Entre la fin du IIe s. et le Ier s. a.C., la cité de Priène se décrit elle-même à plusieurs reprises dans des textes officiels comme un ensemble de groupes hiérarchisés et différenciés : on trouve dans ces listes les citoyens, flanqués de diverses catégories de libres appelées paroikoi et katoikoi, des étrangers (xénoi), des affranchis, des esclaves (oikétai puis douloi), enfin des Romains1. Le règlement sur le culte d’Aphrodite à Cos, au début du IIe siècle, mentionne le mariage des femmes citoyennes, mais aussi des nothai, issues de mariages mixtes, et des femmes paroikoi2. En 178 a.C., à Rhodes, des gens de toutes origines, en majorité des affranchis, s’assemblent dans une association dite eranos qui honore son bienfaiteur, un Ctésiphon qui n’est pas non plus citoyen de Rhodes3. Ces quelques textes participent à une ambiance sociale et institutionnelle caractéristique de ce qu’on appelle la basse époque hellénistique, sinon de l’époque hellénistique dans son ensemble, où la documentation surtout épigraphique révèle l’apparition de groupes de nature diverse dans les grandes comme les petites cités. Des études nombreuses et récentes ont abordé ces changements, en privilégiant la notion d’intégration, pour les groupes de statut comme pour les associations, dans un contexte où l’attention des historiens va aux identités ethniques et sociales, aux mobilités et aux réseaux4. Tous ces groupes, quelle que soit leur diversité, sont ainsi le plus souvent interprétés comme des structures d’intégration à la cité, dont on sait combien elle forme un cadre politique et social particulièrement vivace à cette époque. Les associations seraient ainsi les produits de la mobilité d’une population libre, qui adopterait des cadres quasi civiques, et la hiérarchie même des groupes de statut, comme à Priène, serait l’image qu’aimerait se renvoyer à elle-même la cité lors de circonstances solennelles, décisions, fêtes ou banquets, intégrant ainsi des groupes auparavant laissés en marge (affranchis, étrangers voire esclaves). Adopter la perspective de l’intégration civique et sociale n’est pas sans pertinence. Cependant, si elle peut éclairer certains aspects des évolutions sociales de l’époque hellénistique, elle ne suffit pas à fournir une explication d’ensemble et reste souvent assez abstraite. Cela tient notamment au fait que, si elle peut être efficace dans les deux cas évoqués ici – la multiplication des groupes de statut dans les inscriptions officielles et l’émergence d’un phénomène associatif qui, s’il n’est pas nouveau en lui-même, montre cependant des évolutions notables – elle se révèle beaucoup moins pertinente dans d’autres cas où les nouveautés sont différentes, comme celui des affranchis soumis à paramonè, ce qui signifie qu’ils continuent à travailler pour leur ancien maître. Ces derniers sont bien attestés à partir du IIe s. a.C. grâce aux actes d’affranchissement épigraphiques, sans que cela puisse se réduire à un effet de source.
La perspective de l’intégration à la vie civique, de plus, n’échappe pas toujours au biais induit par la structure de la documentation, qui donne surtout à voir les groupes privilégiés et l’image lisse qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes, des autres, et de la cité dans son ensemble. Elle aboutit à une histoire dont le ressort principal est de délimiter des groupes fondés sur une identité commune, une notion aussi vague qu’imprécise. L’histoire de ces groupes est donc aujourd’hui une histoire essentiellement sociale et culturelle, dont les rapports avec l’histoire économique sont assez distendus. De fait, l’histoire sociale du monde grec classique et hellénistique semble aujourd’hui faite de domaines distincts et juxtaposés plutôt qu’entrecroisés. Avec la lucidité dont il est coutumier, Jean Andreau a identifié plusieurs formes d’histoire sociale du monde romain, fondées chacune sur des sources différentes et posant des questions qui ne se recoupent pas toujours5. On pourrait faire un tel inventaire, avec quelques modifications, pour le monde grec, où l’histoire des élites civiques recoupe rarement celle des esclaves et des affranchis. Notre ambition, que nous avons voulu affirmer dans un colloque qui s’est tenu à Clermont-Ferrand en mars 2016 et dans le volume qui en est issu6, est de tenter d’éclairer les changements dans le système de statuts des cités à l’époque hellénistique en se plaçant du point de vue de l’histoire du travail et de celui de l’économie conçue comme un système de production et d’allocation des biens. L’époque hellénistique voit en effet l’apparition de véritables groupes professionnels, attestés notamment à Cos7, tandis que les statuts personnels ont toujours un contenu économique, comme on le verra dans le paragraphe qui suit. Il est donc nécessaire d’explorer des hypothèses fondées sur l’existence d’un lien entre le travail et les groupes de statut, ce qui implique d’éclairer dès maintenant un certain nombre de présupposés.
Statut et travail, entre histoire économique et histoire sociale
Les statuts personnels sont entendus ici, à la suite des écrits de Moses I. Finley, comme des positions juridiques définies par un faisceau de droits et de devoirs8. Finley considérait que l’époque classique était caractérisée par une polarisation extrême entre les libres (citoyens) et les esclaves9. À cette aune, l’époque hellénistique est celle d’une nouvelle diversification du spectre des statuts. Les statuts des étrangers à Rhodes au IIe s. a.C. sont plus nombreux et divers qu’à Athènes au IVe s. a.C. Dans nombre de cités, comme à Priène ou encore dans une célèbre inscription de Pergame réorganisant le corps civique peu après 133 a.C.10, les textes épigraphiques font apparaître des catégories intermédiaires diversement appelées, paroikoi, katoikoi, metoikoi, sans que le sens technique de ces termes soit toujours clair. Les actes d’affranchissement, extrêmement nombreux entre la fin du IIIe s. a.C. et le principat, montrent la grande complexité de la condition des affranchis et des obligations qui pèsent sur eux, qui semblent s’alourdir au Ier s. a.C. Les disparitions ne sont pas moins marquantes : les Hilotes de Sparte ne sont plus mentionnés après le Ier siècle et les autres groupes semblables, notamment les Pénestes de Thessalie, ne sont plus attestés après l’époque hellénistique ancienne ; à Athènes le statut de métèque semble de même disparaître au IIe s. a.C.11.
Considérer ces évolutions du point de vue de l’histoire du travail et de l’histoire économique est justifié par le fait, souvent négligé, que le contenu même des droits définissant un statut est le plus souvent d’ordre économique. L’esclavage est d’abord une forme de mise au travail d’une main-d’œuvre que l’on nourrit pour sa force. Les affranchis soumis à paramonè ne restent pas auprès de leur ancien maître pour faire de la figuration dans la maisonnée mais pour y travailler. Être métèque ou paroikos a une signification précise en termes de fiscalité, d’accès à la terre, d’accès aux marchés. Et les associations dites d’étrangers rassemblent en fait non pas seulement des étrangers libres, attirés par les marchés et la vie culturelle de brillantes cités, mais aussi beaucoup d’anciens esclaves, dont la mobilité n’a pas toujours été volontaire, loin de là12. Nombre de statuts personnels ont donc un contenu qui concerne d’abord les droits et obligations économiques. C’est notamment le cas des statuts hérités de l’époque archaïque (esclaves marchandises, Hilotes, esclaves pour dettes), mais c’est aussi celui des statuts de l’étranger libre définis à l’époque classique à Athènes (le statut de métèque, dont les privilégiés, isotèles, exempts de la fiscalité particulière sur les étrangers) et du statut de l’affranchi. Les évolutions des statuts, leur interaction avec les associations, ont une signification en termes d’organisation du travail ; c’est évidemment ici que la séparation entre histoire sociale et histoire économique est la plus dommageable.
Le système de statuts caractéristique des cités grecques de l’époque classique s’est formé dans la crise archaïque, entre le milieu du VIIe et le milieu du VIe s. a.C.13 Elle a vu la naissance concomitante de l’économie civique et de l’organisation statutaire, liées de manière essentielle. Le citoyen qui apparaît alors est celui qui participe à l’exercice du pouvoir et a accès au système d’allocation des produits agricoles organisé par la cité, grâce à l’agora ou au travail des esclaves et des Hilotes. Sa place dominante dans le système politique est aussi celle qu’il occupe dans le système foncier et dans le système des échanges, et cela est rendu possible par la hiérarchie des statuts. De ce point de vue, une transformation du système des statuts ne peut qu’être liée à une transformation foncière et économique. Cela est confirmé par l’apparition récurrente, des grandes évolutions, sinon révolutions, qui définissent l’époque hellénistique, à la ville comme aux champs. Les changements sont particulièrement visibles pour l’urbanisation ; même en l’absence de chiffres précis, on peut dire qu’elle atteint un niveau sans précédent en Méditerranée à partir du IVe siècle. Ce processus a un impact profond sur les organismes urbains et sociaux qui apparaissent alors, dépassant de loin les cadres civiques traditionnels, ainsi que sur le niveau plus élevé des échanges et de la spécialisation agricole, sur la mise au travail dans les économies rurales, notamment dans les grands domaines royaux ou non, mais aussi sur les mécanismes de la mise au travail en économie domestique, enfin sur la fiscalité civique ou royale et sur ses structures. La diversité nouvelle des statuts personnels et des groupes formels invite donc à tenter d’articuler ces évolutions à une histoire plus large : non pas seulement celle des élites qui fabriquent l’image de la cité harmonieuse, mais celle des villes, des ports et des campagnes.
Il faut souligner, dans cet ensemble, la place première de l’urbanisation. Les études de W. Scheidel ou de I. Morris, fondées sur nombre de travaux, soulignent la rupture profonde qui se situe au début de l’époque hellénistique14. On voit alors apparaître en Égée et dans l’ensemble du monde méditerranéen des villes plus grandes et plus nombreuses qu’auparavant, bien que le cas isolé d’Athènes, qui rassemble dès le VIe s. a.C. une population dépassant les capacités agricoles de l’Attique15 ait souvent caché cette réalité. Cela implique des conditions de vie différentes et des impératifs de gestion de la foule urbaine bien plus pressants qu’auparavant, comme le rappelle la célèbre inscription des magistrats responsables de la ville (astynomes) de Pergame16. Il y a là une voie de développement essentielle pour l’histoire sociale du monde hellénistique. Un article récent de Christel Freu a bien montré l’importance désormais accordée aux lieux et aux solidarités de travail dans l’histoire urbaine de l’empire romain17.
Le cadre ainsi défini ouvre vers des nécessités historiographiques plus vastes. En 2001, Mauro Corsaro écrivait : “on sent depuis un certain temps la nécessité pour les chercheurs de se tourner à nouveau vers les thèmes fondamentaux de l’histoire économique et sociale du monde hellénistique”18. L’histoire économique et sociale du monde romain médio- et tardo-républicain n’a semble-t-il jamais faibli, comme en témoignent de nombreux travaux ; celle du Proche-Orient hellénistique a été illustrée par des travaux d’ampleur, et a été revivifié, ces dernières années, par les perspectives nouvelles ouvertes par les documentations démotique et cunéiforme. Dans le monde des cités, la situation nous apparaît toute différente. Elle est marquée, nous semble-t-il, par trois tendances qui marquent les travaux des années 90 et 2000.
- La première est la domination d’une histoire sociale et culturelle faisant abstraction de l’économie, quelle que soit la définition qu’on donne de l’économie. Ces objets sont certainement légitimes mais la domination de thèmes comme l’autoreprésentation des élites, la fabrication des identités, en définitive les formes élitaires de la sociabilité et “le” politique, qui ces dernières années est devenu de plus en plus universel et de moins en moins défini, impose des déformations à nombre de problèmes : les esclaves, les affranchis, les paroikoi disparaissent quasiment de la scène historique, tandis que les étrangers sont conçus comme forcément libres de naissance, et que les mobilités sont examinées loin de toute référence à la traite. Ces points ont déjà été évoqués, nous n’y reviendrons pas.
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À l’inverse, l’histoire économique se développe loin des préoccupations de l’histoire sociale. L’histoire économique de l’époque hellénistique, traditionnellement marquée plutôt par Rostovtseff que par Finley, se renouvelle aujourd’hui dans des champs qui sont assez éloignés de l’histoire sociale et juridique19. De ce fait, l’histoire économique des cités hellénistiques ne dispose pas de modèle établi sur l’évolution des statuts personnels et de travail, comparable à l’expansion de la main-d’œuvre servile dans le monde romain à partir du IIe siècle, construit notamment par les travaux de l’Institut Gramsci en Italie20. A l’intérieur même de l’histoire économique, on peut relever certains déséquilibres. Elle souffre d’une image de modernité présente depuis longtemps, depuis Eduard Meyer et Max Weber au moins. Cette image de modernité date d’ailleurs de la période fondatrice du débat entre primitivistes et modernistes21. Rostovtseff en fit le moment décisif de la croissance du monde antique et c’est sans doute pour cela que Finley l’ignora complètement, préférant se concentrer sur l’Athènes classique et la Rome tardo-républicaine et impériale. Or, on peut se demander si les études sur l’économie hellénistique de ces vingt dernières années ne souffrent pas – toujours pour ce qui est du monde des cités – de ce biais moderniste toujours présent. Dans les deux séries de volumes qui ont marqué le renouvellement de l’histoire économique22, si on laisse de côté les contributions sur les royaumes, on trouve surtout des études sur la monnaie (comme instrument d’échange, non de dette) et les amphores, sur la circulation et les échanges, la spécialisation des productions, etc. : beaucoup de choses sur les produits, beaucoup moins sur les producteurs. Le seul article récent qui porte spécifiquement sur la main-d’œuvre est celui de Descat23.
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La dernière tendance est le superbe isolement des cités grecques. Elle est ancienne mais s’est trouvée renouvelée par les positions tranchées de C. Nicolet et P. Gauthier dans la querelle autour du Métier de citoyen. Gauthier défend comme on sait l’idée que la citoyenneté grecque est une fonction, c’est-à-dire essentiellement une participation, et la citoyenneté romaine un statut. Pour nombre d’antiquisants, de nos jours, la cause est entendue : la citoyenneté grecque n’a rien à voir avec la citoyenneté romaine et l’apparition des royaumes hellénistiques n’empêche pas la cité grecque de fonctionner selon ses règles propres et sa logique interne et originale. L’attention portée à la poliadisation, c’est-à-dire la diffusion du modèle civique grec, par sa perspective diffusionniste, écrase complètement l’originalité des cités lyciennes ou cariennes, qui étaient certainement des cités antiques avant d’être habillées de termes et d’institutions à la grecque. Si l’impact de la conquête romaine est évidemment un problème de tout premier plan, très rares sont les voix qui aujourd’hui plaident en faveur de l’existence d’une cité antique, rassemblant Rome, les cités grecques et les autres ; seuls J. Andreau et R. Descat prennent clairement position en ce sens24.
Nous tentons d’aller à contre-sens de ces trois tendances.
Les groupes de statut ont une histoire
Il n’est pas évident, aujourd’hui, qu’une histoire des catégories de statut soit possible ou nécessaire. Cette notion elle-même fait l’objet de débats intenses, sur lesquels il faut revenir rapidement.
Les catégories statutaires ont une histoire ; bien plus : l’histoire sociale et économique des cités grecques et méditerranéennes ne peut se passer d’une réflexion sur l’histoire de ces catégories, par quoi on entend non l’histoire de chacune d’entre elles mais l’histoire du système qu’elles forment. Pour cela, il est indispensable d’arriver à dépasser une fausse opposition qui fait des dommages considérables. Un exemple récent s’en trouve dans un article qui oppose “une vision fixiste des cités hellénistiques, écrasées sous la pesanteur des statuts légaux” à “la notion de flexibilité sociale” qui privilégie les statuts personnels, fluides, constamment redéfinis25.
Cette formulation, et l’ensemble de l’article qui la prend comme point de départ, offre un excellent levier pour dissiper nombre de malentendus et erreurs courantes. Il y aurait, si on suit cette opposition ainsi définie, une vision traditionnelle cherchant des groupes juridiques et sociaux stables et sans histoire, et une vision moderne, celle des statuts fluides et individuels, produits de l’agency de chaque acteur. C’est exactement l’inverse : les études qui mettent l’agency individuelle au principe de la définition des statuts n’aboutissent qu’à cette “hystérésie pour tout ce qui est fluide” déjà identifiée par Noiriel26 ; quand tout est fluide, l’historien n’a plus qu’à se résoudre à commenter à l’infini les motivations de chaque acteur cherchant à acquérir plus de prestige ou de droits, sans pouvoir identifier quelque évolution sociale que ce soit. C’est un reproche qu’on peut faire à plusieurs contributions récentes27. À l’inverse, reconnaître que les groupes de statut découpant les sociétés anciennes sont des collectifs, parfois imposés, en tout cas nés dans une dialectique collective où les droits sont définis par des antagonismes sociaux, où la place dans un système économique est l’objet même de la création de groupes de statut, permet d’écrire une histoire dont les rythmes restent à découvrir. Concevoir la crise de l’époque archaïque comme la mise en place, par des conflits nombreux, d’un système de statuts permettant de définir l’accès aux moyens de production, à la terre et à ses produits, plutôt que comme un vaste théâtre du prestige toujours contesté et fragile, permet d’aborder l’époque hellénistique avec des questions précises sur la transformation d’un système28.
La conception juridique des catégories de statut n’est donc pas un obstacle à l’écriture d’une histoire des statuts mais bien sa condition même. Il y a là sans doute une erreur courante sur la nature même du droit, que nous autres historiens et philologues concevons trop facilement comme un ensemble de règles figées, sans rapport avec la “vraie vie”, s’imposant comme une série d’obstacles au libre développement des interactions sociales. C’est évidemment tout le contraire, tant le droit, en Orient comme en Grèce et à Rome, est le produit de mouvements profonds relevant de l’histoire intellectuelle, économique et sociale. Ce n’est pas une lourde pesanteur qui risque d’écraser la petite musique enjouée de l’agency individuelle, au contraire, c’est un ensemble de règles en évolution constante et en interaction avec l’ensemble de la société29.
À l’inverse, il est vital de relever que l’évocation, toujours un peu mystique, de l’infinie variété des chemins empruntés par les stratégies, les tactiques, les calculs des individus pour gagner en prestige et en statut social ne mène jusqu’ici à aucune histoire viable des sociétés antiques. On a déjà relevé ailleurs30 que les travaux d’A. Duplouy, aboutissant à ne voir aucune différence fondamentale entre Lefkandi au Xe siècle et Athènes au Ve s., devaient de ce fait passer à côté de quelques faits importants. De même, le volume récent édité par les soins de C. Moatti et C. Müller, placé sous le signe de nombre de révolutions conceptuelles comme le spatial turn et la fluidité des statuts, aboutit à une juxtaposition d’essais souvent convaincants, mais privés d’une perspective d’ensemble. Tout n’est plus qu’infinie fluidité, qu’on soit dans une colonie grecque archaïque ou à la cour des empereurs romains.
Le point critique sur lequel cette vision se brise est le retour proposé à une tripartition statutaire, conçue comme immobile et constamment présente, par-delà les mutations possibles de telle ou telle catégorie. C. Müller, après un détour par l’agency qui l’amène à penser que chaque individu se compose son propre statut par des stratégies diverses visant à obtenir plutôt tel droit ou honneur que tel autre, en vient à penser que les cités grecques ont toujours fonctionné selon une déclinaison de trois grands groupes, les citoyens, les étrangers et les esclaves31, comme si, à quelques détails près, les hiérarchies de statut étaient restées pour l’essentiel les mêmes tout au long de l’histoire des cités grecques, de l’époque archaïque à la fin de l’Antiquité. C’est la démonstration par l’exemple qu’on ne peut baser une histoire des statuts sur la fluidité. Avant de revenir à la question de la tripartition, il faut s’arrêter un instant sur les notions grecques liées à l’existence de groupes socio-juridiques.
Les mots (grecs) pour le dire
La remise en cause actuelle de la pertinence des statuts comme instrument de structuration des sociétés grecques passe par une acception très vaste du terme “statut”, au sens de “condition”, voire “niveau social”, alors que le sens de “catégorie juridique”, position collective définie par un faisceau de droits et de devoirs, est souvent vu comme restrictif et inadapté. Il est surprenant que cela aille de pair avec une perspective nominaliste : la merveilleuse polysémie du terme “statut” se verrait confortée par l’absence d’un terme antique spécifique, et cette absence inviterait à soupçonner la faible pertinence sociale des catégories statutaires dans les sociétés grecques : “la langue elle-même n’a pas de terme pour désigner ‘le statut personnel’”32. Les dynamiques sociales devraient donc être abordées à l’échelle des stratégies individuelles, visant l’ascension par l’octroi civique de privilèges eux aussi individuels, modulables selon un “spectre de privilèges”. Cette expression est préférable, selon C. Müller, à la notion finleyienne de “spectre de statuts” reprise par D. Kamen, car elle serait “à la fois plus simple et plus complexe”33. Ainsi, le seul instrument pertinent de classement social serait la timè, l’honneur, essentiellement attachée au statut de citoyen et modulable en un certain nombre de privilèges particuliers attribués aux étrangers méritants. Les esclaves et affranchis, à la condition réglée par des normes strictes, ont disparu de l’analyse.
Ne nions pas la fascination que peut exercer un destin, ni l’intérêt de le raconter. Mais l’histoire sociale est aussi celle d’entités collectives. Ce n’est pas le lieu de reprendre entièrement l’étude des catégories politiques et sociales dans le monde antique, dans les documents de la pratique comme dans la réflexion politique. Disons simplement que les termes exprimant ces catégories, et le statut juridique, comme éléments d’un système, sont multiples et parfois aussi polysémiques que notre moderne “statut”. Limitons-nous à quelques exemples.
Le terme de μέρος a le sens de “partie d’un tout” ; il peut désigner la partie d’un corps social, et par là une catégorie, une classe. Il en est ainsi chez Xénophon à propos de l’armée (Cyr., 3.3.39) et aussi chez Aristote, au sens de “classe sociale”, “partie de la cité”, lorsqu’il évoque le lien entre l’importance numérique d’une classe et le type de gouvernement, et notamment l’importance de la “classe moyenne” comme fondement social des démocraties (Pol., IV 11, 4, 1296a). Le principe général est le suivant (1296b14-22) :
τίς δὲ πολιτεία τίσι καὶ ποία συμφέρει ποίοις, ἐχόμενόν ἐστι τῶν εἰρημένων διελθεῖν.
ληπτέον δὴ πρῶτον περὶ πασῶν καθόλου ταὐτόν: δεῖ γὰρ κρεῖττον εἶναι τὸ βουλόμενον
μέρος τῆς πόλεως τοῦ μὴ βουλομένου μένειν τὴν πολιτείαν. ἔστι δὲ πᾶσα πόλις ἔκ τε
τοῦ ποιοῦ καὶ ποσοῦ. λέγω δὲ ποιὸν μὲν ἐλευθερίαν πλοῦτον παιδείαν εὐγένειαν, ποσὸν
δὲ τὴν τοῦ πλήθους ὑπεροχήν. ἐνδέχεται δὲ τὸ μὲν ποιὸν ὑπάρχειν ἑτέρῳ μέρει τῆς πόλεως,
ἐξ ὧν συνέστηκε μερῶν ἡ πόλις, ἄλλῳ δὲ μέρει τὸ ποσόν, οἷον πλείους τὸν ἀριθμὸν εἶναι
τῶν γενναίων τοὺς ἀγεννεῖς ἢ τῶν πλουσίων τοὺς ἀπόρους, μὴ μέντοι τοσοῦτον ὑπερέχειν
τῷ ποσῷ ὅσον λείπεται τῷ ποιῷ.
Quelle constitution, et de quelle sorte, est avantageuse ? Pour quel peuple, et pour
quelle sorte de peuple l’est-elle ? C’est là une question à approfondir à la suite
de ce que nous avons dit précédemment. Nous devons dès lors commencer par adopter
un principe général, identique pour toutes les variétés de constitution : c’est que
la partie de la cité qui souhaite le maintien de la constitution doit être plus forte
que celle qui n’en veut pas. Or toute cité est composée de deux facteurs, l’un quantitatif
et l’autre qualitatif. Par qualité j’entends liberté, richesse, éducation, naissance,
et par quantité la supériorité numérique de la masse. Et il peut se faire que le facteur
qualitatif dans la cité appartienne à l’une des parties, dont la cité est composée
et le facteur quantitatif à une autre partie : par exemple les gens sans naissance
peuvent être plus nombreux que les gens biens nés, ou les pauvres que les riches.
Le même terme prend le sens précis de catégorie statutaire lorsqu’Aristote se demande si les artisans doivent être citoyens dans la cité idéale (1277b-1278a) :
εἰ δὲ μηδεὶς τῶν τοιούτων πολίτης, ἐν τίνι μέρει θετέος ἕκαστος; οὐδὲ γὰρ μέτοικος
οὐδὲ ξένος. ἢ διά γε τοῦτον τὸν λόγον οὐδὲν φήσομεν συμβαίνειν ἄτοπον; οὐδὲ γὰρ οἱ
δοῦλοι τῶν εἰρημένων οὐδέν, οὐδ᾽ οἱ ἀπελεύθεροι.
si d’un autre côté on refuse [à tous les artisans] la qualité de citoyen, dans quelle
classe chacun d’eux doit trouver sa place ? Car ils ne sont ni métèques, ni étrangers.
Ne pouvons-nous pas répliquer que cette dernière objection n’entraîne pour notre thèse
aucune absurdité ? Les esclaves non plus ne figurent pas dans les classes dont nous
venons de parler, et les affranchis pas davantage.
Enfin, il se trouve au sens de “rang”, “catégorie” ou “classe sociale” chez Thucydide (II 37, 1), dans la très célèbre oraison funèbre prononcée par Périclès pour les morts de la première année de la guerre du Péloponnèse ; Périclès y donne cette définition de la démocratie.
Καὶ ὄνομα μὲν διὰ τὸ μὴ ἐς ὀλίγους ἀλλ᾽ ἐς πλείονας οἰκεῖν δημοκρατία κέκληται : μέτεστι
δὲ κατὰ μὲν τοὺς νόμους πρὸς τὰ ἴδια διάφορα πᾶσι τὸ ἴσον, κατὰ δὲ τὴν ἀξίωσιν, ὡς
ἕκαστος ἔν τῳ εὐδοκιμεῖ, οὐκ ἀπὸ μέρους τὸ πλέον ἐς τὰ κοινὰ ἢ ἀπ᾽ ἀρετῆς προτιμᾶται,
οὐδ᾽ αὖ κατὰ πενίαν, ἔχων γέ τι ἀγαθὸν δρᾶσαι τὴν πόλιν, ἀξιώματος ἀφανείᾳ κεκώλυται.
Pour le nom, comme les choses dépendent non pas du petit nombre mais de la majorité,
c’est une démocratie. S’agit-il de ce qui revient à chacun ? la loi, elle, fait à
tous, pour les différends privés, une part égale [les lois font une part égale à tous
pour les différents privés], tandis que pour la dignité, si l’on distingue en quelque
domaine, ce n’est pas l’appartenance à une catégorie sociale, mais le mérite qui vous
fait accéder aux honneurs ; inversement, la pauvreté n’a pas pour effet qu’un homme,
pourtant capable de rendre service à la cité, en soit empêché par l’obscurité de sa
situation.
Chez Ménandre, on trouve la remarquable expression en doulou merei, “dans la classe servile”, dans L’Arbitrage, v. 468-470 :
(Ἁβρ) αἴ, δύσμορ’· εἶτ’ εἰ τρόφιμος ὄντως ἐστί σου,
τρεφόμενον ὄψει τοῦτον ἐν δούλου μέρει,
κοὐκ ἂν δικαίως ἀποθάνοις;
(Habrotonon). – Ah, misérable ! Alors, s’il est le fils de ton maître, véritablement,
il pourrait être élevé parmi les esclaves, sans que tu ne fasses rien, et tu ne mériterais
pas la mort ?
Enfin, Strabon (15.1.39) l’utilise pour les castes indiennes.
Le terme γένος quant à lui désigne d’abord un groupe familial et biologique et par là le statut de naissance, l’origine sociale de ses membres, dans des sociétés où c’est la naissance qui détermine d’abord le statut. Il a le sens de naissance et origine géographique dans les actes d’affranchissement (une esclave est par exemple τὸ γένος Σύραν, d’origine syrienne), mais aussi de façon plus générale le “genre”, le “type”, la “catégorie” ou la “classe”. C’est le sens qu’il faut donner au mot chez Aristote (Politique, 1277b). Le philosophe opère ici une comparaison entre l’archè despotikè, l’autorité du maître sur l’esclave, et l’archè politikè, l’autorité politique. L’autorité despotique est par nature inégale et asymétrique : le maître commande sans pratiquer les activités ni maîtriser les savoir-faire de ceux à qui il commande ; il ne s’occupe que d’activités dignes de l’homme libre, et il y a correspondance chez les esclaves entre leur dénomination et leur catégorie (eidos)34. L’autorité politique, elle, s’exerce sur ceux qui sont “semblables par le genos”, qui désigne ici les hommes libres par leur statut :
ἀλλ᾽ ἔστι τις ἀρχὴ καθ᾽ ἣν ἄρχει τῶν ὁμοίων τῷ γένει καὶ τῶν ἐλευθέρων. ταύτην γὰρ
λέγομεν εἶναι τὴν πολιτικὴν ἀρχήν,
Mais il existe une forme d’autorité qui s’exerce sur des gens de même genre, sur les
hommes libres.
On trouve genos chez Strabon 11.3.6 (501) pour désigner les classes sociales des Ibères du Caucase35. De même Arrien, L’Inde (11-12) utilise genos pour les classes indiennes, dont le rapport avec les castes de la tradition indienne fait l’objet de discussions. Il reprend sans aucun doute, comme Strabon avant lui, les termes de Mégasthène.
11.1 νενέμηνται δὲ οἱ πάντες Ἰνδοὶ ἐς ἑπτὰ μάλιστα γένεα.L’ensemble des Indiens est réparti en 7 classes.12.1 τέταρτον δέ ἐστι τὸ δημιουργικόν τε καὶ καπηλικὸν γένος.
La quatrième classe est celle des artisans et des commerçants.12.8 γαμέειν δὲ ἐξ ἑτέρου γένεος οὐ θέμις.Il n’est pas permis de prendre femme hors de sa propre classe.
En grec épigraphique, c’est le terme employé pour désigner les catégories statutaires dans la grande inscription de Pergame de 133 a.C., déjà citée36, lorsque dans le cadre du legs du royaume attalide à Rome et de la libération de la cité, chaque catégorie statutaire bénéficie d’une ascension d’un degré37.
9-10 [ἐπιτήδει]-όν τέ ἐστιν ἕνεκα τῆς κοινῆς ἀσ[φ]αλείας καὶ τὰ̣ [ὑποτετα]-γμένα γένη μετέχειν τῆς πολιτεί[α]ς διὰ τὸ ἅπα[σαν εὔ]-νοιαμ προσενηνέχθαι πρὸς τὸν δῆμ̣[ο]ν·
[…]Il est nécessaire pour la sécurité commune que les catégories mentionnées ci-dessous
prennent part à la citoyenneté en raison de leur grande bienveillance envers le corps
civique.
ἐπ̣εὶ ἐ̣ν̣ [τῶι γε]-[νομέν]ω̣ι ψηφίσματι περ[ὶ] τοῦ δοθῆναι πολιτεία̣ν̣ τ̣[οῖς][ἀναφερομένοις] ἐ̣ν ταῖς τῶμ̣ παρο̣ίκων ἀπογραφαῖς [καὶ]35[τοῖς λοιποῖς γένεσιν] τ̣οῖς δηλουμένοις ἐν τῶι ψηφί̣σ[μα]-[τι καὶ περὶ τοῦ μετατεθῆναι εἰς τοὺ]ς̣ παροίκους τοὺς [ἐκ][τῶν ἐξελευθέρων καὶ βασιλικοὺς κ]α̣ὶ δ̣ημοσίους
[—]Puisque dans le décret sur l’octroi de la citoyenneté à ceux qui sont enregistrés
sur les listes de paroikoi et aux autres catégories apparaissant dans le décret et sur le fait de placer parmi
les paroikoi ceux qui font partie des affranchis, des esclaves royaux et des esclaves publics
[—].
Accèdent ainsi à la citoyenneté les paroikoi, plusieurs groupes et catégories de soldats, avec leurs femmes et leurs enfants ; les affranchis, les esclaves royaux et les esclaves publics accèdent, quant à eux, au statut de paroikoi, avec leurs femmes, à l’exception de celles achetées sous les rois Philadelphe et Philomètôr et devenues esclaves royales.
En papyrologie, genos est précisément le terme qui désigne les catégories socio-professionnelles dans la nomenclature lagide, notamment les actes royaux. Le mot apparaît dès le milieu du IIIe s. a.C. dans un diagramma royal38 ; il concerne ici les justiciables désirant engager des procès auprès des tribunaux alexandrins, divisés en trois catégories, les soldats, les citoyens et les “autres”, alloi, en précisant pour chacun le mode de nomenclature. Les alloi doivent être enregistrés avec leur patronyme, leur ethnique et leur genos. Comme dans d’autres documents39, genos n’a pas un sens racial mais il est appliqué à des soldats, clérouques, fonctionnaires, prêtres, commerçants, etc.
Le terme de tychè, à l’inverse de genos, connote la contingence du statut. Le mot apparaît dans une inscription de Stratonicée40, du IIe s. p.C., où des évergètes ont agi pour des femmes de tout âge et de toute tychè. Il faudrait sans doute mettre son usage en rapport avec la diffusion de la conception cynique puis stoïcienne de la destinée et de l’esclavage comme convention sociale41.
On le comprend, la pertinence économique, sociale, psychologique du statut juridique ne pourra être précisée sans une étude exhaustive des mots qui y renvoient, ou de leur absence, dans tous les contextes sociaux : civiques, officiels, privés, familiaux…, et géographiques, à la fois dans les textes littéraires et dans les témoignages épigraphiques. Cette étude reste à faire. Il paraît cependant contestable de supposer l’absence en grec de terme générique pour désigner statut42 et en même temps d’affirmer a priori que les mots qui l’expriment – et notamment le mot genos – “ont des sens parfois très éloignés de ce que nous entendons par ‘statut’”43, alors que nous avons nous-mêmes bien du mal à définir ce mot. À titre comparatif, la polysémie du mot “classe” en français ne dispense pas a priori d’une réflexion sur la notion de classe sociale.
Genos précisément exprime l’idée de “groupe générique”, de groupe de statut. Le mot semble par ailleurs dans certains cas exprimer une conception dominante du statut dans la société grecque, notamment développée par Aristote, selon laquelle le statut de citoyen se définit essentiellement par la naissance et l’esclavage est un fait de nature. Cette conception d’une hiérarchie sociale naturelle est sans doute largement partagée et intégrée par les classes subalternes elles-mêmes. On en trouve l’illustration dans un passage de L’Arbitrage de Ménandre, dont le ressort principal, comme dans bien des comédies, est celui de l’identité sociale. Un enfant exposé avec des signes de reconnaissance est recueilli par un esclave ; cet enfant se révèlera bien sûr de bonne naissance citoyenne. L’arbitrage en question est celui des deux esclaves, à propos de la propriété des objets précieux destinés à permettre la reconnaissance, les garants de son statut (320-337) :
βλέψον δὲ κἀκεῖ, πάτερ· ἴσως ἔσθ’ οὑτοσὶ
ὁ παῖς ὑπὲρ ἡμᾶς καὶ τραφεὶς ἐν ἐργάταις
ὑπερόψεται ταῦτ’, εἰς δὲ τὴν αὑτοῦ φύσιν
ἄιξας ἐλεύθερόν τι τολμήσει πονεῖν,
θηρᾶν λέοντας, ὅπλα βαστάζειν, τρέχειν
ἐν ἀγῶσι. τεθέασαι τραγωιδούς, οἶδ’ ὅτι,
καὶ ταῦτα κατέχεις πάντα. Νηλέα τινὰ
Πελίαν τ’ ἐκείνους εὗρε πρεσβύτης ἀνὴρ
αἰπόλος, ἔχων οἵαν ἐγὼ νῦν διφθέραν,
ὡς δ’ ἤισθετ’ αὐτοὺς ὄντας αὑτοῦ κρείττονας,
λέγει τὸ πρᾶγμ’, ὡς εὗρεν, ὡς ἀνείλετο.
ἔδωκε δ’ αὐτοῖς πηρίδιον γνωρισμάτων,
ἐξ οὗ μαθόντες πάντα τὰ καθ’ αὑτοὺς σαφῶς
ἐγένοντο βασιλεῖς οἱ τότ’ ὄντες αἰπόλοι.
εἰ δ’ ἐκλαβὼν ἐκεῖνα Δᾶος ἀπέδοτο,
αὐτὸς ἵνα κερδάνειε δραχμὰς δώδεκα,
ἀγνῶτες ἂν τὸν πάντα διετέλουν χρόνον
οἱ τηλικοῦτοι καὶ τοιοῦτοι τῶι γένει.
Considère encore ceci, père [le citoyen désigné comme l’arbitre]. Peut-être que celui
que tu vois ici, cet enfant, est d’une condition supérieure à la nôtre (uper hèmas); élevé au milieux de travailleurs (ergatai), il dédaignera ce genre de travail. Son naturel (physis), il va y revenir bien vite et ce sont des exploits dignes d’un homme libre qu’il
osera accomplir : chasser des lions, avoir les armes à la main, courir dans les concours.
Tu as assisté à des tragédies, je le sais, et tout cela, tu l’as en mémoire, Nélée
par exemple et Pélias : ces héros ont été trouvé par un vieillard qui gardait des
chèvres, vêtu comme moi maintenant d’une peau de bique. Dès qu’il remarqua qu’ils
lui étaient supérieurs, il raconte la chose, comment il les a trouvés, comment il
les a recueillis. Et, grâce à cela, ils apprirent ce qui les concernait sans que rien
ne leur échappe, et ils devinrent des rois, eux qui auparavant étaient des chevriers.
Si, après s’être emparé de ces objets, Daos les avait vendus pour son intérêt personnel
– gagner quelques drachmes, une douzaine – c’est dans un incognito sans fin qu’ils
auraient passé leur vie, ces hommes supérieurs, d’une telle naissance.
L’ambiguïté comique rend bien sûr difficile l’interprétation du passage. On se moque sans doute de l’exagération de l’esclave Syriskos qui fait de la chasse aux lions une activité d’homme libre, et de sa grandiloquence à évoquer les grands thèmes tragiques ; on rallie ces derniers au destin familial et à l’exposition d’enfant ; on se moque aussi peut-être qu’un esclave reprenne à son compte cette conception naturelle et essentialiste. Il n’empêche que celle-ci elle prévaut puisque l’arbitrage donne raison à Syriskos.
La société grecque n’est, pas plus qu’une autre, exempte de contradictions. Cette conception essentialiste est manifestement en contradiction avec l’arsenal législatif des statuts et le pointillisme des décrets honorifiques ; paradoxalement, cette conception essentialiste est même utilisée pour une catégorie statutaire comme celle des affranchis, qui précisément relève de la mobilité sociale et statutaire et constitue une catégorie transitoire. On trouve l’expression “de sang affranchi”, ἐξ αἵματος ἐπελευθέρου44, dans des actes d’affranchissement de Calymnos. Ici encore le statut est hérité et on relèvera que, comme ailleurs, le statut de l’homme né d’un affranchi n’est pas celui de l’homme né libre.
Cette contradiction est fondamentale. Elle renvoie aux débats théoriques sur la place de la nature et de la loi dans les sociétés humaines, qui ont été sans doute particulièrement vifs à propos de l’esclavage. Si la perspective naturelle domine, c’est qu’elle permet une justification du système servile.
Tripartition ?
L’idée qu’une tripartition essentielle et stable, reposant sur la distinction entre citoyens, étrangers et esclaves, pourrait avoir marqué les systèmes de statuts des cités grecques de leur origine à leur fin est d’ailleurs contestable. Elle l’est en fait : les textes démentent cette idée. Elle l’est aussi en principe, car elle confond et recoupe deux distinctions très différentes, entre libres et esclaves, entre citoyens et non-citoyens. Ces deux lignes de partage sont essentielles, mais elles donnent lieu à des positions et distinctions bien plus nombreuses et diverses que les trois groupes. Dans une certaine mesure, la fortune de cette tripartition chez les historiens tient à la prédominance du critère de la participation politique, qui fonde la distinction entre citoyens et non-citoyens et tend à effacer les facteurs de diversification au sein de ces derniers, qui tiennent surtout à ce que Gauthier nommait droits civils, c’est-à-dire économiques et sociaux : epigamia (droit au mariage), epinomia (droit de pâture), enktèsis (droit de propriété), etc.
Le problème de fait oblige, on l’a vu, les partisans de la tripartition à ramener aux trois seules catégories de citoyens, étrangers et esclaves les nombreux groupes connus notamment par deux longues inscriptions d’Asie mineure45. Il s’agit de réfuter l’idée d’une multiplication des statuts à l’époque hellénistique. Dans des contextes difficiles – les suites du legs du royaume attalide à Rome en 133 a.C. pour Pergame, les guerres de Mithridate pour Éphèse en 86 a.C. – chacune de ces cités opère une promotion statutaire d’une grande partie de sa population. Les libres non citoyens reçoivent la citoyenneté : ce sont les paroikoi et diverses catégories de résidents militaires dans l’inscription de Pergame, et à Éphèse les isotèles, les paroikoi, les dépendants des temples, les affranchis. Certains esclaves et affranchis sont libérés et inscrits parmi les résidents paroikoi : ce sont les affranchis et les esclaves royaux et publics à Pergame, et à Éphèse les esclaves publics. Ces listes indiqueraient-elles un effort des cités pour clarifier le tissu statutaire “par le classement de la quasi-totalité des habitants en trois grands ensembles qui correspondent globalement aux trois statuts fondamentaux” ? Non, car pour ramener les grands groupes aux trois catégories supposées, il faut confondre les paroikoi et les métèques, en en faisant des “étrangers” en un sens très général, des libres non citoyens, alors même que les uns possèdent et travaillent la terre – “ils sont chez eux”, écrit précisément P. Gauthier – tandis que les autres n’ont qu’un accès extrêmement restreint à la terre46. La place variable des affranchis, le traitement différent des esclaves royaux, publics et privés, et même à l’intérieur de chacun de ces groupes (à Pergame, les femmes esclaves royales achetées sous les rois attalides Philadelphe et Philomètôr restent esclaves, peut-être pour permettre un renouvellement du cheptel) montrent assez que les promotions décidées par les cités ne révèlent aucune tripartition sous-jacente.
La question de principe amène à se demander s’il peut exister une telle tripartition par-delà le droit de chaque cité ou le droit grec commun, et si elle a jamais valeur opératoire. Elle est parfois attestée dans les textes, ainsi à Delphes47, mais n’a pas de valeur spécifiquement juridique. Elle illustre l’idéologie dominante mais pas les structures sociales. Elle est souvent concurrencée dans les inscriptions et dans les textes littéraires par une bipartition plus fondamentale entre les seuls citoyens et tous les autres, ainsi lorsqu’Aristote distingue l’agora libre de l’agora marchande (Politique, 7.1331a-b), en suivant une opposition politique au sens étymologique, celle du citoyen à tout autre habitant de la cité. En droit pénal, l’opposition est entre libres et esclaves, ces derniers étant responsables sur leur corps alors que le libre est soumis à amende, dans nombre de textes. La loi monétaire de Delphes, quand il s’agit d’énoncer les peines, ramène le triptyque étranger – citoyen – esclave à une opposition entre libre et esclave48. C’est le cas aussi, à Athènes, du décret des agoranomes du Pirée (IG II².380) et du décret sur le bois sacré d’Apollon (IG II².1362). Le règlement des mystères d’Andania (IG V.1.1390)49 et la loi des astynomes de Pergame (OGIS 483) font de même. Ce n’est donc pas tant une série de trois groupes qu’un jeu entre deux oppositions binaires : l’une, politique, entre citoyens et étrangers, et l’autre, juridique, entre libres et esclaves. Et plutôt qu’une tripartition, Aristote, dans le développement déjà cité sur la place des artisans dans la cité idéale (Politique, 3.5.1277b35-1278a1-5), cite des catégories concrètes bien plus nombreuses, précisément cinq statuts50 : les politai,(citoyens) les metoikoi (étrangers domiciliés), les xenoi (étrangers), les apeleutheroi (affranchis) et les douloi (esclaves). Revenir à tout prix à une tripartition qui n’est pas le fait fondamental qu’on voudrait y reconnaître n’est pas le meilleur chemin pour aborder l’histoire des groupes de statut.
Vers une approche nouvelle
Il nous semble donc que la définition du statut par Finley, comme un faisceau de droits et de devoirs, est parfaitement utile, à condition d’en garder la dimension collective et contraignante, c’est-à-dire juridique, et de ne pas le confondre avec ce qu’on peut entendre par statut social, plus proche de la notion de prestige. Ce statut, cependant, n’est pas une réalité sociale ou culturelle dont l’existence pèserait sur les pratiques économiques, les déterminerait de l’extérieur. C’est un ensemble de droits et de devoirs qui fait partie de l’équipement institutionnel de l’économie, et qui a un contenu relatif au travail (en ce qu’il détermine la possibilité d’un travail libre par contrat ou d’un travail pour dettes), à la production des biens, leur allocation et leur dévolution (entre générations). L’époque hellénistique nous a semblé offrir un terrain particulièrement favorable à cela : la documentation est parfois extrêmement riche sur les statuts juridiques et les formes de travail qui leur sont liées, que ce soit à propos des populations hilotiques, des affranchis et de la paramonè, du travail libre, des associations, etc. Il y a un décalage remarquable entre cette impression d’uniformité, d’esclavage marchandise universel, et une documentation qui amène à une vision beaucoup plus diversifiée et nuancée. Il faut réévaluer la diversification du spectre des statuts à l’époque hellénistique, en articulant cela avec leur contenu économique, et s’attacher à étudier le contenu économique et social des catégories juridiques statutaires, son évolution, son lien avec les structures de l’activité et de la production, les réalités démographiques… qui seuls permettent de dessiner une histoire sociale, ou du moins de préciser en quels termes cette histoire se pose dans le monde antique.
L’époque archaïque51 et surtout sa partie centrale, autour de 600 a.C., apparaît comme le moment de la définition de systèmes de statuts personnels qui sont des modes d’organisation de l’accès à la terre et aux biens mobiliers, comme on l’a vu52. Chaque cité se dote alors d’un tel système avec les outils qui existent alors – création d’Hilotes, d’esclaves marchandises, endettement. On peut faire l’hypothèse qu’à l’époque hellénistique ces systèmes sont ébranlés et redéfinis. Moins encore qu’à l’époque archaïque, on ne peut étudier les cités grecques à l’époque hellénistique comme des cas isolés. Les transformations radicales du IVe s. a.C. sont d’abord évidentes à Carthage, Syracuse, et bien sûr à Rome. Nulle part sans doute l’articulation entre statuts personnels, groupes intermédiaires et mobilisation de la main-d’œuvre n’est plus évidente que dans le monde romain ou, à l’opposé, dans les royaumes hellénistiques d’Orient.
C’est donc à écrire l’histoire longue, mais aussi hachée, mouvementée et complexe des catégories de statut, qu’il faut désormais s’attacher.
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Notes
* Ce texte est une version remaniée de l’introduction au colloque de Clermont-Ferrand de 2016, publié comme Maillot & Zurbach 2021.
- IPriene 108 et 109, c. 120 a.C. ; IPriene 112, après 84 ; IPriene 113 et 118, Ier s.
- IG XII.4.1.302.
- SEG 39.737.
- Voir entre autres Fröhlich & Müller, éd. 2005 ; Couvenhes & Milanezi, éd. 2007 ; Fröhlich & Hamon, éd. 2013.
- Andreau 2010.
- Maillot & Zurbach, éd. 2020.
- Maillot 2013.
- Zurbach 2013.
- Finley 1964a, 1964b.
- OGIS 338.
- Niku 2007.
- Voir Maillot 2021.
- Voir Zurbach 2013 et Zurbach 2017, II, 675-742.
- Voir, entre autres, et avec renvoi aux études antérieures, Scheidel 2007, notamment 74-85, et Morris 2005.
- Zurbach 2017, I, 420-422, avec discussion des thèses de Garnsey 1996.
- Hellmann 1999, texte n° 2.
- Freu 2018.
- Corsaro 2001, 17 (cf. aussi le compte rendu de Papazoglou 1997).
- C’est assez visible dans les Hellenistic economies : Archibald et al., éd. 2001 ; Archibald et al., éd. 2005 ; Archibald et al., éd. 2011.
- Notamment Giardina & Schiavone, éd. 1981, vol. 1-3.
- Sur ce débat voir Zurbach 2019.
- Outre les Hellenistic economies citées ci-dessus, voir les colloques de Saint-Bertrand de Comminges : Andreau, Briant & Descat, éd. 1994 ; Andreau et al., éd. 1997 ; Andreau et al., éd. 2000.
- Descat 2011.
- On connaît la différence radicale affirmée par Ph. Gauthier, par exemple dans Gauthier 1974 (2011). À l’opposé, J. Andreau et R. Descat affirment l’existence d’une cité antique, voir notamment Andreau & Descat 2006, notamment 63. Voir aussi en ce sens Ampolo 1988, 177-180 ; D’Ercole 2012, 127-128, notamment sur les convergences en termes de méthodes coloniales et d’architecture publique.
- Müller 2014, 767.
- Noiriel 1996, 197.
- Ainsi Duplouy 2006 et Duplouy 2019, mais aussi, de manière encore plus nette et plus lourdement théorisée, Moatti & Müller 2018.
- Zurbach 2013.
- On en trouve une bonne image dans les œuvres comparatistes de Raymond Westbrook, notamment Westbrook 2009 ; sur ce point, quelques classiques : Carbonnier 1978, notamment 305-330 ; Weber 1986.
- Zurbach 2017, II, 772-773.
- Müller 2014, 765-766.
- Müller 2018, p. 247-248 ; l’auteur signale tout de même l’emploi épigraphique de deux termes, genos et tychè ; voir aussi Müller 2014, 766, à propos de l’inscription de Pergame, et 759-761, où l’argument est le suivant : Aristote n’utilise pas de terme abstrait pour le citoyen, qu’il définirait de façon essentiellement négative, par rapport aux autres catégories, et non au sein d’un système statutaire. Kamen 2013 avait déjà affirmé l’absence de terme désignant le statut en grec, sans en tirer de conclusion spécifique : “in determining the usefulness of any of these terms – status, class, and order – we should remember that none of them has an equivalent in Greek” (Kamen 2013, 3).
- Müller 2014, 774.
- Le terme eidos pourrait être ajouté à la liste : en un sens d’“espèces” ou “catégories” de citoyens chez Arist., Pol., 1278a, et “catégories” d’esclaves, Arist., Pol., 1277b.
- Cf. Mileta 2021, note 66. Sur ce passage, voir Mileta 2008, 117 et 163-164.
- OGIS 338.
- D’après IvP I.249, l. 9-10 et 20.
- P. Hamb. II.168a, l. 10. Cf. Veïsse 2012. Pour le sens de genos dans les papyrus, voir Mélèze-Modrzejewski 1983, notamment 256, n. 72. Voir aussi Clarysse & Thompson 2006, 146-147, n. 115. Dans les listes de recensement et les listes fiscales du Fayoum, on trouve également le terme ethnos pour désigner ces catégories.
- BGU XIV.2367 (fin du IIIe s. a.C.), pour les personnes engagées dans des contrats de prêt ; prostagma de Ptolémée VIII (P. Tebt. I.5) concernant la répartition des compétences entre deux juridictions, laocrites pour les Égyptiens, chrématistes pour les Hellènes, avec l. 209 l’expression genôn pantôn “de toutes catégories”.
- I. Stratonikeia 1325A.
- Cf. Andreau & Descat 2006, 214-215.
- Müller 2018, 247 : “le grec épigraphique […] n’a pas de terme générique sous lequel on pourrait subsumer les divers groupes mentionnés” ; ibid., 248, “les termes statutaires, jamais génériques, se répartissent en deux grandes catégories constamment entrecroisées : celles qui ressortissent au statut personnel ou légal et celles qui relèvent du statut social”.
- Müller 2018, 247.
- Tit. Calymnii 198.
- Müller 2014, 766-767.
- Müller 2014, 766. Voir Zurbach 2021, n. 92.
- Loi monétaire de Delphes, IIe s. a.C : FD III.2.139, réédité par Lefèvre 2002, n° 127.
- Voir note précédente. Texte (l. 3-6) : ἐὰν | δέ τις τῶν ἐν ταῖς πόλεσιν οἰκούντ[ων], ἢ ξένος ἢ πολίτης ἢ δοῦλος, ἀνὴρ | ἢ γυνή, μὴ δέχηται μηδὲ διδῶι καθάπερ γέγ[ραπ]ται, ὁ μὲν δοῦλος μαστιγωθήτω | ὑπὸ τῶν ἀρχόντων, ὁ δὲ ἐλεύθερος ἀποτινέτ[ω δρ]αχμὰς ἀργυρίου διακοσίας·
- IG V.1.1390, l. 76 : καὶ ὁ μὲν ἐλεύθερος, ἂν κατακριθεῖ, ἀποτινέτω διπλοῦν, ὁ δὲ δοῦλος μαστιγούσθω.
- Voir supra, le sens du mot genos.
- Zurbach, éd. 2015.
- Zurbach 2013.