Comme Michel Foucault l’observait, le préjugé dominant dans le monde antique à l’égard de la technique résulte de la distance entre le “seuil d’apparition” et le “seuil de formalisation”1, la première désignant la mention fortuite d’un objet et la seconde son entrée à part entière dans le discours culturel. Giusto Traina a souligné que les techniques des Anciens étaient pour la plupart invisibles car, elles n’étaient pas reconnues par la culture dominante2. Ainsi apparaît pertinent et partageable le souhait de nous soustraire à cette perspective, formulé par Marie-Claire Amouretti il y a plus de trente ans : “souhaitons que l’heure soit enfin venue (…) de quitter le domaine des idées reçues, il évoque un blocage épistémologique de la réflexion historique sur l’Antiquité, non un blocage technique de l’Antiquité”3.
Il faut en outre, tenir compte du naufrage de la littérature scientifique antique. Comme le rappelle Lucio Russo, nous avons, il est vrai, une trace des nombreux traités qui transmettaient le savoir agricole4 : cependant, sur les cinquante traités grecs mentionnés par Varron, aucun n’est parvenu jusqu’à nous. Magon était sans aucun doute un auteur essentiel, dont l’œuvre était également connue des auteurs latins grâce à la traduction de Cassius Dionysius d’Utique et au résumé de Diophane de Bithynie5. D’autre part, les manuels, en premier lieu les traités d’agronomie qui connurent un grand succès à Rome, en plus de répondre à des besoins pratiques de connaissance, conféraient également une forme de dignité littéraire aux techniques6.
Il convient ainsi de se démarquer sans hésitation de l’opinion radicalement pessimiste qui a longtemps prédominé dans les études sur les technologies anciennes7. Il faut plutôt considérer que les connaissances scientifiques et techniques des Anciens excluent toute perspective de continuité avec la notion moderne de progrès scientifique : en effet, il n’existe pas de continuité entre le développement au sens ancien et au sens moderne d’une discipline, puisqu’il n’existe pas de véritable homogénéité entre la conception ancienne et moderne de la science. Pour l’Antiquité, le développement d’une discipline ne relève souvent que d’un élargissement du contenu.
Les domaines de l’innovation
Malgré ces limites apparentes, on ne peut nier que Rome disposait d’un savoir technique très développé. Parmi les nombreux exemples auxquels on peut se référer, citons la gromatica militaire, la discipline qui, selon un traité d’époque impériale, s’occupait de répartir les unités de l’armée à l’intérieur des campements8 ; ces derniers, surtout aux frontières et dans les zones de trafic et de commerce, finissaient par devenir souvent de véritables villes de forme carrée ou rectangulaire, comme en témoignent les fouilles archéologiques9. L’instrument utilisé pour tracer le plan du camp était la “groma”, dont l’auteur anonyme du traité affirme qu’il s’agissait d’une croix en fer avec des bras orthogonaux d’environ 35 cm de long.10. Bien avant cela, tout au long de l’entreprise coloniale de Rome commencée en 338 a.C., la groma avait servi à répartir les terres pour les attributions cadastrales. Le développement des techniques de construction apporte d’autres éléments importants à cet égard. Le mortier hydraulique, obtenu à partir du mélange de chaux brute et de pouzzolane, ou bien de chaux, de sable et de fragments minuscules de brique, peut être considéré comme une “invention” typiquement romaine11. La diffusion de la technique de l’opus reticulatum à partir du Ier s. a.C., même dans des lieux très lointains de l’Italie, permet de supposer que la réalisation de travaux de ce type reposait sur des équipes organisées de tailleurs, de charpentiers et de maçons. Dans un travail de groupe de grande envergure, on peut ainsi imaginer une division rigoureuse du travail selon des compétences strictement définies12. Une organisation de ce type, qui impliquait probablement aussi une standardisation et une mécanisation des tâches, suppose une spécialisation avancée, elle-même le résultat d’un développement technique accompli.
Dans le monde antique, il existe toutefois un préjugé négatif évident à l’égard des techniques et de tous ceux qui les pratiquaient et en vivaient. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce préjugé s’est perpétué, avec quelques adaptations, jusqu’à la fin de l’Antiquité. Dans le monde grec, il n’existait pas d’enseignement au sens propre des disciplines techniques, à l’exception de la médecine à l’époque hellénistique13, même si les manuels de poliorcétique et d’ingénierie étaient assez répandus. À l’époque romaine, ce sont les connaissances en matière d’agriculture qui ont progressivement acquis une dignité littéraire en s’inscrivant dans une tradition consolidée, qui jetait un pont entre le savoir oral, transmis passivement, et le savoir écrit, fruit de la réflexion et de la systématisation14. Vitruve lui-même, bien que spécialiste de renom, semble d’ailleurs moins intéressé par la transmission exacte des procédures expérimentales que par l’aspect anecdotique des différents récits et par la valeur paradigmatique des découvertes15. Un célèbre passage du De officiis de Cicéron (1.150-151) énonce avec une extrême clarté le système de valeur sur la base de laquelle l’orateur romain jugeait les artes et les métiers, avec une distinction entre commerce à petite et à grande échelle :
Au sujet, maintenant, des métiers et des gains, sur la question de savoir ceux qu’il faut tenir pour dignes d’un homme libre et ceux qu’il faut tenir pour vils, voici l’opinion généralement reçue. Tout d’abord, on reprouve les gains qui font encourir la haine des hommes, comme ceux des percepteurs et des usuriers. Indignes d’un homme libre et vils sont les gains de tous les salariés, dont c’est la peine et non pas la compétence que l’on paie ; dans ces gains en effet, le salaire est le prix même de la servitude. (…) Tous les artisans s’adonnent à un vil métier ; l’atelier ne peut rien comporter de bien né et les moins acceptables sont les métiers qui sont au service des plaisirs (…). En revanche, pour les métiers qui supposent plus de force intellectuelle et qui sont source de beaucoup d’utilité, comme la médecine, l’architecture, l’enseignement de nobles connaissances, ces métiers -pour ceux à qui leur position sociale convient- sont de beaux métiers. Le commerce, s’il est exercé à petite échelle, est à considérer comme vil, mais s’il est exercé à grande échelle, en important de partout beaucoup de choses, approvisionnant sans fraude beaucoup de gens, il n’est pas à blâmer absolument (…). Cependant, parmi toutes les occupations qui procurent un gain, rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus productif, plus agréable, ni plus digne d’un homme et d’un homme libre16.
Dans la Lettre morale 90, Sénèque, s’inspirant du philosophe stoïcien Posidonius (première moitié du Ier s. a.C.), analyse les origines de la civilisation et de l’union entre les hommes à l’âge d’or, émanation directe de la sagesse. Cette dernière n’aurait toutefois pas donné naissance à la technique, qui serait plutôt issue de la perspicacité d’individus intelligents et habiles certes, mais pas de véritables sages :
Jusqu’ici je pense comme Posidonius. Mais que la philosophie ait inventé les arts
quotidiens, je ne saurais l’accorder ; je ne lui attribuerais pas la gloire des inventions
mécaniques. “Les hommes, dit Posidonius, vivaient dispersés ; ils n’avaient d’abri
qu’une excavation (…), le creux d’un tronc d’arbre. C’est elle qui leur a appris à
se bâtir des maisons”. À mon avis, la philosophie n’a pas inventé ces échafaudages
de maisons dominant des maisons, de villes assises sur des villes, pas plus qu’elle
n’a inventé les viviers. (…) N’y aurait-il pas, je te le demande, disconvenance,
à réunir dans la même admiration Diogène et Dédale ? Qui des deux est sage à tes yeux
? L’inventeur de la scie ou le philosophe qui, ayant vu un enfant boire de l’eau dans
le creux de sa main, tira aussitôt le gobelet qu’il avait dans sa sacoche et le brisa
en se reprochant :
“Combien de temps ai-je porté des poids inutiles comme un insensé !”, (…) Toutes
ces inventions, dira Posidonius, sont du sage ; mais, comme elles ne méritaient pas
d’être mises en œuvre par lui-même, il les a resignées à d’humbles exécutants.” Non,
ces découvertes-là n’eurent pas d’autres auteurs que les gens qui aujourd’hui vaquent
à cette exécution.” (…) Ce sont là des inventions des esclaves les plus humbles :
la sagesse a son siège plus haut. Elle n’instruit pas la main, elle enseigne aux âmes17.
Si Sénèque a donc bien conscience de la notion d’invention et reconnaît les avantages qui en découlent, il attribue toutefois les inventions et les développements techniques à la uilissima mancipia, aux plus humbles esclaves : le préjugé antique à l’égard de la manualité trouve ainsi une adhésion même dans le système de valeurs et dans la réflexion de l’un des penseurs les plus anticonformistes de l’Antiquité18. Ce n’est donc pas un hasard si Vitruve, qui semble isolé dans son éloge de la machine et de la technique comme forme de connaissance, se situant au bout d’un courant que l’on pourrait qualifier de “progressiste” qui visait à l’unification de la spéculation technique et de la réalisation pratique19, se soucie de donner un statut élevé à l’architecture en recourant à des critères qui semblent largement issus de la pensée cicéronienne. L’architecture n’est pas considérée comme un savoir technique, mais comme une discipline globale, puisque l’architecte, comme l’orateur idéal esquissé par Cicéron, doit, pour exercer son art, maîtriser tous les autres arts :
Il faut qu’il [l’architecte] soit lettré, expert en dessin, savant en géométrie, qu’il connaisse un assez grand nombre d’œuvres historiques, qu’il ait écouté avec attention les philosophes, qu’il sache la musique, qu’il ne soit pas ignorant en médecine, qu’il connaisse la jurisprudence, qu’il ait des connaissances en astronomie et sur les systèmes célestes20.
À peu près au moment où l’opus reticulatum atteint son apogée dans le domaine de la construction, on assiste, à l’époque augustéenne (fin du Ier s. a.C.), au développement maximal de la mécanisation de l’armée. L’importance de l’utilisation des machines de siège est documentée dans certains chapitres du livre X du traité de Vitruve sur l’architecture et dans un opuscule en grec, Sur les machines de siège, écrit par Athénée de Séleucie, datant peut-être de 30-25 a.C.21. Entre la fin du Ier s. a.C. et le Ier s. p.C., l’utilisation de l’artillerie dans l’armée romaine atteint sans aucun doute son apogée22. Il est probable, même si pas certain, qu’au Ier s. p.C., Héron, auteur de divers traités d’ingénierie et de mécanique23, à qui l’on attribue plusieurs inventions de machines, aurait vécu à Alexandrie. Son ouvrage sur la Mécanique montre clairement l’ensemble des compétences de l’architecte-ingénieur-mécanicien antique, grâce auxquelles il donne accès à ses lecteurs à des productions et usages qui ne seraient autrement pas accessibles24.
Par ailleurs, nous disposons désormais d’une documentation suffisamment détaillée qui prouve que même les systèmes comptables avaient atteint un niveau de complexité élevé dans le monde romain. Les archives de Héroninos, datant du IIIe s. p.C., qui concernent la grande propriété privée d’Aurelius Appien en Égypte, gérée selon des principes d’économie rationnelle25, suggèrent que les techniques comptables adoptées étaient le résultat des systèmes de calcul des salaires individuels utilisés dans l’armée26.
De nombreux exemples peuvent être cités, qui incitent à reconsidérer radicalement les transformations des systèmes de production anciens et leurs implications dans l’organisation du travail. La manière dont les Romains ont su acheminer l’eau en quantité suffisante vers Rome et toutes les villes principales de la Péninsule et de l’Empire est particulièrement significative. Le système des onze aqueducs qui alimentaient l’Urbs à son apogée peut être considéré comme exemplaire. Le réseau hydraulique complexe s’étendait du centre vers le nord et le sud, sur une longueur totale d’environ cinq cents kilomètres, vers les lacs Sabatini au nord et les Monts Albans au sud. À partir de la construction du premier aqueduc en 312 a.C., une quantité énorme d’eau potable afflua à Rome, comme dans aucune autre ville du monde antique, ce qui lui valut le titre de regina aquarum, “reine des eaux” : ces aqueducs alimentaient 1 300 fontaines publiques, 15 fontaines monumentales, 900 piscines, 11 thermes publiques, l’eau courante dans les maisons et les thermes privés, des bassins d’eau pour les combats navals (naumachies), ainsi que des aqueducs sophistiqués d’une rare beauté et d’un haut niveau technologique27. La construction d’un aqueduc était une opération complexe. Il fallait tout d’abord rechercher les sources et les veines aquifères appropriées, qui, outre la qualité, l’abondance et la régularité du débit d’eau, devaient également répondre à l’exigence essentielle de la hauteur nécessaire afin d’obtenir la pente adéquate à la conduite qui devait transporter l’eau jusqu’à Rome.
Le cas des moulins à eau représente sans aucun doute l’une des réalisations techniques les plus avancées de l’Antiquité28. Les données suivantes sont de grandes importances pour l’évaluation de ces réalisations : 1) la nouvelle datation des moulins de Barbegal, en Provence, à proximité d’Arles, à l’époque antonine, voire à l’époque trajane, donc au plus tard au milieu du IIe s. p.C. ; 2) la chronologie proposée pour les moulins du Janicule à Rome au IIIe s. p.C. 29 ; 3) la découverte de moulins à eau du IIe s. p.C. dans les villas du Var, toujours dans le sud de la France. De cet ensemble de données découle inévitablement une seule conclusion possible. Il faut ainsi abandonner la référence trop souvent répétée, à l’affirmation de Marc Bloch selon laquelle le moulin, invention ancienne, se serait effectivement répandu uniquement à l’époque médiévale30. Aussi, on ignore depuis combien de temps la ville d’Orcistus, en Phrygie, possédait les moulins à eau dont elle se vantait dans sa pétition à l’empereur Constantin au début du IVe siècle. Le tournant technologique dans l’utilisation de l’eau et des moulins doit ainsi dater bien avant la fin de l’Antiquité. Très révélatrice à ce sujet, l’installation romaine de Barbegal (Provence) est considérée comme “la plus grande concentration de puissance mécanique connue dans le monde antique”31. Grâce à deux aqueducs, cette installation était alimentée par un double canal avec une pente de 30° et un dénivelé de plus de 18 mètres. Dans le conduit incliné, 16 roues (8 paires) alimentées par le haut étaient disposées, chacune d’un diamètre de 220 cm et d’une largeur de 70 cm. Selon les calculs, chaque série de meules produisait environ de 15 à 20 kg de farine par heure ; en additionnant ces chiffres, on obtient une production quotidienne de 280 kg de farine à Barbegal pour une journée de travail de 10 heures32. L’installation remonte au IIe s. p.C. : à l’époque, la ville la plus proche, Arles, comptait environ 10 000 habitants et la quantité de farine produite à Barbegal aurait suffi pour environ 80 000 personnes33. Il est très probable que l’activité du site, qui présente des caractéristiques quasi “industrielles”, était étroitement liée au port d’Arles qui approvisionnait Rome et l’armée de la Gaule narbonnaise en blé. C’est précisément au IIe s. p.C. qu’aurait été institué à Arles un contrôleur des denrées alimentaires, envoyé par Rome. Il reste également des traces significatives de centres de production articulés, comme celui réalisé près de Cosa, dans le sud de l’Étrurie, avec ses installations de pisciculture et de conservation du poisson qui attestent l’utilisation d’appareils hydrauliques d’une grande efficacité et l’utilisation désormais courante du ciment hydraulique34.
L’agriculture
En ce qui concerne l’agriculture en particulier, secteur stratégiquement décisif dans l’économie gréco-romaine, on a longtemps estimé qu’elle n’aurait connu dans le monde antique qu’une accumulation de connaissances empiriques sans formes sélectives d’élevage, sans changements dans les outils ou dans les techniques de labour, de récolte ou d’irrigation, tout en reconnaissant des transformations dans les modes d’exploitation et d’utilisation des terres. Les positions particulièrement influentes de Moses I. Finley ont longtemps prédominé dans les études sur l’agriculture dans le monde antique35 et son autorité scientifique a longtemps exercé une influence considérable, en particulier sur l’historiographie anglo-saxonne. Il est significatif qu’un chercheur de la génération suivante, Robert Sallares, dans une étude par ailleurs méritoire sur “l’écologie ancienne”, reconnaît que l’agriculture ancienne a connu des développements remarquables, mais uniquement grâce à des interactions entre l’homme et son milieu36. Dans les faits, comme il apparaît par exemple dans les études menées par G. Forni, les traces archéologiques prouvent l’existence d’élevage sélectif et l’évolution assez sophistiquée des outils agricoles, comme le montre bien, par exemple, le développement de la charrue37. Si le monde rural pourrait paraître à premier abord plus réfractaire aux innovations que d’autres secteurs de la société, il serait toutefois erroné d’accepter passivement le tableau qui ressort parfois des écrits sur l’agriculture. En réalité, on connaît aujourd’hui l’attention que les choix des grands propriétaires accordaient aux facteurs économiques et productifs. De même, l’esclavage ne peut plus être considéré en soi comme un facteur régressif, un obstacle au développement agricole. La villa romaine, en tant qu’entité productive soutenue par un appareil productif complexe dont le moteur était l’esclave, est une réalité qui domine longtemps le paysage agricole de certaines régions de la péninsule italienne. En outre, l’esclave est loin d’être une figure indifférenciée, pouvant être considérée comme synonyme de passivité. L’institution même de l’affranchissement rend sa condition susceptible de changement et il n’est pas trompeur de parler d’“esclave-manager”, lorsque l’on pense au rôle que certains d’entre eux jouaient pour le compte de leurs maîtres à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. Les juristes enregistrent l’apparition de figures, tel le servus quasi colonus, qui peuvent se présenter comme des réponses innovantes à de nouvelles exigences d’organisation productive.
Il faut aussi considérer que dans la littérature agronomique latine, il existe une relation évidente de dépendance entre les différents traités, indépendamment de leur longueur, de leur ampleur et de l’époque à laquelle ils ont été écrits. Dans cette perspective, le manuel de Caton, premier ouvrage complet de littérature latine qui nous soit parvenu, reste au cours des siècles suivants la référence constante pour tous les auteurs traitant du même sujet. Malgré cela, la littérature agronomique est loin d’être répétitive, ne serait-ce que parce que son apogée (IIe s. a.C. – Ier s. p.C.) coïncide avec les grandes transformations économiques de la péninsule italienne : le système des villas et l’esclavage étaient deux nouveautés trop importantes pour ne pas susciter de réaction de la part de la classe dirigeante. Plus généralement, il a été souligné à juste titre qu’il existe une coïncidence entre la croissance de la production agricole et l’importance des traités d’agronomie38 : il est vrai, d’autre part, que la diffusion des connaissances n’implique pas nécessairement leur augmentation au sens quantitatif.
Comme déjà observé, la relation entre la société et le développement technique est caractéristique du monde romain, ainsi que du monde antique en général : si celle-ci est relativement peu documentée dans les sources, il s’agit de vérifier dans quelle mesure elle était conditionnée par la mentalité de l’époque. Dans un système de valeurs hiérarchisé comme celui de la société romaine, il est en effet indispensable de tenir compte de l’idéologie dominante parmi les classes dirigeantes. Il faut garder à l’esprit que, si les objectifs du progrès technique et scientifique présents dans les sources anciennes pouvaient être différents, ils correspondaient toujours aux besoins matériels et idéologiques des groupes dominants. Il s’agit là d’un élément important qui permet de comprendre pourquoi il n’y avait pas d’attitude culturelle favorable à la réalisation d’innovations techniques décisives dans un milieu comme celui des campagnes, peuplé de personnes qui étaient soit esclaves, soit travaillaient “comme des esclaves” et, dans tous les cas, dans des conditions considérées comme dégradantes39.
On peut constater dans l’agriculture ancienne (en donnant au terme “ancien” une valeur chronologique étendue) des formes appréciables d’innovation qui sont loin d’être marginales, même s’il est difficile de les évaluer en termes de “progrès technologique” ou d’en quantifier l’apport économique. Il est également nécessaire de distinguer entre “invention” et “innovation”. L’invention résulte d’un acte d’intelligence qui n’est pas nécessairement lié directement à un objectif immédiat. L’innovation, en revanche, vise à modifier les modes de production afin de les rendre plus efficaces et moins coûteux. L’innovation est en outre le plus souvent anonyme, car elle suppose le résultat d’expériences diluées dans un laps de temps assez long et échangées directement entre les experts d’un secteur donné. Ce n’est pas que l’on ait manqué d’imaginer de nouveaux outils ou d’améliorer, parfois de manière importante, ceux qui existaient déjà, comme c’est le cas de la charrue. Il ne semble toutefois pas que les innovations en tant que telles aient mérité une réflexion spécifique. En particulier, l’outil n’est jamais considéré prioritairement en fonction de l’épargne du temps et de l’effort, même lorsqu’il est mentionné dans la littérature spécialisée.
Dans le domaine agricole, dans le monde antique, si on peut rarement dater les “inventions”, on a toutefois les traces d’“innovations” importantes, y compris dans les traités d’agronomie. Il faut en tout cas se garder d’une perspective génériquement continuiste, qui amènerait à perdre de vue certaines caractéristiques technologiques propres à des domaines spécifiques.
Il est indispensable de fixer des repères chronologiques qui donnent un sens aux transformations des pratiques agricoles et aux innovations qui en découlent, précisément parce qu’elles s’inscrivent dans l’histoire. En ce qui concerne l’agriculture, outre la césure, généralement admise, entre l’époque protohistorique et l’époque historique, il convient de prendre en considération des moments de rupture fondamentaux, tout d’abord l’expansion romaine, avec la conquête de l’Italie, puis de la Méditerranée, qui a comporté une nouvelle organisation de l’environnement. Ainsi, l’impact de la colonisation romaine sur le territoire, qui semble reposer sur ce que Georges Duby définit naguère comme “la volonté aveugle de vaincre à tout prix la nature et l’histoire”40, a laissé une empreinte indélébile dans le paysage. Il semble aujourd’hui indispensable de se soustraire à la fascination de la perspective “continuiste” si l’on souhaite aborder de manière adéquate l’étude de l’économie romaine.
Le cas romain est particulier en raison des transformations profondes qu’a connues la société de la péninsule italienne en un laps de temps relativement court : d’une situation de relatif retard par rapport aux mondes grecs et orientaux, l’Italie a été propulsée, à partir du IIe s. a.C., au centre d’une économie “mondiale”. Les conséquences qui en ont découlé sont d’une grande importance car elles ont touché la base productive et, par conséquent, les valeurs fondamentales de la vie civile : en un mot, la mentalité41.
À l’époque des grandes conquêtes méditerranéennes, la marchandisation et la monétarisation sont deux grands éléments nouveaux qui ont profondément marqué le monde romain42 : la production pour un marché dans le but de réaliser des gains a déterminé de nouvelles formes de gestion et a encouragé une attention croissante pour les aspects concrets et matériels de l’activité agricole ; il s’agit ainsi d’une phase très avancée des relations productives.
Sans vouloir nier le caractère préindustriel de l’économie impériale romaine et le caractère inachevé de son développement technologique, l’on ne saurait par ailleurs partager les positions primitivistes de ceux qui excluent que des formes même avancées de rationalisme économique aient pu exister, tant au niveau public que privé. L’économie romaine, du moins à la fin de la République et sous l’Empire, mérite vraiment d’être qualifiée d’“économie préindustrielle particulière” (Elio Lo Cascio), où le recours à un concept tel que celui de “concurrence” entre différentes zones de production ne doit pas être considéré comme surprenant43.
Le cas de la transhumance est significatif : ce phénomène de longue durée, par sa nature prépolitique, prend, avec l’unification de la Péninsule par Rome, un caractère d’organisation économique important favorisé par l’emploi de capitaux importants44. Mais aucun autre produit agricole, mieux que le vin, ne saurait mieux révéler les transformations connues par l’économie agraire à la suite de la conquête romaine et de son succès. Déjà connue sporadiquement depuis la fin de l’âge du bronze, la viticulture se répand de manière systématique dans le nord et le centre de l’Italie grâce aux Étrusques et dans le sud avec l’installation de communautés grecques le long des côtes du sud de l’Italie et de la Sicile à partir du VIIIe s. a.C. Même s’il semble désormais établi que les connaissances de base de la viticulture existaient déjà dans la péninsule italienne, les communautés grecques ont probablement apporté des connaissances techniques, de nouveaux outils agricoles et de nouveaux cépages.
Cette nouvelle spécialisation dans la viticulture au VIIIe s. a.C., n’a toutefois pas entraîné le dépassement d’une différenciation fondamentale dans la culture de la vigne, qui s’est perpétuée avec des résultats différents jusqu’à nos jours. Il s’agit là d’un indice important des parcours particuliers, sensibles aux différences régionales et donc culturelles, suivis par l’agriculture dans le monde antique. La plantation de la vigne sur un support vivant et donc avec une taille longue, plus proche de celle des peuples d’Europe du Nord, est un indicateur de la viticulture étrusque : elle est restée en usage, et ce n’est pas un hasard, dans une région de Campanie, l’ager de Capoue, qui fut un bastion de l’expansion étrusque vers le sud. Si l’on doit reconnaître aux Étrusques un rôle décisif dans la diffusion de ce type de culture, ainsi que dans son évolution et son innovation, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille leur en attribuer la conception, car il s’agit d’une pratique beaucoup plus ancienne. Aussi la culture basse, qui permet de profiter de la chaleur du sol (sans supports ou avec des piquets) et la taille courte, sont typiques de la tradition grecque. Les Étrusques cultivaient la vigne dans des dénommées “lambruscaie”, tandis que les rangées sont une innovation de l’époque romaine. Le développement technique s’est également produit dans le monde antique grâce à des innovations instrumentales peu significatives en apparence. Les Étrusques ont appris des Grecs à utiliser une faucille particulière avec le tranchant sur le dos, la falx vinitoria, qui servait à élaguer les arbres pour que le soleil atteigne mieux les vignes. Ils y ont ajouté un long manche pour pouvoir atteindre les sommets les plus élevés, ce qui s’explique bien si l’on tient compte du fait que la vigne nécessite de la lumière et peut donc grimper à des hauteurs considérables45.
Il existe en outre un élément intéressant à prendre en compte concernant la question de la régionalisation des traditions de production et du développement technologique qui y est lié. En Grèce, le vin ordinaire était principalement produit par foulage (le pressurage n’est en effet pas indispensable). Cependant, les sources s’accordent pour attribuer au monde grec le développement des instruments : Héron d’Alexandrie décrit par exemple un type de pressoir à vin à arbre, treuil et contrepoids. Au niveau archéologique, les rares traces de ces pressoirs se retrouvent, ce n’est peut-être pas un hasard, dans des zones périphériques, comme en Crimée : c’est là que l’on a trouvé le seul exemple précoce de pressoir à vis et à arbre qui se répandra ensuite dans la Méditerranée orientale. En ce qui concerne l’Italie, les différences régionales sont également importantes. Dans la campagne de Pompéi, le pressoir à vis semble avoir été ignoré : au début du Ier s. p.C., le pressoir à levier catonien règne encore en maître. Là où la colonisation grecque a exercé une influence directe, la technique de culture a également été importée avec la plante ; dans les cas où les contacts n’étaient qu’indirects, seule la plante a été introduite. En Étrurie, la vigne domestique apparaît dès le IXe s. a.C., tandis que dans la région de la plaine du Pô, il faut attendre quelques siècles pour que la viticulture se répande grâce à la colonisation grecque et, indirectement, à la colonisation étrusque46.
Si les techniques de culture correspondent à différentes aires et influences culturelles, le développement productif qui découle de l’expansionnisme façonne à son tour la culture et la société romaines47. Il existe un vin de qualité, produit prestigieux réservé aux élites, et un vin ordinaire à la portée de tous : il y a le vin pour les banquets et le vin pour les travailleurs et les esclaves. Il y a aussi l’histoire de ses récipients, dont l’amphore, le récipient privilégié, entre la fin de la République et le Haut-Empire, jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le tonneau. Enfin, le vin est considéré comme un investissement productif, selon des calculs précis qui conseillent la plantation d’un vignoble pour réaliser de bons profits. Ce n’est pas un hasard si la culture de la vigne est le principal indicateur du succès de l’agriculture italienne, tout comme elle en documente ponctuellement le déclin.
L’influence des techniques grecques, outre la plantation des vignobles, se retrouve également au niveau de la production et de la conservation. Un cas intéressant est celui du traitement effectué dans l’apotheke/apotheca, connu des viticulteurs romains depuis le dernier quart du IIe s. a.C.48, mais probablement déjà pratiqué auparavant. L’apotheca désigne une pièce située dans la partie supérieure de la maison, où le vin était conservé avant sa consommation près du fumarium, une pièce chauffée et enfumée49 : ce traitement était utilisé pour le vin appelé kapnìas, qui fait référence à une vigne kapnios (de mot à mot “fumée”) cultivée à Thourioi, en Grande Grèce, connue grâce à un auteur de la Comédie Ancienne, Platon (fin du Ve s. a.C.). Nous en avons connaissance pour le Samnium, en relation directe avec le monde grec de Campanie, puis à l’époque d’Auguste chez Tibulle, ensuite dans un passage de Galien qui le mentionne pour la conservation du vin Triphylios produit dans l’ager Trifolinus, près de Naples50.
En ce qui concerne la production d’huile, si les données archéologiques sont fiables, les premiers broyeurs rotatifs (“rotary crushers”) que l’on puisse dater51 sont ceux découverts à Olinthe. Comme cette ville a été détruite par Philippe de Macédoine en 348 a.C., les presses doivent être antérieures à cette date, même si l’on ne peut préciser davantage la chronologie ; mais le IVe s. a.C. est considéré à plusieurs égards un moment crucial pour ce qui concerne le progrès économique et le développement technique et, plus généralement, les connaissances scientifiques, qu’elles soient médicales, botaniques ou naturalistes. Dès lors, on peut se demander ce que suppose cette innovation, s’il s’agit d’un passage d’une économie axée sur l’autoconsommation et, au maximum, sur la production locale, à une économie conçue pour la vente à grande échelle, comme c’est le cas à Rome52. D’autre part, il convient de considérer que des formes d’économies plus rudimentaires ont continué d’exister parallèlement aux transformations techniques.
Quant aux outils, le développement technologique de la charrue et celui du pressoir ont deux évolutions différentes53. La charrue atteint rapidement sa fonctionnalité complète, sans modifications substantielles54. Le pressoir en revanche, qui exploite la combinaison de la force musculaire et du poids, témoigne d’une évolution considérable : l’introduction du pressoir à vis doit être considérée comme une innovation importante qui exploite une découverte traditionnellement attribuée à Archimède. Une autre question, soulignée par David Mattingly, concerne la diffusion régionale des pressoirs à vis et leur impact économique. L’Italie fournit les exemples les mieux datés et les plus anciens. Selon Mattingly, l’Espagne, en particulier la région de grande production oléicole du Guadalquivir, a joué un rôle décisif dans la diffusion de la nouvelle technologie, alors que l’Afrique, à l’exception de l’aire à contact direct avec la péninsule ibérique, semble imperméable à cette invention55.
À la fin de la République, un progrès certain dans les techniques agricoles est également attesté par la longue liste d’outils diversifiés destinés à la moisson que Varron cite dans son ouvrage56. Le processus d’urbanisation crée les conditions d’un développement de la culture céréalière intensive, pour laquelle le travail des esclaves n’est pas inadapté.
Un cas significatif concerne la Gaule cisalpine : après la conquête romaine, la richesse agricole de la région se trouve intégrée dans le réseau commercial favorisé par les nouvelles voies de communication rapidement mises en place. Par ailleurs les produits de la partie orientale de la Gaule Cisalpine trouvaient un excellent débouché commercial dans le port d’Aquilée57. Les mesures de réorganisation agricole promues par le gouvernement romain dans cette région visaient à obtenir la meilleure exploitation possible des terres grâce à la construction de routes et à la régulation des eaux, qui ont comporté en parallèle une œuvre de déboisement. Ces interventions, lancées de manière systématique peu après le début du Ier s. a.C., ont connu une nette accélération avec l’intensification du programme de municipalisation après 49 a.C. À partir du Ier s. a.C., Mediolanum (Milan) se trouva au centre d’un système commercial élargi, tant pour les marchandises provenant de Gaule ou d’Orient, en transit dans la ville, que pour les produits locaux. Son importance économique croissante est clairement attestée par plusieurs inscriptions qui témoignent d’une grande mobilité sociale, due aussi au rôle joué par les affranchis, le groupe traditionnellement plus actif et dynamique. Le développement agricole de la Gaule cisalpine mérite une attention particulière. Si les raisons qui différencient son agriculture de celle du Centre-Sud de l’Italie sont bien connues, le recours à des formes avancées de production revêt une importance fondamentale dans l’histoire de l’économie romaine. La centuriation, où les champs de blé et les rangées d’arbres s’alternaient à intervalles réguliers, contribuait par sa capacité de donner une configuration particulière au paysage agricole, à une organisation plus cohérente de la production, en mesure de rapprocher l’utile et le beau. C’est précisément la nécessité d’aménager le territoire qui a favorisé le développement de techniques d’arpentage plus avancées aussi bien sur le plan pratique que conceptuel. La gestion du territoire par la centuriation entraînait non seulement une transformation profonde du paysage, mais arrivait aussi à valoriser les aires marginales des forêts et des marais qui ne pouvaient être facilement subdivisées. Les subseciva, les terres restées après la subdivision, même s’ils n’étaient pas cultivés de manière systématique, constituaient néanmoins une ressource économique complémentaire grâce à la cueillette, à la chasse et à la pêche.
Varron avait sans doute à l’esprit la nouvelle organisation des cultures de la Cisalpine, lorsqu’il écrivait ainsi :
Quant à l’action de la culture sur la forme, je soutiens que ce qui est plus plaisant à l’œil est en conséquence aussi d’un meilleur rapport : ainsi ceux qui ont des plantations d’arbres, s’ils sont disposés en quinconce, à cause des rangées et des intervalles mesurés qui s’y trouvent. C’est pourquoi nos ancêtres, d’une terre d’égale étendue mal plantée, tiraient un vin et un blé moins abondant et moins bon, parce que les choses qui sont mises chacune à sa place occupent moins de place et se gênent moins les unes les autres pour jouir du soleil, de la lune et du vent58.
Pour conclure
À la fin du IIIe s. a.C., le système monétaire fondé sur un rapport entre le bronze et l’argent se stabilise définitivement et un développement démographique important a lieu avec un afflux important d’esclaves, qui atteignent près d’un septième de la population totale de l’Italie centrale et méridionale. De plus, à partir de la fin de l’époque républicaine, les relations commerciales et la base productive de l’Italie et de la Méditerranée doivent répondre aux besoins alimentaires exceptionnels de Rome, véritable “mégalopole” antique. C’est le point de départ obligé de toute réflexion sur les développements technologiques de l’Antiquité romaine, à commencer par l’agriculture, appelée à augmenter sa productivité pour satisfaire les besoins d’un nombre élevé de personnes. Aucune circulation de produits dans la Méditerranée antique n’a été plus importante, qualitativement et quantitativement, que celle déterminée par le service de l’Annone pour la capitale. Il est possible que des innovations importantes dans la distribution alimentaire aient déjà trouvé place à Rome au fil du temps. Une information significative à ce sujet provient de la biographie de Sévère Alexandre, empereur à la première moitié du IIIe siècle, qui fait référence à des opera mechanica qu’il aurait réalisées59. Il est vraisemblable que ces opera comprenaient entre autres des moulins à eau et des balances monumentales destinées à la distribution du pain60. Les moulins à eau auraient en effet pu permettre “la centralisation des opérations de mouture auparavant dispersées” 61et, grâce à la réduction du personnel, ont pu résoudre des problèmes économiques et techniques à la fois. Ce n’est pas un hasard si le tracé successif des remparts d’Aurélien inclut aussi les moulins du Janicule62, preuve de l’importance de ces installations.
D’un point de vue strictement économique, même dans les phases les plus avancées et les plus prometteuses de l’histoire romaine, l’absence d’un saut décisif en termes de progrès technologique est due au fait qu’il y avait toujours une main-d’œuvre suffisante pour maintenir le système de production63. Il est significatif que, dans le domaine de l’agriculture, l’augmentation des besoins de production ait généralement été compensée par l’accroissement du nombre de travailleurs. D’autre part, l’impulsion à l’innovation pouvait difficilement venir du bas, par une population paysanne trop accaparée par ses besoins élémentaires de survie. La particularité de l’économie romaine antique par rapport à l’économie moderne se résume dans sa subordination fondamentale aux valeurs idéologiques de l’aristocratie sénatoriale, qui ne considérait comme digne que la richesse provenant de la rente agraire. Si on se soustrait à cette perspective en partie biaisée, on s’aperçoit que la technologie romaine a eu une histoire et un développement au sens propre du terme, avec des phases complexes de croissance et de déclin. Si elle n’a pas connu de véritable révolution du point de vue des techniques de production, elle n’a pas non plus connu de stagnation64.
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Notes
- Sur la distinction de M. Foucault entre “seuil d’apparition” et “seuil de formalisation” : Deleuze 1986, 88, repris par Traina 1994, 16.
- Traina 1994, 19.
- Amouretti 1991, 229. Sur ces thématiques, voir aujourd’hui Flohr 2016.
- Russo 2021, 18-21, sur la perte de la littérature scientifique grecque, hellénistique en particulier ; 360-364, sur le savoir technologique en agriculture et sur les traités perdus (en apiculture par exemple).
- Traités et auteurs mentionnés par Varro, Rust. I. 1. 7-11.
- Traina 1994, 85 ; sur les manuels techniques à Rome, cf. aussi Gara 1994.
- À la prétendue stagnation technologique du monde ancien feraient exception selon K. D. Oleson, l’hydraulique, la construction de bâtiments et les machines de guerre (Oleson 1984). Cfr. aussi Greene 2000. Sur l’hydraulique voir aussi Viollet 2005, en particulier le chapitre 2 sur les moulins à eau dans l’Antiquité.
- La relation entre les campements militaires, la division de l’espace et le développement urbain est établie dans un traité conservé à Wolfenbüttel dans un codex du VIe siècle, attribué d’abord à Hygin le Gromatique, auteur de l’époque de Trajan, aujourd’hui reconnu comme l’œuvre d’un auteur anonyme (le Pseudo-Hygin) qui aurait vécu au IIIe siècle p. C.: v. à ce sujet Formisano 2010, 55. Sur la disposition des campements romains (“castramétation”): Cosme 20122, 34-35.
- Comme observé par Formisano 2010, 56, qui suppose que le titre originaire du traité était Liber de ‘metatione’ castrorum.
- La croix était fixée à un support vertical dit ferramentum, 1,80 mètre : v. Formisano 2010, 56 pour la description de l’outil et pour les détails omis dans le traité anonyme, sans doute car déjà connus des géomètres utilisateurs de la groma.
- Gara 1994, 64.
- Torelli 1980.
- Marrou 19657, 265-279, observe que s’il existe un enseignement des matières scientifiques, telles les mathématiques ou la géométrie, il manque un véritable enseignement des techniques en dehors de la médecine (Id., 287-291) et un véritable refus de l’orientation technique (Id., 330). Sur l’éducation des élites antiques, romaines en particulier, qui privilégie les exempla en excluant l’enseignement technique : Gara 1992, 376-379.
- Traina 1994, 85.
- Gara 1994, 15
- Cic. Off.150-151, extraits (trad. Testard 1965, 183-185, modifiée).
- Sen., Ep. XC, extraits 7, 14, 25-26, trad. Noblot 1962, modifiée.
- Pani 1992. Sur la “mentalité classiciste” et le “préjugé historiographique “ propres aux auteurs anciens: Gara 1992, 374-375.
- Gara 1994, 15.
- Vitr. I. I. 3 (trad. Fleury 1990)
- Whitehead & Blyth 2004 ; Whitehead 2010.
- Gabba 1980.
- Sur Héron, Bresson 2006, en particulier 60-66 (avec la comparaison avec les machines à vapeur). Sur la mécanique et les machines antiques, romaines en particulier : Repellini 1989, 327-333.
- Repellini 1989, 336-337.
- Rathbone 1991, en particulier 58-87 (sur l’administration et management de la propriété), 335-387 (sur les registres des comptes et des avances.
- Gara 1992, p. 364
- Hodge 1993; sur les aqueducs romains à Rome, en Gaule et dans d’autres régions de l’Empire : Viollet 2000, p. 161-186
- Lewis 1997 ; Viollet 2000, 191-194.
- Wikander 1981 et Coarelli 1987, 449-450, pensent à une construction au courant du IIIe siècle, avant la construction des murs d’Aurélien qui les auraient ensuite englobé ; cf. aussi Bell 1993, 65-72.
- Bloch 1935.
- Greene 2000.
- Leveau 1996
- Amouretti 1992;
- Gara 1992, p. 367.
- En particulier, Finley 1973.
- Sallares 1991, 416, pour la critique au modèle finleyen de la ville de consommation et de l’échange de dons ; 294-361 sur les changements et la productivité de l’agriculture grecque, attique en particulier.
- Forni 2006, 145-149 et passim, avec la bibliographie précédente ; sur l’évolution de la charrue (currus) cf. en particulier 158-174.
- Hitchner 1993.
- Sur le rapport à la terre, notamment à la fin de l’Antiquité, cf. la contribution d’E. Stolfi dans ce volume.
- Duby 1963, 354
- Cf. Wilson 2002.
- Bowman-Wilson 2013.
- Lo Cascio 2009.
- Pour une analyse d’ensemble sur les sources et sur les pratiques de la transhumance en Italie et en Méditerranée (Crète, Macédoine, Asie Mineure): Corbier 2006.
- Marcone 2007.
- Sur ces thèmes, v. déjà Marcone 2006, 189-190.
- Bowman-Wilson 2013.
- Plin., HN XIV.94.
- Columella, Rust. I.6.20.
- Marcone 2006, 189.
- Foxhall 1993 ; Foxhall 2007, 167-168, qui les distingue du trapetum romain. Les plus anciennes évidences archéologiques de la production de l’huile en Grèce sont celles de Clazomène, au VIe s. a.C. : Foxhall 2007, 140-143.
- Sur l’impact de l’oléiculture sur l’expansion et la croissance économique à Rome, v. déjà Hitchner 1993, en particulier 506.
- Skydsgaard 1987, 20.
- Voir toutefois les évolutions signalées par Forni 2006, 158-170.
- Mattingly 1988, particulièrement 41, sur la haute concentration de structures agricoles pour le travail de l’huile en Espagne; Mattingly 1993, 490-496, pour l’estimation quantitative de la production annuelle.
- Varro, Rust., I.49.
- Strab., V. 1. 8 et, surtout, Hérodien, Histoire de Rome après Marc Aurèle, VIII, 2,3
- Varro, Rust.., I.7.2 (trad. Heurgon 1978, 26)
- Histoire Auguste, Vie d’Alexandre Sévère XXII, 4 : Mechanica opera Romae plurima instituit ; cf. aussi ibid., XXXIX, 3-4, sur la construction de greniers et de thermes dans toutes les régions de Rome.
- Wikander 1979.
- Bell 1993.
- Wikander 1979, 23-24; Coarelli 1987, 450 : un passage de Procope (h.G. 19, 9,1) affirme que le circuit trans-tiberin des remparts d’Aurélien a été conçu pour la protection des moulins, sans doute les moulins du Gianicolo.
- Pour une réflexion d’ensemble : Schiavone 20092.
- Marcone 2006, en particulier 184-185 et passim.