des allusions dans les comédies et les lexiques anciens suggèrent que les personnes en quête d’une occupation se réunissaient dans un coin de l’Agora proche du sanctuaire de Zeus Kolonos161. De ce fait, on les appelait Agoraioi ou Colonetes162. À Rome, les différents métiers semblent occuper des espaces précis du Forum, comme le laissent entendre certains passages de Plaute. Dans le Pseudolus, le poète décrit le recrutement d’un cuisinier : aussi prétentieux qu’incapable163, il était le dernier resté sur le forum coquinum, la partie du Forum où les cuisiniers de louage se tenaient chaque jour. À la demande de son bailleur, le cuisinier prétend n’avoir pas encore été choisi à cause de l’avarice des gens : car si les autres cuisiniers se font engager pour une drachme (illi drachmumissent miseri), il ne se déplace, quant à lui, pour moins d’un nummus (minoris quisquam nummo)164. Le texte latin jongle sur le glissement entre la forme verbale drachmumissent, inspirée du système monétaire grec, qui est un hapax dans le lexique de Plaute165 et la citation du pondéral romain, bien plus courante. Il s’agit sans doute de la transposition dans un contexte romain d’un texte grec, par ailleurs inconnu166. En effet, la location de cuisiniers libres semble mieux s’adapter à un contexte grec167, alors que les inscriptions latines nomment majoritairement, dans cette fonction, des esclaves ou des affranchis168. Mais cette situation, certes imaginaire169, devait être assez familière à l’auditoire romain pour provoquer l’effet comique ; elle serait en effet incompréhensible si elle ne s’inspirait d’une pratique connue, à savoir la location de main-d’œuvre à la journée dans un espace public convenu. Par ailleurs, des formes de travail saisonnier, voire journalier, avec des rémunérations ponctuelles, devaient exister pour les travaux agricoles pendant des périodes spécifiques de l’année, comme la moisson ou la récolte des olives170.
En résumant, malgré leur caractère hétérogène, ces exemples montrent le caractère aléatoire et temporaire de la majorité des activités professionnelles libres dans les sociétés anciennes. En même temps, ils prouvent à quel point le travail investit non seulement les existences individuelles, mais aussi les espaces et même les lieux centraux de la ville, en affirmant ainsi sa présence sociale171. Cette visibilité éclate dans quelques circonstances particulières, tels les préparatifs de guerre ou les grandes constructions publiques172, lorsque la cité entière se transforme en un vaste chantier, régurgitant de la main-d’œuvre locale et étrangère. La première situation est bien décrite dans un passage des Helléniques de Xénophon: à l’occasion du séjour d’Agésilas à Éphèse en 395 a. C., forgerons (chalkotupoi), menuisiers (tektones), bronziers (chalkeīs), cordonniers (skutotomoi) et même peintres (zōgraphoi) s’adonnaient tous à fabriquer des armes, en faisant de la ville entière un véritable atelier de guerre173. Sur les grands chantiers de construction urbaine, le tableau dressé par Plutarque sur l’Athènes de Périclès174 fait état d’une situation certes exceptionnelle, mais qui ne devait pas être isolée. Les grandes œuvres publiques promues par Denys l’Ancien à Syracuse ou la fondation d’Alexandrie sur le Delta du Nil, autour de 330 a. C., pour ne citer que deux cas exemplaires, ont dû attirer et mobiliser une énorme main-d’œuvre, libre et servile. À Rome, dès les dernières décennies du VIe s. a.C., la construction du temple de Zeus sur le Capitole fut une entreprise d’ampleur extraordinaire, redevable de l’expérience architecturale étrusque et comparable aux œuvres titanesques réalisées en Grèce orientale, comme l’Héraion de Samos et l’Artémision d’Éphèse175. C’est là encore la preuve de la circulation de modèles et de savoirs qui devait se produire à l’occasion de ces chantiers, où la cité connaissait des rythmes intenses et inhabituels pour plusieurs générations. Cet effort commun devait marquer les expériences individuelles comme la mémoire collective ; pour l’Athènes de Périclès, Plutarque saisit le contraste entre la durée relativement courte des travaux et la pérennité de la renommée des édifices176.
Le travail incorporé et la création artistique
Le cas des architectes et des sculpteurs permet d’approfondir certains aspects d’un domaine -la création artistique- où les relations entre travail individuel et valeur matérielle sont particulièrement importantes. Depuis la célèbre définition de David Ricardo au début du XIXe siècle177, la notion de travail incorporé s’avère performante pour les sociétés anciennes elles aussi. Elle est par exemple évoquée par J.-P. Vernant, lorsqu’il explore la relation entre artisan et artefact dans le monde grec dans une perspective d’anthropologie historique 178 ; ou encore par Y. Thomas, lorsqu’il analyse les réflexions des juristes romains sur les formes du travail179. Ce concept de travail incorporé est particulièrement efficace dans le domaine de la création, où le statut et l’activité de l’artifex -architecte, peintre, céramiste ou sculpteur- se croisent avec le projet du commanditaire, publique ou privé, et avec la valeur, très variable, de la matière première180. Il recoupe aussi, en quelque sorte, la distinction posée par H. Arendt entre travail et œuvre, où cette dernière représente la “réification du travail” et aussi sa durabilité, “qui donne aux objets du monde une relative indépendance par rapport aux hommes qui les ont produits”181. Dans un contexte historique certes différent, la distinction entre artifex et œuvre semble sous-jacente dans certains passages de Plutarque sur l’admiration portée à l’œuvre distinguée de celle portée l’artiste182. Sans pouvoir approfondir ici ce très vaste sujet, on peut tout d’abord souligner que le coût de la matière première est assurément un critère essentiel dans l’évaluation antique de la valeur de l’œuvre, au point qu’il s’avère souvent difficile de séparer la récompense donnée à la création -donc au travail- du coût de la matière. C’est pourquoi les auteurs anciens donnent souvent l’équivalence en poids (ou en capacité) des objets précieux, comme par exemple pour les magnifiques offrandes faites à Delphes par les rois lydiens, Gigès et Crésus183. Ce type d’estimation, par ailleurs tout aussi courant à l’époque moderne184, se justifie par le fait qu’un artefact en métal précieux est avant tout une réserve de métal qui peut être donné en gage, fondu ou échangé à tout moment. Dès lors, le travail de création et réalisation semble être complètement intégré à l’objet, en quelque sorte absorbé par la matière185. À l’inverse, pour cette même raison, les prix de la céramique peinte s’avèrent souvent très bas : selon les calculs de M.C. Monaco, avec une seule drachme -correspondant dans les comptes de l’Érechthéion au salaire journalier d’un secrétaire (grammateus)- on pouvait acheter une, voire deux amphores figurées ; pour les vases plus petits, les prix descendaient souvent jusqu’au chalkus, la fraction de l’obole186. Si ce constat n’implique pas forcément une absence de rentabilité pour les propriétaires des ateliers de céramiques, qui pouvaient sans doute tirer profit de la quantité des objets produits et vendus187, il montre bien l’écart entre les notions antique et moderne de la valeur188. Malgré ces limites, d’autres témoignages, épigraphiques en particulier, illustrent l’existence d’une reconnaissance de la création artistique en tant que telle. La renommée des artistes donnait du lustre à leurs cités d’origine189 et certains ont pu recevoir des récompenses considérables dès la fin de l’époque classique et plus encore à la période hellénistique. Le peintre Zeuxis, actif entre le dernier quart du Ve et le début du IVe s. a. C., célèbre pour ses honoraires fabuleux, pouvait par exemple se permettre de traiter avec dédain le roi de Macédoine lui-même, Archélaos, ou les satrapes du Grand Roi perse190. C’est justement ce rapport avec les cours royales et la relation parfois directe avec le souverain qui a pu faire évoluer la position sociale et la reconnaissance des artistes, à commencer par les peintres, parfois choisis comme les portraitistes attitrés des dynastes au pouvoir191.
Au-delà de ces considérations, il est possible de creuser davantage la question de la reconnaissance du travail de création à partir de quelques éléments du vocabulaire ancien. Le terme paradeigma, qui signifie littéralement “modèle, exemple” est attesté dans les textes par rapport à l’art du sculpteur ou du peintre192, ainsi que dans plusieurs inscriptions grecques concernant notamment les projets et les décors architecturaux193. Dans quelques cas, le paradeigma fait l’objet d’une commande ou d’une rémunération différentes de celles de l’exécution de l’œuvre. Certains documents relatifs au temple d’Asclépios à Épidaure mentionnent une récompense relativement élevée -15 drachmes- attribuée à un certain Apollodoros, pour le paradeigma de la balustrade du temple. On peut supposer, avec Hans Lauter194, qu’il s’agit là d’un prototype récompensé en tant que tel, d’autant plus qu’un autre artiste, Pasithémis, a été ensuite retenu pour l’exécution de ce parapet à l’échelle voulue. Ce dernier a été finalement récompensé avec 349 drachmes195, ce qui donnerait un rapport de 1 à 20 entre le modèle et l’objet fini. Toujours à Épidaure, un autre spécialiste, Hectoridas, avait rendu un paradeigma du décor de la frise (sima), probablement une dalle décorée, rémunérée de 16 drachmes et d’une demie obole, alors que la réalisation de la frise entière fut confiée à un autre exécutant, Protagoras. Dans ce cas aussi, selon les calculs de H. Lauter, le rapport entre la rémunération du prototype et l’ouvrage fini devrait être de 1/20196. Le modèle pouvait éventuellement être enterré à côté du monument une fois l’œuvre terminée: c’est du moins l’interprétation donnée au chapiteau corinthien enfoui dans le sol, retrouvé à côté de la tholos d’Épidaure197. D’autres exégèses, comme celle de N. Himmelmann réduisent drastiquement l’importance de ces paradeigmata. D’une part, leur valeur, qui demeure assez réduite, semble récompenser le temps nécessaire à les fabriquer plutôt que la création d’un projet ; d’autre part, la rareté relative des attestations du mot montrerait que la plupart des paradeigmata ne seraient que l’une des étapes de la réalisation de l’œuvre finie198. Ces observations ont assurément une part de vérité, mais elles se prêtent à quelques objections. En premier lieu, la liste ici réunie montre que la récompense des paradeigmata peut être parfois assez élevée, y compris dans des cas assez différents, comme la tholos de Delphes ou le plâtrier d’Épidaure199. Deuxièmement, les occurrences restent tout de même assez nombreuses pour ne pas être le produit du hasard ; dès lors, on pourrait se demander si la mention des paradeigmata n’intervient de préférence que lorsque le projet et l’exécution sont confiés à deux acteurs distincts, ce qui pourrait expliquer l’occurrence aléatoire du mot. Sans pouvoir trancher ici une question si complexe, il reste que le mot paradeigma suggère des situations où la conception artistique reçoit une récompense sur la forme abstraite de projet, indépendamment de sa réalisation matérielle.
Pour conclure
Sans prétendre extraire des considérations générales des arguments et exemples développées dans ces pages, on peut néanmoins dégager quelques éléments communs sur le travail libre dans les sociétés antiques. Tout d’abord, malgré l’absence d’une perception unitaire, on ne saurait douter de la visibilité matérielle du travail dans le tissu social, plus spécifiquement urbain, où ses acteurs construisent leur image publique et aspirent à une reconnaissance sociale. Cette capacité relationnelle, permise par le travail, apparaît dès la première attestation d’un artisan spécialisé, le demiourgos, dont l’activité se déroule au sein de la société, et se manifeste en même temps que la formation de la polis elle-même, au VIIIe s. a.C. Aux siècles suivants, les diverses expressions du travail sont représentées de façon très concrète au cœur de l’espace urbain : ancrées dans les lieux ou gravées sur les épitaphes, notamment dans le monde romain. C’est ainsi que le travail, en réalité, s’identifie, à ses acteurs, selon un processus d’assimilation qui a longtemps caractérisé les sociétés occidentales200.
Pour autant, à Athènes comme à Rome, le travail des personnes de statut libre a toujours dû lutter pour s’imposer et acquérir en respectabilité face au travail des esclaves201. Le pari n’était pas toujours gagné, car l’ombre de la contrainte a pesé sur l’une et l’autre condition. Paradoxalement, d’ailleurs, la situation de l’esclave était plus sûre dans sa brutalité que la précarité constante du travailleur libre. En contrepartie, de nombreux documents, images et textes, affichent chez ces derniers la fierté de leur réussite et leur volonté de visibilité sociale, autrement dit cette soif de reconnaissance qui est l’un des aspects fondamentaux du travail et de sa valorisation, jusqu’à la modernité contemporaine. Comme on l’a écrit sur le travail contemporain, “Reconnaître le travail, c’est reconnaître celui qui l’a réalisé ; ne pas le reconnaître, c’est rendre invisible, et parfois inexistante, la personne qui en est à l’origine.”202 ; c’est une formule qui pourrait s’adapter également aux époques que nous avons étudiées. D’où le combat sans répit contre l’anonymat, collectif et individuel, qui a submergé au fil des époques l’immense majorité des acteurs du travail dans l’Antiquité.
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Notes
* Cet article présente une nouvelle version de mon essai paru en 2018 dans la revue Quaderni di Storia (D’Ercole 2018).
- Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, art. 6 : “(…) Tous les citoyens étant égaux à ses yeux [i.e. de la loi] sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents”.
- Vitr., 6.Præf. 4 ; sur la palette très vaste des savoirs de l’architecte : Id., 1.1-18.
- Luc., Somn., 1-3.
- Les évolutions de la pensée européenne sur la valorisation du travail, de J. Locke à A. Smith à K. Marx sont magistralement retracées par Arendt [1958] 2012, 139-146 : voir aussi, pour une approche sociologique, Méda 2021, tout particulièrement p. 132-139, sur le concept d’épanouissement au travail qui s’affirme au XIXe siècle et notamment avec les événements de 1848 ; sur le travail contraint et ses intersections avec le travail libre : Stanziani 2020.
- Cette perspective était déjà présente dans un volume collectif paru il y a quelques décennies, toujours très intéressant : Garnsey 1980.
- Mele 1968, 36-37 et 207-208, souligne toutefois le caractère inhabituel (“forzato e modernizzante”) de ce vocabulaire issu du domaine de la rétribution à travail exécuté. Sur les négociations contractuelles dans les chantiers, cf. la contribution de V. Mathé dans ce volume.
- Pour les nombreuses attestations épigraphiques du mot dans les comptes des sanctuaires grecs en Attique (Érechthéion, Eleusis), de Delphes, d’Épidaure et de Délos : Feyel 2006, 396-401. Sur la notion de misthos cf. aussi dans ce volume les contributions de R. Descat et V. Mathé.
- Nenci 1990, 16-17, rappelle les éléments de la relation définie par le misthos, qui comporte deux contreparties (“(…) il μισθὸς è sempre caratterizzante di un rapporto fra un datore di lavoro e un prestatore d’opera”), une durée fixée et un investissement personnel du travailleur (“comporta una fatica da parte del lavoratore”). Une telle relation est établie dans le cadre d’une négociation préliminaire de type verbale (ῥητός), éventuellement prononcée devant des témoins (Id., 18). Sur la variété de significations aussi symboliques du mot misthos : Will 1975. Sur les dieux et le travail : Jourdain-Annequin 1999, 23-41, et maintenant Gillis 2021.
- Sur le mot, déjà Rössler 1981, 201.
- Chantraine 1956, 41, traduit le mot par “travailleur public”. Plus généralement sur le lexique de l’artisanat, Rössler 1981, 193-268, en particulier 194 et 197. Sur les artisans homériques : Scheid-Tissinier 2017, 146-149.
- Od., 9.126-128.
- Ainsi Ancienne Médecin, 1.2.
- Notamment dans le Timée (ex. 28a ; 31a). Pour la relation entre les deux sens du mot : Rössler 1981, 215-216. Sur la pensée de Platon vis-à-vis du travail, cf. maintenant Slauter 2024.
- Chantraîne 1956, 47, souligne le lien de ce mot composé avec des noms propres (ex. Anaxagoras) attestés notamment en Ionie ; cf. aussi Id., 45 : “cheironax constitue le seul composé qui ne soit pas un nom propre et s’insère ainsi dans un type de caractère aristocratique qui a connu une extension particulière dans la Grèce orientale et asiatique”.
- Ancienne Médecine, 1.2. Sur ce traité hippocratique, Jouanna 1990.
- Ancienne Médecine, 1.1. Aussi ibid., 7.1 : le médecin est un spécialiste reconnu, homologouménōs cheirotechnēs.
- Cf. Ancienne médecine, 5.1 : les technites sont les médecins qui pratiquent la vraie médecine, tên homologouménôs iatrikên. Pour la datation de ce traité aux années 420-410 (antérieur en tout cas à 390-385) : Jouanna 1990, 84-85.
- Th. 6.72, discours d’Hermocratès avant l’expédition de Sicile.
- Th. 7.27.5.
- Ar., Pl., vv. 532-534.
- Hdt. 2.165, où la banausia est opposée au savoir guerrier.
- La seule attestation se trouve dans l’Ajax de Sophocle (v. 1121), où l’adjectif désigne un vil métier (banausos technê) en opposition au métier des armes. Pour le recensement du mot dans la tragédie : Bourriot 2015, 69-71.
- Bourriot 2015, 72, souligne le fait qu’un mot “vulgaire, insultant comme banausos (…) facile à utiliser pour provoquer l’hilarité joviale ou malveillant du public”, n’a jamais été employé dans la comédie.
- Hsch., s.v. : “Banausia : pasa technê dia pyro” ; EM, 187.
- Liste des attestations dans Liddell, Scott & Jones 1996, s.v. βαυνη ou βαῦνος, 311 ; Max. Tyr. 22.3 ; Poll. 10.100 ; Hsch., s.v. baunê ; EM, 187.
- Lévy 1991, 32.
- Rössler 1981, 197, définit à juste titre cette explication comme une “Volksetymologie”, en soulignant le caractère insatisfaisant des explications des Modernes.
- Chantraine 1968-1980, tome I, Α-Δ, 171, s.v. baunos.
- Beekes 2010, s.v. Banausos, 199-200.
- Bourriot 2015, 231-232 ; 243-244.
- Sur la racine sémitique bny : Cohen 1970, 71, s.v. bny, 1. Je suis reconnaissante à la collègue Sophie Minon pour m’avoir efficacement et amicalement aidée à explorer cette piste.
- Comme suggéré par Lombardo 1997, p. 699. Pour l’étymologie du mot, Chantraine 1968-1980, Tome II, Ε-Κ, sub voce, 494. Je reviendrai sur cette thématique dans un prochain travail.
- Hippon., fr. 79 West.
- Hdt. 1.94 ; 1.155 (Lydie) ; 2.35, 2.141 (Égypte) ; 3.89 (Perse).
- Lombardo 1997, 700 ; Descat 1994, 161-166 ; sur l’impact de l’introduction de la monnaie, cf. aussi Descat 2006.
- Arist, Pol., 1.11.3-4, 1258b. Sur la mistharnia chez Aristote : Lévy 1979, 31 ; Will 1975.
- Pl., Lg., 6.743d : les banausoi sont associés à ceux qui manient l’argent mais ne possèdent pas les éléments de la paideia ; dans la République (R., 9.590c-d), et dans les Lois (Lg., 6.741e), le banausos est l’opposé de l’homme libre (eleutheros) et vertueux (agathos). Pour Aristote, cf. notamment Pol., 6.4.1319a 12 ; 8.2.1337b et les commentaires de Lévy 1979, 31-32 ; Cozzo 1991, 65-66.
- X., Oec., 4.2-4.
- Arist., Pol., 1.11.6, 1258 b : les travaux “banausotatai” sont ceux qui déforment le plus les corps. Dans Pol., 6.2.1317b 39-41, la banausia est considérée comme le contraire de la paideia.
- Association fréquente dans les contrats et dans les comptes rendus des chantiers de l’Érechthéion, d’Éleusis, de Delphes, d’Épidaure et de Délos : Feyel 2006, passim, et, dans ce volume, la contribution de V. Mathé. Pour les avantages économiques du recrutement des libres sur les chantiers : Epstein 2010.
- De Robertis 1963, 103-108.
- Lex metalli Vispascensis, CIL II, 5188.
- Ulpien, Dig., 4.9.7 ; cf. De Robertis 1963.
- Arist., Pol., 1.8.1254a. Intéressant à ce sujet Agamben 2015, notamment 25-60.
- Arist., Pol., 1.13.1260a 41-b 1-5.
- De Robertis 1963, 113 et 117 ;133 ; Tran 2013, 101, n. 133.
- De Robertis 1963, 119 et 121. Sen., Ben., 3.22.1
- Berrendonner 2007, 211-231.
- Giardina 1982, 115-146, à propos de Cassiodore (Variae, 20) sur la vente aux enchères des enfants. Il apparaît difficile d’inclure ces contrats de location dans le cadre d’un apprentissage, comme semble le faire Laes 2015, 480.
- Sur la réaction des penseurs chrétiens, d’Ambroise à Augustin : Lhuillier Martinetti 2008, 188-193.
- Sur l’utilité des technitai : X., Mem., 2.7.5.
- Pl., R., 2.11.369d ; 370a-d.
- Il renverse, ainsi faisant, la relation empeiria-technê : la première est condition de la deuxième (Cambiano 1991, tout particulièrement p. 94 et passim). Sur les aspects positifs des technai chez Platon, en tant que sources de connaissance, et sur leur possible usage, positif ou négatif, cf. maintenant Slauter 2024, 29-35.
- Cic., Off., 1.150-151 ; un concept analogue se retrouve dans de or., 3.127 : artis quibus liberales doctrinae atque ingenuae continerentur, dans ses arts se retrouvent les savoirs libres. Sur le passage des Devoirs voir aussi, dans ce volume, la contribution d’A. Marcone.
- Vitr., de Arch., 1.1-3. Sur Vitruve et la conception du métier d’architecte : Guidetti 2016, 427-429.
- Asc. 56.11 : en 64 a.C. les associations des fabrii et des lictores n’ont pas été dissoutes en vertu de leur utilité (utilitas civitatis). Cf. aussi. Dig., 50.6.6.(5)3 ; 50.11.2. Sur les associations romaines, voir dans ce volume la contribution de S. Ciambelli.
- De Robertis 1963, 117-121 ; Tran 2013, 101, n. 133.
- Je reprends la célèbre expression de Friedmann 1956 : sa réflexion sur la division des tâches à l’époque du “machinisme” contemporain, est précédée d’un aperçu historique sur la notion ancienne de division de travail, qui remonte justement à la Grèce antique.
- Par exemple Il., 18.601.
- Hes., Op., vv. 25-26.
- Harris 2002, 67-99 ; la question a été reprise récemment dans Harris 2020, notamment 29-30.
- Ainsi Rössler 1981, 205-208, qui dresse la liste des métiers cités par Platon.
- Tran 2013, 226-228.
- Morel 1992, 282.
- Harris 2002, 68-69 ; Harris 2020.
- Tran 2013, 226, à propos de l’inscription d’un faber limarius de Narbonne, CIL XII, 4475.
- Vernant 1965b, 299 : “La véritable causalité du processus opératoire réside non pas dans l’artisan, mais hors de lui, dans le produit fabriqué”.
- Tran 2013, 213-214.
- X. Cyr. 8.2.5.
- Flohr 2011, 95-96.
- Smith [1776] (1991), 77-85.
- Pl., R., 1.370-371, sur lequel Harris 2002, 71-72.
- X., Cyr., 8.2.5.
- Flohr 2011, 96 : “(…) it was much more efficient to give each worker standard tasks, so that fewer decisions needed to be taken about who did what”.
- Ainsi Acton 2014, 54-55.
- Comme le soulignent Morel 1992, 248 ; Epstein 2010.
- Hydrie à figures noires attribuée au Groupe de Léagros, retrouvée à Vulci et conservée à Munich (Staatliche Antikensammlung 1717) : Beazley 1956, 362, n. 36 ; Tempesta 2002, 1088, n. 19.
- Freu 2011, 32-33.
- Wilson 2009, 399-400.
- Morel 1992, 281-282.
- La technique est attestée pour la première fois dans le temple de la Magna Mater à Rome, en 204 a.C. : Gualandi 1992, 107.
- Pl., R., 2.371b-d.
- Pl., Lg., 8.846d-847b.
- Arist., Pol., 4.4.18.1291a (trad. Aubonnet 1971, 154).
- Représenté par l’auteur de la Constitutions des Athéniens, sur lequel Canfora 1982 ; Lapini 1997.
- Pl., R., 3.9.397e (trad. Chambry 1932, 109-110).
- Vernant 1965a, 285.
- Tran 2013, 226 ; pour l’inscription de Narbonne, AE 1936, n. 24.
- Monteix 2012, 333-352.
- Lazar 2010, 147-158 ; Sternini 1995, 122-123
- Mart., Epigrammes, 12.70 : “O quantum diatreta ualent et quinque comati !”
- Ainsi Dig., 9.2.29, établit les modalités du remboursement en cas d’endommagement d’une coupe donnée à graver (“si calicem diatretum faciendum dedisti”).
- Bigi et al. 2015, 48-52 et passim.
- Cf. par exemple, pour les métiers du négoce à Paris sous l’Ancien Régime : Coquery 2011.
- Supiot 2004, 10-11.
- Voir Maitte & Terrier, éd. 2014.
- Fontani 2002, 649.
- Hannah 20072, 42 ; Hannah 2016.
- Kern, éd. 1900, 87, n. 100b, lignes 11-13 ; Fontani 2002, 649.
- D., Contre Meidias, 10 ; voir aussi Constitution des Athéniens, 3.2.8.
- Cambiano 1991, 33.
- Meiller 1970, tout particulièrement p. 6-7.
- Où la déesse est associée à Zeus : G. Daux, BCH 52, 1928, p. 52
- Paus. 1.24.3.
- Paus. 8.32.
- Suid., s.v. chalkeia ; s.v. erganē.
- Il s’agit de la séquence Liberalia, Quinquatrus, Tubilustrium. Sur le calendrier romain : Chini 1986, tout particulièrement p. 83-84 ; sur le cycle sacré de mars, Sabbatucci 1988, 87-119.
- Scullard 1981, notamment p. 38-48 ; Sabbatucci 1988, 116-117.
- Tib., Elégies, 2.1.5-9.
- Cato., Agr., 147 ; Columella, Rust., 2.21. Sur ces questions cf. aussi De Robertis 1963, 206-208.
- Cod. Iust., 3.12.2. Sur la question, Rivière 2015, 139-149.
- Pl., Lg., 653d (trad. des Places 1968, 39).
- Macr., Sat., 1.16.9.
- Les trois cas sont cités par Bradley 1991, 107, fig. 5.1, n. 24, 22, 7 ; 110-111. Il s’agit de contrats d’apprentis libres et esclaves actifs dans la production du textile en Égypte, datant d’entre 42 et 183 p.C.
- Clause dans le contrat d’apprentissage d’un an d’une esclave, retrouvé à Karanis, daté de 271 : Bradley 1991, 107, fig. 5.1, n. 28, et 111.
- Rawson 2003, 141 et 187-188.
- Quint., Inst., 11.18.
- Rawson 2003, 141.
- Le nomenclator était chargé de rappeler au maître les noms des personnes que ce dernier rencontrait.
- Ulp., Dig., 38.1.7.5.
- Pour les témoignages épigraphiques : Tran 2013, 152-155.
- CIL VI, 9437.
- CIL XIV, 472.
- Voir les exemples cités par Tran 2013, 153-155.
- Bradley 1991, 116. L’un des plus célèbre épitaphes d’enfants du monde romain, daté de la fin du Ier s. p.C., a été érigé par les parent(es) infelicissim(i) à la mémoire de Quintus Sulpicius Maximus, promis à une brillant carrière d’orateur et de poète, décédé à l’âge d’onze ans (Rawson 2003, 17-20).
- Rawson 2003, 192.
- Une cinquantaine de documents connus à présent : Laes 2015, 475 ; pour le monde grec, cf. une lettre sur plomb du Ve s. a.C. envoyée par un jeune garçon, probablement métèque, à sa mère, pour se plaindre du traitement intolérable qui lui est infligé pendant son apprentissage à la fondere : Jordan 2000..
- Sur l’apprentissage à Rome : de Nardis 2016, qui remarque qu’au moins une vingtaine des métiers nommés dans l’Édit des prix de Dioclétien demandaient une formation d’apprentissage (Id., 133).
- Bradley 1991, 108 : les contrats concernent des garçons libres et esclaves.
- Laes 2015, 476.
- Cipolla 2002, 110-111 ; De Munck et al. 2007 ; Bellavitis et al. 2016.
- Sur la castigatio des jeunes apprentis : Laes 2015, 478 ; de Nardis 2016, 136.
- Dig., 9.2.5.3 ; le cas est repris par Ulpien dans Dig., 19.2.13.4.
- Tran 2013, 167-168. Par ailleurs, les esclaves eux-mêmes reçoivent une formation : de Nardis 2016, 139-142.
- D.S., 3.13.1.
- Recensement complet par Domergue 1990, 337-344 : les inscriptions connues pour les mines d’Ibérie sont au total 57, datées d’entre le début du Ier et la fin du IIe s. p.C.
- Giardina 2000, 407-416. Dans la vaste littérature romancée à ce sujet, une place de choix revient au grand classique Germinal d’Émile Zola, paru en 1885, y compris pour l’énorme travail de documentation préalable mené par l’auteur qui fait aussi de l’ouvrage un véritable témoignage historique.
- Les deux personnages, Ason et Thrason, ont “terminé les maisons” (des édifices sacrés ?) : IG XII.5.252 ; cf. Muller Dufeu 2002, 131, n. 359.
- AP VII.295.
- Samama 2003, 174-175, n. 071.
- Inscription du Céramique, milieu du IIIe s. a.C. : IG II-III2.9052 ; Samama 2003, 120-121, n. 012.
- Samama 2003, 308-310, n. 187.
- D. S., 3.12-14.5 ; 5.38.1.
- À ce propos, Canfora 1989, 117-139.
- Suet., Calig., 27.5.
- Ainsi Domergue 1990, 348.
- CIL IX, 60 ; CIL V, 3415 et 6049 ; CIL IX, 60 ; sur ce thème, Tran 2013, 193-194.
- Léonidas de Tarente, AP VI.205 : Athéna est définie χαριεργος (ligne 9).
- AP VI.192 (Archias) ; VI.193 (Flaccus).
- Appartenant au maître d’école Akestondas : Phanias, AP, 6.295.
- Du pêcheur Phintilos : Archias, AP, 6.192.
- Outils du menuisier (tektôn) Léontichos : Léonidas de Tarente, AP, 6.205.
- Sur ars et instrumentum dans le monde romain : Tran 2013, 228.
- Le lien privilégié aux outils caractérise en général l’artisanat : à ce sujet, Sennett 2008.
- Bradley 1991, 110.
- D. S. 5.38.1.
- Redon 2016, 5-7.
- Glotz 1920, 342.
- Feyel 2006, 408-428 ; et dans ce volume, les observations de V. Mathé. Moins convaincante l’estimation généralisée du salaire moyen à une drachme par jour (de Callataÿ 2012, 63-76), fondée sur le seul document disponible pour l’Athènes classique, à savoir les comptes de l’Érechthéion.
- Tran 2013, 338, n. 1.
- Nenci 1981, 333-343 ; sur cet emplacement de l’Agora athénienne, Longo 2007, 117-153
- Suid. s.v. kolonetas : “On appelle ainsi ceux qui perçoivent un misthos, car ils se rassemblent auprès du colonos, qui est près de l’agora ; là se trouvent l’Héphaisteion et l’Eurisakeio”.
- Plaut., Pseud., vv. 790-809.
- Plaut., Pseud., vv. 808-809. Sur les particularités du lexique de ce passage, Wilcock 1987, 125.
- Lodge 1904-1924, 402, s.v. drachumisso. Bien plus fréquent, en revanche, le terme nummus : Lodge 1926-1933, 207-208, s.v. nummus.
- L’original grec demeure inconnu (Ernout 1938, 12), mais l’invention plautine est ici clairement bâtie autour des topoi comiques grecs : Lowe 1985, 72-102, et Lefèvre 1997, 69-72.
- Ainsi Dohm 1964, 67 ; 75-79.
- Pour les inscriptions d’affranchis : CIL X, 5211, liberti et libertae de la gens Clodia a Casinum (Latium) ; CIL VI, 9263, un affranchi romain, Adrastus libertus cocus.
- Lowe 1985, 100-102, souligne à raison sur le caractère “unreal, fantastic (…) of Plautine comedy” : toutefois, le renversement comique suppose bien la parodie d’une situation réelle.
- Cf. Tietz 2021, tout particulièrement p. 31-33, sur l’organisation des équipes de travailleurs saisonniers, et la contribution d’E. Stolfi dans ce volume.
- Sur ces thèmes, Sanidas 2013. Sur la visibilité urbaine du travail dans le monde romain, Tran 2013, 72-73.
- Sur travaux publics et occupation : Bodei Giglioni 1996, 199-212. Voir aussi, pour la cité grecque, Acton 2014, 202-203.
- X., HG, 3.17.
- Plu., Per., 13.1-4.
- Cifani 2008, 292-294.
- Plu., Per., 13.4 ; à titre indicatif, le Parthénon, réalisé à partir de 447, fut consacré en 438 a.C., même si les frontons furent achevés seulement en 432 ; les Propylées furent complétés en 5 ans.
- Dans sa réflexion sur la valeur des marchandises, Ricardo élabore la théorie du “travail incorporé” qui ne correspond pas tant à la quantité de travail employé pour produire un objet donné, mais plutôt à la quantité de travail que tel objet peut mobiliser : l’acte de la production se trouve ainsi incorporé dans la chose elle-même (Ricardo 1819, 52-54).
- Vernant 1965a, 293 : “Si les εἲδη des objets fabriqués se présentent comme des ‘nature’ données, (…) les artisans ne jouent plus qu’un rôle d’intermédiaires : ils sont les instruments par lesquels se réalise dans un objet une valeur d’usage” ; cf. encore Vernant 1965 c, 320 : “Dans l’ouvrage de l’art, tout comme dans la production naturelle, c’est la cause finale qui détermine et commande l’ensemble du processus producteur. La cause efficace – l’artisan, ses outils, sa technè – n’est que l’instrument grâce auquel une Forme préexistante façonne la matière”.
- Thomas 2004.
- Citons en particulier le volume édité par Coarelli 1980, qui réunit des essais très intéressants avec différents points de vue sur le statut et la valeur du travail artistique ; cf. aussi Chankowski 2020 sur la valeur de la création artistique.
- Arendt [1958] 2012, 168-169 (sur la durabilité de l’œuvre) et 170-175 (sur la réification de l’œuvre).
- Plut., Per. 1, sur la distinction entre l’admiration de l’œuvre et de son créateur ; ibid., XX, sur la pérennité de ces œuvres.
- Hdt. 1.50 ; sur ce passage Roux 1990, 234-245, a calculé que le poids du lion d’or offert par Crésus équivalait à 246 talents, correspondant à 16.571 kg de métal précieux, or et électrum ; une valeur extraordinaire si l’on considère que la reconstruction entière du temple avait coûté aux Alcméonides “seulement” trois cents talents (Hdt. 2.180).
- Au XVIe et XVIIe siècles, l’indication du poids des objets de valeur était récurrente dans les inventaires et dans les testaments : à titre d’exemple, en 1563, à la mort du cardinal de Mantoue Ettore Gonzaga, son testament comportait 78 rubriques pour la vaisselle en argent pour un total de 527 pièces avec, entre autres, plusieurs pièces très raffinées dessinées par Giulio Romano, mais évaluées uniquement par rapport à leur poids, malgré la grande estime du cardinal pour cet artiste : à ce sujet Romani 2020, notamment 171-175.
- À ce sujet, cf. D’Ercole 2019, 28-30.
- Monaco 2019, 97: l’inventaire des offrandes d’Éleusis (325-320) attribue le prix de deux drachmes à huit lekanai (donc un prix unitaire de 1,5 oboles) ; les amphores dites de Nola pouvaient s’acheter avec un demi-obole ; cf. aussi 98-99 et passim. Voir aussi, sur ces thématiques, Chankowski 2020, 73-74.
- Voir les estimations récentes de P. Sapirstein sur l’organisation et les proportions des ateliers athéniens de la fin du VIe-Ve s. a.C. L’A. conclut pour une augmentation sensible des proportions des ateliers entre le VIe (atelier de Nicosthènes avec une estimation de 5 ou 6 artisans) et le Ve siècle (atelier de Penthésilée, avec une estimation proposée de 12 travailleurs) : Sapirstein 2024, en particulier 114-122, avec la précédente bibliographie.
- Valeur qui, dans les sociétés anciennes, devait par ailleurs être fonction du caractère exotique de l’objet, de la sémantique des images, des usages quotidiens et rituels et d’autres facteurs complexes.
- Bien souligné par Chankowski 2020, 76-77, avec la bibliographie précédente.
- X., Mem., 1.4.3 : Zeuxis est considéré par Socrate comme le meilleur des peintres.
- C’est le cas du peintre Apelle, du sculpteur Lysippe et du graveur de gemmes Pyrgotélès, qui reçurent l’exclusivité des portraits d’Alexandre le Grand. Sur les relations étroites de ces artistes avec le Roi macédonien, cf. Cic., Acad. Pr., 2.85 (sur Lysippe) ; Plin., HN, 35.85-86 (sur Apelle) ; Ap., Flor., 117, sur Lysippe et Pyrgotélès.
- Hdt. 5.62 (modèle architectural du temple de Delphes reconstruit par les Alcméonides) ; Pl., R., 500e (à propos des peintres qui travaillent sur le modèle divin, οἱ τῶι θείῳ παραδείγματι χρώμενοι ζωγράφοι) ; Id. Tim., 28a-c : le mot “paradeigma” revient à trois reprises pour signifier le modèle de la création divine. Cf. aussi le contrat entre deux privés, Euthydomos de Melite et l’architecte Philon d’Eleusis, daté de 347/6, stipulant que les œuvres seront à réaliser selon le modèle, pros to paradeigma (IG II.1054 ; IG II2.1668, l. 87 et 95). Sur les différents significations et usages du mot -modèle, gabarit, croquis ou dessin, cf. Hellmann 1992, 316-321 ; Marginesu 2013, 68-69, avec précédente bibliographie.
- J’extrais une liste à partir de Feyel 2006 : à l’Érechthéion en 408/407, un tel Agathanor est chargé d’exécuter un modèle de feuille d’acanthe pour 8 drachmes (IG I3.476, fr. XVII, col. II, 262-265 ; Feyel 2006, 31) ; Neseus, métèque demeurant à Melite, reçoit la même somme pour un modèle de rosette pour les caissons du plafond (IG I3.476, fr. XVII, col. II, 258-261 ; Feyel 2006, 44) ; St[asiana]x, métèque du dème de Kollytos, reçoit probablement 8 drachmes pour le modèle d’acanthe pour le plafond (IG I3.476, fr. XVII, col. II, 341-345 ; Feyel 2006, 51) ; à Delphes, à l’automne 342, un certain Képhalōn fournit le modèle de l’étoile de bois pour 4 statères et une drachme, soit 9 drachmes (Bousquet, CID II, 32, l.4-5 ; Feyel 2006, 101) ; à Epidaure, temple d’Asklépios, année 3, Antiphilos reçoit 60 drachmes pour les modèles pour le plâtrier (IG IV2.I.102 B2, l. 250-252 ; Feyel 2006, 122) et Hectoridas, en charge aussi de frontons, peint à l’encaustique le modèle des chéneaux à tête de lion pour 16 drachmes et une demie-obole (IG IV2.I.102B3, l. 303 ; Feyel 2006, 138) ; l’année suivante, Apollodoros perçoit 15 drachmes pour le modèle de la barrière (IG IV2.I.102B2, l. 296 ; Feyel 2006, 123) ; un certain Kōmōidion perçoit 50 drachmes attiques pour le modèle des astragales et des talons de la Tholos (IG IV2-I.103B, l. 90-91 ; Feyel 2006, 153).
- Lauter 1980, 124-125.
- IG IV2.102.BIII, l. 296 (Apollodoros); IG IV2.102BIII, l. 107 (Pasithemias).
- La calcul est dans ce cas plus complexe, car la rétribution de Protagoras (563 drachmes) incluait aussi le nettoyage du temple : Lauter 1980, 125-126.
- Mindrup 2021, 78. Sur l’existence de ces maquettes d’édifices, cf. Hellmann 1992, 319-320, qui met toutefois en garde sur l’exigence de vérifier au cas par cas la fonction effective de“maquettes” de ces reproductions miniaturisées.
- Himmelmann 1980, notamment p. 140-143.
- Cf. supra, note 190.
- Supiot 2004, 8.
- Acton 2014, 283-284, estime que la présence des esclaves à Athènes serait passée d’une proportion de 3 : 1 à une de 5 : 1 pour la période classique.
- Bigi et al. 2015, 282.