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Coming out et relations

« Faire son coming out » (ou ne pas le faire) ; le faire à tout le monde ou seulement à certaines personnes… autant de questions qu’il est légitime de se poser lorsqu’on souhaite partager une partie de son identité (de genre ou de sexualité) avec une autre personne. Disons-le d’emblée : on ne « révèle » jamais complètement son homosexualité. C’est assez rare que personne ne le sache, ne l’ait compris, n’ait saisi quelque chose qui le fasse comprendre. On ne révèle jamais vraiment son homosexualité ou son genre à celle et ceux qu’on met dans la confidence, comme on ne révèle jamais vraiment complètement son homosexualité ou son identité de genre à tout le monde : les choses se font progressivement, avec des choix, des sélections. À qui le dit-on en premier ? De qui faut-il se méfier ? On n’avoue jamais non plus son genre ou sa sexualité : il n’y a rien de coupable à être gay, lesbienne, bi, trans, agenre ou autre. Être qui l’on est relève d’un fait. C’est ainsi. Et ça peut changer…. Ou pas. On a le droit à l’erreur, on a le droit d’essayer, d’être certain ou certaine, d’hésiter. Et ceci est vrai pour tout le monde, les hétérosexuel·le·s comme les homosexuel·le·s ; pour les personnes trans ou non binaires comme pour les personnes cisgenres. Il n’y a aucune raison que l’on sache, pour toujours, dans n’importe quelle circonstance, de qui nous allons être amoureux/ses, par qui nous allons être attiré, comment on va se vivre au masculin ou au féminin.

Trans = transgenre :

personne dont l’attribution de genre à la naissance ne correspond pas à son identité de genre vécue.

Agenre :

qui ne s’identifie à aucun genre.

Non Binaire :

personne qui ne correspond pas aux règles traditionnelles qui attribuent la féminité seulement aux femmes et la masculinité seulement aux hommes.

Cisgenre :

personne non-trans. Dont l’identité de genre correspond au genre assigné à la naissance.

Pour certains et certaines, notamment pour les personnes hétérosexuelles ou celles qui ne doutent jamais de leur genre, tout semble déjà donné, facilité. Les hétérosexuel·le·s n’ont pas à faire leur coming out : c’est attendu comme tel par la société, les parents, les proches. Les personnes cisgenres n’ont pas à faire leur coming out de genre : il est attendu d’eux et elles que leur genre soit celui qui leur a été attribué à la naissance (aux filles le féminin et aux garçons le masculin). C’est tellement plus simple quand tout est fait pour que l’on ne se pose pas trop de questions, que l’on trouve partout des réponses, mais aussi des modèles.

Alors, pour les minorités de genre et de sexualité, faire son coming out, comme ne pas le faire (par choix ou par peur), c’est tout un processus, une succession d’étapes. Se le dire à soi, trouver les bons mots, préparer (même fictivement) ce moment, savoir à qui (ne pas) le dire, notamment en famille ou entre ami·e·s. Faire son coming out c’est aussi changer ses relations intimes, ou les affirmer. C’est aussi une épreuve, car faire son coming out ce n’est pas seulement une question de mots prononcés : c’est aussi et surtout des relations (des ami·e·s, des crushs…) qui se modifient, s’enracinent ou se déchirent…

Le coming in désigne ce qu’on pourrait nommer « l’acceptation de soi » et la reconnaissance de son identité sexuelle ou de genre. Il s’agit donc d’une étape qui se situe avant (ou parfois à la place) d’une révélation publique.

Contrairement au coming out, qui consiste à sortir de l’ombre, du silence ou du placard pour exprimer son identité de genre ou de sexualité, le coming in met l’accent sur le processus intime et personnel par lequel une personne entre dans une acceptation et une compréhension d’elle-même. Avant de le dire à d’autre, il s’agit donc de se le dire à soi.

Le coming out c’est un moment d’acceptation de soi, mais c’est aussi et surtout un processus. Quel terme employer ? Qu’est-ce qui me ressemble ? Qu’est-ce que je ressens ? N’allez pas croire qu’on se lève un matin en étant transparent à soi-même, en connaissant tout de soi ! L’idée est la suivante : on a tous et toutes besoin d’être le plus possible authentique à soi et cela prime sur la conformité (être hétéro ou obéir aux normes de genre).

Le coming in, ce mouvement d’acceptation personnelle plutôt que de performance publique, est présent dans de nombreuses séries.

Dans l’épisode 8 de la première saison d’Heartstopper, le coming in de Nick Nelson est très révélateur. Nick apparait aux yeux des autres élèves comme hétérosexuel. Joueur de football américain, il a tout du stéréotype hétéro… mais il tombe amoureux de Charlie. Tout l’épisode tourne alors autour du moment où Nick dit à sa mère (Olivia Colman) : « I’m bi » (« Je suis bi »)1. La scène clé du coming in se situe juste avant, lorsqu’il se regarde dans le miroir après avoir embrassé son petit copain Charlie et qu’il dit : « I like both. I’m bisexual » (« J’aime les deux. Je suis bisexuel. »). On assiste à une sorte de monologue intérieur, il se regarde et arbore enfin un sourire soulagé. C’est un instant d’affirmation intime, tourné vers soi, avant le dévoilement public. Ce passage marque une acceptation intérieure, un retour apaisé à soi-même. Le coming out viendra ensuite, ici, c’est le coming in qui clôture l’arc narratif : il ne cherche plus à se définir « pour les autres », mais avec lui-même.

Dans Euphoria, le personnage de Jules offre une représentation particulièrement complexe du coming in, entendu non comme un moment déclaratif, mais comme un processus intime et fragmenté de reconnaissance de soi. Son identité de genre et ses désirs ne sont jamais présentés comme stabilisés ou univoques ; ils se construisent à travers des expériences successives, des relations affectives et des projections imaginaires. La série privilégie une mise en scène sensorielle et subjective – jeux de lumière, séquences oniriques, focalisation interne – qui rend perceptible la dimension émotionnelle de cette construction identitaire. Le coming in de Jules ne repose pas sur une révélation spectaculaire, mais sur une série de micro-affirmations, de doutes et de déplacements, inscrivant l’identité dans une temporalité mouvante. En cela, Euphoria propose une représentation de l’adolescence comme espace d’expérimentation et de vulnérabilité, où l’identité de genre et la sexualité ne constituent pas des catégories figées : ce sont des trajectoires en devenir.

Plongeons-nous dans la série Young Royals (Netflix, 2021-2024). On se trouve ici dans les épisodes de la saison 2 : Wilhelm (un héritier du trône) est pris entre la pression de l’institution monarchique suédoise, les attentes médiatiques et sa relation avec Simon qu’il souhaite rendre publique, sans arriver à l’assumer.

Dans une séquence emblématique, Wilhelm se tient dans sa chambre, face à un miroir (le miroir est souvent utilisé comme dispositif de mise en reflet, de réflexivité, comme de mise à distance, de confrontation à soi). Il ajuste sa posture, tente d’adopter un ton neutre, presque officiel. Il répète des formulations comme s’il s’entraînait à un discours : quelques mots, un souffle, puis il s’arrête. Le geste est hésitant, presque douloureux : les mots n’arrivent pas à sortir avec fluidité. Il recommence, cherche comment expliquer simplement et publiquement qu’il est en relation avec un autre garçon – un garçon issu d’un milieu populaire et racisé, ce qui renforce encore les enjeux de classe et de représentation. Son regard se baisse, sa respiration s’accélère ; il imagine les réactions : la famille royale, l’opinion publique, les tabloïds. La caméra insiste sur la solitude et la contrainte. Le cadre est serré, la pièce silencieuse, comme si la pression institutionnelle pesait physiquement sur lui.

Ce n’est pas un coming out à proprement parler : c’est une mise en scène de la préparation, de l’anticipation de ce qu’est un coming out. Ce moment fait ressentir que la parole lui est presque arrachée, obligée.

Dans les études LGBTQIA+ et queer, ce type de scène correspond à ce que plusieurs auteurs décrivent comme un moment intermédiaire entre le coming in (acceptation de soi) et le coming out (révélation aux autres). Eve Kosofsky Sedgwick souligne que le coming out est un acte qui engage une reconfiguration des regards : on ne se voit plus pareil, mais les autres non plus ne nous voient plus vraiment pareil. La scène de pré-coming out est l’instant où on rejoue ce regard (on se regarde, on s’envisage, on s’image en train de le faire). En d’autres termes, on vit la révélation avant de la faire et on éprouve les effets imaginaires du jugement, des réactions.

Dans Young Royals, Wilhelm adresse d’abord ce discours à lui-même, dans le miroir, avant de pouvoir l’adresser à l’institution. C’est une manière de réorganiser symboliquement les rapports de pouvoir qui l’enserrent.

Ce pré-coming out est aussi une manière de projeter le risque potentiel, à venir, ce que Steven Seidman nomme une « scénographie du risque » (2002). Les théoriciens du coming out insistent sur le fait qu’il implique toujours une gestion du risque social : perdre l’amour des proches, sa position, son statut, son « storytelling » public.

La « pré–coming out scene » permet alors de montrer une cartographie imaginaire du risque. Ces scènes manifestent aussi que le coming out n’est pas un acte ponctuel, c’est aussi un processus étalé fait de répétitions, de brouillons, d’erreurs, d’essais.

Pourquoi la scène de Wilhelm est-elle parlante ? Parce qu’elle met en lumière l’écart entre le désir de vérité et le poids des normes, mais aussi la solitude de l’adolescent face à un monde adulte qui encadre sa parole.

La troisième saison de Skam (NRK, 2015-2017) propose avec le personnage d’Isak une représentation particulièrement fine de la préparation au coming out, envisagée comme un processus de désamorçage de la honte et d’auto-reconnaissance progressive. Loin d’un modèle spectaculaire de révélation, la série étire la temporalité de l’acceptation de soi : silences, déni, intériorisation des normes hétérosexuelles et crainte du regard des pairs structurent le parcours du personnage. Le coming out final apparaît presque secondaire au regard du travail intime qui l’a précédé. La tension dramatique réside moins dans la réaction sociale que dans la possibilité, pour Isak, de rendre son identité vivable pour lui-même.

Cette approche diffère sensiblement de celle adoptée dans Heartstopper, où la préparation au coming out de Nick est plus explicitement verbalisée et accompagnée. Recherches en ligne, discussions avec des pairs et mise en mots progressive du doute dessinent un parcours pédagogique, presque didactique, qui valorise la fluidité et la bienveillance. À l’inverse, dans Sex Education, Adam incarne une préparation plus chaotique et conflictuelle : son cheminement est marqué par le déni, l’agressivité et l’auto-sabotage, soit un rapport douloureux à l’acceptation de soi.

Ces trois figures montrent ainsi différentes configurations de la préparation au coming out dans les séries adolescentes contemporaines : chez Isak, un processus de déconstruction de la honte ; chez Nick, une exploration réflexive et soutenue ; chez Adam, une lutte interne traversée par la culpabilité et la violence intériorisée. Ensemble, elles témoignent d’un déplacement narratif majeur. Le centre de gravité dramatique ne réside plus dans l’événement déclaratif lui-même, mais dans la temporalité intime et relationnelle qui le rend possible.

Jusqu’à récemment dans les séries télévisées, les personnages faisaient rarement leur coming out et les représentations étaient alors sous-entendues. Par exemple, dans la série post-apocalyptique The 100 (CW, 2014-2020), les téléspectateurs ont connaissance de la bisexualité de Clarke seulement parce qu’elle est d’abord en couple avec Finn puis avec Lexa (qui elle est ouvertement lesbienne). À aucun moment le personnage ne ressent le besoin d’affirmer son identité sexuelle, même si elle devient un élément central de l’histoire, notamment dans la saison 3 au moment de la mort de Lexa. De même, dans la série Umbrella Academy (Netflix, 2019-2024), Klaus est un personnage non-binaire pansexuel (comme l’explique l’acteur qui joue le personnage), mais à aucun moment cela ne définit son identité ou son parcours de vie. Les publics soulignent même dans des commentaires sur Reddit que c’est l’un des aspects les moins intéressants de sa personnalité. Ces séries sont des séries de genre dans lesquelles les arcs narratifs sont davantage centrés sur la survie et les conflits entre personnages. Ainsi, les identités sexuelles, présentes dans leurs diversités, ne sont pas au centre des récits et les personnages ne sont pas définis par leur identité sexuelle.

Finalement, est-ce une étape imposée de faire son coming out ? La chercheuse Eve Kosofsky Sedgwick, dans son livre Epistémologie du placard (initialement paru en anglais en 1990) montre que le coming out agit comme une sorte de « vérité ». Il s’agirait de dire ce qui est vrai en soi, ce qui ne devrait pas être caché. Cette idée renvoie aussi à celle de la transparence : il conviendrait de tout dire ou tout montrer de soi. Évidemment, ne pas faire son coming out relève parfois de la contrainte, de l’imposition du silence. Pour d’autres, ne pas faire son coming out c’est ne pas avoir à se justifier, ne pas avoir à passer toutes ces épreuves et respecter son propre parcours, ses propres temporalités.

Une autre philosophe américaine, Judith Butler, a montré que le coming out peut devenir une exigence administrative, médicale ou sociale, créant une pression sur les personnes LGBTQIA+ pour se justifier, s’expliquer, produire un récit stable (un avant et un après le coming out). Il en va de même pour les personnes trans qui sont toujours obligées de dire qui elles sont (un garçon ou une fille ?) comme si l’opacité des identités, le doute, n’étaient pas possible.

D’ailleurs, on assiste parfois à de véritables « transvestigations » (à des investigations pour savoir ce qu’est « vraiment » la personne). Qui est rassuré par cette quête de vérité ? Les LGBTQIA+ ou les autres ? Le non-coming out devient alors une façon de préserver un espace intime, de se protéger, de rester maître de ce que l’on dévoile.

Soulignons enfin que le coming out peut apparaitre comme un récit imposé, une étape obligatoire dans la construction de son identité. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas plus apaisant comme étape que celle de la « révélation » qui permet d’« assumer » (tous ces mots très responsabilisants et culpabilisants à la fois).

Au fond, faire son coming out (ou ne pas le faire) est un acte de répétition. Car on ne fait jamais réellement, une bonne fois pour toute, son coming out. On le fait à une personne puis à d’autres, on rappelle toute sa vie que « non je n’ai pas une copine, mais un copain » (ou inversement).

Prenons l’exemple de Sex Education. Cal (un personnage non-binaire / transmasculin) décide de faire d’abord part de son identité à des amis proches et en ligne, bien avant de l’aborder avec l’administration scolaire ou ses parents. De même, Eric (un garçon gay) fera son coming out d’abord dans son cercle d’amis (Otis, Lily…). Il vit sa sexualité en dehors de la maison avant de l’assumer dans le contexte familial. Enfin, Adam (qui est bi/pan) n’en parle d’abord qu’à Eric et ensuite à Rahim, bien avant ses parents.

On assiste à plusieurs logiques :

  • des stratégies de coming out d’abord sécurisantes (amis, internet, pairs queer) ;
  • des processus de coming out progressif, jamais « tout ou rien ».

En ce sens, la famille est perçue comme une étape décisive, jamais une fin en soi. Les relations sociales sont multiples, y compris dans la famille, il convient donc de savoir auprès de qui se fera d’abord le coming out ! Dans une récente enquête sur la santé mentale des jeunes LGBTQIA+, en France, il a été dévoilé que les personnes LGBTQIA+ préféraient d’abord faire leur coming out à leur sœur et à leur mère. On constate que les questions de genre comme de sexualité se méfient plus des espaces et des relations masculines.

Dans Degrassi (TeenNick, 2001-2015) par exemple, tous les personnages LGBTQIA (Marco, Riley ou Yael) pratiquent une forme de « coming out sélectif ». Ils le disent à certains amis, choisissent de ne pas le dire à leurs parents ou ne l’annoncent pas officiellement à l’école. Dans Euphoria, Jules (une jeune fille trans) est out auprès de ses pairs et des communautés en ligne, mais refuse de discuter de sa transidentité avec certains membres de sa famille.

Dans Glee (Fox, 2009-2015), Kurt Hummel fait d’abord son coming out à ses ami·e·s (notamment dans la chorale) et dans l’espace scolaire avant d’en parler à son père lors d’une scène poignante entre les deux personnages. Ainsi, les espaces scolaires, amicaux et familiaux sont imperméables et constituent diverses sphères que les personnages investissent ou non dans leur quête identitaire.

Les teen series montrent souvent trois raisons à cette segmentation des coming out : premièrement se protéger, ne pas risquer la violence, le rejet, ou les conflits ; deuxièmement contrôler sa narration, son récit, choisir le timing, les personnes, les contextes ; troisièmement un droit à l’intimité, refuser l’idée que l’on doit une explication à tout le monde.

Les séries adolescentes contemporaines mettent fréquemment en scène des coming out différenciés selon les sphères relationnelles. Les personnages peuvent se déclarer auprès de leurs pairs et ami·e·s tout en maintenant le silence dans l’espace familial, révélant ainsi la dimension stratégique et relationnelle du dévoilement identitaire. Dès lors, le coming out apparaît non pas comme un événement unique, mais comme une série de négociations situées.

Plusieurs séries, notamment des teen series, mettent en scène ce moment charnière de la vie d’un personnage LGBTQIA+ : le coming out à la famille. Cela reste souvent une représentation à double tranchant. D’un côté, il propose un espace de représentation et un modèle pour les minorités de genre et de sexualité. D’un autre, les personnages hétérosexuel·le·s sont souvent privilégié·e·s au détriment des personnages homosexuel·le·s. Par exemple, la série Pretty Little Liars (FreeForm, 2010-2017) illustre bien la complexité du moment et agit comme un miroir reflétant les craintes, les peurs, les doutes des jeunes publics LGBTQIA+ dans cette situation. La scène est découpée en deux parties : un premier temps de dialogue entre Emily et son père où elle lui avoue son homosexualité, puis un deuxième temps de conversation entre les deux parents dans le salon, Emily écoutant sans être vue, assise sur les marches de l’escalier. Les paroles de la mère d’Emily expriment dans la scène de confrontation avec le père les arguments classiques des craintes parentales. Pour elle, sa fille est sous l’influence de Maya et peut être soignée (« to fix »), l’homosexualité étant perçue ici comme une maladie et une perversion dont on peut se débarrasser par un traitement thérapeutique. Elle s’appuie sur l’idée du bien et du mal (binaire et chrétienne) et les valeurs familiales transmises à sa fille. Le père est plus raisonnable et cherche à comprendre le choix de sa fille. Il rentre d’une mission en Afghanistan et remet en perspective cette annonce. Cette scène est typique des scènes parentales lors du coming out de leur enfant : un des deux parents essaye de comprendre, alors que l’autre s’énerve et envisage l’homosexualité comme une maladie à soigner. Des représentations similaires sont visibles dans Glee avec le personnage de Santana qui sera rejetée par sa grand-mère, sa figure maternelle dans la série.

A contrario, dans la série One Day at a Time (Netflix, 2017-2020), la question de l’identité sexuelle est abordée avec justesse et finesse notamment lorsque Elena fait son coming out lesbien à sa mère qui accepte de suite son enfant.

La famille, ce sont aussi les frères, les sœurs, qui apparaissent comme des soutiens… ou pas. Dans la série américaine Shameless US (Showtime, 2011-2021), le personnage de Ian, un jeune homme gay, fait face au rejet ou à l’incompréhension masculine dans sa fratrie, notamment Lip au début, mais aussi les frères de Mickey (son compagnon) qui réagissent violemment à l’homosexualité de Mickey et d’Ian. Alors que des scènes très explicites sur les violences masculines liées au rejet sont mises à l’écran, on observe avec beaucoup d’émotion que s’il y a bien un lieu où la santé mentale des LGBTQIA+ se dégrade lorsqu’il n’y a pas d’acceptation, d’accompagnement, de compréhension : c’est bel et bien la famille !

Dans les trajectoires de coming out, le groupe d’ami·e·s joue un rôle décisif parce qu’il constitue un espace intermédiaire, moins exposé que la famille, mais plus intime que le milieu scolaire. Pour beaucoup de jeunes LGBTQIA+, les pairs représentent une « zone refuge » où tester des identités, formuler des doutes et recevoir un premier soutien. Les teen series l’illustrent régulièrement : elles montrent que l’amitié offre un cadre où le coming out n’est pas seulement une annonce. C’est un processus partagé, qui aide à réduire la solitude et à se projeter dans une identité possible.

Dans Sex Education, Eric s’appuie dès la première saison sur Otis, qui lui offre écoute, humour et validation. Avant même d’assumer publiquement son homosexualité et son expression de genre, Eric s’autorise auprès d’Otis à expérimenter vêtements, maquillage ou désirs. Le soutien amical n’empêche pas les blessures, mais il crée un filet de sécurité émotionnel essentiel. Même lorsque le père d’Eric peine à comprendre son fils, l’ami reste un pilier de continuité.

Dans Heartstopper, le coming out de Nick auprès de Charlie est facilité par l’existence d’un groupe d’ami·e·s bienveillant·e·s (Tao, Elle, Isaac). La pression normative du lycée est forte, malgré cela la bande fonctionne comme un micro-espace queer-friendly où chacun aide Nick à nommer ses émotions. L’importance du groupe réside aussi dans sa capacité à normaliser l’expérience. Voir Elle, jeune fille trans, déjà intégrée au cercle amical, permet à Nick et Charlie de percevoir, par l’exemple, que des vies queer heureuses sont possibles.

Dans Pretty Little Liars, les amies sont au centre de la confession d’Emily et notamment Hannah, la première à entendre le dévoilement identitaire de son amie. Hannah prône l’acceptation immédiate, rappelant à Emily qu’elle n’est pas identifiée par son orientation sexuelle et qu’elle reste toujours la même. Elle encourage son amie à ne plus mentir à son entourage et surtout à ne plus se mentir à elle-même, en jouant un personnage public qu’elle n’est visiblement pas. Il est intéressant de noter que l’orientation sexuelle correspond à une définition fluide pour ces personnages. Loin de les enfermer dans des cases, elle contribue à les accomplir dans leur identité.

Dans Glee, le coming out de Santana montre l’autre versant : l’absence momentanée de soutien amical renforce la honte, la peur et l’isolement. Tant que Brittany ne la confirme pas dans son identité, Santana reste vulnérable aux insultes et aux outing forcés. Néanmoins, lorsque les amis se mobilisent, l’équilibre émotionnel de Santana se rétablit et rend possible une affirmation plus stable.

Ces fictions soulignent que l’amitié n’est pas un simple décor : c’est une ressource structurante. Elle protège contre l’homophobie scolaire, offre un espace d’expérimentation identitaire et permet de construire un récit de soi cohérent. Le groupe d’ami·e·s devient ainsi l’un des premiers lieux où se joue la légitimité des identités LGBTQIA+. Il peut être identifié comme un laboratoire affectif, relationnel et social sans lequel les coming out adolescents seraient souvent plus douloureux, plus solitaires et plus risqués.

Bloom Into You (ASCII Media Works, 2015-2019) suit Yuu Koito, une lycéenne qui n’a jamais ressenti d’attirance romantique. Elle rencontre Touko Nanami, élève modèle, admirée, charismatique, mais profondément fragile. La relation entre les deux filles n’évolue pas autour d’un coming out formel, mais plutôt autour de la reconnaissance de leurs sentiments et de l’acceptation de soi, qui jouent exactement le même rôle structurel.

Touko avoue très tôt ses sentiments à Yuu. C’est un aveu unilatéral: Touko dit ce qu’elle ressent, face à elle Yuu ne répond pas. Cette différence place immédiatement la relation dans une zone grise, un espace où l’amour est à la fois déclaré et suspendu. Yuu répète qu’elle « ne ressent rien », qu’elle « n’aime personne », qu’elle ne « comprend pas ces choses-là ». Elle ne vocalise pas son orientation. Le mécanisme reste identique à un pré-coming out : elle ne trouve pas les mots, elle a peur de décevoir, elle craint de changer l’équilibre entre elles, elle redoute d’être « prise » dans un rôle (la petite amie). « Si je le dis, tout changera », dit-elle. Le mécanisme du coming out est là : la parole fait la réalité.

Le moment charnière intervient lorsque Yuu comprend que son silence fait souffrir Touko, qui elle aussi se cache derrière une façade – celle de la « fille parfaite », une identité de substitution. Yuu décide alors d’assumer ses sentiments, sans grande déclaration, mais par un geste, un regard, un mot qui signifie : je t’aime aussi, tu n’es pas seule à sentir ça. Ce n’est pas un coming out lesbien au sens classique. C’est un coming out sentimental. C’est un phénomène décrit dans les études sur les couples adolescents LGBTQIA+ où, tant que l’identité ou les sentiments ne sont pas formulés, la relation reste instable. Quand Yuu finit par reconnaître ses sentiments, la relation se stabilise. La littérature scientifique observe ce phénomène : le coming out (ou sa version sentimentale) augmente la transparence relationnelle et cela produit une reconnaissance mutuelle. Les travaux sur les couples queer jeunes montrent également que le coming out au sein du couple crée un micro-environnement protecteur favorisant l’estime de soi et que cette cohérence améliore la qualité de la relation comme la qualité de vie mentale des jeunes engagés dans la relation.

Note

  1. https://www.youtube.com/watch?v=7oADfyDeq2w
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Pessac
Chapitre de livre
EAN html : 9791030012873
ISBN html : 979-10-300-1287-3
ISBN pdf : 979-10-300-1288-0
Volume : 2
ISSN : en cours
27 p.
Code CLIL : 3160 ; 3157 ; 3158 ; 3098
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Comment citer

Alessandrin, Arnaud, Bourdaa, Mélanie, “Coming out et relations”, in : Alessandrin, Arnaud, Bourdaa, Mélanie, Des coming out et des séries, Presses universitaires de Bordeaux, echos l@ collection 2, Pessac, 2026, 15-42, [URL] https://una-editions.fr/coming-out-et-relations
Illustration de couverture • Design de Carla Maldonado, Pôle production imprimée, Université Bordeaux Montaigne
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