UN@ est une plateforme d'édition de livres numériques pour les presses universitaires de Nouvelle-Aquitaine

Des espaces alimentaires

Des espaces alimentaires

Les espaces transfrontaliers sont-ils des territoires d’avenir pour l’alimentation ? Telle est la question qui sous-tendra mon propos.

Le secteur agro-alimentaire se trouve confronté à un immense défi, celui de nourrir une population mondiale qui pourrait dépasser les 9 milliards d’individus à l’horizon 2050 dans le contexte de la détérioration des écosystèmes et du climat, d’une baisse de la croissance des rendements1, d’inquiétude sur l’accès pour tous à l’alimentation et de volatilité des prix agricoles sur les marchés. Pour affronter ces défis, il faudrait imaginer un droit permettant de mettre en corrélation les ressources naturelles et la satisfaction des besoins vitaux des populations. À cet égard, nous avons besoin d’un droit qui permette aux agriculteurs de s’organiser à l’échelle territoriale la plus pertinente, favorisant la relocalisation des systèmes alimentaires.

La relocalisation des systèmes alimentaires, s’inscrit dans une volonté d’améliorer la sécurité alimentaire, l’autonomie des systèmes alimentaires et de rétablir les liens entre territoire, agriculture et alimentation. Elle consiste à réorganiser le système alimentaire dans son ensemble, en encourageant « l’ancrage territorial de la production, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles, y compris par la promotion de circuits courts »2.

Aussi est-il essentiel de cerner les besoins d’une population et d’y répondre par une production et une transformation locale, à partir de fermes et d’entreprises d’un territoire fonctionnant en réseaux. Cela nécessite de définir un territoire alimentaire cohérent, capable de restructurer le système alimentaire de la production à la consommation. Or, le contexte de mondialisation des échanges qui pousse les acteurs qui dominent le monde agroalimentaire à mettre les bassins de production en compétition notamment dans les espaces transfrontaliers, invite à réfléchir à la relocalisation des systèmes alimentaires sur ces mêmes espaces. En effet, les frontières provoquent une rupture dans la gestion des ressources et des espaces naturels communs, alors que les enjeux du secteur agro-alimentaire sont les mêmes des deux côtés, s’appuyant sur les mêmes impératifs et directives européennes. Dès lors, un territoire écosystémique (comme un bassin-versant, par exemple) semble souvent plus pertinent qu’un territoire administratif pour structurer des circuits de proximité adaptés aux réalités locales.

Pourvus de nombreuses ressources, les territoires transfrontaliers semblent offrir de nombreuses opportunités alimentaires, tant pour l’approvisionnement en matières premières que pour le développement des filières et des savoir-faire locaux et être ainsi un moyen pour l’homme de se nourrir de manière suffisante, dans des conditions décentes. Des pratiques historiques révèlent d’ailleurs le potentiel des espaces transfrontaliers comme espaces alimentaires fonctionnels. Les Pyrénées n’ont par exemple jamais constitué une réelle barrière et les contacts inter-valléens ont toujours eu lieu. Les bergers concluaient avec leurs voisins frontaliers des traités de lies et de passeries3, c’est-à-dire des conventions de pâturages qui permettaient de réguler l’usage des ressources du massif (fougères, eaux, pierres à chaux, etc.) et incluaient des clauses garantissant la liberté de commerce entre vallées, y compris en temps de guerre entre la France et l’Espagne4. D’autres traités incluaient des échanges de semences ou de variétés locales.

Le caractère alimentaire de ces espaces s’observe aussi par les flux des consommateurs qui traversent les frontières pour leurs achats alimentaires (disponibilité d’aliments spécifiques, prix des produits, circuits parfois plus proches de l’autre côté de la frontière) et investissent le transfrontalier comme un phénomène naturel, sans penser coopération. Ces pratiques créent un décalage entre les territoires institutionnels classiques et les territoires fonctionnels apparus sous l’effet des flux transfrontaliers. Aussi, incitent-elles les États ou collectivités voisines à développer des formes de coopération plus formelles, faisant passer les espaces transfrontaliers au rang de territoire. Néanmoins, l’absence de véritable politique publique de coopération transfrontalière en matière agro-alimentaire interroge la capacité de ces espaces à devenir des territoires alimentaires fonctionnels.

Pour évaluer le potentiel de ces espaces, l’analyse s’appuie sur des expériences existantes, porteuses de pratiques intéressantes à développer dans une perspective de relocalisation des systèmes alimentaires à l’échelle transfrontalière. Elles témoignent non seulement du dynamisme des espaces transfrontaliers comme espaces alimentaires (§ Le dynamisme des espaces transfrontaliers comme espaces alimentaires) mais aussi des défis auxquels ils se confrontent pour devenir de véritables territoires alimentaires (§ L’émergence de territoires alimentaires transfrontaliers face à de nombreux défis).

Le dynamisme des espaces transfrontaliers comme espaces alimentaires

Ce dynamisme se manifeste à travers des initiatives institutionnelles croissantes (a) et des pratiques concrètes dont s’emparent les acteurs de terrain (b).

Des initiatives institutionnelles révélant le potentiel alimentaire des territoires transfrontaliers

Des initiatives fondées sur le programme européen Interreg5. La coopération transfrontalière en matière alimentaire suscite un intérêt croissant de la part des pouvoirs publics, qui s’appuient sur le programme européen Interreg pour financer des initiatives de coopération territoriales. Grâce au soutien du Fonds Européen de Développement Régional (FEDER), la Commission Européenne finance une partie des projets transfrontaliers, tandis que les partenaires régionaux assurent le cofinancement restant. Ce programme favorise l’établissement de coopérations durables et encourage la création de territoires alimentaires transfrontaliers.

Plusieurs projets soutenus par Interreg visent ainsi la relocalisation des systèmes alimentaires. Le projet franco-belge Ad-In (2022-2025) cherche par exemple à rendre l’alimentation durable accessible, notamment aux plus vulnérables, par le biais les circuits courts. Il complète le projet Ad-T (2016-2022) qui a déjà structuré un réseau d’acteurs agroalimentaires sur ce même espace. Le projet Frugal, achevé aujourd’hui (2020-2023) a quant à lui permis de développer une plateforme d’échanges virtuelle transfrontalière entre les partenaires de la Grande Région, afin d’optimiser la collecte, la transformation et la valorisation des surplus alimentaires, ainsi que leur redistribution aux plus nécessiteux. La multiplication des appels à projets soutenus par Interreg dans le domaine de l’alimentation, qu’ils visent à développer des systèmes alimentaires équitables, sains et respectueux de l’environnement, ou à renforcer les filières agricoles et promouvoir une agriculture locale, pérenne et diversifiée, témoigne également de la volonté d’organiser sur des espaces transfrontaliers des systèmes alimentaires de proximité accessibles.

Des structures de coopération locales. Au niveau infra-étatique, la collaboration entre acteurs publics et privés reflète leurs intérêts pour la relocalisation des systèmes alimentaires en zones transfrontalières. Le Pays basque, regroupant sept provinces de part et d’autre de la frontière franco-espagnole en est une illustration. Situé au carrefour de l’axe Atlantique et Pyrénéen, il dispose d’un important potentiel agro-alimentaire grâce à ses ressources naturelles, ses savoir-faire locaux et son industrie diversifiée. Si l’attente de coopération transfrontalière se ressent depuis longtemps, l’absence d’institutions au Pays basque nord freinait son développement. Il a fallu attendre la création de l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine Euskadi Navarre (2011) et de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque (CAPB) (2017) pour ouvrir de nouvelles perspectives politiques, et donc juridiques, à la coopération transfrontalière. En effet, ces institutions facilitent le dialogue entre acteurs agro-alimentaires et contribuent à la formation d’une gouvernance alimentaire transfrontalière. L’Eurorégion offre par exemple un cadre pour développer une coopération territoriale transversale et globale dans une perspective européenne de relocalisation des systèmes alimentaires. En tant que groupement européen de coopération territoriale (GECT), elle facilite les échanges malgré des régimes juridiques distincts6. Son axe stratégique 2021-2027 met l’accent sur une gouvernance multiniveaux, offrant des opportunités pour expérimenter des outils de coopération comme les contrats de bassins-versants par exemple. La CAPB soutient, elle, des filières transfrontalières pour l’approvisionnement de proximité. De son côté, le Conseil de Développement du Pays Basque (CDPB) soutient des projets transfrontaliers comme le projet Mugalur, visant à « construire un territoire de vie (trans)frontalier ».

Ces institutions collaborent avec des associations locales comme EHKOlektiboa, qui réunit des paysans du nord et du sud pour discuter de l’avenir de l’agriculture biologique locale ou encore Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) qui accompagne des filières collectives transfrontalières et favorisent les réflexions sur l’alimentation de proximité. Avec des partenaires du sud, l’association a par exemple développé un outil commun de diagnostic de durabilité des fermes. Ces collaborations publiques et privées sont essentielles pour relocaliser les systèmes agroalimentaires et participer à la création de territoires alimentaires transfrontaliers.

Des pratiques portées par des acteurs de terrain au service de la relocalisation des systèmes alimentaires

Des pratiques tirant bénéfice des complémentarités de territoires voisins. Ces complémentarités permettent à des territoires voisins de partager des ressources, des savoir-faire et de rendre l’alimentation locale plus accessible et adaptée aux besoins locaux. Au Pays-basque, la coopération transfrontalière a permis de valoriser des productions locales adaptées au territoire. Par exemple, dans le cadre de la filière Sasi Artalde, elle a permis la reconnaissance d’une race de brebis au nord – qui était déjà reconnue au sud – grâce à la collaboration sur la génétique, l’élaboration d’un standard commun pour la race et sa valorisation économique. De même, des éleveurs du nord ont développé un cheptel de la race bovine Pirenaika, une race locale adaptée aux montagnes basques, en achetant des animaux et semences dans le Sud. Toutefois, le modèle productiviste du sud, axé sur la production de gros bovins, ne correspond plus aux attentes des éleveurs du nord, ce qui pourrait freiner les échanges. S’agissant de la filière Erle Beltza la coopération transfrontalière et le travail conjoint des éleveurs de l’abeille noire ont permis de sauvegarder la race de cette abeille européenne, donc l’écotype est commun au nord et sud. Enfin, le projet Dohatsu, s’il concerne des volumes relativement modestes, montre comment le partage de savoir-faire permet de pérenniser des pratiques alimentaires liées à un territoire transfrontalier. Deux paysannes fabriquent des bouillons liquides à partir d’os du sud et de légumes provenant essentiellement du nord. La production, réalisée au Sud trois à quatre fois par an, est ensuite commercialisée en ligne et en France.

Des pratiques fondées sur la reconnaissance de signes de qualité transfrontaliers. Les signes de qualité, tels que l’appellation d’origine protégée (AOP) et l’indication géographique protégée (IGP), permettent également de relocaliser des filières alimentaires en protégeant des produits locaux liés à des territoires spécifiques. En effet, l’AOP établit un lien entre un produit et son terroir en protégeant un produit dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même aire géographique. Or, les terroirs peuvent dépasser les frontières administratives, puisque leurs contours se définissent naturellement et culturellement, au fil du temps, par une communauté qui y développe un savoir-faire collectif fondé « sur l’interaction entre l’environnement et divers facteurs humains ». Ainsi, en 2017, la région viticole transfrontalière de Meuse-Limbourg, entre la Belgique et les Pays-Bas, a obtenu une AOP pour ses vins produits à partir de cépages cultivés sur les deux berges de la Meuse7. Il s’agissait de la première appellation véritablement transfrontalière8. Plus récemment, en février 2024, des producteurs de cidre basque du nord et du sud conscient de la forte interdépendance entre les deux territoires (similitudes en matière de terroir, de conduite des vergers et de fabrication), ont élaboré un cahier des charges commun pour une AOP transfrontalière, visant à valoriser l’origine et la diversité des cidres. L’AOP est en cours d’attribution et devrait entrer en vigueur prochainement. Des IGP transfrontalières existent également. En 2016, la Commission européenne a reconnu deux IGP pour des bovins transhumants des hautes montagnes catalanes au nord et au sud9 valorisant les efforts franco-espagnols pour une filière de jeunes bovins issue de l’élevage traditionnel.

Bien que ces pratiques contribuent à la création de filières alimentaires transfrontalières, l’émergence de territoires alimentaires transfrontaliers est confrontée à de nombreux défis.

L’émergence de territoires alimentaires transfrontaliers face à de nombreux défis

L’émergence de territoires alimentaires transfrontaliers est fragilisée par des obstacles intrinsèquement liés au fait frontalier (a) qui nécessitent d’adapter le cadre juridique existant à celui de l’alimentation transfrontalière (b).

Une émergence fragilisée par des obstacles inhérents au fait frontalier

L’absence d’uniformisation des normes applicables. « Les espaces transfrontaliers relèvent de systèmes institutionnels et juridiques irréductiblement distincts puisque fondés sur des légitimités nationales différentes »10, ce qui complique l’émergence de véritables territoires transfrontaliers. Le rapprochement des législations nationales par des règlements et directives européennes ne suffit à les uniformiser et la coexistence de plusieurs systèmes freine le développement de l’agriculture transfrontalière. Les difficultés rencontrées lors de l’élaboration d’un cahier des charges commun pour le cidre basque entre nord et le sud en sont l’illustration. Les producteurs ont collaboré pour élaborer ce cahier des charges mais chaque étape a dû tenir compte des deux réglementations nationales. L’enjeu était de concilier ces deux systèmes juridiques sans créer de distinction entre les produits, afin d’éviter que la Commission européenne ne requalifie l’AOP en IGP. Conscient de ces difficultés, le législateur européen est intervenu afin de proposer, en 2018, un règlement11 relatif à la création d’un mécanisme visant à lever les obstacles juridiques et administratifs dans un contexte transfrontalier (European Cross-Border Mechanism). S’il avait été adopté, ce dispositif aurait permis l’application temporaire d’une règle nationale dans un autre État membre pour faciliter les projets transfrontaliers.

Le développement des clauses miroirs est une autre piste à privilégier pour faciliter la coopération transfrontalière puisqu’elles permettent d’imposer à des pays qui échangent des biens entre eux les mêmes normes sanitaires, sociales et/ou environnementales en matière de production. Ces clauses suscitent des débats, car, sans motifs légitimes (impératifs de santé ou de préservation des ressources par exemple), elles pourraient être perçues comme des barrières protectionnistes déguisées selon les règles de l’OMC12. Il reste donc à déterminer si la constitution de territoires alimentaires transfrontaliers peut constituer un motif légitime.

Des difficultés liées au jeu classique de la concurrence. Les logiques concurrentielles, bien qu’elles ne soient pas spécifiques au secteur, peuvent aussi freiner une coopération transfrontalière efficace et paisible. La concurrence prend plusieurs formes. La concurrence économique incite souvent chaque territoire à privilégier ses intérêts au lieu de favoriser une collaboration par peur de perdre un avantage concurrentiel. La concurrence peut également être liée à la gestion des ressources naturelles, comme l’eau par exemple où chacun cherche à maximiser sa part. Enfin, lors de l’attribution de signes de qualité, des tensions peuvent surgir, comme pour l’AOP du cidre basque, où des producteurs du nord se sont opposés à son enregistrement en Espagne, redoutant une appropriation de l’appellation « cidre basque » et de ses symboles (croix, drapeau) malgré une production identique des deux côtés de la frontière. Si ce conflit s’est finalement résolu par la création d’un projet d’AOP transfrontalière, dans certains cas, les désaccords persistent créent une barrière supplémentaire à la coopération transfrontalière.

Une émergence à consolider : un cadre juridique perfectible

Par l’adaptation d’outils juridiques existants au cadre de l’alimentation transfrontalière. Certains instruments juridiques français, comme les projets alimentaires de territoires (PAT), les associations foncières pastorales (AFP) et les groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE), pourraient être adaptés à l’échelle transfrontalière dans une perspective de relocalisation des systèmes alimentaires.

Les PAT13 poursuivent l’objectif de relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires et peuvent s’étendre dans des échelles très différentes. En l’absence de définition légale des contours des territoires sur lesquels ces projets peuvent être mis en œuvre, il semble possible de construire des PAT à l’échelle transfrontalière en s’appuyant sur les dispositions existantes de la loi française. Il s’agirait de définir des règles communes qui garantissent une gestion harmonisée (protection de l’environnement, gestion du foncier agricole) tout en respectant les spécificités locales.

Les AFP14 sont des instruments d’action à privilégier pour l’aménagement, l’entretien et la valorisation des espaces transfrontaliers. Elles peuvent participer à la mise en place d’une politique foncière d’aménagement de l’espace transfrontalier en territoire alimentaire doté d’un projet agricole fort, notamment par des clauses spécifiques liées à la mobilité des troupeaux, la gestion commune des ressources pastorales et la préservation des pâturages.

Enfin, les GIEE15, qui regroupent des agriculteurs engagés collectivement et pluri-annuellement dans l’adaptation ou le renforcement de leurs pratiques afin d’améliorer la performance économique, environnementale et sociale de leurs exploitations, peuvent être porteurs de projets alimentaires transfrontaliers. Au Pays basque, en 2021, un pôle de recherche transfrontalier pour les brebis laitières rassemblant l’Euskadi et la Navarre a ainsi emprunté la forme d’un GIEE.

Par le développement de pratiques constitutives de nouveaux marchés. La création de territoires transfrontaliers nécessite également de prendre en compte les opportunités de débouchés offertes aux agriculteurs et les outils dont ils disposent pour fournir leurs produits à des marchés élargis de part et d’autre de la frontière. Il est par exemple possible de déployer des drives alimentaires sur un espace transfrontalier, ce qui permettrait de regrouper des agriculteurs situés de part et d’autre de la frontière, ainsi qu’une gamme de produits diversifiés, afin d’en organiser la vente collective par le biais d’un site internet, assorti d’un ou plusieurs points de retrait à proximité de la frontière. De la même manière, le système des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne pourrait être envisagé à l’échelle transfrontalière afin de garantir aux agriculteurs un revenu stable et aux consommateurs des produits frais, de saison et issus d’une agriculture durable. Plus largement, l’organisation de marchés locaux transfrontaliers est essentielle pour dynamiser l’économie locale, réduire l’empreinte carbone et favoriser des pratiques durables, tout en renforçant les liens culturels entre les régions. Un exemple inspirant est le marché transfrontalier Ventimiglia (Italie) et Menton (France) qui réunit chaque vendredi les habitants des deux villes pour acheter des produits locaux.

En somme, si les pratiques observées témoignent du dynamisme des espaces transfrontaliers comme espaces alimentaires, il est encore tôt pour parler de territoires alimentaires. Il s’agit plutôt aujourd’hui de territoires de superposition ou de juxtaposition que de substitution. Leur cohérence n’est pas encore totale et les réflexions sur la création de territoires alimentaires transfrontaliers doivent se poursuivre.

Notes

  1. Les statistiques Agreste observaient ainsi en 2020 une baisse générale des rendements des grandes cultures – Agreste 1 Infos rapides ─ Grandes cultures ─ octobre 2020 ─ n° 144.
  2. Article L1, 9° Code Rural et de la Pêche Maritime.
  3. Ou de « faceries » selon la terminologie espagnole. Au Pays-Basque, de nombreux traités existent depuis 1748 entre la commune de Sarre par exemple et les communautés de Bera, d’Echelar ou encore de Baztan.
  4. L’un des plus célèbres est la Junte des Roncal (ou Tributo de las Tres Vacas), signé en 1375 entre la vallée de Roncal en Navarre et la vallée de Barétous en Béarn. Il permettait aux bergers barétounais de faire paître leurs troupeaux sur le versant sud du pic d’Arlas (territoire espagnol) pendant vingt-huit jours, contre un tribut de « trois génisses sans tâches ni défaut ».
  5. Règlement (UE) 2021/1059 portant dispositions particulières relatives à l’objectif « Coopération territoriale européenne » (Interreg) soutenu par le FEDER et les instruments de financement extérieur.
  6. Dans ce type de groupement, le droit applicable est celui du pays ou est établi son siège social.
  7. Journal officiel de l’UE, 22 août 2017, décision d’exécution C278/4, relatif à la reconnaissance de l’AOP « Maasuallei Limburg ».
  8. Il existe d’autres appellations frontalières dont les raisins peuvent être apportés depuis un pays étranger mais dans ces cas, l’appellation de référence reste nationale. Par exemple, dans la DOC italienne Collio, les producteurs peuvent utiliser des raisins slovènes.
  9. Journal officiel de l’UE du 20 mars 2016, Règlement d’exécution (UE) 2016/525 et Journal officiel du 6 avril 2016, Règlement d’exécution (UE) 2016/604, relatif à la reconnaissance des IGP « Vedell des Pyrénées Catalanes, Ternera de los Pirineos Catalanes / Vedella dels Pirineus Catalans / Rosée des Pyrénées Catalanes ».
  10. Casteigts Michel, « La gouvernance des espaces transfrontaliers : les enjeux de l’interculturalité », dans Le Duff Robert et Rigal Jean-Jacques, Démocratie et management local, Dalloz, 2003, [URL] https://shs.hal.science/halshs-01535998/
  11. Proposition de Règlement du Parlement Européen et du Conseil relatif à la création d’un mécanisme visant à lever les obstacles juridiques et administratifs dans un contexte transfrontalier, le 29 mai 2018.
  12. Article XX Accord de Marrakech instituant l’Organisation mondiale du commerce, 15 avril 1994.
  13. Loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (1), articles L. 1 et L. 111-2-2 du Code rural et de la pêche maritime.
  14. Chapitre cinq du Code rural et de la pêche maritime, articles L135-1 à L135-12.
  15. Loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (1), articles L. 315-1 et suivants du Code rural et de la pêche maritime.
Rechercher
Rechercher
Chapitre de livre
Pau, Pessac
EAN html : 9782353112050
ISBN html : 978-2-35311-205-0
ISBN pdf : 978-2-35311-206-7
Volume : 6
ISSN : 3040-2956
Posté le 28/06/2026
6 p.
Code CLIL : 3405
licence CC by SA

Comment citer

Riem, Margot, “Des espaces alimentaires”, in : Bachoué Pedrouzo, Géraldine, dir., Céline Teyssier et Maïténa Poelemans, coord., Construire l’Europe. Benchmarking des pratiques transfrontalières, Pessac-Pau, Presses universitaires de Pau et des pays de l’Adour, collection V@demecum 6, 2026, 83-90, [URL] https://una-editions.fr/des-espaces-migratoires
Illustration de couverture • Designed by Freepik.
Retour en haut