Les chevaleresses dans la vallée du Pô
à la Renaissance (XIVe-XVIe siècles)

Comme l’a bien souligné Sophie Cassagnes-Brouquet dans l’introduction de son livre Chevaleresses. Une chevalerie au féminin, les mots « chevaleresse » ou « chevalière » « existent au Moyen Âge, en latin comme dans les langues d’oïl et d’oc, non seulement pour désigner la femme d’un chevalier, mais aussi la cavalière, celle qui combat à cheval, ou encore la dame qui appartient à un ordre de chevalerie1 ».

Et d’ailleurs, ce même terme existe également en langue vernaculaire italienne2. Pourtant, la recherche historique a toujours eu du mal à considérer les femmes comme de vrais chevaliers ou du moins, à aller au-delà d’occurrences juste occasionnelles. Même dans l’historiographie anglo-saxonne, bien plus ouverte à ce type d’analyse, on rencontre parfois des difficultés à prendre sereinement en compte le rôle des femmes comme de vraies guerrières3. Par exemple, le livre de Patricia Skinner Women in Medieval Italian Society, consacre peu de place à Mathilde de Toscane (1046-1115) en tant que femme guerrière, alors qu’elle a tenu un véritable rôle de « chef de guerre4 » dans la lutte menée contre son cousin, l’empereur Henri IV, et qu’elle est sortie victorieuse du siège de la ville de Mantoue, révoltée contre elle, siège qu’elle mena à l’âge avancé de 60 ans, peu de temps avant sa mort5.

Les historiennes et historiens des femmes au Moyen Âge ont mis en exergue leur pouvoir politique plus que leur pouvoir militaire. En Italie, de récents colloques ont pris en considération le rôle des régentes et le pouvoir des comtesses devenues veuves dans les petits États féodaux de la vallée du Pô et dans l’Italie méridionale6. Cependant, la part active que prirent ces femmes aux événements militaires qui affectèrent cette aire géographique entre le bas Moyen Âge et l’époque moderne n’a pas été sérieusement étudiée. Dans le présent essai, j’examinerai par conséquent plusieurs cas de femmes armées pour tenter de donner un premier aperçu de ce phénomène. De prime abord, dans la nature éminemment narrative des exemples illustrés ci-dessous, on peut néanmoins trouver des détails et des éléments à même de clarifier une phénoménologie historique très complexe. En effet, les sources, de provenance majoritairement masculine, n’ont pas suffisamment considéré les figures féminines, en particulier les figures féminines armées. Un peu comme dans l’historiographie, les biographies des femmes en armes paraissent des exemples isolés, indignes d’une attention et d’une étude systématique.

Les sources sur lesquelles s’appuie mon étude sont essentiellement des chroniques et des histoires de villes, du XIVe au XVIIIe siècle mais je ne manquerai pas de citer également des traités sur les vertus féminines, tels que De Claris Mulieribus, écrit par Jacopo Filippo Foresti en 1497, Il merito delle donne, écrit par Moderata Dal Pozzo, publié à titre posthume en 1600, et La nobiltà e l’eccellenza delle donne, co’ difetti et mancamenti de gli huomini, par Lucrezia Marinelli, publié en 16017. Pour les cas les plus anciens, l’on retrouve la Cronica de Matteo Villani (1283-1363), une suite de la Nova Cronica de son frère Giovanni (1280-1348), publiée dans le Rerum Italicarum Scriptores de Ludovico Antonio Muratori du XVIIIe siècle. Pour les XVe et XVIe siècles, je me suis appuyé sur les Cronache Forlivesi de Leone Cobelli (1425-1500)8 qui rapportent l’histoire de la ville de Romagne jusqu’en 1498 ; les Commentarii comitis Jacobi Piccinini, de l’humaniste napolitain Porcellio Pandoni (1409-1485) qui traitent des faits d’armes de l’un des plus importants condottiers de l’époque, toujours présent dans le Rerum Italicarum Scriptores. En sources secondaires, j’ai fait appel à des chroniques plus récentes, telles que le Istoria della città e ducato di Guastalla, d’Ireneo Affò (1741-1797) et le Dizionario biografico-cronologico degli uomini illustri, d’Ambrogio Levorati. Ces derniers ouvrages constituent un outil de recherche important, dans la mesure où ils nous présentent un paysage documentaire parfois disparu. En effet, les savants et historiens des XVIIIe et XIXe siècles purent avoir accès à des documents malheureusement aujourd’hui dispersés ou détruits.

Nous nous sommes donc efforcés de rassembler dans ce travail, à partir de ces différentes sources, les cas qui, sans être exhaustifs, nous ont semblé les plus représentatifs et les plus à même de fournir des clés d’interprétation de ce phénomène des femmes armées. Une autre difficulté importante que l’on rencontre dans l’étude de ce problème historique est la forte idéalisation de la mémoire historique de ces femmes. La grande difficulté, pour les contemporains, de maintenir ensemble l’archétype de la Madone chrétienne, prototype de la féminité maternelle, avec l’image de la guerrière amazone, impliquait le recours à des idéaux bibliques ou mythologiques tels que Judith, les reines Tomiri ou Zenobia9, ou des figures paralysantes comme Circée ou Méduse. Pour cette raison, comme nous le verrons, les très rares témoignages de femmes armées non idéalisées, mais représentées sous des traits réalistes, sont extrêmement précieux pour comprendre la vie et les conditions matérielles qui étaient les leurs.

Entre le XIVe et le XVIe siècle, nous trouvons un certain nombre des cas de femmes – surtout issues de la noblesse mais aussi d’origines modestes qui, pour défendre leur château, leur lignage ou leur mari, prennent les armes et conduisent les hommes à la bataille. Et il ne s’agit pas de cas isolés, bien au contraire : c’est assez courant. Le point commun de la situation de ces femmes est l’absence du mari : mort, emprisonné ou parti pour la guerre. Il est permis d’entrevoir une situation codée, sinon du point de vue juridique tout au moins culturellement, qui permettait à ces femmes de devenir de véritables chevaliers.

Des femmes guerrières
pour défendre leur château

On retrouve un certain nombre de cas de femmes chevaliers notamment dans la vallée du Pô, à la Renaissance. Pour la plupart, il s’agit de défendre la ville ou le château ancestral du siège d’un usurpateur, tandis que leur mari est parti à la guerre ou est décédé.

Un premier exemple est celui de Marzia degli Ubaldini da Susinana, également connue sous le nom de Cia degli Ordelaffi10. Née en 1317 de l’union entre le noble gibelin Vanni degli Ubaldini et la florentine Andreina di Maghinardo Pagani, elle passa son enfance dans les montagnes des Apennins. Dans la première moitié des années 1330, Marzia épousa François II Ordelaffi, le plus farouche ennemi du pouvoir papal en Romagne. Entre 1330 et 1340, la seigneurie de Francesco Ordelaffi s’étendit sur toute la Romagne centrale, y compris Forlì, Cesena, Forlimpopoli, Bertinoro, ainsi que divers centres mineurs. La force de l’Ordelaffi était telle que le pape Innocent VI, en 1356, proclama une croisade contre lui, renouvelée en 1357 et en 1359, pour ramener les villes de Romagne sous contrôle papal.

Pour mieux défendre ses villes, Francesco resta à Forlì, envoya sa femme, Marzia, à Cesena, et ordonna aux habitants et magistrats de la ville de lui obéir comme à lui-même. Mais Marzia affirma son pouvoir en prenant de l’indépendance par rapport à la volonté de son mari. Dans un échange épistolaire avec son mari, en effet, à la recommandation de Francesco de prendre soin de la cité, Marzia répondit : « Monseigneur, prenez bien soin de Forlì, je m’occuperai de Cesena11 ». Elle arriva à Cesena à cheval, en armure, et prit possession de la ville en 1356. Dès le 29 avril 1357 la faction guelfe s’insurgea et força Marzia et son armée à se retirer dans la citadelle fortifiée. Matteo Villani, dans sa Nova Cronica, écrit d’elle que « Avec un esprit audacieux et franc, plus que viril, elle prit la défense du petit cercle et de la forteresse […] montrant peu de crainte de ce qui lui était arrivé12 ». Quelques jours plus tard, une armée importante dirigée par le légat du pape, le cardinal d’Albornoz, approcha des murs de la ville.

Nous savons avec certitude que Marzia prit part activement à la bataille pour la défense de la forteresse de Cesena. C’est encore Matteo Villani qui nous informe : « Elle resta seule conductrice de la guerre et capitaine des soldats, et le jour et la nuit elle défendit la forteresse des assauts des gens si vertueusement et avec l’esprit si audacieux et fier que les amis et les ennemis en avaient peur et respect pas moins que si la personne du capitaine eut été présente13 ».

Cependant, la position de Marzia était indéfendable sans l’envoi des renforts de Forlì, qui n’arrivèrent jamais. Et c’est alors que le cardinal Albornoz, pour éviter un bain de sang inutile, permit au père de Marzia, l’ancien chef de guerre Vanni da Susinana, de tenter de convaincre sa fille de se rendre. Il dit : « Vous pouvez faire foi à mon expérience militaire. J’ai vu les travaux des assiégeants, j’ai vu l’abîme sur lequel tu es suspendue. Tout est perdu. L’instant de se rendre est arrivé, et d’accepter les conditions que le Légat me demande de te donner14 ». Le fait que le père de Marzia ne s’adresse pas à sa fille en termes sentimentaux, mais avec des considérations militaires, nous dit quelque chose sur le genre d’éducation qu’elle avait reçu, et sur le type de compétences qu’elle devait posséder en matière de guerre. Le siège prit fin avec la prise de la forteresse de Cesena par les troupes du pape grâce à un effondrement de la structure suite à l’excavation de tunnels sous ses fondations. Avant que le château ne s’effondre, Marzia capitula. Elle obtint la liberté pour ses hommes, mais se rendit prisonnière avec ses enfants.

Un autre cas similaire, toujours en Romagne, mais plus d’un siècle plus tard, fut celui de Caterina Sforza. Comme l’a dit Nadia Covini, empruntant une expression de Joan Kelly, l’histoire de Caterina Sforza pourrait représenter un point culminant du potentiel des femmes en Italie entre le XVe et le XVIe siècle15. Fille illégitime de Galeazzo Maria Sforza et Lucrezia Landriani, Caterina naquit en 1463, grandit à la cour de Milan et, au cours de sa vie, se maria plusieurs fois ; elle épousa à 14 ans Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV et devint Signora de Imola et Forli. En 1488, Jérôme trouva la mort dans une conspiration des nobles de Forlì, mais Caterina réussit à garder le gouvernement au nom de son fils Ottaviano. La comtesse épousa en secret le châtelain de la Cité, Giacomo Feo, pour éviter de perdre la garde des enfants et le gouvernement de son état, mais il fut assassiné en 1495. En 1497, Caterina épousa en troisièmes noces Giovanni de Médicis, surnommé le « Popolano », qui mourut en 1498 ; de ce mariage naquit Giovanni, chef et capitaine de fortune passé à l’histoire avec l’appellation de « delle Bande Nere ».

Cependant, elle s’avéra l’exemple le plus exceptionnel de virago dans l’Italie de la Renaissance. Comme l’a souligné Katherine Walsh, Caterina Sforza savait conjuguer les traits masculins et féminins16. Ses attitudes guerrières se sont très vite manifestées. En 1484, à 21 ans, se trouvant à Rome pendant la vacance du siège pontifical, Caterina occupa le Château Saint-Ange à la tête d’un corps d’hommes armés, alors que son mari se tenait avec l’armée à Ponte Milvio. Caterina, en cette circonstance, déclara qu’elle avait l’intention de rester dans la forteresse jusqu’à l’élection du nouveau pape : « son animosité – expliquait l’orateur de Florence Vespucci à Laurent de Médicis – est basée sur l’armée […] et sur l’avoir le château dans sa dévotion17 ».

Un événement déterminant de 1486 marqua la mémoire de Caterina Sforza. Dans la ville de Forlì, une politique fiscale particulièrement lourde provoqua la révolte des familles Orsi et Ordelaffi. Caterina dût alors se réfugier dans le château de Ravaldino en attendant l’aide militaire de Milan tandis que ses enfants étaient restés en otages aux mains des conspirateurs. Machiavel nous rapporte l’anecdote suivante : en réponse à la menace, Caterina montra ses parties génitales aux assaillants du château, déclarant qu’elle avait encore les moyens d’avoir d’autres enfants. Si, d’une part, le fait n’est pas avéré en ces termes, dans une perspective anthropologique, il a une forte signification symbolique. Si on le relie aux images de Circée et de Méduse, figures de femmes paralysantes par l’utilisation consciente d’une sexualité agressive, l’histoire montre l’impact que l’acte de Caterina eut sur l’imaginaire collectif de son temps18. La transposition symbolique de l’affichage ostentatoire des parties génitales, transcrite par Machiavel, est née du refus de Caterina de se rendre, face aux menaces de mort pesant sur ses enfants, et de la déclaration réitérée d’être enceinte à ce moment-là, comme en témoignent les rapports des ambassadeurs de Mantou et Florence de l’époque19. De tels propos étaient en forte opposition avec l’archétype de la mère chrétienne de la fin du Moyen Âge et plaçaient Caterina dans une zone d’ambiguïté (mère-guerrière) difficile à résoudre pour ses contemporains20.

Après la mort de son troisième mari, Giovanni, en 1498, Caterina retourna à Forli pour défendre ses États de la menace de Venise. Elle dirigeait personnellement les manœuvres militaires, l’approvisionnement des soldats, des armes et des chevaux et elle était responsable de la formation de la milice. Pour amasser des fonds et des renforts, elle ne manqua pas d’écrire à son oncle Ludovico il Moro, à la République de Florence et aux alliés voisins, mais seuls les ducs de Milan et de Mantoue lui envoyèrent un petit contingent de soldats. Une première attaque de l’armée vénitienne fit de sérieux dommages dans les territoires appartenant à Caterina, mais son armée réussit à résister. Parmi les Vénitiens se trouvaient Antonio Ordelaffi et Taddeo Manfredi, les descendants des familles qui avaient gouverné respectivement Forli et Imola avant Riario. C’est à partir de ce moment que les documents historiques relatifs aux terres de Romagne commencent à donner à Caterina Sforza le surnom de « Tygre ».

Entre la fin 1499 et le début de l’année 1500, Imola et Forli furent assiégés de nouveau et prises d’assaut par Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, qui entendait prendre possession de la Romagne. Caterina demanda alors au peuple de Forli s’il voulait se rendre au Borgia. Voyant que le peuple hésitait à répondre, elle prit la décision de porter tous ses efforts à la défense du château de Ravaldino, la forteresse de Forlì, laissant la ville à son sort. Borgia prit alors possession de Forlì et assiégea la forteresse. Les adversaires de Caterina tentèrent de la convaincre de céder à la diplomatie. Mais elle, en réponse, mit une taille sur Cesare Borgia : 10 000 ducats, mort ou vivant21. Les forces pontificales entreprirent un bombardement qui dura plusieurs jours mais la résistance solitaire de Caterina fut bientôt connue dans toute l’Italie. Machiavel rapporte les chansons et épigrammes composés en son honneur22. Cependant, lorsque Borgia changea de tactique et commença à bombarder les murs de nuit, il s’assura de la victoire, le 12 janvier 1500. Capturée par Borgia, Caterina Sforza passa plusieurs mois en prison en 1501 au Château Saint-Ange, avant d’être libérée et transférée à Florence où elle trouva la mort le 28 mai 1509.

Marzia et Caterina ne furent pas des cas isolés : entre la fin du XIVe et le début du XVIe siècle, nous avons d’autres exemples de femmes guerrières défendant leur château en l’absence de leur mari.

En 1426, lors des guerres qui opposaient Milan et Venise, le fief de Guastalla, stratégiquement situé sur la rive droite du fleuve Po, à la frontière sud du duché des Visconti, fut attaqué par les troupes vénitiennes. Le seigneur féodal de Guastalla, Guido Torelli, était absent, engagé dans d’autres campagnes militaires en Italie du Sud. La défense de la communauté incomba alors à la femme du Torelli, Orsina Visconti, laquelle ne se montra pas surprise par les circonstances militaires mais, au contraire, semblait s’en charger avec une certaine aisance. Elle fut décrite comme « très courageuse, et dans la profession des armes considérablement formée23 ». Orsina, armée et à cheval, mena personnellement les hommes dans la bataille pour briser le siège vénitien. L’histoire nous rapporte aussi qu’avant la bataille, elle se rendit sur les murs de la ville pour insulter les soldats adversaires et en tua plusieurs pendant le combat24.

Un autre cas similaire nous est offert quelques années plus tard par une petite-fille d’Orsina : Donella Rossi-Sanvitale, née en 1435, fille de Pietro Maria Rossi, comte de Berceto et d’Antonia Torelli, à son tour fille de Guido Torelli et Orsina Visconti. En 1448, Antonia avait elle aussi fait preuve de prouesses militaires en aidant son mari à réprimer un soulèvement populaire à Parme, à la tête d’un groupe d’hommes armés, suivant ainsi l’exemple de sa mère25. Quant à Donella, elle épousa en 1454 le comte Giberto Sanvitale, rival de son père au sein de l’aristocratie locale de Parme. Ce mariage ne parvint pas à réconcilier les deux factions et en 1482, Donella se trouva seule à défendre le château de Sala Baganza, l’un des principaux bastions du Sanvitale, de l’attaque de son cousin Amuratte Torelli. Le siège fut difficile, mais Donella sut résister, prenant part aux combats, portant les armes et exhortant ses soldats par des incitations et des encouragements26. Non seulement Donella sortit victorieuse de ce siège, mais elle réussit également à tuer le chef des assiégeants, Amuratte, d’un coup de fusil tiré des murs du château, qui atteignit son cousin au fémur.

En 1527, nous trouvons d’autres exemples de femmes victorieuses dans la défense de leur château en l’absence de leur mari. Cette année-là, au cours des guerres d’Italie, dans la petite communauté de Novellara, Costanza da Correggio, épouse d’Alexandre Ier de Gonzague, sut résister au siège des armées vénitiennes et impériales, avec « l’âme de l’homme et non de la femme27 ».

Des femmes à cheval, au combat
ou se portant au secours de leur mari

Bien que la plupart des cas mentionnés soient des femmes guerrières impliquées principalement dans des batailles défensives de leurs châteaux ou forteresses, nous trouvons aussi des exemples de femmes engagées dans de vraies batailles. Une personnalité particulièrement intéressante, en ce sens, fut celle de Bianca Maria Visconti, épouse de Francesco Sforza et grand-mère de Caterina Sforza, déjà citée.

Elle naquit en 1425, fille illégitime (puis légitimée) de Filippo Maria Visconti, et épousa en 1441 Francesco Sforza. Bianca Maria passa son enfance dans le château d’Abbiategrasso avec sa mère, dans un climat d’ouverture culturelle. Ici, elle reçut, selon les souhaits de son père, une éducation d’empreinte humaniste. La bibliothèque ducale, inventoriée en 1426, était caractérisée par une grande variété d’œuvres : à côté des classiques latins, on y trouvait des textes en français et en provençal, mais aussi des œuvres scientifiques et pédagogiques ainsi que des textes en langue vernaculaire italienne. Bianca Maria, cependant, reçut également une éducation « sportive » par la pratique active de la chasse et la formation complète au métier des armes. Les chroniques nous disent qu’elle aimait passer son temps libre parmi les soldats et les capitaines d’armes, parmi lesquels elle demeurait aussi lorsqu’ils se réunissaient en conseil pour prendre des décisions importantes28. Les contemporains la décrivaient comme une « femme courageuse à cheval parmi les hommes armés29 » et insistaient sur la force de ses « mots virils plein d’affection30 ». Au cours de la décennie qui s’écoula entre 1441 et la prise du duché de Milan, Bianca Maria suivit son mari dans toutes ses expéditions militaires, à cheval, et prit part personnellement aux combats. Elle fut déterminée à suivre son mari dans sa vie aventureuse, même si son jeune âge ne l’aurait pas laissé supposer (en 1441, elle n’avait que 17 ans). Elle prouva aussi qu’elle était prête à sacrifier les liens familiaux, notamment lorsqu’elle soutint Francesco Sforza dans le combat pour la défense de ses possessions en Italie centrale contre la coalition formée par le roi de Naples, Alphonse d’Aragon, Filippo Maria Visconti et le pape Eugène IV31.

Mais il faut noter que, dans ce panorama des femmes guerrières, nous ne trouvons pas seulement des nobles, il y a aussi des femmes d’origine modeste, comme par exemple, Bona Lombardi. Elle naquit dans un village de Valtellina, dans les Alpes de Lombardie, à Sacco Inferiore sur le territoire communal de Campione, en 1415. Au-delà de la transfiguration hagiographique opérée par certains chercheurs locaux, qui dépeignent Bona Lombardi, adolescente, sous les traits d’une douce bergère, il est possible d’identifier dans ses origines, bien que non nobles, des éléments pédagogiques qui expliquent son aptitude aux armes. Son père, Gabrio Lombardi, était en effet un soldat de fortune. Il devint capitaine d’une compagnie armée au service du roi de Bohème, Sigismond de Luxembourg, avec lequel il prit part à la croisade contre les Hussites. Passé en Westphalie, Gabrio tomba amoureux de Pellegrina, la fille d’un marchand, avec laquelle il s’enfuit dans son pays natal, en Valtellina32. Ce n’est pas sans fondement, donc, malgré l’absence de preuves directes, que nous pouvons imaginer Bona recevant de son père une éducation où avait sa place une certaine familiarité au métier des armes, comme dans les châteaux où grandirent Marzia Ordelaffi, Bianca Maria Visconti et, plus tard, Caterina Sforza. En 1432, elle rencontra son futur mari, Pietro Brunoro Sanvitale, chef de guerre au service des Visconti dans les conflits qui opposaient alors Milan à Venise. Il se trouvait en Valtellina pour une campagne militaire. Ils s’éprirent l’un de l’autre et, comme l’avait fait sa mère, Bona quitta la maison familiale pour suivre Pietro Brunoro, même s’ils ne se marièrent pas en raison de leur disparité sociale.

Au cours des années 1430, Bona suivit son mari dans toutes les campagnes militaires en Italie centrale et septentrionale au service de Francesco Sforza, prenant une part active aux combats, épée à la main33, mais ce fut entre 1443 et 1453 qu’elle dut exprimer tout son tempérament de guerrière en l’absence de son mari. En 1443, en effet, en raison d’un complot, Pietro Brunoro fut capturé par le roi de Naples, Alphonse d’Aragon, et tenu en captivité pendant dix ans en Espagne, près de la forteresse de Xàtiva. Pour obtenir sa libération, Bona parcourut toute l’Italie et l’Europe demandant l’intercession des différents seigneurs que le Sanvitale avait servi, entre autres Filippo Maria Visconti34. Enfin, en 1453, Alphonse d’Aragon, touché par cet engagement inébranlable de Bona, libéra Pietro Brunoro, qui l’épousa peu de temps après en remerciement de sa loyauté.

Un aspect très intéressant à propos de Bona Lombardi est que nous possédons un portrait d’elle, contemporain, non pas marqué par l’idéal-type de la guerrière mythologique ou courtoise que nous trouvons dans de nombreux ouvrages de la Renaissance. L’humaniste napolitain Porcellio Pandoni, qui a vu Bona à Venise avec Pietro Brunoro à l’occasion d’un tournoi tenu en 1458, la décrit « vieille à l’apparence, même si elle ne dépassait pas la trente-sixième année, et elle était d’une couleur sombre et extrêmement maigre35 ». Le portrait offert par l’humaniste est loin d’être idéalisé, mais bien réaliste : il nous montre une femme ravagée par la fatigue d’une vie guerrière à cheval.

Bona mourut quelques années plus tard, en Grèce, en 1468, où elle avait suivi son mari, Pietro Brunoro, envoyé par Venise à la défense de l’Eubée contre les Turcs, après la chute de Constantinople. Brunoro mourut en défendant Negroponte et Bona expira quelques mois plus tard, dans le port de Modon, en Péloponnèse. Nous avons encore là un exemple de femme qui prit part en guerrière aux exploits militaires de son temps et trouva la mort en l’absence de l’homme qu’elle aima toute sa vie.

Conclusion

Comme Sophie Cassagnes-Brouquet l’explique bien, les représentations de ces femmes guerrières se basaient sur les modèles culturels des grandes reines de l’Antiquité, les modèles bibliques et mythologiques36. Ireneo Affò compare Orsina Visconti à Sémiramis, reine mythique de Babylone, tandis que Pezzana rapproche Bona Lombardi de Sémiramis, mais aussi de Tomyris, reine semi-légendaire de Perse, considérée comme la dernière reine des Amazones, et de Zénobie, reine historique de Palmyre37.

Malgré cela, nous notons que le fil rouge qui relie les profils de toutes ces guerrières est bien l’éducation qu’elles reçurent dans leur enfance ; une pédagogie dans laquelle la formation aux armes n’était pas systématiquement refusée aux filles. L’expression « éducation aux armes » ne signifie pas seulement un apprentissage « sportif » des techniques de combat ou du maniement d’une épée, mais aussi une formation psychologique et formation du caractère, une codification guerrière du rôle et du genre féminin, qui permit à ces femmes, comme nous l’avons vu, de faire face à des situations très difficiles.

Dans certains cas, nous trouvons des pères qui éduquent leurs filles à la profession des armes. L’exemple de Bona Lombardi prouve que cette éducation n’était pas donnée uniquement dans les familles nobles. Pour la jeune Bona, grandir avec un père ancien soldat de fortune, représenta probablement l’initiation à ce type d’activité et, surtout, de mentalité. L’exemple de Marzia Ordelaffi nous montre une fille et petite-fille de chefs de guerre. Son père, Vanni Ubaldini, servit Bernabò Visconti, et sa mère, Andreina Pagani, était la fille de Maghinardo Pagani, un important condottier de la Romagne, ayant vécu entre le XIIIe et le XIVe siècle.

Dans le cas de Marzia Ordelaffi, il est également fort probable que sa mère, elle-même fille d’un soldat, joua un rôle décisif dans son éducation guerrière. Nous avons vu, en effet, plusieurs exemples de vocation aux armes transmise de mère en fille ou, du moins, d’une femme à une autre. Ce fut en effet Bianca Maria Visconti qui transmit à sa petite-fille, Caterina Sforza, la fille illégitime de Galeazzo Maria, son tempérament énergique et belliqueux dans une formation militaire complète, tout comme elle le fit avec ses frères38. On peut penser que, dans cette éducation guerrière pour les femmes, Bianca Maria retrouva, avec une note nostalgique, les temps de sa jeunesse, quand elle chevauchait dans la bataille aux côtés de son mari, Francesco Sforza.

On trouve une situation similaire chez une autre Visconti, Orsina, qui défendit avec succès son fief, Guastalla, lors de l’attaque de Venise en 1426. La fille d’Orsina, Antonia Torelli, en 1448 aida son mari à réprimer militairement une révolte populaire à Parme, en conduisant personnellement les hommes dans la bataille à l’intérieur de la ville, alors que la fille d’Antonia, Donella Rossi, défendit à son tour avec succès son château du siège dirigé par son cousin, Amuratte Torelli, en le tuant.

Il est difficile de ne pas noter dans les exemples ci-dessus que le phénomène va bien au-delà de circonstances conjoncturelles ; il est en effet possible d’identifier une pédagogie militaire spécifique, bien que mal documentée. Entre la fin du XVe et le milieu du XVIe siècle, les cas des femmes guerrières en Italie diminuent jusqu’à disparaître définitivement après le Concile de Trente, démonstration de la fin d’un Moyen Âge ouvert à certains rôles sociaux pour les femmes. Un siècle après les exploits d’Orsina Visconti, en 1539, sa dernière descendante à la tête de Guastalla, Ludovica Torelli, après la mort de son second mari, vendit son fief au noble Ferrante Gonzaga et fonda un monastère à Milan, où elle se retira. Ce geste reflète symboliquement la transition d’une époque où, pour les femmes n’était pas exclue une vie conjuguant rôle politique et usage des armes, vers une nouvelle ère dans laquelle la vie religieuse est devenue le canal privilégié pour légitimer le pouvoir d’une femme face à l’absence.                


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  • Walsh K., « La principessa in età premoderna: il suo ruolo e il suo campo d’azione », dans Dipper C. et Rosa M., La società dei principi nell’Europa moderna (secoli XVI-XVII), Bologne, Il Mulino, 2005, p. 263-294.

  1. Cassagnes-Brouquet S., Chevaleresses. Une chevalerie au féminin, Paris, Perrin, 2013, p. 9.
  2. Garavaglia A., Il mito delle amazzoni nell’opera barocca italiana, Milano, LED, 2015, p. 47-51 ; Verrier F., Le miroir des Amazones. Amazones, viragos et guerrières dans la littérature italienne des XVe et XVIe siècle, Paris, L’Harmattan, 2003.
  3. Cependant, des exemples récents qui développent ce thème dans l’historiographie anglo-saxonne et française ne manquent pas : Garrigues V., « Les “femmes viriles” : un genre de transgression pendant les guerres de Religion ? », dans Édouard S., Douzou L. et Gal S., Guerre, transgressions et société, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2018 ; Vergnes S., Les Frondeuses. Une révolte au féminin (1643-1661), Seyssel, Champ Vallon, 2013 ; Dufournaud N., « Femmes en armes au XVIe siècle », dans Cardi C. et Pruvost G., Penser la violence des femmes, Paris, La Découverte, 2012 ; Nivet P. et Trevisi M., Les Femmes et la guerre de l’Antiquité à 1918, Paris, Economica, 2010 ; Echinard H., « Les dames du siège de Marseille (1524) », dans Denjermian G., Guilhaumou J. et Lapied M., Le panthéon des femmes. Figures et représentations des héroïnes, Aix-en-Provence, Publisud, 2004 ; Goldstein J., War and Gender. How gender shapes the war system and vice versa, Cambridge, Cambridge University Press, 2001 ; Meintel D., « Victimes ou protagonistes. Les femmes et la guerre », Anthropologie et sociétés, 1983, vol. 7, n° 1, p. 179-186.
  4. Cassagnes-Broquet S., op. cit., p. 26.
  5. Skinner P., Women in Medieval Italian Society, Chicago-London, The University of Chicago Press, 1984, p.163 et Id., Le donne nell’Italia medievale. Secoli VI-XIII, Roma, Viella, 2005, p. 272.
  6. Mainoni P., « Con animo virile ». Donne e potere nel Mezzogiorno medievale (secoli XI-XV), Roma, Viella, 2010, p. 576 ; Arcangeli L. et Peyronel S. (dir.), Donne di potere nel Rinascimento, Roma, Viella, 2008, p. 831.
  7. Foresti J. F., De claris mulieribus, Ferraria, presso Lorenzo De Rubeis, 1497 ; Dal Pozzo M., Il merito delle donne, scritto da Moderata Fonte in due giornate. Oue chiaramente si scuopre quanto siano elle degne, e piu perfette de gli huomini, Venetia, Presso Domenico Imberti, 1600 ; Marinelli L., La nobiltà e l’eccellenza delle donne, co’ difetti et mancamenti de gli huomini, Venetia, Presso Giovanni Battista Ciotti, 1601.
  8. Cobelli L., Cronache forlivesi, Bologna, Regia Tipografia, 1874.
  9. Marinelli L., op. cit., p. 76-77.
  10. Viroli M., Signore di Romagna. Dame, amanti e guerriere nelle corti romagnole, Cesena, Il Ponte Vecchio, 2010, p. 51-71.
  11. « Signor mio, piacciavi di aver buona cura di Forlì, che io averò buona cura di Cesena » ; ibid., p. 58.
  12. « con animo ardito e franco, più che virile, prese la difesa del minor cerchio e della rocca […] mostrando di poco temere cosa che avvenuta le fosse » ; Cronica di Matteo e Filippo Villani, in Biblioteca enciclopedica italiana, vol. 30, Milano, Per Nicolò Bettoni, 1834, p. 223.
  13. « Ella sola rimase guidatrice della guerra e capitana dei soldati, e il dì e la notte difendea la murata dagli assalti della gente sì virtuosamente e con così ardito e fiero animo che amici e i nemici la ridottavano non meno che se la persona del capitano fosse presente » ; ibid., p. 225.
  14. « Tu puoi prestar fede alla mia esperienza militare; ho vedute le opere degli assedianti, ho veduto l’abisso su cui pendi sospesa; tutto è perduto. Giunto è l’istante di arrenderti, e di accettare le onorate condizioni che il legato mi incarica di offrirti », dans Levorati A., Dizionario biografico-cronologico degli uomini illustri, Milano, Per Nicolò Bettoni, 1821, p. 140.
  15. Covini N., « Tra patronage e ruolo politico: Bianca Maria Visconti (1450-1468) », dans Arcangeli L. et Peyronel S. (dir.), op. cit., p. 248-280 ; Kelly J., « Did women have a Renaissance? » dans Kelly J., Women, History and Theory. The Essays of Joan Kelly, Chicago-London, University of Chicago Press, 1984, p. 19-50. Sur la vie de Caterina Sforza les œuvres les plus récentes sont Salomoni D., « Sforza, Caterina », dans Dizionario di eretici, dissidenti e inquisitori nel mondo mediterraneo, 2017 [en ligne] http://www.ereticopedia.org/caterina-sforza et Lev E., Tigress of Forlì. The life of Caterina Sforza, London, Head of Zeus, 2015.
  16. Walsh K., « La principessa in età premoderna: il suo ruolo e il suo campo d’azione », dans Dipper C. et Rosa M., La società dei principi nell’Europa moderna (secoli XVI-XVII), Bologna, Il Mulino, 2005, p. 263-294.
  17. « la sua animosità si funda nell’exercito […] et nell’havere il Castello a sua devozione », dans Feci S., « Signore di curia », dans Donne di potere nel Rinascimento, op. cit., p. 195-222 ; Pasolini P. D., Caterina Sforza, Firenze, Barbera Editore, 1913, p. 99.
  18. Freud S., Opere, vol. 9, Musatti C., Torino, Boringhieri, 1977, p. 77 ; Jung C. G., L’uomo e i suoi simboli, Milano, Tascabili editori associati, 1991, p. 97.
  19. Bausi F., « Machiavelli e Caterina Sforza », Archivio Storico Italiano, n°  149, 4, 1991, p. 887-892.
  20. Duby G., Dames du XIIe siècle. I. Heloïse, Aliénor, Iseut et quelques autres, Paris, Gallimard, 1995.
  21. Cobelli L., op. cit., p. 464.
  22. Hairston J., « Skirting the Issue: Machiavelli’s Caterina Sforza », Renaissance Quarterly, 53, 3, 2000, p. 687-712 ; Verrier F., Caterina Sforza et Machiavel ou l’origine d’un monde, Roma, Vecchiarelli, 2010.
  23. « Era costei molto coraggiosa, e nel mestiero delle armi grandemente addestrata, e potuto avrebbe di leggieri far fronte al nemico », dans Affò I., Istoria della città e ducato di Guastalla, vol. 2, Guastalla, Stamperia di Salvatore Costa, 1786, p. 27.
  24. Ibid., p. 28-30 : « La donna forte di quanto succedeva, e veduta l’occasione di far prova del suo valore, chiamò tosto da Parma assai fanti, e balestrati, de’ quali fattasi condottiera ella stessa, venne ad insultar quelle schiere che alla sua Guastalla strage minacciavano e ruina. Fu bello il vederla di lucid’armi coperta frenar generoso destriero, disporre i suoi seguaci a battaglia, ed esortarli con acconcie parole alla pugna; ma fu terribile ancora il rimirarla scagliarsi addosso alle ostili squadre, sbaragliarle, e fugarle. Lasciò ella morti più di cinquecento Schiavoni sul campo, varj de’ quali caddero dal braccio di lei stessa trafitti: onde spaventato il rimanente dell’esercito diedesi precipitosamente alla fuga. […] La sua corazza poi colle altre armi da lei usate fu conservata come il più nobil trofeo che adornar potesse l’Armeria delle Rocca ». « Quo dubi Ursina accepit, quae tunc a Guastalla per decem passuum milia aberat, confestim tamquam Martis filia, omnes copias suas quascumque habere potuit instruxit, thoracemque cum omni equitis armatura sibi induit, et equum animosissime conscendens suis commilitonibus ait », dans Foresti J. F., De Claris Mulieribus, Ferraria, Lorenzo de Rubeis, 1497, fol. 143.
  25. « Antonia Torelli […] nota per guerresco ardimento, leggendosi che intorno al 1448 guidò coraggiosamente in Parma uno stuolo di armati per ridurre a devozione di Francesco Sforza la citta », dans Ronchini A., « Notizie biografiche intorno a Donella Rossi-Sanvitale », Poligrafo. Giornale di scienze, lettere, arti, I (1844), p. 128-134.
  26. Ibid., p. 132 : « Tale oppugnazioni sostenevasi da Donella con fortezza superiore ed animo di femmina, dando ella a dividere coraggio grande in quell’arduo cimento. Assisteva armata ai difensori; e con virile costanza esortandoli, ammonendoli, amichevolmente chiamandoli, e scorrendo pei baloardi ne cresceva il fervore ».
  27. « animo d’homo, et non di donna », dans Ariosi V., Memorie Istoriche dei Gonzaga di Novellara scritte dal Canonico Vincenzo Davolio, Roma, Aliberti, 2009, p. 100.
  28. Pasolini P. D., op. cit., p. 11.
  29. « valorosa donna a cavallo in fra li armati » ; Ricci C., Gynevera da le clare donne di Johanni Sabadino degli Arienti, Bologna, Romagnoli, 1888, p. 268.
  30. « virili parole d’affectione piene » ; ibid.
  31. Catalano F., « Visconti Bianca Maria », dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 10, 1968.
  32. Pezzana A., Storia della città di Parma, t. II, Parma, Ducale tipografia, 1842, p. 335 ; Abrantès L., Vita e ritratti delle donne celebri d’ogni paese continuata per cura di letterati italiani, Milano, Presso Andrea Ubicini, 1839, p. 192.
  33. « Bona si fa loro incontro […] e imbrandita la spada, ponsi alla loro testa, impone di seguirla, e con tanto d’impeto piomba sul nemico che il manda a fuga precipitosa; lo insegue, prima di tutti corre all’assalto della già perduta fortezza, la riprende, e tra il plauso universale, radiante di gioja, recupera il marito », dans Pezzana A., op. cit., p. 338.
  34. Un exemple célèbre précedent celui de Bona est représenté par Antonia da Correggio, femme d’un ancêtre de Pietro Brunoro, Gianquirico Sanvitale. En 1323, à la tête de cent cavaliers, Antonia chevaucha enceinte pour l’Emilie-Romagne en essayant de forcer le cardinal légat Bertrand du Pouget à libérer son mari qui avait emprisonné par la faction adversaire. Voir Affò I., Storia della città di Parma, IV, Parma, Stamperia Carmignani, 1795, p. 235.
  35. « con elmo sul capo, turcasso alle spalle, saette nella destra, corno sulla sinistra, e brevi calzari alle gambe, […] aspetto di vecchiezza, quantunque non superasse il trentesimo sesto anno, e fosse di color fosco ed estremamente magra » , dans Pandoni P., « Commentarii comitis Jacobi Piccinini », dans Muratori L. A. (dir.), Rerum Italicarum Scriptores, vol. 25, Milano, 1751, p. 1-66.
  36. Cassagnes-Brouquet S., op. cit., p. 136-153.
  37. Affò I., op. cit., p. 26 ; Pezzana A., op. cit., p. 340.
  38. Santoro C., Gli Sforza, Milano, Tea, 1992, p. 192-195.
EAN html : 9782858926374
ISBN html : 978-2-85892-637-4
ISBN pdf : 978-2-85892-638-1
Posté le 23/11/2022
ISSN : 2741-1818
Code CLIL : 3377; 3111
10.46608/primaluna12.9782858926374.22
licence CC by SA

Comment citer

Salomoni, David, « Les chevaleresses dans la vallée du Pô à la Renaissance (XIVe-XVIe siècles) », in : Charpentier, Emmanuelle, Grenier, Benoît, dir., Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà les silences et l’absence, Pessac, MSHA, collection PrimaLun@ 12, 2022, 301-311 [en ligne] https://una-editions.fr/les-chevaleresses-dans-la-vallee-du-po/ [consulté le 23/11/2022].

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Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Détail de Het uitzeilen van een aantal Oost-Indiëvaarders, huile sur toile, Hendrick Cornelis Vroom, 1600, Rijksmuseum (wikipedia).
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