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Les références à des maladies pestilentielles dans la documentation papyrologue grecque de l‘Égypte romaine et Byzantine*

par

À la mémoire de Danielle Gourevitch (21.01.1941 – 13.06.2021)

Si les papyrus grecs retrouvés en masse dans les sables d’Égypte ont été exploités dès le milieu des années 1950, dans le but de trouver des “preuves indirectes” de l’impact de la peste galénique ou antonine, vraisemblablement une forme de variole1, en Égypte, et plus globalement dans l’Empire romain, et, tenter ainsi d’évaluer, aux points de vue démographique, socio-économique et politique, les dimensions réelles et les conséquences, immédiates ou à plus ou moins long terme, de cette crise épidémique2, c’est surtout depuis vingt-cinq ans, suite à la publication de la contribution de R. P. Duncan-Jones, “The Impact of the Antonine Plague”, que cette recherche a donné lieu à un débat scientifique nourri, particulièrement dans le Journal of Roman Archaeology3. Les chercheurs s’efforçaient, soit de tirer des conclusions générales à partir de témoignages isolés, – mais les hypothèses qu’on peut en tirer s’avèrent souvent fragiles, une seule pièce, a fortiori lacunaire, pouvant être utilisée pour justifier des positions contradictoires4 –, soit, inversant la perspective, de pallier la rareté et la fragilité des témoignages tirés des papyrus en recourant aux modèles théoriques extrapolés des données d’autres crises épidémiques mieux documentées, comme la peste noire du milieu du XIV e siècle, dont on contrôle ensuite la validité grâce aux témoignages fournis par la documentation de première main5.

Les opinions des savants sur l’ampleur et les conséquences de la peste galénique ont varié d’un extrême à l’autre. Pour les “minimalistes”, cette épidémie aurait eu un effet relativement peu marqué sur l’Empire : c’est notamment la position de J. F. Gilliam dès 1961 et de P. Salmon en 1974, puis, plus récemment, de P. Schubert6. Pour les “maximalistes”, tels que R. J. et M. L. Littmann, R. P. Duncan-Jones et, à leur suite, W. Scheidel ou P. van Minnen, elle aurait eu un effet majeur, sinon catastrophique7. D’autres encore, comme R. S. Bagnall ou C. Bruun, dans des contributions à caractère parfois méthodologique, ont adopté une position intermédiaire : sceptiques face à ceux qui soutiennent la thèse du catastrophisme, sans pour autant nier qu’une maladie a effectivement touché l’Italie et plusieurs parties de l’Empire sous le règne de Marc Aurèle, ces savants ont mis en évidence le manque de preuves de sa sévérité8. Plus récemment, des travaux comme ceux de B. Rossignol ou de K. Harper ont souligné l’importance du facteur environnemental, en particulier celui de la pollution9.

Les études citées ci-dessus se fondent sur des documents papyrologiques appartenant à des genres variés, qu’on peut classer en deux groupes : d’une part, les textes relevant du domaine fiscal ou administratif, dont les données, à caractère quantitatif, contribuent à l’étude de la démographie historique, et, de l’autre, les lettres privées, qui, en raison de leur caractère social et subjectif, constituent un cadre privilégié pour évoquer la santé et la maladie. Parmi les documents du premier groupe, qui ont été abondamment étudiés, on relèvera particulièrement les certificats enregistrant des décès, dont plusieurs pourraient être dus à une maladie pestilentielle. Quant au second groupe, qui n’a plus fait l’objet d’une enquête approfondie depuis les travaux de G. Casanova, dans les années 1980, il retiendra plus longuement notre attention ici10.

Le premier groupe comprend les registres de taxes, qui paraissent témoigner d’un effet ponctuel de la peste sur la vie de certains villages, en particulier dans le Delta du Nil ainsi que dans le nome arsinoïte (Théadelphie, Socnopéonèse, etc.)11. À cet égard, le P.Thmouis 1, concernant le nome mendésien, dans le Delta, représente une pièce exceptionnelle12. À la colonne 104 de ce rouleau de papyrus, au sujet des taxes dues par le village dépeuplé de Kerkénouphis pour les années 180-192, il est fait mention explicite de la “situation pestilentielle” (16 : τὸ λοιμικὸν καταστήματι)13, comme l’une des causes du défaut de paiement de l’impôt par ce village, en plus des attaques qu’ont subies ses habitants, sans qu’on sache si ces deux facteurs sont indépendants ou s’il existe entre eux un rapport de cause à effet. L’auteur d’un autre registre, SB XVI 12816, consigne par écrit la mort d’un tiers des hommes adultes recensés dans le village de Socnopéonèse, – 80 hommes adultes sur 244 –, en l’espace d’un trimestre à peine, dont 59 au mois de Tybi de la 19e année (janvier 179), et encore 19 au mois suivant de Mecheir (février)14. Comme le remarque P. Schubert, “on peut difficilement imaginer autre chose qu’une épidémie” pour expliquer “une vague de morts si soudaine et si grave”15. Cependant, à la différence du registre de Thmouis, la pestilence n’est pas mentionnée de façon claire. À côté de ces textes, les chercheurs ont parfois été tentés de mettre les déclarations de terre non inondée (ἀπογραφαὶ ἀβροχίας), ainsi que d’autres documents relatifs au fonctionnement de l’économie agricole, en rapport avec l’apparition d’épisodes pestilentiels, même si les liens entre les deux ne sont pas nécessairement démontrés16.

On peut ajouter à ce groupe d’écrits les certificats de décès. On connaît à ce jour une centaine de ces documents, où le déclarant demande que le nom d’un ou de plusieurs individus (toujours de sexe masculin) soit ôté de la liste des contribuables et inscrit dans le registre officiel des défunts (τάξις τῶν τετελευτηκότων)17. Une pestilence pourrait avoir été la cause de l’issue fatale dans les déclarations doubles, voire triples, pour autant que le déclarant ait pris la peine de spécifier la date précise des décès, et que ceux-ci soient rapprochés dans le temps, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans son étude de 1984, Casanova ne mentionnait que deux cas répondant à ces critères. Dans le premier (P.Oxy. XII 1550), provenant d’Oxyrhynque et daté de 116, Théon fils d’Harthonis, charpentier du temple (ἱεροτέκτων), déclare le décès, durant le mois de Phaophi, à la fois de son père et de son grand-père18. Le papyrologue italien voit peut-être dans ce texte l’une des premières manifestations d’une épidémie qui s’est répandue sous le règne d’Hadrien, dont nous parle, de façon très générale, l’Histoire Auguste19, où il est fait état de nombreuses villes touchées “par la famine, la pestilence et des tremblements de terre” (fames, pestilentia, terrae motus), sans qu’il y ait de repères chronologiques plus précis20. Toutefois, s’ils ne doivent pas être simplement imputés au hasard, ces décès rapprochés de deux parents pourraient tout aussi bien être la conséquence des troubles économiques et administratifs qui entraînèrent une disette à la suite de la révolte juive qui, après avoir éclaté à Cyrène en 115, toucha rapidement l’Égypte21. Si elle eut son épicentre à Alexandrie, il est avéré qu’elle frappa également Oxyrhynque. Le second exemple invoqué par Casanova est le BGU I 79 (Arsinoé, 175/176)22, qui enregistre le décès, au cours du même mois (le nom du mois est perdu), de trois parents (συγγενεῖς) du déclarant, sans que le rapport de parenté soit spécifié. Deux des défunts étaient frères, puisqu’enfants du même père ; les noms sont partiellement conservés. Se fondant sur la date du document, le papyrologue italien l’a classé parmi les témoignages de la peste galénique23.

Sur la trentaine de certificats de décès publiés depuis le travail de L. Casarico, quatre enregistrent des décès potentiellement causés par une maladie persistante, voire pestilentielle. Deux documents proviennent de Socnopéonèse. Ils sont contemporains d’une autre pièce de l’Arsinoïte, le BGU I 79, puisqu’ils remontent aux années 175 à 180. Daté de décembre 178, le P.Gen. III 139 enregistre le décès, durant le même mois, de deux hommes qui étaient prêtres du dieu Socnopaïos et des dieux qui partagent le temple ; le déclarant est aussi un prêtre. Tous trois appartenaient à la première tribu (φυλή). Les rapports de parenté entre le déclarant et les défunts, de même qu’entre les défunts eux-mêmes, ne sont pas établis avec certitude. Selon toute vraisemblance, ces derniers étaient un père et son fils. Dans le P.Prag. I 19 (177/180), un dénommé Stotoètis, prêtre de la troisième tribu du grand temple du dieu Socnopaïos, déclare le décès de deux frères, qui faisaient partie de sa famille (συγγενεῖς) et étaient aussi prêtres de cette tribu24. Ils sont morts depuis longtemps (14 : ἔ̣τι πάλαι), sans qu’on sache si les dates de leur décès étaient rapprochées25.

Enfin, deux autres déclarations proviennent d’Oxyrhynque. La première, P.Oxy. LXXIV 4998, fait partie d’un tomos sunkollèsimos, dont il reste quatre coupons (kollèmata) contenant chacun une déclaration de décès26. Celle qui nous intéresse se trouve sur le quatrième coupon. Elle est datée de 253/254. Aurélios Amoitas y déclare le décès de Vibius Publius, dont il a été l’ἐπίτροπος, à savoir, soit le tuteur (d’une personne mineure, mais on ne connaît pas l’âge du défunt), soit le responsable ou le superviseur d’un domaine, ainsi que des deux esclaves de ce dernier, dont l’un était âgé de 16 ans, tandis que l’âge de l’autre n’est pas conservé. On ne connaît pas l’intervalle de temps qui sépare les décès. Comme il est de règle dans ce type de documents, la cause de la mort n’est pas précisée : si l’on ne peut exclure qu’elle résulte d’un accident ou d’un acte criminel, la date de la déclaration (253/254) suggère à M. Malouta, éditrice du papyrus, qu’elle est liée à la peste de Cyprien, qui affecta l’Empire de 251 à 26827.

La seconde déclaration, P.Oxy. LXV 4480, est singulière à plus d’un titre. Tout d’abord, sa date, à savoir le 26 février 311, en fait le certificat de décès le plus récent connu à ce jour. Puis, contrairement à l’usage, la déclarante, Aurélia Eirènè, veuve d’Isidoros, agit sans tuteur (κύριος). Ensuite, le certificat ne contient pas de serment, alors que celui-ci figure toujours en conclusion des déclarations dressées dans le nome oxyrhynchite, pour les confirmer28. Enfin, à la différence des autres déclarations de ce type, l’indication des causes du décès figure dans ce document. Isidoros, qui était assistant (9 : χιριστὴς, l. χειριστὴς, τὴν τέχνην), est mort après être tombé malade alors qu’il se trouvait à Alexandrie (9-11 : γενόμε|νος ἐν τῇ λαμπροτάτῃ Ἀλεξανδρίᾳ, l. Ἀλεξανδρείᾳ, ὑπὸ τῆς | νόσου † συστασεις † τὸν βίον μετήλλαξεν)29. Il n’y a pas d’autres précisions concernant la maladie du mari, mais, eu égard à la datation du document, D. Montserrat, l’éditeur, pense qu’il pourrait y avoir un lien avec l’épisode de famine, suivi d’une pestilence, évoqué par Eusèbe30, qui a touché l’Orient vers 311/312, dans les dernières années du règne de Dioclétien, peu avant le décès de Maximin Daïa (mort en 313). D’après D. Stathakopoulos, les symptômes de la maladie décrite par l’évêque de Césarée, en particulier les éruptions cutanées et le nombre élevé de cas de cécité, font penser à la variole31.


À côté de ce premier groupe de textes, plusieurs lettres privées pourraient également faire allusion à des épisodes de crises pestilentielles. En 1984, G. Casanova répertoriait 6 lettres où l’on a vu (ou cru voir) des références à des maladies pestilentielles32. Depuis lors, leur nombre a plus que doublé. Désormais, à notre connaissance, c’est dans 13 lettres grecques des époques romaine et byzantine (12 écrites sur papyrus et 1 ostracon) que l’on a identifié des allusions à des pestilences. Réparties de la fin du Ier siècle au milieu du VIIe siècle, elles datent surtout du IIIe siècle. Du point de vue de la provenance, quatre d’entre elles ont été retrouvées dans le nome arsinoïte (ou dans le nome héracléopolite, dans deux cas), et une, plus précisément, dans le village de Karanis ; cinq, à Oxyrhynque, en Moyenne-Égypte ; une, dans le nome lycopolite, une, à Domitianè ou Kainè Latomia (actuelle Umm Balad), dans le désert Oriental, tandis que la provenance de deux lettres n’est pas connue. Dans la suite de cette contribution, on réévaluera chacun de ces témoignages, d’abord, ceux signalés par Casanova, puis, les documents édités depuis son travail, ainsi que ceux qui, quoique publiés avant 1984, n’ont pas été pris en compte par le papyrologue italien, en vue de dresser un bilan mis à jour et équilibré de l’apport de la documentation épistolaire à la connaissance des pestilences qui frappèrent le Pays du Nil dans les premiers siècles de notre ère.

Dans la première lettre (P.Mich VIII 510), qui a probablement été écrite par un scribe professionnel, une mère, Taeis […], s’adresse, semble-t-il, à l’un de ses fils. Initialement datée de la première moitié du IIIe siècle33, ce document malheureusement très fragmentaire remonte en réalité au début du IIe siècle, et fait partie des archives bilingues grec-latin du soldat Claudius Tiberianus34. Aux l. 13-14, après une lacune nous empêchant de connaître le contexte, il semble que l’expéditrice cherche à obtenir des nouvelles, peut-être d’un certain Némésos, “parce que, ajoute-elle, il y a eu une grande mortalité à Alexandrie” ([ἐ]πεὶ μεγάλη | θνῆσ[ις γέ]γονε ἐν Ἀλεξανδρίᾳ). Sans qu’on sache quand a précisément eu lieu cette “grande mortalité”, ni quelles en sont les causes, ces mots de l’expéditrice ont été identifiés à une allusion à un épisode pestilentiel par les premiers éditeurs qui, en conséquence, ont daté le papyrus du IIIe siècle. Peut-être est-il encore question de ce Némésos dans les lignes ajoutées dans la marge de gauche (versiculi transversi), avant les salutations, où il semble que Taeis […] demande des nouvelles d’un homme à propos duquel elle est inquiète.

Une lettre privée conservée à Vienne (SPP XXII 33) contient la seule autre attestation, à ce jour, du substantif θνῆσις, “mortalité”, dans la documentation épistolaire sur papyrus35. Lukarion écrit à son père Psonthuonsis pour se plaindre de son absence, et l’informe qu’il y a eu une “importante mortalité” (8 : πόλλη θνῆσις) dans son village, cette année, et que la plupart des habitants s’en sont allés. Le contexte est clair : à cause de la surmortalité, le village a été progressivement abandonné (ἀναχώρησις ; cf. l. 11 sq. ἀνεχώ|ρη[σαν) par ses habitants, qui cherchaient aussi, en partant, à se soustraire à leurs charges fiscales. La datation du document est incertaine. D’abord daté du Ier siècle, il a été mis en rapport par G. Casanova avec des cas de pestilence des époques néronienne et flavienne, à Rome et en Italie, mais aussi en Palestine, à Jérusalem, durant la guerre juive36. Néanmoins, l’identification de l’expéditeur de la lettre à celui d’une autre lettre (BGU I 164), au sujet analogue (l’absence du père), et l’emploi, dans cette dernière, de l’épithète honorifique λαμπρότατος qualifiant un préfet, imposent de repousser la date de sa rédaction au IIe, voire au IIIe siècle, en sorte que, dans un article postérieur, Casanova y a cette fois identifié un témoignage de la peste galénique ou de celle de Cyprien37. Pour le papyrologue, son hypothèse était corroborée par l’emploi (contemporain, pensait-il) du mot θνῆσις dans la lettre du Michigan, mais on a vu plus haut que la datation de cette dernière a aussi été revue et avancée au IIe siècle38.

Dans ces deux témoignages, si tant est qu’on ait affaire à une pestilence, l’expression qui y ferait allusion ne définit pas la maladie, mais en exprime les conséquences : la “mortalité” (θνῆσις), qui, dans un cas, est “grande”, μεγάλη, et dans l’autre, “importante”, πολλή. Le mot θνῆσις n’est guère fréquent, non plus, dans la littérature grecque, où il fait référence à une mortalité dont les causes peuvent être très variées39. Dans le cas du P.Mich.VIII 510, du début du IIe siècle, l’expression pourrait également s’appliquer, par exemple, aux conséquences des troubles qui ont touché Alexandrie à l’époque de la révolte juive.

Le troisième papyrus est une lettre d’Oxyrhynque, datée du IIIe siècle (P.Oxy. XIV 1666)40. Outre les renseignements qu’il fournit sur l’enrôlement dans l’armée romaine, ce document présente le grand intérêt d’attester le mot “pestilence” (λοιμός). Pausanias, qui habite vraisemblablement en Haute-Égypte, écrit à son frère pour lui expliquer que le petit Pausanias (son fils ?) a préféré quitter une légion de l’infanterie, probablement à Nicopolis, à côté d’Alexandrie (sans doute avait-il le mal du pays), pour rejoindre un escadron de cavalerie en Haute-Égypte, à Coptos. L’expéditeur, son protecteur, s’était rendu à Alexandrie pour arranger ce changement d’affectation également souhaité par la mère et la sœur du petit Pausanias. Au passage, il aurait voulu s’arrêter à Oxyrhynque. Le temps de permission ne le permettant pas, il écrit néanmoins cette lettre, avec, à la fin, une allusion à une pestilence qui aurait sévi dans la cité du poisson au museau pointu : “Si les dieux le veulent, je vais essayer d’être auprès de vous pour la fête d’Amesysia (fête de la naissance d’Isis, célébrée vers le 20 juillet). Occupe-toi activement du document de l’hypothèque, veille à ce qu’il soit rédigé comme le veut l’usage. Donne-moi, frère, des nouvelles de ta santé (19 sq. : σω|[τ]ηρίας), car j’ai entendu dire à Antinoé qu’il y a eu une pestilence chez vous” (20-21 : ἐπεὶ ἤκουσα ἐν τῇ Ἀντινόου ὅτι παρʼ ὑμεῖν, l. ὑμῖν, λοιμὸς | [ἐγ]ένετο)41. Non sans hésitation, D. Bonneau met ce document, avec le P.Mert. I 26 (voir infra, p. 15), en relation avec l’inondation “mauvaise” de 27342. Il est cependant difficile de le prouver pour notre lettre, qui n’est pas datée avec précision. En 1979, G. Tibiletti pensait, pour sa part, à la peste de Cyprien, ce qui l’amenait à faire remonter le document au milieu du IIIe siècle43. Là encore, rien ne conforte son hypothèse.

Malgré la perte des salutations initiales et finales, on sait par l’adresse que la lettre contenue dans le P.Strasb. I 73 (provenance inconnue, IIIe siècle) était destinée au “père” de l’expéditeur, ou, du moins, à un homme que celui-ci appelle πατήρ (voir l’adresse au verso : Ἀούστωι τῶι […] παδρί = πατρί)44. Dans la première partie de la lettre, qui occupe les huit premières lignes, il est surtout question d’envois et d’achats de produits alimentaires ; l’expéditeur demande ensuite des nouvelles de personnes proches du destinataire. À partir de la ligne 8, il donne des nouvelles de la famille ; depuis leur dernière rencontre, lui et ses proches ont été atteints par une grave maladie qui n’est pas spécifiée (10-11 : ἡμῖς, l. ἡμεῖς, γὰρμετὰ τὸ σὲ ἐξελ|θ̣[εῖν ……μεθ]α νόσου, l. νόσῳ, μεγάλῃ). Outre l’expéditeur, sont concernés une femme, dont le nom est perdu, ses enfants, ainsi que le petit Mimos, probablement un esclave, qui en est mort. Quant à lui, il n’est pas tiré d’affaire : après cette maladie, il a été affecté par un érysipèle au pied dont il n’est pas encore tout à faire guéri (14-16 : καιαἀγὼ αὐτὸς μετὰ τὴν νόσον γίνω|μαι κατὰ τοῦ ποδός μου ἐρισύπολιν | καὶ μέχρι δεῦρο οὔπω κομσῶς ἔσχον, qu’il faut comprendre κἀγὼ αὐτὸς μετὰ τὴν νόσον γίνο|μαι κατὰ τοῦ ποδός μου ἐρυσίπελας καὶ μέχρι δεῦρο οὔπω κομψῶς ἔσχον). Pour les anciens, l’érysipèle, littéralement une maladie “qui fait rougir la peau”, renvoie, dans son acception la plus commune, à “un groupe de dermatoses, où manifestement dominait ce bourrelet rouge, chaud et douloureux qu’on tient aujourd’hui pour une dermite streptococcique”. Il désigne notamment la gangrène gazeuse, une infection provoquée par une bactérie du genre Clostridium45. Pour pouvoir payer les honoraires du médecin, dont on apprend qu’il s’appelle Emoitos, l’expéditeur de la lettre a dû contracter un emprunt de 20 drachmes (17-19 : ἀλλλὰ (sic) ἐχόμενα Ἐμ̣ο̣ι̣του ἰατροῦ ⟦συνλε⟧ | ἐκπλέξας πρὸς αὐτὸν ἐπὶ δραχμὰς | {(δραχμὰς)} κ)46 ; en raison de sa dette, il prie le destinataire de lui envoyer de quoi subsister, notamment l’orge qu’il aura récoltée. La suite de la lettre est perdue.

Le PSI IV 299 est une lettre provenant d’Oxyrhynque et datée de la fin du IIIe siècle47. Elle est écrite par une main fluide et exercée. Le scripteur, Titianos, homme cultivé, appartenant à la sphère élevée de la société, et vraisemblablement à un milieu chrétien, décrit ses problèmes de santé à sa “sœur”, à savoir son épouse. Dans cette lettre, où la très intéressante phraséologie employée pour décrire ses problèmes de santé confirme la bonne éducation du scripteur, on apprend qu’il est tombé gravement malade (3-4 : ὅτι̣ κ̣ατεσχέθην | νόσῳ ἐπὶ πολὺ), au point de ne plus pouvoir se mouvoir (4 : ὡς μὴ δύνασθαι μηδὲ σαλεύεσθαι), et qu’à peine sa maladie apaisée (κουφίζειν), un autre mal, cette fois oculaire, l’a affecté : le trachome (5-6 : ὡς δʼ ἐκουφίσθη μοι ἡ νόσος, ἐπ̣έθετό μοι ὁ ὀ|φθαλμὸς καὶ τραχώματα ἔσχον)48. Si l’on suit la proposition d’I. Andorlini, de lire ἐπ̣έθετό au lieu de ἐπ̣ύ̣θετό, de πύθω, “suppurer”, on observe dans la phraséologie une opposition entre les verbes κουφίζειν, marquant le soulagement, et ἐπιτίθηναι dont la valeur est agressive49. Titianos a terriblement souffert, des yeux, mais aussi d’autres parties du corps, si bien qu’il a failli être opéré (6-9 : δεινὰ | πέπονθα ἔτι τε καὶ ἕτερα μ[έρ]η τοῦ σώματος | ὡς καὶ ἐπὶ τομὴν ἥκειν μ[ε] ὀλίγου, ἀλλὰ θεῷ χά|ρις). Il n’est pas le seul à souffrir : en réalité, toute la maisonnée est malade, ce qui pourrait suggérer que c’est la famille au complet qui était atteinte du trachome.

Le dernier témoignage invoqué par Casanova est le P.Lond. III 982 (p. 242) = SB XXIV 16282, remontant à la fin du IV e siècle (mais nécessairement postérieur à 375) et provenant du nome lycopolite50. C’est une lettre d’Apollon, une nouvelle recrue (νεολέκτης), à son patronus. Dans celle-ci, intéressante pour son apport à la connaissance du recrutement dans l’Empire romain tardif, l’expéditeur, qui a reçu, avec un collègue, au moment de son recrutement, un solidus, qu’ils ont partagé, évoque le fait qu’il a dépensé sa part, soit un demi-solidus (un ὁλοκόττινος), chez le médecin, afin de pouvoir se soigner, car il est malade. Aux lignes précédentes, l’expéditeur écrit que “depuis le jour où nous sommes sortis de l’examen des recrues par Annianos jusqu’à maintenant, nous avons été ravagés τῇ λιμῷ”51. R. Rémondon a proposé de comprendre λιμῷ comme une forme erronée de λοιμῷ “pestilence” (avec iotacisme), et, dès lors, de considérer ce papyrus comme le témoignage d’une maladie pestilentielle52. Il paraît toutefois préférable de conserver le substantif λιμῷ tel quel, à savoir comme le datif de λιμός “faim, famine”, et d’éliminer ce témoignage de la liste des occurrences papyrologiques de λοιμός “pestilence”53.

Parmi les nouveaux témoignages mis en relation avec des maladies pestilentielles, le document le plus ancien, qui remonte à la fin du Ier siècle, est une lettre écrite sur ostracon (O.KaLa. inv. 652) par une main ferme et régulière. Découverte en 2003 lors des fouilles de Domitianè ou Kainè Latomia (actuelle Umm Balad), dans le Désert Oriental, elle a été publiée en 2019 par A. Bülow-Jacobsen et H. Cuvigny54. Apollonios, l’expéditeur, qui est sans doute aussi le scripteur, appartient vraisemblablement au niveau supérieur de la hiérarchie locale. Il répond à une lettre de Leon, où il est question d’une femme surnommée “la cueilleuse de joncs” (8 : θρυοτιλτής)55, qui a enflé et qui présente des meurtrissures (8 sq. : πεπίαστε ἡ θρυοτιλτὴς | μετ’ ἀμυχον, c’est-à-dire πεπίασται ἡ θρυοτιλτὴς μετ’ ἀμυχῶν). Au moment où il rédige sa lettre, l’expéditeur apprend qu’Apollon l’a frappée (9 sq. : ἄρτι ἀκούω ὅτι | ὁ Ἀπόλλων αὐτὴ<ν> πεπάταχεν, avec une référence surprenante au récit de pestilence du chant I de l’Iliade) et qu’elle a enflé dans le “Theresion” où elle attend de mourir (10 sq. : ἐκπεφύσηται ἐν τῷ Θερη|σίῳ μέλλουσα ἀποσκλῆναι). Elle n’en a plus guère pour longtemps à vivre. La disparition de cette malade sur le point de mourir permettra à Apollonios d’obtenir une autre femme qu’il désire.

La référence à Apollon a conduit les éditeurs à supposer que la malade était touchée par une pestilence. Quant au Theresion, mot qu’il faut sans doute comprendre Therèsieion, où elle se trouve, il pourrait correspondre au nom d’un sanctuaire56. Comme parallèle le plus proche, les éditeurs invoquent le sanctuaire Tharèsieion (Θαρησιεῖον), connu seulement par le P.Oslo inv. 1669 = SB XVI 12551. Dans cette lettre de la seconde moitié du IIIe s. a.C., il est aussi question d’une femme qui entre dans un Tharèsieion pour une raison inconnue57. J. Quaegebeur suggère d’identifier ce sanctuaire à l’Herèsieon (Ἑρησιεῖον), à savoir un temple consacré à Horus58. Il ne semble pas exclu que, plutôt que d’être chassée dans le désert, la malheureuse cueilleuse de joncs de notre ostracon ait trouvé asile dans un sanctuaire d’Horus. On sait que ce dieu était identifié par les Grecs à Apollon, et que, comme ce dernier, il avait un pouvoir guérisseur, en particulier contre des maladies telles que la lèpre59. Notre texte ne dit pas si la malade est la seule victime, ou s’il y en a d’autres ; tel qu’il se présente, il ne permet pas d’établir de diagnostic rétrospectif sûr. L’hypothèse d’une pestilence, si elle n’est pas à exclure, n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Les gonflements et les meurtrissures, de même que l’isolement, pourraient évoquer aussi la lèpre60.

Le P.Oxy. LV 3816 est une lettre privée grecque chrétienne d’Oxyrhynque datée de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle. Ptoléminos, l’un des deux expéditeurs61, informe le destinataire, Sinthonis, qu’un certain Achilleus est gravement malade (5-6 : πάνοι νο|σῖ, l. πάνυ νοσεῖ) ; il précise aussi qu’il a subi des réductions à de nombreuses reprises aux pieds (6-7 : ἐχιρίσθη, l. ἐχειρίσθη, ποσάκις εἰς τοὺς πό|δας, le mot πούς pouvant non seulement désigner le pied, mais aussi la jambe et le pied). Ces interventions n’ont cependant pas eu l’effet escompté, puisque le malheureux est non seulement toujours malade, mais encore plus malade qu’auparavant, si bien que Ptoléminos n’a pas pu lui parler (7-9 : καὶ τὰ ἕως ἄρτι νοσῖ, l. νοσεῖ, καὶ σχεδό̣ν̣ τι | προσέτι, καὶ διὰ τοῦτο οὐκ’ [sic] ἐδυνή|θην λαλῆσαι αὐτῷ). Ce dernier précise ensuite que lui-même est tombé gravement malade, au point de craindre pour sa vie (9-10 : Κ̣ἀ̣γ̣ὼ ἠσθέ̣ν̣η̣|σα πάνοι, l. πάνυ, καὶ εἰς θάνατον), mais que, grâce à Dieu, il s’est rétabli (10-12 : Ἀλ̣λ̣ὰ̣ | καὶ εὐχαριστῶ τῷ θεῷ καλῶς | ἔσχηκα).

Selon J. R. Rea, l’éditeur du papyrus, le fait que Ptoléminos ait été malade et en danger de mort, et qu’Achilleus soit malade depuis longtemps, qu’il ait été soigné de nombreuses fois sans succès, que son état ait même empiré, et aussi, surtout, qu’il soit atteint aux jambes, pourrait être le reflet d’une maladie de type infectieux qui sévissait localement au début du IV e siècle. L’éditeur fait en particulier référence à un épisode pestilentiel rapporté par Eusèbe62. Quoique ce scénario n’ait rien d’invraisemblable, la présence de deux individus malades, même dans un état grave (l’expéditeur a néanmoins guéri), dans une lettre, ne nous paraît pas être une raison suffisante pour en inférer une maladie pestilentielle. En outre, le seul sens médical attesté à ce jour du verbe χειρίζειν est, à notre connaissance, celui de “réduire” ou “opérer” : de ce fait, l’affection d’Achilleus fait plutôt penser à des fractures ou à des luxations.

Retrouvé à Oxyrhynque, et daté sans doute du IIIe ou du IV e siècle, sans qu’on puisse être plus précis, le P.Oxy. LV 3817 est un fragment de papyrus contenant les restes d’une lettre privée écrite sur deux colonnes. Dans la seconde colonne, il est fait référence à des personnes qui “meurent de la maladie” (11-12 : ἀπέθανον τῷ καταστέμ|ματι, lire καταστήματι). Le mot technique κατάστημα rappelle l’expression τῷ λοιμικῷ καταστήματι utilisée pour désigner une maladie pestilentielle dans le P.Thmouis I, col. 104, 16, à ceci près que, dans notre lettre, le mot apparaît seul. “Si quelqu’un parmi nous dans le village tombe malade”, poursuit l’expéditeur de notre lettre, “ils ne se relèvent pas”, à savoir de leurs lits de malades (12-15 : ἐὰν γάρ τις νοσήσῃ | τῶν παρʼ ἡμῖν ὄντων | ἐν τῇ κώμῃ, οὐκ ἐγίρον|ται, l. ἐγείρονται). Il semble faire référence à une maladie répandue et contagieuse. L’impossibilité de dater plus précisément le papyrus empêche l’éditeur, J. R. Rea, de relier ce document à un épisode historique pestilentiel connu (si tant est qu’on ait affaire à une telle maladie, ajoutons-nous), mais il exclut en tout cas que ce soit la peste galénique. En revanche, V. Nutton associe sans hésiter notre lettre aux témoignages littéraires relatifs à la peste de Cyprien, sans toutefois en expliciter les raisons63.

On a également rapproché le P.Ross.Georg. III 2 (provenance inconnue) de la peste connue sous le nom de l’évêque de Carthage64. Dans cette lettre de condoléances remarquable non seulement par son écriture élégante, semblable à celle des textes littéraires copiés en “style sévère”, mais aussi par sa mise en page, son lexique et son style, Sérénos, un médecin qui vit dans un village non identifié, avec son “frère” Marcos, lui aussi médecin, écrit à sa mère Antonia pour la consoler du décès d’un membre de sa famille, sans doute son mari65. Puisque ni lui, ni Marcos, n’ont été en mesure de la consoler là où elle se trouve, il l’encourage à venir les rejoindre, elle et sa fille, dans leur village. La lettre est à mettre en rapport avec une autre missive, le P.Ross.Georg. III 1, sans doute antérieure, puisqu’elle est adressée, non seulement à Antonia, mais aussi à son père Sarapion Cassianus. Marcos, qui se trouve cette fois à Alexandrie, à une époque où il y avait, semble-t-il, des affrontements dans la mégapole, expose les raisons pour lesquelles il ne peut rentrer à la maison. Il annonce à ses parents qu’il fait le proscynème dont il était chargé auprès des sunnaioi theoi, car il lui a été impossible de remonter le fleuve en raison de combats. Les exégètes modernes ont cherché à identifier l’épisode historique auquel fait référence Marcos, en vue de préciser la datation des deux lettres66. Ils ont aussi tenté, de façon très hypothétique, de mettre le P.Ross.Georg. III 2 en rapport avec l’une des épidémies qui touchèrent l’Égypte au IIIe siècle67. Par une lettre de Denys d’Alexandrie transmise par Eusèbe, on sait que la mégapole avait connu des affrontements dans la seconde moitié du siècle, jusqu’à ce que Gallien reprenne le contrôle68 ; or, cette lettre fait référence à une pestilence qui a fait suite aux troubles politiques69. D’après J. Chapa, le décès du mari d’Antonia, qui était aussi médecin, pourrait être une conséquence de l’épidémie. À son avis, les mots καὶ γὰρ καὶ ἡμεῖς τοῦτο διώκομεν, “et nous-mêmes nous suivons le même chemin”, dans la lettre de condoléances, plutôt que d’être de simples mots de consolation, pourraient dès lors selon lui “faire référence au danger d’être infecté par la même maladie”70.

Il faut peut-être inclure aussi le PSI III 211 (Oxyrhynque, V e siècle) à la liste des témoignages épistolaires d’épidémies71. Dans ce fragment de lettre adressée à son “père” Phanias, l’expéditeur, dont le nom est perdu, écrit qu’“il y a des maux pires… Ils sont atteints de la maladie (1-2 : μ[εί]ζω κακά ἐστι | (…) νοσοῦσιν τῷ πάθι, l. πάθει). C’est ainsi que Sarmathès, celui de l’école, est tombé malade et il est mort en sept jours de cette maladie” (3-5 : ὥστε τὸν Σ̣αρμάτην τὸν τῆς | σχολῆς νοσήσαντα· ἑπτὰ ἡ|μερῶν ἀπέθανεν τῷ πάθ̣ι̣, l. πάθει). Nous choisissons de conserver le texte du papyrus tel quel, plutôt que, comme T. Lodi, l’éditrice du papyrus, suivie par I. Andorlini, de corriger σχολῆς en χολῆς (ce qui impose de sous-entendre la préposition ὑπό), et d’y voir dès lors une attestation de maladie bilieuse72. On ne peut malheureusement rien dire de plus sur la maladie qui a été fatale à Sarmathès et qui a apparemment touché aussi d’autres personnes.

Les deux derniers témoignages épistolaires, qui proviennent du nome arsinoïte ou héracléopolite, sont contemporains de la conquête arabe, puisqu’ils remontent au milieu du VIIe siècle. Le CPR XXV 34 est adressé à l’illustris Sergios73. La lettre rapporte d’abord des problèmes dans un domaine agricole, puis, à la fin de la ligne 5, elle prend une tournure dramatique. Quoique le passage soit fragmentaire, il semble que le scripteur prie Dieu d’aider les villageois à survivre, précisant qu’il y a une “grande peur” (6 : μέγα φόβος, l. μέγας φόβος) sur le domaine en raison d’une menace de famine et de mort (6 : διὰ τοῦ θανάτου). S’il est réellement question d’une maladie pestilentielle dans ce passage, on ne peut toutefois l’identifier à l’une des nombreuses épidémies qui ont touché la Méditerranée orientale, y compris l’Égypte, au VIIe siècle74.

Enfin, le CPR XXV 29 contient une lettre privée appartenant aux archives de Sénouthios anystès (ἀνυστής), un titre byzantin désignant le percepteur d’impôts. L’expéditeur, dont le nom est perdu, informe son frère Phoibammon de diverses affaires agricoles, dont la mort inopinée de plusieurs ânes. En effet, le lendemain du décès, “sans signe de faiblesse” (1 : χωρὶς ἀσθεν<ε>ίας), de l’âne noir (1 : τὸ γαϊδάριν τὸ μαῦρον)75 d’Isa(a)c, c’est l’âne blanc (1 : τὸ λ̣ευκὸν) d’Anastasios qui succombe ; voilà maintenant que l’âne provenant de Mouchos, un village du nome arsinoïte ou héracléopolite, trépasse (ou tombe malade ?), en même temps que deux autres bêtes (l. 1-3). Selon l’éditeur (p. 168), il est possible que Phoibammon soit déjà au courant, par une lettre précédente, du décès des deux premiers animaux, – peut-être est-ce notre expéditeur qui l’en avait informé – ; cette deuxième lettre aurait alors pour fonction de l’informer des nouveaux cas de décès, et, éventuellement, de lui demander secours. Cette série de décès inexpliqués, sans que les ânes présentent de signes avant-coureurs de maladies, a conduit l’éditeur à exclure qu’un acte criminel ou un accident, qui laisseraient des signes visibles, en soient la cause (mais pourquoi ne pas penser à un empoisonnement ?). Selon lui, il pourrait s’agir d’une “épidémie asinienne” (“Eselseuche”) qui sévirait dans la région, de manière probablement limitée, puisqu’à ce jour aucun autre document n’en fait mention ; elle ne peut en tout cas être identifiée à aucune des épizooties connues pour l’Égypte. L’imprécision du texte interdit tout diagnostic rétrospectif.

D’autres papyrus appartenant à des genres documentaires distincts de ceux examinés jusqu’à présent ont aussi été exploités dans les travaux sur les épidémies. Hormis deux documents papyrologiques où le mot λοιμός serait employé au sens figuré76, on signalera ici une pétition et un extrait de compte rendu d’audience77. Composée de deux fragments, la pétition de Stotoètis fils de Stotoètis, prêtre au village de Socnopéonèse (BGU XIII 2242)78, fait suite au cambriolage (?) de sa maison, qu’il avait quittée quelques jours après la mort de ses deux filles et de leurs maris respectifs, de sa femme ainsi que de nombreux autres (7 : ἄλλων πλείστων). La cause de ces décès n’est pas spécifiée, mais la mention de décès survenus au moins “jusqu’à cette heure” (4 : [πρὸς τ]ὸν παρόντα καιρὸν τελευτησάντων) laisse supposer qu’on n’a pas affaire à un évènement isolé, et que d’autres décès pourraient encore se produire. C’est pourquoi les éditeurs du document, d’abord H. Maehler, puis W. Brashear, et, à leur suite, G. Casanova, ont expliqué cette série de décès en formulant l’hypothèse d’une épidémie mortelle79. Comme pour maints autres documents examinés ici, sa datation est problématique. Initialement située au début du IIe siècle, sa rédaction paraît en réalité se situer dans la seconde moitié de celui-ci80.

Enfin, provenant d’Oxyrhynque, le P.Mert. I 26 contient la copie d’un extrait de compte rendu d’audience d’un exègétès daté du 8 février 274. Un homme et son épouse sont morts d’une “maladie qui entraîne des frissons” (8 : ἀπό τινος φρεικώδους, l. φρικώδους, νόσου τετελευτηκότων), laissant leur fils Aurélios Pekusis orphelin. Dès lors, la tante, Aurélia Didymè (à qui appartenait peut-être la copie qui nous est parvenue) lui cherche un tuteur. Cette “maladie qui entraîne des frissons” pourrait-elle correspondre à une maladie de type pestilentiel ? C’est ce que semble penser D. Bonneau, qui fait le lien avec la crue du Nil de l’année précédente, laquelle paraît avoir été mauvaise81. Eu égard à sa datation, le document pourrait être un témoignage supplémentaire des conséquences de la peste de Cyprien. Il n’est cependant pas à exclure que la mention de “maladie qui entraîne des frissons” ne soit qu’un appel à la pitié.


Dans un article maintes fois cité, G. Casanova attirait l’attention sur la difficulté d’aboutir à des conclusions générales sur les pestilences qui frappèrent le Pays du Nil aux époques romaine et byzantine à partir de l’analyse des papyrus. Le papyrologue italien concluait néanmoins que presque tous les siècles avaient été touchés par des pestilences82. Or, si l’on excepte les registres comme le P.Thmouis 1, et les attestations de maladies contagieuses telles que le trachome (mais faut-il les considérer comme des “épidémies” ?), force est de constater qu’il n’y a pas une seule lettre ou certificat de décès qui mentionne avec certitude un épisode pestilentiel. En outre, il est presque sûr que des lettres telles que les P.Lond. III 982 et le P.Oxy. LV 3816, doivent être écartées de ce dossier.

Bien qu’il soit certain que des crises épidémiques ont touché l’Égypte romaine et byzantine, et que plusieurs pièces de notre dossier ont été écrites lors de telles crises, le caractère elliptique et vague de la documentation ne permet jamais d’établir un diagnostic rétrospectif sûr. La diversité de provenance des textes, déjà relevée par Casanova, qui est aussi numériquement très faible, et leur caractère trop isolé pour pouvoir être rattachés à un épisode historique précis, sont particulièrement problématiques. De multiples facteurs peuvent entrer en ligne de compte, et il faut se méfier des causes “uniques”. Pour pouvoir être significative, il faudrait que cette documentation soit, d’une part, plus abondante, et, d’autre part, considérée comme la tesselle d’une mosaïque qui inclut aussi les données des sources littéraires, épigraphiques et archéologiques. Même si elle était plus abondante, la documentation papyrologique serait tout de même difficilement exploitable, en raison du type de textes dont on dispose, à savoir, surtout, des documents fiscaux ou des lettres privées, et non des rapports sanitaires.

On évitera aussi l’écueil, auquel n’ont pas toujours échappé les éditeurs, de vouloir rattacher coûte que coûte une pièce, en particulier une lettre, à un épisode pestilentiel, plutôt qu’à un autre. La présence des épidémies était constante dans le monde romain et à l’époque byzantine, avec des variations locales83 ; il va sans dire que c’était aussi le cas en Égypte, qui était considérée comme un foyer de maladies contagieuses, et l’une des routes par lesquelles elles entraient en Méditerranée84. De telles maladies devaient du reste être familières à une population parfois affaiblie par une alimentation qui n’était pas toujours variée et qui pouvait parfois même s’avérer toxique85.

Toutefois, le problème le plus délicat, à notre avis, est celui d’appliquer aux textes antiques des notions actuelles dont la définition même, chez les modernes, est imprécise. En effet, l’expression “maladies épidémiques” renvoie à une foule de pathologies, qui, du reste, ne sont pas toutes nécessairement infectieuses : dès lors, comment vouloir retrouver, dans des textes rédigés par des anciens, et, de surcroît, des non-professionnels de la santé, dont la représentation de la santé est différente de la nôtre, des maladies que nous-mêmes avons déjà du mal à définir ? Pour établir qu’une lettre ou un certificat de décès fait allusion à une crise épidémique, les éditeurs se sont dès lors fondés, soit sur des mots génériques tels que λοιμός, “pestilence” (qui n’est toutefois attesté au sens propre que dans un seul texte), κατάστημα, “condition, état” (deux occurrences), voire νόσος, “maladie”, – mais aucun d’eux ne désigne une maladie spécifique –, soit sur des preuves indirectes, comme le caractère impressionnant de la maladie ou d’une mortalité86, la mention, toujours rare et imprécise, de symptômes87, le contexte (y compris la localisation) de la crise épidémique88, ou encore l’allusion à un épisode mythologique89. Mais le critère le plus souvent employé pour identifier des attestations de ces maladies est celui de la datation, qui se fonde essentiellement sur l’analyse paléographique. Toutefois, en l’absence de date précise, en particulier dans les lettres, il s’avère extrêmement fragile. Bien pis, nombre d’éditeurs, même parmi les meilleurs, cherchent à dater un papyrus à partir de l’allusion à une épidémie qu’ils ont conjecturée !

Dans deux cas, informé par ouï-dire (ἀκούειν) d’une maladie, l’expéditeur s’enquiert de la santé du destinataire ou d’une tierce personne90. Le traitement, chirurgical, est parfois évoqué, voire effectué91. Un seul texte fait état d’une mesure d’isolement : c’est l’ostracon de la “cueilleuse de joncs”, qui, mourante, se retrouve, semble-t-il, confinée dans un sanctuaire92. Si elle est souvent fatale, l’issue est néanmoins, dans deux cas, heureuse pour le malade93. Deux lettres font aussi référence aux honoraires du médecin, dont le paiement pouvait contraindre le malade à contracter des dettes94.

En 2009, à propos de la peste galénique, A.E. Hanson observait que, sur près de 60 000 papyrus édités, dont 6 % pour lesquels on dispose de suffisamment d’informations pour permettre de les dater des années 165 à 200, un seul, le P.Thmouis I, col. 104.10-18, faisait référence avec certitude à une conséquence de la peste galénique95. Pour la tranche 540/580, qui concerne un peu plus d’1 % de la documentation papyrologique, dont plus de 600 papyrus des archives du notaire et poète Dioscore d’Aphrodité, on ne trouve pas une seule attestation assurée de maladie (pandémique ou épidémique), ce qui, comme le souligne la papyrologue américaine, contraste avec les récits de Jean d’Éphèse à propos de la peste dite “de Justinien”96. L’observation d’A. E. Hanson n’a pas échappé à C. Bruun, qui s’est demandé si elle correspondait à une indication de la faible sévérité de la maladie, ou bien à une preuve de l’inutilité de chercher des traces d’une épidémie, même sévère, dans la documentation papyrologique97. En réalité, plutôt que d’inutilité, on parlera d’improductivité : comme nous espérons l’avoir montré ici, par la mise en série des témoignages papyrologiques supposés ou avérés à propos des épidémies, dans l’état actuel de la documentation, il s’avère improductif de chercher des preuves des manifestations ou de l’impact de maladies pestilentielles dans les papyrus, en particulier dans les lettres. Qu’il s’agisse de la peste galénique ou d’autres épisodes épidémiques, la gravité de la maladie, est, à ce jour, difficilement démontrable par ce biais. Les seules données dont la fiabilité soit assurée sont celles de l’archéologie, en particulier les restes humains ; l’idéal serait de pouvoir disposer, pour un même contexte, de papyrus et de squelettes. Encore faut-il être conscient qu’en paléopathologie98, il est actuellement plus difficile de détecter des traces de virus que celles de bactéries.

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Notes

* Sauf indication contraire, toutes les dates mentionnées ici s’entendent “après J.-C.”. Les abréviations employées dans cette contribution pour désigner les éditions papyrologiques sont celles de la Checklist of Greek, Latin, Demotic and Coptic Papyri, Ostraca and Tablets (http://papyri.info/docs/checklist). Par ailleurs, on parlera de “pestilence” ou “maladie pestilentielle” de façon générale, plutôt que de “peste”, pour éviter la confusion avec la vraie peste, à savoir l’anthropozoonose causée par le bacille Yersinia pestis : Grmek 1983, 33. Sur les problèmes posés par les notions d’infection, contagion et germe dans l’antiquité, voir Gourevitch 1984 ; Grmek 1984 ; Id. 1991, 201-203 ; Nutton 1983, 1998 et 2000. Nous adressons nos plus vifs remerciements à M.-H. Marganne et N. Carlig pour leur relecture et leurs observations.

  1. Sur la peste galénique, qui a sévi sous le règne de Marc Aurèle, voir Gourevitch 2013, qui fournit sur le sujet une bibliographie abondante (137-165). Plus récemment, Ead. & Charlier 2015 ; Ead. 2018 ; Rossignol 2020, en particulier le chapitre 17 (“Basculement”, 267-287).
  2. Voir les travaux de Boak 1955b et 1959 ; et aussi Id. 1955a.
  3. Duncan-Jones 1996 ; Bagnall 2000 ; Scheidel 2002 ; Bagnall 2002 ; Greenberg 2003 ; Bagnall 2013. En dehors du Journal of Roman Archaeology, et parmi les travaux qui exploitent la documentation papyrologique, voir Duncan-Jones 1990, 71-75 ; van Minnen 2001 ; Marcone 2002, 810-813 et 816 ; Schubert 2007, 145-157 ; Bruun 2007, 204-206 ; Hanson 2009, 633 sq. ; Andorlini 2012a. Pour les travaux récents de K. Harper sur la peste de Cyprien publiés dans le Journal of Roman Archaeology, voir infra, n. 28.
  4. C’est le cas du P.Oxy. LXVI 4527, un fragment d’un registre de taxes retrouvé à Oxyrhynque, mais provenant du nome arsinoïte, postérieur au 28 août 185. Selon l’interprétation du montant d’artabes de blé attesté dans une des entrées (à la l. 7), ce document pourrait, soit refléter indirectement les effets dévastateurs de la peste galénique sur la population du nome arsinoïte, et, par conséquent, sur le fonctionnement de son économie agricole (van Minnen 2001), soit, au contraire, les relativiser (Bagnall 2000). Sur ce papyrus, voir également BL XII, 155 (comm. et corr. à I, 8, 15, 16 et II, 2) ; Scheidel 2002, 110-113 (= BL XII, 155) ; Schubert 2007, 149-151.
  5. Schubert 2007, 151 sq.
  6. Gilliam 1961 ; Salmon 1974, 133-139 ; Schubert 2007, 145-157.
  7. Aux références citées à la n. 4, ajouter Littman & Littman 1973.
  8. Bagnall & Frier 1994, 174 ; Bagnall 2013 ; Bruun 2012, mais voir aussi Id. 2007.
  9. Signalons en particulier le volume de Harper 2017, dont une version française, avec une préface de B. Rossignol, est parue sous le titre Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et lachute de Rome (= Harper 2019a). Voir aussi Rossignol 2012 ; Harper 2015a ; Id. 2016a et 2019b.
  10. Casanova 1984a (et aussi, en version abrégée, 1984b) et 1988. Dans ses enquêtes, Casanova 1984a, 165 sq. et 1984b, 950 inclut aussi des papyrus magiques grecs, dont le P.Med. inv. 71.58 et le PGM I 4 (“…papiri magici, che testimonianoil legame della peste con la magia e il divino”).
  11. Pour Théadelphie, Sharp 1999, 185-189, mais voir Schubert 2007, 148 sq. ; pour Socnopéonèse, Id. 2007, 155.
  12. Sur le P.Thmouis 1 comme témoin d’une épidémie, voir l’éd. de S. Kambitsis (1985), 29 ; Casanova 1988, 93 sq. Comm. et corrections : BL X, 278 ; XI, 285 ; XII, 283.
  13. On peut rapprocher le mot technique κατάστημα, “condition (physique ou mentale), état”, du substantif κατάστασις, qui, dans son extension large, signifie la “constitution à la fois climatique et nosologique annuelle”. Ce mot est employé en particulier dans les Épidémies hippocratiques : voir l’Index Hipp., 431 s. v. κατάστασις. Comparer aussi Polybe, I, 19.1 (λοιμικὴ κατάστασις).
  14. Sur ce registre, voir Hobson 1984 ; Casanova 1984a, 173 ; Id. 1984b, 956 ; Messeri Savorelli 1989, 7-14 (= BLIX, 293), et, pour les conséquences de la peste galénique, en particulier p. 9. Comm. et corr. dans BL XIII, 214 ; BOEP 1.2 (juillet 2012), 3.
  15. Schubert 2007, 155.
  16. Bruun 2007, 205 sq., qui se fonde sur les travaux de Habermann 1997 ; Harper 2016b.
  17. Sur ce genre documentaire, voir Casarico 1985.
  18. Sur ce papyrus en relation avec une pestilence, voir Casanova 1984a, 172 et 179 ; Id. 1984b, 951 et 955. Réédition de ce certificat, avec traduction et commentaires, dans Casarico 1985, 91-93 (no 26 = BL VIII, 247). Comm. et corr. dans BL III, 138 ; IV, 62 ; VI, 102. Pour sa datation, voir Mertens 1958, 69 n. 85 (= BL IV, 62).
  19. Histoire auguste, XXI, 5. Les tremblements de terre à Cyzique, Nicée et Nicomédie sont datés de 123.
  20. Casanova 1984a, 179 ; Id. 1984b, 955.
  21. Cette hypothèse est déjà proposée par Casanova 1984a, 172 et 195.
  22. Casanova 1984b, 951. Réédition de ce certificat, avec traduction et commentaires, dans Casarico 1985, 158-160 (no 55 = BL VIII, 18). Comm. et corr. dans BL I, 16 ; II.2, 14.
  23. Casanova 1984a, 176 ; Id. 1984b, 954.
  24. L’un des deux défunts est mineur, tandis que l’autre était soumis à la laographie (à savoir le recensement par tête en vue de l’établissement de l’impôt de capitation, mais le mot désigne aussi l’impôt lui-même).
  25. Les deux décès sont considérés comme contemporains, ou, du moins, rapprochés dans le temps, par Casanova 1988, 94 sq. (= BL IX, 212). Comm. et corr. dans BL IX, 212 et X, 162.
  26. Le tomos sunkollèsimos correspond à une méthode d’archivage des documents fréquemment employée dans l’administration romaine. Elle consiste à assembler un rouleau composite à partir de plusieurs documents (reçus par exemple, par un même fonctionnaire, pendant un laps de temps déterminé) identifiés par un numéro noté dans la marge supérieure et collés ensemble par ordre croissant des numéros.
  27. Sur la peste de Cyprien, on renverra aux travaux récents de Harper 2015b ; 2016c ; 2019a, 227-240 (avec bibliographie antérieure).
  28. Casarico 1985, 19.
  29. Le mot qui précède νόσου, non identifié par D. Montserrat, l’éditeur, qui lisait σ̣υ̣ ̣ ̣ ̣, n’est autre que l’article féminin τῆς. En revanche, celui qui suit νόσου est problématique. On s’attendrait à un participe ; l’éditeur déchiffre συσ̣ ̣εσις (pour συσχεθείς ?), mais il n’exclut pas d’autres lectures (συστασις pour συστάσεις, ou συνθεσις pour συνθέσεις ?). Nous lisons plutôt συστασεις (τ est corrigé sur θ), ce qui ne résout cependant pas le problème : aurait-on affaire à une forme fautive du participe aoriste συσταθείς, du verbe συνίστημι ? Mais, alors, quel sens donner à ce verbe ? La construction syntaxique serait curieuse.
  30. Voir l’éd., note à l. 10-11 (renvoi à l’intr. du P.Oxy. LV 3816) ; Eusèbe, Histoire ecclésiastique, IX, VIII.
  31. Stathakopoulos 2004, 181 sq. ; cf. aussi p. 92.
  32. Casanova 1984a.
  33. Voir P.Mich. VIII. Cette datation avait été adoptée par Casanova 1984, 173 ; Id. 1984b, 951.
  34. Réédition, avec traduction et commentaires, dans Strassi 2008, 65-68 (no 17). Comm. et corr. aussi dans BLXII, 123 ; Bagnall & Cribiore 2006, 268 (= BL XIII, 138). Sur la datation de la lettre et son appartenance à ces archives, voir Strassi 2004 (= BL XIII, 138).
  35. Casanova 1984a, 173 ; Id. 1984b, 951. Comm. et corr. dans BL II.2, 166 ; III, 238 ; C. Kreuzsaler, dans Ead., Palme & Zdiarsky 2010, 135 sq. (no 18).
  36. Casanova 1984a, 179 et Id. 1984b, 951 et 955 (avec références dans la littérature antique).
  37. Casanova 1988, 96 sq. = BL IX, 17 et 351 sq. Puisque le BGU I 79 provient du nome arsinoïte, peut-être de Socnopéonèse, on peut en déduire que le SPP XXII 33 (dont la provenance était considérée comme inconnue) a aussi été retrouvé dans ce village.
  38. Voir supra, p. 6.
  39. Le mot θνῆσις est analysé par Strassi 2004, 230.
  40. Réédition, traduction et/ou commentaires dans Sel.Pap. I 149 (= BL II.2, 101) ; Daris, Dc. Es. Rom. Eg., 8 (l. 1-15 = BL V, 79) ; Vandoni 1964, 161 (l. 15-17 = BL V, 79) ; Tibiletti 1979, 137 sq. (no 3) ; Casanova 1984a, 165 ; 1984b, 950 ; Migliardi Zingale 1992, 162 sq. no 93 (= BL XI, 151) ; Campbell 1994, 35 sq. (no 48) ; C. Fischer dansSchubert, éd., 2000, 98-101 (no 21) = BL XII, 141, mais voir les remarques du regretté J. A. Straus, dans son compte rendu de ce volume, dans CE, 78 (2003), 345.
  41. Traduction française, légèrement modifiée, de C. Fischer, dans Schubert, éd., 2000, 100.
  42. Bonneau 1971, 257. Voir également Casanova 1984a, 169 sq. et 175 ; Id. 1984b, 950.
  43. Tibiletti 1979, 138, n. à l. 20.
  44. Casanova 1984a, 169 ; Id. 1984b, 951. Comm. et corr. dans BL III, 232 ; V, 129 ; Andorlini 2012b, 40-43.
  45. Grmek 1983, 193 sq.
  46. L’indication est intéressante, mais difficile à utiliser, dans la mesure où les témoignages sur la rémunération des professionnels de la santé sont rares, et les sommes spécifiées, souvent isolées de tout contexte. Sur la rémunération du médecin privé dans la documentation papyrologique grecque, voir Hirt Raj 2006, 79-89 (p. 79 pour le P.Strasb. I 73).
  47. Cette lettre a été éditée, traduite et commentée à de nombreuses reprises. Voir Ghedini 1923, 84-91, no 6 (= BL II.2, 138) ; Wessely 1924, 383-385 ; Paparcone 1925, 146-149 (= BL VIII, 396) ; Leclercq 1928, col. 2783 sq. ; Winter 1933, 146 sq. ; Döllstädt 1934, 27-47 no III (= BL VI, 173) ; Sel. Pap. I 158 (= BL II.2, 138 ; VIII, 396) ; Pap.Primer (19523 et 19654), 158 sq. no 82 (= BL III, 222) ; Naldini 19681 (= BL VI, 173), 19982, 89-92 no 8 et 429 sq. ; Casanova 1984a, 169 ; Id. 1984b, 951 ; Andorlini 2005, 6-11 ; Ead. 2012b, 40.
  48. Le trachome désigne une affection contagieuse, caractérisée par la présence de granulations (auxquelles renvoie précisément le pluriel τράχώματα dans notre lettre, qui contient la seule attestation papyrologique connue à ce jour de ce substantif) sur la conjonctive palpébrale, dues à une petite bactérie, Chlamydiatrachomatis. Elle peut se compliquer en lésions de la cornée. C’est une cause fréquente de cécité.
  49. Andorlini 2005, 10 sq.
  50. L’édition, traduite et commentée, la plus récente est celle de Rea 1997 = BL XI, 113 ; le texte est également inclus dans Pap.Choix, p. 22 no 28, et notes p. 33 (= BL VI, 62 sq.). Parmi les travaux sur ce document, signalons Ghedini 1923, 193-196 no 27 (= BL II.2, 84) ; Rémondon 1966 (= BL V, 54 sq.) ; Naldini 19681, 234-236, no 54 (= BL VI, 62 sq.), et 1998445 ; Bingen 1968, 385 sq. ; Casanova 1984a, 166 sq. et 169 sq. ; Id. 1984b, 951 et 955. Sur la datation, voir Zuckerman 1995, 187 n. 15 = BL X, 101 et XII, 242. Comm. et corrections également dans BL I, 292 sq. ; XII, 243.
  51. P.Lond. III 982 (p. 242) = SB XXIV 16282, l. 5-7 : Ἀφʼ οἵας γὰρ ἡμέρας ἀνήλ|[θομε]ν̣ ἀπὸ τῆς δοκιμασίας Ἀννιανοῦ | [μέχρι]ς̣ δεῦρο τῇ λιμῷ διεφθάρημεν.
  52. Rémondon 1966, 170. Il est suivi par Naldini 19681, 236 (mais voir la note suivante), ainsi que par Casanova 1984a, 166 sq. et 180 sq. ; Id. 1984b, 951 et 955 (avec références à des épidémies contemporaines, dans la littérature).
  53. Bingen 1968, 385 ; Rea 1997, 191 (exposé des raisons qui justifient de conserver le texte du papyrus) ; Naldini 19982, 445.
  54. Bülow-Jacobsen & Cuvigny 2019.
  55. Le surnom “cueilleuse de jonc” a, sans doute, selon les éditeurs, une connotation sexuelle, mais ils ne savent pas à quoi elle pourrait correspondre (p. 164). Plante à tige longue et flexible, le jonc pourrait, à notre avis, évoquer le pénis ; on retrouve cette image en français, à partir du XXe siècle.
  56. Bülow-Jacobsen & Cuvigny 2019, 164.
  57. Après une première publication par Traversa 1960 (SB VI 9628), ce papyrus a été réédité par Clarysse & Quaegebeur 1982. Comm. et corr. dans BL IX, 286 sq.
  58. Voir l’appendice, consacrée à ce terme, de J. Quaegebeur, dans Clarysse & Quaegebeur 1982, 77-81.
  59. Sur ce pouvoir d’Apollon, voir Graf 2008, 79-102 (4. “Apollo, God of Healing”).
  60. Clairement attestée dans l’Égypte hellénistique, époque à laquelle elle commence son expansion, la lèpre est répandue à l’époque romaine. C’est une maladie très peu contagieuse. Au IIe siècle, Galien précise qu’elle est endémique à Alexandrie (Méthode thérapeutique à Glaucon, II, 12 = XI, 142 K.). Même si on ne trouve pas de prise en charge des personnes atteintes de cette maladie avant le Bas-Empire, on leur a reconnu un régime juridique particulier dès l’époque romaine. Sur cette maladie en Égypte, voir Gascou 2005 ; plus généralement, Grmek 1983, 244-255 ; Id. 1991, 206.
  61. Le nom de Chairèmon, l’autre expéditeur, a été ajouté à celui de Ptoléminos alors que la lettre était déjà rédigée ; les verbes des lignes 3 et 4 ont été accordés au pluriel, pourcorrespondre à cette addition, mais la suite de la lettre, dont la partie qui nous intéresse, est restée accordée au singulier, et l’adresse, sur l’autre face, ne mentionne pas ce second expéditeur.
  62. Voir supra, p. 5 et n. 31.
  63. Nutton 2016, 365 n. 53.
  64. Le P.Ross.Georg. III 2 est réédité, traduit et commenté par Tibiletti 1979, 133 sq. no 1, ainsi que par Chapa 1998, 105-113, no 7 (avec bibliographie antérieure) = BL XI, 187. Cette lettre, ainsi que celle conservée dans le P.Ross.Georg. III 1 (voir infra), sont traduites et/ou commentées dans C.Pap.Hengstl 161 ; Hirt Raj 2006, 148-156 et 335-338 (appendices I et II). Comm. et corr. aussi dans BL II.2, 113 ; III, 156 ; VI, 121 ; VII, 170 ; XII, 166 sq.
  65. Chapa 1998, 105.
  66. Sur l’épisode historique auquel pourrait faire référence Marcos, et sur la datation de la lettre, voir Chapa 1998, 107 sq. (avec bibliographie antérieure) ; Hirt Raj 2006, 149-153.
  67. Chapa 1998, 107.
  68. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VII, 21.
  69. Ibid., VII, 22 : Μετὰ ταῦτα λοιμικῆς τὸν πόλεμον διαλαβούσης νόσου κτλ., “Après cela, la pestilence ayant remplacé la guerre, etc.”.
  70. Chapa 1998, 107.
  71. Comm. et corr. dans BL I, 393.
  72. PSI III, p. 71 ; Andorlini 2012b, 40 et 42 sq. Dans l’édition princeps, le sigma initial a été placé entre crochets droits doubles, comme pour indiquer qu’il a été radié par le scripteur, ce qui n’est pas le cas.
  73. Selon A. Papathomas, l’éditeur du papyrus, le coupon a été taillé dans un rouleau de 42 cm de hauteur. On observera le contraste entre l’écriture très aisée et le caractère déficient de l’orthographe et de la syntaxe. Sur l’illustris (ἰλλούστριος), voir CPR XXV 15, n. à l. 6.
  74. Dans le catalogue des épidémies et famines de Stathakopoulos 2004, voir en particulier p. 337-365.
  75. Attesté uniquement dans des documents des VII/VIIIe siècles, le terme γαϊδάρι(ο)ν, qui est emprunté à l’arabe ghaydhârum, désigne l’âne employé au service de l’État.
  76. Ces deux documents sont, d’une part, une copie officielle d’un édit de Constantin transmis également par Eusèbe, Vie de Constantin, II, 28 (P.Lond. III 878 descr. [p. 42] = SB VI 9218 ; BL VII, 204 ; répertorié dans van Haelst 1976, 233 sq. no 649 et Aland & Rosenbaum 1995, 201-203 no 23), et, d’autre part, une didaskaliaau duc de Thébaïde et destinée à l’impératrice Théodosia, des archives de Dioscore d’Aphrodité, P.Cair.Masp. III 67283 (avant 547). Tous deux doivent être écartés de notre dossier. Casanova 1984a, 166-168 et 176-177 (Id. 1984b, 950 sq. et 954) voyait dans le SB VI 9218 une référence possible à la pestilence qui se serait manifestée vers les années 311/312 (voir supra, p. 5), et, dans le papyrus des archives de Dioscore, une mention implicite de la peste de Justinien, mais, comme l’observe déjà Rea 1997, 191 (= BL XI, 53), la restitution λοι]μ̣ου (I 8), “being most improbable in its context”, doit sans doute être rejetée. Comm. et corr. du P.Cair.Masp. III 67283 dans BL VIII, 74 ; XII, 47 ; XIII, 56 ; Fournet 2008, 323. Enfin, MacCoull 2005 cherche, à partir de l’analyse de deux comptes de domaines (P.Cair.Masp. II 67138 et 67139) des preuves que “charitable donations to Christian religious establishments and clergy increased in time of plague”.
  77. Par souci d’exhaustivité, on signalera encore que Casanova 1984a, 172 sq. (et aussi 1984b, 951), rapproche des déclarations de décès doubles ou triples le P.Oxy. XII 1535 verso, à savoir la conclusion d’un compte de dépenses provenant d’Oxyrhynque et daté de 249 ou 259, pour deux enterrements (ceux du père du scripteur et d’une femme nommée Isidora) qui, d’après Mertens 1958, 21 et 28, seraient “successifs ou même simultanés”, ce qui “n’aurait rien d’extraordinaire en ces époques où les épidémies étaient fréquentes”. Pour la datation du papyrus, Id. 1958, 28 (= BL IV, 62). Autres comm. et corr. : BL I, 336.
  78. Avant de figurer dans les BGU XIII (éd. W. Brashear, 1976), le papyrus avait fait l’objet d’une première édition par Maehler 1967. Il a aussi été commenté par Casanova 1988, 95 sq.
  79. Maehler 1967, 222 ; Brashear, dans BGU XIII 2242, selon qui le pétitionnaire pourrait même avoir quitté la maison pour échapper à la maladie, ou récupérer du choc causé par ces décès, voire pour les deux raisons à la fois ; Casanova 1988, 95.
  80. Casanova 1988, 96 (= BL IX, 32) paraît plus favorable à une datation basse ; si toutefois la pétition remonte aux débuts du siècle, elle pourrait être un témoignage, selon lui, de la “peste adrianea” (voir également supra, p. 3-4 à propos du P.Oxy. XII 1550).
  81. Voir supra, n. 43. Le P.Mert. I 26 est également pris en compte dans les travaux de Casanova 1984a, 169 ; Id. 1984b, 951. Comm. et corr. dans BL IV, 49 (sur le sens, peut-être médical, à donner à l’adjectif φρικώδης de la l. 8, comparer Plut., Vie de Brutus, 13, 5, φρικώδεις πυρετούς) ; VII, 104 ; IX, 157.
  82. Casanova 1984a, 201 ; ses conclusions sont résumées par Marganne 1996, 2729.
  83. Pour cette raison, l’explosion d’une épidémie n’est pas toujours perçue ou mentionnée dans les textes ; Duncan-Jones 1996, 109 sq.
  84. Casanova 1984a, 200 sq.
  85. C’est le cas, en particulier, dans les régions désertiques, où l’alimentation doit être importée : Gourevitch 2011, 57-59.
  86. La mortalité (θνῆσις) est parfois qualifiée de “grande” ou “importante”, la maladie peut être “grave” ou les maux “pires” : voir, supra, les P.Mich. VIII 510 et SPP XXII 33 ; PSI III 211 ; P.Strasb. I 73, où l’expéditeur et ses proches ont été atteints par une “grave maladie” (νόσῳ μεγάλῃ) ; PSI IV 299 ; P.Oxy. LV 3816 et 3817, où il est fait référence à des personnes qui “meurent de la maladie”. Dans l’O.KaLa. inv. 652, la “cueilleuse de joncs” n’en a plus guère pour longtemps à vivre. Sur les certificats de décès doubles ou triples, voir supra, p. 3-5.
  87. Cela n’a rien d’étonnant : puisque les correspondants n’appartenaient généralement pas à un milieu médical, ils n’échangeaient naturellement que très peu de détails sur la nature de la maladie qui les frappait. Signalons néanmoins que, dans deux lettres (P.Strasb. I 73 et PSI IV 299 : voir supra, p. 8-9), à un mal désigné par le substantif générique “maladie” (νόσος), fait suite une autre affection (un érysipèle et un trachome).
  88. L’armée, les ports et/ou les grandes villes comme Alexandrie sont généralement durement touchés par les épidémies. Dans notre corpus, les lettres suivantes ont été rédigées en contexte militaire et/ou concernent Alexandrie : P.Mich. VIII 510 ; P.Oxy. XIV 1666 ; P.Lond. III 982 (p. 242) = SB XXIV 16282. Dans le P.Oxy. XIV 1666, alors qu’il se trouvait à Antinoé, l’expéditeur a entendu dire qu’une épidémie avait eu lieu à Oxyrhynque.
  89. O.KaLa. inv. 652.
  90. P.Mich. VIII 510 ; P.Oxy. XIV 1666. À ces deux cas, ajouter O.KaLa. inv. 652, 9 sq. : “et maintenant j’apprends (ἀκούω) qu’Apollon l’a frappée”.
  91. P.Oxy. LV 3816 ; PSI IV 299.
  92. O.KaLa. inv. 652.
  93. P.Oxy. LV 3816 ; P.Strasb. I 73 (guérison partielle).
  94. P.Strasb. I 73 ; P.Lond. III 982 (p. 242) = SB XXIV 16282.
  95. Hanson 2009, 633 sq. Voir, dans le volume de L. K. Little, l’article de Sarris 2007, qui utilise notamment la documentation papyrologique. Sur l’absence, maintes fois constatée, de référence précise à la “peste de Justinien” dans les papyrus, voir, récemment, Meier 2020, 181 sq.
  96. Hanson 2009, 634 n. 26. Sur les phénomènes météorologiques (nuage sombre, comète) et catastrophes naturelles, à partir de la seconde moitié des années 530, qu’on a pu mettre en rapport avec cette épidémie, et les attestations qu’ils auraient laissées dans la documentation papyrologique d’Égypte, voir Arjava 2005, 87-92 ; Maraval 2016, 295-315. Voir Tsiamis et al. 2014, pour l’étude du rôle des routes commerciales, maritimes et terrestres, dans l’Égypte byzantine, dans la dissémination du bacille de la peste. La bibliographie sur la peste de Justinien s’est considérablement accrue ces dernières années : parmi les travaux les plus récents, Harper 2019a, 315-378 ; Meier 2020 (avec de nombreuses références bibliographiques à la p. 174 n. 7).
  97. Bruun 2012, 127 n. 20.
  98. Thillaud 1996 ; Charon & Thillaud 2010 ; voir aussi P.-L. Thillaud, Les sources de la paléopathologie : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/presentations/paleopathologie.php.
ISBN html : 978-2-35613-445-5
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Chapitre de livre
EAN html : 9782356134455
ISBN html : 978-2-35613-445-5
ISBN pdf : 978-2-35613-447-9
Volume : 26
ISSN : 2741-1818
Posté le 25/02/2026
21 p.
Code CLIL : 3112; 4117;
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Comment citer

Ricciardetto, Antonio, “Les références à des maladies pestilentielles dans la documentation papyrologue grecque de l‘Égypte romaine et Byzantine”, in : Castex, Dominique, Laubry, Nicolas, Rossignol, Benoît, dir., Épidémies antiques en Méditerranée et au-delà, Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 26, 2026, 33-54, [URL] https://una-editions.fr/les-references-a-des-maladies-pestilentielles-dans-la-documentation-papyrologique-grecque
Illustration de couverture • Secteur central de la catacombe romaine des Sts Pierre-et-Marcellin (cl. D. Gliksman / Inrap).
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