Communiquer depuis la prison.
Lettres de prisonniers et captifs de
l’Archivio Datini (Toscane, vers 1400)

par

Dès qu’elles incluent des correspondances et d’autres feuillets isolés et atteignent un certain volume, les rares collections de papiers privés de la fin de la période médiévale comprennent assez souvent quelques lettres de prisonniers. C’est le cas du plus riche fonds épistolaire européen, l’Archivio Datini de Prato, légué par le marchand toscan Francesco Datini (1335 env.-1410) à sa fondation charitable avec son palais et le reste de son patrimoine. Parmi les quelque 160 000 lettres du fonds, ont pu y être repérées 86 lettres de captifs et de prisonniers1. Ce dossier est l’un des plus consistants du fait de la conservation presque systématique des papiers archivés dans les espaces commerciaux et privés dominés par le marchand, mais il n’est en aucune façon exceptionnel puisque d’autres séries de lettres privées présentent des missives du même genre. En Toscane, région spécialement riche en archives d’origine privée, on rencontre par exemple dans les papiers de la famille Lanfredini au moins quatre lettres de débiteurs incarcérés, le plus souvent à la demande du fisc florentin, parfois des créanciers d’une faillite2. Dans la seconde moitié du XVe s., on peut en trouver non seulement dans la correspondance passive des membres du lignage des Médicis3, mais aussi dans celle de citoyens florentins plus obscurs comme Bartolomeo Cederni4. Enfin, un prisonnier au moins, Iacopo del Pecora da Montepulciano, a laissé des lettres de prison à la fois dans le fonds Datini et dans une autre série, constituée autour du lignage Acciaiuoli5.

Du fait de leur nombre relativement faible dans les divers fonds, ces missives de prisonniers sont généralement mentionnées comme un détail dans la présentation de dossiers de correspondances privées médiévales et des réseaux sociaux que ceux-ci révèlent, mais elles mériteraient aussi d’être abordées dans toute leur spécificité, à travers une approche comparatiste, pour deux raisons principales. Les témoignages à la première personne de prisonniers sont rares pour la période, surtout quand ils ne s’adressent pas aux autorités judiciaires mais à des contemporains, souvent bien connus des intéressés et partant susceptibles de prendre en considération leurs difficultés du moment. L’intérêt peut alors se focaliser sur les situations concrètes évoquées par ces textes et les besoins exprimés par les prisonniers. Mais la récurrence de ce type de document semble révéler aussi une pratique courante de la pétition adressée par des individus dans le besoin, non seulement à des institutions et des princes mais aussi à des notables de statut varié, voire des citadins ordinaires. Les questions de leur motivation, de leurs ressorts narratifs et de leurs effets éventuels pourraient ainsi être posées, comme on a pu le faire pour les suppliques et pétitions plus formalisées adressées aux institutions6.

Conditions de détention

Sans prétendre à l’exhaustivité du fait de l’immensité du fonds Datini, les repérages qui y ont été menés ont réuni un lot de 86 missives expédiées par 31 captifs – en attribuant pour l’instant à ce terme une signification englobante – dont trois lettres collectives et douze séries comprenant, pour un même auteur, 2 à 18 billets (voir tableau infra). Plus de 400 lettres adressées par ces mêmes individus en dehors de leur période de captivité ont par ailleurs été conservées, mais elles sont principalement concentrées sur cinq expéditeurs avec de grosses séries de 23 à 252 lettres chacun, tandis que cinq autres des 31 prisonniers-épistoliers ne nous ont laissé qu’un, deux ou exceptionnellement cinq billets expédiés hors captivité.

Tableau 1. Les séries de lettres de captivité.

Des situations de détention très variées sont évoquées par ce dossier et par de nombreuses autres missives, encore plus difficiles à recenser, qui parfois émanent d’un tiers qui intercède pour un prisonnier en exposant son cas7, ou plus souvent mentionnent cursivement le sort de tel individu incarcéré ou en passe de l’être, voire n’évoquent la prison que comme métaphore de la déchéance ou de l’impuissance. Les deux premiers types de situation concernent des individus victimes de rapts, soit au cours de voyages, généralement maritimes8, soit dans les campagnes. Trois expéditeurs sont captifs des Maures (14 % des 86 lettres). Giovanni di Bartolo Carocci est un habitant de Pise originaire de la vallée du Mugello dans le contado florentin ; naviguant jusqu’en Sicile pour ses affaires commerciales, il est capturé par les Maures après un combat naval, puis emmené à Bône en 1384 et vendu comme esclave avant d’être contraint, du fait de son incapacité à se racheter complètement, à demeurer à Tunis jusqu’en 13879. Il parvient alors, grâce à ses relations et ses parents, dont Cristofano di Bartolo Carocci, facteur de l’agence Datini de Pise, à effectuer les derniers versements et revient en Italie. Giovanni reprend alors sa carrière commerciale en entretenant jusqu’en 1408 des relations épisodiques avec le réseau Datini, principalement depuis la Toscane et l’aire catalane, parfois à Bruges mais aussi à l’occasion de nouveaux voyages au Maghreb, à Tunis, Fès et Alcudia en 1400 et 140110. Iacopo di Giovanni Franceschi, un Pisan facteur de son compatriote Giovanni Assopardo, se dit en 1403 détenu par un certain “Fideli” qui exige de lui une rançon de 160 doubles d’or. Il demande au même Cristofano di Bartolo, devenu directeur de l’agence Datini de Majorque, et à d’autres marchands florentins de la place d’assurer la liaison avec ses relations pisanes11. Deux ans plus tard, il rappelle cette affaire dans une lettre écrite de Fès au nouveau dirigeant de cette agence Datini, sans évoquer aussi clairement ses conditions de détention12. Un troisième captif des Maures, Johan de Auro de baroni d’Escarino, écrit, toujours à Cristofano di Bartolo Carocci, une unique lettre en catalan pour organiser avec sa famille le paiement de son rachat. Son histoire paraît moins documentée mais une annotation inscrite de la main d’un Toscan au revers de sa lettre le présente comme un apostat résidant au Maghreb : Lettera di I° cristian chativo in Barberia13. Parmi quelques cas n’ayant pas laissé de lettre directe des captifs, sont spécialement explicitées les mésaventures d’un adolescent florentin écrivain d’un navire sarde, pris par les Maures en 1398 sur les plages de Rome, et d’un archidiacre de Volterra, capturé en mer en 1385 à l’occasion d’un voyage à Naples par frère Talabart, chevalier hospitalier de l’obédience avignonnaise, dans le contexte du Schisme. Le premier, Neri di ser Lodovico Bartoli, est réduit en esclavage à Tunis puis conduit dans la région de Bône pour y travailler dans un moulin, dont il s’enfuit vers un royaume arabe occidental. Après une première tentative du consul vénitien de Tunis de le racheter, son père, notaire florentin, écrit à la compagnie Datini de Majorque en 1404, qui redistribue dans son réseau ibérique des circulaires pour tenter de retrouver la trace du jeune Italien14. Le second, messer Bartolomeo di Vito di Covero, conduit par frère Talabart à Avignon, y est détenu dans des conditions alimentaires sévères : lo deto giovanne uomo è da bene, ed è in tanta miseria ch’è una pietà però che llo tenghono a pane e aqua e non à quanto gliene farebe bisongnio. Il est racheté après quelques semaines par son frère accouru de Volterra, qui doit emprunter sur place à divers Italiens pour atteindre le montant de la rançon. Trois lettres de Boninsegna di Matteo Boninsegna, directeur de l’agence Datini d’Avignon, racontent son infortune à Francesco Datini et à l’agence de Pise et organisent le remboursement de l’argent avancé15. La situation des captifs des Maures paraît osciller entre la détention véritable, le travail forcé et une résidence surveillée, comme celle de Giovanni Carocci à Tunis. Ces captifs peuvent difficilement fuir du fait de l’immersion dans un milieu perçu comme différent, d’abord par la langue, voire hostile. La situation du clerc de l’obédience romaine capturé par les soutiens du pape avignonnais s’apparente en revanche à celle des occupants des prisons urbaines.

Parmi ces individus capturés par hasard, un second groupe est constitué par des villageois du Mugello victimes de capitaines des troupes de Giangaleazzo Visconti, seigneur et futur duc de Milan, lors de son incursion de l’automne 1391 sur le territoire florentin16 (9 % des 86 lettres). Beaucoup d’entre eux sont ensuite conduits dans des campements militaires jusque dans la Val di Serchio, au nord de Lucques, parfois aussi dans des bourgades comme Pontremoli17. Des rançons (taglia) allant de 80 à 30 florins par tête leur sont imposées et quelques-uns sont pendus avant d’avoir pu se racheter dans le court terme imparti, tandis que d’autres se voient menacés du doublement de la rançon ou de l’amputation de membres18. Une vingtaine de lettres des captifs et de leurs proches et d’une fédération de villages traitent du choix des émissaires, de la possibilité de discuter le montant d’une rançon ou de le réunir, ou bien règlent des comptes, par exemple avec Bartolomeo d’Antonio alias Doncio, libéré gratuitement après s’être fait passer pour un jeune adolescent (ragazzino) sans terres. Envoyé porter à Pise la demande de rançon de compagnons d’infortunes, il refuse ensuite d’y contribuer pour quelques florins19. Sept individus – Agnolo nipote del Mancino, Benedetto di Martino di Corso, Piero da Barberino, Nuccio di Matteo Nutarelli alias di monna Bona da Mangone, Bartolo di Vannino alias Foraglia da Barberino, Iacopo di Francesco et Giontone di Cecco da Barberino – ont laissé autant de lettres datées de leur période de captivité (dont deux missives collectives et deux lettres émises par un même individu), tandis qu’une quinzaine d’autres prisonniers écrivent après leur libération ou sont simplement mentionnés dans la correspondance de leurs proches20. Agnolo nipote del Mancino présente la particularité d’écrire, non depuis le camp où il était détenu mais depuis la prison de la Valdisieve où le maintient le villageois qui a avancé le montant de sa rançon mais ne le nourrit pas et menace de l’envoyer comme main d’œuvre servile sur un navire. Il demande à un tiers une aide financière, du pain ou une intercession auprès de proches21.

Les vingt-cinq autres prisonniers-épistoliers se trouvent enfermés dans des prisons urbaines, souvent dans la prison communale florentine des Stinche (9), parfois à Prato (6), Pistoia (1), Lucques (1), Pise (5) et Gênes (1), avec un récividiste : le charpentier Antonio di Vitale, déjà mentionné dans une sentence de Prato de 1387 comme un voleur notoire (homo quidem male conditionis, conversationis, vite et fame, publicus et famosus fur22), qui s’introduit dans le domicile d’un concitoyen pour le cambrioler. Il est successivement arrêté à Pescia en 1390 à la demande d’un créancier, puis emprisonné à Prato en mars-mai 1391 pour ses dettes envers un autre concitoyen23, enfin banni du territoire florentin de la fin des années 1390 jusqu’à une douzaine d’années plus tard24 ; il est à nouveau incarcéré plusieurs mois à Pise en 1410. Avec leurs 64 missives, ces prisonniers urbains sont à l’origine de 74 % des lettres de captivité du fonds. Deux profils tranchent au sein de ce groupe. L’un des détenus est Antonetto, esclave tartare de Luca del Sera, bras droit de Francesco Datini dans l’agence florentine depuis 1405, qui a probablement été arrêté après une fugue. Après sa restitution par l’autorité judiciaire, Luca décide de l’envoyer à Pise pour le revendre à un patron de nef catalan en janvier-février 140825. Un cas atypique de prisonnier politique est constitué par un membre de la famille des seigneurs de Montepulciano, Iacopo di messer Bertoldo del Pecora, condamné à la perpétuité dans les Stinche par la commune de Florence qui lui reproche de vouloir placer sous l’influence de Sienne cette ville située à la périphérie des deux États, que la métropole toscane intègre à son territoire26. Les vingt-trois autres détenus des prisons urbaines de notre dossier semblent incarcérés pour dettes, mais le texte de trois billets (dont un collectif) ne l’indique pas clairement.

Les durées de détention apparaissent ainsi très variables. Beaucoup ne semblent passer que quelques jours ou semaines en prison, surtout parmi ceux qui n’ont laissé qu’une ou deux lettres. Mais deux des captifs des Maures, Giovanni Carocci et Giovanni di Iacopo Franceschi, semblent retenus trois ans au Maghreb, à travers diverses modalités de détention qui leur permettent aussi de passer d’une ville à l’autre. La perpétuité infligée à Iacopo da Montepulciano se réduit de fait à 17 ans, à la suite d’une grâce accordée par les autorités communales27. Quelques mois avant sa libération, Giovanni di Iacopo Scali se dit, pour sa part, enfermé depuis 12 ans et 5 mois28. Les détentions les plus longues paraissent peser sur le moral des prisonniers. Iacopo da Montepulciano dit vivre moins facilement sa condition après 15 ans, en se voyant vieillir : Disposto sono d’avere patientia, ma grave m’è omai, perché m’avicino all’età canuta, et quello che la gioventudine leggiermente à portato, la vecchieza um poco se ne conturba29. Après 12 ans et demi de prison, Giovanni Scali se demande s’il peut au moins profiter de ses peines pour améliorer ses chances de salut, comme il aurait pu le faire dans un ermitage. Se disant âgé de 42 ans, il essaie encore de projeter sur les 15 à 20 ans qui lui restent à vivre, selon l’espérance commune, des ambitions revues à la baisse.

Io sono anchora nella miseria della prigione dove mi lasc[i]asti sanza mai da essa potermi isvilupare, dove per insino a ora stato sono anni xii e mesi 5 chon grandisimi afanni e mani[n]chonie e dolori e infermità e in part[e] disagi, per modo, s’io fossi stato questo medesimo tempo in u· romitorio e chon pacenzia chome si chonvenisse avesi versso Idio portato in pace i detti afanni, credo Idio m’arebe dimesso in tuto o in gran parte le pene de l’atro mondo de’ pechati in questo chomessi, sì sono stati gravosi li afanni che in questo misere charcere [sic] ò chonportato. E forse per ventura quello che m’è noioso al chorpo m’arà a fare a l’anima fruto, chon arecharmi la mente al petto e apetire meno delle chose di questo mondo che prima no[n] faceva e cho· minore animo vivere. Io sono ora mai in età d’anni 42 e posoci vivere anche, facendo la ragione chomune, anni xv in xx, i quali m’ingegnerò di spendere chol meno dispiaciere di Dio ch’io potrò30.

Peu de détails nous sont fournis sur l’aménagement des lieux de détention. La correspondance de Iacopo da Montepulciano oppose nettement deux sections de la prison florentine, celle appelée Mallevati où il se trouve, suffisamment lumineuse pour pouvoir mener des travaux d’écriture, et une section ordinaire qu’il compare à un enfer obscur (tenebre infernali). Ses adversaires veulent l’y faire transférer sous prétexte de risque d’évasion et il craint de s’y trouver à la merci de criminels (non ci ha se non ladri e traditori). Il présente en revanche ses compagnons aux Mallevati comme des hommes décents avec qui il vit en bonne intelligence (uomini da bene i quali in amore vivo con loro e pacificamente)31. Le choc de l’immersion dans un milieu de marginaux est plus marqué pour ce correspondant, qui se présente comme gentiluomo et habitué à un certain confort (uso al bene). Des plaintes spécifiques sont formulées contre le Maure qui détient Iacopo di Giovanni Franceschi, qualifié de pire chien d’Afrique du nord (sono in podere de lo pigiore chane di Barbaria32) ou encore certains capitaines impitoyables (gente despiatata) des troupes de Giangaleazzo Visconti qui menacent leurs captifs de les mutiler33, quand ils n’en pendent pas quelques-uns pour l’exemple34. Les prisonniers se plaignent également d’un villageois qui en aide un autre à se racheter mais menace ensuite de le détenir au secret et le faire mourir de faim, s’il ne le rembourse pas35 ou d’un gardien (soprastante) accordant foi à un compagnon de prison affabulateur qui accuse Antonio di Vitale de préparer une évasion (rompere la prigione) et le fait condamner par le magistrat judiciaire à la torture par dix coups d’estrapade (10 strapate di colla)36, puis le maintient aux fers, en l’empêchant ainsi de travailler 37. Les prisonniers à long terme qui espèrent se faire gracier à l’occasion de festivités en participant, coiffés de la mitre, à un défilé – humiliant pour un noble comme Iacopo da Montepulciano38 – doivent également affronter le superviseur des prisons (Conte ch’è sopra le prigioni) chargé de valider les candidatures à ces grâces dans le territoire florentin39.

Environ la moitié des missives, quelle que soit la situation des prisonniers, insiste sur des conditions difficiles de la captivité : le terme de miseria (della prigione) est le plus récurrent, devant d’autres comme stento (misère, privations), bisogno et nicistà (besoin), povertà (pauvreté), pene (peines), disagi (difficultés), affanni (anxiété, soucis), maninconie (tristesse, abattement), fatiche (lassitude), dolori (maux, douleurs) et infermità (maladies). D’autres circonstances sont évoquées plus précisément. L’esclave Antonetto se plaint du froid hivernal40. La faim et parfois la soif sont mentionnées par plusieurs d’entre eux. Arrigo di Francesco di Lapuccio, peut-être un homme d’armes, dit n’avoir reçu au cours des premiers quatre jours ni pain, ni vin, ni autre aliment et demande à Francesco Datini de lui envoyer une fiole de vin chaque jour41. Agnolo nipote del Mancino, enfermé et affamé par son créancier, réclame du pain à Cristofano Carocci42. Meo d’Andrea voit arriver le moment où il devra vendre son pourpoint pour s’en procurer43. Les plus pauvres sont réduits à s’en remettre aux distributions charitables d’un prêtre, comme Piero di Bonuccio dans les Stinche, qui sollicite aussi des compléments de ses contacts extérieurs44. Le manque de vêtements et de linge est également souligné. Réduit à mettre en gage ses livres et son linge (pannicelli), dont l’unique paire de draps dont il dispose, Iacopo da Montepulciano a passé deux mois sans draps sur sa litière (povero letto)45. Il demande à un autre moment à Margherita, femme de Francesco Datini, de lui prêter pour quatre à six jours des draps de service, le temps de faire laver son unique paire46. Meo d’Andrea, contraint à dormir sur une planche, n’a, comme Agnolo di messer Giovanni Benamati, plus de vêtements disponibles pour payer les dernières taxes exigées pour être libéré47. Avant de pouvoir quitter le Maghreb, Giovanni Carocci, réduit à porter un méchant pourpoint gris emprunté à autrui, demande qu’on lui envoie ses vêtements restés à Pise avec son armure, du matériel pour écrire et une tablette (tavoletta del gesso) pour tenir des comptes48.

Les maladies ne les épargnent pas non plus. Iacopo da Montepulciano se dit souffrant (languido e infermo) après trois ans de détention49 et sollicite plus tard un don pour un compagnon de prison, affligé de calculs qui lui font subir l’agonie (era quasi sulla morte del male della renella50). Giovanni Carocci se dit fiévreux au point de ne pouvoir se nourrir et s’abreuver correctement51. Un ami de Francesco demeuré à Avignon, Nastagio di ser Tommaso, écrit, dans sa correspondance postérieure à son incarcération, y avoir attrapé une surdité intermittente52, tout comme des calculs53. Tandis que certains se lamentent de ne pouvoir mener leurs activités commerciales ou élaborent des plans pour les poursuivre plus tard, en offrant à leurs créanciers une période de service, d’autres sont d’autant plus incités par la pauvreté à travailler en détention. C’est le cas du chevalier lettré Iacopo da Montepulciano, par ailleurs auteur de poèmes, qui semble effectuer en prison des travaux de copiste et de rhéteur composant des lettres à la demande54, ainsi que du menuisier Antonio di Vitale, jusqu’à ce que l’épisode de torture le rende infirme d’un bras, avec la gêne supplémentaire des entraves55. La détention est souvent aussi associée par les correspondants à la mort. Iacopo da Montepulciano craint d’y être tué par un compagnon de prison brutal ou à la solde d’un adversaire, qui pourrait par exemple glisser du poison dans sa nourriture, comme un notable florentin, Tommaso di messer Guccio di Dino Gucci, a pu le faire pour se débarrasser de son frère détenu56. Pour beaucoup d’autres, la mort découlerait surtout de la faim ou bien de l’acharnement de leurs créanciers57, et la métaphore de la résurrection est aussi couramment employée pour évoquer la libération58.

Le recours à l’extérieur

L’engouement récent pour les sources narratives restituant la parole des acteurs a mis en lumière des correspondances de prisonniers des XIXe-XXe s., qui, pour la plupart, visent à poursuivre à travers une expérience de séparation la continuité des interactions des membres d’un foyer. Les lettres du dossier Datini se distinguent nettement de ce type de relations. Aucune d’elles n’est écrite par l’un des proches du marchand, tel un parent régulièrement fréquenté ou un de ses employés. Et toutes n’arrivent pas non plus directement entre ses mains, puisqu’il reçoit 50 des 86 lettres (58 %), tandis que 21 autres (24 %) sont adressées à ses proches, c’est-à-dire sa femme Margherita (1), mais surtout cinq de ses associés minoritaires et facteurs gouvernant les agences de Florence, Pise, Gênes, Avignon et Majorque : Cristofano di Bartolo Carocci da Barberino (13), Manno d’Albizo degli Agli (4), Stoldo di Lorenzo di ser Berizo Ormanni (2), Andrea di Bonanno di ser Berizo Ormanni (2) et Boninsegna di Matteo Boninsegna (1) ; enfin, pour un petit billet postérieur de quelques années au décès de Francesco Datini, les recteurs de sa fondation charitable (1). Six autres lettres, qui ne sont parfois que de rapides billets, sont adressées à des individus ne faisant pas vraiment partie de son réseau social et professionnel et ont été intégrées à ses archives en raison du suivi d’un dossier par un individu lié au marchand de Prato, plus que de leur non distribution. Trois d’entre elles sont des lettres de Giovanni Carocci, captif des Maures, adressées à un religieux et des marchands de Pise et sont sans doute passées par les mains de son cousin Cristofano di Bartolo Carocci. Il en va a priori de même pour les deux billets de captifs des soldats adressés à Martino di Corso et Matteo Nutarelli. La lettre envoyée à Lotto d’Agnolo degli Agli appartient à un noyau d’archives épistolaires de cet aubergiste florentin de Pise, dont les intérêts ont peut-être ultérieurement été suivis par son cousin Manno d’Albizo degli Agli, mort en 1400 à la tête de l’agence Datini de Pise. Le bref billet remis aux recteurs de la fondation du Ceppo a, pour sa part, sans doute été amalgamé au fonds Datini entre le XVe et le milieu du XVIe s., quand les liasses épistolaires résultant du marchand et celles de l’institution ayant hérité de son palais et de ses papiers se sont mélangées à la marge, comme on a pu le constater par d’autres exemples.

La part importante de Cristofano Carocci (destinataire de 15 % des lettres) dans la constitution des dossiers est due à un cumul de divers rôles et positions : du temps de son service à Pise, jusqu’au début de 1396, il est à la fois un cousin de Giovanni Carocci et, en tant qu’originaire de Barberino, familier aux villageois du Mugello qui le sollicitent comme connaissance et comme acteur stratégique sur la place de Pise pour le versement des rançons. Par la suite, c’est sa résidence à Majorque qui lui confère un rôle de premier plan pour la libération d’autres captifs des Maures, qu’il a eu l’occasion de croiser sur cette plaque-tournante des relations entre Italie, péninsule Ibérique et Maghreb.

La répétition ou la durée des échanges épistolaires entre quelques prisonniers et Francesco Datini signale en revanche un lien personnel : le sort du chevalier lettré Iacopo del Pecora lui est recommandé par Michele di messer Piero Benini, un jeune marchand florentin érudit, banni à Venise, qui entretient une correspondance assez régulière avec son collègue aîné59, ainsi que par d’autres jeunes Florentins comme Niccolò di messer Bettino Covoni60. Giovanni Scali était lié au réseau commercial Datini par des rapports d’affaires avant de se retrouver dans les Stinche et il reste par ailleurs créancier de Boninsegna di Matteo, qui avait lui-même connu une faillite vers 1370 avant de devenir collaborateur de Francesco Datini. D’autres sont des compatriotes de Prato, comme Agnolo di messer Giovanni Benamati, ou des charpentiers-menuisiers ayant travaillé pour le riche marchand, comme Antonio di Vitale di Vanni, Cristofano di ser Francia di Gese61 et Antonio di Rosone.

Environ la moitié de ces relations n’affectent donc que marginalement ou indirectement le marchand. Mais en considérant non seulement l’identité des correspondants, mais aussi la durée et la fréquence des interactions et leur enchevêtrement avec d’autres échanges, on observe des configurations variées de liens sociaux. Les correspondants sporadiques de ce dossier sont parfois des individus très périphériques du réseau Datini, qu’il n’établit pour certains jamais rencontrés, pour d’autres, comme Bruno Brunelleschi ou Meo d’Andrea, des collègues ou prestataires de services qu’il connaît mais avec qui il n’a pas de lien véritable ; enfin, le marchand Baldo Villanuzzi entretient des échanges nourris avec le réseau commercial Datini sur la période 1385-1400 (avec 252 autres lettres), mais ne s’adresse qu’au directeur de l’agence Datini de Florence, durant sa brève détention de 1397.

Quatre épistoliers seulement ont laissé un lot plus important de lettres de captivité. Deux d’entre eux, Giovanni Carocci (9) et Giovanni Scali (18), appartiennent à un milieu socialement homogène à celui de Francesco Datini. Le premier approche d’abord le marchand de Prato comme personnage fortuné et employeur d’un parent fréquenté à Pise, Cristofano di Bartolo Carocci (qui ne semble même pas être le plus proche de ses cousins puisque Giovanni cherche d’abord secours auprès de Domenico di Bartolo Carocci, également résident de cette ville mais qui n’y est que courtier). Dans ses demandes de secours, Giovanni n’ose pas demander la même avance aux divers destinataires. Le montant requis du riche Datini n’est que de 25 florins, tandis que celui exigé de son cousin courtier est de 50 florins, outre la charge de s’impliquer dans la collecte d’autres fonds. Au bout du compte, Francesco Datini ne débourse rien ni se s’implique autrement dans le recouvrement de créances du captif, mais laisse seulement à son facteur Cristofano la faculté de retirer 25 florins de son propre compte dans la compagnie62. La relation entre les cousins Giovanni et Cristofano apparaît au contraire consolidée, et se poursuit dans les 43 lettres du premier postérieures à sa captivité, échelonnées de 1389 à 1400, au milieu d’échanges purement professionnels avec diverses agences Datini.

Pour Giovanni di Iacopo Scali, qui correspondait déjà beaucoup avec le réseau Datini depuis 1385 (avec 42 autres lettres), la longue captivité de 1391 (?) à 1402 n’est suivie que d’une brève phase d’autres échanges, jusqu’à l’année suivante qui voit peut-être sa disparition. Durant la détention, ses rapports s’intensifient avec Francesco Datini et Cristofano Carocci, en qui il veut placer ses derniers espoirs d’un soutien financier, quand ses consorts sont pour la plupart bannis et réduits à vivoter avec leur famille après confiscation de leurs biens, tandis que les membres des commissions communales traitant de son cas l’ostracisent du fait de son appartenance à un lignage marginalisé63. Alors que beaucoup des relations avec d’autres dirigeants d’agences ne visent qu’à obtenir quelques services logistiques et ne prennent pas une forme personnalisée, deux agents Datini parmi ses correspondants occupent une place spécifique. Il contacte épisodiquement Boninsegna di Matteo Boninsegna qui était resté son débiteur depuis la faillite de celui-ci, vers 1370. Le directeur de l’agence avignonnaise, soucieux de dissimuler ses avoirs dans la compagnie Datini aux yeux d’autres créanciers64, préfère déléguer le dossier à Francesco Datini, pour consentir des avances au prisonnier sans être publiquement identifié comme son soutien financier. Une relation de face à face de Giovanni Scali avec Cristofano Carocci s’est par ailleurs développée avant la détention du premier, quand Cristofano réside à Pise, et se maintient ensuite ; elle donne à leurs échanges un ton plus amical qu’à ceux noués avec d’autres agents du réseau commercial.

Les deux dernières relations développées de prisonniers dépassent le milieu des affaires, en impliquant le menuisier Antonio di Vitale di Vanni (9) et le chevalier Iacopo del Pecora da Montepulciano (8). Compatriote et ancien ouvrier des chantiers de construction de Francesco, le premier, poursuivi par divers créanciers, entretient par périodes avec le marchand des échanges plus suivis que d’autres artisans comme Cristofano di ser Francia ou Antonio di Rosone (32 lettres dont 9 datées des deux séjours en prison), tantôt pour organiser le paiement de ses dettes, plus souvent pour lui demander un appui dans une démarche administrative, une conciliation ou un moment plus difficile65. Francesco lui concède encore quelques petits secours mais ne semble pas intercéder beaucoup pour le faire gracier dans une occasion festive, comme le demande Antonio, pas même auprès du prince Louis II d’Anjou qui fait des entrées solennelles à Pise et réside à deux ou trois reprises au palais Datini au cours de la période novembre 1409-juillet 141066.

La relation de Francesco Datini avec Iacopo del Pecora da Montepulciano ne se noue qu’en 1403, quand le chevalier est déjà emprisonné depuis environ 13 ans, grâce à des amis communs appartenant plus que le marchand à l’élite culturelle florentine. Elle prend la forme ritualisée d’une alliance conclue à travers des offres réciproques de services et la définition des règles de l’échange, un type d’amitié que Richard Trexler a caractérisé à travers l’abondante correspondance entre Francesco et le notaire ser Lapo Mazzei67. Ne pouvant dans ces circonstances guère offrir que le prestige de son savoir et quelques travaux de plume, Iacopo tente alors de maintenir une apparence d’équilibre en prétendant ne vouloir recevoir la plupart des dons du marchand qu’à titre d’avances (credito, opposé à limosina, aumône), à coucher dans les livres comptables68. La relation se prolonge ensuite par deux lettres entre la libération du lettré en 1407 et sa mort en 1409, un an avant celle du marchand. Aucun des proches de Francesco n’y est associé par voie épistolaire, en dehors de sa femme Margherita, à qui le prisonnier demande ponctuellement un service relevant d’une compétence féminine, la gestion du linge de maison. Même si Iacopo qualifie Francesco de principal bienfaiteur (benefactore principale69), la lettre adressée par lui à Donato Acciaiuoli, conservée dans un autre fonds, et divers indices de rapports avec d’autres citoyens (Michele di messer Piero Benini, Niccolò di messer Bettino Covoni, messer Rinaldo Gianfigliazzi ou Guido di messer Tommaso del Palagio ou le médecin de Prato maestro Antonio Ciucchi) comme de faveurs reçues d’eux70 montrent qu’il était entouré d’une petite constellation de notables plus ou moins fortunés, avec qui il pouvait peut-être parfois correspondre autant qu’avec le marchand de Prato.

Parmi la vingtaine de débiteurs, à peine un quart semblent incarcérés à la requête de Francesco Datini ou de ses agents. Le contenu de leurs missives n’explicite pas toujours ce point, mais Piero di Bonuccio da Montopoli et Meo d’Andrea évoquent une incarcération réclamée par Francesco (Io sono qui a vostra istanza ; Io sonio [sic] in prigione a vos[tr]a pittiçione71). Le premier lui demande par ailleurs son accord pour se faire remplacer en prison par son fils de 22 ans, le temps d’aller négocier avec le marchand le règlement de sa dette72. C’est probablement le cas de Bartolo di Codino marchand de vin et aubergiste de Prato, condamné pour sa gestion de la gabelle du vin affermée par Francesco, ainsi que de Niccolò di Gherardo qui propose au marchand de travailler pour lui jusqu’à extinction de sa dette, avec l’alternative d’escompter la dette sur le bail à location de son domaine agricole73. Niccolò da Verona est visiblement emprisonné à la demande d’Andrea di Bonanno, dirigeant de l’agence Datini de Gênes, puisqu’il doit trouver avec lui un accord pour être libéré74. Et la lettre d’Antonetto, esclave de Luca del Sera, à Francesco, demandant à reprendre son service75, était sans doute accompagnée d’une autre lettre à Luca, associé de Francesco dont la correspondance passive n’a été que marginalement intégrée au fonds Datini. Pour d’autres débiteurs, Francesco n’apparaît pas comme le créancier ayant obtenu la condamnation à la peine de prison, mais ses propres créances envers le prisonnier viennent alourdir l’ardoise de celui-ci, tout en lui ménageant un accès à un individu susceptible par sa fortune de le tirer de la prison. En 1391, le menuisier Antonio di Vitale est emprisonné à Prato à la demande d’un prêteur, Nofri di Biagio Peruzzi, mais il obtient pour être libéré une nouvelle avance importante de Francesco, un autre de ses créanciers, en lui hypothéquant une maison76.

L’abondante correspondance échangée par Francesco avec ses agents, et notamment ceux de Prato dont quelques-uns comme ser Conte di Nerozzo Migliorati étaient spécialement chargés de poursuivre les débiteurs du marchand, n’en suggère pas moins que des dizaines d’individus étaient poursuivis pour Francesco à la cour du podestat et qu’une forme de lobbying insistant était aussi déployée par lui auprès de ces magistrats pour obtenir satisfaction par la sanction judiciaire, qui consistait souvent en une peine de prison77. Si la plupart des débiteurs incarcérés à la demande de Francesco ne lui ont donc pas adressé de missive, mais ont peut-être seulement négocié avec lui par voie orale, la rédaction d’une supplique sollicitant un secours matériel, financier ou une intervention auprès de notables apparaît néanmoins comme une pratique courante parmi les détenus. Ils peuvent ainsi s’adresser non seulement à leurs créanciers mais aussi à des proches, des collègues et amis, voire à des connaissances plus lointaines, pour alléger leurs souffrances. Certains correspondants insistent sur leurs liens antérieurs – ou ceux de leurs ascendants – avec Francesco ou les autres destinataires78. D’autres lettres ressemblent au contraire fortement à des circulaires diffusées dans un ample cercle relationnel et jusqu’à des notables inconnus, signalés par exemple pour leur statut de donateur régulier d’un ordre, pour la circulaire adressée par un franciscain de Calvi demandant une contribution au rachat de captifs des Maures79.

Cette amplitude sociale s’observe dans la façon dont les prisonniers présentent leurs requêtes, à travers leur ton et le lexique employé : opposition entre le tutoiement et le vouvoiement, entre le simple salut et la recommandation ; usage des épithètes parfois associées à l’adresse interne ou externe (amico maggiorevole, onorevole uomo et uomo onorevole e amico carissimo come padre pour Iacopo da Montepulciano, padre carissimo pour Piero di Bonuccio, caro padre e maggiore suo pour Cristofano di ser Francia, padre mio reverendissimo et come padre carissimo pour Bartolo di Gasparone, etc.) ; termes et formules lourds de sens comme pregare, gravare (strettamente), stringere (prier, presser), abbandonato (dagli uomini), ricorso, servigio, beneficio, limosina (aumône), carità, misericordia, grazia (singularissima), per l’amore di Dio, vostro servidore/servo, vostra criatura, voler stare per schiavo, etc. Une petite minorité des expéditeurs exige son dû, dans la continuité du flux réciproque de prestations qui peut avoir précédé l’incarcération80. D’autres, bien plus nombreux, sollicitent un geste de charité ou de miséricorde81. Entre ces deux attitudes, certains suggèrent qu’ils pourraient compenser un don ou une intervention de leur correspondant ici-bas, par leur travail ou un service en retour82, sans remettre à Dieu seul la charge de le faire après la mort du bienfaiteur. La mise en scène de la relation dans le dialogue épistolaire va ainsi de la transaction commerciale à l’échange immatériel en passant par les pratiques de don typiques d’une société clientélaire et compétitive. Le thème de la charité n’y occupe pas moins la place majeure dans l’argumentaire déployé par les détenus.

Les prisonniers s’appuient ici clairement sur une tradition remontant au haut Moyen Âge et stabilisée au XIIIe s., qui énumère sept œuvres de miséricorde corporelle, résumées par le vers Visito, poto, cibo, redimo, tego, colligo, condo (Je visite, j’abreuve, je nourris, je rachète, je vêts, j’accueille, j’ensevelis83). On les retrouve également sous la plume d’autres correspondants de Francesco Datini, comme le marchand failli Nastagio di ser Tommaso, ancien prisonnier pour dettes.

Apresso ti ricordo le 7 opere di misericordia :
– satollare l’affamato +
– dar bere all’asetato +
– rivestire lo ‘gnudo +
– liberare il pregione +
– vicitare il malato +
– consolare il tribolato +
– sopellire il morto84.

Celle qui concerne le prisonnier peut se décliner différemment, selon les interprétations, en rachat, visite ou consolation de l’intéressé. Les deux dernières correspondent davantage, entre le réconfort moral et les services matériels qu’ils instaurent, aux échanges de nos détenus. Le septenaire entier est lui-même comparé et opposé tantôt aux sept œuvres de miséricorde spirituelle, tantôt aux sept péchés capitaux. Mais si certains prédicateurs, comme Bernardin de Sienne une génération après notre dossier, préconisent régulièrement le secours apporté aux prisonniers, parmi d’autres actes charitables85, ses manifestations concrètes, que l’on entrevoit notamment dans les testaments ou l’activité des confréries, paraissent plutôt sporadiques et nettement moins répandues que l’assistance aux pauvres, voire aux malades, aux veuves et aux filles à marier86. Pour leur part, les ordres religieux spécialisés dans la collecte de fonds pour le rachat des captifs des Maures, tels les Mercédaires et les Trinitaires, fondés à partir du XIIIe s., sont beaucoup moins présents et actifs vers 1400 qu’ils ne le deviennent à partir de la fin du XVe s.87. Dans les mentalités, une ambiguïté marquée obère la condition des prisonniers, plus encore que celle d’autres pauvres. Certains détenus apparaissent comme les victimes d’abus commis par les riches et les puissants88, mais d’autres, spécialement parmi les débiteurs, facilement considérés comme les responsables de torts commis envers autrui et de leur propre infortune, sont jugés moins méritants que d’autres pauvres89.

La pratique personnelle de Francesco Datini s’aligne sur ces tendances générales. Ses dons charitables repérés sont nombreux au cours de la période où, déjà fortuné, il se réinstalle en Toscane, mais ils bénéficient avant tout à des couvents90, puis, parmi les destinataires individuels, à des filles à marier. Les prisonniers-épistoliers invoquent assez souvent cette réputation diffuse de bienfaiteur public grâce à laquelle Francesco légitime sa fortune91. Ils peuvent plus difficilement mentionner des cas précis de détenus secourus par le marchand. Beaucoup semblent n’avoir reçu aucune réponse positive. Avec d’autres comme Giovanni Carocci ou Giovanni Scali, Francesco ne joue que le rôle d’intermédiaire de dons ou avances consentis par ses collaborateurs Cristofano Carocci ou Boninsegna di Matteo92. Avec le chevalier Iacopo del Pecora, les quelques dons octroyés semblent s’insérer dans les stratégies d’intégration du marchand enrichi au sein des élites florentines. Antonio di Vitale reçoit de lui un secours ponctuel lors de ses deux séjours en prison, avec au moins une avance importante gagée sur sa maison puis une aide limitée pour acheter des onguents. Mais depuis son lit de mort, Francesco renvoie sans merci ses exécuteurs testamentaires à ses livres de comptes pour solder le compte du menuisier, apparemment encore détenu à Pise93. Les premiers recteurs de la fondation n’en décident pas moins, quelques mois après la mort de Francesco, de le faire figurer en acteur des œuvres de miséricorde dans une série de seize scènes peintes sur les façades de son palais. Et l’une des sinopies subsistant de ces peintures externes semble bien le représenter au cours d’une discussion engagée à travers la fenêtre d’une prison94. Dans ce tribut exceptionnel qui affichait dans le décor urbain la figure d’un homme d’origine obscure qui avait légué à la ville de Prato un des patrimoines les plus importants du territoire florentin, la représentation intégrale des actes de charité primait sur les choix personnels du défunt.

Dialoguer à travers les murs

Ces missives, qui en évoquent également d’autres expédiées et reçues par les prisonniers, ne sont que des vestiges limités des flux verbaux qui se nouaient visiblement de façon ordinaire entre les prisons et l’extérieur. Comme témoignages écrits, elles ont déjà été décimées par les accidents survenus dans la transmission des papiers privés au fil des siècles ; mais elles relayaient aussi des messages oraux confiés à des tiers et des rencontres en face à face. Pour les lettrés comme pour les illitterati communiquant leurs affaires par écrit, la lettre est d’ailleurs couramment assimilée à une visite (vicitare/visitare per lettera) comme elle l’est aussi à un don95. Deux aspects principaux de cette porosité des prisons médiévales méritent donc une attention plus précise. Qui voulait et pouvait accéder aux prisons depuis l’extérieur pour y visiter les détenus ? Comment les prisonniers d’une société inégalement alphabétisée avaient-il accès à l’expression écrite et trouvaient-ils des émissaires pour porter leur courrier ?

L’attention portée aux liens possibles avec l’extérieur, moins évidents pour les détenus que dans leur situation antérieure, fait que des figures de second plan sont parfois évoquées pour le port de billets entre la prison et son environnement urbain, tout comme les captifs du Maghreb font allusion aux rares nefs de chrétiens qui peuvent leur apporter des missives et des biens depuis l’Italie et l’aire catalane. Certains personnages liés à la prison, comme un ragazzo ou fanciullo, peut-être fils d’un gardien ou petit valet, portent ces messages en ville96, tout comme d’autres porteurs anonymes97 et un certain Conte, qui semble correspondre au superviseur des prisons mentionné plus haut98. Giovanni Scali précise à Francesco qu’il peut renvoyer tel adolescent avec un message oral, que ce truchement saura comprendre et rapporter99. Un autre devait se rendre jusqu’à Prato, mais trouve finalement Francesco à Florence100. Certains parents venus visiter le prisonnier sont aussi utilisés à cette fin, comme la belle-mère de Bartolo di Gasparone, chargée de porter une lettre, ou la femme de Iacopo da Montepulciano pour un message oral101. Mais les dépendants de Francesco sont aussi envoyés à la prison, pour le courrier et quelques dons alimentaires102. Des visites directes sont par ailleurs assez souvent évoquées. Un garzone des Stinche avertit Giovanni di Iacopo Scali que Francesco est venu en vain le trouver au guichet (sportello)103. Giovanni évoque dans une autre lettre plusieurs visites du marchand104. Des représentants de Francesco, son associé Manno d’Albizo Agli puis son ancien facteur Giovanni Cirioni, rendent de même visite à plusieurs reprises aux prisonniers Meo d’Andrea à Pistoia et Antonio di Vitale à Pise105. Iacopo del Pecora reçoit d’abord un émissaire de Francesco lui offrant ses services. Tout en disant espérer rencontrer le marchand, il hésite encore à le faire venir dans un lieu aussi peu plaisant qu’une prison106.

Pour communiquer par écrit, les détenus devaient d’abord trouver les matériaux nécessaires, puis composer leur lettre, avant de la confier à un proche. Par ses aspects matériels, le dossier offre un témoignage important sur la forte diversité des compétences graphiques et culturelles qui caractérisent les prisonniers. Parallèlement à la variété de leurs contenus, très peu standardisés en comparaison des suppliques adressées aux princes et aux institutions, les missives présentent une diversité extraordinaire dans leur format, leur style et leur typologie graphique. Certaines ne sont que des petits billets, parfois griffonnés à la hâte107. À l’extrême opposé, quelques feuillets du lettré Iacopo da Montepulciano se rapprochent presque d’un manuscrit de bibliothèque, par leur mise en page régulière à bloc unique et leur écriture à main posée108. Iacopo est par ailleurs le seul à utiliser assez couramment la figure rhétorique de l’exordium ou sententia, affirmation générale dont l’on tire une application concrète pour préconiser une action109. Deux faisceaux d’éléments aident ainsi à mieux cerner qui pouvait écrire ces lettres. La comparaison des mains pour les séries écrites sous le nom d’un même individu, en et hors captivité ; et la typologie graphique, la mise en page et le formulaire épistolaire, qui tendent à classer le scripteur dans une tradition lettrée ou pratique, avec notamment la présence d’un protocole marchand radicalement étranger aux préceptes de l’ars dictaminis, qui a aussi permis aux couches urbaines inférieures de s’emparer de la communication écrite110.

Une première section du dossier apparaît à l’évidence autographe. Ce sont d’abord les séries de lettres écrites par un même individu, en captivité et souvent aussi au dehors. Dans le milieu lettré, il s’agit de Iacopo del Pecora ; dans celui des marchands, de Giovanni di Iacopo Scali, Giovanni di Bartolo Carocci (sauf pour quelques lettres dictées ou commissionnées après sa captivité), Bino Bini et Baldo Villanuzzi. Puis on peut réunir des individus ayant laissé des séries plus limitées, de deux à quatre lettres, avec présomption d’autographie car homogènes. Tel est le cas des marchands Bruno d’Attaviano Brunelleschi et Iacopo di Giovanni Franceschi, Pisan au Maghreb, d’Arrigo di Francesco di Lapuccio, qui semble lié au métier des armes, des boutiquiers ou artisans Bartolo di Codino, Meo d’Andrea et Piero di Bonuccio da Montopoli et du villageois Agnolo nipote del Mancino. Un autre groupe de détenus ne nous a laissé qu’une lettre par tête. On trouve parmi eux Johan de Auro, Catalan au Maghreb, avec Niccolò da Verona et Paolo di Lombardo, dont les graphies sont aisées mais n’évoquent pas la tradition marchande, ainsi que Feo di Matteo, Bartolo di Gasparone, Francesco prisonnier à Pise, Puccino di Puccino, dont les mains correspondent a priori à celles de boutiquiers et d’artisans ; enfin le jeune villageois Benedetto di Martino di Corso, dont la graphie est élémentaire.

D’autres lettres uniques laissées par un ou deux individus présentent au contraire de forts indices de médiation graphique, dans la mesure où les mains ressemblent à celles de notaires plus qu’à celle d’un esclave servant un marchand comme Antonetto, ou de villageois comme Bartolo di Vannino Foraglia, Iacopo di Francesco et Giontone di Cecco (avec graphie identique pour les deux billets 9300039-9300040 et très proche pour le billet latin 128042), Piero da Barberino et Nuccio Nutarelli. Dans quelques cas, la diversité des mains écrivant sous un même nom ou la pluralité des prisonniers d’un billet collectif laissent plus difficilement comprendre si l’une des mains peut correspondre à un expéditeur. C’est le cas du menuisier Cristofano di ser Francia, dont les trois lettres de prison sont d’une même main mais qui en a laissé une autre de main différente, cinq ans plus tôt ; de son confrère Antonio di Rosone dont les trois lettres conservées, comme les deux du fourreur Niccolò di Gherardo, sont attribuables à autant de scripteurs distincts ; et du billet recommandant des prisonniers aux recteurs de la fondation Datini, dont les deux premières lignes tracées d’une main cursive sont suivies des noms des prisonniers, écrits en graphie élémentaire. Enfin deux cas fascinent par le recours à de très nombreux scribes. Le rejeton d’une famille ancienne et fortunée de Prato, Agnolo di messer Giovanni Benamati a laissé en l’espace de six ans autant de lettres, écrites en prison comme à l’extérieur par autant de mains allant de graphies élémentaires à la cursive mercantesca. Sa propre graphie, élémentaire, semble correspondre au billet écrit à Bologne, souscrit Io, Angnolo di misser Giovanni111. La médiation paraît correspondre ici au recours à des scripteurs plus compétents, qu’il trouve donc également en prison.

Les 32 missives du menuisier Antonio di Vitale ont été écrites au cours de 24 ans par 21 mains dont, parmi les graphies élémentaires, une main qu’il déclare être la sienne et dont il reconnaît la maladresse : Voi sapete che io iso [sic] male isch[r]ivere. Pe[r]ta[n]to m’ò fato isch[r]ivere a uno at[r]o pe[r] posare meglo i[n]te[n]dere112. Ses 20 autres scripteurs se répartissent à la fois par périodes et par localités, au cours d’une vie d’autant plus itinérante qu’Antonio est banni du territoire florentin durant une longue période. Ce n’est que lorsqu’il se trouve plus isolé dans des villages ou à Mantoue, où il ne fait peut-être que passer, qu’il se résout à prendre la plume. Il trouve ailleurs facilement des scribes, appartenant à des milieux variés, si l’on en juge par les typologies graphiques : mains élémentaires d’artisans ou de boutiquiers et peut-être parfois d’un religieux, cursives de marchands. Durant les mois qu’il passe en prison, les scribes ne lui manquent pas non plus. En 1391 à Prato, trois lettres de la même main semblent envoyées de la prison. Il n’est pas tout à fait clair si une missive postérieure du même scribe est aussi écrite en détention ou si celui-ci retrouve Antonio à l’extérieur après être venu le voir en prison. À Pise, deux lettres de décembre 1409 présentent la même graphie qu’une lettre de prison de juillet 1410 et elles posent le même problème de la date d’incarcération. Parmi les trois autres mains correspondant plus clairement à cette détention, une apparaît dans trois missives de février 1410, encadrant celle d’un autre scribe. Les quatre mains correspondant à la détention de 1410 évoquent en tout cas des scripteurs accoutumés à l’expression écrite, pour la plupart plus proches de l’activité marchande que de l’artisanat ou de la culture latine. Quelques-unes apparaissent proches de mains qui tiennent la plume pour des agences florentines de Pise de la période, comme celles de Niccolò Ciampelli et Bindo d’Uguccione ou de Giovanni Quaratesi et Leonardo Ventura. La lettre de mai 1410 (6100661) paraît s’identifier avec la graphie du marchand Barnaba di Francesco, attesté à Pise par sa correspondance de la période et qui ne semble pas avoir été emprisonné. S’il n’est pas exclu que certains détenus aient pu aussi trouver des scribes parmi leurs compagnons de captivité ou des administrateurs de la prison, il faudrait ainsi surtout considérer que des visiteurs pouvaient prendre la plume pour les prisonniers puis assurer le service postal, tout comme d’autres, tel Giovanni Cirioni, venaient s’entretenir régulièrement avec eux. À travers tous ces flux verbaux, peu médiatisés par un personnel lié à l’institution, qui visent à mettre un terme à la captivité ou à alléger les souffrances du moment, c’est en tout cas l’image d’une forte porosité des prisons médiévales que restitue ce dossier.

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  • Piattoli, R. (1934) : “Un tragico pellegrinaggio di corsi al S. Sepolcro alla fine del sec. XIV”, Archivio storico di Corsica, 10, 269-270.
  • Rao, I. G. (1996) : Il Carteggio Acciaioli della Biblioteca Medicea Laurenziana di Firenze, Rome.
  • Scarton, E. (2007) : Giovanni Lanfredini, uomo d’affari e diplomatico nell’Italia del Quattrocento, Florence.
  • Stella, A. (1997) : “Des esclaves pour la liberté sexuelle de leurs maîtres (Europe occidentale, XIVe-XVIIIe s.)”, Clio, 5, 191-209.
  • Supino, L. (1907) : “Intorno alla prigionia di Jacopo da Montepulciano”, in : Mélanges Chabaneau. Volume offert à Camille Chabaneau, Erlangen, 1035-1039.
  • Trexler, R. C. (1980) : Public Life in Renaissance Florence, New York-Londres.
  • Uccelli, G. (1861) : Della compagnia di S. Maria Croce al Tempio, Florence.
  • Ventura, D. (1992) : “Cronaca di un riscatto. Dalle lettere di Giovanni Carocci, mercante pisano ‘schiavo’, in : Tunisi (1384-1387)”, Ricerche storiche, 22, 3-20.
  • Vicaire, M.-H. (1978) : “La place des œuvres de miséricorde dans la pastorale en pays d’oc”, in : Assistance et charité, 21-44, [en ligne] https://www.persee.fr/doc/cafan_0575-061x_1978_act_13_1_1188 [consulté le 20 déc. 2021].
  • Zaccagnini, G. (1925) : “Iacopo da Montepulciano”, Giornale storico della letteratura italiana, 86, 225-288.

Notes •••

  1. L’instrument d’approche de ces séries, le Datini on line http://datini.archiviodistato.prato.it [consulté le 14/06/2021], présente les données de base de chaque lettre et ne mentionne la détention que lorsque sa mention apparaît dans la souscription. L’examen de nombreux secteurs du fonds ainsi que d’autres missives des captifs déjà repérés a toutefois permis d’accroître ce lot. Pour quelques prisonniers comme Giovanni di Iacopo Scali ou Antonio di Vitale, le texte de certaines missives ne permet pas de comprendre clairement si elles se situent juste avant, durant ou peu après la détention, sauf quand celle-ci est signalée par la lettre d’un tiers, comme pour Antonio di Vitale en mars 1391 (Archivio di Stato de Prato [désormais ASPo], Archivio Datini [désormais D.] 1105, 1401023) ; elles n’ont autrement pas été comptées dans ce dossier.
  2. Florence, Biblioteca nazionale centrale, II, V, 11, fol. 20 ; II, V, 10, fol. 302, 306 et 309. Sur cette famille, Scarton 2007.
  3. Lucrezia Tornabuoni, éd. Salvadori 1993, 34.
  4. Kent & Corti 1991, 18.
  5. Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994.
  6. Notamment par Davis [1987] 1988.
  7. Ainsi procèdent à la fois des amis de Francesco Datini, dont son conseiller, le notaire ser Lapo Mazzei, qui lui recommande des personnes à secourir, et quelques tiers sans lien direct, comme fra Giovanni ministre du tiers-ordre franciscain de Calvi, qui lui demande d’aider un groupe de 40 pèlerins capturés par les Maures et détenus à Bône (Piattoli 1934).
  8. Trois lettres expédiées par un facteur de l’agence Datini d’Avignon et ses associés locaux évoquent néanmoins la capture et détention du premier par des brigands sur une route proche du mont Ventoux, à l’occasion d’un voyage de Milan à Avignon (D.322, 2317 et 2679, D.621, 511520 ; Hayez 2005, spécialement 210-211 et 336-337). Sur la capture à Finale Ligure par le marquis Lazzarino del Carretto d’ambassadeurs et d’autres notables florentins en voyage, voir les lettres de Naddino Bovattieri (Hayez 2001, 439-440, 520-521).
  9. Ventura 1992 ; Ciano 1966.
  10. Houssaye Michienzi 2013, 104-105, 323-325.
  11. D.1076, 424349.
  12. D.1060, 315954.
  13. D.1110, 132260.
  14. D.1110, 1101866 et D.1112, 9293082-9293083 et 802023.
  15. D.321, 2656 ; D.426, 303067 (pour la citation) ; D.427, 303050 ; Brun 1935-1938, t. 12, 79.
  16. Sur le contexte diplomatique de cette campagne, voir Brucker 1977, 136. Parmi les noms de capitaines cités, souvent sous forme toscanisée, uno chaporale ch’à nome Iachomo da Pavia chonpangnio di mesere Lionardo Malespini (D.1110, 132002), uno chaporale ch’à nome Martino da Pavia et chuono [sic] chaporale ch’à nome messer Antonio Balestracio (D.1110, 132003 ; le second aussi mentionné dans D.1110, 127758 et D.468, 103418), Simone da Parma compangnio de Giovani da Lanchia conestabele da piè de la compangnia del segniore meser lo conte [di Virtù] (D.1116, 127762), uno Niccholò da Felatt[…] (D.1110, 6300628), Antonino (D.1110, 6100422), I chaporali che ànno i detti prigioni sono Giovani della Roccha brettone e Istefano Istefan unghero e altri (D.1110, 133529). Dans une autre collection épistolaire, une lettre de Iacopo d’Appiano dirigeant de Pise déplore les ravages commis par les troupes florentines en 1395, dont le rapt d’un jeune berger de Legoli pour lequel est exigée une rançon exorbitante (Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Ashburnham 1830, II, 293 ; Rao 1996, 319).
  17. Certaines lettres sont explicitement envoyées de Pontasserchio (D.1110, 134765) ou de la Val di Serchio (D.1110, 9300039-9300040) ; une autre de Pontremoli (D.1114, 128042).
  18. D.1116, 127762 ; D.1110, 9300039.
  19. D.1110, 6100422 et 131920.
  20. Quinze ou seize noms sont mentionnés selon qu’on assimile ou non l’un d’eux au Piero da Barberino qui a laissé une lettre (D.1110, 1400058, 131920, 6100635, 6100422, 132002-132003, 132221-132222, 133529, 127758, 6000047 ; D.467, 104081 ; D.468, 103418-103419).
  21. D.1110, 9300036-9300037.
  22. ASPo, Comunale, Atti giudiziari 507, fol. 86v.
  23. Outre ses lettres D.1104, 6100652-6100653, 6100655 (Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 537-539). Voir également D.1091, 132467 et 132489, D.1105, 1401023, 1401025, 1401029.
  24. Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 531, 539-543, 547-548 ; D.1174/3, 1324, fol. 34 (laissez-passer à lui accordé par la Seigneurie de Florence en mai 1407 pour circuler dans le territoire).
  25. D.1090, 6100634. Sur ce personnage, voir Marcheschi 2012, 220, 223. Il semble être le seul esclave à avoir laissé une lettre, non autographe, dans ce fonds, par ailleurs riche d’informations sur la condition des esclaves domestiques présents dans de nombreuses villes de la Méditerranée occidentale (Livi 1928 ; Origo 1955 ; Stella 1997 ; Boni & Delort 2000 ; Marcheschi 2012).
  26. Ser Lapo Mazzei, éd. Guasti 1880, t. II, 343-347 ; Supino 1907 ; Zaccagnini 1925 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994.
  27. D.1091, 133248-133249.
  28. D.1110, 134726. Un an plus tôt, en septembre 1401, il se disait déjà enfermé depuis 12 ans (D.497, 424122) et en octobre 1394, parlait d’une détention d’environ 54 mois (D.182, 317032). Cependant, ses lettres de 1390 à mars 1392 n’évoquent pas l’enfermement et les relations cessent ensuite jusqu’en octobre 1394, où la détention devient au contraire explicite, comme dans quelques lettres non datées.
  29. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 70.
  30. D.1110, 134726.
  31. Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 67-68. Une missive de 1436 de Lodovico de’ Manfredi comprenant une lettre des Prieurs aux gardiens des Stinche précise aussi que les débiteurs d’un montant dépassant un certain seuil se voient transférés dans cette section moins reluisante (Florence, Biblioteca nazionale centrale, II, V, 10, fol. 262).
  32. D.1076, 424349.
  33. D.1116, 127762.
  34. D.468, 103418-103419.
  35. D.1110, 9300036.
  36. Uno paço che èe qui in prig[i]one sì m’à ’cusato al soprastante che voleva ronpere la prig[i]one – e Dio lo sa che nonn è vero – ma egli lo fé perché avemo parole insieme. E brevemente il soprastante lo disse al capitano e egli mandò per me e per uno altro prig[i]one e diede a me 10 strapate di colla (D.1104, 6100647) ; autre soprastante mentionné à Prato (D.1101, 134772).
  37. Ibid. Un autre prisonnier, Bino Bini, rappelle ses entraves dans la souscription de ses lettres : Per Bino Bini isve[n]turato, fata i[n] prigione cho’ feri i[n] ga[n]ba i[l] dì e la note, Per Bino Bini isventurato, vecchio e povero e i[n]fermo e i[n] prigione cho’ feri i[n] ga[n]ba i[n] Pisa (D.1091, 6100124-6100125).
  38. Io come disperato, ponendo giù ogni ricordo dell’antica nobilità di casa mia, di tanti honorati cavalieri, di tanto lu[n]go stato et sì bella picciola signoria e tanto anticata, et voglo humiliarmi alla vituperosa mitera dell’offerta che si fa per questa sancta Pasqua, et così ò ordinato, s’io potrò, d’essere offerto come povero, misero, abandonato dagl’uomini (D. 1095, 131515 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 73).
  39. D.1104, 6100647, 127792-127793 ; Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 547-548. Le même personnage est qualifié par lacopo da Montepulciano de [i]l Conte padre e procuratore ed aiutatore de’ poveri (D.1095, 131617 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 78).
  40. Qui muoio di fredo e dell’altre [cose ?] (D.1090, 6100634).
  41. Se mai c’entrò niuno povero e in miseria, io sono d’eso però ch’io ci sono istato 4 dì e mai non mi fia mandato né pane né vino né cosa di che si viva, e non ò né di che vivere né dove dormire (D.1090, 6100340).
  42. D.1110, 9300036.
  43. D.1097, 9300031.
  44. Il prete delle Stinche che mi dà ongni mattina VI pezzuoli  di pane, come dà agli altri che pigliano limosina, che sono per pani uno e mezzo, innanzi meno. Pertanto vi priegho ch’io vi sia racchomandato e che mi caviate di queste carciere e cche mi mandiate per l’amore di Dio qualche cosa sicch’io ci possa vivere, sicch’io non ci muoia di fame e di sete (D. 1101, 132685).
  45. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 71.
  46. Ricorro a voi, pregandovi che per quattro o per sei dì mi prestiate un paio di lençuoletti dal mio lettuccio, il quel è i· lungo tre braccia e mezo e largo due e mezo, un pai’ di quelli da famigla, tanto ch’io faccia lavare un paio ch’io n’ò, da poi che la fortuna m’à condotto in modo ch’io non n’ò più che uno paio. E subbito ch’io riarò le mie dalla lavandaia, vi rimanderò le vostre prestamente (D.1089/2, 131620 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 76).
  47. D.1097, 9300031 et 133189 ; D.1090, 6000123.
  48. D.1114/2, 1402748.
  49. Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 67.
  50. D.1095, 131617 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 78.
  51. I’ ò tanto dolore e dispiacere ch’i’ ò spesso la febbre e non mangio né beo cosa che pro mi faccia (D.546, 401044).
  52. E questo difeto di questa sordagine pressi in pregione e seguimi più anni per ispazzio di 2 in 3 messi per volta. Ora, esendo io in Tolossa, mi fu dato alquno rimedio, il quale ò seguito e continov[an]do quello presso a 4 anni, m’à lasciato in pacce, e ora pure m’à rasalito (D. 629, 800445).
  53. Di continovo sono istatto dentro a· letto, che sono passatti se be· mi richorda presso a 6 messi che in verità non chredo che in tutto il detto tempo tra dì e notte io ne sia istato di fuori 3 dì, rechato tutto insieme, e di continovo pasionato di febre e d’uno difetto fra l’atre mie faticche da 3 anni in qua m’à gravato e grava per modo del tutto mi confonde del malle della renella, ché dì e notte mi perseguita e tormenta, e àmi datta e dà tanta tempesta che mi varebe meglio la morte che lla vitta. […] E questo maladetto difetto pressi in pregione nel principio, e poi m’è soprabondatto per lo continovare di istare in cassa (D.631, 800431).
  54. Lo esercizio dello scrivare, del quale io la mia vita conduco, e assai miseramente (Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 67) ; Solo la penna con che scrivo è il podere mio e la mia ricolta (D.1095, 131612) ; V’ò ritardato la risposta di quella nobile dompna a quello signore, conciosiacosaché l’arte del dire richiegha studio, tempo, pensiero e fatica, non considerata a chi non sa l’arte. […] io vi mando cosa la quale parrà che voi abbiate amico atto a honorarvi in questa arte, della quale arete honore. […] Lo scrivere a prezo mi guasta lo ‘ngegno, e nondimeno, s’io voglo vivere, mi conviene pure tenere il collo a questo giogo, che, se questo non fosse, io arei fatta venire a luce alcuna opera cominciata, della quale mi penso arei honore e fama (D.1095, 131618 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 75).
  55. Io ne sono diventato rattratto d’uno bracc[i]o e non mi posso aiutare di nulla. […] Sì che pertanto prego voi per l’amore di Dio mi socoriate di due fiorini a c[i]ò che io possa conperare certe untioni mi bisogna per lo bracc[i]o e che io poss’avere tanto possa lavorare (D.1104, 6100647 ; Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 547). Se voi potesse fare costà con qualche amico del soprastante che gli scrivesse una lettera che mi cavavasse [sic] questi feri, ché non mi lassano lavorare né fare cosa buona (D.1104, 127792 ; Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 548).
  56. Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 67-68. Sur cet épisode, voir Molho & Sznura, éd. 1986, 146 et Piattoli 1927-1930, t. 8, 180-181.
  57. Notamment pour Meo d’Andrea : Ispiatte a Pisa, e se non è ancho pegio ch’io no[n] dicho, baldamentte ffattemi morire in prigione (D. 1097, 9300031 ; formulation presque identique dans 133187) ou pour Bino Bini : Ògra[n]de pagura dinone morire i[n] prigione e di none venire a le mercèatrui (D.1091, 6100124).
  58. Pour Giovanni Scali, détenu pour dettes : Francescho, il servirmi voi di questo è uno arecharmi da morte a vita (D.344, 132) ; Servendomi di questo, siete in parte chagione atarmi uscire di questa sepoltura dove sono stato sopelito vivo XII anni chon grandisima amaritudine e disagio d’animo e di chorpo (D.719, 424122), ou Paolo di Lombardo, captif des soldats : Io vi priego per amore di Dio m’aiuttiate di quello che v’è possibile d’aiutarmi e io potrò dire per voi essere riconperato da morte ad vita, se voi m’aiutate di quello potete. […] Riconperatemi per vostro servo da morte ad vita (D.1104, 134787).
  59. D.1091, 133236-133239.
  60. Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 69.
  61. Voir pour leurs profils biographiques et l’intégralité de leur correspondance, Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 529-555.
  62. Ventura 1992, 7-9.
  63. Sono più chose, e la principale è ‘l male stato ch’àno ogi qui que’ della nostra famiglia, e questo m’à nociuto più ch’altro e nuoce, ché tale cholle fave mi fa chontro che no· mi chonosce, né forse mai mi vide, ma udendo nomarmi esere delli Schali, m’à ofeso (D.1110, 134726) ; Perch’io richegia di questo, no[n] ti maraviglia però quanti chonsorti ò sono quasi fuori di qui e in bando e · loro entrato in chomune per modo le loro pichole famigliuole ànno faticha di potere vivere a stremità (ibid.).
  64. Hayez 2019, 441-442.
  65. Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 529-549.
  66. Hayez 2012, 192-193.
  67. Trexler 1980, 131-158 ; voir aussi sur les rapports du marchand avec la classe politique florentine Hayez 2006, 440-441 ; Hayez 2012, 184-186.
  68. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 70.
  69. D.1095, 131618 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 75.
  70. Limosine da più cittadini ricevo, et ècci di quelli che, oltra alle limosine, mi sovengono spesso nelli stretti bisogni (D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 70-71). Dans la même lettre, il évoque une avance qu’il aurait demandée à un autre marchand, si celui-ci était présent à Florence.
  71. Respectivement D.1101, 132685 et D.1097, 133188.
  72. D.1101, 132686 ; de même pour Puccino di Puccino avec son fils de 12 ans (D.1101, 134772).
  73. D.1098, 134306.
  74. D.1113, 133837.
  75. D.1090, 6100634.
  76. D.1104, 6100655 et Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 530-531, 538-539. L’affaire est aussi évoquée par d’autres correspondants (D.1091, 132467 et 132489 ; D.1105, 1401023, 1401025, 1401029).
  77. Hayez 2006, 431-433.
  78. Ricorro a voi per l’amistà e conoscenza avemo con voi quando era a Genova e voi a Vignone, eziandio costà (D.442, 401047 ; Ventura 1992, 18). Voir également D.1101, 134787, D.1091, 6100148, D.1090, 6100340, D.1095, 131612, Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 70.
  79. Piattoli, 1934. Pour d’autres lettres se rapprochant de la circulaire, voir celle de Iacopo di Giovanni Franceschi, captif pisan au Maghreb portant comme adresse, à l’extérieur, domino Cristofano di Bartalo e Bastiano e tuti li autri merchanti fiorentini in Maiorichaet, à l’intérieur, A voi, merchanti fiorentini (D. 1076, 424349). Voir également les deux lettres de Giovanni Carocci datées du 20 juillet 1384, qui présentent des développements inégaux mais reprennent un peu dans les mêmes termes le récit de la capture et la demande de secours (D.442, 401047 et 401043 ; Ventura 1992, 18-20) ou les trois demandes de secours presque identiques envoyées par Cristofano di ser Francia en moins d’un mois (D.1092, 6300715-6300717 ; Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 554-555). Voir aussi la note 14.
  80. Notamment Agnolo di messer Giovanni Benamati : Io astetto [= aspetto] voi mi serviatte diel [sic] mio medesimo (D.1090, 6000122) ; et en parlant d’un désaccord sur l’état comptable de sa relation avec Francesco : Voi tenete uno openione, io ne tengho un altro (D.1090, 6000124).
  81. Outre l’usage de termes comme grazia, piatà, misericordia, la formulation peut être explicite : Idio che ongni chosa vede ve ne renderà per me merito (D.719, 424121) ; Iddio per me ve ne renderà merito (D.1090, 6100340).
  82. Pregoti che per amore e’ ti piaccia operare ne’ miei servigi come per fratello […] non perderai il servigio ; ancora ti potrei venire a taglo (D.541, 4001041) ; E aitandomi, voi dovete sapere che voi non potete perdare con mecho (D.1110, 9300039) ; propositions de travailler (D.1110, 9300039 ; D.1104, 6100655 ; D.1097, 133188-133189 ; D.1098 , 134306).
  83. Vicaire 1978.
  84. D. 1098, 1402987 ; texte similaire dans son autre lettre D.717, 703460.
  85. Bernardino da Siena, éd. Delcorno 1989, t. I, 205, 515-517, t. II, 959-960, 973, 977, 1039, 1175, 1178-1180, 1190, 1376-1377. Un siècle plus tôt, cette pratique est beaucoup moins préconisée dans des recueils comme la Scala coeli de Jean de Gobi ou le Carême de Giordano da Pisa (Le Blévec 2000, t. I, 83-84 ; Giordano da Pisa, éd. Delcorno 1974).
  86. Voir par exemple sur la pratique testamentaire Nucé de Lamothe 1978 ; Chiffoleau 1980, 302-307 ; Le Blévec 2000, t. I, 187-188, 208-209, 211-213, 286 ; La Roncière 1993a, 245-249 ; Cohn 1988, 51 ; sur les confréries, spécialisées ou non dans l’assistance aux prisonniers, Hayez 1999, spécialement 178-179 ; Le Blévec 2000, t. I, 276-277 ; Uccelli 1861.
  87. Dossat 1978 ; Cipollone 2010. On peut en dire autant des legs destinés au même effet (Chiffoleau 1980, 291-292).
  88. Par exemple Bernardino da Siena, éd. Delcorno 1989, t. II, 977.
  89. La Roncière 1993a, 235-236, 277.
  90. Byrne 1989 ; Brambilla 2010, XVII-XLVIII.
  91. Hayez 2012, 176-178, 191 ; sur les échos de cette réputation charitable dans les lettres des détenus, D.1091, 6100148, 6100289 et 6100293 ; D.1090, 6100634 ; D.1101, 132685 ; D.338, 130 : Voi fate tuto dì delle limosine de’ beni per Dio. Fate chonto questa sia una di quelle facciate a un bisognoso ; D.719, 424121-424122; D.1090, 6100340 : Mi richordo di voi che siete fonte di piatà e di misericordia e di charità, il perché io richordo [= richorro] a voi.
  92. La reconnaissance de dette sous seing privé de Giovanni Scali pour les 25 florins reçus de Francesco représentant Boninsegna en juillet 1396 a été conservée (D.1170, 1129).
  93. Ser Lapo Mazzei, éd. Guasti 1880, t. II, 283.
  94. Piattoli 1930, 108-132, XXXIV-XXXVIII ; Helas 2012, spécialement 159-160.
  95. Hayez 1997, 39. Une lettre de Iacopo del Pecora postérieure à sa détention reprend la formulation essere per vostra lettera vicitato (D.1095, 131619 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 80).
  96. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 72.
  97. D.338, 131 et 135 ; D.1114, 118042.
  98. D.1095, 131614 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 74.
  99. Perché voi non v’abiate a fatichare tanto, mando a voi questo fanciullo chon questa iscritta. Per lui mi potete ma[n]dare a dire quello volete. Il fanciullo è inte[n]dente e saprami be· raportare quello li chometerete (D.338, 134).
  100. D.338, 129.
  101. D.1091, 6100293 ; D.1095, 131617 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 78.
  102. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepucialno, éd. Marigliani, 71 ; D.1101, 132686.
  103. E’ pare che voi venissi qua, sechondo mi dicie questo gharzone, e trovasti lo sportello seratto, di che mi dispiacie (D.338, 134).
  104. Per le venute ch’avete fatte qua a me e per le proferte fatemi mi vi rendo tanto obrighato che più no[n] posso esere (D.338, 131).
  105. D.1097, 133187 ; D.1104, 6100647, 127791-127793, 6100661.
  106. D.1095, 131612 ; Jacopo da Montepucialno, éd. Marigliani 1994, 71 ; Io conosco bene che la mia è villania invitarvi a questo luogo e farvi qua venire (D.1095, 131614 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 74).
  107. D.1116, 914592 ; D.1114/2, 128042 ; D.1113, 6000176 et 133837.
  108. D.1095, 131612.
  109. D.1095, 131611, 131612,131618 ; Jacopo da Montepulciano, éd. Marigliani 1994, 69, 70, 75. Giovanni Carocci utilise pour sa part le seul exordium bien connu des marchands car utile en toutes circonstances : al bisogno si conosce l’amico(D.442, 401043-401044 ; Ventura 1992, 19).
  110. Hayez 1997.
  111. D.324, 2296.
  112. D.1104, 127779 ; Hayez & Toccafondi, dir. 2012, t. II, 541. Formulation comparable dans la lettre D.1104, 6199645, ibid., 542.
ISBN html : 978-2-35613-413-4
PRIMALUNA_15
Posté le 11/11/2021
EAN html : 9782356134134
ISBN html : 978-2-35613-413-4
Publié le 11/11/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-415-8
ISBN pdf : 978-2-35613-414-1
ISSN : 2741-1818
21 p.
Code CLIL : 3385 ; 4117
DOI : 10.46608/primaluna15.9782356134134.14
licence CC by SA

Comment citer

Hayez, Jérôme (2021) : “Communiquer depuis la prison. Lettres de prisonniers et captifs de l’Archivio Datini (Toscane, vers 1400)”, in : Charageat, Martine, Lusset, Élisabeth et Vivas, Mathieu, dir., Les espaces carcéraux au Moyen Âge, Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 15, 2021, 235-256 [en ligne] https://una-editions.fr/lettres-de-prisonniers-et-captifs-de-archivio-datini [consulté le 30 octobre 2021].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Montage à partir de
•Besançon, BM, ms. 148, fol. 182
•Chambéry, BM, ms.1, fol. 203v
•Tours, BM, ms. 52, fol. 2
•Avignon Bibliothèques (Ville d’Avignon), Dépôt de l’État, ms. 136, fol. 330v (Carole Baisson, Ausonius).
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