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Introduction historique

Le Liber rubeus de l’évêché d’Aire émane d’un petit diocèse du centre de la Gascogne ni très important, ni très étendu, relevant de la métropole d’Auch. Au XIVe siècle, il était délimité au nord, à l’ouest et au sud par les diocèses de Bazas, Dax, Lescar, et à l’est par le diocèse d’Auch (fig. 1). Il correspondait au bassin du Moyen Adour, jusqu’à la ligne de partage des eaux Adour-Garonne et comprenait la totalité des paroisses de la vicomté de Marsan. Sur la rive gauche de l’Adour, il englobait les paroisses du Tursan et une partie de la Chalosse, partagée entre les évêchés d’Aire et de Dax. Il comptait plusieurs paroisses situées aujourd’hui dans le département du Gers : Cucasse, Castet, Maupas, Estang, Ayzieu, Marguestau, Montclar, Saint-Aigne, Le Pin, Lias. Les paroisses du Gabardan, situées à l’est ainsi que Sarron, au sud d’Aire, avaient été rattachées au diocèse d’Auch. La cité d’Aire occupait une position très particulière dans le territoire diocésain, à la limite sud-orientale, tout contre le diocèse auscitain. Nous allons d’abord présenter les origines et la configuration de ce diocèse, celle de sa cité, avant d’aborder le contexte historique propre à la rédaction du Liber rubeus et les prélats qui y paraissent pour insister, enfin, sur l’œuvre de Garsie Du Fau, l’évêque à l’origine de sa compilation.

Fig. 1. Les diocèses gascons au Moyen Âge.
Fig. 1. Les diocèses gascons au Moyen Âge.

Le diocèse d’Aire

Il faut remonter à la période tardo-antique pour comprendre la situation de la cité et du diocèse.

Du Vicus Julii à l’évêché d’Aire et de Sainte-Quitterie

La bourgade antique, siège du premier diocèse d’Aire

Le sarcophage en marbre dit de sainte Quitterie au Mas d’Aire, “d’origine pyrénéenne mais à partir de modèles romains” du IVe siècle, constitue, selon l’archéologue Philippe Vergain, un indice en faveur d’une christianisation précoce des élites régionales1. Celle-ci pourrait être antérieure à 506, date à laquelle est cité, pour la première fois, le nom d’un évêque d’Aire, Marcellus, remplacé, à sa demande, au concile d’Agde par un certain Petrus. Son titre est episcopus Vicojuliensis2. Les noms de ses successeurs sont connus par leur participation aux conciles suivants, jusqu’à celui de Saint-Pierre de Granon (673 ou 675)3, où aucun évêque d’Aire n’est mentionné.

À la fin de la période antique, l’évêché d’Aire a pour siège une cité de taille fort réduite, plus encore qu’Oloron ou Lescar. Mérite-t-elle vraiment le nom de cité ? Sur le site d’Aire on repère seulement un vicus Julii vers la fin de la dynastie julio-claudienne4. Sidoine Apollinaire, le Bréviaire d’Alaric ou Grégoire de Tours la désignent sous le nom d’Atura ou Adura, “Aire” sous sa forme actuelle5.

À partir d’un petit habitat en bord de rive gauche de l’Adour, le développement de Vicus Julii demeure très mal connu. Installée sur une terrasse du fleuve, au pied d’un éperon – le “castéra”, occupé dès la protohistoire –, la bourgade est située sur une piste ancienne reliant la Garonne aux Pyrénées (le chemin dit de Sainte-Quitterie entre Aire et Lescar).

Le chef-lieu de la civitas Aturensium constituée dans la Novempopulanie paraît pour la première fois vers 400 dans la Notitia Galliarum6. On a longtemps hésité à lui attribuer le statut de ville en raison de l’insuffisance des données textuelles et archéologiques. En 1982, le Plan d’occupation du sol historique et archéologique d’Aire (POSHA) avait fait le point des découvertes antiques et médiévales. Les travaux archéologiques menés depuis 2008 ont permis de renouveler un peu les connaissances sur la ville antique et médiévale mais pas de reconnaître formellement l’existence d’une enceinte ni de découvrir les attributs habituels de la ville antique (forum, monuments publics)7. L’existence d’un temple consacré à Mars (non localisé précisément) est attestée par la découverte, en 1884 au flanc de la colline de Lasserre, de vingt-sept autels dont plusieurs voués à Mars Lelhunus8. Benoît Pace, dans sa thèse, situe Aire au niveau d’une agglomération secondaire, au même titre que Lescar par exemple9.

À la fin du Ve siècle, elle fait partie du royaume wisigoth, dont le peuple est converti à la foi arienne. Elle a peut-être servi un temps de résidence au roi Alaric (484-507) auquel la tradition assigne un palais sur la colline du Mas10. En 506 y est promulguée la lex romana Visigotorum surnommée “Bréviaire d’Alaric”, ouvrage de droit produit par une commission de juristes et appliqué jusqu’au XIe siècle11. En dehors de la mention de l’évêque Marcellus la même année, nous ignorons tout de l’histoire de la ville jusqu’au milieu du XIe siècle.

La parenthèse de l’évêché de Gascogne

Entre la fin du VIIe siècle et ce moment, la liste épiscopale s’interrompt, d’abord faute de documents et, à partir du IXe siècle, parce que les diocèses de Dax, Oloron, Bayonne et Lescar sont regroupés aux mains de l’évêque Gombaud, appelé “évêque de Gascogne” (episcopus Vasconiæ ou Vasconensis) lors de la fondation du monastère de La Réole12. Le cartulaire de Condom en fait le frère de Guillaume Sanche, comte de Gascogne et fondateur de l’abbaye de Saint-Sever13. Ce lien conduit les historiens, dont Jean-Bernard Marquette, à situer l’apparition d’un grand évêché gascon dans l’entreprise comtale de rénovation de l’Église, l’étendue du nouvel évêché pouvant correspondre aux anciens diocèses d’Agen, Bazas, Dax, Aire, Lescar et Oloron dépourvus de titulaires14. Dans le manuscrit du Beatus du XIe siècle, un certain Arsius-Racca est également cité comme évêque de Gascogne entre 1017 et 1029. Lui aurait succédé Raymond dit le Vieux, également évêque de Gascogne d’après les chartes de Saint-Sever transcrites par dom Du Buisson, celles de Saint-Pé de Générès en Bigorre que cite Marca et celles de Saint-Seurin de Bordeaux15. Le siège d’Aire, attesté en 1059-1060, a été rétabli probablement un peu avant.

Le premier évêque, Pierre Ier (1060-1092), est désigné comme episcopus Adurensis mais aussi comme episcopus Marsanensis16, la seconde formule demeure cependant une exception. On peut supposer que, lors de la restauration du siège d’Aire, dans un contexte compliqué par l’effacement du duché de Gascogne, les évêques se sont peut-être réfugiés en Marsan où ils ont bénéficié de la protection du vicomte de Marsan (vicecomes Marsanensis). Le château du Plan non loin de Villeneuve-de-Marsan, où se déroule une attaque contre l’évêque Garsie du Fau (30), est une de leurs résidences au XIIIe siècle17, mais en allait-il de même auparavant ? Rien n’est moins certain18. L’abbé Degert reconnaît que les historiens locaux, qui ont attribué à Pierre Ier la construction de la cathédrale d’Aire, ne citent aucun document, mais que l’hypothèse est vraisemblable19. Toutefois, on ne sait si l’évêque avait réutilisé ou non un site antique, alors que celui de Sainte-Quitterie, nous le verrons plus bas, l’est assurément. Cette période de reconstitution du siège d’Aire est très mal documentée jusqu’à l’étape suivante de l’union de la petite abbaye Sainte-Quitterie à la mense épiscopale (4).

L’union avec Sainte-Quitterie

À partir du 20 avril 1228, date de cette union, les évêques portent le titre “d’évêques d’Aire et de Sainte-Quitterie” dans les actes de leur chancellerie20 et le Liber rubeus en témoigne [(12/1), (23), (25/1)]. L’acte d’union prévoit les conditions suivantes : l’évêque est évêque et abbé ; chaque église conserve ses droits, privilèges, possessions et biens et peut en acquérir par la suite. Chanoines et moines prennent part à l’élection épiscopale, qui se tient alternativement dans chacun des deux sanctuaires : le régime monastique est maintenu au monastère de Sainte-Quitterie (4) mais la charge abbatiale est absorbée par l’évêque et le seul dignitaire taxable pour la décime est le sacriste (16/1).

Nous considérerons le diocèse, sa cité et ses prélats en nous concentrant sur la période la mieux documentée par le Liber rubeus : de la fin du XIIIe au milieu du XIVe siècle.

Un petit diocèse gascon du XIVe siècle

La vacance épiscopale de plus de deux cent cinquante ans entre 788 et 105921 n’a pas entravé la christianisation. La formation paroissiale, réalisée aux deux tiers au milieu du XIe siècle, se poursuit jusqu’au milieu du XIVe siècle.

Limites du diocèse

D’après Jacques de Font-Réaulx22, au XIVe siècle le diocèse s’étendait sur 2 990 km². Il est donc de petite taille au regard de ses voisins. Parmi les onze évêchés de la province ecclésiastique d’Auch, il occupait le 7e rang, avant Bazas, son voisin septentrional. Une tradition ancienne a assigné au territoire du diocèse celui de la civitas antique. Pierre de Marca, écrit au XVIIe siècle à propos de Vicojulius :

“Le territoire ancien de cette Cité doit estre mesuré, comme celui des autres, sur le plan de l’estendue de l’Evesché. Et, par ce moyen, il aura compris ce qu’on nomme aujourd’hui le viconté de Tursan, dont Ayre est le chef, et le viconté de Marsan, d’où il est arrivé que l’Evesque de cette ville est nommé Evesque de Marsan, en l’acte du serment que les Estats de Bigorre prestèrent à Constance de Bearn l’an 1283. Il comprend aussi une partie du païs de Chalosse où est la ville de Sainct-Sever avec son vieux chasteau, nommé dans les anciens titres Castrum Caesaris23.

L’abbé Degert, qui cite dom Estiennot, affirme que, lors de sa création, l’ancien diocèse d’Aire s’étendait sur tout le territoire de la civitas. Cette emprise aurait, selon lui, persisté jusqu’à la Révolution, à l’exception de l’archiprêtré de Gabarret passé dans le diocèse d’Auch à la fin du XIe siècle24. Bien que Degert manifeste un vrai recul critique quant aux sources, ses travaux peuvent contenir des erreurs. L’idée d’une continuité entre territoires de cité et de diocèse, véhiculée jusqu’au début du XXe siècle par les érudits locaux, a été reprise avec prudence par les historiens actuels car en l’absence de document sur la civitas antique, il n’est pas possible de calquer un espace diocésain sur un hypothétique territoire antique25, d’autant que la longue parenthèse de l’évêché de Gascogne a pu induire des modifications territoriales.

L’administration diocésaine

La faiblesse documentaire biaise sans doute l’appréciation qu’on peut avoir sur la situation de l’évêché, mais les presque deux siècles d’interruption dans la succession épiscopale, voire quatre siècles si l’on ne tient pas compte de l’évêché de Gascogne, ont très probablement favorisé la mainmise des laïcs sur les églises, chapelles ou oratoires fondés sur leurs domaines. Les pouvoirs locaux ont suppléé aux besoins que ne pouvait pas forcément assurer une hiérarchie devenue trop lointaine. Même si la superficie du diocèse d’Aire était inférieure à celle des autres diocèses gascons, le retour d’un prélat sur son siège a dû se faire dans des conditions difficiles.

Les auxiliaires de l’évêque

Dans les diocèses les plus importants, des clercs assistent le prélat dans la liturgie de la cathédrale et dans l’administration des paroisses à partir de la fin du XIe siècle. Pour Aire, on ne dispose d’aucune information sur le rôle et l’importance du presbyterium, tout juste entrevoit-on un vicaire de l’évêque en 106726, puis au début du XIVe siècle avec Pierre de Micarrère (3/12-13)27 et Peregrin de Bacquerisse (35)28.

À partir du XIIe siècle, des archidiacres, collaborateurs de l’évêque, puis dignitaires inamovibles, sont cités d’abord dans des actes du fonds de la Sauve-Majeure. La charte par laquelle l’évêque Bon-Homme donne l’église de Bougue à cette abbaye, porte le sceau et la souscription d’un archidiacre nommé Garsand. Trois ans plus tard le même prélat est entouré des trois archidiacres de Marsan, Tursan et Chalosse, respectivement Vital, Pierre et Raymond, pour remettre l’église Saint-Pierre de Gel à la Sauve29. Enfin vers 1141, on voit Vital de Sancto Tremerio, archidiacre de Marsan (futur successeur de Bon-Homme) et Vital de Boeres, archidiacre de Tursan avec leur évêque à l’occasion d’un accord avec l’abbé de Saint-Sever30. L’ossature principale du diocèse est donc en place peut-être avant le début du XIIe siècle. Suit un silence documentaire de cent trente ans. À partir de 1275, plusieurs noms se succèdent : Péregrin de Bacquerisse chanoine d’Aire en 1308 et archidiacre de Chalosse en 1308-130931, un ecclésiastique de même nom chanoine vers 1325-133032, Pierre de Micarrère, archiprêtre de Mauléon (26) qui a été vicaire-général sede vacante à la mort de Bernard de Bats33. En 1501, Pierre d’Abbadie a le titre de Grand vicaire dans l’acte (40), titre qui n’apparaissait pas jusqu’alors.

Autre auxiliaire indispensable, l’official, nommé par l’évêque, est le délégué judiciaire de ce dernier. La fonction apparue dans la seconde moitié du XIIe siècle permet à l’évêque de choisir un clerc versé dans le droit canonique. Dans le diocèse d’Aire, le premier official attesté est Martin de la Loberie en 1266-1275. Il est peut-être issu de la petite aristocratie locale. Son testament de 1275 témoigne de sa fortune foncière. Il fait deux legs importants à la fabrique de Bostens et à l’hôpital de Mont-de-Marsan (35). L’un de ses exécuteurs testamentaires est son frère Arnaud, un prêtre, gardien et lecteur du couvent franciscain du Mont34. Aucun autre nom d’official n’apparaît avant le XIVe siècle : Menaut de Caresse en 132335, Vital de Rimbez, prêtre et docteur en droit en 1333 et Pey ou Pierre de Sala ou de Salles (20-21, 25/1-2) en 1300 et 1309. Vers 1330, un vice-official, Johan d’Armantieu, (3/13), recteur de l’église de Subehargues (paroisse voisine d’Aire) et prébendier de l’église d’Aire seconde l’official.

C’est à l’évêque Bonhomme (1120/1122-1147) que l’abbé Degert attribue la création de six archiprêtrés, en réalité le premier archiprêtre connu n’est attesté qu’en 1275 (35). Les 231 paroisses du diocèse (fig. 2) se répartissent entre : l’archiprêtré de Marsan dont le centre est Uchacq, celui de Roquefort (siège : Arue), celui de Mauléon (siège non indiqué mais au vu de sa petite taille, en a-t-il jamais eu un ?), celui de Tursan (siège : Urgons), celui de Chalosse, centré à Saint-Étienne d’Artiguebaude36.

Fig. 2. Les archiprêtrés du diocèse d’Aire d’après le pouillé du Liber rubeus vers 1335.
Fig. 2. Les archiprêtrés du diocèse d’Aire
d’après le pouillé du Liber rubeus vers 1335.

Le chapitre cathédral

Les débuts

Parallèlement, s’est structuré le presbyterium assistant l’évêque : cinq chanoines d’Aire sont témoins de la donation de la dîme de Saint-Luperc au monastère du Saint-Sépulcre de Gabarret par Pierre, évêque d’Aire entre 1079 et 1095 : Macaire, Sanche, Guilhelm Forcel, Arnaud, Arcius de Guza37. On ignore s’il s’agit de chanoines réguliers ; les étages dans une tour vers 1300 (cf. supra), au-dessus de la salle capitulaire (pl. 18), aujourd’hui restaurée ne correspondent pas à des logis canoniaux mais aux chambres des prébendiers, notamment chargés des offices nocturnes.

Peu de noms de chanoines nous sont parvenus pour le XIIe siècle. Nous avons évoqué plus haut deux archidiacres qui sont peut-être membres du chapitre, deux autres sont connus à la même époque, Pierre d’Arlenx, puis Vital de Labouheyre, archidiacre de Tursan entre 1120 et 114538. Lors de la fondation de Mont-de-Marsan, outre Vital de Saint-Tremer, archidiacre de Marsan et Vital de Boeres, archidiacre de Tursan, deux autres membres possibles du chapitre sont témoins : Pierre de Bigorre et Garsias du Four, sacriste. S’y ajoute Aner, simple capellanus (34). Au XIIIe siècle, on rencontre seulement Maurin de Betous, Olivier de Lassus39, Arnaud de Gabarret, archidiacre de Chalosse40 et Martin de la Loberie official d’Aire en 1275 (35). Leurs patronymes révèlent leurs liens avec les familles seigneuriales locales et, donc, leur appartenance à la noblesse ou à la notabilité.

Le chapitre cathédral du XIVe siècle : un corps important

La documentation du XIVe siècle permet de mieux saisir les quelques chanoines cités dans le Liber rubeus. Au moment de sa compilation, le chapitre cathédral comprenait 10 chanoines et 4 prébendiers (17/2). En 1300, l’archidiacre du Marsan est Nicolas de Bourdieu, juriste et prêtre (20-21). Bien qu’il ne porte pas explicitement le titre de chanoine, il gravite dans cet environnement. En l’absence de doyen ou de prévôt, les archidiacres semblent être les premiers dignitaires du chapitre. On peut identifier l’appartenance sociale de trois des cinq chanoines et de l’archidiacre attestés vers 1320-1330 et apparaissant dans le Liber rubeus. Guilhem de Bresquedieu, chanoine d’Aire entre 1329 et 1335 et Arnaud de Lussagnet, chanoine en 1312. Ils viennent de petites familles seigneuriales vassales des vicomtes de Marsan, qui, dans le dernier quart du XIIIe siècle, siègent à la cour vicomtale des Sehrs (ou Sers, terme gascon signifiant “seigneurs”)41 et sont liés à la vicomtesse Constance de Marsan († 1311).

Il en va de même de Pierre de Micarrère cité en 1306 comme archiprêtre de Marsan (39). En 1310, un Arnaud de Micarrère est l’un des exécuteurs testamentaires de la vicomtesse qui, en remerciement de ses services, lui a accordé une donation importante sur ses fiefs de Saint-Candide de Bougue, sur les revenus du marché de Mont-de-Marsan et du bourg de la Font42. En 1312, un autre membre de la famille, Raimond de Micarrère, également témoin du testament de Constance en 131043, est seigneur de la cour des Sers44 et rend hommage à la vicomtesse Marguerite de Foix, sœur de Constance45. C’est peut-être le fils de l’un d’eux qui est maire de la ville en 1323 et qui rend hommage à Gaston de Foix en même temps que Ramon de Micarrère, jurat de la ville46. P. de Micarrère devient vicaire-général en 1315 ; il se confond peut-être avec son homonyme archidiacre de Tursan en 132947 et dont le Liber rubeus rapporte le meurtre en 1335 (3/12).

Guilhem de Bresquedieu (27/3) est sans doute apparenté aux seigneurs de Bresquedieu, possessionnés au Frêche, sur la rive droite du Midou, vassaux des vicomtes de Marsan et membres de la cour des Sers48. Arnaud de Lussagnet, enfin, viendrait de la famille des seigneurs de Lussagnet, possessionnés à Bascons et également membres de la cour des Sers49.

En revanche, Anissans de Toujouse, qui vient du même milieu, était en 1324 chanoine d’Aire, de Bazas et de Noyon, recteur de Monségur au diocèse de Bazas avant de devenir évêque d’Aire trois ans plus tard50. Beau de Bétous (27/1-2), chanoine en 1329-1330, accède à la dignité de sacriste en 1330. Ce Bellus de Betonis se confond probablement avec ou Bellus de Beroniis chanoine cité en 131651 ou avec Bellus junior de Beroniis, neveu de l’évêque Bernard de Batz (1308-1326), pourvu en 1316 par le pape d’un canonicat à Aire sous expectative de prébende52. Il doit s’agir de parents aussi de l’évêque Pierre de Bétous (1266-1275)53. Le cardinal Arnaud Pellegrue avait favorisé la réussite de Bernard de Batz mais n’a rien fait pour la génération suivante54. Le Liber rubeus ne porte trace que de quelques chanoines résidents, pour la plupart issus de la petite noblesse gasconne et ayant mené des carrières purement locales.

Des statuts capitulaires tardifs

Le Liber rubeus ne dit presque rien non plus du chapitre cathédral. Aucun statut capitulaire définissant les conditions d’élection, les charges de chaque chanoine et leurs conditions de vie ne nous est parvenu avant celui de 1459-1460 qui ne contient aucune référence datable à un document antérieur. Le chapitre cathédral d’un diocèse voisin, Dax, en disposait dès les XIIe-XIIIe siècles55. Les statuts d’Aire de 1459, confirmés le 6 décembre 1460 par l’évêque Tristan d’Aure, ne reflètent donc pas dans tous les détails la situation cent vingt ans plus tôt, du temps de Garsie du Fau56.

Au milieu du XVe siècle, le chapitre d’Aire est composé de l’archidiacre de Marsan (ou grand archidiacre), de celui de Chalosse, de dix chanoines, d’un ouvrier et d’un sacristain. Il n’est plus question d’archidiacre de Tursan alors que cette dignité existait vers 1320-1330 (3/12). Le bas chœur comprend six prébendiers (soit deux de plus qu’en 1335) avec deux chantres et deux enfants de chœur nourris aux dépens du maître de psallette (qui jouit de la cure et prébende de Bachen). Les statuts précisent que “le nombre de dix chanoines et six prébendiers, un chœur… ne peut être augmenté sans augmenter les possibilités de l’Église”. On trouve dans les statuts une allusion non datée à l’origine des prébendes : “les prébendiers furent faits et créés à partir de deux prébendes canoniales… de sorte qu’elles furent divisées entre eux (les prébendiers) de façon égale”57.

La collation des canonicats vacants se fait selon un tour de rôle par mois. En janvier, elle revient au chapitre réuni en corps, sans l’évêque. En février, l’évêque nomme seul. Durant les dix mois suivants, chacun des dix chanoines nomme à son tour aux canonicats vacants. Les chanoines portent un chaperon noir doublé de rouge. Ils n’ont pas le droit de passer la nuit en dehors de la ville, sauf s’ils sont en mission pour le diocèse. Ils ont obligation de résidence durant six mois (les statuts ne précisent pas si cette disposition est permanente), continus ou par intermittence, leurs absences et présences étant consignées dans un livre.

Le chapitre d’Aire ne se distingue pas des autres chapitres méridionaux, avec son absence de doyen. Il faut surtout retenir sa taille modeste, en phase avec des ressources que l’on devine limitées. Celui qui, sur le pouillé, a pointé les paroisses à la collation du chapitre en marge de (17/6, 10, 12) n’en a compté que quatre ! Il ne s’agit pas d’un chapitre riche et puissant susceptible de se montrer indocile vis-à-vis de son évêque, même si celui-ci n’a qu’une part minime dans les collations si l’on s’en rapporte aux statuts du XVe siècle qui, de surcroît, n’évoquent pas l’incidence des interventions pontificales.

Le réseau paroissial : une mosaïque de paroisses de fondation et d’importance très inégales

Avant la redécouverte du Liber rubeus, le pouillé dit de 1335 était connu par deux copies du XVIIIe siècle : une de 1716 (appelée “Pouillé du diocèse d’Aire”)58, une seconde vers 1750 copiée par Jean-Baptiste Larcher sur le Liber rubeus59, dont l’abbé Cazauran a publié une transcription dans le Bulletin de la Société de Borda à la fin du XIXe siècle60. Dans ces copies, le pouillé – ici (17) – est précédé des bénéfices redevables de la décime dans l’évêché d’Aire – ici (16) – et suivi de la taxe des procurations – ici (18) –. Le dernier élément, les droits de l’évêque sur les dîmes (19), a aussi fait l’objet de copies partielles. Le pouillé (17) précise pour chaque paroisse le droit de collation : de dono episcopi, ou patronatum habet, suivi du nom d’une institution religieuse. La liste des établissements réguliers figure à la fin de chaque archiprêtré61. Ainsi l’évêque dispose-t-il d’un descriptif qui recense toutes les églises et maisons régulières de son diocèse.

Cette source, utilisée conjointement à d’autres, a permis de mener plusieurs travaux universitaires sur l’occupation du sol et le peuplement dans divers secteurs du diocèse d’Aire. Ils ont proposé une reconstitution de la formation du réseau paroissial à travers des travaux d’études et de recherches (T.E.R.) sur le canton de Mugron (Chalosse)62, sur le bassin de la Midouze63, sur ceux du Midou et de la Douze64 et une thèse sur la vicomté de Marsan qui couvre les archiprêtrés de Roquefort, du Plan, de Mauléon, de Mont-de-Marsan65. Seul le Tursan n’a pas fait l’objet d’une étude spécifique. L’ensemble de ce réseau paroissial est donc relativement bien connu.

Huit siècles de constitution du réseau impliquent la coexistence d’églises fondées à des périodes très différentes et l’abandon progressif de certaines d’entre elles au profit de nouvelles. Bien des petites chapelles ont été laissées à l’abandon avant le XIVe siècle, en fonction des évolutions de l’habitat. Le pouillé nous fournit donc vers 1335 une image du réseau paroissial superposant les églises édifiées sur plusieurs siècles. Certaines d’entre elles, absentes du pouillé de 1335, sont connues par d’autres sources. Il peut s’agir d’édifices anciens délaissés et d’églises secondaires où l’on ne baptise pas. Quelques-uns, situés par exemple au bord de l’Adour, ont été victimes des débordements du fleuve et ont dû être abandonnés, tels Saint-Germain d’Ester ou Saint-Martin de las Vieles. Plusieurs ont disparu sans laisser de traces dans les textes mais un toponyme en perpétue le souvenir, tel le lieu-dit Pegleyze, à Cère où aucun édifice n’est jamais cité ou encore l’église des Dauphins à Arboucave66. Des églises mentionnées dans le pouillé de 1335 n’apparaissent plus dans celui de 157267.

Dans l’archiprêtré de Tursan (17/2) :

  • Saint-Vincent de Lasbezeilles (Duhort-Bachen) ;
  • Saint-Julien (Samadet) ;
  • Nozeilles (titre inconnu), (au sud d’Aire) ;
  • Saint-Louis de Bordes (Sorbets) ;
  • Saint-Pierre de Jupoy68 (Vielle-Tursan) ;
  • Saint-Jean-Baptiste de Lucserein (Miramont-Sensacq) ;
  • Saint-Jean-Baptiste de Poy (Larrivière) ;
  • Saint-Laurent de Cazautet (Payros-Casautet) ;
  • Notre-Dame d’Artiguenave (Banos) ;
  • Lerm (titre inconnu), non localisée ;
  • Gavas-Vielle (titre inconnu), (Miramont-Sensacq) ;
  • Tarigos (titre inconnu), (Bahus-Soubiran) ;
  • Leissiar (titre inconnu), non localisée.

Dans l’archiprêtré de Chalosse (17/4) :

  • Saint-Germain d’Ester (Saint-Sever) ;
  • Saint-Barthélemy d’Anglastes ou d’Anglade (Saint-Sever) ;
  • Saint-Adrien de Saint-Sarrian (Saint-Sever) ;
  • Saint-Pierre de Torresson (Cauna ?) ;
  • Saint-Médard de Sornihon (Haut-Mauco) ;
  • Saint-Martin d’Ones (Aurice) ;
  • Saint-Jean de Projan (Toulouzette) ;
  • Saint-Martin de las Vieles (Souprosse) ;
  • Sengresse (titre inconnu), (Souprosse) ;
  • Clar (titre inconnu), (Momuy) ;
  • Monbet (titre inconnu), (Labastide-Chalosse) ;
  • Ages (titre inconnu), (Monségur).

Dans l’archiprêtré de Roquefort (17/6) :

  • Saint-Julien (en vicomté de Juliac) ;
  • Pulchrum Videre (Betbezer-d’Armagnac) ;
  • Saint-Jean-Baptiste de Lobagnon (Lucbardez-et-Bargues).

Dans l’archiprêtré de Mauléon (17/8) :

  • Brustalet (Estang) ;
  • Saint-Jean de Lumpner (Montclar-d’Armagnac, Gers).

Dans l’archiprêtré du Plan (17/10) :

  • Saint-Pierre d’Estian (Villeneuve-de-Marsan) ;
  • Saint-Hippolyte de Badigos (Villeneuve-de-Marsan) ;
  • Saint-Martin deu Sist (Bougue ou Saint-Cricq-Villeneuve) ;
  • Saint-Marc (Perquie) ;
  • Benquet (titre inconnu), (Perquie) ;
  • Saint-Laurent de Benqueret (Perquie) ;
  • Furc (titre inconnu), (près d’Aire) ;
  • Bascaudes (titre inconnu), (Toujouse, Gers) ;
  • Saint-Michel de Toujouse Blanque (Hontanx) ;
  • Labroquère (Toujouse, Gers) ;
  • Garde ou Lagarde (titre inconnu), (Toujouse, Gers) ;
  • Feugarolles (titre inconnu), (Lussagnet) ;
  • Arrimlar (titre inconnu), (entre Lussagnet et Aire).

Dans l’archiprêtré de Mont-de-Marsan (17/12) :

  • Sainte-Anne de Nonères ou Capcornau (Mont-de-Marsan) ;
  • Saint-Médard de Martiens (Campet-Lamolère) ;
  • Saint-Vincent de Ronsacq (Meilhan) ;
  • Saint-Genès des Vallées (Saint-Pierre-du-Mont) ;
  • Saint-Jean-Baptiste de Cézeron (Uchacq-et-Parentis) ;
  • Saint-Laurent (Brocas).

Les destructions occasionnées en 1569, lors de la quatrième guerre de religion, ont sans doute eu raison de plusieurs d’entre elles69. Peut-être certaines étaient-elles déjà désacralisées antérieurement. Plusieurs de ces lieux disparus ou en ruines se trouvaient près de sites d’occupation antique : ainsi Saint-Genès des Vallées, Saint-Médard de Martiens70, Saint-Julien-de Samadet et Saint-Étienne du Frêche (chacun près d’une villa reconnue), Saint Jean-Baptiste de Brocas, Saint-Genès des Vallées71, Saint-Jean de Projan (près de la villa d’Augreilh à Saint-Sever)72.

L’abandon d’églises est plus prononcé en Chalosse et Tursan où la densité de peuplement est supérieure à celle des régions plus septentrionales73. La naissance des castelnaux74 a bouleversé l’habitat plus ancien et provoqué une recomposition du tissu paroissial. Le travail d’inventaire consacré aux castelnaux du sud des Landes par Anne Berdoy indique la présence de 45 villages de ce type dans les communes correspondant au sud du diocèse d’Aire75. Un bel exemple en est donné, au cours du XIIIe siècle, par une famille seigneuriale d’Urgons qui fonde Castelnau-Tursan sur la marge septentrionale de cette paroisse. Elle y édifie une grande motte sur laquelle s’élève la demeure seigneuriale et, au pied de la motte, une petite chapelle dont elle détient le patronage (17/2), tandis que les dîmes sont tenues par les hospitaliers76. Les seigneurs de Castelnau, ayant développé leur territoire en Tursan à la fin du XIVe siècle, prennent le nom de Castelnau-Tursan et dominent la région (17/10) en absorbant la seigneurie de Miramont.

Entre le XIIIe et le XIVe siècle, la création de bastides a provoqué des changements du tissu paroissial. Leurs fondations ne sont documentées que dans quelques cas. Grenade(-sur-l’Adour), fondée en 1322, englobe l’église de Flaron (au nord de l’actuelle commune), créée au XIIe siècle par l’ordre des Antonins (17/10) qui sont, par ailleurs, coparéagers de la bastide avec la vicomtesse de Marsan et comtesse de Foix, Jeanne d’Artois. Conséquence probable, les églises proches de Grenade comme Courrèges ou Navei sur les rives de l’Adour ne figurent plus dans le pouillé de 1572, que leur abandon soit lié au succès de la nouvelle bastide ou aux crues dévastatrices du fleuve77. En Tursan, l’église Saint-Jean-Baptiste de Geaune, édifiée bien après la fondation de 1318 entre Pierre de Castelnau et le sénéchal du roi Édouard II, Antonio di Pessagno, supplante Saint-Jean de Pantagnan qui ne figure plus sur la liste des paroisses de l’archiprêtré de Tursan dans le Liber rubeus (17/2). Tandis que la bastide de Duhort fondée en 1331 sur la paroisse de Saint-Vincent de Lasbezeilles n’a pas encore effacé cette dernière, un grave litige survient entre ses patrons, les religieux de Saint-Jean-de La Castelle et l’évêque qui a créé une nouvelle église dans la bastide (36). Cette fondation supplante Saint-Vincent de Lasbezeilhes dont le nom disparaît du pouillé de 157278. Combien de temps a-t-il fallu pour que la population locale l’abandonne au profit de la nouvelle église ? Nous l’ignorons mais le phénomène a dû s’étaler sur plusieurs générations.

Vers 1335, sur les 231 églises citées dans le pouillé, toutes ne connaissent donc pas la même fréquentation. Certaines d’entre elles, délaissées par leurs paroissiens en faveur de fondations nouvelles, disparaissent peu à peu. Parmi les absentes du pouillé de 1572, en Tursan citons les églises de Saint-Orens, Cornet et Bachen devenues des annexes de Buanes. Sorbets, Bordes et Soubanère sont annexes de Bahus, Bruix l’est de Pujol, Bederède de Geaune. Lasbezeilles, Navei, Poy, Artiguenave, Nozeilhes, Gavas-Vielle, Tarigos, Leissiar ne sont plus citées79. Le pouillé du diocèse de 1572 dénombre un total de 145 églises : près de 70 de celles de 1335 ont donc été abandonnées.

Il faudrait ajouter à la liste du pouillé certaines églises qu’il ne nomme pas ou qu’il cite comme chapelles et qui, dans d’autres sources médiévales, sont bien desservies au XIVe siècle :

  • Saint-Pierre de Mazères, sur le site de la villa antique d’Augreilh (Toulouzette) ;
  • Saint-Hippolyte de Meignos (Saint-Sever ou Lamothe) ;
  • Saint-Pé d’Alis (Benquet)80 ;
  • Saint-Maurice ou Saint-Martin de Yéoulos (Montsoué)81 ;
  • Saint-Martin de Domingue (Campagne)82 ;
  • Saint-Germain d’Ester (Saint-Sever)83.

En dehors de la liste des églises, le pouillé de 1335 et la liste des bénéfices payant la décime présentent de nombreux établissements réguliers, des prieurés et des hôpitaux à travers les six archiprêtrés. Le clergé régulier est, sans conteste, un des plus grands propriétaires fonciers du diocèse et il reçoit une part substantielle des dîmes84. Installés dans les paroisses rurales, ils jalonnent les voies de communication de haltes ou de petits hôpitaux. Dans une mesure non négligeable, ces établissements ecclésiastiques sont donc devenus des maîtres de la terre avec lesquels il faut compter.

Poids important de certains établissements réguliers

À partir de la fin du Xe siècle, sous l’action du comte de Gascogne et de l’aristocratie, l’espace landais accueille plusieurs établissements religieux, dont le plus ancien est l’abbaye bénédictine de Saint-Sever fondée en 988 par le comte Guillaume Sanche. D’autres suivent jusqu’à la fin du XIIIe siècle. En près de trois siècles, douze abbayes s’installent dans le diocèse, fondant six prieurés auxquels s’ajoutent neuf maisons hospitalières figurant en bonne place dans le pouillé.

La prospérité des réguliers se caractérise par l’étendue des biens fonciers dont disposent beaucoup d’entre eux grâce aux donations. Elle se caractérise par une grande diversité de revenus (cens, péages, banalités, droits de justice) comme par des privilèges ou exemptions de taxes variables. D’après le pouillé, seul un dixième des paroisses a pour patron un établissement régulier pouvant présenter un desservant à la collation épiscopale85. Si l’on note quelques patrons laïcs, l’évêque nomme lui-même l’essentiel du clergé paroissial. Les nombreux démêlés entre l’évêque et des réguliers à propos des dîmes, à commencer par le litige avec Saint-Sever après la fondation de Mont-de-Marsan (34), indiquent toutefois l’influence de cette abbaye dans le diocèse. Lorsque l’évêque veut rogner leurs droits en arguant que telle dîme novale lui revenait ou telle nouvelle église était à sa seule disposition, les religieux se sont battus (25-27, 36, 38). Sans faire l’inventaire des églises et droits possédés par les abbayes landaises hors du diocèse d’Aire (étude qui reste en partie à mener), on peut cependant citer la grande abbaye de Saint-Sever qui avait bénéficié de nombreuses donations et droits dans les diocèses voisins : Agen (autour de Buzet – Sainte-Quintille – à Villeneuve-de Mézin, Villeton), diocèse de Bordeaux (Mimizan, Sainte-Eulalie, Soulac), diocèse de Bazas (Ruffiac), diocèse de Dax (Garros, Saint-Geours d’Auribat, Gouts, Marsac Silvos, Vios). Les prémontrés de Saint-Jean de La Castelle avaient fondé les prieurés de Sarrance (diocèse de Lescar), Lannes, Fontclaire, Vianne et Durance (diocèse d’Agen) et possédaient des droits dans le diocèse de Bordeaux (Saint-Macaire) et dans ceux d’Agen et Auch. Beaucoup plus modestes, les clarisses avaient reçu la dîme de Montesquiou (diocèse d’Agen).

Des établissements réguliers implantés sur trois siècles

Au XIe siècle, le diocèse d’Aire compte les abbayes de Saint-Sever (bénédictins), Saint-Girons d’Hagetmau, Pimbo et Saint-Loubouer (ces trois dernières avec des chanoines au moins au siècle suivant), puis au XIIe siècle Saint-Jean-de La Castelle (prémontrés), Pontaut (cisterciens), Saint-Antoine-du Viennois (antonins de Goloni), enfin au XIIIe siècle les ordres mendiants (franciscains et clarisses de Mont-de-Marsan, jacobins de Saint-Sever). Au XIIe siècle de petites commanderies ont également été fondées en de nombreux lieux du diocèse, en majorité par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Le Liber rubeus contient huit actes relatifs à des abbayes : Saint-Sever (21) (pl. 27-28), Saint-Girons (22) (pl. 29-30), Saint-Jean de La Castelle (30), Pontaut (32) (pl. 31), Saint-Antoine de Goloni (17 et 20), les Clarisses de Beyris (3) et le petit prieuré du Sen (33).

Les bénédictins de Saint-Sever et les clarisses de Mont-de-Marsan ont pu conserver une grande partie de leurs actes médiévaux alors que les archives des autres établissements ont disparu, notamment lors de la quatrième guerre de religion, en 1569. Si leur patrimoine est localisable, sa structure et son administration sont donc très mal connues, de même que les origines de plusieurs abbayes de Chalosse ou de Tursan (Pontaut, Pimbo, Saint-Loubouer, Saint-Girons). Des érudits comme dom Estiennot ou Jean-Baptiste Larcher demeurent même très prudents quant à leur date de fondation. Des rares indices subsistants, on constate seulement qu’elles se sont dotées d’un collège de chanoines. C’est pourquoi les six actes relatifs à divers accords concernant trois d’entre elles, contenus dans le Liber rubeus, sont d’autant plus précieux car ils complètent les maigres informations dont nous disposons86.

À ces établissements, il faut ajouter neuf maisons hospitalières désignées dans le pouillé par le terme domus, au titre des bénéfices taxés pour les décimes (16) : Orden et Goloni en Tursan, Bessaut et Corbin (pour Caubin) dans l’archiprêtré de Roquefort, puis dans celui de Mont-de-Marsan, Le Sen, les Clarisses, Cap-Cornau et l’hôpital du Bourg de la Font près de Mont-de-Marsan, Engenès dans l’archiprêtré du Plan, Saint-Esprit près de Saint-Sever en Chalosse.

Domus a été souvent traduit par “commanderie” alors que le terme désigne seulement un établissement où vivent des religieux et qu’il s’applique à des situations très diverses. À l’origine hôpital accueillant voyageurs et pèlerins, chapelle et petite structure régulière dirigés par un précepteur, leur évolution, liée aux donations et achats de fiefs, a enrichi certains d’entre eux comme Bessaut. Leurs titres de fondation sont perdus et nous ignorons donc dans quelles conditions et à quel moment ces établissements sont apparus.

La majorité de ces maisons, Orden, Capcornau, Saint-Justin, Engenès ou Angenès, Pécorade, dépend des Hospitaliers de Saint-Jean87. Malgré leur implantation sur des routes vers Saint-Jacques de Compostelle, elles constituent avant tout des centres de collecte de revenus pour l’ordre. Or, en 1312, la réunion des biens des Templiers à l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem par le concile de Vienne oblige l’ordre à une réorganisation de ses biens fonciers88. Nos connaissances ne sont pas antérieures à ce moment. Les maisons citées dans le Liber rubeus sont alors rattachées à des commanderies importantes situées en dehors du diocèse :

  • Arcins (issue du démembrement de la commanderie de Bordeaux) en Médoc89, pour Geaune et Pécorade ;
  • Argenteins (comm. de Nérac, Lot-et-Garonne), pour l’hôpital Saint-Jean d’Angenès ;
  • Caubin (Pyrénées-Atlantiques) à laquelle sont rattachés Capcornau, Saint-Justin, Orden et Caubin ;
  • La Cavalerie, commanderie de Riscle (Gers) pour l’hôpital de La Pressère.

La plupart de ces établissements landais, modestes, ont fini soit par disparaître, soit par devenir de simples granges après le XVIe siècle. Seul Pécorade en Tursan a conservé une certaine importance.

Ces ordres ont largement contribué à la mise en valeur d’une partie du territoire diocésain, que ce soit sur les terres des deux rives de l’Adour (Saint-Jean de La Castelle), ou sur les riches terres de Chalosse (Saint-Sever). En Tursan, les hospitaliers de Pécorade ont distribué des terres en emphytéose aux habitants des campagnes voisines qui voulaient venir s’y fixer.

Enfin, six bastides sont fondées dans le diocèse avec le concours de réguliers : en 1280, Saint-Justin (hospitaliers et Constance Moncade, vicomtesse de Marsan), sur la paroisse de Gontaud90 ; en 1289 c’est à partir du fief de Lombran appartenant aux hospitaliers que naît la bastide de Mauvezin-d’Armagnac en paréage entre Édouard Ier et le vicomte de Juliac, Arnaud-Guillaume de Mauvezin91. En 1306 suit la création de celle du Frêche (hospitaliers de Saint-Justin et la vicomtesse Constance de Marsan)92, puis en 1314, Cazères-sur-L’Adour (prémontrés de Saint-Jean de La Castelle et Marguerite de Foix-Béarn)93, en 1322, Grenade-sur-L’Adour (antonins de Goloni avec Fortaner de Lescun, sénéchal de Jeanne d’Artois)94, en 1331, Duhort (prémontrés de Saint-Jean de La Castelle et le sénéchal du roi-duc)95 clôt l’ensemble des fondations nouvelles avant que n’éclate la guerre de Cent Ans.

L’évêque doit donc compter avec cette emprise des réguliers qui ne contrôlent qu’un nombre limité de paroisses, certes, mais qui échappent presque toutes à son droit de visite, car relevant d’ordres exempts, comme en témoigne la liste des procurations : parmi les maisons suffisamment riches pour être taxées, seules les collégiales séculières de Saint-Loubouer, Pimbo (18/2) et Saint-Girons (18/3) y sont soumises. Dans le pouillé diocésain, qui cite beaucoup plus d’églises (17), les établissements réguliers, à l’exception des Frères mendiants, sont recensés en fin de liste d’archiprêtré mais échappent au contrôle épiscopal. Font exception explicitement quelques petites maisons hospitalières dont l’évêque nomme le chef : l’hôpital du Mas et celui de Beros (17/3), celui du Bourg à Mont-de-Marsan (17/13). L’intervention du prélat se limite parfois à confirmer un prieur élu à Bessaut (17/7) et au Sen (17/13) ; dans ce dernier cas, on voit en 1306 qu’il s’agit d’une procédure pointilleuse occasionnant des actes écrits assez longs (39). L’évêque estime manifestement nécessaire de bien tenir en main le clergé paroissial et les fidèles en conservant les traces de son intervention.

En dehors des clarisses de Mont-de-Marsan, citées seulement pour leur seigneurie foncière (2) ou une dépendance (17/9), de franciscains [(2), (31/5), (35)] et d’un dominicain (25/1) figurant à titre personnel, les religieux mendiants n’apparaissent pas dans le Liber rubeus. Les privilèges qu’ils ont reçus des papes les dispensent de nombreuses taxes, dont les décimes. Ils étaient bien implantés à Saint-Sever (dominicains) et à Mont-de-Marsan (franciscains, clarisses) depuis le dernier tiers du XIIIe siècle96 alors qu’ils ne sont pas présents à Aire. L’abbaye Sainte-Quitterie et les chanoines de la cathédrale ne voyaient certainement pas d’un bon œil une telle implantation dans la cité97. Les ordres mendiants qui ne s’installaient que dans des villes suffisamment prospères pour subvenir à leurs besoins, constituent un marqueur du développement urbain, dont Aire semble exclue98 alors que la ville est le siège d’un évêché déjà ancien. Son rayonnement demeure donc limité, dans l’Antiquité comme durant le Moyen Âge.

Aire au XIVe siècle

Cette petite ville souffre d’une faiblesse, son éloignement de plusieurs dizaines de km de tout pouvoir séculier fort : ici, pas de bicéphalité comte (ou vicomte) et évêque, ce qui limite les empiètements laïcs mais implique aussi une absence de protection en cas de guerre ou de troubles locaux, comme en témoigne le Liber rubeus, en 1226 (4) ou lors de l’incendie de 1288, ainsi que nous allons le voir. À cela s’ajoute le fait que le pays environnant n’est pas d’une grande fertilité et n’a pas fixé de routes commerciales importantes ni de grands marchés comme à Orthez. Pour être d’une taille modeste, Aire se compose de deux éléments longtemps disjoints : la cité et le bourg monastique autour de Sainte-Quitterie. Au XIVe siècle, deux sites urbains voisinent : Aire, siège épiscopal et le Mas d’Aire, siège de l’abbaye Sainte-Quitterie, distants d’environ 500 m.

L’espace qui les sépare ne s’urbanise qu’au cours des temps modernes. Au Moyen Âge, elles forment deux petites entités différentes, comme à Périgueux ou à Limoges, mais relevant depuis 1228 (4) toutes deux de l’évêque. L’analyse morphologique du cadastre ancien confrontée aux sources écrites (terriers), permet d’identifier les constituants d’Aire et du Mas. Du côté oriental, le lit ancien de l’Adour longeait le parc de l’évêché (actuel Parc central) et protégeait la ville99. En l’état actuel des connaissances, on ne peut pas déterminer si le groupe cathédral était installé à l’intérieur de la ville médiévale ou isolé d’elle par une clôture, voire à l’extérieur. En fait, nos connaissances textuelles sur l’organisation de la ville d’Aire sont quasiment inexistantes jusque vers 1289.

La cité

L’incendie de 1288 et le paréage de 1289 (32)

Au cours de l’année 1288, une révolte populaire menée par un groupe de mécontents que dirige notamment un domicellus, Arnaud de Lartigue100, touche la cathédrale et surtout l’abbaye et le Mas d’Aire. Le feu détruit une grande partie des bâtiments qui ne sont reconstruits qu’au cours du XIVe siècle. L’année suivante, l’évêque et le chapitre sollicitent le roi-duc Édouard Ier afin de conclure avec lui un paréage destiné à les placer sous la protection directe du souverain. Ce dernier signe l’acte à Condat (future Libourne) le 10 juin 1289.

Le paréage comporte les clauses classiques de partage de la seigneurie banale et foncière :

“Nous avons humblement supplié le seigneur roi et duc susdit, en songeant à notre profit et à notre tranquillité et ceux des hommes de la dite ville et de toute la terre avoisinante, que de notre consentement et concession, il voulût avoir et recevoir ce qui suit : à savoir la moitié de la justice haute et basse de la dite ville et de ses appartenances, des revenus des bastides et des moulins, fours, marchés et foires, et autres qui se fassent nouvellement ou qui pourront avoir soin de réaliser à l’avenir dans les susdites ville et appartenances.”

Les biens propres du prélat, cens, fiefs et revenus demeurent exclusivement entre ses mains. L’évêque donne au roi-duc la maison en pierre qu’il venait d’édifier à l’entrée de la cité d’Aire, du côté de l’Adour (32). Édouard Ier promet de ne pas autoriser la construction d’une autre maison religieuse ou d’un oratoire au Mas sans la permission de l’évêque. Il accepte que deux bayles aidés de sergents rendent la justice, l’un au nom de l’évêque et du chapitre, l’autre en son nom. Il s’engage à protéger la personne de l’évêque, les moines et les serviteurs et du monastère. Faut-il, par “appartenances” (pertinencie) comprendre qu’il s’agit de l’espace séparant le bourg du Mas de la ville d’Aire ? C’est tout à fait possible puisqu’il semble que ce soit au nord du bourg abbatial que l’on a prévu l’édification de la “bastide”, expression qui peut aussi englober la campagne environnante. Nous reviendrons sur cette appellation plus loin. Les charges ou les constructions à bâtir doivent être supportées à frais communs ; le roi prend à sa charge les frais nécessités par les démarches pour obtenir l’approbation du Saint-Siège.

Par égard pour la situation du monastère, le roi verse une première somme de mille trois cents livres bordelaises à titre d’aumône pour la restauration du monastère101 puis une autre somme à l’évêque, qui atteste l’avoir reçue (32) :

“Et comme nous voyons et connaissons la pauvreté dudit monastère, et en considérant aussi le don que l’évêque d’Aire nous a fait de sa susdite maison, nous donnons cinq cents livres morlannes au susdit évêque, à convertir en achats de revenus ou autres réparations de ses églises, en plus de l’autre somme de 300 livres de la monnaie de Bordeaux que nous avons accordée en aumône pour la reconstruction du monastère susdit102.”

Les composantes de la ville (fig. 3-4) (pl. 14)

Le paréage de 1289 nous donne quelques indications générales sur l’organisation de la ville. Près du fleuve, la Peyrie, maison de pierre, a été donnée par l’évêque au roi-duc103. Elle se situait non loin du pont sur l’Adour104. Sa fonction défensive est bien établie car à la fin du XIIIe siècle, Édouard Ier concède la garde du pont, les droits de péage et d’autres droits à Arnaud-Loup de Lopgrate, seigneur montois qui lui avait rendu des services105.

À l’ouest, le canal du Talabot ou du Moulin borne la ville. La limite méridionale est plus délicate à fixer. L’ensemble contenu à l’intérieur de ce rectangle comprend environ 4 ha, ce qui correspond à la superficie de la ville de Lapurdum (Bayonne) dans son enceinte antique et à celle du bourg castral de Mont-de-Marsan entre Douze et Midou (4,5 ha)106.

Fig. 3. Arch. dép. Landes, cadastre début XIXe, d’Aire-sur-l’Adour, 286 W 1- Section M dite de la ville ©Arch. dép. des Landes.
Fig. 3. Arch. dép. Landes, cadastre début XIXe, d’Aire-sur-l’Adour, 286 W 1- Section M dite de la ville ©Arch. dép. des Landes.
Fig. 4. Schéma des principaux éléments constitutifs de la ville d’Aire au Moyen Âge © J.-M. Fritz.
Fig. 4. Schéma des principaux éléments constitutifs de la ville d’Aire au Moyen Âge © J.-M. Fritz.

Les principaux bâtiments de la ville sont connus par des mentions allusives contenues notamment dans le pouillé et les relevés du POSHA. On recense trois moulins et des hôpitaux (non localisés) (32). Le reste de la ville (rues, échoppes, métiers) nous échappe totalement.

Le moulin du chapitre, situé à la limite ouest de la ville, près du canal du Talabot, fonctionnait grâce à ce dernier dont seules les parties ouest et sud seraient médiévales107. Il assurait une partie de l’approvisionnement de la ville en farine. Selon l’abbé Légé, la ville aurait possédé un second moulin à l’emplacement de l’actuelle église du Carmel. Il était alimenté par un aqueduc passant sous le parc de l’évêché, le cimetière, contre le chœur de la cathédrale108. Le POSHA signale un troisième moulin près de l’Adour, qui pourrait correspondre à celui édifié par le vicomte de Marsan dans le cadre du projet de paréage envisagé en 1331 extra fossa et infra pontem109.

Trois hôpitaux sont mentionnés par le pouillé :

  • l’hospitale de Adura – dont nous ignorons l’emplacement (17/3)110 et l’origine (épiscopale ou non) – se situait peut-être en dehors de la ville. Une localisation dans le bourg moderne dit “de Bérard” ou “camp d’Aire” qui réalise la jonction entre Aire et Le Mas111 serait conforme à celle des sites hospitaliers médiévaux périurbains.
  • L’hospitale deu Beros (17/3) était sans doute situé hors des murs de la ville.
  • Un hospitale de Manso (17/3) – dont l’emplacement est inconnu – cité dans le pouillé, semble, d’après son nom, en relation avec le pôle de Sainte-Quitterie.

La faible importance d’Aire dominée longtemps par l’autorité de l’évêque se mesure à l’absence de fors et coutumes avant 1332, date à laquelle Gaston de Foix-Béarn, et non le prélat, accorde ces privilèges aux habitants des deux villes. Il leur concède également seize places au camp de Gorre ou de Begorre (Bigorre) pour édifier une maison commune et y tenir le marché112. Le projet est réalisé puisque, le 4 septembre 1454, à la suite d’un désaccord entre les habitants d’Aire et du Mas au sujet du lieu de marché, les commissaires du comte de Foix déclarent, dans leur sentence, que c’est leur seigneur, seul, qui a donné les fors et coutumes en 1332 et fait édifier la maison commune, notamment pour tenir le marché.

Ce dernier se tenait le mercredi, le lendemain de celui de Cazères (mardi) et le jour précédant celui de Barcelone (jeudi), selon un calendrier bien organisé. D’après la sentence de 1454, cette maison commune en aurait remplacé une plus ancienne et très endommagée, construite entre les deux villes113. Sur cet espace, le camp de Gorre accueillait les assemblées, les foires et les marchés114.

En définitive, Aire était bien une petite ville modeste qui tenait davantage du gros bourg que de la cité même si elle était le siège d’un évêché. Certes, elle voisinait avec une abbaye qui lui était unie, mais elle était faiblement dotée des principaux bâtiments qui caractérisent une ville même de moyenne importance.

Sainte-Quitterie, bourg abbatial, puis bastide

L’abbaye Sainte-Quitterie

Non loin de la cité, sur la colline du Mas qui la domine au sud, l’archéologie révèle, dès la protohistoire puis l’antiquité, les traces de l’occupation humaine115. C’est sur ce site que s’installe le monastère Sainte-Quitterie qui, à son tour, a généré un premier petit bourg abbatial, puis après 1289, une petite “bastide”. L’abbaye de Sainte-Quitterie se dresse à 126 m d’altitude, sur un promontoire découpé par deux ruisseaux, sur un espace d’environ 500 m du nord au sud sur 195 m d’est en ouest.

Les recherches archéologiques menées depuis 1885-1886 sur la crypte permettent de proposer une chronologie de l’occupation du site de l’église et de son évolution. Un mausolée funéraire de 12,50 m sur 7,50 dont la destination n’a pu être précisée est à rapporter à l’antiquité tardive (IIIe-VIe siècles) et pourrait se rattacher à la tradition des mausolées-temples du Haut-Empire116. En dehors d’une nécropole des VIe-VIIe siècles comportant une dizaine de sarcophages trapézoïdaux et de nombreux fragments de sarcophages dans la zone du chevet, en l’état actuel des connaissances archéologiques, on constate un hiatus entre le VIIe et le XIe siècles. Lors de la construction de la première église de l’abbaye, les bâtisseurs romans ont réutilisé les structures de la crypte117.

La fondation du petit monastère est très mal connue. Probablement vers la fin du XIe siècle, des moines s’installent non loin du “château d’Alaric”. La date de la fondation a fait l’objet de diverses hypothèses. Les réflexions les plus fiables nous sont fournies par l’abbé Degert selon lequel la fin du XIe siècle pourrait avoir connu l’arrivée des premiers moines, sous l’évêque Pierre II (1092-1099)118. Au XIIe siècle, les bulles des papes Calixte II et Alexandre III mentionnent un monastère Sainte-Quitterie parmi les possessions de la Chaise-Dieu (diocèse de Clermont), sans en indiquer la localisation119. Il ne s’agit pas forcément de celui d’Aire. C’est sans doute par l’intermédiaire des reliques que le culte de la sainte s’est propagé en Gascogne. Les plus anciennes mentions de Quitterie figurent dans l’ouvrage de Grégoire de Tours, In gloria confessorum, rédigé à la fin du VIe siècle. Il évoque des prodiges entourant les tombeaux de trois prêtres aux confins du vicus Iuliensis ou vicus Atroa, sans mentionner sainte Quitterie. Sa légende n’est pas rattachée à un lieu particulier. Grégoire souhaitait lui consacrer un chapitre, mais n’a sans doute pas eu le temps de le rédiger.

La première mention du culte de la vierge et martyre figure dans le sacramentaire du monastère d’Aurillac au Xe siècle. L’établissement d’une route de pèlerinage entre Le Puy et Saint-Jacques de Compostelle passant par Aire a pu contribuer à la diffusion des reliques. Ces dernières figurent en bonne place à l’abbaye de Saint-Sever, qui dédie une fête à la sainte chaque 15 janvier, en souvenir de leur réception, de même qu’à l’abbaye de La Sauve-Majeure au XIIe siècle. Mais aucun acte n’atteste la filiation de Sainte-Quitterie du Mas d’Aire avec la Chaise-Dieu ou tout autre monastère.

Le seul lien certain est celui qu’elle a entretenu avec l’église Notre-Dame d’Auch et l’archevêché. En 1149, P., abbé du monastère de Sainte-Quitterie d’Aire, s’engage à donner, à titre de cens annuel, à l’église Sainte-Marie d’Auch, dix livres de cire destinée à la confection du cierge pascal (5). Ce texte mentionne le lien d’amitié qui unit l’archevêque et son chapitre d’Auch et la petite abbaye aturine, “sa fille depuis longtemps par prérogative d’une amitié familière”. Sainte-Quitterie entretient donc un lien de filiation, dont on ignore l’origine, avec l’église d’Auch. Des chanoines réguliers de cette cité auraient-ils fait naître ou renaître un petit établissement régulier qui s’est ensuite fixé plutôt dans le modèle monastique ? Cette affiliation concrétisée par le versement d’un cens, se double d’une association de prières et d’un engagement de solidarité mais cette relation va très au-delà d’une simple confraternité générale comme on en trouve trace dans le nécrologe de La Sauve entre les moines et les chanoines d’Aire120.

Une bastide à côté d’un bourg monastique ? (fig. 5-6)
Fig. 5. Arch. dép. des Landes, cadastre début XIXe, Aire-sur-l’Adour-286 W 1- Section P, dite du Mas.
Fig. 5. Arch. dép. des Landes, cadastre début XIXe, Aire-sur-l’Adour-286 W 1- Section P, dite du Mas.
Fig. 6. Schéma constitutif des principaux éléments connus du Mas Sainte-Quitterie au Moyen Âge © J.-M. Fritz.
Fig. 6. Schéma constitutif des principaux éléments connus du Mas Sainte-Quitterie au Moyen Âge © J.-M. Fritz.

Au cours des XIIe et XIIIe siècles, il est probable qu’un petit bourg abbatial se soit constitué à l’ouest de l’abbaye. Après 1289, l’édification de la bastide lui confère un développement qui demeure toutefois modeste. Le cadastre ancien d’Aire et du Mas permet de repérer, au nord et au nord-ouest de l’abbaye, un parcellaire laniéré, dont la configuration correspond à la bastide prévue lors du paréage, distinct du bourg monastique. Ce quartier est ceinturé par une enceinte défendue au nord par un château sur motte, détruit en 1339 sur ordre du roi de France Philippe VI. Les auteurs du POSHA ont identifié des éléments fortifiés (fossés, porte, vestiges de murs) qui l’entourent et ont servi à protéger la bastide. Il s’agit de la seule enceinte partielle dans une agglomération restée un assemblage diffus. L’abbaye demeure hors de ces murs121.

La bastide du Mas s’inscrit dans une politique de consolidation domaniale sur la marge orientale du duché d’Aquitaine et vers l’Adour débutée par Henri III avec les fondations de Pimbo en 1268, puis amplifiée sous Édouard Ier et Édouard II avec les bastides de Miramont en 1276122, Sarron (avant 1318)123, Geaune en 1318124, Toulouzette en 1321125, Saint-Maurice en 1326126, sous Édouard III pour Duhort en 1331127 et Buanes en 1346128.

De cet ensemble urbain, sur lequel planent beaucoup d’incertitudes, il ne reste de visible qu’essentiellement les deux grands monuments ecclésiastiques médiévaux polarisant leur organisation : la cathédrale et l’abbatiale.

Le groupe épiscopal (pl. 13, 15-17)

En 1059, le retour d’un évêque sur le siège diocésain d’Aire s’accompagne de l’installation d’un quartier épiscopal, à la limite est de la ville. Deux cathédrales sont édifiées successivement, la première romane, la seconde reconstruite au début du XIVe siècle sur les vestiges de la précédente après l’incendie de 1288.

Le premier groupe épiscopal roman d’Aire

Au nord-est du chevet de la cathédrale, les fouilles de 1966 ont découvert des mosaïques antiques129 et, sur le parvis, les fouilles de 2014 ont révélé des structures massives, antérieures à la précédente église, pouvant correspondre à un ou plusieurs édifices de type monumental, entre la fin de l’Antiquité tardive et la fin du Haut Moyen Âge, mais non identifiées130. Dans l’état des recherches, rien n’atteste de la présence d’une première cathédrale paléochrétienne sur ce site.

La cathédrale médiévale porte le vocable de Saint-Jean-Baptiste, qui est souvent celui des premières églises. Les parties de murs romans du chevet et de l’absidiole nord, ont été attribuées à “l’école cistercienne hispano-languedocienne” et dateraient de la première moitié du XIIe siècle131. La question de la période d’édification de ce premier édifice divise les historiens. Pour certains, il s’agirait de la fin du XIe siècle132, pour d’autres de la première moitié du XIIe siècle133. La base des murs du chevet présente de nombreuses marques de tâcherons dont certaines identiques à celles de Sainte-Quitterie, ce qui constitue un indice en faveur d’une datation haute, vers la fin du XIe siècle ou le début du XIIe siècle. L’abbé Degert reconnaît que les historiens locaux, qui ont attribué à Pierre Ier la construction de la cathédrale d’Aire, ne citent aucun document à l’appui de leurs dires, mais que dans le cadre de la restauration du siège, il a pu commencer des travaux qui ont mis des décennies à aboutir134.

L’édifice avait un plan très simple : une nef unique de trois travées en moyen appareil calcaire, avec, de part et d’autre de l’abside, deux chapelles absidioles en hémicycle et deux autres contiguës à chevet plat. Les sondages réalisés en 2012 sur le parvis attestent de la présence à cet endroit d’un bâtiment antique d’origine thermale et ont permis de retrouver la trace de la troisième travée de la nef raccourcie au XIVe siècle135.

La reconstruction des édifices endommagés en 1288 a traîné en longueur. Ne disposant pas des fonds nécessaires à la remise en état de l’église et du monastère, Bernard de Bats fait appel au pape Clément V qui, le 18 mai 1309, accorde cent jours d’indulgence aux généreux donateurs, sur une durée de dix ans136. L’évêque renouvelle sa demande auprès de Jean XXII qui accorde de nouvelles indulgences de cent jours pour vingt ans, le 17 mars 1317137. Le chantier a donc duré au minimum 29 années, ce qui n’a rien d’exceptionnel.

Le groupe cathédral du XIVe siècle

Le groupe cathédral reconstruit comprend l’église, un cloître, une salle capitulaire138 surmontée comme nous l’avons vu de logis destinés aux prébendiers, le tout situé contre l’angle sud-ouest de l’église ; un cimetière à l’est et au nord139 ; et enfin le palais de l’évêque et les bâtiments annexes (écuries, boulangerie, remises et secrétariat). S’y ajoute une maison de l’official de style gothique du XIVe siècle – également restaurée – face à l’entrée du groupe épiscopal (pl. 19).

L’église cathédrale Saint-Jean-Baptiste du XIVe siècle (fig. 7)

La nouvelle cathédrale est réédifiée sur les murs de la nef romane, mais elle ne comporte que deux travées, et non trois comme l’église précédente140. Elle a conservé son transept, le chevet avec ses absidioles en hémicycle et à chevet plat. Les parties romanes des murs du chœur, des absidioles, de la salle capitulaire et d’une partie du transept ont servi de base à la reconstruction du nouvel édifice. Au cours des siècles suivants, l’église a connu de nombreux remaniements, dont une modification importante de son chevet roman, remplacé par une volumineuse abside en fer à cheval imitant une rotonde sous l’évêque Playcard de Raigecourt (1758-1783)141.

La longueur de l’église actuelle depuis le portail principal jusqu’au fond du chevet est de 48 m. En tenant compte du raccourcissement opéré au moment de la reconstruction qui a privé l’édifice d’une travée, l’église romane atteignait sans doute 55 m de long142. Avec un transept long de 31 m et une hauteur sous voûte de 15 m, l’édifice se situe au niveau des cathédrales de Lescar et d’Eauze143 ; deux fois plus petite que la cathédrale de Bazas, elle demeure donc modeste, caractère perceptible également sur la façade d’une grande simplicité. Ainsi les parties les plus anciennes sont en moyen appareil calcaire sur plusieurs mètres. Lors des restaurations, on a utilisé une alternance de pierres et de rangs de briques, peut-être par manque de pierres. La décoration romane est en place sur la partie nord du transept. La croisée du transept a peut-être été primitivement couverte d’une tour-lanterne carrée ce que semblent indiquer les ruines d’un escalier de pierre en colimaçon partant de la croisée du transept144. La nef était couverte d’une voûte en berceau qui, à la suite des dommages causés par les guerres de Religion, a dû être refaite au cours du XVIIe siècle. Les deux bas-côtés actuels ont été ajoutés au XIXe siècle.

Fig. 7. Plan de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, Sieffert 1952 © Persée.
Fig. 7. Plan de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, Sieffert 1952 © Persée.
Le cloître, la salle capitulaire, le palais épiscopal et les bâtiments conventuels

Un cloître, aujourd’hui détruit, est mentionné dès 1135 dans un acte du cartulaire de La Sauve-Majeure passé in claustro sedis145, ce qui renforce l’hypothèse d’une datation haute pour la construction de l’église. Il occupait l’espace entre la première cathédrale et le palais épiscopal, à l’emplacement d’un site antique et d’un cimetière du Haut Moyen Âge146. Il était entouré d’une galerie à arcades et chapiteaux dont plusieurs sont exposés dans la cour de l’ancien cloître. Un sarcophage découvert en 1960 lors de travaux atteste d’inhumations dans ce lieu.

La salle capitulaire de l’église gothique située au sud-est de la cathédrale était indépendante de cette dernière jusqu’au XVIIe siècle, moment où on ouvre une grande arcade la mettant en communication avec le sanctuaire147. Elle donnait sur le cloître. Un grand pilier central octogonal d’où rayonnent quatre voûtes d’ogives reposant sur de petites consoles engagées au niveau des murs, ornées de monstres et de personnages, soutient la voûte. Au-dessus, une salle abritait les logis des prébendiers qui, au Moyen Âge du moins, avaient l’obligation de résider dans la ville et, si possible, dans la cathédrale. Elle comporte des vestiges de cheminée et des niches murales (peut-être destinées aux lampes).

Le bâtiment de l’évêché, occupé aujourd’hui par l’Hôtel de ville, a été reconstruit au cours du XVIIe siècle à l’ouest de la cathédrale, à l’emplacement du précédent qui, à la fin des guerres de Religion, avait été démoli par les troupes du duc d’Épernon car il servait de refuge aux routiers148. On ne connaît pas ses dispositions, mais son surnom “le fort” laisse supposer un bâtiment fortifié. La Planche, en 1640, écrit que l’église et l’évêché étaient, au Moyen Âge, environnés de “fossés à présent comblés”. L’évêque Gilles Boutault le fait reconstruire entre 1625 et 1649 en utilisant “les grosses pierres des piliers du palais d’Alaric”, construction attribuée au roi wisigoth par les traditions locales et démolie après 1337 sur ordre de Philippe VI, roi de France, avec remploi de ses matériaux149. De nombreux bâtiments nous sont inconnus : orangerie, écuries, cuisines, celliers, jardins. La maison de l’official, toujours en place aujourd’hui, édifiée au cours du XIVe siècle, faisait face à l’entrée du groupe épiscopal150.

L’abbaye Sainte-Quitterie du XIVe siècle (pl. 20-26)

Très tôt, l’abbaye du Mas a su profiter de la ferveur populaire et du culte rendu à sainte Quitterie, bien qu’elle ne soit pas une sainte locale151. Les moines l’ont mis en scène dans la crypte située sous l’église, en installant un riche sarcophage sculpté censé abriter le corps de la vierge martyre, recouvert d’un manteau sur lequel on venait prêter serment, ainsi qu’un riche reliquaire renfermant sa tête présumée152. Comme on ne conserve pas de martyrologe de cette abbaye on ne saurait dire si ces reliques donnaient lieu à des fêtes.

Après la reconstruction de la fin du XIIIe siècle

On ne connaît ni les dispositions de la première abbatiale de Sainte-Quitterie, incendiée en 1288, ni l’ensemble reconstruit fin XIIIe et début XIVe siècle, dont ne demeurent aujourd’hui en élévation que l’église et la crypte. L’église est édifiée à flanc de colline, le chevet et la crypte compensent la dénivellation de 7 m par rapport à la façade occidentale. Le site de l’abbaye est inscrit comme monument historique en 1840, alors qu’il se trouve dans un état d’abandon avancé. Les premiers travaux archéologiques commencent en 1884 sous Monseigneur Delannoy et aboutissent à une première restauration l’année suivante. Le site, surveillé, fait régulièrement l’objet de travaux, notamment depuis 1990 avec plusieurs investigations menées sous le contrôle du Service Régional de l’Archéologie d’Aquitaine153.

De l’ensemble conventuel reconstruit après l’incendie de 1289 qui comprenait un cloître, un cimetière et divers bâtiments, seule l’église dédiée à saint Pierre subsiste, les autres parties du monastère ayant été en grande partie détruites en 1569154. À l’époque moderne, les bâtiments conventuels ont été restaurés, mais leurs changements d’affectation (Grand et Petit Séminaires, puis établissement d’enseignement technique aujourd’hui au sud de l’église, couvent des ursulines, remplacé par une Maison Familiale Rurale) et les aménagements qui les ont accompagnés ont modifié les structures155.

L’église Saint-Pierre

L’église actuelle est en forme de croix latine à trois nefs et deux absidioles de part et d’autre de l’abside. Elle mesure 52,60 m de long pour 19,20 m de largeur au niveau du transept156. La longueur de la nef atteint 21 m. Si la pierre forme l’essentiel des parties basses, elle alterne ensuite avec la brique qui domine les parties hautes. Le chevet et une partie des travées sont voûtés d’ogives et, lors de la reconstruction du XIVe siècle, seule cette partie de l’édifice a été voûtée de pierre, la nef étant probablement charpentée, ce qui a facilité sa destruction en 1569. Au XVIIe siècle, elle reçoit alors une voûte de plâtre. Les destructions de 1288, les modifications entreprises au XVIIIe siècle puis en 1835 ont conduit à des transformations importantes qui ne permettent pas de restituer la totalité des éléments médiévaux. Ces derniers sont encore présents sur les parties basses de l’église (portail) et au niveau du chevet dont certains chapiteaux présentent des similitudes avec les courants artistiques aquitains157 (fig. 8).

Fig. 8. Plan de l’église Saint-Pierre, Sainte-Quitterie du Mas d’Aire, dessin F. Lafargue, Cabanot et al. 1985 © AEAL.
Fig. 8. Plan de l’église Saint-Pierre, Sainte-Quitterie du Mas d’Aire, dessin F. Lafargue, Cabanot et al. 1985 © AEAL.

Sur la façade occidentale, un portail gothique bien que mutilé – les têtes des personnages ont été détruites – présente un tympan à trois registres, étudié par Pierre Canard et Jean Cabanot. Le registre supérieur représente le Christ en majesté, juge suprême, sous un dais, entouré par Marie et Jean qu’encadrent des anges tenant deux instruments de la Passion, la croix et la lance. Deux suppliants à genoux sont disposés dans chaque coin. Le registre médian montrerait le Paradis, mais la scène a donné lieu à des interprétations différentes : il s’agirait pour certains de l’accueil de personnages par des anges et pour d’autres de la représentation du péché originel avec l’expulsion d’Adam et d’Ève du paradis. Le registre inférieur figure l’Enfer où des damnés, poussés par des démons, s’avancent vers la gueule du Léviathan ou brûlent dans des chaudrons158. Les voussures accueillent dix anges, douze saints et quatorze prophètes. De part et d’autre du tympan, deux rangées d’arcades retombent sur de petits chapiteaux et des colonnes fines. Elles ont peut-être abrité des statues d’apôtres.

Si la décoration sculptée est absente de la nef, en revanche le chevet a conservé, de part et d’autre de la partie centrale, une partie des arcades de pierre retombant sur des chapiteaux romans finement sculptés tantôt jumelés, tantôt seuls (pl. 24)159. Une riche décoration de boules, de billettes et de rinceaux traités avec une grande créativité a été réservée aux arcades. Des chapiteaux corinthiens alternent avec des chapiteaux historiés dont certains offrent une parenté avec ceux de Saint-Sever, de Saint-Girons (lions affrontés) ou de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. L’ensemble de ces œuvres met en évidence l’importance des échanges régionaux et même au-delà entre sculpteurs et chantiers.

La crypte Sainte-Quitterie

Sous cet ensemble gothique subsiste la seule partie ancienne du site : la grande crypte abritant des tombeaux dont celui dit “de sainte Quitterie” qui a fait l’objet d’un suivi archéologique depuis 1995160. Un arcosolium au-dessus du tombeau supposé de la sainte a été daté du IVe siècle et n’est donc pas contemporain des événements liés à la légende. Une datation antique a été proposée pour les élévations conservées de la crypte et notamment la fin de l’Antiquité romaine. Le beau sarcophage en marbre des Pyrénées censé abriter le corps de sainte Quitterie est décoré de scènes sculptées de l’Ancien et du Nouveau Testament (pl. 25).

Comme Périgueux ou Limoges, voire Toulouse ou Agen, la ville d’Aire s’est développée à partir de deux noyaux distincts et longtemps disjoints avec un pôle centré sur la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, occupant la terrasse bordant l’Adour et le second sur le monastère Sainte-Quitterie, installé sur la colline du Mas avec son église Saint-Pierre. Ces deux constituants demeurent longtemps disjoints. Pourtant, à quelques kilomètres de la ville, la petite bastide du Cosset (future Barcelonne-du-Gers) fondée en 1316 par paréage entre le prieur de Saint-Gilles et le roi de France Philippe le Bel, connaît une belle prospérité économique grâce à ses foires de bovins et son commerce de draps de pays161.

La taille des deux cathédrales successives renvoie aux faibles ressources d’un modeste diocèse dont la partie landaise est assez peu peuplée. À travers les choix architecturaux et décoratifs des diverses reconstructions des deux églises, cathédrale et abbatiale, on devine les difficultés que les évêques ont dû rencontrer dans l’administration de leur diocèse, notamment dans un contexte politique troublé par les prémices de la guerre de Cent Ans.

Les évêques de la fin du XIIIe au milieu du XIVe siècle et leur temps

Dix-huit évêques se succèdent sur le siège d’Aire entre 1059 et 1349, date du décès de Garsie du Fau162.

Des prélats issus de monastères et de l’aristocratie locale

Nous connaissons mal leur origine jusqu’au XIIIe siècle. Certains sont issus de familles seigneuriales gasconnes tel Odon d’Arbessan, évêque vers 1176, précédemment chanoine et archidiacre d’Auch. Les monastères, en particulier ceux de l’ordre de Prémontré dont les chanoines circulaient beaucoup, ont constitué une pépinière de prélats163. Ainsi, Jourdain, abbé de la Case-Dieu, est élu évêque d’Aire en 1215. Ces prélats ont généralement une bonne formation intellectuelle, qui les rend aptes à encadrer le clergé.

Au cours du XIIe siècle, la réforme grégorienne et le développement du droit canonique réservent en principe l’élection de l’évêque à la major et sanior pars du collège capitulaire, pour éviter l’interférence du prince ou de l’aristocratie locale. Beaucoup de dignitaires ecclésiastiques et d’évêques sont néanmoins issus de cette dernière. Leurs liens avec les seigneurs locaux se devinent à partir de leurs “patronymes” – qui sont parfois de simples noms d’érudition – et de ce que l’on sait du profil des évêques au XIIIe siècle. Anissans de Toujouse serait issu des seigneurs de Toujouse, fondateurs de la bastide de Monguilhem164. Bernard de Bats est sans doute apparenté aux seigneurs de Bats en Tursan. Nous ignorons l’origine de Garsie du Fau : d’après l’abbé Degert, il serait originaire des environs de Pontaut en Chalosse165.

Les prélats du XIIIe et de la première moitié du XIVe siècle sont encore issus des diocèses landais, auscitain, tarbais ou béarnais. Certains, moines d’une abbaye locale, ont œuvré au service de l’Église, comme Jourdain (…1211…) abbé prémontré de la Case-Dieu ou Auger (1224-1237), de l’abbaye de Saint-Pé de Générès166. Aucun, apparemment, ne provient de l’abbaye de Sainte-Quitterie. Plusieurs ont été archidiacres, fonction qui peut qualifier pour l’épiscopat ; ils ont appartenu au chapitre cathédral, tel Bernard de Bats (1308-1326), tout en cumulant avec des prébendes dans d’autres diocèses. Aucun n’est étranger à la région : tous comprennent le gascon landais et ont une assez bonne connaissance des pouvoirs locaux.

Les missions de l’évêque

Les décrets de Latran III et Latran IV ont renforcé l’autorité de l’évêque dans son diocèse notamment face aux réguliers. Le prélat est avant tout le pasteur des âmes du diocèse dont il a la charge. À ce titre, il assure la surveillance diocésaine par des tournées de visite pour lesquelles il perçoit la taxe des procurations (18) ainsi qu’un droit d’hébergement (gîte et couvert pour lui et sa suite) appelé arceut ou arciut167 (béarnais arcieut) dans le sud de la Gascogne, en Labourd et en Béarn (19). Dans le Liber rubeus, cette taxe est perçue en argent ce qui suggère que les visites pastorales ne sont pas forcément très régulières vers 1300-1335, ou que le prélat organise lui-même son hébergement. La perte des archives diocésaines médiévales nous empêche de connaître la réalité de ces tournées, ainsi que leur fréquence.

Le respect de la législation conciliaire amène l’évêque à réunir régulièrement le synode diocésain pour s’assurer que les desservants sont suffisamment formés à leur ministère et, plus généralement, veiller à la bonne tenue morale et spirituelle du clergé168. D’où l’importance, dans les textes synodaux, des prescriptions de vita et honestate clericorum à la suite des articles de pastorale sacramentelle. Le début des statuts du synode de 1299 réunis par l’évêque Martin comporte une admonestation à l’usage du clergé paroissial, insistant sur ses responsabilités pastorales et sur la dignité cléricale (6/1).

À ces tâches pastorales, s’ajoutent, au début du XIVe siècle, des missions confiées par la papauté aux évêques. Tel est le cas de Bernard de Bats, chargé par le pape, avec l’archevêque d’Auch et l’évêque de Bazas, de l’exécution du testament de Constance, vicomtesse de Marsan, le 13 décembre 1310169. En 1318, le pape Jean XXII lui confia la délicate mission d’apaiser le conflit familial et politique ouvert par la succession de Gaston VII Moncade, vicomte de Béarn entre Marguerite de Foix et Mathe d’Armagnac, ses deux filles170. Il accomplit sa mission avec zèle, ce qui lui vaut les louanges du pape171.

L’accès à l’épiscopat

Les conditions d’élection de l’évêque prévues par l’acte d’union du 20 avril 1228 entre l’évêché d’Aire et l’abbaye Sainte-Quitterie du Mas (4) sont appliquées jusqu’à l’élection de Garsie Du Fau. À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, les papes ont commencé par intervenir d’abord dans les cas d’élections disputées. Depuis la décrétale Licet ecclesiarum de 1265, Clément IV avait proclamé le droit pour le pape de nommer à tous les postes de tous les diocèses, mais de façon limitée. Ses successeurs élargissent ce droit qui, en outre, accroît les revenus de la papauté puisque chaque nomination d’un titulaire à un bénéfice est assortie au paiement d’une taxe, particulièrement lourde quand il s’agit d’un évêché172. De 1349 au concordat de 1516, le petit diocèse d’Aire est pris dans l’évolution générale qui aboutit à la nomination des évêques par le pape, au détriment des collèges capitulaires173.

Aux XIIIe et XIVe siècles, les évêques occupent ce siège jusqu’à leur décès, aucun d’eux n’étant de très haute naissance, ni doté d’un protecteur assez puissant pour lui assurer une grande carrière bénéficiale lorsque les transferts épiscopaux deviennent courants. Ce modeste siège peut néanmoins susciter la compétition entre candidats lors des élections épiscopales. Au XIVe siècle, l’élection d’Anissans de Toujouse, un chanoine d’Aire, sous-diacre, divise le chapitre dont une partie porte ses suffrages sur Guillaume d’Andoins, archidiacre de Lomagne. Le pape Jean XXII appuie Anissans et résout le litige174. Après l’assassinat de ce dernier en 1327, son successeur Garsie du Fau, un prêtre, lui aussi chanoine d’Aire, est élu après un rapport de trois cardinaux à la demande de Jean XXII, et ce, malgré l’opposition d’un chanoine d’Aire175. Déjà l’influence curiale était perceptible pour l’élection de Bernard de Bats (1308-1326), attaché à la personne du cardinal Arnaud de Pellegrue avant d’être élu.

À partir du milieu du XIVe siècle, les évêques sont nommés par les papes. Leur installation à Avignon les avait rapprochés du clergé méridional, qui fournissait désormais les gros bataillons des curialistes. Ce mouvement s’amorce dès l’élection de Bertrand de Got sous le nom de Clément V.

Quatre évêques entre la fin du XIIIe et le milieu du XIVe siècles

Quatre évêques se succèdent entre 1295 et 1350 : Martin (1295-1307), Bernard de Bats (1308-1326), Anissans de Toujouse (1326-1327), Garsie du Fau (1327-1349).

Martin (1295-1307)176

D’origine inconnue, il est élu par le chapitre et les moines et confirmé évêque par Boniface VIII177. Selon Dom Estiennot, il aurait appartenu à l’abbaye cistercienne de Faize, au diocèse de Bordeaux178. Degert l’identifie plutôt à l’official de l’évêque d’Aire qui était également curé de l’église de Saint-Avit et qui, en 1266, figurait parmi les témoins de l’achat, par l’hôpital Saint-Jacques de Mont-de-Marsan, de la moitié de la dîme de cette paroisse, détenue par un bourgeois montois179. Dans cette hypothèse, il serait devenu évêque à un âge déjà avancé. Martin déploie des efforts importants pour faire appliquer la législation ecclésiastique. Le synode de 1299 (6), le seul dont on a conservé la trace pour ce diocèse durant le Moyen Âge, est à porter à son actif. Il a poursuivi le chantier de restauration de la cathédrale et sollicité Édouard Ier à ce sujet puisque, le 29 octobre 1304, le roi-duc demande à ses officiers d’envoyer la somme de 500 livres pour les réparations nécessaires180. Ce prélat entretient de bons rapports avec les maisons religieuses du diocèse. Il aide ainsi l’abbé de Saint-Sever à unir le prieuré de Mont-de-Marsan à ceux de Saint-Pierre (pl. 35) et Saint-Genès en 1305181 et il confirme l’élection d’un nouveau prieur de la commanderie du Sen, de l’ordre des Bethléemites (39).

Trop âgé et atteint d’infirmités, il ne peut remplir sa fonction de visite pastorale et en est dispensé par le pape Boniface VIII. Il décède le 3 décembre 1307182.

Bernard de Bats (1308-1326)

Son successeur est issu de la famille des seigneurs de Bats, paroisse où est installé Saint-Antoine de Goloni en Tursan183. Chapelain du cardinal Arnaud de Pellegrue, chanoine d’Agen184 puis d’Aire et archidiacre du Marsan, il tient aussi un bénéfice dans l’hôpital de Saint-Antoine de Goloni et une prébende canoniale dans le diocèse de Rodez, en 1306185.

En raison de ses liens personnels et familiaux en Tursan, il semble que Bernard de Bats ait dépassé les limites de son autorité186. L’abbé Degert rapporte que l’évêque, devant de multiples règlements de comptes entre habitants d’Arboucave, dont le meurtre du chapelain du village par un laïc, Arnaut de Morlanne, en 1310, avait frappé d’interdit la communauté durant quatorze ans. Les habitants, estimant qu’ils n’étaient pas responsables de cette situation et n’obtenant aucun pardon de l’évêque, s’étaient alors adressés au pape pour lever l’interdit. Jean XXII les ayant écoutés, intervint le 1er janvier 1325 en leur faveur187.

Son épiscopat est également marqué par deux conflits, l’un avec l’abbé de Saint-Antoine de Goloni et l’autre avec l’abbaye de Saint-Sever. Le premier se rapporte à l’hôpital de Balazin188 dont l’évêque et l’abbé de Saint-Antoine de Viennois revendiquent tous deux la possession, avec le droit d’instituer et de destituer le précepteur et recteur, ainsi que celle de la dîme de Tarrabanes (25). Le règlement du conflit est effectué par l’archevêque d’Auch et la sentence rendue le 15 mai 1309 donne raison au prélat. La terre de Balazin relève désormais de l’évêque qui perçoit la dîme de Tarrabanes.

L’autre différend concerne l’abbaye de Saint-Sever dont les chartes en relatent les débuts189 alors que le Liber rubeus n’en retient que l’aboutissement, en 1331 (26). L’abbé et les moines se plaignent auprès du pape que les évêques d’Aire et de Dax, le seigneur de Cauna et des habitants ont confisqué, entre autres, une douzaine de dîmes appartenant à l’abbaye, sous le prétexte pour l’évêque qu’elles étaient novales et devaient lui revenir190. L’abbaye put produire les titres de privilèges que lui avait accordés le siège apostolique. Le pape demanda à l’évêque du Couserans et à plusieurs abbés de faire restituer à Saint-Sever les dîmes et droits détenus indûment par les évêques et les laïcs.

Bernard de Bats a déployé de grands efforts afin de reconstruire l’abbaye du Mas. À sa demande, le pape donne des indulgences à deux reprises afin de réunir les sommes nécessaires en 1308 et 1317. Si l’évêque ne participe pas aux synodes et conciles survenus durant son épiscopat, il est chargé par le pape d’une mission diplomatique délicate en 1318 entre les comtes de Foix et d’Armagnac, comme nous le verrons plus bas.

Anissans de Toujouse (1326-1327)191

Lui succède Anissans de Toujouse, chanoine d’Aire depuis 1322 d’origine locale, cumulant, nous l’avons vu, plusieurs bénéfices, ce qui supposait un protecteur ayant quelques entrées à la curie, mais surtout il s’était acquitté à la demande de Jean XXII de la délicate mission de faire rembourser par le vicomte de Lomagne les sommes dues à la chambre apostolique192. Son épiscopat débute au moment où la guerre de Gascogne reprend entre les partis des rois de France et d’Angleterre. Une lettre du pape du 17 février 1325 adressée au roi de France Charles IV témoigne de fréquents torts subis par les évêques d’Aire et de Dax de la part des officiers et fidèles des rois de France et d’Angleterre193. De nombreux routiers sévissent dans la région, conduits souvent par les bâtards de la noblesse gasconne, qui usurpent des biens ecclésiastiques. Le 28 janvier 1327, Jean XXII charge l’évêque de Condom ainsi qu’Anissans – qui s’était distingué par sa virulence contre ces rapines194 – de rechercher et de dénoncer les auteurs des déprédations commises dans la région195. Le 25 août 1327, le prélat revient de Nogaro pour prendre possession de son évêché, accompagné d’une petite troupe, lorsqu’il est attaqué près de sa cité par un groupe de gens armés. Anissans et ses compagnons sont tués, dépouillés de leurs biens et leurs corps laissés sur place. Onze noms d’agresseurs originaires de Bigorre ont été relevés par Monlezun puis Degert196, parmi lesquels Raymond-Guillaume, seigneur de Rive-Haute sur la Dévèze, et ses deux frères Jean et Arnaud. Les patronymes de leurs compagnons (Baulat, Canet, Sanguinède) montrent leurs liens avec des seigneurs bigourdans.

L’agression eut un retentissement considérable en Gascogne et au-delà. Le pape la condamna vigoureusement le 29 janvier 1328 par une lettre à l’archevêque d’Auch et aux évêques de Tarbes et de Condom. Un commissaire royal mandaté à Toulouse bannit les assassins par contumace. Mais les meurtriers avaient trouvé refuge auprès de seigneurs gascons dont Thibaud et Arnaud-Guilhem de Barbazan, Guillaume de Moncade, Arnaud, seigneur de Morlaas et Thibaud de Tuzaguet197.

Le roi de France Charles IV ne prit en fait aucune sanction effective contre les auteurs de l’agression. Sentant arriver la guerre, les rois de France et d’Angleterre battaient le rappel de tous leurs partisans. Pour ne pas perdre le soutien du comte d’Armagnac et de ses alliés, les seigneurs de Bigorre, le nouveau roi de France Philippe VI de Valois remet la peine de bannissement des meurtriers par des lettres de grâce émises le 13 octobre 1328, défendant de les “molester en corps et en bien”198. En moins d’un an, le pouvoir royal avait absous les meurtriers, mais les ecclésiastiques ne baissaient pas les bras.

Le concile de la province d’Auch tenu à Marciac le 11 décembre 1330199 (3) prononce contre les meurtriers les peines énoncées lors du précédent concile de Marciac de 1290 : excommunication, déchéance des fiefs tenus de l’Église et jette l’interdit sur leurs terres. Il requiert le sénéchal et le juge du comte d’Armagnac de prêter la main à l’exécution de la sentence.

Garsie du Fau (1327-1349)

Les origines de cet évêque sont inconnues. Grâce à la faveur du pape Jean XXII200, il prend la suite d’un prélat n’ayant guère eu le temps de siéger. Son long épiscopat, commencé dans des circonstances difficiles, voit l’amélioration de l’administration diocésaine.

Avant cela, l’évêque affronte non seulement l’hostilité des bandes nobiliaires armées, mais aussi une révolte populaire à Aire. À la suite de rumeurs sur l’augmentation de la redevance sur la mouture (pugnère), la foule saisit les péages du pont, massacra le curé de Subéhargues et vice-official d’Aire, Jean d’Armentieu, arrêta l’archidiacre de Tursan Pierre de Micarrère et le mit à rançon (30). La pugnère n’avait peut-être été qu’un prétexte car l’agitation se répandit dans les paroisses voisines. L’évêque quitta la ville pour se réfugier au château du Plan en jetant l’anathème sur la ville et les lieux où seraient reçus les meneurs de la révolte (fig. 9).

Les jurats se soumirent aux conditions de l’évêque. Le répit fut de courte durée. Le 14 février 1330, un groupe armé, conduit par Raymond-Arnaud de Béarn201, vint forcer les portes du château du Plan “en disant qu’il était tenu du seigneur de Béarn et de Marsan”, ce à quoi le procureur de l’évêque répondit au nom de ce dernier “que ledit seigneur évêque le tenait et que ses prédécesseurs l’ont tenu du seigneur duc d’Aquitaine et qu’il n’avait jamais entendu ni vu que le seigneur de Béarn demandât quelque chose en ce lieu”. La troupe incendia une grange et le moulin, agressa plusieurs proches de l’évêque et expulsa ce dernier (30) mais sans le molester ni dérober ses montures et effets personnels. Les agresseurs ne se sont pas livrés à un déchaînement incontrôlé et ont simplement menacé d’une prise d’assaut qui aurait mis tous les “assiégés” à leur entière merci. Gaston, comte de Foix et vicomte de Béarn, ne put faire autrement que de les désavouer. Le 9 mars 1331, les évêques de Lescar, Oloron et Arnaud-Guilhem de Béarn, seigneur de Lescun, Roger de Foix seigneur de Rabat, prononcèrent une sentence arbitrale contre les agresseurs, en présence de plusieurs témoins (31).

Fig. 9. Situation du Plan par rapport à Aire © J.-M. Fritz.
Fig. 9. Situation du Plan par rapport à Aire © J.-M. Fritz.

Raymond-Arnaud devait se rendre à Orthez dans l’église des dominicains et s’engager par serment à se présenter devant l’évêque d’Aire et à accepter les réparations demandées par ce dernier, soit le paiement de trois cents livres à titre de réparation ainsi que trois cents livres pour les pauvres et la fabrique d’Aire. Degert évoque ainsi les détails des réparations morales exigées dans la sentence202 :

“Raymond-Arnaud devait venir en personne sans chaperon, avec un cierge allumé, un jour de dimanche ou de fête jusqu’à la Noël, alors que l’évêque ou le prêtre délégué par lui officierait et qu’il y aurait grand concours de peuple ; et là, à genoux, il demanderait humblement pardon de l’attentat commis contre le prélat. Les autres nobles ses complices en feraient autant pendant trois dimanches ou jours de fête, en tunique, sans chaperon, sans ceinture et pieds nus. En outre, Raymond-Arnaud de Béarn ferait venir, pendant trois dimanches ou fêtes avant Noël, devant l’évêque à Aire ou à Mont-de-Marsan, à son gré, cent des meilleurs habitants de Villeneuve, cinquante de Perquie, trente de Pujo, nus, en chemise, avec un cierge dans une main et un fouet dans l’autre. Arrivés aux portes de la ville, ils iraient en procession jusqu’à l’église au moment où l’assistance serait la plus nombreuse, et ils demanderaient grâce, genou en terre, et recevraient humblement la discipline. Enfin, avant la Noël, ils feraient fabriquer une croix en cuivre ou en marbre, ou un beau tableau doré de saint Jean-Baptiste qui resterait la propriété de l’église d’Aire et où serait gravé le motif qui avait fait offrir cette croix ou ce tableau. Dans le même laps de temps tous les coupables devraient se faire relever par le pape, ou par quelqu’un qui en aurait le pouvoir, de l’excommunication et de l’interdit encourus par eux aux termes du droit canon.”

Ces violences aboutirent à un projet de nouveau paréage entre d’une part l’évêque, le chapitre et Sainte-Quitterie, d’autre part Édouard III, roi d’Angleterre et Gaston, vicomte de Marsan-comte de Foix qui entendait conforter ainsi son influence après une tentative ratée sur Le Plan. Resté inabouti officiellement, ce nouvel accord ne figure pas dans le Liber rubeus203. C’est donc dans une atmosphère relativement apaisée que l’évêque fit composer son cartulaire. Ses efforts pour établir l’autorité épiscopale et organiser l’administration diocésaine provoquèrent plusieurs litiges avec des établissements réguliers à propos des dîmes novales : chapitre de Saint-Girons en 1330 (27), abbaye de Saint-Sever (26) en 1331, abbaye de La Castelle (36).

Les évêques d’Aire de la fin du XIIIe au milieu du XIVe siècle ont gouverné dans un contexte difficile. Ils ont transmis les directives papales, tenté d’améliorer le fonctionnement de leur clergé, ils ont été attentifs à trouver un accord avec plusieurs établissements réguliers sur les sujets des dîmes et du patronage. Mais, à plusieurs reprises, ils ont été confrontés à une situation délicate dans une Gascogne et un diocèse secoués par les prémisses de la guerre de Cent Ans. À Aire, ils ont dû faire face à l’hostilité latente de la population, qui n’obtient de franchises qu’en 1332204, agitée sans doute en sous-main par un certain nombre de personnages profitant du conflit entre les partis des deux rois. Le meurtre d’Anissans de Toujouse et l’agression de son successeur procèdent en effet d’un contexte conflictuel qui va bien au-delà du simple brigandage.

Le diocèse d’Aire dans la tourmente (fin du XIIIe siècle-veille de la guerre de Cent Ans)

Par sa situation géographique à la limite de plusieurs vicomtés du piémont pyrénéen ainsi qu’entre vicomté de Marsan et comté d’Armagnac (qui relève du diocèse d’Auch), Aire a connu des nombreux conflits. À partir de 1290, date de la mort de Gaston VII Moncade, vicomte de Béarn, père de Constance, vicomtesse de Marsan, de Marguerite comtesse de Foix et de Mathe comtesse d’Armagnac, les relations entre Marsan et Armagnac se tendent. En 1311, le décès de Constance, suivi de la dévolution de la vicomté à sa sœur Marguerite, modifient l’échiquier politique de la région. Le fils de Marguerite, Gaston Ier de Foix-Béarn, vassal du roi-duc pour le Marsan et le Béarn, est, en tant que comte de Foix, vassal du roi de France. Comme ses successeurs, il pratique un habile jeu de bascule entre les deux souverains afin de préserver l’ensemble de ses États.

L’évêque d’Aire subit aussi sporadiquement les conséquences de désordres locaux. Cette fragilité se manifeste lors de l’union de l’église cathédrale au monastère de Sainte-Quitterie sous l’évêque Auger (1224-1237), comme en témoigne un passage de l’acte de 1228 (4) :

“Alors qu’à cause de la longue présence de guerres comme de la corruption des eaux et de l’insalubrité de l’air… chose de temps immémorial, il y serait resté à peine douze tenanciers (4/2).”

Ce tableau, peut-être noirci à l’excès, évoque un conflit dont nous ignorons les détails, survenu lorsqu’Auger, originaire de Bigorre, était encore moine au monastère de Saint-Pé de Génerès et Aymeri de Rancon, comte de cette région. Ce dernier semble avoir nourri une profonde rancune envers l’évêque et il est probable que l’expression : “la longue présence de guerres” fait allusion à des incursions menées par le comte dans la région d’Aire205. À la suite de ces difficultés, l’évêque, également confronté à la “dureté de son peuple”, songeait à démissionner. Il s’en était ouvert à l’archevêque d’Auch qui s’adressa au pape. La réponse d’Honorius III du 12 mai 1224 précise : “Ordre de recevoir sa cession si cela lui semble utile pour l’église d’Aire206”. À la mort du comte en 1226, la paix était revenue mais pour quelques années seulement.

La rivalité pour la Bigorre

Du fait des mariages successifs de la comtesse Pétronille, la question de la Bigorre attise, durant de longues années, les rivalités et conflits entre les barons gascons ou français qui convoitent cette région, puis entre roi de France et roi d’Angleterre.

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, Mathe de Matha, vicomtesse de Marsan, revendique ce comté, car son ancêtre le vicomte Pierre (fig. 10), fondateur de Mont-de-Marsan, s’en était rendu maître par son mariage avec la comtesse Beatrix. La petite-fille de Pierre, Pétronille devient comtesse de Bigorre ; héritière très convoitée, dont les mariages successifs compliquent singulièrement la transmission du comté. En 1216, Simon de Montfort207 parvient à lui faire épouser son fils Guy208. En 1247, veuve de son cinquième et dernier époux, Boson de Matha, elle confie le gouvernement de la Bigorre à son beau-frère Simon V de Montfort (v. 1208-1265), placé à la tête du gouvernement de la Gascogne en 1248, en principe pour sept ans. Simon interprète ce geste comme une donation et se proclame comte de Bigorre. Il rencontre l’opposition des filles de Pétronille, Alix de Montfort, fille de Guy et de sa demi-sœur Mathe de Matha avec son mari le vicomte de Béarn Gaston VII.

Fig. 10. Les comtes de Bigorre de 1140 à 1292 © J.-M. Fritz.
Fig. 10. Les comtes de Bigorre de 1140 à 1292 © J.-M. Fritz.

Après la mort de Pétronille en 1251, la Bigorre reste l’objet des convoitises de plusieurs prétendants. Par testament, elle avait légué le comté au fils d’Alix, Esquivat de Chabanais, qui prit le titre de comte, que revendiquait aussi Gaston VII de Béarn au nom de son épouse Mathe, puis de leur fille aînée, Constance209. Entre 1250 et 1276, le piémont pyrénéen est agité par les révoltes successives du vicomte contre le roi-duc Henri III, en 1255, puis contre son fils Édouard Ier en 1273, 1274, 1276, 1279210.

Le 28 décembre 1275, l’évêque d’Aire, Pierre de Bétous, écrit au roi-duc pour se plaindre de l’insécurité qui l’oblige à suspendre ses visites diocésaines211. Nous avons déjà évoqué les graves troubles qui se produisent en 1288 à Aire212. Le paréage consécutif de 1289 est loin de ramener le calme car Gaston VII Moncade, vicomte de Béarn, attise les velléités de rébellion des seigneurs gascons face au roi-duc et à son administration.

La guerre des sœurs Moncade : Foix contre Armagnac213

Gaston VII a quatre filles pour lesquelles il a conçu des alliances devant renforcer sa puissance214. Sa fille aînée, Constance, n’ayant pas eu d’enfant, Gaston VII avait légué la vicomté de Béarn à sa fille Marguerite. À sa mort, le 26 avril 1290, le mari de Marguerite, Roger-Bernard III de Foix, devient vicomte de Béarn (fig. 11).

Fig. 11. Descendance de Gaston VII Moncade et de Mathe de Matha © J.-M. Fritz.
Fig. 11. Descendance de Gaston VII Moncade et de Mathe de Matha © J.-M. Fritz.

Or, les comtes de Foix rendaient hommage au roi de France pour leurs terres, ce qui complique la situation du Béarn. Cette succession constitue le point de départ d’une violente opposition entre les maisons de Foix et d’Armagnac. En 1290, Mathe et son fils Bernard VI, nouveau comte d’Armagnac, contestent le testament de Gaston qui, selon eux, avantage Marguerite et Roger-Bernard III. Ils accusent ces derniers de falsification de l’acte. S’ouvrent alors entre Foix-Béarn et Armagnac, deux longs conflits armés et diplomatiques, l’un quant au règlement de la succession vicomtale, l’autre au sujet de la Bigorre. Dès le 11 mai 1318, le pape Jean XXII écrit aux évêques de Bayonne, Dax et Aire afin de les alerter sur les dangers liés aux querelles entre Foix et Armagnac215. Il tente de ramener la paix entre les deux partis, en leur imposant une trêve jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre). L’évêque d’Aire est chargé de leur remettre cette notification. Mais en l’absence d’accord entre les deux maisons, la trêve doit être prolongée et l’évêque Bernard de Bats est de nouveau chargé par le prélat d’en déterminer la durée216. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1318 que la comtesse d’Armagnac s’en remet au pape pour juger le différend.

Pendant ce temps, les héritiers des deux comtés, Roger-Bernard III de Foix-Béarn et Bernard VI d’Armagnac tissent leurs alliances l’un contre l’autre en mariant leurs filles à des seigneurs puissants. Le conflit se prolonge jusqu’au XVe siècle.

La guerre franco-anglaise de 1294

Entretemps, le déclenchement de la guerre franco-anglaise de 1294 est l’occasion, pour chacun, d’élargir ses alliances et de choisir son camp, français pour le comte d’Armagnac, anglo-aquitain pour le comte de Foix-Béarn. De nombreux seigneurs profitent de l’affaiblissement de la présence ducale pour s’approprier biens et privilèges. En 1310, les envoyés du roi-duc, l’évêque de Norwich, John Salmon, et le comte de Richmond, Jean de Bretagne, dressent la liste des aliénations, usurpations, destructions de biens royaux au bénéfice des seigneurs gascons pour tous les bailliages. L’évêque d’Aire et son official sont accusés d’avoir illégalement exercé leur autorité sur les laïcs à la place des officiers ducaux217. Une noble, Petrona Dizenta, décédée au moment de l’enquête, avait vendu à l’évêque Pierre, pour 50 livres de fief, la caverie de Loubens sans autorisation ducale218. Le même évêque avait aussi reçu la succession de cette femme, consistant en biens au Mas-d’Aire et dans Aire, alors que la moitié devait revenir au roi-duc en vertu du paréage. La vicomtesse de Marsan, elle-même, avait vendu des fiefs nobles à des non-nobles dans la ville d’Aire et s’était approprié son péage durant six ans219.

La guerre de Saint-Sardos (1324-1325)

En 1323, la guerre de Saint-Sardos, dans laquelle les comtes de Foix et d’Armagnac s’engagent aux côtés du roi de France, calme pour un temps le conflit local. Elle ne marque pas, pour autant, le retour de la paix dans les seigneuries gasconnes, car elle exacerbe les tensions entre les partisans du roi Édouard II et ceux du roi de France Charles IV. Les seigneurs relevant directement du roi-duc restent fidèles à ce dernier et constituent les principaux contingents engagés lors de cette guerre. Gaston II, gêné par la fidélité qu’il devait au roi de France au titre du comté de Foix, reste d’abord neutre, puis participe à la guerre aux côtés de Jean Ier d’Armagnac, dans le parti du roi de France. Les deux partis mobilisent troupes et ravitaillement. Plusieurs milliers d’hommes sont déployés sous le commandement de Charles de Valois (France) et du comte de Kent (Angleterre). Durant l’année 1325, les forces se concentrent sur l’Agenais et la moyenne Dordogne, tout en disposant également une ligne de défense sur la vallée de l’Adour (Dax, Saint-Sever, Le Mas Sainte-Quitterie et Aire) afin, notamment, de faire pression sur Gaston de Foix-Béarn, dont le soutien au duc d’Aquitaine n’était pas assuré220. Une paix fragile fut conclue en mai 1325, mais la guerre reprit en juin 1326. Le comte d’Armagnac Jean Ier en profita pour s’emparer de plusieurs châteaux de la vicomté de Juliac, de places du roi-duc en Marsan et lancer des raids de pillage sur Aire.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’assassinat de l’évêque Anissans de Toujouse. Si, en mars 1327, la conclusion du traité de Paris221 a ramené la paix entre les deux camps, la limite orientale du Béarn et du Marsan ne connaît pas pour autant la tranquillité puisqu’en 1330, une nouvelle agression contre l’évêque d’Aire, Garsie du Fau, dans son château du Plan, est perpétrée par un fils naturel du comte de Foix, Raymond-Arnaud de Béarn, accompagné d’une troupe nombreuse (30). Les évêques d’Aire soutiennent le roi d’Angleterre. Or, le vicomte de Béarn et Marsan a manifesté sa fidélité envers le roi de France, dont il relève pour son comté de Foix. On peut donc penser qu’il a pu susciter ces attaques, les meneurs étant issus de son entourage ou de ses vassaux fuxéens.

On le voit, la situation géographique d’Aire, au carrefour de grandes seigneuries et de mouvances différentes, a contribué à rendre difficile le gouvernement de l’évêché. En l’espace de quelques années, un évêque a été assassiné et son successeur agressé, qui plus est, les évêques d’Aire sont confrontés à une situation instable dans leur cité. Les violences perpétrées contre les évêques d’Aire et leur entourage de façon répétitive entre 1327 et 1330 correspondent assez bien aux schémas qui se dégageant du travail de Myriam Soria-Audebert : les évêques visés sont d’origine aristocratique locale, leur agression toujours perpétrée en groupe et préméditée procède d’une stratégie de pouvoir mûrement réfléchie et il s’agit souvent de violence par procuration et soigneusement dosée en 1330, épisode où elle n’émane pas de soudards incontrôlés mais des affidés d’un prince. On y retrouve également la solidarité des prélats vis-à-vis d’un confrère attaqué222. Mais cette étude qui porte sur toute la France ne relève que treize cas de meurtre223 et ce pour une période antérieure : de la fin du Xe siècle à celle du XIIIe siècle. De plus, ici, l’action du roi-duc et du roi de France n’appuie nullement celle du pape et les conflits à l’origine de l’attentat procèdent davantage de facteurs locaux que de questions de fond sur l’Église224. Pour la période 1300-1350 les provinces d’Auch, de Bordeaux, le sud de celle de Bourges ne présentent pas de cas analogues, à notre connaissance. Une enquête plus approfondie serait sans doute nécessaire mais relevons que le proche diocèse de Dax voit son évêque menacé de mort lors d’une rixe entre ses damoiseaux et des bourgeois de sa cité en 1312, sacrilège et pillage ne suscitent pas grande réaction des officiers ducaux, peut-être paralysés par la crainte d’un appel au Parlement de Paris225. Ces épisodes vers 1320-1330 seraient difficilement concevables à Bordeaux ou à Toulouse, ou plus généralement dans un évêché situé au cœur d’un état princier ou royal fermement tenu en main ; mais précisément Aire, plus encore que Dax se trouve dans un angle mort des états en construction226.

L’œuvre de Garsie du Fau au service des droits de l’ordinaire

Le Liber rubeus témoigne de cette situation et de la lutte de Garsie du Fau pour défendre l’immunité des personnes ecclésiastiques, mais son cartulaire retrace aussi ses combats pour consolider les revenus de son église et ses droits épiscopaux, en particulier les dîmes. Il les inscrit dans la durée par des références aux efforts de ses prédécesseurs depuis le XIIe siècle (34). À la recension des droits épiscopaux sur les dîmes (19) font suite treize accords mettant fin à des différends sur les droits épiscopaux essentiels que sont les dîmes [(20-29), (33-34), (36), (38)], dont huit passés sous l’épiscopat de Garsie du Fau lui-même. Sauf par l’acte (33), le Liber rubeus de première main ne dit rien de la seigneurie épiscopale dont nous ignorons presque tout avant le XVe siècle, mais il apporte de nombreux renseignements sur ce qui est fondamental pour la maîtrise du diocèse par l’ordinaire : la possession des dîmes et le droit de patronage, tous domaines où Garsie du Fau a fait preuve de pugnacité.

La perception des dîmes, un enjeu capital pour l’évêque

Depuis la réforme grégorienne, de nombreux conciles condamnent la possession de dîmes par les laïcs, avec un succès limité, à en juger par la réitération des anathèmes. Les recueils canoniques rappellent l’obligation de verser la dîme et son affectation exclusive à l’Église. Le concile de Latran IV comporte plusieurs canons sur le sujet (53-56, 61)227. Les décrétales de Grégoire IX posent en 1234 le principe du versement de la dîme à l’église de la paroisse où sont situées les terres228. Conciles provinciaux et synodes répercutent ces décisions.

Les dîmes d’après les textes des conciles et des synodes cités dans le Liber rubeus

La compilation synodale du Liber rubeus rapporte plusieurs statuts consacrant au moins un article à “l’usurpation” des dîmes. Le plus ancien extrait se rapporte aux statuts du concile de Bourges de 1276, présidé par le légat Simon de Brie ; les évêques ne doivent pas admettre dans les lieux saints ceux qui gardent la dîme par-devers eux ; le pape ordonne de les excommunier (9/24). Quatorze ans plus tard, dans les statuts du concile de la province d’Auch, tenu à Nogaro en 1290, l’autorité ecclésiastique recommande de priver de sépulture en terre consacrée la famille des détenteurs de dîmes (6/65). L’argument d’une dîme due au nom de Dieu selon les canons fait de la coutume un “acte pervers”, alors que les laïcs se réclamaient d’elle pour justifier la possession de dîmes. Lors du synode d’Aire du 6 octobre 1299, le chapitre sur les dîmes et prémices réitère, pour les domaines d’où proviennent les fruits, l’obligation de paiement aux églises paroissiales (9/23). La menace de l’excommunication est à nouveau brandie, avec interdiction de conférer les sacrements du mariage et de la communion, d’accorder des pénitences, la sépulture chrétienne ou la purification après l’accouchement.

Quatre ans plus tard, le concile de la province d’Auch, tenu en 1303 à Nogaro sous la présidence de l’archevêque Amanieu d’Armagnac, reprend les règles précédentes et dénonce l’appropriation des dîmes par les laïcs dans l’ensemble de la province. Le clergé brandit le péril qu’encourent les âmes des récalcitrants (11/25)229 : “Si les détenteurs de ces dîmes sont décédés avant leur restitution intégrale, il ne fait aucun doute qu’ils sont morts en péché mortel”. Les sanctions s’alourdissent : “Si les détenteurs de dîmes meurent sans les avoir cédées, leurs fils, filles et famille pourraient ne pas recevoir de sépulture chrétienne jusqu’à la quatrième génération et leurs enfants ne pas être admis à la tonsure cléricale, aux ordres sacrés ou à d’autres avantages ecclésiastiques (11/25)”. Le concile provincial de 1303 ordonne de publier cette constitution dans les synodes diocésains afin que le clergé local ne puisse arguer de son ignorance en la matière ; cela sous-entend que les prêtres n’appliquaient pas toujours les prescriptions de l’évêque, soit parce qu’ils ne les connaissaient pas, soit parce qu’ils cédaient à la pression locale (11/24). Le canon (11/25) prévoit que ceux qui ont été ordonnés et tonsurés malgré l’interdiction épiscopale, soient suspendus durant une année. Ce florilège témoigne de l’attention que Garsie du Fau prêtait à la question.

Qui tient les dîmes dans le diocèse ?

Si nous ignorons, pour Aire, la part des recettes que représentent les dîmes du temps de ce prélat, nous pouvons la connaître dans le diocèse voisin de Dax, en 1376 où elles se situent au premier rang avec près de 30 % du total, suivi des diverses taxes de sceau qui se montent à 20 % de l’ensemble230.

Certaines dîmes sont perçues en nature, sur les céréales (froment, millet, avoine, rarement seigle) (19/9) et autres (comestio, alie res). Beaucoup sont payées en argent et certaines soumises à des montants fixes. Le relevé du registre 242 des Collectorie, cité par Jacques de Font-Réaux, précise qu’aux années bissextiles, l’évêque percevait les revenus des fabriques, qu’il arrentait aussi, pour l’ensemble ou en détail231. La fabrique percevant un quart de la dîme, sa part tombait aux mains de l’évêque tous les quatre ans, soit 1/16e de revenus de plus232.

Divers établissements réguliers ou des laïcs détiennent à la fois des dîmes et le droit de patronage, ce que l’évêque conteste à plusieurs reprises. La mieux dotée est l’abbaye de Saint-Sever qui a bénéficié des largesses du duc de Gascogne Guilhem-Sanche et de ses fils, Bernard-Guilhem et Sanche : vingt-et-une églises dont huit dans le diocèse d’Aire233, neuf dans celui de Dax234, trois dans celui d’Agen235 et une église non localisée236. L’abbaye prémontrée de La Castelle possède la dîme entière de Bordères, une grande partie de celle de Renung (sauf un quartier), de Priam, de Cornet, une partie de la dîme de Corbleu, de Maillères. Elle détient le droit de patronage des églises de Lasbezeilles, Saint-Remi, Maillères, Bordères, Cazères237. Pour ce qui est des abbayes de Pontaut et de Saint-Girons, les nombreuses églises dont elles perçoivent la dîme suscitent l’intérêt de l’évêché. L’évêque ne peut revenir sur les donations accordées avant la fin du XIe siècle, mais il conteste les dîmes novales ou l’ancienneté de certaines dîmes, sans obtenir toujours gain de cause (25)238. La place de ces prélèvements dans le Liber rubeus se mesure aux trois cent quatre-vingt-six occurrences rencontrées dans le cartulaire.

Fig. 12. Possesseurs de dîmes vers 1335 par catégorie de détenteurs et par archiprêtré à partir du pouillé d’Aire © J.-M. Fritz.
Fig. 12. Possesseurs de dîmes vers 1335 par catégorie de détenteurs et par archiprêtré à partir du pouillé d’Aire © J.-M. Fritz.

Une analyse du pouillé et de la taxe des procurations levée lors de la visite épiscopale indique (19/4-9) que l’évêque (à gauche de la fig. 12) détient 133 dîmes ou portions de dîmes sur un total de 293 soit 45 %. Il est suivi par les ecclésiastiques avec 80 dîmes, puis par les laïcs (39) et enfin les clavigères (33). Il ne perçoit la dîme entière que dans onze paroisses car dans les 220 autres, il doit la partager avec les ecclésiastiques, les laïcs ou les clavigères. D’où un nombre total de parts de dîmes – indiquées dans le pouillé (293) – supérieur au nombre de paroisses (231). Cependant la part des dîmes perçues par l’évêque diffère selon les archiprêtrés : 31, soit 40 % dans l’archiprêtré de Roquefort, 19 (65 %) dans celui de Mauléon, mais 24 à égalité avec les ecclésiastiques dans l’archiprêtré de Chalosse (soit 47 %) où l’implantation des abbayes est la plus forte. D’après le pouillé, les laïcs ne semblent détenir que peu de dîmes, mais cet outil étant destiné à comptabiliser les dîmes destinées à l’évêque, n’apparaissent pas ici celles qui lui échappent. Il n’est donc pas étonnant que Garsie du Fau considère avec intérêt ces dernières et qu’à l’instar de ses prédécesseurs, il tente de les récupérer.

Face à laïcs et réguliers

Faute de documentation, il est difficile de suivre les abandons de dîmes par les laïcs. Le Liber rubeus contient quatre actes du XIIIe siècle, impliquant deux seigneurs pour une cession de dîmes et une fabrique au sujet des novales [(19/10, 20), (22, 23)]. D’autres sources nous permettent de suivre les démêlés du seigneur de Geloux, Arnaud-Séguin d’Estang avec l’abbaye de Saint-Sever depuis le XIIe siècle239. Un examen attentif du pouillé et des versements dus à l’évêque indique que de nombreux laïcs ont conservé les dîmes pour lesquelles ils versent une redevance à l’évêque (19/1-9), vraisemblablement à la suite d’une rétrocession partielle en fief sauvegardant les apparences comme à Badigos (20-21).

L’évêque contrôle mieux les églises fondées après la reprise diocésaine (fin XIe-milieu XIVe siècle), même si des conflits peuvent survenir. La charte de fondation de Mont-de-Marsan (entre 1133 et 1140) (34) montre les enjeux liés à une fondation de ville. L’accord entre le vicomte de Marsan Pierre et Raimond-Sanche, abbé de Saint-Sever, à propos des revenus de l’église nouvelle débouche sur un conflit avec l’évêque Bonhomme, que seul un synode provincial résout. Le vicomte de Marsan désirant fonder une “ville” au confluent de la Douze et du Midou, sur des terres dont il était le seigneur, s’adresse aux paroissiens voisins de Saint-Pierre-du-Mont et de Saint-Genès-des-Vallées, qui dépendaient de l’abbé de Saint-Sever pour leur demander de venir peupler sa fondation. Les paroissiens le renvoient vers l’abbé. Les pourparlers avec Saint-Sever durent sans doute plusieurs années jusqu’à ce qu’en 1140, le vicomte obtienne gain de cause en promettant, à l’intérieur de la ville nouvelle, une église paroissiale, une maison exempte de tout cens et le maintien de tous ses droits actuels sur les habitants qui y émigreraient240. L’évêque Bonhomme proteste au nom des droits paroissiaux qui, selon lui, reviennent aux évêques dans les villes neuves. L’abbé ayant fait la sourde oreille, un conflit s’ensuit et suscite une longue guerre (34). Le litige est porté devant l’archevêque d’Auch, les évêques de Gascogne se réunissent à Perquie, puis en synode à Nogaro. Après de longues discussions, un accord est trouvé en 1141 ou peu après, moyennant le versement de cent trente sous morlans versés par l’abbé à l’évêque et à l’église d’Aire, qui renoncent en faveur de l’abbé de Saint-Sever à leurs prétentions sur l’église de Mont-de-Marsan. Néanmoins, la querelle entre les deux parties à propos du droit de patronage persiste jusqu’en 1305241. La qualité et l’influence des protagonistes ont suscité un conflit qui s’est répercuté au-delà du diocèse, mais beaucoup d’autres ont dû survenir à bas bruit, avant qu’au XIIIe siècle, le droit canonique ne statue plus énergiquement en faveur de l’auctoritas ordinaria.

Quelques actes du Liber Rubeus enregistrent des cessions de dîmes relativement récentes : celles par Séguin seigneur d’Estang pour Geloux et Badigos (20, 21) en 1300 et d’Aymeric de Ravignan pour Saint-Pierre de Lusson (23) (pl. 33), à la fin du XIIIe siècle. Ajoutons à cela l’accord sur les novales de Saint-Aubin passé en 1331 avec Arnaud de Saint-Aubin, seigneur de Poyaler. Seul le résumé de l’acte figure dans le cartulaire (29). Le Liber rubeus fournit plusieurs exemples de revendications épiscopales sur les dîmes que perçoivent les établissements monastiques dans la première moitié du XIVe siècle (26-28, 36, 38).

En ce qui concerne les dîmes détenues par les laïcs, il serait vain de chercher à distinguer cessions volontaires ou résultant de pressions ecclésiastiques. Le versement des dîmes peut faire l’objet d’ajustements négociés. Ainsi, le 13 juin 1335, l’abbé de La Castelle, le recteur de Condom, arbitres choisis par l’évêque d’Aire, le seigneur de Castelnau et divers nobles du Tursan rendent une sentence quant au paiement de la quartière due par quatre seigneurs (19/2). Les cessions de dîmes patrimonialisées s’accompagnent de nombreuses précautions.

Aymeric de Ravignan cède la dîme de Saint-Pierre de Lusson à l’évêque, avec l’accord explicite de son épouse et de leurs fils et fournit quatre garants du paiement du cens restant dû à l’évêque (23).

En 1300, l’évêque obtient de Seguin d’Estang la cession en fief d’une partie de la dîme de Badigos au terme d’âpres discussions : le seigneur d’Estang accorde à l’évêque le tiers de la dîme, l’arceut et une paire de chandelles de cire par an. En outre à chaque changement d’évêque, il doit donner une paire de gants blancs symbolisant la reconnaissance du droit éminent de l’évêque. L’honneur du prélat est sauf, il a imposé sa suprématie ecclésiastique et le seigneur conserve la jouissance des deux tiers de la dîme, ou plus exactement des deux tiers des trois quarts après versement de la quartière, soit trois huitièmes (37,5 %).

L’arrangement fait l’objet de deux actes notariés distincts souscrits solennellement en l’église du Plan (pl. 34), chez l’évêque donc, en présence de son official, de l’archidiacre de Tursan et de deux chevaliers : l’accord négocié (compositio) (20) et la reconnaissance jurée par Seguin de sa renonciation à tout droit sur la quartière de la dîme, paiement statutaire à l’évêque mis hors du champ de la négociation (21). Les seigneurs d’Estang n’avaient pas conservé les dîmes de la localité éponyme mais son église doit peut-être la qualité de son bâti à leur fortune (pl. 32).

Séguin d’Estang a rang de chevalier et possède de nombreux biens, terres, droits, dîmes en Marsan (20-21) (fig. 13)242, tenus par sa famille depuis le XIe siècle au moins et rend hommage au vicomte comme au roi-duc pour d’autres terres. Plusieurs de ses ancêtres ont renoncé à certaines dîmes, notamment au profit de l’abbaye de Saint-Sever. Au cours du XIe siècle, sous l’abbatiat de Grégoire de Montaner, Arnaud-Séguin d’Estang et son fils Raimond, moine (probablement à Saint-Sever), donnent à l’abbaye l’église de Saint-Médard de Geloux en totalité ainsi qu’un “rustre”243.

Fig. 13. Biens et droits tenus par le seigneur d’Estang en vicomté de Marsan à la fin du XIIIe siècle © J.-M. Fritz.
Fig. 13. Biens et droits tenus par le seigneur d’Estang en vicomté de Marsan à la fin du XIIIsiècle © J.-M. Fritz.

Arnaud-Séguin a-t-il renoncé pour autant à toute la dîme qu’il perçoit ? Rien n’est moins sûr puisque le 15 mars 1251 un descendant probable de ce seigneur, également nommé Arnaud-Séguin, fait donation à Arnaud de Navailles, abbé de Saint-Sever, de la dîme et des autres biens qu’il dit détenir à tort à Geloux et sur lesquels il reconnaît n’avoir aucun droit ainsi que ses héritiers244. Dans l’acte de 1300 relatif à la dîme de Badigos, le seigneur d’Estang déclare que lui et ses ancêtres tenaient les trois quarts de cette dîme ab antiquo, donc que l’usage a bien créé la possession. L’évêque dispose de sa quartière. Arnaud-Seguin met en avant l’ancienneté de l’église de Badigos qui, de fait, est possiblement d’origine carolingienne245, peut-être fondée par l’un de ses ancêtres. Cette église, ainsi que celle de Saint-Pierre d’Estia, se situent sur le territoire de la paroisse de Villeneuve-de-Marsan créée à la fin du XIIe siècle et dont l’église reprend le vocable d’Hippolyte.

L’évêque Garsie du Fau revendique également les novales sur les terres nouvellement mises en culture ainsi que le veut la législation ecclésiastique.

Fig. 14. Les dîmes et les novales en litige avec l’abbaye de Saint-Sever © J.-M. Fritz.
Fig. 14. Les dîmes et les novales en litige avec l’abbaye de Saint-Sever © J.-M. Fritz.

À la fin du Xe et au cours du XIe siècle, les donations à Saint-Sever font état de domaines, de droits (dont les dîmes, qui ne sont pas toujours mentionnées comme telles) et d’églises à Eyres, Cauna, Aurice, Arcet246, Toulouzette, Saint-Barthélémy de Projan247, Lagastet248, Lamothe, Sainte-Eulalie, Saint-Barthélémy d’Anglades, Maunihos (Saint-Hippolyte de Meignos), onze paroisses situées autour de Saint-Sever auxquelles il faut ajouter celles de Souprosse, Artiguebaude249, Sainte-Marie de Goudosse250, Morganx et Lacrabe (fig. 14)251. L’évêque d’Aire affirme qu’il s’agit de novales qui lui appartiennent de droit252. Afin de résoudre l’affaire, deux clercs, un chanoine de l’église d’Aire, archiprêtre de Mauléon et le frère chambellan de l’abbaye de Saint-Sever, sont désignés comme arbitres pour déterminer qui doit tenir les dîmes à partir des écrits dont disposent les deux parties. L’acte dressé le 28 mars 1331 n. s. ne dit pas combien de temps ont duré les discussions, mais impose à l’évêque et à ses successeurs de ne plus rien réclamer sur ces dîmes novales et exige que les deux parties valident le compromis en y apposant leurs sceaux d’ici au dimanche de Pentecôte le 27 mai suivant (26). Selon la charte de fondation de l’abbaye, les dîmes anciennes ou novales des paroisses de Souprosse, Artiguebaude, Sainte-Marie de Goudosse, Morganx et Lacrabe appartiennent définitivement à l’abbaye de Saint-Sever, celles de Parentis et d’Urgons revenant à l’évêque (26).

Un autre conflit au sujet de l’église de Lasbezeilles avait opposé les abbayes de La Castelle et de Saint-Sever ; au terme d’un arbitrage rendu en 1250 les bénédictins avaient abandonné aux prémontrés cette église et ses dîmes253. Un acte du Liber Rubeus passé entre 1332 et 1340 rapporte une sentence arbitrale de l’évêque de Condom mettant fin à un nouveau contentieux, cette fois avec l’évêque et au sujet des novales (36) (fig. 15).

Fig. 15. Les dîmes novales en litige entre l’évêché d’Aire et l’abbaye Saint-Jean de La Castelle © J.-M. Fritz.
Fig. 15. Les dîmes novales en litige entre l’évêché d’Aire et l’abbaye Saint-Jean de La Castelle © J.-M. Fritz.

À partir de 1331, la fondation de la bastide de Duhort [(16/1), (36)] sur la paroisse de Saint-Vincent de Lasbezeilles avait entraîné une incursion des chanoines de l’abbaye contre le château du Plan où résidait alors l’évêque, peu de temps après l’agression menée par Arnaud Guilhem de Béarn. Les dîmes de la future église de la bastide devaient normalement revenir à l’évêque selon la législation ecclésiastique, ce qui explique la fureur des religieux de La Castelle. Le litige a dû atteindre des proportions inhabituelles, au point que l’évêque de Condom demande à l’évêque et à l’abbé ainsi qu’à leurs familiers de renoncer à leurs agressions mutuelles.

Garsie du Fau a aussi maille à partir (27) avec le chapitre de Saint-Girons au sujet des dîmes des paroisses versées à ce dernier établissement, comme le témoigne l’acte des 19-20 novembre 1330 (27/1) (fig. 16)254.

Fig. 16. Les dîmes novales du chapitre de Saint-Girons en litige avec l’évêché d’Aire © J.-M. Fritz.
Fig. 16. Les dîmes novales du chapitre de Saint-Girons en litige avec l’évêché d’Aire © J.-M. Fritz.

Le cas des fabriques

Garsie du Fau s’est aussi attaché de façon pointilleuse à définir et éventuellement à rogner les droits des fabriques sur les dîmes. Apparue très tôt au Moyen Âge, la fabrique associe au clergé les notables laïcs nommés par les paroissiens ; elle a pour mission d’assurer la construction puis l’entretien de l’édifice religieux ainsi que du mobilier liturgique nécessaire au rituel, qu’elle doit acheter et dont elle prend soin. Pour mener à bien ces tâches, elle compte sur une portion des dîmes et sur les dons des paroissiens255. Aucun document ne nous est parvenu sur cette institution dans le diocèse aturin. Le terme fabrica apparaît pourtant treize fois dans le Liber rubeus (fig. 17).

Quelques mentions dans plusieurs actes du Liber rubeus permettent d’appréhender partiellement leurs ressources occasionnelles. La cathédrale apparaît dans la sentence prononcée contre les agresseurs de Garsie du Fau en 1331, qui condamne Raimond-Arnaud de Béarn à verser trois cents livres à la fabrique et aux pauvres (31/5). Elle figure également dans un article du synode de 1299 (6/58) prescrivant aux curés d’admonester leurs paroissiens de ne pas oublier l’évêque et la fabrique de son église dans leurs legs pieux. Les recettes régulières des fabriques (montant des troncs, revenus de biens qu’elles possèdent) ainsi que les aspects matériels de leur organisation nous échappent. Mais surtout les fabriques disposent en principe du quart de la dîme revenant à l’entretien de l’église. Certaines contrôlent sans doute la collecte de toute la dîme quand elles ont en charge de reverser la quarta episcopalis en nature ou en argent, voire les deux. On repère ainsi des arrangements particuliers en Chalosse (19/3), par exemple avec les confréries paroissiales à Labastide-la-Reine et au Mus, tout cela indique que le versement de la quartière à l’évêque n’allait pas forcément de soi. Dans les actes du pouillé consacrés aux procurations feudales et decimales (19/4-6), quinze fabriques sont citées pour l’archiprêtré de Roquefort, sept dans celui de Mauléon, six pour celui du Plan, quatre en Chalosse et deux en Tursan soit un total de 33 fabriques. Rien n’est dit pour les trois autres archiprêtrés où aucune fabrique n’est mentionnée.

Ces cas ne documentent à peine que 14 % des 231 paroisses du diocèse ; l’évêque n’y perçoit pas directement la quartière lui revenant de droit. Une emprise persistante de certaines communautés paroissiales ou de quelques seigneurs sur les dîmes doit en être une cause. Benoît Cursente souligne que la possession des dîmes par les communautés paroissiales s’est mise en place au tournant des XIIIe et des XIVe siècles “comme une forme de résistance au mouvement de restitution des dîmes”256.

Les fabriques pouvaient tenir tête à l’évêque lorsqu’elles estimaient être dans leur bon droit. Ainsi en témoigne l’acte (24) qui relate les clauses d’un accord entre l’évêque d’Aire Garsie du Fau et les paroissiens d’Eyres-Moncube à propos des novales de la paroisse, conclu le 9 février 1331. Les paroissiens sont représentés par les trésoriers de leur fabrique, Guilhem de Sale et Michel de Serre. Ils estiment que les dîmes anciennes comme nouvelles reviennent à la fabrique de l’église d’Eyres, “sauf certaines mesures [de grains] pour le quart de la dîme que les évêques d’Aire ont coutume de recevoir et une redevance de 10 sous morlans, et autres redevances sur elles [les dîmes]”.

Avant d’en arriver à cette conclusion, les discussions ont dû être vives puisque “tant à la cour d’Auch qu’ailleurs, après avoir pris le conseil de prud’hommes”, les deux parties s’accordent sur un partage. Dîmes anciennes et nouvelles sont partagées par moitié, nonobstant la part que doit recevoir le desservant de l’église. L’acte est passé devant notaire et plusieurs témoins : l’abbé de Pimbo, un prêtre du nom de Doat de Abbatia (d’Abbadie), l’official d’Aire Arnaud de Aula (de Lassalle) et un seigneur local, Pierre de Polimont. L’affaire a mobilisé un proche collaborateur de l’évêque car elle mettait en jeu, fût-ce dans une petite paroisse, une question de principe et une ressource essentielle à l’évêque. Celui qui siège alors s’efforce d’avoir l’œil sur toutes les paroisses de son diocèse. Il en est ainsi en ce qui concerne la nomination des desservants, point essentiel si l’évêque veut être vraiment le contrôle du clergé paroissial.

Fig. 17. Fabriques du diocèse d’Aire citées dans le Liber rubeus vers 1335 © J.-M. Fritz.
Fig. 17. Fabriques du diocèse d’Aire citées
dans le Liber rubeus vers 1335 © J.-M. Fritz.

Le droit de patronage (17/2, 4, 6, 8, 10, 12)

Les fondations d’églises, nombreuses durant la période carolingienne, avaient conféré à leurs fondateurs, majoritairement des laïcs, le droit de patronage. Celui-ci permet au fondateur d’une église de présenter un candidat au bénéfice vacant, donc de mettre en place des gens dévoués à ses intérêts et parfois un membre de sa famille, voire de contrôler la fabrique et de garder la main sur l’entretien de l’église257. Les cessions de dîmes et de droits de patronage ont davantage profité aux établissements monastiques qu’aux évêques. Les normes canoniques n’ont infléchi ce mouvement que tardivement. Dans le diocèse d’Aire, à en juger par le pouillé, l’évêque réussit mieux avec le droit de patronage qu’avec les dîmes.

En 1303, l’archevêque d’Auch tient un concile dans sa cité et édicte deux articles relatifs au jus patronatus et aux prébendes. Le premier (10/8) porte sur les abus liés à l’exercice du patronage, comme la simonie, car la présentation d’un candidat peut s’opérer contre deniers. L’archevêque demande aux évêques de faire preuve de grande vigilance et de s’enquérir de la qualité morale et des connaissances du postulant. Le second article met l’accent sur le caractère perpétuel de cette nomination, réserve à l’évêque le droit de révoquer des prêtres présentés par des religieux, mais seulement pour une cause raisonnable (sans doute une incapacité physique ou morale à occuper cette fonction) (11/29)258.

Fig. 18. Nombre et répartition du droit de patronage des églises dans le diocèse d’Aire vers 1335 d’après le pouillé © J.-M. Fritz.
Fig. 18. Nombre et répartition du droit de patronage des églises dans le diocèse d’Aire vers 1335 d’après le pouillé © J.-M. Fritz.

Le pouillé de 1335 donne, par archiprêtré, le nom du patron de chaque église (fig. 18), à quelques exceptions près où l’évêque est collateur pleno jure. La synthèse de ces données montre que l’évêque est très majoritairement le patron des églises du diocèse, avec un total de 162 sur 231, soit 70 %. Ce nombre varie selon les archiprêtrés, de 53 % en Chalosse à 90 % dans ceux de Mauléon et du Plan. Comme pour les dîmes, les droits épiscopaux sont moindres dans les secteurs de forte implantation des réguliers, tels les archiprêtrés de Tursan et de Chalosse, où les abbayes occupent le second rang, mais loin après l’évêque. Notons cependant que pour 24 églises, soit près de 11 % le nom du patron n’est pas indiqué. Or la plupart d’entre elles ont pour patron l’abbaye de Saint-Sever.

Le droit de patronage a constitué un motif de désaccord entre l’évêque et les établissements réguliers ainsi que l’on peut en juger dans deux actes du Liber rubeus. Le différend consécutif à la fondation de la bastide de Duhort, étudié plus haut, portait aussi sur le droit de patronage259. Mais puisque Duhort était une fondation nouvelle, l’évêque réclamait les novales. Les arbitres, constitués de deux chanoines de chaque partie, décident que les biens des curés défunts de ces églises restent perpétuellement à l’abbé et au monastère (36/5). L’abbé garde le droit de présentation dans les deux églises, l’institution revenant à l’évêque sous réserve d’idonéité (36/6).

Parmi les motifs de litiges réguliers entre l’abbaye de Saint-Sever et le prieuré de Mont-de-Marsan, citons le droit de patronage des églises de Saint-Pierre du Mont et Saint-Genès des Vallées données à l’abbaye par le comte de Gascogne lors de sa fondation260. Chacun continuait à réclamer patronage et droits paroissiaux (baptêmes, oblations). En 1305, l’évêque Martin règle la question en réunissant les deux églises (dont le prieuré de Saint-Pierre-du-Mont) au prieuré de Mont-de-Marsan, cette augmentation des revenus permettant d’assurer sa survie261. Ces différends ne figurent pas dans le Liber rubeus, ce qui montre que la compilation s’accompagne d’une sélection. Le dossier des litiges avec Saint-Sever aurait nécessité un cartulaire spécifique à lui seul.

L’évêque pouvait faire preuve de bienveillance. Ainsi, Garsie du Fau accorde-t-il à l’abbé de Pontaut le 23 avril 1331 le droit de présentation de l’église Saint-Pierre de Mant avec les dîmes afférentes (38). Le fait qu’il soit originaire de cette région, où il avait sans doute des parents, peut expliquer ce geste, de même que le fait que Pontaut n’était pas une abbaye très riche, et donc moins envahissante que Saint-Sever.

Dans le diocèse d’Aire, l’Église est largement parvenue à obtenir le droit de patronage à en juger par le faible nombre de seigneurs laïcs détenteurs. Nous ne savons cependant rien des conditions de ces récupérations. Le droit de patronage a été reconnu par l’Église comme un droit personnel, élargi peu à peu aux privilèges d’avoir un banc à l’église, voire d’être inhumé dans l’édifice262. L’évêque d’Aire contrôle la nomination de la plupart de son clergé, et si ses moyens matériels sont limités, le Liber rubeus montre une attention pointilleuse à ne pas laisser échapper le moindre denier.

Conclusion : le portrait d’un diocèse et l’œuvre de Garsie du Fau

Au terme de cette étude, le diocèse d’Aire apparaît comme un bien petit diocèse comparé à ceux de Bordeaux ou d’Auch. Une organisation adaptée aux conditions matérielles de la région et des hommes dévoués à l’Église lui ont permis de se développer, à partir d’une petite ville qui ressemble davantage à un gros bourg qu’à une cité épiscopale. Encore en 1651, le secrétaire de l’évêque, Pierre Duval, dans sa Description de l’évêché d’Aire, tout en vantant la richesse économique des divers archiprêtrés et des environs de la ville, la qualifie “de peu de consideration, presque ruinée, & qui n’est recommandable, que par la seule demeure de l’Evesque”263. À la décharge de la ville, la troisième guerre de religion de 1569 a été terrible avec la ruine de sa cathédrale et la destruction de l’abbaye de Sainte-Quitterie. Ces ravages entraînent la reconstruction du groupe cathédral et du monastère au siècle suivant ; les dispositions de ces deux ensembles nous sont donc particulièrement mal connues pour le Moyen Âge.

Entretemps, le petit diocèse s’était mis sans retard au goût du jour avec la création d’une psallette dans sa cathédrale ; le Liber Rubeus se conclut sur cette initiative artistique de Bernard d’Abbadie (40). Cet évêque, sensible “à la beauté de la maison de Dieu et au développement du culte divin”264 et, soucieux de compenser l’absence de chœur satisfaisant dans l’église d’Aire, avec l’accord du chapitre, souhaite disposer d’un maître de chœur compétent qui réside sur place. Ce maître doit pourvoir à l’entretien de deux enfants, les former pour l’office de l’église, le service du culte et leur enseigner le cantus figuratus ou organum ainsi que le contrepoint. L’introduction de la polyphonie représente une nouvelle étape dans l’évolution de la liturgie de la cathédrale, non que les chantres n’y existent pas avant 1501, mais désormais un souci de renouvellement musical conduit au recours à un professionnel. L’ajout de cette nouveauté à la fin du Livre rouge manifeste que le prélat l’associe aux textes essentiels pour l’évêché comme l’union de Sainte-Quitterie à la mense épiscopale ou la liste des paroisses.

Composé sous l’épiscopat de Garsie du Fau (1327-1349), le Liber rubeus est d’abord un outil permettant de se référer au droit ecclésiastique en vigueur. À travers ces textes, l’évêque s’affirme comme le maître de son diocèse. Après la compilation synodale, le fil conducteur de cette compilation est l’affirmation du contrôle épiscopal sur les dîmes et le droit de patronage. Les actes s’y rapportant montrent la volonté du prélat d’imposer son autorité, notamment sur des abbayes qui ont été parfois fondées avant la restauration du siège d’Aire, comme Saint-Sever, et jouissent d’une certaine indépendance. Il en va aussi des revenus de l’évêché au moment où la fiscalité pontificale commence à devenir une charge. Vers 1335, les quelque 67 livres dues au pape sur un peu plus de trente bénéfices (16) ne représentent encore que 28 % de ce que l’évêque doit toucher en théorie au titre des procurations sur environ 130 bénéfices (18), mais ces prélèvements se font récurrents et objectivement concurrents de ceux de l’évêque.

Dans ce cartulaire, on voit aussi l’Église tenter de donner des règles aux laïcs comme aux clercs et de s’affirmer comme la colonne vertébrale d’une société dont les règles reposent encore sur le fief, les relations personnelles et la coutume. L’instruction étant peu développée, la diffusion des normes de l’Église passait par le synode diocésain, peut-être aussi par les archiprêtres ; elle reposait essentiellement sur l’oralité, plus sans doute que sur la circulation de feuillets écrits. Les dispositions du synode de 1299, celles des constitutions des conciles provinciaux, les actes relatifs aux dîmes ou au droit de patronage présentent un univers social se pliant difficilement aux normes diocésaines, de même qu’à l’autorité grandissante des royaumes. Nous voyons peu cette société rurale et ce que nous en présentent certains actes (30-31) nous laisse appréhender ses aspects les plus violents, dans un contexte, il est vrai, de lutte entre deux royaumes puissants. Ainsi, le Liber rubeus présente-t-il le meurtre d’Anissans de Toujouse, celui du vice-official et les déboires de Garsie du Fau au Plan, comme des agressions contre l’Église et son immunité ; en réalité, l’évêque d’Aire éprouve aussi des difficultés en tant aussi que seigneur de sa cité, ce que sous-entend l’arbitrage rendu le 15 février 1331265, outre l’assaut contre son manoir du Plan par des séides du comte de Foix et l’arbitrage leur imposant humiliation publique et compensation pécuniaire. Bien que les arbitres – des hommes de confiance du comte de Foix – aient demandé à l’évêque d’abandonner toute rancœur à l’égard des hommes d’Aire après leur amende solennelle266. Le prélat ne renonce pas aux poursuites267, probablement sans résultat, mais le Liber rubeus dénote en tout sa ténacité et sa détermination à opposer le droit et la force de l’écrit aux agressions physiques et spoliations.

Et, plus encore peut-être, ce cartulaire dresse-t-il le portrait d’un évêque qui ne s’est distingué ni par sa carrière ni par des écrits canoniques, théologiques ou homilétiques, mais comme un bon administrateur qui a su donner aux différents aspects de sa mission des fondements juridiques fermes et dont l’œuvre fut de long usage pour ses successeurs, ce qui a assuré sa conservation jusqu’à la Révolution, comme d’un monument essentiel à l’église d’Aire.

Les archiprêtrés du diocèse d’Aire
Selon le pouillé du Liber rubeus

Fig. 19. L’archiprêtré de Chalosse vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 19. L’archiprêtré de Chalosse vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 20. L’archiprêtré du Plan vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 20. L’archiprêtré du Plan vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 21. L’archiprêtré de Mont-de-Marsan vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 21. L’archiprêtré de Mont-de-Marsan vers 1335
selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 22. L’archiprêtré de Mauléon vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 22. L’archiprêtré de Mauléon vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 23. L’archiprêtré de Roquefort vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 23. L’archiprêtré de Roquefort vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 24. L’archiprêtré de Tursan vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.
Fig. 24. L’archiprêtré de Tursan vers 1335 selon le Liber rubeus © J.-M. Fritz.

Notes

  1. Vergain et al. 2001, 305.
  2. Degert 1908, 16.
  3. Pontal 1989.
  4. Tribout de Morembert 1986, 1, 1211.
  5. Sans doute en relation avec le nom du fleuve Adour.
  6. Bost et al. 1992, 17-36.
  7. Wozny 2008, 102. Silhouette 2012, 136 ; 2014, 162 ; 2018, 115-117.
  8. Favreau et al., éd. 1981, 13, 420 à 426. Thibout de Morembert 1986, 1, 1212-1213.
  9. Pace 2020, 1, 423.
  10. RG, 3, no 2169. Arch. dép. des Landes, 16 J 13, 6 et 103-104. Gardelles 1972, 163-164. Cabanot et al. 1982, 1, 93-94, 103-104.
  11. Rouche & Dumézil 2008, 1-2.
  12. Boutoulle 2007, 149.
  13. Sur cette généalogie discutée et les origines possibles de l’évêché de Gascogne, voir Guillemain 1974, 37-38 ; Mussot-Goulard 1982, 132-134. Boutoulle 2007, 149.
  14. Marquette 1983, 170.
  15. Degert 1905, 7 et 10, n. 1-3.
  16. Dans le nécrologe de l’abbaye de Saint-Sever, il figure de la façon suivante : Depositio Domini Petri episcopi Adurensis ecclesiae bonae memoriae, MXCII, Degert, éd. 1926, 39, n. 4.
  17. Ce château, qui n’est cité dans les sources qu’à partir du XIIIsiècle, a été totalement détruit le 26 mars 1759 à la demande de l’évêque Playcard de Raigecourt car à l’état de ruine, Laulom 2020, 177. L’état de sections de la commune de Pujo-Le-Plan début XIXe siècle comporte une mention “ancien château”, parcelle 135, section H de Las Pontes, Arch. dép. des Landes, 3 P 1061. Les évêques disposent également d’une résidence à Loubens, aujourd’hui quartier de la commune de Hontanx, où existe toujours une chapelle près du château dit de Loubens. Durant la guerre de Guyenne, une femme noble d’Aire, Petrona Dizenta, avait vendu à l’évêque pour 50 livres de fief, sans autorisation ducale, la caverie de Loubens. Cuttino & Trabut-Cussac, éd. 1975, 249, no 45/2 et 253, no 45/5. Cette caverie (terre tenue directement d’un seigneur en échange d’un service à cheval) reste aux mains de l’évêque jusqu’à la Révolution.
  18. Cabanot et al. 1985, 17-18. Jean Cabanot n’écarte pas cette possibilité, de même Laulom 2020, 175-178.
  19. Degert 1905, 503-504. Voir aussi Laulom 2020, 171-178.
  20. Degert 1912, 1210-1215.
  21. La date de 788 est la dernière mention d’un évêque d’Aire, Ursus Asinarius, lors d’un concile : Degert 1908, 21 jusqu’à l’apparition de Gombaud.
  22. Perrin et al., éd. 1972, appendice, 47. Estiennot, BnF, ms. lat. 12751, f. 704.
  23. Marca 1640, 36.
  24. Degert 1905, 329. On ignore les circonstances de ce transfert. Vers 1080, lorsque le prieuré du Saint-Sépulcre est fondé à Gabarret, l’évêque d’Aire a autorité sur ce lieu. Selon dom Estiennot : Auxitanae (ecclesiae) fuit attributum, renitentibus tamen in variis synodis Adurensibus episcopis. Dom Estiennot, BnF, ms. lat. 12751, 341.
  25. Bost et al. 1992, 100-101.
  26. Ibid.
  27. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, 4.
  28. Ibid.
  29. Arch. dép. de la Gironde, H 23 : Ego Bonushomo Adurensis episcopus cum assensu clericorum nostrorum dono et concedo ecclesiam de Boga… Ego Bonus Homo Adhurensis episcopus ipse propria manu subscripsi + (croix). Guarsandi archidiaconi + (croix). S. Petri de Ariens Adurensis canonici. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 3, 2. Higounet & Higounet-Nadal éd., Le grand cartulaire, no 1168, 658-659.
  30. Arch. dép. de la Gironde, H 244 : Hanc pacem concesserunt ipse episcopus Bonushomo et Vitalis de Sancto Tremerio archidiaconus de Marsan et Vitalis de Boeres, archidiaconus de Theursan. Arch. hist. de la Gironde, 12, 317.
  31. Clément V, nos 2687, 3743.
  32. Le même homme ou un parent homonyme.
  33. Jean XXII, LC, no 44689. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935.
  34. Couvent installé dans la ville vers 1260. Berdoy 2018, 2, 89-97.
  35. Son nom apparaît dans un acte des Rôles gascons où il reçoit 50 livres de pension du roi Édouard II, le 8 février 1323 en paiement de ses conseils. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, https://www.gasconrolls.org/edition/calendars/C61_35/document.html#it035_16_10f_195.
  36. Perrin et al., éd. 1972, 60. Degert 1905, 330. Nous ignorons cependant sur quoi s’appuie cette affirmation et a fortiori si les divers sièges se trouvent déjà définis.
  37. Higounet & Higounet-Nadal, éd. 1996, 454, no 847.
  38. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935.
  39. Cette famille est un exemple de l’ascension sociale qui se produit entre les XIIIe et XIVe siècles en Marsan. À la fin du XIIIe siècle, plusieurs membres de cette famille rendent hommage aux vicomtes de Marsan : Olivier de Lassus en 1298 à la vicomtesse Constance, puis en 1311 Bernard Ramon et Auger à Gaston de Foix comme bourgeois ou jurats de la ville (Arch. dép. des Pyr.-Atlant., E 511 ; Arch. dép. des Landes, H 174/13, 14). Cet Auger est peut-être celui cité comme témoin du testament de Constance de Marsan en 1310 (Arch. dép. des Landes, H 150/4,19). En 1376, un Bidaloix de Lassus tient l’ostau de Cèzeron. Il est le premier représentant de cette famille à tenir un fief. Les Lassus sont seigneurs de Canenx dans la seconde moitié du siècle, Jamoul-Fritz 2001, 1, 149.
  40. Ces trois noms figurent au bas de l’acte de suppression de l’hôpital Saint-Jacques de Mont-de-Marsan par l’évêque Pierre de Bétous en 1275 ; Arch. dép. des Landes, H 170/5 (original) et H 170/6 (copie XVIIIe siècle).
  41. Cette cour seigneuriale a été sans doute introduite dans la vicomté de Marsan par Gaston VII de Béarn. Foix, éd. 1908, 203-220.
  42. Arch. dép. des Landes, H 150/4, 12 et 16. “Micarrère” a fini par désigner un lieu-dit de la commune de Mont-de-Marsan, situé à l’est de la ville.
  43. Arch. dép. des Pyr.-Atl., E 296.
  44. La cour des Sers ou cour des seigneurs est très probablement une création de Gaston VII Moncade, vicomte de Béarn qui a voulu transposer en vicomté de Marsan la cour des barons existant en Béarn. Cette institution qui réunit les vassaux des vicomtes lors de l’hommage apparaît en 1279, lors de sa convocation par Constance, vicomtesse de Marsan ; elle apparaît pour la dernière fois en 1346 pour les hommages à Gaston Fébus. Ensuite elle n’est plus convoquée ; Jamoul-Fritz 2001,1, 244-245.
  45. Monlezun 1849, 6, 462. Arch. dép. des Landes, H 150/4, 19.
  46. Monlezun 1849, 6, 464.
  47. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, 44/4.
  48. En 1279, Bernard de Bresquedieu rend hommage à la vicomtesse Constance pour toute la terre qu’il tient d’elle en Marsan, il déclare faire partie de la cour des Sers pour laquelle il doit l’ost et la chevauchée ; Foix, éd. 1908, 219. En 1291, Naude de Bresquedieu vend une terre au Frêche à Constance, vicomtesse de Marsan ; Arch. dép. des Landes, H 171/9.
  49. En 1279, un Arnaud-Guilherm de Lussagnet, domicellus, rend hommage à Constance Moncade, vicomtesse de Marsan, pour les biens qu’il tient à Bascons, Foix, éd. 1908, 215-216.
  50. Clément V, no 3992. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, 4.
  51. Jean XXII, LC, no 1233.
  52. Ibid., no 1236.
  53. Degert 1908, 76.
  54. Voir infra la notice de Bernard de Batz.
  55. Texte du milieu du XIVe siècle reprenant tout l’historique des statuts de Dax depuis le XIIe siècle, compilés en 1259, sous le pontificat d’Alexandre IV et l’épiscopat de Navarre de Miossenx, avec des ajouts ultérieurs, Cabanot & Pon, éd. 2004, pièce annexe VIII, 465-491.
  56. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, 38-39.
  57. Ibid., 39 : numerus decem canonicorum et sex prebendariorum, chorealium… non possit augeri nisi augerentur facultates ecclesiae et quod praebendarios… fuerunt facti et creati de duabus praebendis canonicalibus… ut dividerentur inter ipsos (ex) aequaliter.
  58. Arch. dép. des Landes, G 67/5, copie de 1716.
  59. Larcher, 7, 453-472.
  60. Cazauran, éd. 1884-1886.
  61. Ces petites circonscriptions donnent un classement plus précis que les archidiaconés qui ne sont pas même mentionnés dans le pouillé et qui ne sont peut-être plus des éléments opératoires dans l’administration diocésaine.
  62. Brocas 1996.
  63. Idiart 1999.
  64. Inchauspé 1991. Dupouy 1993.
  65. Jamoul-Fritz 2001.
  66. Arch. dép. des Landes, 16 J 17, la monographie paroissiale d’Arboucave (fin XIXe siècle) évoque dans une lande de la section cadastrale dite “de Dauphins” l’emplacement d’un rectangle encore visible alors, avec de petits fossés circulaires et, à l’entour, des blocs de pierres. Dans le cadastre, feuille B 01 (section des Dauphins), les parcelles 254 à 264 portent le nom “Dauphins”.
  67. Ducruc 1860-1861.
  68. Jupoy est un petit fief donné à Gérard de Castelnau par sa mère Navarre de Mauléon, dame de Castelnau, dans son testament du 5 août 1322. Le fief est détaché de Vielle-Tursan. La motte est toujours en place, près d’une demeure du XVIIIe siècle, Légé 1886-1887, 2, 17-20, no 3.
  69. Fritz 2012, 127-149.
  70. Vignaud 2019, 35-53.
  71. Sur la commune de Saint-Pierre-du-Mont, site antique reconnu lors de plusieurs sondages. Boyrie-Fénié 1994, 125 ; Suau 1991, 571-574 ; Vignaud 2004, 116-117.
  72. Boyrie-Fénié 1994, 59, 90, 125-134, 136.
  73. Guyon 2005, 253-255. Il n’est guère possible, en l’état de la documentation, d’aller au-delà du Xe siècle afin de retracer précisément l’évolution de ce premier réseau paroissial qui a laissé quelques vestiges incomplets.
  74. Au Moyen Âge, “nouveau type d’habitat groupé (…) conduisant le château et le bourg, jusqu’alors généralement distincts, à se superposer en une seule entité organique”, Cursente 1990, 76. Berdoy 2008, 1, 1.
  75. Berdoy 2008, 1, 10-12.
  76. Nous ignorons si les hospitaliers ont été appelés en ce lieu par les seigneurs de Castelnau-Tursan ou s’ils étaient déjà installés là. Selon Du Bourg, la commanderie de Pécorade serait à l’initiative du peuplement de Castelnau dont l’église était installée dans un lieu désert. Du Bourg 1883, 498.
  77. À l’est de Grenade, l’église de Bordères, installée au bord du fleuve, gravement menacée puis finalement détruite par les crues du fleuve, a dû être abandonnée et reconstruite à l’abri des eaux au cours du XIXe siècle.
  78. Cazauran, éd. 1884, 100.
  79. La plupart d’entre elles ne sont plus localisables à la fin du XIXe siècle. Toutefois, le marquis de Poyanne, baron de Castelnau fait attester, le 10 juin 1673, que la dîme de Tarigos était perçue par lui et ses ancêtres de temps immémorial et définit les contours de “la paroisse de Tarigos qui commence au ruisseau de Peyroton et va jusqu’à Renung”, Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 931, no 735.
  80. Mazères et Meignos ont pour patron l’abbé de Saint-Sever qui perçoit également leurs dîmes ; Cabanot & Pon, éd. 2010, 2, 711 et 717, no 219 du 3 avril 1359 (notice de division des revenus de l’abbaye). Saint-Pé d’Alis est connue jusqu’au XIXe siècle. Saint-Hippolyte de Meignos est à différencier de Saint-Médard de Meignos, petite paroisse au sud de Bougue.
  81. Ibid., 1, 213, no 37 ; 441, no 129 ; 2, 647, no 199.
  82. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 315, no 84. Cette église se situerait sur Campagne de Marsan où existe toujours l’église Saint-Pantaléon de Campagne par ailleurs citée ibid., 1, 199, no 27 ; 501, no 137.
  83. Ibid., 1, 385, no 102 ; 441, no 129 ; 501, no 137.
  84. Voir infra : “Les dîmes d’après les textes des conciles et des synodes cités dans le Liber rubeus” et “Face à laïcs et réguliers”.
  85. Voir infra : “Qui tient les dîmes dans le diocèse ?”
  86. Cela même si nous disposons de copies par ailleurs, sauf pour le synode de 1299. Ici, il s’agit d’originaux.
  87. Départ 1894, 185 ; Vidal 2002, 65-67, 73-76, 139-142, 156.
  88. D’où la création du Grand Prieuré de Toulouse qui dirige une région extrêmement étendue comprenant de nombreux établissements sur plusieurs diocèses (Vidal 2009, 335-337).
  89. Arch. dép. de la Haute-Garonne, inventaire en ligne du fonds de Malte, H MALTEINV 34 (titres entre 1330 et 1789).
  90. Tauzin [av. 1929]. (1985) ; Dupouy 1993, 1, 70, 81-82 ; Jamoul-Fritz 2001, 2, 464-478.
  91. Gouron 1935, no 1320.
  92. Arch. départ. des Landes, H 174/5 à 10.
  93. Arch. départ. des Pyr.-Atlantiques, E 508 (original) et arch. départ. des Landes, E 96 (copies).
  94. Arch. mun. Grenade, AA1 (copie) et arch. départ. des Landes, E 87 (traduction française).
  95. Gouron 1935, no 923-924.
  96. Pour Mont-de-Marsan, arch. dép. des Landes, H 150, 152. Berdoy 2018, 2, 89. Sur Saint-Sever, Arch. dép. des Landes, H 155-160. Gibert & Dubedat 1980, 597-605. Pousthomis-Dalle 2009, 229.
  97. Pousthomis-Dalle 2009. À Saint-Sever, les dominicains se sont heurtés à l’hostilité des bénédictins lors de leur arrivée en 1280. Ils doivent leur implantation à l’appui de la reine Aliénor, épouse d’Édouard Ier en 1287.
  98. Le Goff 1970, 924-946.
  99. Cabanot et al. 1982, 1, 22-26, sites 10-12 ; 39, site 17 ; 69, site 36. Les auteurs du POSHA ont relevé une série de mentions “fossés” dans le terrier de 1649 et supposent qu’à cet endroit, seuls des fossés existaient puisque l’Adour protégeait cet accès. L’Adour a beaucoup divagué durant des siècles jusqu’à la régularisation de son cours au cours du XXe siècle. Au Moyen Âge, le méandre du fleuve actuellement à l’est de la ville en était sans doute plus proche.
  100. Ce damoiseau appartient à une famille seigneuriale installée près de Grenade (bastide fondée en 1322). Membre de la cour des Sers, il rend hommage à la vicomtesse Constance pour divers biens dont plusieurs près de Cazères, autour d’Aire et de Sainte-Quitterie (Foix 1908, 277 ; Bémont, éd. 1914, 133). Du fait de ces possessions, il était peut-être bourgeois d’Aire. Arnaud de Lartigue est jugé à la cour ducale, banni, ses biens saisis. Mais le roi lui pardonne et lui restitue ses biens la même année (RG, 2, no 1152).
  101. RG, 2, no 1034.
  102. Ibid., no 1036.
  103. Ibid., 1, 24-26, site 12. Arch. dép. des Landes, cadastre d’Aire 1824, E dépôt 1/1, M 155-157, 369-370, 373.
  104. Cabanot et al. 1982, 1, 47-48, site 22-23. Arch. dép. des Landes, cadastre d’Aire 1824, E dépôt 1/1, M 255, 302-305.
  105. RG, 3, no 4533.
  106. Berdoy 2018, 1, 54 et fig. 22 ; Boutoulle 2023, 102 et fig. 1. Pace 2020, 1, 423.
  107. Cabanot et al. 1982, 1, 52-53, site 25. Arch. dép. des Landes, cadastre d’Aire 1824, E dépôt 1/1, G 2, M 189.
  108. Cabanot et al. 1982, 1, 54-55, site 26. Arch. dép. des Landes, cadastre d’Aire 1824, E dépôt 1/1, M 406-408.
  109. Cabanot et al. 1982, 1, 97-98, fiche 42. Arch. dép. des Landes, 1824, E dépôt 1/1, Q, en face de 22 et 24.
  110. Cabanot et al. 1982, 1, 79, fiche 34. Les plus anciens renseignements relatifs à un hospice de la ville remontent au XVIIe siècle.
  111. Ibid.
  112. Arch. mun. Aire, AA1-4. Acte de confirmation des fors et coutumes par Gaston de Foix (24 août 1436). Item jurati seu consules civitatis Adurae seu de Manso pro domo communi receperunt sexdecim placias de quibus tenentur solvere pro quolibet sex denarios Morlanos.
  113. Sorbets 1895, 1, 134, pièce justificative no 20.
  114. Cabanot et al. 1982, 1, 72-74, site 32. Arch. dép. des Landes, cadastre d’Aire 1824, E dépôt 1/1, M 193-238.
  115. Pace 2020, 1, 31 ; 2, 24-25, 71-75.
  116. Vergain et al. 2001, 337.
  117. Vergain 1997 et 2001 demeure la meilleure synthèse archéologique sur la question et propose des perspectives.
  118. Cabanot et al. 1982, 1, 120, site 50.
  119. Cabanot et al. 1985, 21. Le lien avec La Chaise-Dieu ne repose sur aucun texte. Le manuscrit Légé conservé aux archives des Landes (11 J 51/7) affirme que des moines de cette abbaye avaient été appelés par Pierre II, évêque d’Aire, pour fonder une filiale. Mais il ne cite aucun document à l’appui de cette affirmation. Ils ont pu venir réformer une abbaye qui périclitait sans que s’instaure un lien institutionnel avec la Chaise-Dieu, abbaye dont il n’est jamais question lors de l’union de Sainte-Quitterie à la mense épiscopale.
  120. Lemaitre, éd. 2009, 99, no 220 : commemoratio canonicorum defunctorume Aturis ecclesiae ; missa festiva et vigilia plena (célébration de trois offices nocturnes). L’abbaye de La Sauve-Majeure commémorait également, le 15 décembre, l’évêque Bonhomme, donateur de plusieurs églises à La Sauve en 1132-1138, Lemaitre 1981, 130, no 440.
  121. Cabanot et al. 1982, 1, 101-102, site 43.
  122. RG, 2, 4, nos 54 et 57.
  123. Gouron 1935, no 1887.
  124. RG, 2, no 33-34 ; Arch. dép. des Landes, copie moderne du paréage et de la charte de coutumes, E 44/1 et 44/5 ; Arch. dép. du Gers, E 476, E 847.
  125. Gouron 1935, no 1998.
  126. Ibid., no 1814.
  127. Ibid., no 924.
  128. Légé 1886-1887, 2, 20, no 6.
  129. Cabanot et al. 1982, 1, 32, site 13-16.
  130. Silhouette 2012, 136.
  131. Sieffert 1952, 189. Tastet 1964, 4-6.
  132. Sieffert 1952, 197.
  133. La construction ne peut pas dépasser le premier tiers du XIIe siècle car, nous le verrons plus loin, un acte de 1135 évoque le cloître de l’église.
  134. Degert 1905, 503-504. Voir aussi Laulom 2020, 171-178.
  135. Silhouette 2012, 136.
  136. Degert 1908, 96. Clergeac 1927, 108. Sieffert 1952, 185. Jean XXII, LC, no 3178 : Ecclesia cathedralis Adur(ensis) quae propter guerrarum discrimina habita inter … Philippum regem Franciae et Eduardum regem Angliae, totaliter destructa et funditus diruta fuit.
  137. Jean XXII, LC, no 3177 : Ut libentius frequentetur eccl. monast. b. Quiteriae, O.S.B., Aduren. di., in qua nonnulla miracula frequenter ostendit Altissimus, omnibus vere paenitentibus et confessis, qui dictam eccl. in Resurrectionis, Ascensionis et Penthecostes D.ni, et Natalis et etiam ipsius festi b. Quiteriae festivitatibus C, et per VIII dies festivitates ipsas sequentes causa devotionis visitaverint annuatim XL dies de injunctis eis paenitentiis misericorditer relaxantur. Degert 1908, 96 (Reg. Vat. 57, cap. 959, f. 239a). Tastet 1964, 98-99.
  138. La restauration s’est achevée en 2021 : reconstruction d’un plafond la séparant de l’étage, reprise d’arcades, etc. Cette salle doit accueillir le futur musée de l’Église cathédrale qui abritera son Trésor.
  139. Cabanot et al. 1982, 1, 34, site 14.
  140. La troisième travée de la cathédrale romane a été repérée lors des fouilles du parvis en 2012 (Silhouette 2012, 136). Nous ignorons les raisons qui ont conduit le maître d’œuvre du XIVe siècle à ne conserver que deux travées, probablement le manque de fonds et un contexte économique déprimé.
  141. Sieffert 1952, 190.
  142. Tastet 1964, 6. Cet auteur cite des fouilles archéologiques réalisées en mai 1968 et ayant retrouvé la troisième travée, ce qui l’amène à écrire que la cathédrale romane s’étendait jusqu’au fond de la place actuelle. Nous n’avons pas retrouvé la référence de ces fouilles.
  143. Cathédrale de Lescar : longueur 61 m, largeur 22,5 m, hauteur 16 m. Cathédrale d’Eauze : longueur 55 m, largeur 18 m (10,70 m de largeur de nef) et 21,60 m de hauteur.
  144. Un rang de damier court à la naissance des voûtes et sur les tailloirs des chapiteaux romans jumelés. Côté nord, les chapiteaux de l’arc triomphal sont couverts de feuillages où apparaissent de petits personnages tandis que côté sud-ouest, ils présentent soit des feuillages luxuriants, soit des scènes avec personnages et monstres, Tastet 1964, 7-8.
  145. Arch. dép. de la Gironde, H 23 ; Arch. hist. de la Gironde, 12, 319-320 ; Higounet & Higounet-Nadal, éd. 1996, 2, no 1165.
  146. Cabanot et al. 1982, 1, 35-36, site no 15.
  147. Sous Mgr Fromentières (1673-1684), Tastet 1964, 26-27 et photo du pilier central, 29.
  148. Cabanot et al. 1982, 1, 37-38, site 16.
  149. Ibid., 1, 104-105, site 44.
  150. Ibid., 1, 45-46.
  151. Vivas 2004, 97.
  152. Cabanot et al. 1985, 19-21.
  153. Boissavit-Camus et al. 2003, 3-4.
  154. Selon le procès-verbal de l’état des églises du diocèse d’Aire ordonné par Charles IX le 5 octobre 1571 pour le monastère Sainte-Quitterie : “Toute l’église, monastère brûlé et entièrement ruinés par les gens du comte de Mongomery. Les ornemens, livres joyaux et cloches aussi brulées et emportées tellement qu’ils sont contrains de faire le servisse entre les ruines des murailles sous la voute de deux chapelles qui ne sont pas tombées et que les religieux ont fait couvrir, et habitent parmi la ville ; et encore furent brulées, deux maisons des habitants de la dite ville, le feu s’étant pris au monastère tous leurs biens furent ravis et emportés et aussi dixmes qu’ils prenaient, tant en la juridiction du Mas d’Aire qu’à Bachen, ès années 1569 et 1570.” Pour la cathédrale d’Aire : “Le servisse divain y est fait en la dite Eglise cathedralle depuis la publication de la paix tout ainsi qu’oparavant ces troubles les heures canoniales, Matines, Primes, Tierces, Sexte, None, Vèpres et Complies, et une messe chantée pour les trepacés et la grande messe à diacre et soudiacre tous les jours non pas si honorablement qu’auparavant parce que tous les livres ornemens et joyaux croix encencoirs, calisses et documents ont été ravis emportés et brisés hormis deux calisses et quelque ornemens et papiers qui ont étés gardés les cloches rompues sinont une petite, les autels fonds baptismaux reposoirs du St Sacremens sacristie et cloîtres orgues et choeurs brises rompus ou emportés et toute l’Eglise et chapelles decouvertes par ceux de la religion pretandue réformée et de leurs mandemens conduits par le compte Montgomeri.” Ducruc, éd. 1860-1861, 172-173.
  155. Vivas 2004, 91-93.
  156. Par comparaison l’église abbatiale de Saint-Sever mesure 71,35 m de longueur, la nef 31,30 m de longueur pour 23,40 m de large. Son transept atteint 41 m. Loin de l’église de Cluny qui atteint 187 m de long et 40 m en élévation avec cinq neufs et deux transepts.
  157. Cabanot 1978, 129-131.
  158. Cabanot et al. 1985, 50-53. Canard 1994, 58-64.
  159. Au XVIIIe siècle, l’installation d’un autel monumental par les frères Mazetti a entraîné la destruction des arcades et chapiteaux de pierre situés au fond de l’abside.
  160. Boissavit-Camus et al. 2003, 196-197.
  161. Cursente & Loubès 1991, 2, 80. Barcelonne-du-Gers ne prend ce nom qu’en 1343. L’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem possédait en ce lieu le petit hôpital du Cosset, halte importante sur la voie du Puy vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
  162. Gams 1873-1886, 480-481. Degert 1908. Voir annexe 1, liste épiscopale.
  163. Stéphane Abadie a consacré un article récent à la circulation des chanoines prémontrés en et hors de la Gascogne dans lequel il établit un lien entre le recrutement épiscopal et les abbés, Abadie 2019, 14.
  164. Degert 1908, 129-130. Cazauran 1887, 217-218.
  165. Degert 1906, 174, n. 1.
  166. Degert 1908, 62-65.
  167. Du Cange, [1733-1736] 1840-1850, 1, 366. Cette taxe a été souvent remplacée par une somme en argent ou une contribution en nature. Boutoulle 2001, 1, 478. Cabanot et al. 2010, 1, n. 638.
  168. Voir chapitre précédent. Les statuts synodaux ou provinciaux occupent la moitié du cartulaire.
  169. Degert 1908, 124-125. Guérard, éd. 1896, 1, 42-52, 58-59, 87, 90-91, 93-94, 101.
  170. Jean XXII, LC, no 596 (14 mai 1318), Guérard éd. 1896, 1, 42, no 33 ; 51, no 41.
  171. Ibid., 68, no 59.
  172. Rapp 1971, 47-51.
  173. Par exemple, Dauphin de Marquefave en 1349, Bernard en 1354, Jean de Montaut en 1372, Degert 1908, 121, 125-126, 185-186.
  174. Jean XXII, LC, no 26384 (3 septembre 1326). Garsie de Navas, clerc du diocèse d’Oloron reçoit l’expectative de la prébende canoniale qu’Anissans libère au chapitre d’Aire, Jean XXII, LC, no 26974 (7 novembre 1326).
  175. Degert 1908, 173. Jean XXII, LC, no 40003 (11 janvier 1328).
  176. Degert 1908, 87-92.
  177. Ibid., p. 78.
  178. Ibid., p. 88, n. 7.
  179. Arch. dép. des Landes, H 172 ; acte d’achat de la moitié de la dîme de Saint-Avit à un bourgeois de Mont-de-Marsan par l’hôpital Saint-Jacques de la ville. Degert 1908, 89.
  180. RG, 3, no 4612.
  181. Degert 1908, 91. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 573-575, no 169.
  182. Degert 1908, 81.
  183. Les seigneurs de Bats sont des fidèles du roi-duc à qui ils rendent hommage en 1273 pour leur castrum situé paroisse Saint-Jean de Vielle et ses dépendances dans la paroisse de Saint-Antoine (de Goloni) : Bémont, éd. 1914, no 64. En 1305, Édouard Ier reconnaît devoir 111 livres au seigneur de Bats pour les dommages subis lors de la guerre franco-anglaise, RG, 3, no 4985, n. 266.
  184. Peut-être en fait de Saint-Caprais d’Agen car il ne figure pas dans la liste des chanoines de la cathédrale, Ryckebusch 2001.
  185. Degert 1906, 82.
  186. Ibid., p. 82.
  187. Ibid., p. 127-128.
  188. La terre de Balazin (comm. de Sarraziet) avait été achetée au seigneur Arnaut d’Aurisse par la commanderie de Saint-Antoine de Goloni en 1266 (22). Un petit hôpital y avait été édifié par l’ordre.
  189. Cabanot & Pon, éd. 2004, 2, no 182 du 5 décembre 1309.
  190. Cabanot & Pon, éd. 2010, 2, 609, no 182 du 5 décembre 1309 passé à Avignon sous le pape Clément V ; Degert 1908, 95 ; Clément V, no 5117.
  191. Degert 1908, Cazauran 1887.
  192. Degert 1908, 104.
  193. Guérard, éd. 1896, 1, 49, no 210.
  194. Degert 1908, 102 qui cite Monlezun 1847, 3, 204-205.
  195. Degert 1908, 106. L’auteur ne donne pas la source de cette affirmation.
  196. Monlezun 1847, 3, 204-205, 216-217. Degert 1908, 132-134.
  197. Cazauran 1890, 281-284.
  198. Degert 1908, 134. Cite Gaubin 1882, 48 qui publie le texte des lettres de grâce. Il précise que plusieurs seigneurs de Bigorre avaient supplié Philippe VI à ce sujet.
  199. Cette constitution commence par ces mots : Quia quod contra prelatos ; Devic & Vaissète [1732-1745] 1872-1905, add. et notes du t. 14, 67 : “En 1324, Guillaume III de Flavacourt fut reçu archevêque d’Auch : il (Guillaume de Flavacourt) convoqua un autre concile dans la même ville, en 1330, contre les meurtriers d’Anne Sanche de Joyeuse, évêque d’Aire, tué à Nogarolles, dans le diocèse d’Auch. Les pères du concile commencèrent par protester qu’il n’entrait point dans leurs intentions de faire punir les assassins par aucune mutilation, ni par l’effusion de sang ; mais ils déclarèrent que les coupables avaient encouru les peines canoniques, portées par la constitution d’un autre concile provincial, constitution qui commence par ces mots : Quia contra praelatos.” Degert 1908, 132-134.
  200. Degert 1908, 173-174.
  201. Fils naturel probable de Gaston Ier de Foix-Béarn, Monlezun 1847, 3, 235. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 935, 44 ; 11 J 1-2. Il commet des excès à Tarasteix, Gensac, Génos en Bigorre, durant une guerre entre les comtes de Foix et d’Armagnac. Une lettre de rémission lui est accordée le 22 avril 1341, Samaran éd. 1966, 78, no 668.
  202. Degert 1908, 111-113. Il a eu accès à ce texte par la copie de l’acte notarié de l’attentat, publiée dans Monlezun, 6, 354.
  203. Ce projet est connu par des copies tardives, (XVIe-XVIIe siècles) Arch. dép. des Pyr.-Atlant., E 510. Arch. dép. des Landes, Foix, 2 F 905, 44-46. Il n’a apparemment jamais reçu de confirmation de la part du roi-duc.
  204. Gouron 1935, 70-71, n177.
  205. Degert 1905, 556. Aymeri de Rancon était le quatrième mari de Pétronille de Bigorre, vicomtesse de Marsan et mère de Constance Moncade. Selon cet érudit : “par haine du nouvel évêque et de sa famille, il fit peser sur l’église même d’Aire une violente persécution”.
  206. Honorius III, no 5203.
  207. Simon V de Montfort (1188-1218) a dirigé militairement la croisade contre les Albigeois. Il bat la coalition formée par le roi d’Aragon Pierre II et ses alliés les comtes de Toulouse, de Foix, de Comminges et le vicomte de Béarn à la bataille de Muret le 12 septembre 1213. Ses faits d’armes lui valent de recevoir lors du concile de Latran IV le comté de Toulouse et les vicomtés de Béziers et de Carcassonne. Il est l’ennemi avéré du vicomte de Béarn.
  208. Pétronille, protégée par Alphonse II d’Aragon, est d’abord mariée à Gaston VI, vicomte de Béarn en 1196, mort en 1214. Le roi lui fait épouser son cousin germain, Nuno Sanchez d’Aragon, comte de Cerdagne et du Roussillon mais l’union est annulée à la demande de Simon IV de Montfort. Il lui fait épouser alors son fils Guy, tué en 1220 au siège de Castelnaudary. Aimeri de Montfort, beau-frère de Pétronille la marie alors à un chevalier croisé, Aimeri de Rancon, mort au siège d’Avignon en 1226. Deux ans plus tard, elle épouse Boson de Matha.
  209. Gaston VII était également le petit-neveu de Gaston VI, vicomte de Béarn, Gabardan, Brulhois et premier époux de Pétronille ainsi que le petit-fils de Guilhem II de Béarn, farouche opposant à Simon et Guy de Montfort, fils du vainqueur de Muret.
  210. Bidot-Germa 2019, 19. Diverses autres raisons expliquent cette agitation, notamment les abus de certains sénéchaux en Aquitaine et en Gascogne mais la revendication du comté de Bigorre en est une particulièrement importante.
  211. Gouron 1926, 8 : Unde excellentie vestre mansuetudinem humiliter imploramus, quatinus vos, si placeat senescalco vestro et aliis a vobis missis in Vasconiam, commendetis et nos, et bona ecclesiastica, sub magnifica et potenti protectione vestra salutem campiant, et ab omnibus tueantur adversis ; ita quod non possimus per vos secura libertate gaudere.
  212. Voir supra : “L’incendie de 1288 et le paréage de 1289”.
  213. Bidot-Germa 2019.
  214. L’aînée, Constance (v. 1245-1311), trois fois mariée, reste veuve et sans enfants. La seconde, Marguerite, est mariée à Roger-Bernard, comte de Foix, compagnon d’armes de Gaston. La troisième, Mathe, épouse Géraud VI, comte d’Armagnac (voir généalogie). La dernière, Guillelme, épouse l’infant Pierre d’Aragon, après une première tentative d’union avec l’infant Sanche de Castille.
  215. Guérard, éd. 1896, 1, no 32.
  216. Ibid., no 64.
  217. Cuttino & Trabut-Cussac, éd. 1975, 249, no 45/2.
  218. Ibid., p. 253, no 45/5. Cette caverie (terre tenue directement d’un seigneur en échange d’un service à cheval) reste aux mains de l’évêque jusqu’à la Révolution.
  219. Ibid., p. 254.
  220. Bériac & Cauchois 1998, 59-63.
  221. Aux termes de ce traité signé le 31 mars 1327 entre Édouard III et Charles IV, l’Aquitaine moins l’Agenais est rendue au roi-duc qui doit verser une considérable indemnité de guerre.
  222. Soria-Audebert 2005, 95-96, 125-135, 138.
  223. Ibid., p. 44-46.
  224. Ibid., p. 46, 237.
  225. Degert 1899, 148-155 (d’après les registres de Clément V qui venaient d’être publiés). Nous ne sommes pas sûre que les événements violents qui se déroulent à Dax n’aient pas duré au-delà de 1312 mais l’auteur n’est pas précis à ce sujet et semble évoquer des problèmes qui durent assez longtemps.
  226. Cas analogue de l’Agenais, avec une montée des violences jusqu’aux meurtres de Saint-Sardos, voir Simon 2017.
  227. Foreville 1965, 373-377.
  228. Lauwers 2012, 48.
  229. detentores ipsarum decimarum, ante ipsarum restitutionem plenariam, si decesserint, cum eosdem detentores in mortali non sit dubium decessisse peccato...
  230. Degert 1906, 307-310.
  231. Cette particularité est notée dans les statuts du chapitre de 1459-1460.
  232. Perrin et al., éd. 1972, 56.
  233. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 4 et 6. Diocèse d’Aire, églises de Sainte-Marie de Bostens, Saint-Genès des Vallées, Saint-Pierre-du-Mont, Saint-Jean de Brocas, Saint-Laurent de Brocas, Saint-Michel de Bréchan, Saint-Pierre de Nerbis-Castet, Sainte-Eugénie de Morganx.
  234. Ibid., 1, 4 et 6. Diocèse de Dax : églises de Saint-Geours-d’Auribat, Saint-Martin de l’Ile, Sainte-Marie de Mimizan, Sainte-Eulalie de Born, Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Léon et Saint-Jean de Gouts, Saint-Jinès.
  235. Ibid., 1, 4 et 6. Diocèse d’Agen : Sainte-Quintille, Sainte-Foy de Buzet, Saint-Jean de Villeneuve.
  236. Ibid., 1, 6. Église de Saint-Côme de Balsaner.
  237. Une partie a pu être donnée par le vicomte Pierre de Marsan au moment de la fondation de l’abbaye vers 1160, mais la confirmation en 1288 des dons du vicomte n’est conservée que par une version moderne incomplète n’énumérant pas ces donations, Gall. christ., 1, Instrumenta, 184. Jamoul-Fritz 2001, 1, 305.
  238. Les dîmes objets du litige dans l’acte sont celles de Saint-Genès près de Saint-Maurice de Guilos, d’Eyres, de Cauna, d’Aurice, d’Arcet (Saint-Jean), de Toulouzette, de Projan (Saint-Jean), de Lagaste de Lamothe, de Sainte-Eulalie, de Saint-Bartholomé d’Anglades, de Mavinhos – sans doute une mauvaise graphie de Meignos – (Saint-Hippolyte).
  239. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 230-231, no 49.
  240. Marquette 1982, 1-3. Berdoy 2018, 1, 95-103.
  241. Voir infra, 4.2. Marquette 1982, Berdoy 2018.
  242. Jamoul-Fritz 2001, 1, 259.
  243. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 230-231, no 49 : “rustre” au sens de “celui qui travaille sur un domaine rural”.
  244. Arch. dép. des Landes, H 2. Arch. hist. de la Gironde, 45, 100-101, acte du 15 mars 1251.
  245. Jamoul-Fritz 2001, 3, 616-617.
  246. Comm. de Montaut.
  247. Comm. de Toulouzette.
  248. Comm. d’Aurice.
  249. Comm. de Gouts.
  250. Comm. de Souprosse.
  251. Si les précédentes églises se trouvent en Chalosse autour de Saint-Sever, ce n’est pas le cas de Morganx et de Lacrabe, édifiées à la limite du Béarn où l’abbaye tenait un castrum destiné à la protéger. Cabanot & Pon, éd. 2010, 35, 36. Morganx et Lacrabe font partie de la dotation initiale de 988 par le duc de Gascogne.
  252. Cette contestation dont l’acte figure dans le Liber rubeus aux ff. 98-100 est également transmise par le fonds de Saint-Sever ; Cabanot & Pon, éd. 2010, 2, 648-655, no 199.
  253. Cabanot & Pon, éd. 2010, 2,416-419, n119.
  254. Il s’agit de Saint-Girons, Saint-Jean d’Aulès, Saint-Martin d’Ouillemorte et Horsarrieu, Sainte-Colombe, Saint-Pierre de Dumes, Saint-Barthelemy de Seralos (comm. de Serreslous-et-Arribans), Saint-Martin de Clar, Saint-Martin de Bretagne en Marsan, Saint-Pierre de Fosselobar (comm. de Labastide-Chalosse) et un territoire nommé Toargue dans la paroisse de Larbey.
  255. Vuillemin 2010, 233-234.
  256. Cursente 1998, 107-108, repris par Lainé & Simon, 2023, 134 et n. 2.
  257. Vers 1227, une décrétale de Grégoire IX définit les conditions à remplir afin d’être considéré comme le patron d’une église. Le patron doit en particulier être le propriétaire du terrain sur lequel il a fait construire l’édifice qu’il a doté financièrement. Vuillemin 2010, 229-230.
  258. “Les prêtres ou recteurs, présentés par les religieux dans leurs églises où ils reçoivent le droit de patronage, et institués par eux ou par les évêques, ne peuvent être révoqués que par les évêques et pour une cause raisonnable, car dès qu’ils y sont institués, ils le sont à titre perpétuel, quelque soient la coutume ou statut contraire.”
  259. Cabanot & Pon, éd. 2010, 1, 417-418, no 119 du 18 juin 1250. Cette église, sans doute de fondation carolingienne, avait été donnée par Guilhem-Raimond de Lamothe, “pour le rachat de son âme”, à l’abbaye de Saint-Sever entre 1058 et 1072, ibid., 1, 225, no 46.
  260. Ces deux églises sont nommées dans la confirmation par le comte Bernard-Guilhem, entre 997 et 1009, de la dotation initiale à l’abbaye de Saint-Sever par son père, le comte Guilhem-Sanche (ibid., 1, 133-146, no 6). Seule l’église de Saint-Pierre-du-Mont est qualifiée de prieuré dans l’acte d’union de 1305.
  261. Ibid., 1, 572-577, no 169.
  262. Vuillemin 2010, 231.
  263. AN, 8 L K35 (Duval 1651) : “Le Diocese d’Aire fait partie de la propre Gascogne, aux environs de la riviere d’Adour, & est voisin du Bearn, des Landes, du Bazadois, & de l’Armagnac : L’Evesché de Lescar, est à son Midi vers le Bearn ; celui de Dax à son Couchant dans les Landes ; celui de Bazas, en sa partie la plus Septentrionale ; & à son Levant du costé d’Armagnac ; celui d’Eause, son Metropolitain, dont le Siege est aujourd’hui transferé à Auch, il a d’Occident en Orient, huit lieuës de Gascogne, & onze lieuës de Midi au Septemtrion : Cette estendue & la bonté du païs, le rendent un des bons Eveschez de la Province de 21000 à 24000 l. de revenu annuel, & qui double les années Bissextiles, l’Evesque ayant lors celui des Fabriques des Paroisses comme estans originairement de sa Manse Episcopale, & données ci-devant aux Eglises par ses predecesseurs pour leur entretien & reparation : les meilleures de ces Fabriques sont en Chalosse ou plusieurs Eglises ont cinq, six à huit cents écus de revenu annuel.”
  264. Ligne 4, acte (40) : … ad decorem domus Dei et divi cultus augmentum.
  265. Gouron 1935, 70 (n176), qui donne la date de 1330.
  266. Larcher, 16, 137 (no 51).
  267. Larcher, 21, 344-347 (no 251).
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Pessac
Chapitre de livre
EAN html : 9782356134615
ISBN html : 978-2-35613-461-5
ISBN pdf : 978-2-35613-462-2
Volume : 3
ISSN : 3040-309X
73 p.
Code CLIL : 3377; 3438;
licence CC by SA

Comment citer

Fritz, Jeanne-Marie, “Introduction historique”, in : Bordes, François, Fritz, Jeanne-Marie, avec la collaboration de Lainé, Françoise, Liber rubeus de l’évêché d’Aire. La découverte d’un “trésor” médiéval disparu depuis la Révolution, Pessac, Ausonius éditions, collection Textes @quitains 3, 2026, 53-126 [URL] https://una-editions.fr/introduction-historique-liber-rubeus
Illustration de couverture • En quatrième, extrait du Livre rouge de l'évêché d'Aire, fol. 36 (cliché François Bordes, 2025).
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