Commentant le legs de l’Empereur Auguste qui vient de mourir, Tacite décrit l’état du monde romain et l’œuvre immense accomplie par le prince défunt : mari Oceano aut amnibus longinquis saeptum imperium ; legiones, provincias, classes, cuncta inter se conexa ; “la mer océane ou des fleuves lointains servaient de barrières à l’Empire ; légions, provinces, flottes, tout était lié” (Ann., 1.9.5).

Si j’ai choisi ce passage pour titre du recueil d’articles qui forme cet ouvrage, c’est évidemment parce qu’il illustre les études que j’ai consacrées à cette période de l’histoire antique et que j’ai tâché d’ordonner pour donner une cohérence à leur lecture, tout en offrant au lecteur la possibilité de retrouver aisément une bibliographie très dispersée, parfois difficile d’accès. En apparence les sujets traités sont hétérogènes : les flottes, les légions, les frontières, des provinces aussi éloignées l’une de l’autre que la Gaule et l’Égypte, des travaux consacrés au limes mais aussi à l’agriculture… Quel est le rapport ? La réponse est dans Tacite lui-même : tout était lié, en effet, la sécurité assurée aux frontières par les légions, la fidélité et la prospérité des provinces, la paix civile et l’opulence d’un empire centré autour d’une mer intérieure sur lesquelles les flottes militaires assuraient la continuité du pouvoir et les communications d’une rive à l’autre. La cohésion d’un monde multiforme qui ne formait pas un État, au sens moderne du terme, mais dont l’unité et la stabilité reposaient sur la fidélité à Rome et à Auguste, dépendait en effet de la force armée et de ce qu’on appelle aujourd’hui d’un mot anglais à la mode, “connectivity”, pour désigner les relations d’interdépendance entre les différentes régions de cet ensemble politique, économique, religieux, culturel très complexe qu’était l’Empire romain1.

On trouvera réunis dans ces pages quarante-deux articles, écrits à des moments très différents et qui ont assez souvent accompagné la rédaction de monographies plus substantielles, consacrées à des recherches de terrain comme celles de Douch (oasis de Khargeh), du désert oriental d’Égypte, d’Alésia, d’Oedenburg, ou à de grands programmes de synthèse comme celui que j’ai dirigé sur les campagnes du nord-est de la Gaule (“Rurland”). Ils sont réédités sous une forme nouvelle, parfois mis à jour ou commentés, en fonction de ce qui a paru ponctuellement nécessaire pour leur conserver, au moins pour un moment encore, leur actualité scientifique. Il n’était évidemment pas possible de tout republier et j’ai dû faire des choix, qui ont été guidés par deux soucis : redonner des textes qui s’inscrivent encore dans l’état actuel de la recherche et les réunir au sein de dossiers thématiques qui soulignent leur complémentarité. J’espère de la sorte faciliter leur lecture et leur donner une unité que leur publication progressive et leur dispersion dans des supports multiples ne favorise pas, tout en saisissant l’occasion de les remettre à jour et de préciser ce que j’en pense aujourd’hui. Je remercie bien vivement UN@ Éditions de m’en offrir la possibilité2

Notes

  1. Sur cette notion, P. Horden, N. Purcell, The corrupting sea : a study of Mediterranean history, Oxford, Malden, Victoria, 2000. Le mot lui-même de “connectivity” n’a pas d’équivalent en français classique, même si l’anglicisme “connectivité” tend aujourd’hui à se développer, par une sorte de mimétisme. Pour une longue discussion sur l’ouvrage de Horden et Purcell, les concepts souvent stimulants, les approches novatrices que ce livre introduit, mais aussi ses limites, on peut voir, outre les différents comptes rendus de l’ouvrage, la somme des contributions éditées par W.V. Harris, Rethinking the Mediterranean, Oxford University Press, New York, 2005. On doit néanmoins remarquer que les fondements mêmes de la cohésion de l’Empire romain, seul moment de l’histoire pendant lequel tous les pays qui entourent la Méditerranée ont été associés sous un pouvoir unique, ne sont jamais abordés de manière spécifique dans ces travaux, car ce n’est pas leur propos.
  2. Les textes republiés ici sont tous écrits en français, même quand ils ont été initialement édités dans une langue étrangère. Leurs illustrations ont parfois été modifiées, notamment pour éviter des redondances inutiles d’un article à l’autre. Les renvois internes sont assurés par une référence au numéro de l’article au sein de ce recueil (n°X). La bibliographie a été mise à jour et les adjonctions sont appelées dans les textes proprement dits par des astérisques  … Pour harmoniser la présentation, les références bibliographiques ont toutes été renvoyées dans les notes infrapaginales, même lorsqu’elles figuraient initialement dans le corps du texte.
Posté le 23/12/2022
EAN html : 9782356134899
ISBN html : 978-2-35613-489-9
Publié le 23/12/2022
ISBN pdf : 978-2-35613-490-5
ISSN : 2827-1912
2 p.
Code CLIL : 4117; 3385
10.46608/basic3.9782356134899.1
licence CC by SA

Comment citer

Reddé, Michel, “Avant-propos”, in : Reddé, Michel, Legiones, provincias, classes… Morceaux choisis, Pessac, Ausonius éditions, collection B@sic 3, 2022, 9-10, [en ligne] https://una-editions.fr/avant-propos-recueil-michel-redde [consulté le 21/11/2022].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Première• La porte nord du camp C d'Alésia, sur la montagne de Bussy en 1994 (fouille Ph. Barral / J. Bénard) (cliché R. Goguey) ;
Quatrième• Le site de Douch, dans l'oasis de Khargeh (Égypte) (cliché M. Reddé, 2012)
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