Troisième partie•
Passeurs de savoirs : portraits

Gabriel Chappuys, Symphorien Champier, François Rabelais, Pietro Aretino dit l’Arétin… quatre figures de l’Humanisme, quatre exemples de passeurs de savoirs entre l’Italie et la France auxquels nous nous intéresserons pour finir. Si les trois premiers ont œuvré pour accommoder chacun son domaine au public français, le dernier est sans doute à considérer comme un « passeur à son insu », lui dont le seul nom a parfois suffi à garantir la transmission. Des savoirs dont il est question dans cette partie – la science civile, la philosophie et la médecine grecques, les savoirs sexuels, la topographie antique -nous sommes d’abord invités à mesurer le degré d’éloignement ou de fidélité qu’entretiennent les œuvres françaises avec leurs sources italiennes. Laurent Gerbier parle de « naturalisation » et de « transfert culturel » à propos de Chappuys, quand Alice Vintenon met au jour leur volontaire « disqualification » par Champier. Ailleurs, on parle plus modérément de compilation, de transposition parfois « abusive » (Michèle Rosellini), d’arrangements… L’écart entre les livres parus en Italie et ce qui sera imprimé en français dévoile au fil des quatre articles la place grandissante en cette Première Modernité de ce que nous appellerions aujourd’hui le « marché du livre » : les contraintes sociales et économiques d’un Gabriel Chappuys imaginé à la tête d’une véritable entreprise commerciale, l’auto-promotion de Symphorien Champier comme acteur du monde humaniste, la valeur marchande du label « Arétin », la concurrence éditoriale féroce des topographies romaines dans laquelle Rabelais tente de se faire une place… Pour les textes de savoirs ce contexte nouveau aura deux principales conséquences sur lesquelles les auteurs des articles attirent finalement notre regard. La première est l’attention croissante portée au public-cible : que ce soit le « lecteur moyen » visé modestement par Chappuys dans un souci de « service public », ou ce lectorat de plus en plus féminin des dialogues tirés de l’Arétin, le marché concurrentiel de la librairie impose des stratégies nouvelles de mise en œuvre et de mise en forme. Cela induit aussi, et c’est la deuxième conséquence, sans doute la plus importante, une redéfinition du statut d’auteur : Chappuys reconnaît co-produire les textes qu’il traduit et adapte à sa manière, Champier se construit un éthos d’auteur dans le champ médical au détriment parfois des sources avérées, les continuateurs de l’Arétin se cachent abusivement derrière son nom pour présenter des pièces nouvelles dont l’orientation et la nature finissent pas ne plus avoir de lien direct avec l’auteur italien, Rabelais publie l’œuvre d’un autre sans hésiter à l’envelopper d’un paratexte et de corrections par lesquels d’une certaine façon il se l’approprie, et sans renoncer par ailleurs à prendre sa revanche d’auteur dans des topographies romaines fictives… C’est donc bien à un voyage aux sources de l’auctorialité que nous convient les articles qui suivent.

Posté le 18/12/2020
EAN html : 9791030008005
ISBN html : 979-10-300-0800-5
Publié le 18/12/2020
ISBN livre papier : 979-10-300-0802-9
ISBN pdf : 979-10-300-0801-2
ISSN : en cours
1 p.
Code CLIL : 3387 ; 4024
http://dx.doi.org/10.46608/savoirshumanistes1.9791030008005.11
licence CC by SA

Comment citer

Roudière-Sébastien, Carine, « Troisième partie. Passeurs de savoirs : portraits », in : Roudière-Sébastien, Carine, éd., Quand Minerve passe les monts. Modalités littéraires de la circulation des savoirs (Italie-France, Renaissance-XVIIe siècle), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, collection S@voirs humanistes 1, 2020, 113, [en ligne] https://una-editions.fr/passeurs-de-savoirs/ [consulté le 15 décembre 2020].

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