Représenter la majesté royale, veiller sur les sujets et gouverner en l’absence du roi à la fin du XIIIe siècle. La lieutenance de Blanche d’Anjou, reine d’Aragon

Les archives bas médiévales attestent de nombreux cas de séparation géographique de couples et de la situation des femmes en l’absence de leur mari. Les lettres et archives comptables des femmes de la bourgeoisie et de la petite aristocratie catalane de la fin du Moyen Âge, étudiées par Teresa Vinyoles, témoignent par exemple de leur implication accrue dans la gestion des affaires familiales lorsque leur époux venait à s’absenter ou même à mourir1. Elles montrent aussi la solitude et l’inquiétude de ces femmes, voire l’attente dans laquelle elles sont de leurs retrouvailles. Les archives des princesses et reines d’Aragon des XIVe et XVe siècles, massivement conservées à partir des années 1350, livrent quant à elles de nombreux exemples de reines qui s’enquièrent de la santé de leur mari absent et de la marche des affaires royales. Elles disent aussi leur participation d’autant plus active aux destinées de la Couronne que leur époux doit s’en éloigner.

Malgré les discours médiévaux misogynes récurrents sur les (in)capacités et l’éternelle minorité des femmes, les historiens, nourris par les travaux de la gender history puis de la nouvelle histoire politique, considèrent désormais que les reines consorts étaient « partie intégrante de la monarchie2 ». Les reines d’Aragon, plus que nombre de leurs homologues européennes des XIVe et XVsiècles, contribuaient en outre aux destinées du gouvernement royal, en présence, et surtout en l’absence de leur royal époux3. Theresa Earenfight a ainsi étudié l’un des plus beaux exemples de reine d’Aragon privée de la présence de son mari et « propulsée » pendant vingt-cinq ans à la tête du gouvernement royal : celui de Marie de Castille (reine de 1416 à 1456)4. Pendant que le roi Alphonse le Magnanime conquiert et s’installe dans le royaume de Naples, la reine dirige en son nom, en tant que lieutenante, les royaumes d’Aragon, de Valence, de Majorque et la Principauté de Catalogne et s’investit pleinement dans cette lourde tâche. Malgré la véritable collaboration qui s’instaure à distance entre les deux époux et leur partenariat efficace, l’absence du roi n’est pas sans susciter de souffrance pour Marie de Castille, comme le montre le ton souvent dramatique des lettres envoyées par la souveraine, récemment examinées par María Narbona Cárceles5.

Cet exemple de gouvernement d’une reine d’Aragon en l’absence du roi ne constitue pas un cas isolé. Les travaux respectivement menés par Sebastian Roebert et Nuria Silleras Fernández, sur Éléonore de Sicile (reine d’Aragon de 1349 à 1376) et Marie de Luna (reine de 1396 à 1406) ont aussi mis en avant l’énergie et le talent avec lesquels ces souveraines participaient au gouvernement de la Couronne6. Ils ont ainsi révélé comment elles endossent régulièrement de lourdes responsabilités. Elles étaient de véritables collaboratrices, des partenaires politiques de leur époux ainsi que des points d’appuis pour la royauté. De surcroît, ces derniers n’hésitaient pas à en faire leur lieutenante et à leur confier les rênes de leurs territoires hispaniques, lorsqu’ils quittaient momentanément la péninsule Ibérique ou ne pouvaient plus la gouverner personnellement7. Les charges gouvernementales qui leurs sont confiées dans ces circonstances et qu’elles exercent consciencieusement vont donc bien au-delà du rôle fondamental de l’engendrement du successeur royal et d’une nombreuse descendance, mais aussi de l’image de « dame de cœur » à laquelle sont cantonnées bien des souveraines médiévales, dont l’action politique passait plus par le mécénat artistique et religieux, la piété, l’incarnation du luxe et de la grandeur royale que par le gouvernement8.

Je souhaiterais, dans les pages qui suivent, m’intéresser à un exemple plus précoce de reine d’Aragon sur qui son royal époux entend a priori s’appuyer pour présider aux destinées de la Couronne d’Aragon lorsqu’il s’en absente à l’automne 1296. Il s’agit de Blanche d’Anjou, épouse du charismatique roi Jacques II d’Aragon, de 1295 à 1310. Étudier le rôle qui lui est assigné au moment où le roi quitte ses royaumes et se trouve dans l’incapacité de satisfaire personnellement à ses obligations de gouvernement permet de mesurer l’importance accordée à la souveraine dans le jeu politique, dès l’aube du XIVe siècle.

Le cas Blanche d’Anjou

Blanche (c. 1283-1310) est issue d’une brillante dynastie : la première Maison d’Anjou. Fille de Charles II d’Anjou et de Marie de Hongrie, respectivement roi et reine de Sicile et de Jérusalem, comte et comtesse de Provence et Forcalquier, elle est aussi la petite-fille de Charles Ier d’Anjou et de Béatrice de Provence, et donc l’arrière-petite fille du roi de France Louis VIII9. Parmi ses frères on compte par exemple le roi Charles Ier de Hongrie (1287-1295) et le roi sage, Robert Ier de Naples (1309-1343). Le mariage de Blanche d’Anjou avec Jacques II d’Aragon le 29 octobre 1295, alors qu’elle n’a que douze ans, résulte des négociations du traité d’Anagni (24 juin 1295), sous l’égide du pape Boniface VIII10. Il scelle la paix entre les Aragonais et les Angevins, permise par la renonciation de Jacques II à la royauté sicilienne et sa reconnaissance des Angevins sur le trône napolitain. En contrepartie, le pape, maître dans cette affaire, inféode le trône de Sardaigne et de Corse en faveur du roi d’Aragon11.

Contrairement à d’autres influentes princesses angevines de la fin du Moyen Âge, qui viennent de faire l’objet d’une publication collective, Blanche n’a guère suscité de travaux récents12. Les études anciennes qui l’évoquent sont souvent consacrées à son époux et ont exploité l’essentiel de la documentation disponible13. Elle y est présentée comme une épouse dévouée, proche collaboratrice de Jacques II, avec qui elle aurait constitué un couple soudé et aimant14. Elle est aussi louée pour sa piété et est surtout reconnue pour son apport majeur à la dynastie aragonaise : sa prolifique descendance, cinq garçons et cinq filles qui, fait exceptionnel, lui survivent tous et atteignent l’âge adulte voire la vieillesse15.

Malgré ces travaux, Blanche d’Anjou pâtit d’une relative méconnaissance. Elle résulte principalement des sources : bien que les archives de la chancellerie royale aragonaise soient plus fournies et surtout mieux conservées à partir de la fin du XIIIe siècle, rares sont les actes et lettres originaux émanant de la reine, comme d’ailleurs les lettres du roi à son attention. Parmi les 5 000 premiers actes et lettres originaux en papier contemporains du règne de Jacques II (sur 19 000) conservés dans les archives royales, Hélène Thieulin-Pardo et Patricia Rochwert-Zuili n’ont ainsi recensé que quatorze lettres de Blanche produites entre 1297 et 130916. Parmi les 343 registres de la chancellerie conservés pour cette période, seuls deux gardent copie de documents émis en son nom17. Ces deux exemplaires ne sont qu’une mince relique d’une production qui devait être massive, puisqu’ils ne concernent que des actes de la reine rédigés entre 1307 et 1310, qui traitent surtout de la gestion de ses droits et de ses ressources18. On n’y trouve guère de lettre évoquant sa situation lorsqu’elle est séparée du roi, ni d’informations concernant sa participation éventuelle au gouvernement de la Couronne.

Sans recenser ici tous les exemples de séparation de Blanche et de son époux, on peut néanmoins s’arrêter sur quelques cas. Il semble qu’on ne s’embarrassait pas à la fin du Moyen Âge de faire voyager les princesses et reines enceintes sur de mauvaises routes jusqu’à un stade très avancé de leur grossesse. Au terme de celles-ci ou en cas d’inquiétude pour leur santé, elles étaient tout de même amenées à se sédentariser quelques semaines voire quelques mois, puis reprenaient souvent leur itinérance, aux côtés ou sans leur époux, après leur accouchement et leurs relevailles. Manifestement les grossesses répétitives de Blanche d’Anjou – 10 en 15 ans – la contraignent à ralentir le rythme de ses voyages voire à s’installer dans un lieu quelques semaines ou mois19. Jacques II demeure parfois à ses côtés en ces circonstances et semble d’ailleurs prévenant. Le 26 mars 1298, il écrit à son frère le roi Frédéric de Sicile : « du fait du prochain accouchement de madame notre très chère reine consort, nous ne pourrons partir d’ici de sitôt » ; demeurant alors aux côtés de son épouse à Xàtiva, dans le royaume de Valence, il justifie ainsi de ne pouvoir se porter à la rencontre d’ambassadeurs venant à lui par le Nord de la Catalogne20. Cependant, malgré ses grossesses, la reine voyage parfois avec son mari21 : elle le suit par exemple outre-mer, entre juillet 1298 et août 1299, lorsque le roi d’Aragon et ses armées rejoignent les Angevins pour consolider leurs droits sur Naples et lutter contre les prétentions dudit roi Frédéric de Sicile, privé de ce royaume par le traité d’Anagni. Pourtant, au cours de ce voyage « commun », le couple royal est longuement séparé. À la mi-août 1298, Jacques II quitte Naples pour la Sicile, sans Blanche, qui demeure auprès de ses parents. Il n’y revient que dans la deuxième quinzaine de mars 129922. En son absence à Naples, en janvier 1299, la reine accouche de l’infant Alphonse, leur troisième enfant23. Contrairement à ce long périple napolitain, Jacques II était en revanche parti sans son épouse à Rome à la fin de l’année 1296. Un certain nombre d’actes relatifs à l’organisation de ce voyage auprès du pape et de la Curie, entre janvier et avril 1397, permettent d’approcher les missions confiées à Blanche d’Anjou en l’absence du roi24.

La reine Blanche, lieutenante de son époux
en son absence (16 novembre 1296-25 avril 1297)

À la suite de la paix d’Anagni, le pape Boniface VIII promet à Jacques II d’Aragon l’investiture de la Corse et de la Sardaigne, en compensation de la perte de la Sicile (où régnait alors son frère déjà évoqué), des zones occupées d’Italie (qui doivent revenir aux Angevins) et du royaume de Majorque (qui doit être rendu à Jacques II de Majorque)25.

Sur les instances du pape, et après de longues négociations, le roi d’Aragon accepte donc de se rendre à Rome26. À la fin de l’été 1296, préparant son départ, il demande et obtient que Boniface VIII place ses royaumes sous sa protection (protectio et securitas)27. Puis en novembre 1296, le roi organise le gouvernement de ses terres en son absence.

Le dispositif retenu bénéficie pour la première fois à son épouse. En témoigne l’acte du 18 novembre 129628. Jacques II y proclame que pendant son voyage, Blanche le substituera29. Désormais considérée comme un autre lui-même, elle tiendra lieu de roi et tiendra le lieu du roi. C’est la double acception du titre « lieutenante » que l’on peut de ce fait lui assigner, bien que ce substantif n’apparaisse pas dans les sources. Elle représentera donc sa personne et, par sa présence et son action, elle incarnera la royauté dans le quotidien du pouvoir royal. Elle devra la rendre vivante, visible et même audible, malgré l’absence du roi. Les pouvoirs conférés à la reine l’habilitent à recevoir tous types de plaintes ou d’appels de sujets portés à l’encontre des officiers ou procureurs royaux ; en lieu et place du roi, elle peut nommer des juges pour les examiner et/ou les juger. Grâce à une formule très générale (« Nous lui confions le pouvoir de nous substituer dans les affaires susdites et en toutes autres choses utiles au bon état de nos terres, tant en ce qui concerne la garde des officiers, si nécessaire, que pour tout autre aspect »), le roi prévoit aussi qu’elle puisse le remplacer en toute chose si la nécessité s’en faisait sentir30. Il limite néanmoins sa juridiction par une clause de sauvegarde royale : le traitement des affaires opposant le roi à ses sujets ou ses vassaux entre eux, en raison de châteaux ou terres royaux et les appels de sentences rendues dans ce type d’affaires échappent à la jeune souveraine. Jacques II prévoit de les traiter lui-même à son retour31.

L’ampleur du pouvoir délégué à Blanche montre bien que le souverain conçoit sa lieutenance comme une substitution destinée à faire vivre la majesté royale dans ses territoires péninsulaires et à réguler les relations entre sujets et officiers royaux. Mais cette clause indique aussi que le lien de vassalité qui fonde une partie de l’alliance des sujets avec la royauté ne peut reposer que sur la personne du souverain. Cela ne tempère a priori pas le fait que le roi considère que son épouse est digne de le remplacer, d’incarner la royauté et d’exercer en particulier cet éminent pouvoir qu’est la justice retenue du souverain.

Si on peut voir une preuve de confiance dans la capacité légale d’une reine d’Aragon de la fin du XIIIe siècle d’exercer le pouvoir souverain, cette délégation de pouvoirs témoigne aussi de l’idée que la continuité de l’autorité royale impose la présence souveraine dans ses terres, au plus près des sujets.

Cette nécessité, ainsi que des enjeux de succession, avaient conduit Jacques II, comme ses prédécesseurs, lorsqu’il n’avait encore ni épouse, ni fils, à s’appuyer pour gouverner sur son plus jeune frère, l’infant Pierre, benjamin des fils de Pierre III. Celui-ci exerçait la procuration générale des différents royaumes depuis la fin des années 1280 et y relayait de ce fait l’action du roi32. La naissance du premier enfant du couple royal, le 29 septembre 1296, et le départ imminent du roi vers Rome justifient sûrement la destitution du procureur général des royaumes, le 8 octobre, ainsi que la réorganisation de la délégation régionale comme on le verra. Mais on aurait pu s’attendre à ce que, dans ce contexte, la jeune reine Blanche se voit d’abord confier la « baillie, garde et défense » de leur fils et héritier en l’absence du roi et l’éventuelle régence si ce dernier venait à mourir prématurément au cours de son voyage33. Aucun document, testament ou codicille connu de Jacques II ne l’atteste néanmoins et le pouvoir concédé à Blanche à l’automne 1296 est théoriquement bien plus vaste34.

Or on ne sait si et comment elle en fait usage. Les traces de l’activité gouvernementale de la jeune souveraine durant les cinq mois de sa lieutenance sont très minces : on ne conserve aucun document émis en son nom en l’absence du roi, du 24 novembre 1296 au 25 avril suivant35. Les registres du souverain commencés avant son départ s’interrompent jusqu’à son retour, à l’exception du registre 321 déjà évoqué, dont l’analyse détaillée permet à Stéphane Péquignot de montrer que Jacques II continue à distance « à exercer en personne son pouvoir sur ses hommes, ses royaumes et ses comtés36 ». En son sein, deux mandats du roi à la reine et un ordre à un commissaire de s’en remettre à l’autorité réginale laissent tout de même penser qu’elle était placée à la tête du gouvernement37. Il reste néanmoins difficile en l’état de la documentation d’envisager comment la jeune souveraine a pu gouverner personnellement et pallier, par son action, l’absence du roi, même si on ne saurait l’exclure.

Que Blanche d’Anjou ait ou non agi pour remplacer son époux à la tête de ses territoires, on constate cependant qu’à l’automne 1296, après la remise en cause de la procuration générale alors aux mains de son frère, Jacques II avait veillé à pourvoir la procuration de chacun de ses royaumes et comtés péninsulaires, en nommant de très proches et fidèles conseillers. Dotés de véritables pouvoirs de gestion quotidienne des affaires royales, notamment de celui de recevoir les appels des sentences émises en première instance par les officiers royaux de juridiction, les nouveaux procureurs nommés ont pu, dans une certaine mesure, assister la reine dans sa tâche ou pallier l’absence du roi.

Le 10 octobre 1296, Jacques II fait ainsi du fidèle comte Jaspert de Castellnou, son procureur dans le royaume de Valence38. Selon José Vicente Cabezuelo Pliego, sa lettre de nomination, « brève et concise », définit essentiellement un pouvoir de recevoir les appels du second degré et d’user des attributions de ses prédécesseurs39. Le 3 novembre, c’est à Lope Ferrench de Luna qu’échoit la procuration du royaume d’Aragon, au titre de laquelle il devra agir conformément aux attributions de ses prédécesseurs et devra en particulier prélever l’imposition de la cena40. Pendant le voyage du roi, on constate aussi que Jaume Pere, seigneur de Segorbe, fils naturel de Pierre III, et donc demi-frère de Jacques II, détient la procuration du royaume de Murcie41. Rien n’indique néanmoins que ces procureurs sont dotés de pouvoirs spécifiques du fait de l’absence du roi. En revanche, le 21 novembre 1296, trois jours après sa lieutenante, Jacques II nomme Ramon Folc, sixième vicomte de Cardona, procureur en Catalogne, pour la durée de son voyage42. Ce très puissant seigneur, fidèle conseiller du souverain détient dès lors un très ample pouvoir de substitution. Son acte de nomination précise en effet qu’il peut traiter ou déléguer le traitement de toute cause civile ou criminelle et recevoir les appels des sentences des officiers territoriaux de Catalogne. Il peut mener des enquêtes, punir les crimes ou remettre les punitions. Il dispose de toute la juridiction et des droits du roi, peut recevoir le pouvoir des châteaux tenus en fief ou les inféoder, et enfin démettre et nommer les officiers royaux. Signe de l’ampleur de ses compétences et de la confiance du roi, celui-ci s’engage à lui rembourser les frais et sommes dépensés au-delà des gages extrêmement importants (100 sous par jour) qui lui sont assignés pour défendre les intérêts royaux et faire régner la justice. Autant dire que grâce à ces pouvoirs, le procureur en Catalogne est largement en mesure d’agir à la place du souverain en son absence, bien que ce dernier prévoie de recevoir lui-même les appels de ses sentences de premier ou second degré43. Si jamais Blanche ne gouverne pas personnellement en l’absence du roi, Ramon Folc de Cardona peut donc garantir et faire régner l’autorité royale dans la Principauté catalane.

Avant de conclure, je voudrais souligner que quelques mois après son retour de Rome, Jacques II s’apprête déjà à repartir, vers le royaume de Sicile44. Il prévoit cette fois de confier ses royaumes, son épouse et ses enfants à la garde de son beau-père Charles II d’Anjou45. Mais, comme on l’a vu, la reine Blanche l’accompagne cette fois à Naples. Les archives de la chancellerie royale ne livrent pas d’informations sur les dispositions éventuelles prises pour gouverner la Couronne en l’absence du roi et de la reine. Pendant les seize mois de son expédition, Jacques II s’adresse certes régulièrement à ses officiers demeurés dans ses terres continentales, parmi lesquels ses procureurs actifs dans ses différents royaumes et en Catalogne46, mais sa correspondance ne permet pas de distinguer s’il leur a conférés des compétences spécifiques en vue de son absence, ni s’il a procédé à la nomination d’un lieutenant général47. Je suppose donc que Jacques II s’en remet cette fois simplement à ses officiers ordinaires dans l’attente de son retour et ne délègue personne à la tête de tous ses territoires péninsulaires de la Couronne d’Aragon durant son séjour outre-mer. La documentation atteste enfin sans équivoque que Blanche d’Anjou n’a pas exercé de lieutenance pour son époux au printemps 1310, pendant l’expédition et le siège d’Almeria, contrairement à l’affirmation de Theresa Earenfight48. Lledó Ruiz Domingo a récemment démontré que le roi ne s’absente pas de ses royaumes à cette période, que la reine l’accompagne dans ses déplacements et que la confusion provient d’une lecture erronée de la documentation49.

Conclusion

Malgré ses carences documentaires, ce dossier illustre bien la position occupée par la reine à la fin du XIIIe siècle dans la Couronne d’Aragon. La délégation de pouvoir qui semble avoir été confiée à Blanche d’Anjou à l’automne 1296 résulte bien de l’absence du roi son époux durant l’hiver 1296-1297. La lieutenance lui confère en théorie la tâche majeure d’assurer la représentation de la majesté royale, si ce n’est de gouverner à la place du roi. Malgré l’absence d’éléments permettant de juger de son implication et de son action effectives, il ne faut peut-être pas trop vite conclure que la jeune reine ne devait faire que de la figuration. Si le gouvernement ne reposait pas sur ses seules épaules, sa nomination n’en demeurait pas moins le signe de la confiance du roi et de la capacité, au moins symbolique, de la souveraine à incarner la continuité royale. Quoi qu’il en soit, il ne faut peut-être pas surévaluer l’opportunité offerte à la reine d’Aragon par l’éloignement provisoire de son mari. Dans le contexte archivistique et documentaire de la Couronne d’Aragon de la fin du XIIIe siècle, l’absence du roi nous offre surtout un révélateur documentaire d’une participation peut-être plus active et précoce de la reine au gouvernement, que les sources ne nous permettent pas d’évaluer en temps normal. Les quelques exemples, certes postérieurs, de reines d’Aragon déjà évoquées (Éléonore de Sicile, Marie de Luna, Marie de Castille), dont le règne et l’action politique sont beaucoup plus documentés, laissent à penser qu’elles étaient très impliquées au long cours dans les affaires du gouvernement royal, étaient informées, voire souvent sollicitées pour régler de grands dossiers, avant même d’être nommées lieutenantes de leur royal époux absent50. Leur nomination comme représentantes générales, lieutenantes du roi lorsqu’il s’absentait de ses royaumes n’était donc pas qu’un choix de représentation ; elle est le signe de la confiance dont elles bénéficiaient, de leur capacité à maîtriser le jeu politique, à faire valoir et conserver la fidélité des sujets envers la royauté. Elle témoigne aussi sûrement d’une forme de complémentarité de ces couples, de duo politiques, qui dépendaient néanmoins de la personnalité et des talents de chacune.


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Notes

  1. Vinyoles T., « Cartas de mujeres medievales, mirillas para ver la vida », dans Segura C., La voz del silencio II, Madrid, Laya, 1993, p. 97-133 ; Id., « L’amor i la mort al segle XIV. Cartes de dones », Miscel·lània de textos medievals, 8, 1996, p. 111-119 ; Id., « Cartas de mujeres en el paso de la Edad Media al Renacimiento », dans Zavala I. M., Breve historia feminista de la literatura española (en lengua catalana, gallega y vasca), Barcelone, Anthropos, 2000, vol. 6, p. 51-61 et Id., « Unes cartes de dones del segle XV. Notes sobre la crisi feudal », Acta historica et archaeologica mediaevalia, 25, 2003, p. 445-460.
  2. Sur ces discours, voir par exemple Ruiz Domingo L., « La incorporación de las perspectivas de genéro en los estudios sobre la monarquía medieval », dans Casado Mejía R., Flecha García C., Guil Bozal A. et al., Aportaciones a la investigación sobre mujeres y género. Congreso Universitario Internacional « Investigación y Género » (Séville, 2014), Séville, SIEMUS, 2015, p. 186 (citation p. 184) et ead., El Tresor de la Reina: recursos i gestió econòmica de les reines consorts a la Corona d’Aragó (segles XIV-XV), Madrid, CSIC, 2022, p. 27-34. Sur le statut de reine consort en général, ses implications et le cas castillan en particulier, voir Pelaz Flores D., Reinas consortes. Las reinas de Castilla entre los siglos XI-XV, Madrid, Sílex Ediciones, 2018.
  3. Sur les inégales contributions des reines européennes au gouvernement, voir Gaude-Ferragu M., La reine au Moyen Âge. Le pouvoir au féminin (XIVe-XVe siècle), Paris, Tallandier, 2014, p. 143-169.
  4. Earenfight T., The King’s Other Body. María de Castile and the Crown of Aragon, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2010.
  5. Narbona Cárceles M., « Que de vostres lletres nos visitets. La casa de María de Castilla (1416-1458) y la documentación epistolar como fuente para su estudio », Mélanges de la Casa de Velázquez. Nouvelle série, 44/2, 2014, p. 183-201. Ces lettres expriment la douleur ressentie par l’épouse délaissée et abandonnée à son sort dans la péninsule Ibérique, qui en quarante années de mariage, malgré ses nombreux efforts, ne parvient pas à donner d’héritier au trône ; elle ne se voit de toute façon offrir que peu d’occasions pour obtenir le contraire, dès lors que le roi s’installe dans son nouveau royaume, où il mène au vu et au su de tous une riche vie amoureuse et fonde une famille (illégitime).
  6. Roebert S., Die Königin im Zentrum der Macht. Reginale Herrschaft in der Krone Aragón am Beispiel Eleonores von Sizilien (1349-1375), Berlin, De Gruyter, 2020 ; Silleras Fernández N., Power, Piety and Patronage in Late Medieval Queenship: Maria de Luna, New York, Palgrave Macmillan, 2008 ; Ruiz Domingo, L., « “Del qual tenim loch”. Leonor de Sicilia y el origen de la lugartenencia femenina en la Corona de Aragón », Medievalismo, 27, 2017, p. 303-326, traite de délégations de pouvoir à la reine d’Aragon mais attribue de façon erronée, comme le présent article le montrera, la première lieutenance réginale à Éléonore de Sicile.
  7. Outre les études précédemment citées, voir Earenfight T., « Absent Kings: Queens as Political Partners in the Medieval Crown of Aragon », dans Earenfight T., Queenship and political power in Medieval and Early Modern Spain, Aldershot, Ashgate, 2005, p. 32-52 qui théorise la délégation générale de pouvoir en faveur des reines, à partir de l’exemple des lieutenances de Marie de Castille.
  8. Gaude-Ferragu M. et Vincent-Cassy C., La dame de cœur. Patronage et mécénat religieux des femmes de pouvoir dans l’Europe des XIXe-XVIIe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016.
  9. Kiesewetter A., Die Anfänge der Regierung König Karls II. von Anjou (1278-1295). Das Königreich Neapel, die Grafschaft Provence und der Mittelmeeraum zu Ausgang des 13. Jahrhunderts, Husum, Matthiesen Verlag, 1999.
  10. Salavert Roca V., « El tratado de Anagni y la expansión mediterránea de la Corona de Aragón », Estudios de la Edad Media en la Corona de Aragón, 5, 1952, p. 209-360.
  11. Kiesewetter A., op. cit., p. 273-297.
  12. Cevins M.-M. de, Kiss G. et Matz J.-M., Les princesses angevines. Femmes, identité et patrimoine dynastiques (Anjou, Hongrie, Italie méridionale, Provence, XIIIe-XVe siècle), Mélanges de l’École française de Rome, Moyen Âge, 129, 2, 2017.
  13. Heinrich Fincke, grand spécialiste du règne de Jacques II, lui accorde peu d’attention : Acta Aragonensia, Quellen zur deutschen, italienischen, französischen, spanischen, zur Kirchen- und Kulturgeschichte aus der diplomatischen Korrespondenz Jaymes II (1291-1327), Berlin, Rothschild, 1908, vol. 1, p. CLXXX ; Martínez Ferrando J. E. l’évoque fréquemment dans les premières pages de sa grande étude : Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 3-20 ; il souligne néanmoins (p. 11) les limites qualitatives de la documentation disponible. Il ajoute quelques éléments sur cette reine dans : Jaume II o el seny Català, op. cit., p. 123-130. Miquel F. A., « La reina Blanca d’Anjou », Episodis de la Historia, 197, 1975, lui consacre une brève biographie (59 p.), qui synthétise ces apports. Profitant de ces éléments, Roger Sablonier, dans « Die Aragonesische Königsfamilie um 1300 », dans Medick H. et Sabean D. W., Emotionen und materielle Interessen. Sozialanthropologische und historische Beiträge zur Familienforschung, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1984, p. 282-317, se livre à une analyse anthropologique des relations au sein de la famille royale aragonaise sous Jacques II et accorde une grande place à Blanche. Mc Vaugh M., « The births of the children of Jaime II », Medievalia, 6, 1986, p. 7-16, doit être considéré avec prudence. Hinojosa Montalvo J., Jaime II y el esplendor de la Corona de Aragón, Madrid, Nerea, 2006, remet en perspective la bibliographie antérieure. L’ouvrage de vulgarisation d’Elisenda Albertí, Dames, reines, abadesses. Divuit personalitats femenines a la Catalunya medieval, Barcelone, Albertí, 2007, chap. « Blanca d’Anjou, fontana de gràcia », p. 72-80 n’apporte en huit pages aucun élément nouveau sur Blanche d’Anjou.
  14. Finke H., op. cit. dit que Jacques II « lebte mit ihr [Blanche d’Anjou] in glücklicher, kinderreicher Ehe ». Dans la même lignée, Martínez Ferrando J. E., Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 4-7 la qualifie de « colaboradora eficaz », affirme que « el matrimonio había sido feliz y fecundo […]. Entre los esposos habíase mantenido una relación conyugal de acusado matiz burgués » ; il perçoit dans les lettres du roi à son épouse les « íntimos sentimientos conyugales » exprimés par le souverain.
  15. Ibid, p. 81-189.
  16. Archivo de la Corona de Aragón [désormais ACA], Cartes Reales, Jaime II, 284, 1027, 1269, 1272, 1295, 1296, 1397, 1398, 1919, 2094bis, 2477, 2492, 3425, 3773, auxquelles il faut ajouter une lettre de la reine publiée par Finke H., Acta Aragonensia, op. cit., vol. 1, doc. 172, p. 255-256, conservée – alors sans côte – dans la série « Apéndice » des Cartas reales de Jaime II. Je les remercie de m’avoir donné le détail de leurs dépouillements. Je n’ai pu, dans le temps de préparation de cette recherche, consulter les 14 000 autres actes et lettres originaux en papier de ce fonds, ni les 5 200 parchemins de cette période ; Martínez Ferrando J. E., Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 6 n. 14, évoque la conservation de quelques actes de la reine sur des thèmes matrimoniaux dans la série de parchemins « extra inventarium ».
  17. ACA, Cancillería [désormais C], reg. 289 (registre de 145 folios, contenant des documents datés de mars 1307 à mai 1310, auxquels ont été ajoutés à la reliure 30 autres folios de documents produits entre mai et octobre 1310) ; ACA, C, reg. 290 (registre de 112 folios, datés de mars 1307 à mai 1310).
  18. Sur la conservation des archives de Blanche d’Anjou et des reines d’Aragon qui lui ont succédé, je me permets de renvoyer à mon étude : Beauchamp A., « La conservación de las cartas de las reinas de Aragón del siglo XIV », dans Jardin J.-P. et al., Cartas de mujeres en la Europa medieval: España, Francia, Italia, Portugal (siglos XI-XV), Madrid, La Ergástula ed., 2018, p. 69-87.
  19. En outre, selon Martínez Ferrando J. E., Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 8 « en los últimos años de su vida, dado su precario estado de salud, fue intento de la soberana fijar su residencia en Valencia, ciudad de clima más benigno, y por esta razón D. Jaime le cedió el palacio del Real ».
  20. « propter propinquitatem partus domine Regine consortis nostre carissime non ita cito comode recedere poteramus » (ACA, C, reg. 252, f° 189v°-191r°) cité par Mc Vaugh M., « The births of the children », art. cit., p. 9.
  21. Martínez Ferrando J. E., Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 9.
  22. Del Estal J. M., Itinerario de Jaime II de Aragón, Saragosse, Institución Fernando el Católico-CSIC, 2009, p. 175-185.
  23. Ce voyage et cette naissance sont évoqués par Martínez Ferrando J. E., Jaime II. Su vida familiar, op. cit., p. 17. Mc Vaugh M., « The births of the children », art. cit., p. 9.
  24. Sur ce voyage, voir Péquignot S., « Le “premier voyage à Rome” de Jacques II d’Aragon (1296-1297) », dans Moeglin J.-M., Relations, échanges, transferts en Europe dans les derniers siècles du Moyen Âge. Hommages en l’honneur de Werner Paravicini, Paris, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2010, p. 135-164.
  25. Sur le contexte et les conséquences de la paix d’Anagni pour la politique aragonaise : Salavert Roca V., « El tratado de Anagni », art. cit. De façon plus générale, voir Riera Melis A., « El Mediterrani occidental al darrer quart del segle XIII: concurrència comercial i conflictivitat política », Anuario de Estudios Medievales, 26, 2, 1996, p. 728-782.
  26. Péquignot S., art. cit., p. 138-141 ; il souligne que le pape aurait suggéré au roi, qui ne suit guère ses recommandations, de voyager avec une suite réduite. C’est sûrement moins cet élément que la naissance récente de leur premier fils, l’infant Jacques, le 29 septembre, qui explique que la reine ne parte pas aux côtés de son époux.
  27. Ibid., p. 143-144.
  28. ACA, C, reg. 321, f° 6v°-7r° ; il est étudié en détail dans Beauchamp A., Gouverner la couronne d’Aragon en l’absence du roi : la lieutenance générale de l’infant Pierre d’Aragon (1354-1355), thèse de doctorat, université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, 2005, vol. 1, p. 105.
  29. ACA, C, reg. 321, f° 6v°-7r° : « Idcirco, volentes providere subditis omnium regnorum nostrorum cum nos proficisti cupiamus ad sanctam Romanam ecclesiam, duximus ordinandum quod dum nos abesse contingerit racione dicte peregrinacionis usque ad adventum nostrum, dompna Blancha, Regina Aragonum karissima consors nostra gerat vices nostras et teneat locum nostrum ». Je souligne.
  30. « Nos eam in predictis commitimus ea vices nostras et etiam in aliis qui ad bonum statum terre nostre tam in custodiendis officiales si necessitate fuerit, quam in aliis fuerit expediens ».
  31. « Salvo quod si de aliquibus castris seu terris de quibus inter nos et aliquem de subjectis seu vassalis nostris questio verteretur et in ipsis questionibus sentencia seu sentenciae definitivum essent promulgate et ab ipsa sentencia seu sentenciis essent appellatam tam ad partem nostram quam ad partem adversam in ipsa appellacione seu appellacionibus supersedeatur usque ad adventum nostrum ».
  32. Il est procureur général d’Alphonse III leur frère, dans le royaume d’Aragon à partir de 1286, puis étend son autorité à la Catalogne à partir de 1289, au royaume de Majorque en 1290 et à celui de Valence en mars 1291 ; sur le lien entre héritier désigné et procuration générale, voir Cabezuelo Pliego J. V., Poder público y administración territorial en el reino de Valencia 1239-1348. El oficio de la procuración, Valence, Generalitat valenciana, 1998 ; sur ce cas précis, cf. p. 87-90 ; Beauchamp A., op. cit., p. 93-94.
  33. L’expression latine généralement employée est « baiulia, tuitio et defensio ». Sur l’organisation ou non de ce type de dispositif par les souverains aragonais, voir Beauchamp A., « Régence et continuité de l’œuvre royale : un testament et des codicilles inédits (1354) de Pierre IV d’Aragon », dans Mélanges de la Casa de Velázquez. Nouvelle série, 38, 1, 2008, p. 207-209.
  34. Le plus vieux testament conservé de Jacques II est antérieur (15 juillet 1291) à la naissance de l’infant Jacques (Udina Abelló A., Els testaments dels comtes de Barcelona i dels reis de la corona d’Aragó, de Guifre Borell a Joan II, Barcelone, Fundació Noguera, 2001, doc. 30, p. 177-178) ; son codicille du 30 juillet 1298 (ibid., doc. 31, p. 178-180) évoque un testament aujourd’hui perdu, rédigé par le notaire Jacques Amalvi, dans lequel l’infant est désigné héritier du trône ; Sesma Muñoz J. Á., « Disposiciones testamentarias inéditas de Jaime II de Aragón », Boletín de la Real Academia de la Historia, 173, 1, 1976, p. 119-136 y fait référence mais ne l’a pas non plus localisé. Je remercie Stefano Cingolani de m’avoir communiqué cette dernière information.
  35. La durée de l’absence du roi est établie à partir de Del Estal J. M., Itinerario de Jaime II de Aragón, op. cit.
  36. Péquignot S., art. cit.
  37. Mandats adressés à la reine de faire respecter des perceptions de sommes et des concessions de terres et droits ordonnées par le roi (ACA, C, reg. 321, f° 22v°, 47r° respectivement datés du 1er janvier et du 5 mars 1297) ; ordre à Domenech de Roda chargé de percevoir une grosse somme d’argent auprès des prud’hommes de Lérida de se soumettre à l’autorité de la reine (ACA, C, reg. 321, f° 19v, 23 novembre 1296).
  38. ACA, C, reg. 194, f° 284r° ; Cabezuelo Pliego J. V., Poder público y administración, op. cit., p. 100-102 ; Beauchamp A., op. cit., p. 107.
  39. Cabezuelo Pliego J. V., Poder público y administración, op. cit., doc. 35, p. 307.
  40. ACA, C, reg. 194, f° 290v° ; sur ce fidèle du roi, voir Moxó y Montoliu F. de, La casa de Luna (1276-1348). Factor político y lazos de sangre en la ascensión de un linaje aragonés, Münster, Aschendorffsche Verlag, 1990, p. 224 et Péquignot S., art. cit., n. 54.
  41. ACA, C, reg. 321, f° 21r° ; voir la notice biographique de ce dernier dans la Gran enciclopèdia catalana [en ligne] www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0050090.xml.
  42. Ses provisions de pouvoir, qui ne font aucune allusion à la lieutenante, précisent que « Predictam autem comissionem seu comandam durare volumus usque quod de presenti viagio quod facimus apud Romanam curiam reversi fuerimus ad has partes vel dum de nostro fuerit beneplacito voluntatis » ; ACA, C, reg. 321, f° 16r°-v°. Sa fonction est confirmée après le retour du souverain (Barcelone, 5 mai 1297, ACA, C, reg. 195, f° 5r°-v°). Voir la notice biographique de Ramon Folc de Cardona dans la Gran enciclopèdia catalana [en ligne] www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0014934.xml.
  43. Jacques II, depuis Rome, ne se prive pas non plus d’intervenir dans ses affaires péninsulaires et de donner des directives à ses différents procureurs, comme le montre Péquignot S., « Le “Premier voyage à Rome” », art. cit., § Si loin si proche, le pouvoir en chemin ; lettres du roi à ses procureurs : ACA, C, reg. 321, f° 6r°, 10r°, 18r°, 21r°.
  44. Conformément aux dispositions du traité d’Anagni déjà évoqué, il devait libérer la Sicile de toute présence aragonaise et la rendre au pape afin qu’il cède le royaume à son beau-père Charles II d’Anjou.
  45. ACA, C, reg. 235, f° 6r°-7v°, lettre du roi à Boniface VIII, Valence, 8 décembre 1297 : « ipso tamen rege Sicilie [Charles II d’Anjou] pro securitate et tuicione terre nostre ad recipiendum et tenendum dominam reginam filiam suam consortem nostram carissimam, filios et terram nostram in defensionem custodia et comanda ad preces nostri domini accentente ibique donec Nos de dicto viagio duce Deo redierimus personaliter residente. Cui usque ad nostrum reditum mandabimus et faciemus per barones milites, cives et ceteros terre nostre obedire ut nobis in omnibus et pariter ».
  46. Jaime de Jérica nouveau procureur du roi dans les royaumes de Valence et Murcie (ACA, C, reg. 196, f° 183r° ; Cabezuelo Pliego J. V., Poder público y administración, op. cit., p. 103-105), ainsi que Lope Ferrench de Luna et Ramon Folc de Cardona, déjà actifs en Aragon et en Catalogne.
  47. ACA, C, reg. 112, 113, 265.
  48. Earenfight T., « Absent Kings », art. cit., p. 34, 38, n. 4 et 21, affirme que Blanche a été lieutenante de son époux à partir d’avril 1310, pendant deux mois. Elle cite à l’appui de cette affirmation Sablonier R., « The Aragonese Royal Family around 1300 », dans H. Medick et Sabean D. W., Interest and Emotion. Essays on the Study of Family and Kinship, Cambridge, Cambridge University Press, 1984, p. 210-239 ; il n’en dit mot dans la traduction allemande de son article que j’ai pu consulter, grâce à Sebastian Roebert, que je remercie vivement (Sablonier R., « Die aragonesische Königsfamilie », art. cit.).
  49. Ruiz Domingo, Ll., « “Del qual tenim loch” », art. cit., p. 318-322.
  50. Sur ces différentes reines et leurs lieutenances, voir Roebert S., Die Königin im Zentrum der Macht, op. cit. ; Silleras Fernández N., Power, Piety and Patronage, op. cit. ; Earenfight T., The King’s Other Body, op. cit.
EAN html : 9782858926374
ISBN html : 978-2-85892-637-4
ISBN pdf : 978-2-85892-638-1
Posté le 23/11/2022
ISSN : 2741-1818
11 p.
Code CLIL : 3377; 3111
10.46608/primaluna12.9782858926374.21
licence CC by SA

Comment citer

Beauchamp, Alexandra, « Représenter la majesté royale, veiller sur les sujets et gouverner en l’absence du roi à la fin du XIIIe siècle. La lieutenance de Blanche d’Anjou, reine d’Aragon », in : Charpentier, Emmanuelle, Grenier, Benoît, dir., Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà les silences et l’absence, Pessac, MSHA, collection PrimaLun@ 12, 2022, 289-299 [en ligne] https://una-editions.fr/representer-la-majeste-royale/ [consulté le 23/11/2022].

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Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Détail de Het uitzeilen van een aantal Oost-Indiëvaarders, huile sur toile, Hendrick Cornelis Vroom, 1600, Rijksmuseum (wikipedia).
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