Une thématique taboue ?
L’énonciation de la sexualité dans la correspondance conjugale des officiers suisses au service étranger et de leurs épouses (XVIIIe-XIXe siècles)

Durant l’Ancien Régime et jusqu’au milieu du XIXe siècle, de nombreux Suisses s’engagent au sein des armées étrangères. Depuis le front où ils combattent ou de leur ville de garnison où s’égrènent lentement les heures, ils écrivent à leurs proches restés au pays et attendent en retour de leurs nouvelles. Les fonds d’archives des familles des élites de l’ancienne Confédération suisse, dont les membres ont servi les États européens, contiennent des corpus épistolaires parfois importants qui résultent de cet éloignement géographique.

Les officiers militaires suisses sont absents de leur foyer de nombreux mois, voire plusieurs années selon les périodes ou leur situation personnelle. Pour ceux qui laissent derrière eux une épouse, la distance fait éclater la cellule conjugale et c’est à travers la lettre que les couples séparés sont en mesure de recréer une nouvelle intimité. Durant le temps parfois long de l’absence, le lien conjugal se construit ou s’actualise à travers l’interaction de leurs discours épistolaire1. Ces énonciations servent une histoire de la conjugalité moderne aux pans multiples, mais aussi perméables : au sein de l’expression de l’intime et de l’amour qui occupe une place prépondérante dans les correspondances conjugales étudiées, la frontière entre érotisme, ardentes déclarations d’affection et difficultés de la séparation est parfois difficile à cerner.

Si la littérature pornographique connaît sous les Lumières un grand succès et que le discours sur la sexualité inonde les textes savants – religieux, médicaux, juridiques –, parler de sexe demeure toutefois un tabou au sein d’un espace épistolaire qui n’est pas complètement privé. La présente étude2 s’appuie sur les correspondances de huit couples issus principalement des élites patriciennes et nobiliaires du Corps helvétique3 : quatre originaires du Pays de Vaud (de confession protestante, canton de Vaud à partir de 1803) et quatre de la République des Sept Dizains et de son territoire sujet le Bas-Valais (de confession catholique, canton du Valais dès 1815) entre la deuxième moitié du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Comme cette contribution ambitionne de le montrer, c’est en termes voilés, de façon allusive, que les couples analysés évoquent l’aspect le plus secret de leur intimité : leur sexualité maritale. Quand ils se risquent à aborder ce sujet délicat, hommes et femmes empruntent les mots des traités théologiques, mais surtout de la littérature romanesque dont le vocabulaire et la narration restent ceints par les règles de la bienséance.

Les époux se montrent toutefois beaucoup plus loquaces sur les conséquences hypothétiques ou réelles de leur sexualité, comme en témoignent leurs discussions autour des grossesses ou leur peur de l’adultère qu’ils thématisent durant leur séparation. Il apparaît enfin que ces échanges conjugaux mettent en lumière, de façon plus large, certains rapports de genre au sein des couples de l’époque moderne.

L’écueil des sources

Les problèmes de sources que pose l’histoire de la sexualité ont largement orienté les chercheur·e·s vers les discours savants traitant de ce sujet, une approche nécessaire pour saisir les normes sociales qui entourent les conduites sexuelles durant l’Ancien Régime. Pourtant, ce type de sources, certes abondant, ne dit rien des biographies individuelles, ni de la richesse des expériences personnelles4. Quant aux historien·ne·s qui ont tenté de se glisser dans les chambres conjugales d’autrefois, ils n’ont guère pu se passer de l’escorte d’un prêtre5 ou d’un juge. En effet, les pratiques sexuelles des couples sous l’Ancien Régime sont souvent déduites des sources démographiques6 à l’image des registres de paroisse. Quant aux archives judiciaires, elles éclairent plutôt les sexualités illicites : Anne Marie Sohn reconnaît ainsi « les limites d’une méthode déductive d’équilibriste7 » pour saisir les pratiques sexuelles « ordinaires » à travers les sources de la justice.

Et si une « véritable explosion discursive8 » autour du sexe se constate au XVIIIe siècle, elle est loin de toucher les écrits personnels ordinaires pourtant récemment convertis « à l’épanchement de soi » et ayant fait leur entrée « dans la culture de l’intimité »9. Pour Scarlett Beauvalet, il y a de nombreux témoignages de tendresse envers les conjoints, mais « ils ne nous renseignent pas de manière directe sur la sexualité […]10. » Certes, entre la Renaissance et les Lumières, la lettre d’amour en particulier connaît « un développement inégalé11. » Toutefois, l’espace épistolaire conserve souvent un caractère public au XVIIIe siècle. Les officiers militaires ont conscience que les lettres qu’ils adressent à leurs épouses au pays sont susceptibles d’être lues par toute la famille, avide de leurs nouvelles. D’ailleurs, la majorité des femmes étudiées cohabite avec des membres de leur famille ou de leur belle-famille.

De même, malgré l’injonction de plus en plus persistante à ce que le cœur conduise la plume, les scripteur·ice·s ne se départissent pas complètement des règles intériorisées de respect, de retenue et de pudeur prônées par les manuels épistolaires de l’âge classique12. Au fil du XVIIIe siècle, si le discours amoureux est de plus en plus valorisé au sein des couples, parler ouvertement de sa sexualité ne semble toujours pas convenable, en particulier chez les femmes : « Au reste ne me demande plus de ces explications [sur notre sexualité] outre que je suis trop gauche à les faire, il me paroit qu’elles ne siéent pas bien à la plume d’une femme13 » explique Julie d’Odet à son époux Louis, lieutenant au service de France. Les historien·ne·s de la période moderne soulignent la rareté de la parole des femmes concernant leurs propres pratiques sexuelles et leur vision de la sexualité14. Si l’on en trouve quelques rares exemples, à l’instar des lettres de patientes au docteur Tissot15, la thématique est le plus souvent absente des missives du quotidien16. En effet, dans les lettres et les diaires des femmes de la gentry anglaise, étudiés par Amanda Vickery, « la spiritualité et la sexualité […] » sont « les seuls sujets qui ne sont jamais
évoqués17. »

Enfin, il y a la censure. La littérature évoque d’innombrables billets échangés et détruits après lecture. Il ne faut pas non plus négliger les éventuelles purges subies au sein des archives privées, au fil des générations.

Un contexte conjugal qui incite
aux confidences intimes

Malgré un contenu moins prolixe qu’espéré, Alain Corbin met tout de même en avant les potentialités du recours à l’écriture de soi pour l’histoire de la sexualité. Il appuie son postulat sur les travaux de Tim Hitchcok concernant la vie sexuelle de John Cannon, « seule manière de faire véritablement l’histoire de la sexualité », ainsi que l’essai de Fabienne Casta-Rosaz consacré à l’histoire du flirt18. Le contexte conjugal particulier des officiers au service étranger – les longues absences, parfois dès le début du mariage, ainsi que la réputation sulfureuse de la profession militaire à laquelle l’imaginaire public associe de nombreux vices – incite la plupart des couples étudiés à mettre en écriture la thématique de la sexualité, en particulier dans son acceptation large (fécondité et sexualités illégitimes). Clémentine Vidal-Naquet, qui explore les relations de couples durant la Grande Guerre, observe que la séparation qui empêche l’accomplissement du désir conjugal durant quatre années engage certains époux à écrire « massivement autour de ou sur la sexualité19 ». L’historienne contemporanéiste analyse ainsi des énonciations érotiques très crues ; parfois, les pratiques sexuelles de certains de ses épistoliers sont même décrites. Ce constat linguistique est évidemment bien différent pour l’Ancien Régime où le langage allusif est roi. Les rares évocations ou représentations des sexualités conjugales modernes sont « rédigées à mots couverts, restant comme voilées derrière le système de valeurs dominant20. » Au sein de l’espace épistolaire, traquer les « traces balbutiantes, souvent mutilées et surtout disparates21 » des discours sur la sexualité relève d’une véritable chasse au trésor dans l’univers de l’euphémisme et de l’ellipse, largement influencé par le vocabulaire religieux ou littéraire.

Dire le sexe : quels modèles ?

[…] ta dernière lettre m’a fait lire plus attentivement ce passage et je n’ai pas eu de peine à voir que tu y avois caché une petite malice, c’est méchanceté de ta part, tu veux voir comme je m’en tirerois, mais pour t’attraper je renvois ma réponse au moment fortuné où je pourrois t’embrasser. Je veux pourtant te dire deux mots sur l’explication que tu me demandes. Tu crois que le plaisir que nous aurions à nous voir seroit moins vif s’il n’étoit soutenu du désir de nous rapprocher plus particulièrement. Je ne sais trop que répondre là-dessus, si je disois le contraire, tu me traiterois de platonicienne qui dément ce que je dis par mes actions ; d’un autre côté, il me paroit que c’est trop ravilir la tendresse de la faire consister dans les plaisirs des sens et non dans ceux de l’âme, du cœur, et de l’esprit. Enfin pour prendre un milieu, je dirois que l’un soutien l’autre, mais que je préférerois toujours le simple plaisir de te voir à tous les plaisirs que quel mortel que ce soit pût me procurer et s’aimant comme nous le faisons, je le regarde comme un assaisonnement que l’on met à une viande déjà exquise ; au reste ne me demande plus de ces explications, outre que je suis trop gauche à les faire, il me paroit qu’elles ne siéent pas bien à la plume d’une femme ; c’est toujours sauf meilleur avis. J’espère à présent que tu ne me bouderas pas et que cette fantaisie te sera passée22.

C’est ainsi que Julie d’Odet répond en juillet 1773 à la « petite malice » de son époux, Louis, à savoir que leurs retrouvailles seraient moins savoureuses si elles n’impliquaient pas l’espérance de relations sexuelles. Cet extrait révèle étonnement une perception très positive de l’acte conjugal chez la jeune mariée. Au XVIIIe siècle, en effet, de nombreux catéchismes véhiculent une pédagogie « centrée sur le péché et la peur de la chair », « dévaluant la sexualité » ; ce rigorisme n’a cependant pas « totalement occulté les efforts de revalorisation du couple [dans la lignée tridentine] et n’a pas empêché la diffusion d’une manière de voir plus optimiste, caractérisée pas un élan de sentimentalité qui s’est traduit par un début de fusion entre tendresse et pulsion sexuelle23. » La conception des plaisirs charnels de Julie, catholique, est fortement influencée par une vision théologienne moins rigoriste, à l’image par exemple de celle de Saint François de Sales. Dans son Introduction à la vie dévote, ouvrage adressé en premier lieu aux femmes24, ce dernier compare – comme Julie – les « voluptés honteuses & celles du manger », notamment les viandes et prévient : « J’expliquerai donc ce que je ne puis pas dire des unes par ce que je dirai des autres25. » Sur le fond, contrairement à beaucoup d’autres théologiens, François de Sales évacue la dimension peccamineuse du commerce conjugal, puisque les époux sont en mesure de se sanctifier mutuellement.

Portrait de Louis d’Odet au régiment de Courten, huile sur toile, Jean Melchior Wyrsch, 1779 © Musées cantonaux du Valais, Sion, photographie Jean-Yves Glassey.
Portrait de Louis d’Odet au régiment de Courten, huile sur toile,
Jean Melchior Wyrsch, 1779 © Musées cantonaux du Valais, Sion,
photographie Jean-Yves Glassey.

Parler de sexualité contrevient toutefois plus que tout autre sujet aux règles de bienséance, de modestie et de pudeur qui sont assignées particulièrement aux femmes par les manuels épistolaires ou de civilité. De même, « leur éducation orientée vers une négation des désirs sexuels et de leur expression » explique la difficulté qu’elles ont à aborder le sujet26. Julie se dégage ainsi de la responsabilité de ses dires en encadrant sa réponse d’une remarque sur la « malice » de son mari et sur le fait que de tels propos ne conviennent pas à la « plume d’une femme ». À une époque où seules les prostituées sont censées afficher « un désir sexuel exceptionnel27 », les détours linguistiques qu’elle emprunte, les termes voilés, les tournures négatives, et l’usage de la métaphore trahissent son malaise et confèrent une certaine retenue à l’évocation d’une sexualité conjugale pourtant licite.

En effet, parallèlement à la multiplication des discours sur la sexualité, Michel Foucault observe depuis le XVIIe siècle « [u]ne épuration – et fort rigoureuse – du vocabulaire autorisé. Il se peut bien qu’on ait codifié toute une rhétorique de l’allusion et de la métaphore. De nouvelles règles de décence, sans aucun doute, ont filtré les mots : police des énoncés28. »

Tout comme leurs modèles littéraires, scripteur·rice·s évoquent ainsi le sujet tabou par des chemins détournés : « Oui mon cher Eugène, j’aime mieux te l’avouer à présent que plus tard où tu ne prendrais peut-être pas si bien la chose, cette petite séance dans ce lieu charmant que j’ai visité depuis, cette petite séance, je crois, n’a pas été sans fruit29. » La Valaisanne Eugénie de Courten aurait pu simplement annoncer sa grossesse à son mari. Cette dernière est cependant un prétexte bienvenu et semble-t-il convenable, pour faire allusion à leur ébat sexuel qui en est à l’origine.

La correspondance du seul couple masculin de notre corpus ne fait pas figure d’exception en matière de laconisme sur ses pratiques sexuelles. S’il n’est pas avare en déclarations d’amour enflammées, c’est en termes bien chastes (et de fait peut-être surinterprétés par l’historien·ne) que le militaire Abram Amédroz fixe rendez-vous à son amant Wolfgang-Charles de Gingins, officier aux Gardes suisses, originaire du Pays de Vaud protestant : « je serai demain sans faute à Seves […] comme tu y vas dîner aujourd’hui, je te conseille d’y rester pour peu qu’on t’en presse […] surtout que nous ayons le même appartement que la première fois, pour faire la causette le soir […]30. » Peut-être conscient de l’illégitimité morale de leur relation, Amédroz reste toujours prudent lorsqu’il s’agit d’organiser leurs entrevues nocturnes et ne les commente d’ailleurs jamais par la suite ; il ne signe pas non plus ses billets et encourage son cher Gingins à divers stratagèmes épistolaires (type de papier, grandeur de l’écriture, cachet) afin de « dérouter les curieux ».

Il arrive toutefois que l’allusion sexuelle se fasse plus directe, en particulier chez les jeunes mariés. « […] Attendez tranquillement la plus passionnée visite que l’on ne vous aura jamais faite31 », annonce David-Louis Constant d’Hermenches en pleine Guerre de Succession d’Autriche à sa nouvelle épouse Anne-Louise-Françoise de Seigneux, restée chez eux au Pays de Vaud. Mais l’officier militaire au service de la Hollande a tout de même conscience qu’il enfreint les limites de la décence puisqu’il met en garde sa femme : « [ma mère] auroit aussi grande envie de voir mes lettres, mais ma mie, continuez sur ce ton, dans ma réponse je lui dirai que je vous ai demandé de ne pas les montrer. » Cette assertion illustre bien le caractère encore peu privé des correspondances au XVIIIe siècle.

Au-delà du vocabulaire religieux, c’est ainsi surtout le langage de la passion propre à la littérature romanesque qui influence les scripteur·rice·s, catholiques ou protestants, dans l’écriture de leur intimité. Il faut souligner aussi que « pour parler de sexualité et éviter d’être censurés, les romanciers vont devoir mettre en place, dès le XVIIIe siècle, des écrans narratifs de plus en plus élaborés afin de se désolidariser, en apparence du moins, des comportements […] désirants de leurs propres personnages32. » Le motif du baiser par procuration, abondamment repris par les scripteur·rice·s ordinaires, illustre particulièrement ce constat.

Le motif littéraire du baiser par procuration

Les formules exprimant la souffrance de l’éloignement occupent une place centrale dans les correspondances des officiers et de leurs épouses. Le manque de l’autre, de son corps notamment, s’illustre à travers la thématique du baiser par procuration. Pour pallier l’absence physique de l’être aimé, divers objets deviennent des médiateurs ou des supports matériels de l’affection. Ainsi, pour le capitaine Vincent de Courten au service de Piémont-Sardaigne – à l’instar de plusieurs épistolier·ère·s –, c’est la lettre qui se substitue au corps de sa femme :

C’est ce qu’on peut vraiment appeler un billet doux. Que ne puis-je aller baiser la main qui l’a tracé, baiser ensuite la bouche qui me confirmeroit toute la tendresse qui y est exprimée ! À défaut de tant de bonheur, je me trouve bien heureux encore d’avoir le billet lui-même à baiser : c’est dans le fond un triste substitut à la bouche d’une aimable femme qu’un morceau de papier33.

La répétition du mot baiser et la ponctuation exclamative mettent en exergue l’ardeur du capitaine. Dans une autre missive, il signe également : « En attendant que tu viennes les prendre de ma bouche, reçois sur ce papier mille ardents baisers de ton passionné Vincent34. » Cette formule se retrouve sous la plume de certaines femmes qui utilisent un autre médiateur physique : le portrait de leur époux. « Je resserre toujours ton image, tendre ami. Je la porte continuellement sur mon cœur et je lui donne soir et matin mille et tendres baisers. Quand pourrais-je les donner à l’original35 ? », demande ainsi en 1799 Eugénie de Courten à son époux Eugène, major au service d’Angleterre. Marie-Suzanne de Mestral écrit pratiquement les mêmes mots à son époux le capitaine Henri-Georges, alors en séjour aux bains de Plombières : « […] Depuis ton départ, je ne me suis ni couchée ni levée sans donner non pas un, mais mille tendres baisers à ta silhouette qui fait toute ma joie lorsque je n’ai pas l’originale36. »

Le motif du portrait de l’être aimé, ainsi que l’expression hyperbolique mille tendres baisers témoignent d’un caractère littéraire et sont légion, entre autres, au sein des romans épistolaires. « Je regarde sans cesse votre portrait qui m’est mille fois plus cher que ma vie37 », dit Marianne à son cher officier dans les Lettres portugaises. Au sein du succès d’édition Pamela de Richardson – l’une des lectures d’Eugénie de Courten – l’époux de l’héroïne lui ferme « la bouche par mille baisers […]38. » Lorsque Saint-Preux reçoit le portrait de sa maîtresse, c’est à travers un langage empreint d’érotisme que Rousseau décrit le comportement, somme toute très chaste, de son personnage : « Ne sens-tu pas tes yeux, tes joues, ta bouche, ton sein, pressés, comprimés, accablés de mes ardents baisers39 ? »

Portrait d’Eugénie de Courten, huile sur toile, Félix Cortey, 1809, Collection privée.
Portrait d’Eugénie de Courten, huile sur toile, Félix Cortey, 1809, Collection privée.

Dans le code d’expression de la tradition romanesque du XVIIIe siècle, le baiser à distance est un motif « conforme aux bienséances et à la dignité » souhaitées dans le roman : selon Yen Mai Tran-Gervat, « un amant peut donner un baiser à sa dame “à distance”, ou par procuration, pour témoigner de la sincérité d’un amour dévoué et respectueux. […] [I]l offrira ses baisers de manière épistolaire, ou encore, au portrait […] de sa maîtresse40. »

Les médiateurs qui se substituent au corps de l’époux prennent également d’autres formes dans les correspondances conjugales étudiées. Pour Julie d’Odet, mariée depuis 18 ans, ce sont les arbres plantés par son époux Louis, capitaine d’infanterie au service de France, qui deviennent littéralement le support de ses larmes et de ses baisers :

Voilà quatre fois que je vois coucher le soleil depuis ton départ, je tâche de le rendre le seul témoin de mes larmes, car je passe au verger la plus grande partie de la journée ; mon esprit y souffre moins de distraction, rien ne le détourne de l’objet dont il est incessamment occupé. J’y vois les arbres que tu as plantés, je les visite plusieurs fois le jour […] j’ai visité avec soin dimanche tous les arbres de Chandoline, ils bourgeonoient presque tous, je leur ai donné bien des baisers pour celui qui les a plantés avec tant de soin41.

Là encore transparaît le caractère littéraire de ce passage où le verger de Julie n’est pas sans rappeler celui de son homonyme chez Rousseau, tout comme les arbres peuvent faire écho aux célèbres bosquets. La symbolique – sexuelle en particulier – de ces deux lieux a été largement analysée42.

Enfin, les enfants sont très souvent le support des embrassades de leur mère qui retrouve en eux les traits physiques de son époux. On y perçoit alors un déplacement du couple conjugal amputé vers le couple mère-enfant.

Le baiser par procuration, qui traduit et comble partiellement les difficultés affectives de l’éloignement physique entre les conjoints, véhicule une certaine connotation érotique empruntée à l’esthétique littéraire, tout en respectant les convenances. Le motif se retrouve tant sous la plume des femmes restées au pays que sous celle de leurs maris officiers. De manière générale, l’énonciation amoureuse féminine présente toutefois une intertextualité plus importante que celle de leur époux. Plusieurs facteurs l’expliquent : les nouvelles « compétences sociales » assignées aux femmes43, « les rapports entre alphabétisation, littérature et amour romantique »44, « la consommation élargie de littérature – en particulier la lecture de roman par les femmes, ainsi que l’apparition de nouveaux modèles à imiter dans l’expression des émotions »45. À la fin du siècle des Lumières, les femmes suisses ont investi le champ de la correspondance auparavant réservé aux hommes et y ont amené un lexique plus émotionnel, une tonalité plus sentimentale46 qui influence également, en résonance, l’écriture des hommes de leur parenté.

Ce sont surtout toutefois les conséquences de leur sexualité qui sont plus largement évoquées par les couples étudiés. Les considérations autour des grossesses des épouses mettent ainsi en exergue la thématique du « devoir conjugal ».

Devoir conjugal et grossesses

Alors que les médecins des Lumières prônent les bienfaits d’« une activité sexuelle modérée » ainsi que de la gravidité sur la santé physique des femmes47 les vécus de ces dernières témoignent d’une réalité souvent inverse. En six ans de mariage, Eugénie de Courten a déjà mis au monde cinq enfants avec des conséquences fâcheuses pour elle-même comme le relève son mari :

Ton physique avoit considérablement souffert depuis les suites de tes couches de notre zizi [Louis], les deux qui ont succédé à celle-là n’ont pas peu contribué à te miner davantage & malheureusement je n’ai que trop souvent entendu dire que tu prendrois une mauvaise route s’il n’y avoit pas un intervalle à tes grossesses qui te donna le temps de reprendre des forces. La Providence en permettant que je me sépara de toi paroit avoir jeté un [illisible] favorable sur ta légère ou fragile constitution […]. Tu as enduré tout ce à quoi la femme la mieux constituée & la plus forte auroit peut-être succombé […]. Profite bien chère Eugénie de cette absence qui, quoique sensible à ton cœur, doit être avantageuse à ta santé. Il ne tient qu’à toi de reprendre de l’embonpoint & de te faire ce que nous appelons une santé impertinente48.

Bien que les grossesses successives d’Eugénie mettent la vie de celle-ci en danger, pour son époux Eugène, seul son éloignement physique autorise une interruption de leur vie sexuelle. Selon Nahema Hanafi « […] le mariage entraîne une forme de dépossession de soi, en ce qu’il lie la destinée de deux individus et contractualise une mise à disposition du corps des conjoints. Les femmes la subissent plus nettement parce qu’elles deviennent un instrument de reproduction sur lequel les époux et la parenté ont toute autorité à exercer leur pouvoir49. »

Dans les territoires catholiques, le retour du mari au pays induit le plus souvent des relations sexuelles pour la plupart des femmes, selon les correspondances étudiées. Ainsi Julie d’Odet anticipe déjà les potentielles conséquences fécondes du retour de Louis à la maison :

[…] je ne suis propre à rien, ni pour l’ouvrage de la campagne ni pour les ouvrages de mains. Tu trouveras ton équipage bien mal arrangé, mais tu prendras patience. J’espère que cet hiver je travaillerai bien, si à ton retour tu ne me donnes pas la maladie de neuf mois, car jusqu’à présent, il n’y a rien sur le chantier50.

Vincent de Courten51 promet quant à lui de la « douceur » à son épouse Victoire pour lui éviter un « excès de fécondité » qui pourrait nuire à sa santé52. À travers le terme « douceur », l’officier catholique – connu pour être très pieux – parle-t-il d’abstinence totale ou de pratiques contraceptives illicites ? La rhétorique de l’euphémisme en matière de sexualité nous impose ici des limites à toute interprétation. Les pratiques sexuelles des couples, telles que la contraception, doivent être appréhendées à travers d’autres méthodes d’analyse (à l’instar du calcul des intervalles intergénésiques des épouses, croisé aux permissions des époux, par exemple). En l’état de nos recherches, les Valaisan·nne·s catholiques étudié·ée·s ne semblent pas user de méthodes contraceptives ou du moins de méthodes efficaces, dans un contexte où « les pratiques prémalthusiennes se multiplient » pourtant en France et dans les régions protestantes de la Suisse romande actuelle au cours du second XVIIIe siècle53.

Ces extraits permettent ainsi d’évaluer de quelle manière les couples, ici catholiques, envisagent l’injonction très forte du devoir conjugal, énoncé par Saint Paul et renforcé au XIIIsiècle par Saint Thomas d’Aquin.

Or, l’accomplissement du devoir conjugal – remède phare à la concupiscence – est entravé par les longues absences masculines dues à la profession militaire. Maris et femmes ont conscience que leur éloignement empêche la prise de ce « médicament » essentiel à la fidélité conjugale, et ils thématisent souvent leur crainte d’une sexualité extra-conjugale au sein de leur correspondance.

L’école des maris d’après les dessins de François Boucher (1734), décor peint sur toile du salon de Pancrace de Courten, Joseph Rabatio, 1766, © Musée cantonaux du Valais, Sion, photographie Jean-Yves Glassey.
L’école des maris d’après les dessins de François Boucher (1734), décor peint sur toile du salon de Pancrace de Courten, Joseph Rabatio, 1766,
© Musée cantonaux du Valais, Sion, photographie Jean-Yves Glassey.

La peur de la sexualité extra-conjugale

Les travaux sur la thématique de l’adultère à l’époque moderne sont principalement l’œuvre des chercheurs en littérature et des historiens de la justice. Toutefois, appréhender ici la peur de l’infidélité ou l’écriture de la jalousie au sein des correspondances conjugales, c’est se pencher sur les modalités d’énonciation de l’inquiétude des époux face à la sexualité extra-conjugale de l’autre, un angle encore peu étudié. Les élites sont souvent exemptes de poursuite judiciaire en matière de sexualité illégitime54 et leur voix n’apparaît que rarement dans les sources de la justice. À travers l’analyse des ego-documents de notre corpus, les représentations des catégories supérieures, trop rares sur le sujet, sont ainsi exceptionnellement mises en lumières.

Selon Agnès Walch, « pour les historiens, [l’adultère] paraît si universellement pratiqué qu’il se déroberait en tant qu’objet historique55. » Pourtant, l’écriture de la jalousie « présente, selon les époques historiques et les aires culturelles, des visages bien différents56. » La question de l’adultère s’énonce aussi de manière inégale d’un couple à l’autre, en fonction de sensibilités familiales et politiques différenciées ou du contrôle social plus ou moins efficace, autant de variables qui pèsent plus ou moins fortement sur les individus. En laissant transparaître les rapports de pouvoir au sein du couple ainsi que la vision des sexualités masculine et féminine des scripteur·rice·s, ce prisme d’analyse est aussi une fenêtre privilégiée sur certains rapports de genre du passé.

Un métier dangereux…pour la vertu !

L’éloignement des époux pour de longues durées – qui empêche l’accomplissement du devoir conjugal – ainsi que la mauvaise réputation de la profession militaire encouragent dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle la formulation par écrit de cette thématique que l’on retrouve peu dans les correspondances de couples plus sédentaires en Suisse romande. Le service étranger souffre en effet d’une image de plus en plus en plus négative au cours du XVIIIe siècle57. L’imaginaire public associe notamment de multiples vices à cette profession, tels que les abus du jeu, de boisson et de sexe. En 1802, l’évêque de Sion Mgr Blatter critique l’occupant français dont les armées « s’avèrent particulièrement dangereuses pour les hommes mariés, abandonnés par leurs épouses qui leur préfèrent les militaires étrangers »58. Pour l’évêque valaisan, la sexualité des militaires est aussi dangereuse que celles des femmes ! En France, où servent de nombreux officiers suisses, les récits de généraux ou des autorités civiles déplorent les « filles de mauvaise vie » autour des casernes59. « Tu aurois horreur de ton sexe » écrit le major Eugène de Courten à sa femme, alors qu’il lui raconte comment les « filles publiques » de Portsmouth racolent les militaires gradés60. De nombreux officiers, à l’instar du colonel Pancrace de Courten, le père d’Eugène, vivent au vu et au su de tous avec leur maîtresse, près du lieu de séjour de leur régiment61.

Selon Nahema Hanafi, « la progression de l’encasernement au XVIIIe siècle a éloigné les épouses et renforcé par ailleurs “le caractère masculin de la communauté militaire”. Le contexte homosocial de l’armée, espace d’apprentissage d’une masculinité spécifique, conduit certainement à une surenchère des actes prouvant la puissance virile62. » L’historienne, qui étudie l’évocation de la sexualité masculine dans les correspondances de patients adressées au docteur lausannois Tissot, constate que « les gens de guerre sont généralement ceux qui, dans le fonds Tissot, écrivent le plus crûment leurs frasques sexuelles, tout comme la variété de leurs relations ». Ceux-ci « relatent souvent une sexualité très active, avec des prostituées notamment63. » Au sein de leurs mémoires et leurs autobiographies également, il arrive que les officiers évoquent, dans une optique de pénitence pour certains, la vie sexuelle débridée qu’ils ont menée durant leurs jeunes années de service.

Les correspondances étudiées attestent que les femmes ont pleinement conscience des tentations auxquelles font face les militaires, ces derniers leur racontant volontiers les nombreuses fêtes auxquelles ils participent dans la bonne société locale de leur ville de garnison. Ainsi, en 1742, le capitaine vaudois Benjamin de Chandieu n’hésite pas à dresser pour sa femme Manon, restée au pays, la liste des « plus jolies demoiselles » de la ville d’Aire[-sur-la-Lys] au Nord de la France64. Toutefois bien sûr, rares sont ceux qui évoquent leurs infidélités dans les lettres à leurs épouses. Les missives conjugales du libertin David-Louis Constant d’Hermenches, au service de la Hollande, font ainsi figure d’exception :

[…] dans le temps que j’ai essuyé tous les bouleversements de différentes sortes de passions, que j’ai aimé avec fureur, que même j’ai été aimé : vous m’avez vu revenir à vous ma chère Lisette […]. Je vous trouve la plus raisonnable des femmes sur l’infidélité qui ne regarde que les effets du tempérament. Mais soyez assurée ma chère amie que je n’abuserai point de votre façon de penser, vous me verrez fidèle de toutes les façons. Ce n’est cependant pas faute d’occasions, car notre Armée regorge de toutes sortes de femmes. Vous me demandez Ma Mie si je n’ai jamais été dégoûté du commerce des femmes […]65.

Face au comportement adultère de David-Louis, son épouse semble afficher une remarquable tolérance. Mais malgré de nombreuses assurances de fidélité de la part des officiers, toutes les femmes ne font pas preuve d’un tel détachement apparent face à ce « vice » si répandu, en témoigne une lettre de Julie d’Odet à son époux :

Je parlois à Mr L’abbé Courten du bonheur d’une union bien assortie ; […] je lui dis en riant qu’avant que je te connu [je m’étois] toujours défendue d’épouser un militaire, il m’a répondu que [papier endommagé] étoit nos militaires aujourd’hui, j’avois raison de penser que tu faisois une exception à la règle et que tu pouvois être [papier endommagé] comme le modèle de chaque état puisque tu en avois les vertus sans en avoir les vices, de plus il a ajouté que tu étois le seul qu’il connût qui mérita cet éloge. Tu vois maintenant si tu as raison de dire qu’il faut que tu travailles beaucoup pour mériter ma tendresse […]66.

La jeune mariée semble ainsi se convaincre qu’une trahison de son mari, Louis, est impossible. D’une certaine façon, à travers la confiance dont elle le pare dans cet extrait, elle met aussi en garde l’officier d’Odet contre un comportement infidèle qu’elle ne tolérera pas.

La sexualité extra-conjugale est un sujet qui revient chez presque tous les couples étudiés. Pour certains, l’énonciation de la jalousie s’opère sur le ton du badinage, de l’humour ; un véritable jeu entre les époux s’installe alors67. Mais si la plupart des couples se témoignent, en apparence du moins, une relative confiance et échangent plutôt sereinement sur le sujet, l’infidélité constitue parfois une véritable crainte qui peut miner la relation conjugale épistolaire.

C’est le cas de Benjamin et de Jeanne Closuit. En 1827, criblé de dettes, le sergent Closuit s’engage au service de Naples, laissant sa femme et leurs cinq enfants en Valais. De leurs quatre années de séparation, 63 lettres ont été conservées. Parmi celles-ci, pas moins de 16 évoquent des craintes d’infidélité de part et d’autre, ce qui témoigne de l’importance du sujet au sein de ce couple. En 1829, Benjamin écrit depuis Capoue en Italie :

J’ai aussi appris de Perrin, que lorsqu’il passa a Martigny que tu lui as dit que tous les enfants se portaient bien, mais que toi-même tu ne pouvois pas l’être, en entendant dire que j’entretenais une femme ici, que tu ne pouvais pas être ni bien portante ni gaie, et que c’était Mathay qui te l’avait dit ; tes idées et ton opinion sont donc toujours les mêmes, rappelle-toi que depuis notre union, ce sont les mauvaises langues et la médisance que tu as eu le plaisir d’écouter qui ont été cause de tant de questions que nous avons eues, et que même furent cause de mon éloignement, tu écoutes, je dois écouter aussi, on t’en dit et tu le crois on m’en a beaucoup dit aussi je dois donc le croire aussi. Et si jamais Dieu veut que je retourne au pays, tu peux attendre de moi une explication sérieuse sur ton compte, je [suis] fâché de te le dire. Je me suis toujours fié sur ta fidélité tant au pays qu’en France, et toi au contraire tu as toujours eu une méfiance absolue de ma conduite, mais maintenant j’ai appris quelque chose qui me ronge le cœur, et qui me paraît trop vraisemblable pour ne pas le croire, c’est assez je te le dirai de bouche68.

Les problèmes de jalousie dans le couple Closuit remontent au début de leur mariage et ne sont pas la conséquence de l’éloignement comme c’est le cas chez d’autres couples du corpus étudié. À ce titre, le prisme de l’absence permet la mise en écriture d’un aspect du quotidien conjugal qui aurait échappé à l’historien.ne. Cependant, les limites normatives de l’épistolaire interviennent rapidement pour empêcher toute confidence : « c’est assez, je te le dirai de bouche. » Cette assertion indique également que Benjamin a conscience que son épouse ne sera pas seule à lire ses lignes. En effet, Jeanne est analphabète, et ce sont divers intermédiaires – dont certains lui sont proches, mais d’autres, beaucoup moins – qui rédigent ses lettres sous sa dictée et lui lisent les lettres de son mari. Le sujet de la crainte d’une infidélité conjugale est donc évoqué devant plusieurs autres personnes. Bien plus, c’est la sexualité même du couple qui est scrutée et surveillée par leur entourage : compagnon de guerre pour Benjamin, parents ou voisins pour Jeanne. Ainsi, en 1829, un certain Jean Fon dénonce le comportement soi-disant adultère de cette dernière dans une lettre adressée à Benjamin. Jeanne s’empresse alors de rassurer son époux :« tu trouveras dans ma personne, si tu viens à ce que je désire ardemment en recrutement, le pucelage de ta chère épouse tel que tu m’as laissé [sic] et Jean Fon le charron qui t’écrit cette lettre a bien voulu me récompenser, mais je n’aime pas cette méthode69. »

D’ailleurs, lorsque sa fidélité est mise en doute, celle-ci engage la caution de son entourage dont elle critique pourtant à de nombreuses reprises la surveillance et l’utilise à son avantage pour attester de sa vertu :

Ta dernière lettre m’a bien fait pleurer, je ne sais pas qui t’a pu monter l’esprit de cette manière-là, pour ma conduite je n’ai rien à me reprocher, je prends à témoin les personnes du voisinage, et même les personnes de la ville si cela te fait plaisir, ce n’est pas lorsque l’on est mère d’une famille nombreuse que l’on doit oublier ses devoirs, je suis un peu trop chargée de souci pour l’entretien de mes enfants pour m’occuper de la manière dont tu me parles dans ta dernière lettre70.

Chez Jeanne et Benjamin, le sujet de l’infidélité est abordé de manière plus frontale et agressive que chez les autres couples étudiés. Plusieurs facteurs expliquent ce trait : la période – le premier tiers du XIXe siècle – et un milieu social d’une part moins favorisé (Benjamin est instituteur, issu de la petite bourgeoisie), et d’autre part moins soumis aux règles de bienséance et de pudeur que les élites patriciennes ou nobiliaires. Mais surtout, le couple Closuit fait partie du milieu radical valaisan – un courant libéral et anticlérical – dont les individus présentent des comportements sexuels souvent plus libres71. Jeanne et Benjamin ont d’ailleurs une sexualité prémaritale avérée puisque leur premier enfant a été conçu avant leur mariage. Cette plus grande liberté face aux normes religieuses du Valais catholique explique peut-être leur virulence énonciative sur le sujet.

Comme en témoigne le couple Closuit, la situation d’absence masculine et la thématique de l’infidélité donnent ainsi la mesure du contrôle social qui pèse sur les individus. Leur exemple atteste que cette « passion bourgeoise » est encore loin d’être « canalisée dans la sphère privée » au XIXe siècle72. L’absence masculine et le prisme de la sexualité extra-conjugale permettent de découvrir l’existence de pourparlers conjugaux qui échappent généralement au chercheur. En ce sens, ils ouvrent une fenêtre sur certains rapports de genre, notamment les négociations et les ajustements de pouvoir au sein du couple.

Une fenêtre sur les rapports de pouvoir conjugaux

Ne crois pas ma bonne amie que jamais je ne te fasse un crime d’avoir pris part aux fêtes que MM. les Cavaliers de Sierre, toujours occupés des plaisirs des dames, se font une joie de donner […]. Une fois pour toute, Eugénie, ne te prive pas de ces distractions honnêtes, tu as assez de vertu et d’attachement pour ton ami pour qu’il n’ait pas à redouter de la perte de ton cœur73.

Alors que dans le Pays de Vaud, David-Louis Constant d’Hermenches tend à limiter la sociabilité de son épouse74, certains officiers, comme Eugène de Courten, encouragent leur femme à sortir pour ne pas sombrer dans une mélancolie que leur éloignement induit souvent. Eugène et Eugénie n’ont guère partagé de quotidien ensemble depuis leur mariage six ans plus tôt. C’est donc au sein d’un espace épistolaire devenu espace conjugal de substitution que se discutent les marges d’autonomie et d’autorité du couple.

À travers le prétexte d’un échange sur la question de l’adultère, Julie d’Odet soumet quant à elle son mari Louis à un véritable test. En effet, celle-ci a entendu les propos d’un officier militaire, ami de son époux, qui affirme que toutes les femmes sont des créatures lascives et infidèles. La jeune mariée emploiera plusieurs lettres à réfuter et à argumenter contre ce préjugé à l’égard des femmes, espérant percer à jour Louis sur cette injustice qui la scandalise au plus haut point :

Je suis aimée de l’époux le plus tendre et qui m’estime assez pour [papier endommagé] en ma faveur à bien des défauts que l’on reproche à mon sexe et pour [papier endommagé] croire aussi flétrie que le disent nos jeunes libertins qui n’ayant eu garde s’adresser à des femmes dont la vertu trop connue les auroient fait échouer dans leur projet pervers, n’ont cherché à séduire que des femmes perdues et qui, bien loin de résister à la séduction, ne faisoient qu’une défense faible […]. Nos jeunes gens, dis-je, se croient en droit de juger toutes les femmes parce qu’ils n’ont point trouvé d’obstacle où il ne pouvoit point y en avoir. Je me suis laissée entrainée à cette sortie, par le chagrin de voir que si peu de femmes jouissent d’un bien qui fait le bonheur de ma vie et qui seroit dû à plus de femmes qu’on ne croit, elles paroissent me dis-tu en général plus méchantes que bonnes ; je voudrois avoir un juge impartial qui, la balance à la main, mettoit dans chaque tasse les défauts de votre sexe et ceux du nôtre, je ne sais si la balance jugeroit point en notre faveur […]. Je ne vois pas beaucoup d’hommes propres à faire le bonheur d’une âme délicate, il en est sans doute qui seront de bons maris suivant l’opinion que le public s’en forme, mais je voudrois quelque chose de plus que le public demande, c’étoit ma façon de penser avant mon mariage et tu n’as pas peu contribué à me gâter sur cet article75.

Pour rallier son époux à sa cause, Julie use de plusieurs stratagèmes rhétoriques. Elle encadre ainsi à chaque fois, comme dans l’extrait ci-dessus, sa critique des hommes en général de louanges à l’égard de Louis. Elle use également de plusieurs figures de style, à l’instar de cette épanaphore au caractère hyperbolique, dans une autre de ses lettres : « Je trouverois mon sexe encore plus à plaindre s’il s’étoit réellement rendu digne de ce mépris si général, je craindrois de mettre au monde des filles si elles devoient participer à l’infamie de leur sexe76. » Dans l’argumentaire de la jeune femme le problème de l’infidélité féminine glisse au fil des échanges vers la question de la condition féminine en général et aboutit à un discours sur les inégalités entre hommes et femmes plutôt rare au sein des correspondances ordinaires. Durant toute sa première année de mariage, Julie d’Odet va tester un époux qu’elle connaît assez peu et dont elle a été rapidement séparée après leur mariage. Elle avouera même le but de sa démarche : « […] pour voir si tu le [ton ami] soutiendrois opiniâtrement, mais ce piège qui m’avoit réussi envers d’autres fut inutile envers toi […]77. »

Conclusion

Au XVIIIe siècle, le langage euphémique est roi quand il s’agit d’écrire sur sa sexualité. Ayant intégré depuis longtemps les règles épistolaires de la bienséance, influencé·e·s par le champ lexical et les écrans narratifs des littératures romanesque et religieuse, c’est toujours à reculons et à tâtons que les scripteur·rice·s, qu’ils-elles soient catholiques ou protestant·e·s, se risquent à aborder le plus intime des sujets, d’ailleurs fort peu convenable à une plume féminine ou susceptible de choquer l’entourage du couple.

Les lettres conjugales ne constituent aucunement un accès privilégié aux pratiques sexuelles des individus de l’époque moderne, l’historien·ne est condamné·e à rester derrière la porte de la chambre conjugale, tout au plus à lorgner par le trou de la serrure.

Mais si l’on accepte une définition plus large de l’énonciation de la sexualité, incluant les questions de la fécondité et de la sexualité illicite, les missives étudiées, résultant de l’absence masculine, ont beaucoup plus à offrir. Elles sont une fenêtre privilégiée sur certains pans des conjugalités d’autrefois. Elles donnent accès à des échanges normalement dévolus à l’oralité. Elles laissent transparaître les négociations ou les rapports de pouvoirs au sein du couple. Elles permettent de mesurer le poids du contrôle social sur la sexualité des individus. Alors que, selon les études, la pudeur narrative concernant leur propre sexualité serait plus prononcée chez les femmes durant l’Ancien Régime, les modalités d’énonciation concernant ces sujets ne connaissent pas de frontières de genre nettes au sein des correspondances conjugales : les femmes aussi thématisent leurs joies et leurs préoccupations liées à leur fécondité ou à la sexualité extra-conjugale de l’autre. Il faut noter cependant que les assurances réitérées de fidélité viennent plutôt des militaires, conscients de la mauvaise réputation de leur profession ainsi que des inquiétudes que suscite leur éloignement.


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Notes

  1. Hurtubise R., « Lettre d’amour : un siècle de correspondances québécoises (1860-1988). Les vertus heuristiques de l’analyse des métaphores », dans Bossis M., La Lettre à la croisée de l’individuel et du social, Paris, Kimé, 1994, p. 222 et Fine A. et al., « Liens et affects familiaux », Clio. Histoire, femmes et société, n° 34, 2, 2011, Liens familiaux, p. 9 mentionnés par Vidal-Naquet C., Couples dans la Grande Guerre. Le tragique et l’ordinaire du lien conjugal, Paris, Les Belles Lettres, 2014, p. 29.
  2. Cet article est issu d’un travail de thèse en cours à l’Université de Lausanne intitulé Femmes d’officiers militaires en Suisse romande : implications, enjeux et stratégies de l’absence, XVIIe-XIXe siècles, qui s’appuie sur les écrits du for privé d’une trentaine de couples des élites patriciennes et nobiliaires des territoires actuels du Valais, de Fribourg et de Vaud. Les allusions directes aux pratiques sexuelles conjugales sont très rares. En l’état de nos recherches, seuls trois époux.ses en font mention dans leur correspondance, de manière extrêmement brèves et laconiques. Cependant, les conséquences de la sexualité maritale, incluant les questions de la fécondité et/ou les discussions autour du thème de l’adultère, interviennent plus fréquemment chez la moitié des couples étudiés au sein du travail de thèse.
  3. Notons une exception : Benjamin et Jeanne Closuit sont issus de la petite bourgeoisie valaisanne. Concernant le corpus vaudois, il faut signaler un couple d’amants formés par Abram Amédroz et Wolfgang-Charles de Gingins.
  4. Guzzi-Heeb, S., Passions alpines. Sexualité et pouvoirs dans les montagnes suisses (1700-1900), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, ch. IV.
  5. Pour reprendre, en la détournant, l’expression de Corbin A., Les Filles de noces : misère sexuelle et prostitution (19e et 20e siècles), Paris, Aubier Montaigne, 1978, p. 8 cité par Vidal-Naquet C., op. cit., p. 364.
  6. Entre autres, le chapitre « La fécondité légitime » dans Lebrun F., La Vie conjugale sous l’Ancien Régime, Paris, A. Colin, 1998, p. 103-109.
  7. Sohn A.-M., Chrysalides, Femmes dans la vie privée (XIXe-XXe siècles), Paris, Publication de la Sorbonne, 1996, p. 736, citée par Vidal-Naquet C., op. cit., p. 365.
  8. Foucault M., Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, t. 1, Paris, Gallimard, 1976, p. 25.
  9. Simonet-Tenant F., Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives, Louvain-La Neuve, Bruyant-Academia, 2009, p. 21 et p. 29.
  10. Beauvalet S., Histoire de la sexualité en France à l’époque moderne, Paris, A. Colin, 2010, p. 115.
  11. Daumas M., La Tendresse amoureuse, XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Perrin, 1996, p. 67.
  12. Daumas M., « Manuels épistolaires et identité sociale (XVIe-XVIIIe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 40, n° 4, 1993, p. 554-555.
  13. Archives de l’État du Valais (AEV), Fonds d’Odet 2 P 363/10, St-Maurice, 23 juillet 1773. L’orthographe de l’ensemble des citations de cet article a été corrigée. De la ponctuation a parfois été ajoutée pour faciliter la lecture.
  14. Beauvalet S., op. cit., p. 111 ; Hanafi N., « “Je décharge quelquefois sans bander parfaitement…” : évocations masculines de la sexualité avec le médecin Samuel-Auguste Tissot », Dix-huitième siècle, vol. 47, n° 1, 2015, p. 104.
  15. Hanafi N., art. cit., p. 104.
  16. Des exceptions existent, notamment chez la haute noblesse, à l’instar de Charlotte-Élisabeth de Bavière qui raconte, dans ses lettres, les déboires de sa vie sexuelle avec Monsieur ; Orwat F., « Un genre sous tension : les lettres de Madame Palatine », Littératures classiques, 2010/1, n° 71, p. 255-284  [en ligne] https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-2010-1-page-255.htm.
  17. Vickery A., « S’il vous plaît, brûlez cela afin qu’aucun œil mortel ne puisse le voir : les secrets des sources féminines », dans Bardet J.-P. et Ruggiu F.-J., Au plus près du secret des cœurs ? Nouvelles lectures historiques des écrits du for privé en Europe du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Presses universitaires Paris Sorbonne, 2005, p. 44.
  18. Corbin A., « Les principale étapes de l’histoire du sexe en Occident », dans Redon O. et al., Le Désir et le Goût. Une autre histoire, (XIIIe-XVIIIe siècle), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2005, p. 42 ; Hitchcok T., English Sexualities, 1700-1800, Basingstoke, 1997 ; Casta-Rosaz F., Histoire du flirt. Les jeux de l’innocence et de la perversité, Grasset, Paris, 2000.
  19. Vidal-Naquet C., op. cit., p. 365.
  20. Beauvalet S., op. cit., p. 6.
  21. Ce constat formulé pas Sylvie Steinberg pour les biographies religieuses et les sources judiciaires du XVIIe siècle s’applique aussi à nos correspondances ; Steinberg S., « Quand le silence se fait : bribes de paroles de femmes sur la sexualité au XVIIe siècle », Clio. Histoire, femmes et sociétés, n° 31, 2010, p. 80 [en ligne] https://journals.openedition.org/clio/9594.
  22. AEV, Fonds d’Odet 2 P 363/10, St-Maurice, 22 juillet 1773.
  23. Beauvalet S., op. cit., p. 30 et 33.
  24. Flandrin J.-L., « La vie sexuelle des gens mariés dans l’ancienne société », Communications, n° 35, 1982, p. 110.
  25. François de Sales, Introduction à la vie dévote de Saint Francois de Sales Evesque et Prince de Genève, Paris, Frédéric Léonard, 1696, p. 369-373.
  26. Hanafi N., Le Frisson et le baume. Expériences féminines du corps au Siècle des lumières, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 279.
  27. Trumbach R., Sex and the Gender Revolution. 1: Heterosexuality and the Third Gender in Enlightenment, Londres et Chicago, University of Chicago Press, 1998, p. 394 et 424, cité par Harvey K., « Le Siècle du sexe ? Genre, corps et sexualité au dix-huitième siècle (vers 1650-vers 1850) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, n° 31, 2010, p. 218 [en ligne] https://journals.openedition.org/clio/9683.
  28. Foucault M., op. cit., p. 26.
  29. AEV, Fonds de Courten Cn B 16/5/93, Vercorin, 18 août 1806.
  30. Archives cantonales vaudoises (ACV), PP 111/127/1, 1749-1757. Correspondance dévoilée par Monbaron P-R., « Bons baisers du service de France : lettres inédites, mondaines et intimes du XVIIIe siècle », dans Furrer N. et al., Gente ferocissima : mercenariat et société en Suisse (XVe-XIXe siècles), Zurich, Chronos, Lausanne, Éd. d’En Bas, 1997, p. 101-116.
  31. Bibliothèque cantonale universitaire de Lausanne (BCUL), Fonds Constant, CO II/16/16, « cahier », v. 1744-1745.
  32. Couturier M., Roman et censure, ou, La mauvaise foi d’Eros, Seyssel, Champ Vallon, 1996, p. 8.
  33. AEV, Fonds D’Odet 2 P 369/40, Coni, 5 mars 1793.
  34. AEV, Fonds D’Odet 2 P 369/53, « qui sort de Démont, le 29 juillet 1794 ».
  35. AEV, Fonds de Courten Cn B 16/4/49, Ausbourg, 25 mai [1799].
  36. ACV, Fonds P de Mestral I 130/5, [Aubonne], 26 juillet 1807.
  37. Guilleragues G., Lettres d’amour d’une religieuse portugaise écrites au Chevalier de C., officier françois au Portugal, La Haye, chez les frères Van Dole, 1716 [1669], p. 70-71.
  38. Richardson S., Paméla, ou La vertu récompensée, M. l’Abbé Prevost [trad.], Genève, Nouffer de Rodon, 1783, t. 3, p. 220.
  39. Rousseau J.-J., Julie ou la nouvelle Héloïse, Paris, Flammarion, 1967 [1761], p. 201.
  40. Tran-Gervat Y. M., « Chaste hommage ou audace érotique ? Le baiser dans le roman parodique », dans Montandon A., Les Baisers des Lumières, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2004, p. 124.
  41. AEV, Fonds D’Odet 2 P 363/48, Sion, 20 avril 1791.
  42. Blanc A., « Le jardin de Julie », Dix-huitième Siècle, n° 14, 1982, p. 357-376.
  43. Joris E., « Kinship and Gender. Property, Entreprise, and Politics », dans Sabean D. W. et al., Kinship in Europe. Approaches to Long Term Development (1300-1900), New York, Berghahn Books, 2007, p. 242.
  44. Goody J., Food and Love. A Cultural History of East and West, London, New York, 1998, p. 96-123 mentionné par Guzzi-Heeb S., « L’amour en lettres, Écriture, émotions et parenté dans l’élite valaisanne (1750-1830) », dans Henry P., La Correspondance familiale en Suisse romande aux XVIIIe et XIXe siècles. Affectivité, sociabilité, réseaux, Neuchâtel, Alphil, 2006, p. 63.
  45. Guzzi-Heeb S., art. cit., p. 63.
  46. Ibid., p. 62.
  47. Hanafi N., op. cit., p. 143.
  48. AEV, Fonds de Courten Cn B 16/5/72, [Gibraltar], 1er mai 1804.
  49. Hanafi N., op. cit., p. 194.
  50. AEV, Fonds D’Odet 2 P 363/40, Sion, 19 juillet 1787.
  51. C’est un cousin éloigné d’Eugène et Eugénie de Courten.
  52. AEV, Fonds D’Odet 2 P 369/14, [s.l.], [s.d.].
  53. Hanafi N., Le Frisson et le baume, op. cit., p. 188.
  54. Staremberg Goy N., « De l’inégalité de la justice consistoriale à la mise en cause de l’ordre social. Discours et action disciplinaire dans le Pays de Vaud à l’époque des Lumières », dans Holenstein A. et al., Richesse et Pauvreté dans les républiques suisses au XVIIIe siècle, Genève, Slatkine, 2010, p. 69.
  55. Walch A., Histoire de l’adultère, XVIe-XIXe siècle, Paris, Perrin, 2009, p. 10.
  56. Monneyron F., L’Écriture de la jalousie, Grenoble, ELLUG, 1997, p. 7.
  57. Henry P., « Service étranger », DHS, 2015 [en ligne] http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8608.php.
  58. Crittin S., La Licence des mœurs dans le Valais contemporain (1802-1847) face au pouvoir politique, religieux, local et judiciaire, Mémoire d’histoire contemporaine, Université de Lausanne, 2000, p. 9.
  59. Trevisi M., « Les suiveuses des armées françaises de l’époque moderne jusqu’au début du XIXe siècle », dans Nivet P. et Trevisi M., Les Femmes et la Guerre de l’Antiquité à 1918, Paris, Economica, 2010, p. 238.
  60. AEV, Fonds de Courten Cn B 16/5/57, Portsmouth, 17 septembre 1803.
  61. AEV, Fonds de Courten Cn B 10/3/1, Paris, 22 mai, 1767.
  62. Hanafi, N., « Je décharge quelquefois… », art. cit., p. 108-109.
  63. Ibid., p. 108.
  64. ACV, Fonds P Loys 4352/7, Aire, 1er décembre 1742. Correspondance transcrite par Hermann C. (dir.), Benjamin de Chandieu, gentilhomme lausannois, capitaine au service de France sous Louis XV : d’après ses lettres à sa femme et d’autres documents inédits, Tapuscrit [s.n], 1987.
  65. BCUL, Fonds Constant CO II/16/16, « cahier », v. 1744-1745.
  66. AEV, Fonds D’Odet 2 P 363/12, St-Maurice, [30 août 1773].
  67. Comme l’atteste la correspondance échangée entre le capitaine Henri-Georges de Mestral, alors en séjour aux bains de Plombières, et de sa femme Marie-Suzanne à Aubonne : ACV, Fonds P de Mestral 68/257, 1805-1826 et P de Mestral I 130/5, 1807.
  68. AEV, Fonds Closuit 63, Capoue, 22 Décembre 1829. La correspondance du couple Closuit est transcrite dans Monnet F., Jeannette et Benjamin Closuit, une correspondance inédite, Mémoire de master en histoire, Université de Lausanne, 2007.
  69. AEV, Fonds Closuit 54 Martigny, 25 janvier 1829.
  70. AEV, Fonds Closuit 65, Martigny, 19 février 1830.
  71. Les liens entre milieu politique et comportements sexuels ont été démontrés par Guzzi-Heeb S., op. cit.
  72. Contrairement à ce que constate, dans son étude littéraire, Monneyron F., op. cit., p. 7.
  73. AEV, Fonds de Courten Cn B 16/5/82, Gibraltar, 16-24 novembre 1804.
  74. « Trois fêtes dans une semaine, je vous avoue que pour une femme seule c’est un peu trop », BCUL Fonds Constant CO II/16/16, 15 novembre [1757], transcrite dans Lovis B., La Vie théâtrale et lyrique à Lausanne et dans ses environs dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (1757-1798), Thèse de doctorat (histoire), Université de Lausanne, 2019, p. 421-422.
  75. AEV, Fonds D’Odet 2 P 363/14 St-Maurice, 17 octobre 1773.
  76. AEV, Fonds D’Odet 2 P 363/13 St-Maurice, 6 septembre 1773.
  77. AEV, Fonds D’Odet II P 363/15 St-Maurice, 1er novembre 1773.
EAN html : 9782858926374
ISBN html : 978-2-85892-637-4
ISBN pdf : 978-2-85892-638-1
Posté le 23/11/2022
ISSN : 2741-1818
18 p.
Code CLIL : 3377; 3111
10.46608/primaluna12.9782858926374.8
licence CC by SA

Comment citer

Cornut, Jasmina, « Une thématique taboue ? L’énonciation de la sexualité dans la correspondance conjugale des officiers suisses au service étranger et de leurs épouses (XVIIIe-XIXe siècles) », in : Charpentier, Emmanuelle, Grenier, Benoît, dir., Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà les silences et l’absence, Pessac, MSHA, collection PrimaLun@ 12, 2022, 109-126 [en ligne] https://una-editions.fr/une-thematique-taboue/ [consulté le 23/11/2022].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Détail de Het uitzeilen van een aantal Oost-Indiëvaarders, huile sur toile, Hendrick Cornelis Vroom, 1600, Rijksmuseum (wikipedia).
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