La prison médiévale du château de Caen.
Nouvelles approches historiques et archéologiques

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Introduction

En 1998, la ville de Caen a lancé un programme de conservation et de mise en valeur du château de Caen. Un premier programme de restaurations et d’aménagements a débuté en 2002, comprenant la restauration des remparts nord, est et sud, la construction d’une salle d’exposition temporaire (les “Salles du Rempart”) et l’aménagement de l’Esplanade de la Paix. D’un point de vue archéologique, ceci a débouché sur un diagnostic en 20041, une fouille en 2005 à l’emplacement des Salles du Rempart2 et, entre 2011 et 2014, à une fouille programmée sur une grande salle du XIIe s.3. En parallèle, ont eu lieu deux études d’archéologie du bâti sur les courtines nord-ouest en 2004-20054 et nord-est en 2014-20155.

Le projet de restructuration du château est entré dans une deuxième phase en 2016, avec un programme d’aménagement patrimonial, culturel et paysager, qui a conduit à la réalisation de missions d’évaluation et d’archéologie du bâti, conduites par l’Inrap. C’est tout d’abord le donjon qui a été investi en 20166 puis, en 2018, le Vieux Palais7. Un diagnostic archéologique a été également effectué sur l’ensemble du château en octobre 20168. Lors de sondages réalisés dans le cadre de l’étude de bâti de la courtine nord-est, quelques portions de murs avaient été mises en évidence aux abords de l’enceinte et une partie d’entre elles avait été identifiée comme vestiges de l’ancienne prison médiévale9. Lors du diagnostic de 2016, une tranchée (TR12) a donc été implantée afin de pouvoir vérifier cette hypothèse et cerner l’emprise de cet édifice (fig. 2).

En 2019, un Projet Collectif de Recherche, intitulé “Le château de Caen (XIe-XXIe s.) : Archéologie, textes et iconographie” et associant archéologues, historiens et historiens de l’art, a été lancé sous la coordination de L. Bourgeois10. C’est dans ce cadre qu’a été effectué un travail de master 2 centré sur la réalisation d’un Système d’Information Géographique regroupant données archéologiques et recalage des plans d’époque moderne11.
Ce travail a, entre autres, conduit à analyser l’ensemble des données disponibles sur la prison du château, tant archéologiques que textuelles ou iconographiques, afin de préciser nos connaissances sur ce lieu et de donner un aperçu de son organisation matérielle.

Rappel historique sur le château de Caen

 Plan actuel de la ville de Caen, avec la localisation du château, de l'enceinte urbaine entourant le bourg au XIIe s. et des deux abbayes. (DAO : B. Guillot, Inrap)
Fig. 1. Plan actuel de la ville de Caen, avec la localisation du château,
de l’enceinte urbaine entourant le bourg au XIIe s. et des deux abbayes.
(DAO : B. Guillot, Inrap)
 Plan actuel du château avec la localisation des différentes opérations archéologiques depuis les années 2000. En rouge est représentée la tranchée dans laquelle les murs de la prison ont été mis au jour. (DAO : B. Guillot, Inrap).
Fig. 2. Plan actuel du château avec la localisation des différentes opérations
archéologiques depuis les années 2000. En rouge est représentée la tranchée
dans laquelle les murs de la prison ont été mis au jour.
(DAO : B. Guillot, Inrap).

La ville de Caen apparaît dans les textes vers 1025. Durant la seconde moitié du XIe s., sous Guillaume le Conquérant, la ville prend véritablement son essor, avec la construction d’un château, d’une enceinte urbaine et la fondation de deux abbayes (fig. 1).

Le château est construit vers 1060 sur un éperon rocheux qui domine la ville au nord-est. Une vaste enceinte irrégulière (fig. 2) enclot alors une surface de 5 hectares qui peut être divisée en deux parties : au sud, un quartier urbain déjà existant autour de l’église Saint-Georges, avec un accès piéton donnant directement sur la ville par la Porte Saint-Pierre et, au nord, le domaine palatial proprement dit. Au XIIe s., ce dernier comprenait principalement :

  • une tour maîtresse quadrangulaire construite vers 1120 sous Henri Ier Beauclerc, protégeant l’entrée principale située au nord de l’enceinte ;
  • le Palais comprenant des éléments du XIe s. (ancienne aula, chapelle et appartements privés), augmentés par de nouvelles constructions ;
  • une première grande salle, dite salle de l’Échiquier, construite à la fin du XIe ou au début du XIIe s.12 ;
  • une seconde grande salle, édifiée au nord-ouest au milieu du XIIe s. par Henri II Plantagenêt ;
  • des écuries et une prison, citée à la fin du XIIe s.

Au XIIIe s., à la suite du rattachement de la Normandie au domaine royal, le château se transforme avec le creusement d’un fossé protégeant une chemise, dotée de quatre tours d’angles, édifiée par Philippe Auguste autour de la tour maîtresse. L’ancienne entrée principale est alors détruite et c’est probablement à cette époque qu’est édifiée la “Porte des Champs” au nord-est. Entre les deux grandes salles est installée une première forge, remplacée au siècle suivant par un nouvel édifice imposant construit juste à côté. De nouveaux bâtiments résidentiels sont édifiés le long de la chemise du donjon, ainsi que le “logis du Roi”, qui sert de logement aux baillis ou aux capitaines du château.

Durant la Révolution, la tour maîtresse est arasée et ses fossés en partie comblés. Puis, entre la fin du XIXe et le début du XXe s., plusieurs grands bâtiments servant de caserne sont construits au nord du château, en partie sur les fossés comblés. L’emplacement du donjon, désormais disparu, sert alors de place d’armes pour la caserne Lefebvre.

La prison d’après les données textuelles

Localisation

Comme la majorité des bâtiments qui occupaient les cinq hectares du château de Caen, l’ancienne prison, mentionnée à de nombreuses reprises dans les textes entre le XIIe et le XVe s., n’existe plus. Nous savons cependant qu’elle se trouvait entre la tour sud-est du donjon et la porte des Champs13. Cette localisation a été déduite à partir d’une quittance de 1409 qui fait mention de travaux dans trois des quatre tours du donjon14 :

C’est assavoir avoir couvert de pierre d’ardoise III lucarnes qui sont en une des tours rondes de devers la barbaquenne [aujourd’hui La Roquette] et plusieurs pertuis qui estoient en ladite tour ainsy que mestier estoit. Item, en la seconde tour de l’entrée, auprès du pont d’icelli donjon [donc la tour sud-ouest], avoir restouppé plluseurs pertuis qui y estoient, rappareillé bien et deuement partout ou mestier estoit. Item avoir recouvert en la tierce tour auprés de la jeolle une lucarne et tous les pertuis qui y estoient à recouvrir en ladicte tour15.

Les deux premières tours correspondent à l’une des tours qui font face à La Roquette et à la tour sud-ouest ; “la tierce tour auprès de la jeolle” était sans doute la tour sud-est, qui se trouvait du côté de la basse-cour. Sur un plan daté du milieu du XVIIe s. (fig. 3), la geôle médiévale a été identifiée au bâtiment en forme de L, doté d’une cour intérieure visible16. Ce bâtiment est également représenté sur la totalité des nombreux plans du château dressés entre le XVIe s. et la fin du XIXe s. Les données de la fouille (présentées plus loin) confirment que cette identification est sans doute correcte.

 Le secteur de l’ancienne prison médiévale vers le milieu du XVIIe s. Détail du Grand Atlas de France, t. III, fol. 60. (dit Atlas de Louis XIII). (Vincennes, Service Historique de la Défense, Bibl. Génie, Mss., Atlas 2, détail).
Fig. 3. Le secteur de l’ancienne prison médiévale vers le milieu du XVIIe s.
Détail du Grand Atlas de France, t. III, fol. 60. (dit Atlas de Louis XIII).
(Vincennes, Service Historique de la Défense, Bibl. Génie, Mss., Atlas 2, détail).

Premières traces écrites

Les premières attestations écrites de la prison du château de Caen remontent à la fin du XIIe s. En 1180, 1195 et 1198, on rencontre plusieurs mentions de la terre de la geôle de Caen17 et, en 1195, des travaux de réparation ayant coûté un peu plus de 57 sous sont effectués dans la geôle du château de Caen18. Il va de soi qu’une date de première attestation n’équivaut pas nécessairement à une date de construction, d’autant plus qu’il est question ici de réparations. On peut donc faire remonter la construction de la prison à plusieurs années avant la mention de sa réparation : peut-être vers les années 1160-1170, au cours desquelles Henri II Plantagenêt exerça le gouvernement direct de la Normandie et effectua des travaux d’envergure dans de nombreux châteaux19. La prison pourrait même remonter à la construction du château lui-même, soit vers 1060.

Peu d’informations nous sont parvenues sur la prison, les prisonniers et les geôliers du château de Caen avant le XIVe s. Tout au plus savons-nous qu’à la fin du XIIe s., le geôlier, dont la charge était tenue à ferme, était un certain Thomas Portarius, ou Thomas le Portier, qui cumulait sans doute sa fonction de garde de la geôle avec celle de garde de la porte du château, une double casquette que l’on retrouvait fréquemment dans d’autres châteaux20. Celui-ci était d’ailleurs fortement endetté : non seulement il ne s’était toujours pas acquitté auprès du duc du montant de plusieurs années de la ferme de la geôle mais l’évasion de prisonniers qu’il avait sous sa garde lui avait valu de se voir infliger une amende considérable (500 livres) en 1180 au plus tard, et il n’avait pas fini de rembourser sa dette en 119821. On ne connaît pas avec certitude l’identité des détenus de cette période, mais il est possible que l’épouse du notable caennais Guillaume de Calix, usurier dont les biens avaient été confisqués par la Couronne22, ait été incarcérée pour dettes dans la geôle du château23. Comme lors de la période postérieure, la prison séparait sans doute déjà les détenus masculins et féminins, et il y avait peut-être également déjà des espaces dévolus aux prisonniers pour dettes et aux nobles24.

La prison et sa topographie dans la documentation du bas Moyen Âge

À partir du XIVe s., les textes permettent véritablement d’appréhender l’organisation topographique de la geôle castrale25. Ceux-ci indiquent l’existence d’une “vielle fosse” au-dessus de laquelle se trouve une “chambre”, cette dernière ayant été réaménagée à neuf en 133626. Une “haute sale” est également attestée en 1360 (s’agit-il de la même chambre ?)27. Les hommes et les femmes étaient enfermés séparément, car les sources du XIVe s. évoquent une “prison aus fames”28, une “fosse aux femmes”29 et une “fosse es hommes”30. Il devait donc exister au moins deux fosses. Les voleurs semblent avoir été incarcérés dans un espace dédié car on fit faire, en 1360, “une grant [placains] de fer pour couvrir la serreure devers les lairons”. Peut-être cet espace correspond-il au même endroit que celui où l’on détenait les “prisonniers de crime”31. Les prisonniers pour dettes étaient également enfermés à part, puisque des comptes de travaux de 1345 évoquent la “grant prison as debtours” et la “haute prison as debteurs”32, située au-dessus de la prison pour lesdits “prisonniers de crime”. Il est également possible qu’une partie de la prison, manifestement dotée d’un certain nombre d’éléments de confort (cheminée, vitres en verre), ait été dédiée aux prisonniers nobles : on fit en effet faire en 1394 “une cheminee de pierre et de plastre toute neufve en une chambre pres la jeaulle nommee la chambre aux chevaliers”33 et un “mantel de boiz de chesne en la chiminee de la chambre aux chevaliers prés la jeaulle”34. L’expression “prés la jeaulle” incite toutefois à la prudence quant à la fonction carcérale de cette pièce. Cette partition de l’espace de la geôle en fonction du type d’infraction ou du rang social était courante au bas Moyen Âge, en Normandie comme ailleurs35.

Au-dessus de la prison des femmes se trouvait une “maison”36. Nous ignorons à quel usage celle-ci était employée : peut-être s’agissait-il d’un espace réservé à certains prisonniers que l’on ne destinait pas à la fosse, ou bien peut-être s’agissait-il de la résidence du geôlier. Il est en tout cas certain que celui-ci résidait dans la prison, car un compte de 1360 concernant la geôle mentionne la “chambre au jeolier”37. Il existait également une gehine, c’est-à-dire une salle de la question, dans laquelle des travaux étaient parfois effectués ou des cordes livrées38. La prison comprenait également des ceps servant à entraver les prisonniers, mentionnés à plusieurs reprises39.

Dans les textes, quelques éléments sur les espaces extérieurs transparaissent. La prison comprenait un “parquet”40, c’est-à-dire un enclos ou un espace clos41 : peut-être la cour fermée, visible sur plusieurs plans anciens. Un puits, qui se trouvait peut-être dans cette cour, était réservé à l’usage de la geôle. Un texte de 1354 évoque d’ailleurs le “puiz du parquet”42. Il s’agit là de l’un des trois puits du château fréquemment évoqués par les comptes pour leur entretien43. Il est probable que le “petit puits comblé à moitié” signalé par un plan de 1729 et localisé à quelques mètres des bâtiments de la prison (fig. 4) corresponde au puits médiéval mentionné par les textes44. Enfin, la geôle disposait d’un jardin45, sans que l’on sache avec certitude si celui-ci se confondait avec le parquet, s’il en constituait une partie seulement ou s’il était situé ailleurs (par exemple au nord des bâtiments, entre les fossés du donjon et la courtine nord du château). Cette dernière hypothèse est assez plausible, car un compte signale des travaux faits sur le “mur d’entre les fossez du dangon et le jardin d’icelle [prison]46”. Ce texte suggère également que le jardin était entouré d’une clôture. En tout cas, ce jardin était situé à proximité immédiate des bâtiments de la prison puisque l’un d’eux, celui où étaient enfermés les débiteurs et les prisonniers de crime, donnait directement sur lui47. De plus, ce jardin permettait de se rendre à la salle de la question48.

Les comptes mentionnent parfois l’existence de “chambres” sans fournir davantage de détails49. On ne peut donc déterminer ni leur fonction ni leur localisation, et on ne saurait dire si ces chambres se confondent ou non avec des pièces citées dans d’autres textes. Il est donc difficile d’établir avec certitude le nombre total de pièces qui composaient la prison et d’en proposer un plan.

 Restitution de la prison (rez-de-chaussée) d'après les données archéologiques et les plans du XIXe siècle (DAO : A. Gottfrois, Ville de Caen).
Fig. 4. Restitution de la prison (rez-de-chaussée) d’après les données archéologiques
et les plans du XIXe siècle (DAO : A. Gottfrois, Ville de Caen).

La délocalisation de la prison vers la ville

La prison du château de Caen a été en usage jusqu’au XVe s., après une période de flottement au cours de laquelle une prison en ville semble avoir coexisté avec elle de façon plus ou moins régulière. En effet, en 1356, un compte indique l’existence d’une “maison qui de nouvel a esté prinse en la ville de Caen pour faire les prisons”50. Cela suggère l’installation d’une prison dans un bâtiment de la ville, peut-être chez un particulier et sans doute à titre provisoire dans un premier temps. À la charnière des XIVe et XVe s., se multiplient les mentions des “prisons du roy nostre seigneur” ou de la “jeaulle de Caen”, sans qu’il soit question du château51. Ces mentions se poursuivent tout au long du XVe s., tandis que les derniers travaux connus dans la geôle du château sont datés de 1409. En 1436, on parle encore d’un certain “Jehan Milcent, ayant la garde des prisons du chastel de Caen”52 mais, en 1432, des travaux au château sont réalisés “sur l’ostel ou fut la geolle”53 et, en 1444, on évoque “la vielle geolle oudit pallais [du château]”54. Il apparaît donc que la prison a déménagé dans la ville au cours de la première moitié du XVe s., vraisemblablement vers les années 1430, à l’époque où la Normandie était sous le contrôle de la couronne anglaise55. La prison fut installée dans une maison particulière située au pied du château, dans la rue Cathehoule56, actuelle rue de Geôle à laquelle elle a donné son nom. Par la suite, les bâtiments du château qui avaient servi de geôle ont vraisemblablement été réaménagés en résidence, ce que pourrait suggérer le terme “ostel” ; nous n’en connaissons toutefois la fonction exacte qu’à partir du XVIIIe s., où ils servaient de logement pour les soldats et les officiers, jusqu’à leur destruction vers 1900 où ils sont remplacés par de nouveaux casernements57. Après la délocalisation de sa geôle, le château de Caen, dont le rôle de caserne s’affirma progressivement à partir du début de l’époque moderne, continua à accueillir d’autres lieux d’enfermement, notamment des prisons disciplinaires pour soldats58, mais aussi des prisonniers de guerre et des détenus civils enfermés par lettre de cachet59.

Les données archéologiques

La tranchée TR2 du diagnostic de 2016

En 2016, trois maçonneries ont été mises au jour dans la tranchée TR12 (fig. 2 et 4) : les murs nord (n° 1) et sud (n° 2) d’un édifice, tous deux larges de 0,90 m, et un mur de refend (n° 3), large de 0,80 m (fig. 5)60. Les murs, apparus à moins de 0,30 m de profondeur, étaient construits en petits moellons calcaires liés à un mortier coquillé. Le recalage avec les plans anciens a confirmé leur appartenance à l’ensemble interprété comme la prison.

 Murs 1, 2 et 3 en cours de diagnostic (cliché pris depuis le sud). (Cliché : B. Guillot, Inrap).
Fig. 5. Murs 1, 2 et 3 en cours de diagnostic (cliché pris depuis le sud).
(Cliché : B. Guillot, Inrap).

Le mur nord (n° 1)

Deux sondages profonds de part et d’autre ont permis d’observer les deux parements du mur. Au nord, côté extérieur, on a pu descendre jusqu’à 2,70 m de profondeur61. Au sud, côté intérieur, le sondage a permis d’atteindre le fond, constitué par le terrain naturel qui apparaît à 5 m de profondeur (fig. 6). Un ressaut, servant probablement à soutenir un plancher, a été mis en évidence à 2,80 m de profondeur, divisant le bâtiment en un étage d’un peu moins de 3 m de haut, et un sous-sol (ou rez-de-chaussée) de 2,20 m de haut. Immédiatement au-dessous de ce ressaut sont apparus des graffitis soigneusement réalisés. Il n’a pas été possible de les approcher pour des raisons de sécurité (voir infra), mais les photographies révèlent la présence

d’au moins deux croix, dont une gravée dans un cercle et une autre en ronde-bosse, avec également des traits pouvant former des bâtiments (ou une scène de la Crucifixion) et peut-être un visage (fig. 7). Afin de ne pas abîmer d’autres graffitis potentiels, il a été décidé de ne pas trop s’approcher des murs dans le reste du sondage.

 Angle entre les murs 1 (à droite) et 3 (à gauche) ; apparition des graffitis dans la partie inférieure du mur 1. (Cliché : B. Guillot, Inrap)
Fig. 6. Angle entre les murs 1 (à droite) et 3 (à gauche) ;
apparition des graffitis dans la partie inférieure du mur 1.
(Cliché : B. Guillot, Inrap)
 Détail des graffitis apparus sur le mur de la prison. (Cliché : F. Bonhomme, Inrap).
Fig. 7. Détail des graffitis apparus sur le mur de la prison.
(Cliché : F. Bonhomme, Inrap).

Le mur sud (n° 2)

Le mur sud a été dégagé sur seulement une vingtaine de centimètres de hauteur (fig. 5). Il faut noter que le mur est détruit, au moins dans sa partie supérieure, immédiatement à l’est du mur de refend (n° 3), probablement lors de la mise en place d’un réseau déjà mis en évidence sur le mur nord.

Le mur de refend (n° 3)

Ce mur de refend, orienté nord-sud, s’appuie sur les deux murs de la prison (fig. 6). Du côté ouest, le mur ne semble posséder une face parementée que sur deux assises seulement (soit une quarantaine de centimètres),
la suite de la maçonnerie est en tranchée perdue, avec des calcaires de toutes tailles très grossièrement assisés et des joints qui débordent.

En revanche, du côté est, on retrouve un parement sur les 5 mètres d’élévation déjà observés sur le mur nord (n° 1). Des vides dans la maçonnerie ont été observés en plusieurs endroits. Certains sont probablement des trous de boulins, et ont une hauteur comprise entre 0,13 et 0,17 m, soit une assise. D’autres sont plus importants, entre 0,22 et 0,30 m, et correspondent à deux assises du mur. L’un deux est surmonté par un grand bloc calcaire (de 0,20 m de haut) et il pourrait s’agir d’un trou pour la solive d’un plancher. Mais il faut signaler que sa position est située à une cinquantaine de centimètres plus haut que celle du ressaut mis en évidence sur le mur nord, ce qui rend peu plausible leur contemporanéité s’il s’agit bien, dans les deux cas, de vestiges du plancher.

Le comblement de la prison

Au nord du mur nord (n° 1), dans ce qui semble être l’extérieur de la prison – si l’on s’en tient aux documents figurés représentant le bâtiment à l’époque moderne (voir infra) – sur le niveau de béton liquide qui a stoppé nos investigations, se trouvait un limon gris détritique, puis un épais niveau de gravats très lâche. Le mobilier retrouvé dans le limon remonte au XIIIe s., alors que celui présent parmi les pierres date du début du XIVe s.

Le comblement au sud du mur n°1 comprend deux apports de gravats très lâches, surtout des déchets de carrières, quelques blocs équarris et des fragments de mortier coquillé, entrecoupés par des passages limoneux meubles plus détritiques, qui remblaient définitivement l’espace. L’instabilité des parois n’a pas permis de fouiller manuellement ces niveaux qui ont été observés une fois évacués mécaniquement. Le mobilier recueilli date des XVIIe et XVIIIe s. : bols, poêlons, jattes, faisselles ou pots en céramique commune, en grès ou en faïences, ainsi que des fragments de pipes en terre cuite. On retrouve quelques pots plus anciens des XIIIe-XIVe s. ou des XVe-XVIe s. Il faut signaler la présence d’un anneau de chaîne en fer et d’une grande épingle en bronze.

Les sondages de 2015

Les sondages réalisés en 2015 permettent de compléter le plan des bâtiments existants dans le secteur62.
Une première maçonnerie (n° 11) est située à 4 m du mur nord (n° 1) et semble présenter la même orientation. Construite en blocs calcaires de petits et moyens modules, liés à un mortier de chaux beige, elle pourrait constituer un bâtiment adventice à la prison.

Une autre maçonnerie (n° 12) semble fonctionner directement avec la prison63. La portion de mur orientée nord-sud a un mode de construction identique à celui des murs de 2016. Il pourrait s’agir de la fermeture de l’espace à l’est du bâtiment, ce qui donnerait une largeur de la pièce d’un peu plus de 5 mètres. La seconde portion du mur, construite en moyen appareil, pourrait être l’angle de la prison qui serait alors formé de contreforts débordants.

La prison de Caen : essai d’interprétation

La quasi-totalité des nombreux plans du château de Caen produits entre la fin du XVIe et la fin du XIXe s. représente de manière plus ou moins précise les bâtiments identifiés comme ceux de la prison médiévale.
Si certains font état d’un bâtiment se développant en deux ailes en équerre, la plupart représentent deux ensembles distincts, disposés de façon presque perpendiculaire mais non jointive (fig. 8) ; il n’est d’ailleurs pas assuré que le bâtiment situé au sud-est, encore fort peu documenté, ait eu une fonction carcérale.

Ces plans ont été intégrés dans le Système d’Information Géographique du château de Caen, regroupant également les données archéologiques et notamment les résultats du diagnostic de 201664. Les édifices présents sur les plans se superposent parfaitement avec les données des fouilles, permettant de recaler plus précisément l’emplacement des bâtiments de la prison.

 Plan du château en 1746. Les bâtiments de la prison sont numérotés 17 et 19 (Vincennes, Service Historique de la Défense, VH 490, Archives du Génie, article 8, Place de Caen, carton 1, pièce 12, détail).
Fig. 8. Plan du château en 1746.
Les bâtiments de la prison sont numérotés 17 et 19
(Vincennes, Service Historique de la Défense, VH 490,
Archives du Génie, article 8, Place de Caen, carton 1, pièce 12, détail).

Plan et chronologie des bâtiments

Un document de 1883, comprenant des plans et des dessins des élévations, fournit un aperçu des bâtiments à cette date, à l’intérieur comme à l’extérieur (fig. 9)65. Bien que de nombreuses modifications les aient certainement affectés au cours des siècles66, les élévations représentées en 1883 présentent des caractéristiques potentiellement compatibles avec une datation antérieure67.

 Plans et dessins des élévations des bâtiments A et B en 1883 (A.D. Calvados, CPL 422, Atlas des bâtiments militaires, Caserne Lefebvre, Bâtiment 7, 1883).
Fig. 9. Plans et dessins des élévations des bâtiments A et B en 1883
(A.D. Calvados, CPL 422, Atlas des bâtiments militaires,
Caserne Lefebvre, Bâtiment 7, 1883).

L’examen attentif de ces documents permet de constater qu’il existait deux bâtiments mitoyens, ici numérotés A et B (fig. 4)68. En effet, ces deux bâtiments avaient une orientation légèrement divergente, leurs étages et leurs toits étaient placés à des altitudes différentes et le bâtiment B paraît clairement s’être appuyé contre le pignon du bâtiment A (mur 4). En outre, ces dessins, très précis, permettent d’observer un léger écart entre les épaisseurs des murs des deux bâtiments.

Le bâtiment A mesurait environ 16,90 m de long pour 9,20 m de large. Dans son état du XIXe s., il était semi-enterré : son rez-de-chaussée était en majeure partie souterrain. Celui-ci était constitué de trois murs de refend (d’est en ouest : n° 8, 9 et 10), qui formaient quatre pièces, dont trois étaient étroites et de forme oblongue. Ces pièces ne communiquaient pas entre elles : on accédait à chacune d’elles par une porte pratiquée dans la façade sud-est, côté cour. Elles semblent n’avoir été que peu éclairées : seules deux très petites fenêtres se devinent dans l’une des quatre pièces69. Le premier étage était divisé par un mur de refend (n° 9) qui ne présentait aucune ouverture permettant la communication entre les deux espaces ainsi séparés. Ce niveau était éclairé par plusieurs fenêtres, dont plusieurs très étroites.

Le bâtiment A a vraisemblablement connu plusieurs grandes phases de construction. En effet, son mur de refend transversal (n° 9) pourrait avoir été un ancien mur pignon, ce qui est suggéré notamment par les variations d’altitudes des étages de part et d’autre de ce mur. De plus, les fouilles ont montré que le mur pignon à l’est (n° 3) était un ancien mur de refend, non chaîné aux murs gouttereaux (n° 1 et 2), qui se prolongent vers le nord70. En outre, les sondages de 2015 semblent avoir mis au jour une petite portion du mur pignon oriental d’origine (n° 12), ce qui donnerait une pièce supplémentaire de 5 m de large. Cette partie a peut-être été raccourcie lorsque la courtine a été renforcée par un contremur au XIVe ou au XVe s. Ceci pourrait avoir conduit à la construction d’une extension de la même surface à l’ouest afin de garder un édifice de même importance.

Le bâtiment B mesurait environ 8 m sur 9,2 m. Il était orienté différemment du bâtiment A en raison de la présence du fossé du donjon, au bord duquel a été placé l’angle occidental du bâtiment. Ceci implique que le bâtiment B, postérieur au bâtiment A puisqu’il s’appuie manifestement sur ce dernier, ait été édifié après la mise en place du fossé du donjon au début du XIIIe s. Dans son état du XIXe s., la construction comprenait elle aussi un rez-de-chaussée semi-enterré, formé d’une seule pièce, à laquelle on accédait par une porte installée dans le mur de la façade sud. Cette pièce n’était dotée que d’une fenêtre unique et d’une cheminée.
En revanche, le premier étage comprenait des ouvertures nombreuses et était divisé en plusieurs pièces par de fines cloisons.

La prison médiévale et sa topographie

Les indices de localisation de la prison fournis par les textes sont complétés par la présence des graffitis découverts sur les murs observés en fouilles : les graffitis sont en effet un élément incontournable de toutes les forteresses médiévales mais, plus particulièrement encore, des prisons71. Ils sont d’une telle facture qu’ils impliquent une durée de gravure vraisemblablement assez longue, compatible donc avec un contexte carcéral. La fonction carcérale du bâtiment A, au moins dans sa partie orientale mais très certainement aussi dans ses autres parties, est donc fort probable.

Dans le bâtiment A, le caractère semi-enterré du rez-de-chaussée, l’étroitesse des pièces et leur piètre éclairage pourraient constituer un vestige des anciens cachots de la prison médiévale, ceux dévolus aux prisonniers les moins privilégiés : les “lairons”, les “prisonniers de crime”, etc. Au premier étage, l’ancienne geôle paraît avoir laissé moins de traces. Peut-on y voir la “haute prison as debteurs”, qui se trouvait au-dessus de la geôle des “prisonniers de crime” ? En 1345, la geôle des prisonniers pour dettes a été pavée sur 35 pieds de long et 30 de large72. Or, la pièce comprise entre le mur pignon oriental (n° 3) et le mur de refend transversal (n° 9) mesurait environ 9,50 m par 7,50 m. Nous ignorons quel pied était en usage à Caen en 1345, mais ces dimensions sont tout à fait compatibles si un pied de 10 pouces (environ 0,27 m) a été utilisé, ce qui donnerait 9,45 m sur 8,10 m. Si nos hypothèses étaient avérées, la relative importance des dimensions de la pièce des débiteurs permettrait de constater sur le terrain ce que les textes nous apprennent du sort des prisonniers pour dettes, à savoir que ceux-ci bénéficiaient de conditions de détention moins contraignantes que celles des autres prisonniers.

Le bâtiment B avait lui aussi un rez-de-chaussée semi-enterré et il ne disposait que de très peu d’ouvertures, ce qui peut également plaider en faveur d’une fonction carcérale, mais il a livré moins d’indices sur son utilisation à l’époque de la prison médiévale. La question reste donc ouverte en ce qui concerne sa fonction, car plusieurs lieux nommés par les textes n’ont pas été localisés : la geôle des femmes, les fosses, la gehine, le logement du geôlier, etc. Peut-être peut-on voir dans ce bâtiment les “neuves prisons” évoquées par des comptes de 1360 et de 1399 ? Cette extension de la prison, qui pourrait donc être datée des alentours du milieu du XIVe s., serait à mettre en relation avec la suppression de la partie orientale du bâtiment A précédemment évoquée. À moins que ces “neuves prisons” ne désignent un troisième bâtiment, celui situé au sud-est des bâtiments A et B (fig. 4, bâtiment C) ? Ce dernier est assurément antérieur à la fin du XVIe s., mais son observation en fouilles n’a pu être qu’esquissée et sa datation n’est pas assurée.

Conclusion

En l’état actuel de la recherche, cette étude confirme l’intérêt du recoupement des données archéologiques, textuelles et iconographiques. Elle permet de dresser un état de la question de la geôle du château et de formuler certaines hypothèses de travail. Elle appelle toutefois à des opérations archéologiques plus exhaustives qui donneraient une vue d’ensemble du secteur de la prison et permettraient de confirmer ou d’infirmer certaines interprétations. En tout état de cause, comme l’ont montré les fouilles récentes, les rez-de-chaussée des bâtiments sont probablement entièrement conservés ainsi que, peut-être, une partie du premier étage. Cela laisse présager de riches découvertes, qui permettront de préciser les usages des espaces, d’affiner les datations et ainsi de documenter la thématique des prisons médiévales à travers leur dimension matérielle.

Rapports d’investigations archéologiques •••

  • Bonhomme, F. (2016) : Caen. Le rempart nord-est, de Guillaume le Conquérant à la caserne Lefebvre. XIe-XXe s., Rapport d’étude de bâti, Inrap Grand-Ouest.
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  • Delahaye, F. (2004) : Caen (Calvados). Le château. Abords de l’enceinte nord. Extension du musée de Normandie, Rapport de diagnostic, Inrap Grand-Ouest.
  • Guillot, B. (2006) : Caen – le château. Abords de l’enceinte nord (14 – Calvados), RFO, Inrap Grand-Ouest, 3 vol.
  • Guillot, B., dir. (2016) : Une cour palatiale, la prison et de nouveaux édifices au château de Caen, Rapport de diagnostic, Inrap Grand-Ouest.
  • Guillot, B., dir. (2017) : Le donjon de Caen. État des connaissances 1956-2016, Rapport d’étude de bâti/évaluation, Inrap Grand-Ouest.
  • Guillot, B., dir. (2019) : Le Vieux Palais du château de Caen. État des connaissances 1961-2018, Rapport d’étude de bâti/évaluation, Inrap Grand-Ouest.
  • Guillot, B., dir. (2020) : La grande salle d’Henri II Plantagenêt au château de Caen, Rapport final de fouille programmée (2011-2014), Craham-Inrap Grand-Ouest.

Bibliographie •••

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  • Marin, J.-Y. et Levesque, J.-M., dir. (2000) : Mémoires du château de Caen, Caen.
  • Meirion-Jones, G., dir. (2013) : La demeure seigneuriale dans l’espace Plantagenêt. Salles, chambres et tours, Rennes.
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  • Pugh, R. B. (1968) : Imprisonment in Medieval England, Cambridge.
  • Stapleton, T. (1840-1844) : Magni Rotuli Scacarii Normanniae sub regibus Angliae, Londres, 2 vol.
  • Telliez, R. (2011) : “Geôles, fosses, cachots… Lieux carcéraux et conditions matérielles de l’emprisonnement en France à la fin du Moyen Âge”, in : Heullant-Donat et al., dir. 2011, 169-182, [en ligne] https://books.openedition.org/psorbonne/72994 [consulté le 20 déc. 2021].

Notes •••

  1. Delahaye 2004.
  2. Guillot 2006 et 2015.
  3. Guillot 2020.
  4. Carré 2005 et 2011.
  5. Bonhomme 2016.
  6. Guillot 2017.
  7. Guillot 2019.
  8. Guillot 2016.
  9. Bonhomme 2016.
  10. Bourgeois et al. 2020.
  11. Gottfrois 2019.
  12. Boüard 1979 ; Impey & McNeill 2013.
  13. Capelle 1975, 163 ; De Boüard 1979, 13.
  14. Dans les sources des XIVe et XVe s. concernant le château de Caen, le terme de “donjon” renvoie toujours à l’ensemble constitué de la “grosse tour”, la tour maîtresse quadrangulaire édifiée par Henri Ier Beauclerc, et de la chemise flanquée de quatre tours d’angle, édifiée par Philippe Auguste.
  15. Londres, British Museum, Add. Char. 10887, Quittance de travaux de couverture (13 octobre 1409). Le document a été transcrit par M. de Boüard : Caen, Musée de Normandie, Archives de Boüard, notes manuscrites, D 97.15. 63.1.27.
  16. Vincennes, Service Historique de la Défense, Bib. Génie, mss. Atlas 2, Grand Atlas de France (dit Atlas de Louis XIII), 3, fol. 60 ; Capelle 1975, 163 ; De Boüard 1979, 13.
  17. Dans les comptes concernant Caen rendus par un certain Richard fils d’Henri en 1180, il est question de la terre de la geôle, située à Anisy et à Caen, qui permettait de rémunérer le geôlier : terre gaiole in Aniseio et Cadomo (Stapleton 1840, 53). Cette même année, un certain Thomas, qui cumulait sa fonction de portier avec celle de geôlier (voir infra), devait cinq années du revenu de la terre de la geôle : Thomas Portarius debet terre Gaiole de quinque annis (Stapleton 1840, 53). En 1195, dans les comptes de la prévôté de Caen, le même Thomas était toujours redevable de cinq années du revenu de la terre de la geôle : Thomas Portarius exitum terre Gaiole de quinque annis (Stapleton 1840, 169). Dans le compte de cette même année, il est de nouveau question de la terre de la geôle située à Caen et à Anisy : Et de .c. so. de firma terre gaiole in Cadomo et Aniseio (Stapleton 1840,185-186). Enfin, en 1198, Geoffroi de Repton, bailli et futur maire de Caen, tenait à ferme la terre de la geôle sise à Caen et à Anisy : Et de .c. s. de Galfrido de Rapendona de firma terre gaiole in Aniseio et in Cadomo (Stapleton 1844, 335).
  18. In reparanda Gaiola Castri Cadomi .LVJJ. sol. IIIJ. d. (Stapleton 1840, 185-186).
  19. Citons notamment des travaux importants dans les châteaux de Gisors, Falaise et plusieurs autres sites ducaux ou sous tutelle ducale. Dans le château de Caen, la grande salle découverte récemment, datée du milieu du XIIe s. environ, est également attribuée à Henri II (Guillot 2020).
  20. Ainsi à Rouen vers 1160, où un certain Baudry cumulait la garde de la geôle et celle de la porte (Berger & Delisle 1916, n° CCXII, 349-350.). De nombreux cas similaires se rencontrent également en Angleterre à la même époque : voir Pugh, 1955, 21 et Pugh, 1968 140-141, 145-146.
  21. Stapleton, 1840, 55, 169, 190 ; Stapleton, 1844, 341 et 465-466. Sur les geôliers, voir aussi les contributions d’Ézéchiel Jean-Courret et Rudi Beaulant dans le présent ouvrage.
  22. Sur Guillaume de Calix et son épouse dont le prénom ne nous est pas parvenu, voir Musset 1982.
  23. Cette Caennaise a été emprisonnée in prisonia Regis (Stapleton, 1840, 145), donc très probablement dans la prison du château.
  24. Cette partition sociale de l’espace est connue dans les prisons anglaises au moins dès le XIIe s., comme l’indique le célèbre Dialogue de l’Échiquier écrit en 1179. Sur ce sujet, Pugh, 1968, 351.
  25. Une grande partie des sources comptables des XIVe et XVe s. utilisées ici provient du travail de transcription d’A. Dubois réalisé dans le cadre du PCR sur le château (Dubois 2020). Pour ces sources, le numéro de la transcription établie par A. Dubois est précisé.
  26. Paris, A.N., KK 1338, n° 2 (Dubois 2020, n° 1).
  27. Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 61).
  28. Paris, BnF, ms fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5). Un document des années 1350 signale également “une sereure en huis la ou les fames sont en prison” (Paris, BnF, ms. fr. 25999, n° 23, cité par Capelle 1975, 175).
  29. Paris, BnF, ms. fr. 26030, n° 2871 (Dubois 2020, n° 310).
  30. Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 61).
  31. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5).
  32. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5).
  33. Paris, BnF, ms. fr. 26026, n° 2047 (Dubois 2020, n° 292).
  34. Paris, BnF, PO 1704 (Dubois 2020, n° 295).
  35. Pugh 1968, 351-353 et 357-358 ; Capelle 1975, 174-175 ; Gandebeuf 1995, vol. 3, 650-651, 675-679 ; Telliez 2011, 181-182.
  36. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5).
  37. Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 61). Les geôliers résidaient généralement dans la prison dont ils avaient la garde ou à proximité (Capelle 1975, 179-180 ; Gandebeuf 1995, 683).
  38. Paris, A.N., K 1202, n° 3 (Dubois 2020, n° 15) ; Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 65).
  39. Paris, A.N., K 1202, n° 3 (Dubois 2020, n° 15) ; Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 65) ; Paris, BnF, ms. fr. 26003, n° 998.
  40. Paris, A.N., KK 1338, n° 2 (Dubois 2020, n° 1).
  41. Notons d’ailleurs que dans la prison de Rouen, le lieu nommé “parquet” servait à enfermer les prisonniers pour dettes (Godefroy [1888] 1965, 745).
  42. Paris, A.N., K 1202, n° 3 (Dubois 2020, n° 15).
  43. En 1336, une corde de neuf toises (env. 17,5 m) a été achetée pour “le puis de la geolle”, et une autre en 1354 (Paris, A.N., KK 1338, n° 2 (Dubois 2020, n° 1) ; Paris, A.N., K 1202, n° 3 ; (Dubois, 2020, n° 15)). En 1345, 1348, 1354, 1356, 1387, 1399 et 1408, d’autres paiements sont réalisés pour entretenir ou réparer le puits de la geôle (Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5) ; ms. fr. 25998, n° 508 (Dubois 2020, n° 10) ; ms. fr. 26002, n° 754 (Dubois 2020, n° 60) ; ms. fr. 26022, n° 977 (Dubois 2020, n°233) ; ms. fr. 26030, n° 2871 (Dubois, 2020, n° 310) ; ms. fr. 26036, n° 4105 (Dubois 2020, n° 336)).
  44. Chevalier de Caligny, Plan de la ville et du château de Caën 1729 (Vincennes, Service Historique de la Défense, Archives du Génie, article 8, Place de Caen, carton 1, pièce 9).
  45. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5) ; ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 65) ; ms. fr. 26030, n° 3023 (Dubois 2020, n° 313) ; ms. fr. 26037, n° 4250 (Dubois 2020, n° 344).
  46. Paris, BnF, ms. fr. 26030, n° 3023 (Dubois 2020, n° 313).
  47. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5).
  48. En 1360, on fait faire “une clef et une serreure en l’uys du jardin par quoi l’en va a la gehine” (Paris, BnF, ms. fr. 26002, n° 945 (Dubois 2020, n° 65)).
  49. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5) ; Paris, A.N., K 1202, n° 3 (Dubois 2020, n° 15) ; Paris, BnF, ms. fr. 26001, n° 690 (Dubois 2020, n° 59) ; ms. fr. 26039, n° 4633 (Dubois 2020, n° 361).
  50. Paris, BnF, ms. fr. 26001, n° 690 (Dubois 2020, n° 59).
  51. Paris, BnF, ms. fr. 26031, n° 3067 ; ms. fr. 26037, n° 4288 ; ms. fr. 26039, n° 4633 (Dubois 2020, n° 361) ; Léchaudé d’Anisy 1846, 247-248.
  52. Paris, BnF, ms. fr. 26061, n° 2922 (Dubois 2020, n° 433).
  53. Paris, BnF, ms. fr. 26065, n° 3762 (Dubois 2020, n° 448).
  54. Paris, BnF, ms. fr. 26071, n° 4778 (Dubois 2020, n° 472).
  55. D’autres prisons normandes ont connu un sort similaire. À ce sujet, voir Capelle 1975, 168-169.
  56. Boyer 2019, 50.
  57. Gottfrois 2019, 91 et 98.
  58. Ainsi dans les bâtiments de la lieutenance, situés dans la partie sud-est du château et qui comprenaient une prison militaire au moins au XIXe s. (Gottfrois 2019, 76), et dans la porte Saint-Pierre. Cette dernière, après sa reconstruction en 1804, a abrité deux cachots disciplinaires dont les murs sont recouverts de plus d’un millier de graffitis gravés par les prisonniers.
  59. Gouhier 2000, 32-33.
  60. Dans le rapport de diagnostic (Guillot 2016), ces murs ont été respectivement numérotés M1203, M1213 et M1206.
  61. À cette profondeur se trouvait un niveau de bentonite provenant de la restauration de la courtine et qui a formé une surface trop compacte pour être percée.
  62. Bonhomme 2016.
  63. Les sondages ont été localisés par triangulation, ce qui peut expliquer le léger décalage existant entre les murs observés en 2015 et ceux du diagnostic de 2016.
  64. Gottfrois 2019.
  65. A.D. Calvados, CPL 422, Atlas des bâtiments militaires, caserne Lefebvre. Bâtiment Z, 1883.
  66. Les lucarnes, notamment, sont plutôt de facture tardive. En outre, les dimensions des fenêtres, très variables, indiquent des reprises et des campagnes de construction différentes.
  67. Les contreforts et l’épaisseur des murs, qui approchent le mètre, se retrouvent plutôt, sans forcément s’y limiter, dans les constructions médiévales ou du début de l’époque moderne.
  68. Dans le Système d’Information Géographique, ces bâtiments ont été identifiés respectivement par les numéros 800 et 801.
  69. L’absence totale de fenêtres dans les autres pièces n’est toutefois pas assurée : on ne saurait exclure la possibilité de fenêtres bouchées non représentées par le dessinateur dont l’objectif n’était pas de fournir un relevé pierre-à-pierre précis.
  70. Le prolongement du mur gouttereau nord 1 est toujours visible sur le document de 1883.
  71. Voir la contribution de Lara Tonizzo Feligioni dans le présent ouvrage.
  72. Paris, BnF, ms. fr. 25998, n° 429 (Dubois 2020, n° 5).
ISBN html : 978-2-35613-413-4
PRIMALUNA_15
Posté le 11/11/2021
EAN html : 9782356134134
ISBN html : 978-2-35613-413-4
Publié le 11/11/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-415-8
ISBN pdf : 978-2-35613-414-1
ISSN : 2741-1818
18 p.
Code CLIL : 3385 ; 4117
DOI : 10.46608/primaluna15.9782356134134.3
licence CC by SA

Comment citer

Gottfrois, Alban, Guillot, Bénédicte (2021) : “La prison médiévale du château de Caen. Nouvelles approches historiques et archéologiques”, in : Les espaces carcéraux au Moyen Âge, Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 15, 2021, 57-74 [en ligne] https://una-editions.fr/prison-medievale-du-chateau-de-caen [consulté le 23 octobre 2021].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Montage à partir de
•Besançon, BM, ms. 148, fol. 182
•Chambéry, BM, ms.1, fol. 203v
•Tours, BM, ms. 52, fol. 2
•Avignon Bibliothèques (Ville d’Avignon), Dépôt de l’État, ms. 136, fol. 330v (Carole Baisson, Ausonius).
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