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Article 25•.
Activité financière et liens de parenté en Italie romaine*

* Extrait de : J. Andreau et H. Bruhns, éd., Parenté et stratégies familiales dans l’antiquité romaine. Actes de la table ronde des 2-4 octobre 1986, Paris, Coll.EfR 129, Rome, 1990, 501-526.

Je me borne, en guise d’introduction, à quatre brèves remarques, qui visent à définir le thème et les limites de ces quelques pages.

  1. En Italie romaine, et quel que soit le degré d’archaïsme et de modernité de l’économie antique, il faut bien constater que les transactions monétaires étaient courantes, surtout dans les villes et pour les échanges entre particuliers. C’est ce dont convint avec raison P. Veyne il y a quelques années1. Il n’est pas question ici d’envisager tous les rapports où intervient l’argent ; ce serait un sujet beaucoup trop large. Ces pages concernent l’activité financière, c’est-à-dire les opérations d’argent conçues comme une spécialité, les opérations plus élaborées qui se distinguent du tout venant de la vie quotidienne, et que ne pratique pas l’ensemble de la population.
  2. Ceux qui pratiquaient ces opérations se répartissaient en plusieurs groupes professionnels et sociaux très distincts, que je me suis efforcé de définir ailleurs2. Certains étaient des Sénateurs ou des chevaliers, c’est-à-dire des membres de l’aristocratie ; d’autres, des aristocrates ou notables municipaux ; d’autres, des affranchis ou des esclaves. Les membres de ces divers groupes ne sont pas également connus, et, même si les esclaves sont susceptibles d’élaborer des stratégies, comme le montre M. Morabito, leur situation à l’égard de la parenté n’est évidemment pas du tout la même que celle des Sénateurs. Il m’a néanmoins semblé intéressant d’aborder à la fois, dans la mesure du possible, tous ces groupes, pour essayer de mieux saisir certaines des différences sociales qui les séparent.
  3. À l’inverse, pour clarifier les choses, j’ai préféré limiter l’enquête chronologiquement et géographiquement. Sauf exception, je l’ai centrée sur l’époque cicéronienne et sur l’Italie, – quitte à indiquer ici ou là dans quel sens l’évolution pouvait se produire par la suite et comment les situations italiennes différaient de certaines de celles des provinces.
  4. Le thème ainsi délimité me conduit à poser les questions suivantes : comment les liens de parenté se manifestent-ils dans l’entreprise financière et dans sa transmission ? comment utilise-t-on dans ces activités les solidarités résultant de la parenté ? et quelle place occupent-elles dans la reproduction de ces solidarités ? Je serai donc amené à parler de stratégies aussi bien que de solidarités.

“Ce sont des sociétés à nombreux participants, à capital social considérable… Elles groupent ordinairement des membres d’une même famille qui, se connaissant bien et ayant des intérêts communs, sont tous portés à travailler ensemble, ou les membres de deux familles qui se connaissent et s’estiment. Cette base familiale leur impose souvent leur nom ; on désigne chaque compagnie par le patronyme de la famille dominante quand ce n’est pas par le nom de l’homme d’affaires qui la dirige. Aux membres des familles fortunées s’adjoignaient parfois aussi dans les compagnies des gens réputés pour leur expérience des affaires, qui disposaient de quelques capitaux.”

Ces phrases de Y. Renouard concernent les sociétés commerciales et financières des marchands-banquiers, dans les villes de l’intérieur de l’Italie, dès l’époque des Croisades et aux siècles qui suivirent3. Peut-on les appliquer aux manieurs d’argent romains ? En d’autres termes, l’entreprise financière romaine (au sens le plus général du mot entreprise : toute institution économique mise en place par celui qui entreprend, sous quelque forme que ce soit) se coulait-elle dans le moule des structures de la parenté ? S’agissait-il d’une compagnie recrutant ses membres à partir d’un groupe de parenté qui la dominait et constituait sa colonne vertébrale ?

À cette question, je répondrai par la négative. Quoique les cités italiennes médiévales aient paru, davantage que la cité romaine, traiter leurs ressortissants en producteurs (et non pas en consommateurs ou en citoyens), il faut constater que les liens de parenté y pénètrent beaucoup plus à l’intérieur des entreprises non-agricoles4.

Cette réponse négative à la première question amène à en poser une seconde. Si le groupe de parenté ne forme pas la colonne vertébrale de l’entreprise, son unité intérieure, arrive-t-il cependant que les entrepreneurs choisissent de préférence pour collaborateurs ou associés des membres de leur famille, des membres de leur parenté, ou des alliés5 ? Ou s’adressent-ils aussi bien à des alieni, c’est-à-dire à des gens qui ne sont ni leurs parents ni leurs alliés ?

Dans la Rome de la fin de la République et du Haut-Empire, la plupart des entreprises financières, d’ailleurs souvent séparées de celles du commerce, ne comportaient pas un nombre important d’associés. Seules les grandes sociétés de publicains, qui signaient avec l’État des contrats concernant la perception des impôts, les fournitures aux armées, les travaux publics et l’exploitation du patrimoine public, atteignaient une ampleur comparable à celle des compagnies médiévales (le nombre de leurs associés n’est malheureusement pas connu)6. Les noms des publicains qui nous sont parvenus demeurent peu nombreux. Il arrive, certes, que deux parents soient impliqués dans le même contrat public ; ainsi, l’adjudicataire de l’entretien du Temple de Castor et Pollux, en 80 a.C., Publius Junius, était très probablement parent par les hommes du Sénateur D. Junius Brutus, consul en 11, qui s’était porté caution lors de cette même adjudication7. Mais il est évident que chacune des grandes sociétés de publicains n’était pas dominée par un groupe de parenté. Bien plus, les plus prestigieux des publicains avaient tendance à s’intéresser à plusieurs sociétés à la fois ; ainsi le chevalier Cnaeus Plancius, père du client de Cicéron, qui était à son époque le premier des publicains, a traité avec l’État au nom des plus importantes sociétés (maximarum societatum auctor) et il a présidé un très grand nombre d’entre elles (plurimarum magister)8. Et, quand le chevalier Caius Rabirius Postumus distribue des participations qu’il possède, c’est à ses amici qu’il les distribue, et non point à ses parents ou alliés : si le mot amicus n’exclut pas la présence de parents ou d’alliés, il suggère néanmoins que ces parts étaient avant tout destinées à d’autres qu’à des parents, et même que la parenté et l’alliance n’étaient pas, en une telle situation, des critères pertinents9.

Les autres entreprises financières dans lesquelles sont impliqués des Sénateurs et chevaliers, même si elles regardent de grosses sommes d’argent, n’étaient pas composées d’un nombre notable d’associés ; il s’agissait souvent d’activités individuelles ; Q. Considius, qui en 63 a.C. avait au total prêté l’énorme somme de quinze millions de sesterces, n’avait pas d’associé, à notre connaissance ; de même, Q. Caecilius, oncle d’Atticus et lui aussi prêteur d’argent, travaillait seul. Quand sont indiqués deux ou trois noms d’hommes libres, il est parfois difficile de déterminer s’ils désignent un seul financier et ses collaborateurs (salariés, indemnisés, entretenus ?) ou deux ou trois financiers associés. S’il y a contrat de société, ou s’il existe de tels liens d’affaires que les partenaires attestés tirent tous profit des mêmes opérations, deux cas se présentent.

Dans le premier cas, les associés sont financièrement et socialement fort inégaux et il arrive que l’un d’entre eux soit un commanditaire, alors que les autres, fournissant le travail, assurent la gestion de l’entreprise ainsi constituée. Dans les exemples disponibles, on constate le plus souvent : ou que les associés socialement inférieurs sont des affranchis (plus rarement des esclaves) ; ou que ce sont des ingénus, mais ne portant pas le même patronyme que le principal associé. Il est rare qu’ils portent le même patronyme que lui, et qu’on puisse les tenir pour ses parents par les hommes. Étaient-ils ses parents par les femmes ou ses alliés ? L’onomastique ne fournit pas d’indices à ce propos, et il est en général impossible de trancher. Aussi, pour le thème que nous traitons ici, les études onomastiques sont-elles moins intéressantes que telle ou telle remarque textuelle, – par exemple celle que Cicéron fait à propos de Rabirius : l’emploi du mot amici, si l’on y réfléchit, montre la limite du poids des liens de parenté à l’intérieur des sociétés de publicains.

Prenons deux ou trois exemples d’autres sociétés financières aristocratiques. Celui de Crassus, auquel Cicéron s’adresse dans le Sixième Paradoxe des Stoïciens, est particulièrement net. Passant en revue toutes les activités auxquelles il se livrait pour s’enrichir, Cicéron lui reproche de s’associer cum servis, cum libertis, cum clientibus (avec des esclaves, des affranchis, des clients ? ou plutôt avec ses esclaves, ses affranchis, ses clients ?), et d’envoyer ses affranchis pour piller les provinces et les ruiner par l’usure (dimissiones libertorum ad defenerandas diripiendasque provincias)10. Brassant d’importantes affaires financières par cupidité, parce qu’il est quaestuosus, Crassus ne paraît entretenir aucun lien d’affaires étroit avec les membres de sa parenté, à moins que certains d’entre eux ne fassent partie des clientes. Même s’il en était ainsi, il est intéressant que Cicéron les range au nombre des clients, et non point à celui des parents. Les esclaves et les affranchis, certes, participent, d’une certaine manière, de la parenté, mais ce texte, comme de nombreux autres, montre que les Anciens, à la fin de la République et sous l’Empire, ne les assimilaient jamais ni aux parents par le sang, ni aux alliés et parents par adoption. Autre exemple, celui de C. Curtius Mithres, un affranchi de C. Rabirius Postumus, dont certaines affaires devaient être financières, et que Ciceron recommande à P. Servilius Isauricus, proconsul d’Asie en 46-4411.

À l’époque de Cicéron, il arrive souvent que des Sénateurs, des chevaliers ou d’autres notables italiens prêtent de l’argent en dehors d’Italie, et ils le font par l’intermédiaire d’hommes d’affaires fixés dans les provinces. Il n’y a généralement pas contrat de société ; mais quels que soient le rapport juridique institué et les modalités techniques, le prêteur et l’intermédiaire sont censés tirer profit de l’opération. Caius Verres confie de l’argent à un certain Publius Tadius, alors fixé à Athènes ; et dans ce cas il y a très probablement un lien de parenté matrilatérale, car la mère de Verres était une Tadia12. Mais dans le reste de la documentation disponible, on ne constate, sauf erreur, aucun lien de parenté. En Cilicie, Brutus passe par l’intermédiaire de Marcus Scaptius et Publius Matinius ; en Cappadoce, de Lucius Gavius et d’un autre Marcus Scaptius. Lucius Oppius s’occupe dans la province d’Asie des affaires de L. Egnatius Rufus, et Seius s’occupe de celles d’Atticus. Aucun indice de parenté ou d’alliance ; mais nous venons de dire les limites de l’onomastique, quand les personnes ainsi nommées ne sont pas connues.

En Italie même, il existait des intermédiaires de crédit par les soins desquels d’autres Sénateurs et chevaliers, qui étaient moins financiers, prêtaient de l’argent à intérêt. Entre ces intermédiaires de crédit, dont j’ai parlé ailleurs13, et les Sénateurs et chevaliers dont ils plaçaient l’argent, existait parfois (mais pas toujours) une différence sociale. Et si l’intermédiaire fournissait au Sénateur des revenus, le Sénateur, de son côté, aidait le financier de son influence et de ses recommandations. Cicéron et Pompée prêtent de l’argent par l’intermédiaire de Cluvius de Pouzzoles, Atticus par l’intermédiaire de Caius Vestorius, Quintus Cicéron par l’intermédiaire de Lucius Égnatius Rufus, et Caius Rabirius Postumus place l’argent de certains de ses amis. Quelques-uns de ces noms sont plus intéressants que les précédents, car la correspondance de Cicéron en parle suffisamment pour que nous puissions exclure tout lien de parenté ou d’alliance proche14.

Second cas : les associés ou partenaires sont en gros égaux. Les liens de parenté patrilatérale certains ou probables sont plus nombreux que dans le premier cas, – mais sans plus15. Outre l’exemple des deux chevaliers Caius et Marcus Fufius, qui prêtèrent de l’argent à Héraclide de Temnos, et étaient frères16, il faut mentionner ceux qui portent le même gentilice, et dont certains doivent être de proches agnats (des frères, ou bien le père et le fils, c’est-à-dire des membres de la même famille) : les Oppii, hommes d’affaires d’ailleurs mal connus ; les deux Curtii Postumi, Quintus et Cnaeus17 ; les deux Calpurnii de Pouzzoles, L.f. Capitolinus et C. Calpurnius L.f . […], qui à l’époque augustéenne prêtaient très probablement de l’argent à des commerçants, ou concluaient avec eux des contrats de société en commandite18. Citons encore les Sallustii, auxquels Cicéron fait de rapides allusions, mais qui n’étaient pas nécessairement des financiers très spécialisés : en 58, lorsque Cicéron partit pour l’exil, Cnaeus Sallustius l’avait accompagné de Rome à Brindes ; en 47, alors que Cicéron était à Brindes et attendait que César lui accordât son pardon, il lui versa de l’argent ; cet argent fut remboursé peu après, par Atticus, à Publius Sallustius, qui se trouvait à Rome ; il ne s’agissait donc pas d’un prêt19. Parmi ceux qui ne portent pas le même gentilice, certains sont probablement parents par les femmes ou alliés. Étant donné le petit nombre de ceux qui portent le même gentilice (et qui n’étaient pas nécessairement tous parents !), il faut conclure que ces relations d’affaires se nouent assez souvent entre des hommes qui ne sont ni parents ni alliés. En tout cas, il n’est pas très fréquent qu’elles se nouent entre agnats20.

Quant aux banquiers, changeurs et encaisseurs de métier, ils n’atteignaient jamais le rang social des aristocrates, Sénateurs ou chevaliers ; dans les dernières décennies de la République et au premier siècle de l’Empire, en Italie, c’étaient presque tous des affranchis. Ils pouvaient constituer de petites sociétés bancaires, dont traitent plusieurs fragments figurant au Digeste21 ; mais en aucun cas nous ne conservons les noms des partenaires de telles sociétés. De toute façon, l’origine servile de ces manieurs d’argent de métier ne permet pas de parler à leur égard, en toute rigueur, de solidarité ou de stratégie de parenté, à moins qu’on ne songe au mariage éventuellement contracté par eux, ou aux liens qui continuaient à les unir à leurs anciens maîtres et à la parenté de ces anciens maîtres. Il ne faut pas négliger ces liens : un bon nombre des manieurs d’argent de métier devaient à leur ancien maître l’apprentissage de leur métier, ou une mise de fonds initiale, ou les deux à la fois22. Quant à leur clientèle bancaire, un seul cas nous est un peu connu, celui de L. Caecilius Jucundus à Pompéi. Au cours des années 50 p.C., les Caecilii ne jouaient aucun rôle marquant dans l’activité que révèlent les tablettes découvertes en 1875. À chaque fois qu’il reçoit du vendeur de l’enchère une quittance ou une attestation de paiement, Jucundus convoque ses témoins, dont les noms figurent sur le document au même titre que ceux du vendeur ; les noms de quelques témoins reviennent donc fréquemment sur les tablettes disponibles ; aucun de ces hommes de confiance n’est un Caecilius. Aucun Caecilius n’est témoin dans les quittances des fermes municipales. Il arrive qu’à la place de celui de Jucundus on lise un autre nom ; les payeurs dont le nom se substitue ainsi à celui de Jucundus s’appellent P. Terentius Primus et M. Fabius Agathinus ; ce ne sont pas des Caecilii. Je crois connaître une douzaine de personnes qui, à cette époque, étaient titulaires d’un compte de dépôts à la banque de Jucundus23 ; aucune ne se nomme ni Caecilius, ni Caecilia.

Une chose est certaine : à la différence de ce qu’on constate au Moyen Âge, au moins à certaines périodes et dans certaines cités ou régions d’Italie, l’entreprise financière, à l’époque romaine, ne se coule pas dans le moule des structures de la parenté ; les liens de parenté ne constituent pas sa colonne vertébrale ; les groupes de parenté ne s’imposent absolument pas aux manieurs d’argent comme des structures institutionnelles dont ils aient à tenir compte dans l’organisation de leurs entreprises. Au contraire, au Ier siècle a.C. et au Ier siècle p.C., le fonctionnement de l’entreprise est intimement lié aux institutions de l’esclavage et de l’affranchissement.

Le nombre des cas où des parents sont associés dans des affaires financières n’est pas négligeable, certes ; mais il y a beaucoup d’autres cas où les partenaires paraissent n’être liés par aucun lien de parenté ou d’alliance. Dans le domaine des affaires, la parenté patrilatérale, la parenté matrilatérale et les alliances se présentent comme un vivier de proches auxquels Ego peut, selon les circonstances, les affinités et les moyens financiers disponibles, se lier pour un temps plus ou moins long, ou au contraire ne pas se lier. Il peut se lier aussi à des amis et connaissances.


Je n’ai parlé jusqu’ici que des entreprises financières. Et le commerce et la fabrication ? À l’époque cicéronienne, existait-il, dans l’aristocratie et à ses marges, de grandes firmes commerciales et “industrielles”, pratiquant aussi la banque et le prêt d’argent, possédant des intérêts et des “facteurs” tout autour de la Méditerranée, et appuyées sur des liens de parenté ? Cette question fascine la tradition intellectuelle “modernisante”, qui ne voit pas comment expliquer la croissance qu’a connue l’économie italienne sans supposer l’existence de telles firmes. Ses tenants ne conçoivent un accroissement de la production et du commerce que dans le cadre d’un système capitaliste ou précapitaliste, et, de plus, imaginent pour tout capitalisme (serait-ce un capitalisme marchand) celui qui s’est développé en Europe occidentale aux Temps Modernes. Après Rostovtseff, et de manière au fond beaucoup plus marquée que lui (car Rostovtseff s’intéressait davantage aux problèmes agraires et à l’exploitation du sol que ceux qui se sont inspirés de lui), D’Arms cherche à exploiter quelques exemples à mon avis très peu probants24.

Il parle tout particulièrement des Volusii Saturnini, lignée sénatoriale bien connue qui a fourni à l’Empire des consuls depuis le règne d’Auguste jusqu’à la fin du Ier siècle p.C.25. Ces Volusii possédaient au Nord de Rome, près de Lucus Feroniae, une superbe villa, naguère fouillée, dont la construction paraît dater des dernières décennies de la République. On connaît en outre des horrea Volusiana ; et D’Arms y ajoute un Volusius dont parle Cicéron dans sa Correspondance, et qui, selon lui, faisait des affaires en Cilicie. À partir de là, il conclut que toutes ces activités des Volusii de l’époque cicéronienne étaient “distinct but related family enterprises” ; voici créée une grande compagnie de marchands-banquiers en plein cœur du Sénat romain. Malheureusement :

  1. il n’est pas sûr du tout que le Q. Volusius dont parle Cicéron ait été parent des Volusii Saturnini ;
  2. Q. Volusius était probablement un préfet en Cilicie ; or Cicéron souligne qu’il n’accorde pas de préfecture à un homme d’affaires ayant des intérêts dans la province ; il est donc très improbable que Q. Volusius ait été negotiator en Cilicie26 ;
  3. à l’époque de Cicéron, il n’est pas sûr que la lignée des futurs Volusii Saturnini ait déjà compté des Sénateurs dans ses rangs. Le premier Sénateur connu du nom de Volusius est M. Volusius, qui occupa l’édilité en 43 a.C.27. Si affaires commerciales il y avait, il s’agissait auparavant d’affaires de chevaliers ou de grands notables, mais non point de Sénateurs ;
  4. la propriété d’horrea n’est point l’apanage exclusif de grandes lignées commerciales à la vénitienne ; l’Empereur lui-même possédait des horrea ;
  5. enfin, supposer un lien organique et familial entre ces éventuelles affaires des Volusii d’époque cicéronienne est un anachronisme, dans le cadre des structures juridiques et sociales romaines. De grandes dynasties de Sénateurs, il en existait évidemment. Durables, richissimes, cupides, autant qu’on voudra. Fondées sur un patrimoine foncier, et possédant d’autres intérêts, certes : prêtant de l’argent, possédant des maisons, des horrea, des fabriques, etc., et plaçant parfois de l’argent dans le commerce. Mais ces Sénateurs n’étaient pas des commerçants. Et d’autre part ils ne constituaient pas de grandes compagnies collectives, familiales ou non. Sur ce dernier aspect de la question, signalons un livre juridique récent, intéressant et novateur, celui de A. Di Porto28.

A. Di Porto essaie de montrer, avec succès me semble-t-il, que l’existence du pécule et les activités commerciales et artisanales des esclaves exercent une influence fondamentale sur la nature juridique et économique des entreprises romaines. De nos jours, la responsabilité limitée s’obtient par la création d’une société ; à Rome, au contraire, le propriétaire d’esclaves est en mesure, grâce au pécule, de fonder des entreprises à responsabilité limitée, mais individuelles. L’exercere negotiationes per servos lui donne une possibilité que lui refuserait le contrat de société. Certes, quelques-uns des avantages de la société à responsabilité limitée tiennent précisément à son caractère social. Mais ces avantages eux-mêmes n’étaient pas hors de la portée des propriétaires d’esclaves, grâce à la possibilité de posséder en commun des esclaves “managers” ; l’existence de ces servi communes permettait, selon Di Porto, de créer l’équivalent d’une entreprise sociale, sans passer juridiquement par le contrat de société. En accordant des pécules à ses esclaves, en leur confiant ainsi l’exploitation de boutiques, d’ateliers, de navires, le propriétaire d’esclaves se multiplie lui-même en tant que chef d’entreprises séparées, – ou du moins, ajouterais-je, en tant qu’actionnaire souvent unique d’entreprises dont il n’est pas vraiment l’entrepreneur, – et fractionne juridiquement son propre patrimoine.

Le livre de Di Porto mériterait certes d’être discuté, et ce qu’il écrit des servi communes me parait plus contestable que sa conception du pécule, d’autant qu’on peut douter de leur importance numérique. Mais ses conclusions permettent d’aborder sans anachronisme le problème de la grande société commerciale, ce que ne permettent pas les reconstructions, plus que hasardeuses, de D’Arms. Elles expliquent que les grandes sociétés commerciales et financières composées de parents et d’alliés soient pratiquement absentes du monde romain à la fin de la République et au tout début de l’Empire : étant donne les rapports sociaux et le droit romains, elles n’offraient pas autant d’avantages que l’entreprise individuelle gérée par un esclave.

Ces conclusions me paraissent d’autant plus pertinentes que, comme le soutient avec raison Y. Thomas, le pécule du fils ne doit pas être mis sur le même plan que celui de l’esclave29. S’il arrive parfois aux jurisconsultes (et dans des textes sans doute retouchés par les compilateurs tardifs) d’envisager ensemble les deux catégories de pécules, l’étude de tous les textes juridiques et celle de la documentation littéraire (notamment cicéronienne) montrent que les fils étaient en fait écartés du négoce, et que leur pécule servait en général à des dépenses non liées à des activités lucratives. Pour les activités commerciales et financières, conclut Y. Thomas, “des maîtres utilisent leurs esclaves, mais laissent leurs fils à l’écart30”.

Autre remarque : certes, le lien de parenté qui unit le père au fils est très fort, c’est le plus direct des liens de parenté patrilatérale ; et le lien qui unit le maître à l’esclave ou le patron à l’affranchi peut lui-même s’exprimer en termes de parenté. Certes, la permanence de l’institution du pécule, la manière dont la patria potestas et la dépendance des fils in potestate demeurent en principe entières en dépit du progrès économique, montrent combien étaient contraignantes les structures de parenté. Mais le pécule appartient à la sphère familiale et joue en quelque sorte contre la parenté. D’une part parce que l’esclave et l’affranchi, en pratique, ne sont jamais assimilés à des parents ou à des alliés. D’autre part parce que le pécule du fils, même lorsqu’il était utilisé à la constitution d’entreprises économiques, n’inscrivait pas les entreprises ainsi créées à l’intérieur d’un véritable groupe de parenté. Il ne concernait qu’une relation familiale bilatérale, très individuelle, unissant le fils au pater familias, c’est-à-dire en pratique à tout citoyen mâle adulte libéré, d’une façon ou d’une autre, de la patria potestas ; même s’il était lié à des activités lucratives, le pécule du fils n’incitait pas à la constitution de grandes compagnies appuyées sur un groupe de parenté.

Et aux IIe et IIIe siècles p.C. ? L’exemple des sociétés commerciales auxquelles A. Chastagnol a consacré récemment un article porterait à penser que dans les provinces du Nord-Ouest, sous les Antonins et les Sévères, le rôle de la parenté, dans l’entreprise, était plus important qu’en Italie deux siècles auparavant. Même si Lucius Viducius Placidus n’était pas le fils de Placidus Viduci filius, mais se confondait avec lui, comme le supposaient J. E. Bogaers, M. W. C. Hassal et A. Birley, d’autres cas, en particulier celui des Secundinii, paraissent significatifs31. Dans ces régions, l’esclavage et l’affranchissement n’ont jamais connu la même importance qu’en Italie, et, à l’époque des Sévères, leur influence ne pouvait y être plus marquante qu’auparavant.


Abordons le problème de la succession dans l’activité financière.

Deux règles générales me paraissent expliquer les observations fragmentaires que permet la documentation disponible. La première est que les Romains héritent d’autant plus facilement d’une activité qu’elle est plus conforme aux normes de la vie aristocratique, – c’est-à-dire d’autant plus facilement qu’elle découle davantage du patrimoine immobilier ou du rang et de la dignité. Les groupes familiaux aristocratiques romains sont bien des “Maisons” telles que les définit C. Levi-Strauss : “la maison, distincte de la famille, ne coïncide pas non plus avec la lignée agnatique, […] et consiste plutôt en un héritage matériel et spirituel comprenant la dignité, les origines, la parenté, les noms et les symboles, la position, la puissance et la richesse32”. Comme l’activité financière exige une certaine richesse, mais ne dépend guère de l’existence ou de l’absence d’un patrimoine immobilier, et comme elle nuirait plutôt au rang et à la dignité, elle est beaucoup moins transmise que l’agriculture, l’exploitation de carrières ou de mines, la fabrication de briques et tuiles, etc.

Seconde règle : les métiers et activités permettant l’ascension sociale de ceux qui les pratiquent sont ensuite abandonnés s’ils ne conviennent pas au rang du groupe auquel le parvenu (ou ses héritiers) cherche à s’intégrer ; ou bien, si le parvenu ou ses héritiers persistent dans ces activités, ils cessent à tout le moins de les placer au centre de ses préoccupations, et elles deviennent une source de revenus parmi d’autres.

En vertu de cette seconde règle, le fait que l’arrière-grand-père d’un Sénateur ait été commerçant n’est pas une preuve de la vocation commerciale de l’aristocratie romaine, au contraire. C’est certes la preuve que le commerce permettait l’enrichissement et l’ascension sociale. Mais c’est aussi la preuve que le descendant de commerçants, s’il désirait s’intégrer à l’aristocratie, devait cesser de l’être lui-même, ou se borner à avoir des intérêts dans le commerce33.

Cette seconde règle explique que les métiers de banquier, de changeur, d’encaisseur, dans notre documentation, soient parfois transmis à l’affranchi, mais pratiquement jamais au fils ou à l’héritier. Ni M. Fulcinius, ni le père d’Horace, ni Titus Flavius Petro (grand-père de Vespasien) n’ont transmis à leur fils le métier d’argentarius, de coactor ou de coactor argentarius ; et pourtant ni le fils de M. Fulcinius, ni celui de Petro, Titus Flavius Sabinus, ne devint chevalier34. Titus Flavius Sabinus eut des activités financières comme son père, mais il ne fut pas banquier de métier ; il a été publicain (ou employé important des publicains) en Asie et a pratiqué le prêt à intérêt chez les Helvètes. Ce changement d’activité est le signe d’une ascension financière et sociale35. De Petro à Vespasien, les Flavii conservèrent leur goût pour l’argent et l’activité financière, et l’on sait que, devenu Empereur, Vespasien “se livra encore ouvertement à des spéculations déshonorantes même pour un simple particulier36” ; mais de génération en génération, à mesure de leur ascension sociale, ce souci de l’activité financière prit des formes différentes. Dans d’autres cas, par exemple celui d’Horace, le goût financier lui-même ne se transmit pas.

Les deux encaisseurs Tiberius Claudius Secundus et Tiberius Claudius Secundus Philippianus, attestés par des inscriptions, ne transmirent pas non plus leur métier à leurs fils ; Secundinus, le fils du second, mourut à l’âge de neuf ans, alors qu’il était déjà chevalier ; le premier, lui aussi, s’était certainement enrichi37. Plusieurs fragments de Q. Cervidius Scaevola, de Paul et d’Ulpien figurant au Digeste envisagent que l’héritier d’un argentarius ne pratique pas ce métier, et présente cette éventualité comme une chose habituelle, qui ne créait pas de difficultés particulières38.

Seul parmi les banquiers italiens connus, L. Aufidius, trapézite à Délos avant le massacre des Italiens en 88 a.C., a peut-être transmis son métier à son fils L. Aufidius Bassus. En tout cas, Bassus a continué à prêter de l’argent comme son père (il était créancier de la cité de Ténos) ; était-il trapézite comme son père ? Ce n’est pas certain. S’il ne l’était pas, son cas serait comparable à celui de Titus Flavius Sabinus : fidèle à l’activité financière, il ne l’aurait pas exercée sous la même forme que son père39.

D’autre part, certaines inscriptions impliquent que le métier de banquier ait été transmis du patron à son affranchi, et l’affranchi Tiberius Claudius Priscus Secundianus, attesté par une inscription funéraire, a sans doute succédé, en tant qu’encaisseur à l’un des deux encaisseurs homonymes ci-dessus nommés40. L’ancien banquier vendait-il la boutique à son successeur, s’il en était propriétaire ? La lui léguait-il ? Le successeur était-il locataire de l’héritier ? Nous n’en savons malheureusement rien.

Cet usage, très répandu semble-t-il, de ne pas transmettre le métier à son fils, même quand on en a un, n’est évidemment pas limité aux banquiers et aux encaisseurs ; on le constate dans beaucoup de métiers urbains de l’artisanat et du commerce, souvent pratiqués à ces époques par des affranchis.

Quand on passe aux financiers de l’aristocratie ou proches de l’aristocratie, on se trouve, mutatis mutandis, devant une situation un peu analogue. L’activité est parfois transmise au fils, mais nous n’avons jamais d’indices de transmission aux générations suivantes. Le prêt d’argent ou les autres activités financières, si elles sont poursuivies, ne le sont que sur une échelle réduite, à titre de source de revenus secondaire, et non pas comme véritable spécialité.

Bornons-nous à deux ou trois exemples de transmission de père en fils, et à quelques exemples dans lesquels il n’y a visiblement pas eu transmission. Nous avons déjà parlé du grand-père et du père de Vespasien ; des remarques identiques vaudraient pour Auguste, si l’on admettait que son père et ses deux grands-pères ont eu des activités financières, – ce dont Suétone doutait fortement41. J’exclus que son père ait été argentarius et que son grand-père ait été à la fois chevalier et argentarius (mais d’autres activités sont envisageables, telles que celles de fenerator ou de divisor). Quant à Caius Rabirius Postumus, il a eu de gros intérêts dans les fermes publiques comme son père par le sang Caius Curtius42.

À part des cas comme ceux des Oppii ou des Curtii Postumi (cas dont j’ai déjà parlé, et dans lesquels le lien de parenté, incontestable, n’est pas précisément connu), la liste, pour les financiers de l’aristocratie romaine, ou proches de cette aristocratie, s’arrête là. Beaucoup d’aristocrates romains prêtent ou empruntent de l’argent, mais l’activité financière plus spécialisée apparaît comme un choix individuel que nous ne voyons pas réapparaître dans le même lignage de génération en génération. Dans la plupart des cas, nous sommes confrontés à des noms isolés, tels que ceux de Sempronius Rufus, Vettienus, Axius, Selicius et Considius. L’incontestable pauvreté de la documentation est certes en cause, mais elle n’explique pas tout, – d’autant que, grâce à l’œuvre de Cicéron, nous connaissons les noms de vingt-cinq sénateurs qui prêtaient de l’argent au milieu du Ier siècle a.C., ce qui n’est pas négligeable, et nous possédons sur certains d’entre eux bon nombre de détails43. L’activité financière n’est liée ni à un patrimoine immobilier ni à des traditions ancestrales ; elle résulte parfois de l’occasion44, d’autres fois du goût individuel ; en général, elle révèle évidemment un désir d’accroître soit sa richesse en monnaie, soit l’ensemble de sa fortune.

Atticus, certes, n’était pas étranger aux affaires, et il s’est chargé de celles de plusieurs Sénateurs et chevaliers, comme le remarque Cornélius Népos lui-même45. Mais, même si Cornélius Népos garde pudiquement le silence sur telle ou telle de ses activités (ce n’est pas certain du tout), il est évident qu’il n’a pas pris la suite de Quintus Caecilius comme prêteur d’argent lorsqu’il a hérité de sa fortune et de son nom ; Cornélius Népos insiste d’autre part sur le fait qu’il n’a jamais été ni publicain, ni même caution dans une adjudication publique46. Un siècle après sa mort, Caecilius demeurait célèbre pour son âpreté et l’importance de son activité financière ; c’était un des grands feneratores du monde aristocratique. À sa mort, son patrimoine passa pour les trois quarts à Atticus, le fils de sa sœur et son fils adoptif ; mais son “entreprise” financière disparut. Telle est l’une des distances qui séparent la finance privée romaine des compagnies médiévales italiennes de marchands-banquiers.

Un peu plus de continuité s’observe, au IIe siècle a.C. et dans la première moitié du Ier siècle a.C., dans certaines familles d’hommes d’affaires italiens résidant dans les provinces, surtout grecques. Les membres de ces familles menaient de front diverses affaires, souvent commerciales, et certaines d’entre elles paraissent avoir ajouté à ces affaires des opérations financières, – mais qui nous sont très mal connues. Il faut se reporter par exemple aux intéressantes études que E. Rawson et M. Torelli ont consacrées aux Cossutii47.

Ces lignées d’hommes d’affaires des provinces, parfois riches ou très riches, ne peuvent pourtant être confondues avec les dynasties sénatoriales, même si ces dernières commercialisaient les produits de leurs terres, et même si elles avaient des intérêts dans le commerce, par exemple par le truchement des intermédiaires de crédit.

Est-il fréquent que des parents et alliés proches et attestés comme tels se concertent en matière financière, s’accordent des avantages, se prêtent main forte en cas de difficulté, élaborent ensemble de véritables stratégies ? Cela se produit, mais non pas très fréquemment, si l’on considère le nombre des cas où cela paraît ne pas s’être produit, et le nombre de ceux où la concertation et la solidarité se manifestent entre des hommes qui n’étaient ni parents ni alliés.

Pour une époque un peu postérieure, tout le monde connaît l’exemple de Pline le Jeune, qui puise dans le coffre-fort de sa belle-mère “comme si c’était le sien”. Ph. Moreau remarque très justement que cette solidarité financière est d’autant plus frappante que cette belle-mère, Pompeia Celerina, était la mère de la deuxième épouse de Pline, décédée au moment où la lettre a été écrite. Pline s’est remarié avec Calpurnia, mais le lien d’alliance, d’adfinitas, avec Pompeia Celerina subsiste, et il continue à l’appeler socrus48.

À l’époque cicéronienne, nous avons un autre bel exemple de solidarité de la parenté en matière financière. C’est celui de P. Varius et de A. Caninius Satyrus (dont le surnom n’est d’ailleurs pas sûr). Devant de grosses sommes d’argent à Quintus Caecilius, ainsi qu’à Lucullus, à P. Scipion et à d’autres créanciers (j’ai expliqué plus haut que probablement, dans cette affaire de prêt, Caecilius avait à la fois joué le rôle de fenerator et celui d’intermédiaire de crédit), Varius a cédé des biens à son frater A. Caninius Satyrus, pour éviter que ces biens soient vendus au profit des créanciers. Caecilius et les autres créanciers décident d’intenter une action contre Caninius. Cette solidarité financière dont témoigne l’attitude des deux fratres (deux demi-frères utérins ? ou deux frères dont l’un avait été adopté ?) contraste avec la conduite de Cicéron : pressé par Caecilius de l’assister dans le procès, Cicéron refuse, parce qu’il a de très bonnes relations avec Caninius, et que Caninius peut l’aider dans sa campagne électorale (nous sommes en 65 a.C.). Adfinis de Caecilius, et ami intime de son neveu Atticus, Cicéron est d’autant plus gêné de ce refus que Caecilius, mécontent, rompt avec lui toute relation. Cicéron essaie de se faire pardonner par le truchement d’Atticus ; mais sa décision est prise, il n’est pas question qu’il en change49. Face aux liens de la parenté, de l’alliance et de l’amitié, l’individu a une très large possibilité de choix, en fonction de son intérêt et éventuellement de son éthique.

Un siècle plus tard, le futur Empereur Vespasien, alors qu’il revenait d’Afrique où il avait été proconsul sans s’y enrichir, avait des difficultés financières. Il emprunta de l’argent à son frère aîné Sabinus en donnant en garantie tous ses biens fonciers (omnia praedia) ; c’est à ce moment-là qu’il s’abaissa au métier de maquignon pour soutenir son rang, et qu’il reçut le surnom de “muletier” ; sans doute le Sénateur consulaire Vespasien avait-il conclu avec des commerçants en mules un contrat de société en commandite50. Le patrimoine des frères Flavii n’était pas énorme par rapport à certaines autres fortunes sénatoriales ; mais on voit que chacun des deux gérait son patrimoine à sa convenance personnelle (ce qui n’est pas étonnant, et correspond à l’usage amplement attesté par ailleurs) et qu’à l’époque du proconsulat d’Afrique, sous le règne de Néron, celui du frère aîné était beaucoup plus assuré que celui de Vespasien. Par ailleurs, la méfiance dont témoigna Sabinus à l’égard de Vespasien n’a d’égale que l’esprit de solidarité dont il fit preuve : il lui prêta de l’argent, certes, et lui permit ainsi de tenir son rang, mais en acceptant en garantie l’ensemble de ses terres !

La correspondance de Cicéron permet de connaître assez bien les rapports qu’il entretenait avec son frère cadet, soit par les lettres qu’il lui écrivait, soit par les remarques que les lettres à Atticus, en particulier, contiennent sur Quintus. Y sont abordés, on le sait, tant les problèmes politiques que les questions patrimoniales, financières, conjugales. J’en tire la conviction que l’activité financière proprement dite était de celles où les deux frères réservaient la plus grande place aux choix individuels. En matière politique, Cicéron fait des choix au nom de son frère comme au sien, et il donne à Quintus de véritables ordres, – très mécontent s’ils ne sont pas suivis. E. Fallu a bien montré les arrière-plans politiques de la lettre a Quintus sur le gouvernement de la province d’Asie, écrite en 59 a.C.51. L’année suivante, alors que Cicéron est en exil et que Quintus revient d’Asie où il a été trois ans propréteur, Cicéron, considérant l’intérêt de l’un et de l’autre, décide de ne pas se porter à sa rencontre, et lui demande de ne pas chercher à le voir ; Quintus se soumet52. En matière patrimoniale, il le laisse décider beaucoup plus librement, mais intervient volontiers, l’aide de ses conseils, se rend dans ses villas lorsqu’en l’absence de son frère des travaux y ont lieu, prend des décisions relatives à leur décoration, avance de l’argent aux entrepreneurs53. Quintus lui fait tellement confiance en matière de construction qu’ayant donné des ordres aux entrepreneurs, il permet à Marcus de faire tout détruire en son absence si le résultat ne lui parait pas bon54 ! Quant aux difficultés conjugales (Quintus et sa femme Pomponia entretiennent de très mauvais rapports), Cicéron intervient aussi assez pesamment55. En matière proprement financière, dans les questions de prêt, d’emprunt et de dettes, la discrétion règne bien davantage, et la règle paraît être que les affaires des deux frères soient le plus distinctes possible. C’est certainement l’intérêt bien compris de l’un et de l’autre, car, à la différence de Sabinus et de Vespasien, il arrive souvent qu’ils se heurtent contemporainement aux mêmes difficultés financières : l’exil de Cicéron, puis la guerre civile ont des effets néfastes pour Quintus aussi bien que pour son frère aîné. L’un et l’autre sont souvent endettés. Leur usage parait être que dans les questions financières chacun se débrouille comme il l’entend, et emprunte de préférence à d’autres qu’a son frère ; l’équilibre des comptes est dans la mesure du possible scrupuleusement respecté. Certes, Cicéron a touché et dépensé l’indemnité de gouvernement de Quintus, mais ce n’est visiblement pas une chose normale, et il insiste sur le fait qu’il a réglé à M. Antonius et à Caepio des sommes que leur devait Quintus56. Au moment de l’exil de Marcus, Quintus collecte de l’argent à son intention, et lui en donne ; mais son frère, par la suite, tient à lui rembourser cet argent, – dans la mesure de ses moyens, écrit-il à Atticus, et grâce à l’aide de ses amis57. Il arrive à Cicéron de faire allusion aux dettes de son frère, soit en lui écrivant, soit en écrivant à Atticus ; quand il écrit à Atticus, il se plaint de la prodigalité de Quintus, au point de se demander où ses dépenses inconsidérées vont le mener58. Mais “après tout, c’est son affaire59 !” Cicéron est évidemment très conscient des avantages financiers que peut comporter la présence de Quintus en Gaule, auprès de César ; mais on ne peut pas dire que son frère et lui élaborent jamais une véritable stratégie financière. En 49 a.C., Quintus devait de l’argent à Atticus, qui cherchait à se faire rembourser. Cicéron explique à Atticus qu’il doit avoir de la patience : en ce moment de crise, les paiements ne se font plus ; Quintus Cicéron n’a pas d’argent chez lui ; il n’a pas pu faire un emprunt pour s’acquitter de sa dette envers Atticus. Il semble par exemple avoir demandé à Q. Titinius, un Sénateur. Mais ce Titinius n’a pas même d’argent liquide pour ses propres dépenses, et il n’ose pas imposer à ses débiteurs un taux d’intérêt plus fort. Enfin, Quintus n’a rien pu obtenir de L. Egnatius Rufus, par l’intermédiaire duquel il plaçait son argent60. Il n’est jamais question que Cicéron lui-même règle cette dette, ni qu’il cherche à Quintus un autre créancier.

Ce que je dis de Cicéron vaut aussi pour Atticus : Quintus est un plus proche allié d’Atticus que Cicéron, puisqu’il a épousé la sœur d’Atticus ; mais Atticus entretenait avec Cicéron des relations d’amitié beaucoup plus étroites qu’avec Quintus ; d’ailleurs, c’est l’amitié de Cicéron et d’Atticus qui était à l’origine du mariage de Quintus, et non pas l’inverse61. Cornelius Népos remarque, à ce propos, que dans l’amitié les ressemblances de caractères sont plus importantes que l’existence d’une alliance. La force de leur amitié retentit sur le plan financier, et Cicéron fait plus souvent appel à Atticus que Quintus.

Dans les Philippiques, Cicéron raconte comment Caius Scribonius Curio (le fils) se porta garant des dettes de Marc Antoine, qui s’élevaient à 6 000 000 sesterces, et comment le père Curion dut ensuite “employer les ressources de son patrimoine” (rei familiaris facultatibus) à payer cette très lourde obligation contractée par son fils62. Encore un cas ou la solidarité financière intervient entre amis, et non point entre parents ou alliés ; mais quels amis, faut-il dire, – si du moins l’on accorde foi à l’évocation que Cicéron présente de leurs amours excentriques et dépensières !

En sens inverse, il faut citer un passage relatif à Clodia. Elle a prêté de l’or à M. Caelius Rufus, qui est soupçonné de l’avoir emprunté pour soudoyer des assassins, avec l’objectif de tuer Dion d’Alexandrie. Dans la logique de sa plaidoirie, Cicéron exploite les différences que l’opinion courante établit entre un homme et une femme. Insistant sur le fait qu’il s’agissait d’un prêt à usage, sans convention d’intérêts, il tend à minimiser les torts de Caelius63. À l’inverse, il reproche vivement à Clodia sa manière de vivre, et va jusqu’à prononcer une prosopopée de son ancêtre Appius Claudius l’Aveugle ; ce dernier revient des Enfers pour blâmer Clodia d’avoir entretenu avec Caelius Rufus, un étranger à la famille, une intimité telle qu’elle ait été amenée à lui prêter de l’or64 : Caelius serait-il par hasard un de ses parents, un de ses alliés, un des amis de son mari ? Point du tout. Quelle honte65. On sent bien qu’une aussi emphatique prosopopée ne serait pas possible s’il s’agissait d’un homme et non d’une femme ; mais il vaut d’être noté que Cicéron la présente avec ironie, se piquant de parler severe et graviter et prisce, “à l’antique”, et se proposant d’évoquer des Enfers l’un de ces ancêtres barbus qui avaient appartenu à la gens Claudia. L’évolution des mœurs est donc sensible. Il faut en outre admettre qu’il y a eu, comme l’écrit Ph. Moreau, un affaiblissement du groupe de filiation patrilinéaire. Cet affaiblissement retentit sur le domaine financier. Mais en même temps le domaine financier paraît être un de ceux où l’initiative individuelle se donne le plus libre cours.

S’il en est ainsi, c’est en particulier parce qu’en matière financière il n’existe pas de modèles ancestraux. L’activité financière est relativement récente ; de plus, elle suscite une forte méfiance ; le seul enseignement traditionnel à son propos, c’est qu’il vaut mieux ne pas s’y consacrer. En un tel domaine, l’individu ne peut donc pas “s’inscrire […] dans une continuité de comportement, de renommée, de traditions”, pour employer des expressions de M. Dondin-Payre.

Les prêteurs d’argent accordaient-ils à leur parents et alliés des conditions privilégiées et des facilités de remboursement ? En 62 a.C., Cicéron a acheté une superbe maison urbaine sise sur le Palatin, qui appartenait précédemment à Crassus. Elle coûtait 3 500 000 sesterces. Il lui faut trouver de l’argent. Il écrit alors à Atticus, le 1er janvier 61, qu’il faut avoir recours à Selicius, à Considius ou à Axius, mais non à Caecilius, l’oncle d’Atticus, qui ne prêtait pas à moins de 12 % par an, même à ses proches, bien que le taux d’intérêt habituel, à Rome, fût alors inférieur66. C’est le mot propinquus qu’emploie Cicéron ; de quels proches s’agit-il ? Ph. Moreau me dit que ce mot désigne indifféremment des parents ou des amis, à peu près comme necessarius. Quand l’auteur tient à ne lui faire désigner que des parents, il spécifie son sens dans le contexte.

Ainsi, dans le De Amicitia, voulant distinguer l’amitié de la parenté, Cicéron oppose les propinqui aux alieni, à ceux qui sont étrangers à la parenté, et il ajoute que c’est la nature qui a créé des liens entre les propinqui67. Le contexte indique explicitement le sens du mot. Ce n’est pas le cas dans le passage relatif au fenerator Caecilius ; il faut en déduire qu’ici propinqui désigne les proches, à la fois parents et amis. Cicéron s’attendrait à ce que Caecilius accordât des conditions avantageuses, non point aux seuls parents, mais aux parents et amis. Cette phrase confirme tout ce que j’ai déjà dit au cours de cette communication. Les liens de parenté ne sont certes pas négligeables ; mais en matière financière (et plus largement, je pense, économique), ils ne sont pas plus étroits que d’autres liens, d’amitié, d’amour, de relations sociales et politiques. Et cela même s’il s’agit de parents proches. À un certain moment, Cicéron ne prétendait-il pas aimer César presque autant que son frère et leurs deux fils68 ? Compte tenu des circonstances et des contraintes de la spécialisation (les feneratores capables de prêter trois millions de sesterces ne couraient pas les rues), les relations financières se nouent de préférence à l’intérieur d’un entourage de parents, d’alliés et d’amis, et, à cette époque, la parenté ne parvient ni à modeler les structures de l’entreprise (au sens le plus large du mot) ni à primer nettement sur les autres espèces de relations.

Notes

  1. Veyne 1979b, 266, n. 22.
  2. Voir par exemple Andreau 1979 ; 1982a ; 1985c.
  3. Renouard 1968, 86-87 ; voir aussi 153-154, etc.
  4. L’idée que les cités italiennes du Moyen Âge traitent davantage leurs ressortissants en tant que producteurs est issue de Max Weber ; elle peut certes être discutée, mais ce n’est pas ici mon propos.
  5. J’entends par famille un groupe plus restreint, qui se définit par la parenté, par la résidence commune, par la production et la consommation en commun.
  6. Voir Badian 1972 ; Nicolet 1977, 260-269 ; et Nicolet 1979, 69-95. Dans cet article, Nicolet distingue deux sortes de sociétés de publicains, les unes très petites, et très peu différentes d’adjudicataires individuels, les autres importantes, et jouissant de la personnalité juridique (74-82).
  7. Cic., Verr., 1.130-154 ; et Nicolet 1974, 330 et 916-918.
  8. Cic., Planc., 24.
  9. Cic., Rab. Post., 2.4.
  10. Cic., Parad., 6.46. Suivant Plutarque, Shatzman 1975, 78 et 377, insiste sur le caractère politique des prêts de Crassus et note qu’en ce cas, il n’exigeait pas d’intérêts. On comprend que Crassus n’ait pas encaissé d’intérêts quand il escomptait une contrepartie politique de son prêt ; l’intérêt était alors politique. Mais les opérations auxquelles Cicéron fait allusion, et que Crassus entreprenait par l’intermédiaire de dépendants, en tant que commanditaire, avaient le profit pour objectif ; quand il s’agissait de prêts, elles comportaient des intérêts, de la même façon que le prêt de Brutus aux Salaminiens de Chypre (voir Shatzman 1975, 78 et 377).
  11. Cic., Fam., 13.69. Sur l’identification de Mithres comme affranchi de C. Rabirius Postumus, voir Shackleton Bailey 1977, 450, et les références bibliographiques qu’il mentionne.
  12. Cic., Verr., 1.100. Un exemple de petite société à vocation agricole et commerciale : celle dont il est question dans le Pro Quinctio ; Sex. Naevius a épousé la cousine germaine de son associé C. Quinctius ; il est donc son adfinis (Voir en particulier Cic., Quinct., 4.16).
  13. Andreau 1983.
  14. Quintus Caecilius, oncle d’Atticus et grand fenerator, était aussi un intermédiaire de crédit, me semble-t-il, et il avait en particulier placé l’argent de Lucullus, grâce auquel il avait pu devenir chevalier, selon Valère-Maxime (7.8.5). Ainsi s’explique qu’en 65 a.C., Caecilius se trouve créancier de P. Varius en même temps que Lucullus, que Scipion Nasica (le futur consul de 52 a.C.) et qu’un certain L. Pontius (Cic., Att., 1.1.3).
  15. Pour apprécier les différences, il est bon de comparer la liste que je présente à celle que fournit David 1990 quant aux frères et cousins agnatiques participant ensemble à une même accusation ! “La valeur contraignante des liens entre membres mâles d’un même noyau familial” s’impose en justice, elle ne s’impose pas dans l’entreprise financière.
  16. Cic., Flac., 19.46 à 21.50. Avant d’emprunter aux Fufii, Héraclide avait emprunté à Sex. Stloga, peut-être un chevalier lui aussi, sur la caution de P. Fulvius Neratius. Dans le prêt des Fufii, Hermippus lui servit de caution ; Hermippus était le concitoyen d’Héraclide, mais non pas son parent ; Cicéron, qui insiste sur la scélératesse d’Héraclide à son endroit, ne manquerait pas de signaler un lien de parenté s’il en existait un.
  17. Cic., Att., 7.13.5 ; 7.13A.1 ; 8.7.3 ; 10.4.12 ; 10.7.3. et Cic., Verr., 1.102 ; on ignore s’il existait un lien de parenté entre Cn. et Q. Curtii Postumi et C. Curtius, père par le sang de C. Rabirius Postumus.
  18. CIL, X, 1613 et 1797.
  19. Cic., Att., 1.3.3 ; 1.11.1 ; 11.11.2 ; 11.17.1 ; 11.20.2 ; Fam., 14.4.6 et 14.11 ; QFr., 3.4.2-3 et 3.5.1 ; Div., 1.28.59. Les Sallustii ont parfois été considérés comme des argentarii, des banquiers de métier, mais à tort ; voir en particulier Früchtl 1912, 21.
  20. Je rejoins donc ici P. Moreau qui, étudiant les patrimoines et successions dans le Pro Cluentio, observe l’affaiblissement du “groupe de filiation unilinéaire, la gens. En matière successorale, cet affaiblissement se fait au profit de l’ensemble des parents et alliés. J. Crook insiste sur le fait que cette importance sociale du caractère bilatéral de la parenté remonte chronologiquement très haut ; Y. Thomas est beaucoup plus réservé. En ce qui concerne l’activité financière, il faut ajouter les amis et relations, qui ne sont ni parents ni alliés. Cn. Fannius et Q. Titinius, celui-ci Sénateur, celui-là chevalier, sont qualifiés de frères par Cicéron (étaient-ce des demi-frères utérins, ou deux frères dont l’un a été adopté ?). Rien n’indique qu’ils aient été associés en affaires. On dit souvent que tous deux prêtaient de l’argent, mais ce n’est pas sûr, car si Cn. Fannius a versé de l’argent à Verres, on ignore si c’était ou non à titre de prêt. Q. Titinius, lui, était un fenerator. L’affaire qu’il conclut en 60 a.C. avec l’un des frères Cicéron était plutôt un achat qu’un prêt : Cicéron n’est pas content de la marchandise reçue, et se demande s’il faut la rendre ou la payer. Mais en 49 a.C. il est question que Quintus Cicéron emprunte de l’argent à Q. Titinius, qui a un certain nombre de debitores, et pratique le fenus (Att., 7.18.4). Le Q. Titinius de 49 a.C. est un prêteur d’argent ; faut-il le confondre avec celui de 60 a.C. ? Probablement. Voir Shackleton Bailey 1965, 206-209 et 358-359 ; Nicolet 1974, 872-874, n° 140, et 1039-1040, n° 345 ; Shatzman 1975, 402-403, n° 208.
  21. Dig., 2.14.25 pr. (Paul.) ; 2.14.27 pr. (Paul.) ; 4.8.34 (Paul.) ; 17.2.52.5 (Ulp.) ; et 2.14.9 pr. (Paul.) ; voir aussi Rhet. Her. 2.13.19.
  22. Voir Andreau 1985c, 390-393.
  23. Andreau 1985c, 395.
  24. D’Arms 1972b, 207-216 ; et 1981, 48-71.
  25. Voir D’Arms 1981, 69-71. Dans les Verrines, Cicéron parle des associés des commerçants de Pouzzoles, de leurs affranchis et de leurs anciens compagnons d’esclavage (Verr., 5.154 : partim socios suos, partim libertos, partim conlibertos…). En ce cas, les associés ne sont donc pas présentés comme des affranchis, mais nulle part il n’est dit que ce soient des parents ou alliés. Si c’était le cas, Cicéron, dans son désir d’émouvoir, n’aurait pas manqué de le dire. Une phrase générale comme celle-ci, qui concerne de vrais commerçants, et non des Sénateurs ayant des intérêts dans le commerce, et qui confirme l’importance commerciale des affranchis (liberti, colliberti) a plus de poids à mes yeux que des rapprochements onomastiques incertains.
  26. Sur ce Q. Volusius, voir Nicolet 1974, 1084-1085 ; et Fallu 1973, 217-223.
  27. Cic., Fam., 16.12.6 ; Val. Max. 7.3.8 ; et App., BC,4.47.
  28.  Di Porto 1984.
  29. Thomas 1982, 527-580. Aux pages 544-545, Y. Thomas me paraît cependant trop accorder aux thèses et aux prétendues démonstrations de J. H. D’Arms.
  30. Thomas 1982, 546.
  31. Chastagnol 1981. À ce propos, il faudrait étudier en détail les inscriptions des amphores du Testaccio ; voir Rodríguez Almeida 1984, surtout 207-233.
  32. Lévi-Strauss 1983, 1224-1225.
  33. Sur l’enrichissement et l’ascension sociale et sur les représentations auxquels ils donnaient lieu, voir Andreau 1985a.
  34. Hor., Sat., 1.6.86 ; Cic., Caec., 4.10-11 ; Suet., Vesp., 1.2.
  35. Suet., Vesp., 1.2.
  36. Suet., Vesp., 16.2 : negotiationes quoque vel privato pudendas propalam exer­cuit (…).
  37. CIL, VI, 1605, 1858-1860 ; et CIL, VI, 1936 ; sur ces cas d’enrichissement, puis d’ascension sociale, voir Andreau 1985a ; sur le chevalier Secundinus, voir Demougin 1980.
  38. Dig., 2.13.6 (Ulp.) ; 2.13.9.1 (Paul.) ; 14.3.20 (Q. Scaev.) ; 40.7.40.8 (Q. Scaev.). Ce dernier fragment me paraît très significatif : à sa mort, l’encaisseur-banquier demande à ses esclaves d’encaisser les créances encore impayées, afin de rendre des comptes à ses héritiers. Cette requête s’explique peut-être par le fait que les héritiers ne reprendront par le métier du défunt.
  39. Voir Bogaert 1968, 190 et 193-196.
  40. CIL, VI, 9187.
  41. Suet., Aug., 3.1 et 4.4 ; voir aussi Ps. Cic., Epist. ad Oct., 9.
  42. Cic., Rab. Post., 2.3-4.
  43. Shatzman 1975, 76.
  44. Voir ce qu’écrit Shatzman 1975 p. 77 et 394, de C. Publicius Malleolus, questeur en Asie en 80 a.C. ; et Cic., Verr., 1.90-91.
  45. Nep., Att., 15.3 : quo fiebat ut omnia Ciceronum, Catonis, Q. Hortensi, Auli Torquati, multorum praeterea equitum Romanorum negotia procuraret.
  46. Nep., Att., 6.3 : nullius rei neque praes neque manceps factus.
  47. Rawson 1975 ; Torelli 1980a. Ces études montrent sans aucun doute que pendant plus d’un siècle, certains Cossutii, apparentés les uns aux autres, ont continué à s’occuper, soit d’extraction et de travail des marbres, soit de sculpture. Elles ne sont pas en contradiction avec ce que j’écris ici sur l’organisation des entreprises. Car elles n’impliquent ni que ces Cossutii aient jamais formé une grande société structurée par les liens de parenté, ni qu’ils se soient abstenus d’entretenir des rapports d’affaires avec des amis et connaissances dont ils n’étaient pas parents.
  48. Plin., Ep., 3.19.8 : accipiam a socru, cuius arca non secus ac mea utor.
  49. Cic., Att., 1.1.3-4.
  50. Suet., Vesp., 4.6.
  51. Fallu 1970.
  52. Cic., Att., 3.9.1.
  53. Cic., QFr., 2.4.2 ; 2.5.3 ; 3.1.1-2 ; 3.2.3 ; 3.3.1 ; 3.4.5 ; etc.
  54. Cic., QFr., 3.7[9].7.
  55. Voir par exemple Cic., Att., 1.5.2.
  56. Cic., QFr., 1.3.7.
  57. Cic., Att., 4.3.6 ; voir Shatzman 1975, 297-298. À l’inverse, Cicéron ne paraît pas avoir rendu à Atticus les 250 000 sesterces dont Atticus lui avait fait don à cette même époque (Nep., Att., 4.4).
  58. Cic., QFr., 2.14.3 ; Att., 12.5.1.
  59. Cic., Att., 12.5.1 : sed ipse viderit.
  60. Cic., Att., 7.18.4.
  61. Nep., Att., 5.3.
  62. Cic., Phil., 2.18.45-46.
  63. Cic., Cael., 13.31 ; 14.34 ; 16.38 ; 19.44 ; etc. Aurum commodare, c’est prêter à usage ; et Ciceron s’écrie ailleurs : Nullum aes alienum (on ne peut pas dire qu’il se soit endetté, car il n’a pas emprunté à intérêt) (19.44) ; nulli sumptus, nulla jactura, nulla versura (16.38).
  64. Cic., Cael., 14.33 à 15.35.
  65. Cic., Cael., 14.34.
  66. Cic., Att., 1.21.1.
  67. Cic., Amic., 5.19. J’en profite pour remercier vivement P. Moreau de toutes les informations qu’il m’a fournies et des passionnantes conversations que nous avons eues sur la parenté.
  68. Cic., QFr., 3.1.18 (lettre écrite en septembre 54).
ISBN html : 978-2-35613-373-1
Posté le 15/02/2021
EAN html : 9782356133731
ISBN html : 978-2-35613-373-1
Publié le 15/02/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-375-5
ISBN pdf : 978-2-35613-374-8
ISSN : 2741-1818
15 p.
Code CLIL : 3385
http://dx.doi.org/10.46608/primaluna4.9782356133731.31
licence CC by SA

Comment citer

Andreau, Jean (2021) : “Article 25. Activité financière et liens de parenté en Italie romaine”, in : Andreau, Jean, éd., avec la coll. de Le Guennec, Marie-Adeline, Martin, Stéphane, Économie de la Rome antique. Histoire et historiographie. Recueil d’articles de Jean Andreau, Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 4, 2021, 363-378, [En ligne] https://una-editions.fr/activite-financiere-liens-de-parente-italie-romaine [consulté le 15 février 2021].

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