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Une principauté décentrée ? Perspectives offertes par la vicomté de Limoges à partir de 13411

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En formulant ma question initiale en termes de centralisation – ou plutôt de centralisation –, j’ai voulu m’attarder sur l’une des principales raisons pour lesquelles relativement peu de recherches ont été menées sur la vicomté de Limoges à la fin du Moyen Âge. La vicomté ne disposait pas d’une position centrale, et cela à plusieurs égards. Par le mariage en 1275 de l’héritière Marie de Limoges († c. 1290×1291) au duc Arthur II de Bretagne († 1312), Limoges perd sa lignée de vicomtes autochtones et devient la propriété secondaire d’une lignée princière plus puissante1. De plus, la vicomté elle-même résiste à la centralisation : c’est une région très fragmentée, morcelée entre plusieurs seigneurs de même statut et sans institutions centralisées, une situation qui ne fera qu’empirer au cours du XIVe siècle, comme on le verra2. Ces paramètres rendent donc doublement difficile d’aborder le pouvoir princier d’un point de vue exclusivement régional, mais à mon avis, c’est justement l’occasion de reconsidérer ce pouvoir d’un œil nouveau. Je m’intéresse ici à la vicomté sous le règne de Jeanne de Penthièvre († 1384) et de Charles de Blois († 1364), qui ont hérité de Limoges en 1341 et l’ont gouverné, pour le meilleur et pour le pire, pendant les quatre décennies suivantes3. La façon dont la vicomté de Limoges a été intégrée dans leurs intérêts politiques montre que sa position périphérique était bien loin de la condamner à l’insignifiance, bien qu’elle ait laissé sa marque sur l’exercice et la conceptualisation du pouvoir dans la région. Cette thématique nous permettra d’aborder divers questionnements relatifs à l’autorité absente, au partage du pouvoir et à la légitimité politique, entre autres4 ; ces thèmes mettront en valeur le dynamisme du gouvernement princier à cette époque.

La succession à Limoges

La mort du duc Jean III de Bretagne le 30 avril 1341 provoqua une crise successorale majeure : les revendications rivales de son demi-frère Jean de Montfort († 1345) et de sa nièce Jeanne de Penthièvre (avec son mari Charles de Blois) furent d’abord présentées devant le Parlement du roi Philippe VI pour résolution juridique5. Mais lorsque celle-ci échoua, la lutte continua sur les champs de bataille pendant plus de deux décennies, les deux camps étant aidés et encouragés par les rois anglais (du côté Montfort) et français (du côté Penthièvre). L’histoire de cette crise a été écrite, sans surprise, en grande partie dans une perspective bretonne, au mépris des autres héritages en jeu. Une partie de cette occultation provient du traitement des sources : par exemple, jusqu’à très récemment, les historiens n’ont discuté que les arguments juridiques montfortistes, ignorant le point de vue Penthièvre. Pour cette raison, l’étude de Caroline Spinosi sur la succession de Limoges conclut à tort que “les deux compétiteurs […] semblent n’avoir accordé d’importance qu’au seul duché de Bretagne6.” Certes, le sort de la vicomté était moins urgent, car la dernière épouse de Jean III, Jeanne de Savoie, la tenait en douaire ; elle n’allait mourir qu’en 1344. Mais un nouvel examen de l’argumentaire Penthièvre, qui n’est conservé que dans une mauvaise copie du XVIe siècle, révèle que Jeanne et Charles se sont empressés de revendiquer la vicomté de Limoges, et cela d’une manière révélatrice de la politique qu’ils allaient suivre vis-à-vis de cette principauté entre 1341 et 1345, quand Philippe VI leur attribua finalement la possession officielle de la vicomté.

Plus précisément, en 1341, tandis que les avocats de Jean de Montfort passaient la question sous silence, les avocats Penthièvre faisaient valoir que la succession de Limoges était un enjeu à part de celui de la succession au duché breton – un enjeu par ailleurs plus facile à résoudre : comme ils disaient, supposé, sans préjudice, que ledit conte de Montfort eut aucun titre sur la duché de Bretagne, ce que non, toutesvoies quant à la vicomté de Limoges il n’y aucune occasion d’y riens demander, mais doit être reçu ledit Charles sans difficulté à ladite foi et hommage de ladite vicomté7. D’un point de vue généalogique, les deux principautés étaient en effet distinctes : si Jeanne était une descendante directe de Marie de Limoges – qui avait fait entrer le territoire dans la lignée familiale –, Jean de Montfort, fils du second lit d’Arthur II, n’avait aucun lien de sang le rattachant à la principauté. En outre, Jeanne et Charles veillèrent par la suite à renforcer ce principe de séparation, afin de sauvegarder leurs intérêts durant une période de turbulences.

On le voit en 1343, lorsque Jeanne fait deux concessions territoriales importantes à Charles. La première, en octobre, comprenait plusieurs seigneuries à travers la Bretagne, sur lesquelles Charles reçut un intérêt viager8. Puis en décembre, Jeanne lui donna également la vicomté de Limoges, mais cette fois-ci, le don était à perpétuité pour Charles et ses héritiers (à moins qu’il ne décède avant elle9). Le contraste entre ces deux conditions est très instructif : en transférant Limoges à Charles, Jeanne la sépare plus complètement de ses biens ducaux, apparemment dans l’espoir que cela renforce l’idée d’une revendication familiale sur la vicomté. Michel Nassiet a montré que la gestion prudente des différentes parties de l’héritage, en particulier des parcelles provenant de différents côtés du lignage, faisait régulièrement partie des stratégies de la noblesse pour gérer ses intérêts familiaux – comme, par exemple, laisser l’héritage maternel au fils cadet pour le garder distinct du patrimoine qui passait à l’aîné10. Dans le cas de Jeanne et Charles, ce don aurait pu également s’appuyer sur un précédent plus immédiat : en 1314, Jean III lui-même avait donné la vicomté, quoique brièvement, en apanage à son cadet Guy, le père de Jeanne11. En 1343, cependant, il n’était pas question d’établir une telle distinction entre les branches de la famille, car les héritiers de Charles étaient à ce moment aussi ceux de Jeanne (ils avaient déjà deux filles, mais probablement pas encore de fils12). En revanche, ils prévoyaient les destins particuliers de chaque principauté.

Je tiens par ailleurs à souligner que cet outil stratégique et politique pour renforcer leur position n’avait pas pour but de changer la manière dont Charles et Jeanne gouvernaient Limoges en tant que vicomte et vicomtesse, ce qu’ils continuaient à faire ensemble. Cela se voit clairement dans la façon dont ils gérèrent la vente de divers châteaux limousins au long de leur domination. Lorsque Philippe VI reprit le château d’Auberoche aux Anglais et le vendit au cardinal du Périgord en 1347, il promit d’obtenir le consentement de Charles et de Jeanne, qui l’accordèrent en temps utile13. En 1352, en l’absence de Charles, Jeanne chargea son conseiller Pierre Poulard de vendre la châtellenie de La Roche-l’Abeille à Guillaume Aubert puis, en la présence de Charles et avec son accord, elle confirma la vente devant un notaire public en 135714. Finalement, après que Charles ait accordé la seigneurie de Salon au seigneur de Beaufort, Jeanne confirma d’abord le don puis émit les lettres d’aliénation avec son époux15. De même, les dons qu’ils firent à leurs sujets dans la région étaient des affaires communes : quand, en 1357, Jeanne et Charles accordèrent des rentes à Ramnulphe de Pérusse et à Aymar de la Rivière, les dons originaux et leurs confirmations ultérieures furent émis à leurs deux noms16. Ainsi, bien que la vicomté ait théoriquement été cédée à la seule autorité de Charles, Jeanne continua à faire référence à notre héritage […] a nous touchanz et appartenanz en notre viconté de Lymoges17. Comme nous le verrons, le don de 1343 ne représente pas la seule fois où Jeanne fit un don fictif de Limoges à des fins politiques, et ses interventions ultérieures au sein de la vicomté démontrent que le transfert ne visait pas à augmenter l’autorité de Charles mais à mettre Limoges sur une trajectoire distincte de leurs autres terres.

Une relation en évolution, 1345-1380

Avec la reconnaissance officielle par Philippe VI de leur droit sur Limoges le 10 janvier 134518, l’impact de ce traitement séparé de Limoges aurait pu diminuer. Or il fut au contraire renforcé dans la pratique par de multiples circonstances, l’une des principales étant, bien sûr, l’éloignement du vicomte et de la vicomtesse eux-mêmes : à ma connaissance, Charles ne visita la région qu’une seule fois dans sa vie (pour quelques semaines en 1345), et Jeanne ne s’y rendit peut-être jamais19. Cette distance se voit dans le fait que deux documents émis par Jeanne concernant Limoges sont les seuls dans le corpus survivant à indiquer la présence d’un “grand sceau” : normalement, Jeanne et Charles avaient l’habitude d’utiliser leurs sceaux personnels, mais ici la distance imposait une autre solution et une représentation plus générique du pouvoir princier20.

La vicomté morcelée était, en outre, un territoire difficile à gouverner. À l’époque qui nous intéresse, le domaine vicomtal comprenait la ville (mais pas la cité) de Limoges et une douzaine de châtellenies, bien que le contrôle effectif de ces zones disparates ait été variable selon les fortunes de la politique et des guerres21. Les comptes qui nous sont parvenus de la période 1344 à 1347, c’est-à-dire des premières années du règne de Jeanne et Charles à Limoges, montrent de façon frappante l’impact des armées anglaises sur l’emprise de Jeanne et Charles dans la région22. Avant même la vente d’Auberoche que je viens de mentionner, la châtellenie (aux mains des Anglais) ne rapportait aucun revenu vicomtal durant cette période. D’autres territoires tels que Nontron (dont le château fut traîtreusement remis aux Anglais en 1345), Excideuil, et Ans, bien que parmi les plus importants de la vicomté, subissaient une forte baisse de feux et représentaient un pourcentage disproportionnellement faible du revenu total (fig. 1)23. De plus, les coûts occasionnés par leur entretien et leur récupération éventuelle des mains ennemies n’étaient pas négligeables et ils forcèrent Jeanne à contracter des emprunts auprès de créanciers locaux24.

Comparaison entre les recettes des châtellenies de Limoges et leurs tailles en paroisses, par rapport aux totaux
Fig. 1. Comparaison entre les recettes des châtellenies de Limoges et leurs tailles
en paroisses, par rapport aux totaux25.

Le règne de Jeanne et Charles a également connu plusieurs périodes de tension avec leurs propres sujets dans la vicomté, et en particulier ceux de la ville de Limoges elle-même. Les plaintes concernant les abus de leurs officiers conduisirent Jeanne et Charles à envoyer des “réformateurs” dans la vicomté en 1346 ; mais malgré leur travail, les citadins dressèrent une nouvelle liste de plaintes peu après26. Dans les années 1360, ces mêmes citadins étaient également prêts à participer à un procès contre Jeanne lorsque le roi Édouard III, suzerain de Limoges depuis le traité de Brétigny en 1360, menaça de confisquer la vicomté (processus sur lequel je reviendrai). Ce n’est que par l’intervention du roi Charles V que Jeanne consentit à pardonner aux habitants leurs desobeissances, rebellions et offences (comme elle le disait elle-même)27.

Tous ces facteurs – distance, fragmentation et violence – se conjuguent pour donner à Limoges une place particulière dans la politique de Charles et Jeanne. Malgré les crises que je viens d’évoquer, son importance en tant que ressource financière était indéniable. Peu après avoir été investis de la principauté, Jeanne et Charles se firent livrer en Bretagne d’importantes sommes d’argent par leur receveur Pierre Molin, totalisant quelque 2 500 livres tournois sur une période de deux ans28. En effet, Limoges abritait un important atelier monétaire en activité depuis au moins l’époque de Jean III ; les pièces qu’il produisait alors constituaient une partie suffisamment importante des coffres ducaux de Nantes pour donner naissance à la légende de Froissart selon laquelle Jean de Montfort s’était emparé du trésor de Limoges pour payer son armée29. C’est surtout à partir du milieu des années 1350 que Jeanne et Charles commencèrent à recueillir les fonds nécessaires à la rançon de Charles en frappant des pièces qui imitaient (à une valeur dévaluée) les pièces royales qui avaient également été frappées dans la ville pendant environ une décennie : en 1358, le dauphin Charles leur ordonna d’y renoncer, sans effet apparent30. La région contribua aussi aux prélèvements seigneuriaux traditionnels, comme en 1357, lorsque Charles leva une aide pour le paiement de sa rançon et de la dot de sa fille Marie31.

Sur un plan plus général, le statut périphérique de Limoges a été mis en évidence par son rôle récurrent de monnaie d’échange financière et politique, notamment dans la période post-Brétigny. Ce traité, bien sûr, plaçait Jeanne dans la position complexe (mais pas unique) d’avoir un souverain pour ses terres en Bretagne et un autre pour la vicomté de Limoges. La situation fut exacerbée par la réticence d’Édouard, dit le Prince Noir, à accepter en tant que duc de Guyenne l’hommage de Jeanne en 1366, bien qu’il ait fini par céder sous la pression papale32. Ces difficultés politiques ont peut-être poussé Jeanne à valoriser Limoges davantage en tant que levier potentiel que comme partie intégrante de ses biens. En 1365, lors de ses négociations à Guérande avec son rival, le futur duc Jean IV († 1399), Jeanne semble avoir poursuivi la politique commencée en 1341 de traiter Limoges comme une part distincte de son héritage qui pourrait être facilement transmise à autrui. Le traité de Guérande stipulait que Jean, le fils de Jeanne, épouserait Jeanne, la sœur de Jean IV, et que Jeanne investirait immédiatement son fils de la vicomté33. En fait, les arrangements matrimoniaux étaient l’une des nombreuses clauses du traité qui resteront lettre morte, mais ils témoignent de la volonté de Jeanne de se départir à nouveau de la vicomté comme elle l’avait fait en faveur de son mari en 1343.

Deux ans plus tard seulement, Jeanne utilisa ses droits sur la vicomté comme caution pour un prêt de 72 000 florins contracté auprès marchand anglais John Goldbeter34. Elle regretta clairement sa décision lorsqu’elle prit du retard sur ses paiements, mais sa tentative de rétractation se passa mal devant les tribunaux anglais : seule l’intervention opportune d’Olivier de Clisson et l’obtention d’un nouveau prêt permit à Jeanne de ne pas perdre sa vicomté aux enchères contre le capitaine anglais Robert Knolles35. Cet incident dégrada peut-être les relations avec les Anglais et (comme on l’a vu précédemment) avec les habitants de la ville de Limoges. Cela semble confirmé par les actions de Jeanne dans les années qui suivent. D’une part, elle collabora au projet de Charles V de reprendre le contrôle des terres perdues par le traité de Brétigny en cédant la totalité de la vicomté au roi le 9 juillet 136936. Ce don était purement fictif, destiné à convaincre les seigneurs locaux de s’aligner avec le roi contre les Anglais, et de permettre au roi de remettre la main sur les villes limousines37. Dans un acte secret scellé le même jour, Charles remit immédiatement la vicomté à Jeanne38. D’autre part, la ville de Limoges ne se céda au roi qu’à la condition que Jeanne renonce à tous ses droits sur la châtellenie de Limoges (mais pas sur le reste de la vicomté) en échange d’autres terres ailleurs, notamment Nemours39. Cet arrangement reflète une fois de plus le caractère morcelé de la principauté : en l’absence d’un centre, il était relativement indolore de rompre les liens avec la ville, surtout après les tensions entre la vicomtesse et les citadins ; la perte de Limoges ne fut pas sensiblement différente des ventes que Jeanne avait faites des autres châtellenies durant sa carrière.

Une principauté parmi d’autres

Mais Limoges n’en demeurait pas moins partie intégrante des structures plus larges d’un pouvoir princier dont les limites dépassaient celles d’une seule principauté. Sur le plan administratif, la vicomté était liée au duché par un mouvement à sens unique : ou, dans des termes traditionnels, en envoyant les gens du centre vers la périphérie. Jeanne et Charles nommèrent régulièrement des Bretons au poste de sénéchal tout au long de leur règne, conformément aux précédents établis par leurs prédécesseurs (notamment Guy de Penthièvre, le père de Jeanne)40. Tous ces hommes étaient des proches de Jeanne et Charles, siégeant à leur conseil et/ou provenant de familles fidèles aux ducs bretons depuis plusieurs générations41. On les retrouve également aux échelons inférieurs de l’administration limousine et agissant en tant que députés spéciaux du vicomte et de la vicomtesse. De tels postes étaient, d’une part, un moyen efficace de récompenser leurs serviteurs en leur offrant des possibilités de rémunération et de prestige au-delà des frontières de la Bretagne42. D’autre part, ils s’inscrivaient dans le cadre de l’expansion du contrôle seigneurial que l’on peut observer ailleurs dans la France médiévale, comme en témoigne l’administration royale des régions éloignées43.

Il est cependant préférable de lire cette dynamique comme un moyen simple de compenser l’absence des seigneurs, plutôt que comme la manifestation d’une volonté de centralisation active – dans le sens d’une absorption d’une principauté par l’autre –, ce qui est logique à la lumière de la politique que nous avons vue plus haut. À notre connaissance, peu de Limousins sont venus en Bretagne pour faire carrière ; le duché n’a pas servi de centre au monde politique de la vicomté (comme Paris, par contre, l’a fait pour les Bretons ambitieux). Et le nombre d’administrateurs bretons reste relativement restreint dans les structures dispersées du Limousin. Jeanne et Charles se servaient plutôt de la vicomté comme un point d’appui distinct pour certains de leurs objectifs politiques. Il leur était utile de favoriser les liens avec la noblesse locale ; par exemple, le 21 mai 1345, neuf membres de l’élite régionale étaient prêts à servir comme cautions pour une dette importante que Jeanne et Charles avaient contractée auprès de la curie papale44. En même temps, ils étaient attentifs à récompenser la fidélité des administrateurs autochtones, comme Aymar Lestrade, bourgeois de Limoges et receveur de la jugerie de Périgord, qui demandait de l’aide à ses seigneurs lorsqu’il perdit ses biens dans les attaques anglaises45.

Toutefois, ces rapports servaient surtout les intérêts de Jeanne et Charles sur la scène politique au sens large. Les papes Clément VI († 1352), son successeur Innocent VI († 1362) et Grégoire XI († 1378) étaient tous originaires du Limousin, et le vicomte et la vicomtesse profitèrent pleinement de leur autorité dans cette région pour cultiver des relations favorables avec la curie pontificale. Le 5 juillet 1344, Clément les remercia chaleureusement de la “bonté des dons” qu’ils ont fait à son frère Guillaume, vicomte de Beaufort46. Le 16 février 1360, Innocent permit qu’une partie de leur dette envers la curie papale soit convertie en une vente de terre (évoquée plus haut) à son petit-neveu Guillaume Aubert (qui, pour sa part, s’était marié dans la famille de l’un des seigneurs qui avait servi de caution)47. La bienveillance de ces deux papes joua aussi un rôle déterminant dans leur diplomatie internationale entre 1348 et 135648. Par la suite, dans les années 1370s, le fils de Guillaume Aubert, devenu Grégoire XI, supervisa et, en fin de compte, approuva le processus de canonisation de Charles de Blois parrainé par Jeanne et le reste de leur famille49. Il semble donc que Jeanne et Charles aient su tirer profit de leurs intérêts mutuels dans la vicomté pour se maintenir en faveur à Avignon.

Il n’est donc pas surprenant de voir Limoges figurer visiblement dans la représentation du pouvoir princier de Jeanne, et c’est un aspect que les historiens précédents ont négligé. Si nous revenons au début de leur règne, Charles jura en épousant Jeanne qu’il assumerait le nom et les armes de Bretaigne touttes plaines (phrase assez “standard”)50. Et en effet, nous pouvons voir que son sceau était dominé par les hermines du duché51. Jeanne, cependant, n’avait pas prêté un tel serment, et si son premier sceau ressemblait beaucoup à celui de son mari (parti de Bretagne et de Penthièvre, celui-ci n’étant autre que les hermines entourées d’une bordure), par la suite elle fit une démonstration plus complexe et complète de son autorité princière.

Son deuxième sceau comportait un losange central aux armes de Jeanne (Bretagne- Penthièvre), entouré de quatre médaillons héraldiques représentant respectivement les armes de Bretagne, de Penthièvre, d’Avaugour et de Limoges, c’est-à-dire trois lions rampants52. Cette disposition permet d’organiser deux générations des lignées paternelle et maternelle de Jeanne dans un schéma soigné (fig. 2) ; mais la médaillon de Limoges a été mal interprétée dans les études antérieures. Michael Jones a suggéré que cette médaillon représentait les armes des vicomtes de Léon en Bretagne, mais ces seigneurs n’étaient pas plus proches de Jeanne que toute autre famille noble bretonne, et plus important encore, leurs armes arboraient traditionnellement un seul lion plutôt que les trois que Jeanne serrait dans cette petite médaillon53. Si l’on abandonne l’hypothèse que tout ce qui figurait sur le sceau de Jeanne était nécessairement lié à la Bretagne, alors le symbolisme devient beaucoup plus clair. Et évidemment Jeanne n’avait aucune raison de se limiter à la Bretagne : au contraire, en multipliant les médaillons, elle a pu signaler l’étendue de son contrôle territorial.

Fig. 2. Représentation schématique des éléments héraldiques sur le deuxième sceau de Jeanne de Penthièvre (à partir de c. 1352).
Fig. 2. Représentation schématique des éléments héraldiques sur le deuxième sceau de Jeanne de Penthièvre (à partir de c. 1352).

Ces considérations sont particulièrement importantes compte tenu du contexte dans lequel elle adopta ce nouveau sceau, qui date du début des années 1350. En ce temps-là, Charles étant prisonnier des Anglais, Jeanne entama des négociations internationales avec les rois Jean II et Édouard III. Cette période d’activité diplomatique a failli conduire Jeanne et Charles dans le camp anglais de la guerre de Cent Ans, une perspective audacieuse qui obligeait Jeanne à faire preuve d’une grande autorité54. Ce sceau pouvait dresser un parallèle entre son statut et celui de ses adversaires dans les négociations : si Édouard était non seulement roi d’Angleterre, mais aussi duc d’Aquitaine et seigneur d’Irlande, il convenait à Jeanne de lui rappeler qu’elle était non seulement duchesse de Bretagne, mais aussi comtesse de Penthièvre, dame de Mayenne, et bien sûr vicomtesse de Limoges.

Ce pouvoir étendu n’était pas non plus un simple tour de passe-passe rhétorique : en effet, la double importance accordée à Limoges aux côtés de la Bretagne avait une signification particulière dans le traité (malheureusement abandonné par la suite) que Jeanne et Charles conclurent avec le roi Édouard le 1er mars 135355. Celui-ci prévoyait notamment que Jeanne et Charles permettent aux Anglais d’attaquer les Français en passant non seulement par la Bretagne mais aussi par la viscontee de Limoges. Il fut également convenu que le traité serait ratifié non seulement par les prelatz, barons, et communalitez de bonnes villes de Bretaigne (un événement que les érudits ont depuis célébré comme la première réunion des États bretons) mais également par ceux de Limoges56. Si la hiérarchie entre ces principautés demeurait, on les évoquait néanmoins toutes deux ensemble : chacune d’elles contribuait en tant que principauté à part entière aux options politiques de ses princes.

Alors que les modèles de pouvoir princier qui mettent l’accent sur la construction d’entités étatiques par le biais d’un processus de centralisation et de consolidation ont eu tendance à voir la décentralisation d’un mauvais œil, ces exemples touchant Limoges suggèrent que la réalité était plus nuancée. Si le morcellement de la vicomté (évidemment exacerbée par les circonstances particulières de l’époque) a compliqué le règne de Jeanne et Charles, elle leur a aussi offert une certaine marge de manœuvre, leur permettant de concéder des portions par nécessité ou pour leur profit, et cela sans grandes conséquences pour leur position globale. À la différence des États modernes, l’intégrité territoriale ne constituait pas un élément essentiel ; si des principes d’inaliénabilité jouaient un rôle politique croissant, la malléabilité du pouvoir était la réalité beaucoup plus concrète. La distance qui sépare la Bretagne de Limoges rendait la vicomté plus facile à sacrifier pour ses princes, mais en même temps, elle représentait une sauvegarde fiable pour l’avenir de leur puissance familiale. De plus, elle leur a ouvert de nouveaux horizons politiques, leur permettant ainsi d’établir des liens qu’il aurait autrement été plus difficile d’entretenir. Surtout, nous avons ici un rappel de la dimension multifocale du pouvoir princier, lequel englobait de multiples unités qui étaient soit des principautés à part entière, soit d’autres grands fiefs. Le modèle étatique peut encourager une association automatique du prince et de la principauté dans un rapport de un pour un, mais l’accumulation de titres seigneuriaux mettait l’accent sur chaque unité distincte et reflétait ainsi la pluralité du pouvoir : alors qu’un seul individu (ou un couple) pouvait lier plusieurs régions disparates, il devenait, pour ainsi dire, plusieurs fois prince, et c’est à notre perte si nous négligeons ces différentes sphères d’influence en faveur d’un seul centre.

Annexe

Trois actes inédits de Jeanne de Penthièvre concernant les affaires de la famille Lestrade dans la vicomté de Limoges57

1

23 octobre 1349, Châtelaudren. Mandement à Guillaume de la Marche et aux officiers limousins de rembourser Aymar Lestrade pour les sommes qu’il a prêtées à ses officiers, mais pour lesquelles les lettres sont perdues58.

Jehanne, duchesse de Bretaigne, vicomtesse de Limoges, dame de Guisse et de Maenne, a nostre treschier et ame cossin mons. Guillaume de la Marche, nostre seneschal de Limozin et a nostre recevour de Limoges, salut. Emars Lastrade, nostre ame bourgois et feal, nous a supplie et requis que comme pour cause des guerres dou pais il eust preste a mons. Jehan de la Porte, gouvernour du [sic] viconte dessusdict pour le temps, certaine somme de argent et a mons. de Vennes, mons. Olivier [… (du Guesclin)] et mons. Guillaume de Rouge, escuier, pour le temps envoyes en Limozin, certaines aultres sommes dargent pour le profit du pais et auxi vous presta et paia de nostre mandement certaines et grosses sommes tant pour la bastida qui fut davant Anx, pour la rendue du chastel Dans et dou chastel de Nontron que autrement, dont il avoit plusieurs lectres et assignemens de celles sommez dargent, les quelles lectres ont este prinses et perdues […] plusieurs autres lectres et ?escris a Yssidueil par nos59 anemis comme il nous60 a signiffie, et sur ce nous a supplie de li pourvoir de remede de raison et de lui fere paiement pour sa vie et estat61 mentenir et de sa femme et enfenz. Pour quoy nous vous mandons, commandons et commectons si mestier est et a chacun de vous que desdits chosses dont vous feres certains ou souvenanz li estre dues et des aultres que il poura monstrer par tesmoingz, confessions, de public instrumenz et par sa bonne loyaute dont il fera foy, vous li faciez avoir execution et paiement prest et deu par telle maniere quil nayt cause den retourner plus plaintif a nous et que il en puisse avoir et retraire aucune chevance pour sa vie et estat soustenir, et en oultre comptez en li de ses gages dou temps62 quil a este retenu et dont il fist monstre en nostre garnison Dissiduel et lui assignez par vous lectres de […] en est affin den avoir paiement ou plus toust que nous pourons bonnement. Donne a Chastel Audren le vingtz et troisiesme jour de octobre lan mil CCC quarante et neuf.

Par madame la duchesse et a la relacion et par le commandement de mons. Philipes de Trois Mons, gouvernour de Bretaigne. Fait en conseil a Dinan. P. de la Chapelle.

En marge: Seellee du grant seel de Bretangne.

2

1349, Châtelaudren. Mandement à Guillaume de la Marche et aux officiers limousins d’indemniser Aymar Lestrade pour ses terres et biens perdus suite à la prise d’Excideuil par les Anglais63.

Jehanne, duchesse de Bretaigne, vicomtesse de Limoges, dame de Guyse et de Maenne, a nostre treschier et ame cossin mons. Guillaume de la Marche, nostre seneschal de Limozin, a nostre64 juge et recevour de nostre ville de Limoges et a lours lieutenants, salut. Nostre feal bourgois Dissidueil Emar Lastrade nous a humblement supplie que comme par la prinse que les anemys les Angloys ont fait du chasteau Dyssidueil il ait perdu tous sez biens et guerpi tous ses heritages et sur ce nous a requis de li susvenir pour son estat et de ses enfens soustenir jucques a tant que ilz puissent joir de leurs terres et heritages […] et par le bon tesmoingnage de la bonne loyaute et bon pourtement dudict bourgoys et les grans dommages […] a cause desdiz guerrez pour aide a sa soustenance et de ses enfens et estat, li avons afferme et affermons […] escriptures de nostre ville de Limoges en la maniere qui acoustume est les affermer pour la somme de […] ?executer par li ou par aultres souffisans a ce depputez de par li et a se […] de ladicte somme, li et ses enfens […] au delivre, paiant ladicte somme checun an. Si vous mandons65, commandons et commetons […] lectres veues vous baillez au dit Emar et delivrez lesditz papiers et seaux et len metez en […] et lui fetes respondre et restablir les emolumans et profiz desdiz papiers et seaux et escriptures […] en contreignant Marcialis Cherrieres, clerc, qui les tenoit a en rendre lesdicts emolumens […] recevour li en rendez ce que leur en aves dudict Marcialis e dautres despens […] assignee de ladicte somme sanz autre assignacion en […] voulons et vous mandons et a chacun que tout empeschement […] vous actendre en la maniere dessus escripte. Donne a Chastel [… (Audren lan)] de grace mil CCC quarante et neuf.

Par madame la duchesse a la relacion et par le commendement de mons. Philipe de Trois Mons, gouvernour de Bretaigne. Fait ou conseil a Dynan ledict jour et an. P. de la Chappelle.

3

12 mars 1351, Léhon. Mandement à son receveur du Limousin de rembourser à Guy et Jean, fils d’Aymar Lestrade, 80 livres par an jusqu’à la pleine satisfaction du prêt fait par ce dernier pour la récupération des châteaux limousins66.

Jehanne, duchesse de Bretaigne, vicomtesse de Limoges, dame de Guyse et de Maenne, a nostre recevoir de Lymosin, salut. Guy et Jehan, filz feu Eymar Lastrade, sont67 venuz par devers nous suppliant que nous les feissons joir de certaine grace que feymes autrefoys a lour dit pere sur les emolumens des papiers de nostre ville de Limoges et que nouz lour feissons avoir solucion et paiement de certainez sommes dor, dargent et de blez a eulx duees, lesquellez lour dit pere ou temps quil vivoit presta a mons. Guillaume de la Marche, nostre cossin et seneschal de Limozin, pour le recouvrement de noz chasteaulx de Nontron, Dans, et aultres afferes a cause des guerrez de par de la. Nous adecertes eu avis et consideracion a lour requeste, avons ordene et ordenons que ilz prendront et auront par vostre main sur lez emolumens de noz ditz papiers quatre vingz livres tournois par chacun an aux termez de la Sainct Jehan et Noel comme acoustume est et que leur pere faisoit, par telle maniere que quatre vingz livres pour ceste premiere annee ne lour seront en riens comptez ne rebatuz sur ce que nous lour devons ?orendrois, les lour ?quictons et donnons pour lour estat maintenir et pour lours despens de cest voyage venent a noz, toutesfoiz voulouns que les aultres annees que il leveront ladicte somme nous pour ce acquit et lour soit rebatuz sur ce que nous lour devons, que il pouront monstrer par les lectres de nous et dou dit mons. Guillaume, et que ilz ayent ladicte somme de quatre vingz livres par checun an comme dit est jucques atant quil soient paies de ce que nous lour devons comme dist est, si autrement nen estoit ordene par nous ou que nous les assignerons aillours, pour quoy nous vous mandons et commendons estroitement que ladicte somme de quatre vingtz livres par checun an esditz termez, et en la maniere qui dist est, vous lour paies paiziblement sans contredit, et sans autre mandement de nous actendre et retonent coppie de ces lectres et quictance deux, ladicte somme par les termez et annees vous vaudra en mise et pourtera acquit sur vostre recepte quant vous compteres. Donne a Lehon le XIIe jour de marz lan mil troys cens cinquante.

Par madame la duchesse en son conseil, presens levesque de S. Mallou, mons. Geoffroy Le Voyer, et mons. Pierre Polart. P de la Chappelle.

En marge: Seellee du grant seel de Bretaigne du quel lon usent en ledict chasteau de Limoges.

Sources manuscrites

  • Archives départementales de la Haute-Vienne 87, Limoges, 1 E 1–303.
  • Archives départementales de Loire-Atlantique 44, Nantes, E 217–2.
  • Archives départementales de Maine-et-Loire 49, 30 J 51 et 53.
  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques 64, Pau, E 602.
  • Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques 64, Pau, E 740.
  • Archives nationales, J 242, n° 51.
  • Bibliothèque nationale de France, Languedoc Doat 243, n° 42, fol. 210.

Sources éditées

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Notes

  1. Roblin 2009, 17-18, 41-44 ; Jeanneau 2019. Cette situation a laissé son empreinte dans les sources – surtout des actes vicomtaux et quelques comptes financiers – qui sont parvenues jusqu’à nous, moins abondantes que celles de Bretagne et dispersées au hasard dans plusieurs fonds d’archives (Pyrénées-Atlantiques, Angers, Haute-Vienne, Nantes, Paris, Rome…). La majorité des actes sont édités dans Jones, éd. [1996] 2016.
  2. Bernard-Allée et al. 1994, 46.
  3. Certaines parties de l’analyse qui suit sont développées plus en détail dans Graham-Goering 2020.
  4. Cf. Lachaud & Penman, dir. 2017 ; Earenfight 2007 ; Woodacre 2013.
  5. Voir Graham-Goering et al., éd. 2019, pour cette crise de succession.
  6. Spinosi 1961, 455.
  7. Graham-Goering et al., éd. 2019, doc. II, art. 45
  8. Jones, éd. [1996] 2016, n° 19.
  9. Ibid., n° 22.
  10. Nassiet 2000, 269 sqq.
  11. Lémeillat 2019.
  12. Leurs filles Marguerite et Marie sont nées avant leur frère Jean, né le 5 février 1345.
  13. Jones, éd. [1996] 2016, n° 88-89, 374 ; Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques 64, E 602 (désormais AD 64).
  14. Jones, éd. [1996] 2016, n° 150, 197.
  15. Ibid., n° 211, 295.
  16. Archives départementales de Maine-et-Loire 49, 30 J 51 (n° 6, 7), 53 (n° 8, 13) (désormais AD 49) ; Archives départementales de la Haute-Vienne 87, 1 E 1–303 (désormais AD 87). Je remercie Christian Rémy d’avoir attiré mon attention sur ces documents.
  17. Jones, éd. [1996] 2016, n° 150.
  18. Ibid., n° 55.
  19. Ibid., itinéraire et additions à l’itinéraire. Il est cependant bien possible que Jeanne et Charles s’y soient rendus en revenant d’un voyage dans les environs d’Avignon en 1357, au cours duquel ils rédigent des actes en faveur de Ramnulphe de Pérusse à Pierrelatte et Orange (bien que la présence de cet important seigneur limousin à ce stade de leur voyage implique peut-être qu’ils n’étaient pas eux-mêmes passés par la vicomté) : AD 49, 30 J 51, n° 6. Plus tard, en 1365, Jeanne demanda un sauf-conduit pour se rendre à la curie pontificale à Avignon : Jones, éd. [1996] 2016, n° 304. Si elle y est allée, il est possible qu’elle se soit arrêtée à Limoges en route.
  20. AD 64, E 740, fol. 2v, 3v (voir ci-dessous en annexe, n° 1 et 3).
  21. Rémy 2019, 117-119.
  22. Jones & Charon, éd. 2017, doc. XXXVIII.
  23. J’ai examiné ces chiffres et circonstances plus en détail dans Graham-Goering & Jones 2019, 54-56.
  24. Voir ci-dessous en annexe.
  25. Cette figure a été publiée pour la première fois dans Graham-Goering & Jones 2019, 55 ;je présente ici une version en plus haute résolution.
  26. Jones, éd. [1996] 2016, n° 78 et annexe II.
  27. Ibid., n° 317.
  28. Jones & Charon, éd. 2017, doc. XXXVIII, art. 58, 65, 78, 110, 131.
  29. Coativy 2006, 115-117 ; Froissart, éd. Luce (1869-1899), t. 2, 89 ; Jones & Charon, éd. 2017, doc. XXXVII (testament de Jean III), art. 10-19.
  30. Coativy 2006, 278–81 ; Cariou 1996, 24 ; Jones, éd. [1996] 2016, n° 224.
  31. Jones & Charon, éd. 2017, n° 229.
  32. Pocquet du Haut-Jussé [1928] 2000, 271. Édouard avait déjà accepté l’hommage de Charles le 24 février 1364 : Jones, éd. [1996] 2016, n° 286 ; Morice, éd. 1742-1746, t. 1, 1565-1566.
  33. Ibid., t. 1, 1592.
  34. Jones, éd. [1996] 2016, n° 308, 309.
  35. Archives départementales de Loire-Atlantique 44, E 217–2 (désormais AD 44) ; Henneman 1996, 46.
  36. Jones, éd. [1996] 2016, n° 320.
  37. Delachenal 1909-1931, t. 4, 223, surtout n. 2 ; Henneman 1996, 55 ; Clément-Simon 1898, 18-21 ; Guibert, éd. 1897-1902, t. 2, 230.
  38. Guibert, éd. 1897-1902, t. 1, 333-334 ; Jones, éd. [1996] 2016, n° 320 n. 22 ; mais voir Rémy 2019, 117, sur l’impact continu de l’autorité royale sur l’administration locale.
  39. Guibert, éd. 1897-1902, t. 1, 342, 345-353.
  40. Rémy 2019, 120-122, 124-127.
  41. Graham-Goering 2020, tableau 5.
  42. Quoique ces positions puissent tout aussi bien comporter un risque financier, comme l’a trop bien montré le cas du receveur Aymar Lestrade (voir ci-dessous en annexe).
  43. Rémy 2019, 124 n. 60 ; Horler-Underwood 2017, 96-97.
  44. Jones, éd. [1996] 2016, n° 66.
  45. AD 64, E 740, fol. 1, et voir ci-dessous en annexe.
  46. Porro super doni liberalitate per te, filia, et eundem virum tuum dilecto filio, nobili viro, Guillermo vicecomiti Bellifortis, germano nostro, gratiose nimis facti, nobilitati tue gratiarum referimus uberes actiones, ad ea parati, quantum cum Deo fieri poterit, que tui et ejusdem viri tui augmentum respicerent commodi et honoris : Déprez et al., éd. 1901-1959, n° 944 (cf. Jones, éd. [1996] 2016, n° 29).
  47. Pocquet du Haut-Jussé [1928] 2000, 254-255.
  48. Voir ci-dessous pour ces négociations.
  49. Sérent, éd. 1921 ; Vauchez 1978. Dans le cadre de cette enquête, des témoins à Périgueux ont attesté des miracles qui s’y sont produits au nom de Charles ; sur les circonstances de l’implantation de ce culte dans la région, voir Vauchez 1993, 306-307.
  50. Graham-Goering et al., éd. 2019, doc. II, art. 43.
  51. Jones, éd. [1996] 2016, 39.
  52. Une belle impression de ce sceau subsiste sur AN, J 242, n° 51 (reproduit dans Graham-Goering 2020, (fig. 5).
  53. Jones, éd. [1996] 2016, 40.
  54. Les discussions classiques de ces négociations sont celles de Déprez 1926, et de Pocquet du Haut-Jussé [1928] 2000, 235-251, mais comme ils écrivaient avant la redécouverte de la traité de 1353 (Bock 1931), leurs récits sont à corriger : voir Graham-Goering 2020, 170–179.
  55. Jones, éd. [1996] 2016, n° 154.
  56. Pocquet du Haut-Jussé 1925.
  57. Ces actes font partie d’un petit dossier contenant un inventoyre de lectres que a le seigneur de la Cosse pres Coulaures en la seigneurie Dexideuyll qui servent pour la ville dudit Lymoges, écrit d’une main peu soignée de la fin du XVe-début du XVIe siècle. Je n’ai fait que des interventions minimales dans le texte, préférant ne pas ajouter d’apostrophes ou d’accents ; les quelques corrections que j’ai apportées à la lecture sont indiquées dans les notes de bas de page. Les espaces blancs dans le document sont signalés par des points de suspension, et les lectures possibles de quelque mots problématiques sont indiqués par des points d’interrogation. Je remercie Michael Jones et Cai Henderson pour leur relecture de ces documents.
  58. AD 64, E 740, fol. 3v.
  59. MS nous.
  60. MS vous.
  61. MS ajout e, biffé.
  62. MS ajout passe, biffé.
  63. AD 64, E 740, fol. 2v-3.
  64. MS nous.
  65. MS ajout et, biffé.
  66. AD 64, E 740, fol. 2-2v ; cf. Jones, éd. [1996] 2016, n° 134, et BnF, Languedoc Doat 243, n° 42, fol. 210.
  67. MS font.
ISBN html : 978-2-35613-543-8
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Pessac
Chapitre de livre
EAN html : 9782356135438
ISBN html : 978-2-35613-543-8
ISBN pdf : 978-2-35613-545-2
ISSN : 2741-1818
13 p.
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Comment citer

Graham-Goering, Erika, “Une principauté décentrée ? Perspectives offertes par la vicomte de Limoges à partir de 1341”, in : Bidot-Germa, Dominique, Courroux, Pierre, Lamazou-Duplan, Véronique, dir., Gouverner et administrer les principautés des Alpes aux Pyrénées (XIIIe-début XVIe siècle), Pessac, Ausonius éditions, collection PrimaLun@ 20, 2023, 133-146, [en ligne] https://una-editions.fr/une-principaute-decentree [consulté le 22/12/2023].
10.46608/primaluna20.9782356135438.9
Illustration de couverture • Édouard III accorde la Guyenne à son fils Édouard de Woodstock, dit le Prince noir, 1362 (British Library, Londres, ms. latin Cotton Nero D. VI fo 31, fin du XIVe siècle).
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