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L’Arétin francisé : appropriation des savoirs sexuels des Ragionamenti par la littérature érotique française du XVIIe siècle

Au XVIIe siècle l’Arétin occupe dans l’imaginaire français la place d’un pédagogue indépassable en matière d’érotisme. Les mentions de son nom dans les recueils satyriques du début du siècle en témoignent1. Et ce nom hantera encore de toute son aura sulfureuse les débats académiques des années 1680 autour de la candidature de La Fontaine, que son principal adversaire, Furetière, traitait d’« Arétin mitigé » pour stigmatiser sa production licencieuse2. Or de quoi l’Arétin était-il le nom ? Certes, le souvenir était resté vivace du petit livret de 1525 intitulé I Modi [les postures] dans lequel le poète s’était associé au peintre Giulio Romano et au graveur Marcantonio Raimondi pour commenter en seize sonnets – les Sonnetti lussuriosi – leurs représentations de seize postures érotiques : une lettre-dédicace de Pietro Aretino3 ainsi que la notice de Vasari consacrée au graveur en conservent la trace4. Mais le mince tirage ayant été sur-le-champ condamné par le pape Clément VII et presque intégralement détruit, personne en France n’avait pu voir ces fameuses « figures de l’Arétin ». Ces images n’existaient qu’à l’état de fantasme, que des graveurs talentueux, comme Augustin Carrache (1557-1602), s’étaient employé à recomposer5. Mais, de manière plus tangible, l’Arétin était présent dans l’espace littéraire français au tournant des XVIe et XVIIe siècles comme l’auteur du Dialogue d’Arétin, un entretien d’une centaine de pages, imprimé séparément ou intégré à des recueils licencieux. Sous des noms divers (Flora et Antoinette, Lucrecia et Antonia, Laïs et Lamia) les deux interlocutrices étaient présentées dans le titre ou par un bref Argument comme des « Courtisanes de Rome ». Il est aisé d’y reconnaître une transposition de la troisième journée de la première partie des Ragionamenti, celle où la Nanna, courtisane romaine, évoque devant sa consœur, l’Antonia, son expérience de la prostitution, après avoir relaté dans les deux journées précédentes sa vie de nonne puis d’épouse, afin que celle-ci l’aide à décider de la meilleure des trois conditions pour sa fille, la Pippa – ce qui la conduira au début de la seconde partie, une fois choisi l’état de puttana, à instruire la Pippa dans « l’art du puttanisme ».

De fait, le dispositif de l’initiation sexuelle structure la série des giornate de Pietro Aretino6 – Apollinaire ne s’y est pas trompé quand il a fait des Ragionamenti l’œuvre emblématique de sa collection « Les Maîtres de l’Amour »7. Mais l’imaginaire de la prostitution dote le dialogue français « traduit d’Italien » d’une puissance d’attraction accrue que condense le nom de l’Arétin et que multiplient les pièces licencieuses qui lui sont associées dans les recueils où il figure. Si le corpus que constituent ces recueils s’est trouvé désigné par le nom devenu commun d’« arétins », c’est qu’il recèle des savoirs aussi précieux que scandaleux, à l’image du prétendu auteur, dont la réputation d’infamie a été répandue dans l’Europe entière par des vers calomniateurs, dès le milieu du XVIe siècle, justifiant la mise à l’Index de ses œuvres et leur persécution par l’Inquisition8.

La valeur marchande du nom de l’Arétin est donc indiscutable : il fait office de réclame pour les contenus qu’il fait passer, comme en contrebande, avec l’alibi de la traduction, ou, comme nous le verrons, sous le prétexte honorable de mettre en garde les lecteurs contre les « ruses » des femmes dangereuses. En contrepartie, la notoriété du modèle impose des limites à ses imitateurs. Aussi sera-t-il intéressant d’observer comment, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les dialogues français d’éducation sexuelle s’émancipent de l’imitation de l’entretien des courtisanes romaines pour s’approprier progressivement ses composantes formelles (cadre, statut des interlocutrices, formes de l’énonciation, thèmes abordés) de manière à modifier non pas tant la teneur des savoirs sexuels mais leur orientation critique.

Cette observation nous permettra de mesurer l’incidence des modalités littéraires dans la diffusion en France – par la voie oblique de l’impression clandestine ou des éditions hollandaises – de savoirs transgressifs élaborés par le poète satirique italien.

Le nom de l’Arétin : couverture publicitaire d’une constellation éditoriale

Dans la troisième journée de la première partie des Ragionamenti, la Nanna conte à l’Antonia, son entrée dans la profession sous l’égide de sa propre mère. Elle insiste particulièrement sur la mise en œuvre de subterfuges destinés à tirer le plus de profit possible des hommes pris à leur piège (à commencer par les sept ventes successives de son pucelage). Aussi les éditions séparées de cette journée choisissent-elles pour titres les termes de « ruses » et de « tromperies » qui résument la Vita delle puttane ainsi extraite de son contexte narratif, et détachée de la série qui incluait la « Vie des nonnes » (Giornata I) et la « Vie des femmes mariées » (Giornata II) : la décontextualisation du dialogue est en effet propre à focaliser l’attention des lecteurs sur l’arrière-plan frauduleux du commerce du sexe. Sur ce modèle paraissent en 1580 deux ouvrages similaires mais probablement indépendants l’un de l’autre. À Lyon, l’imprimeur-libraire Claude d’Urbin publie Le miroir des courtisans. Où sont introduites deux courtisannes, par l’une desquelles se descouvrent plusieurs tours, fraudes & traïsons qui journellement se commettent. Servant d’exemple à la jeunesse mal advisée. Fait en Dialogue par Pierre Aretin. Traduit d’Italien en François (in-8)9. Et quelques mois plus tard sort à Paris chez Pierre Chevillot, un ouvrage dont le titre affiche le même contenu et le même projet édifiant, mais sans référence à l’Arétin : Tromperies dont usent les mieux affetees courtisanes à l’endroit d’un chacun : principalement les Jouvenceaux desbauchez, qu’elles attirent en leurs filets, faisans que sous propos emmiellez perdent honneur & cheent en pauvreté. Œuvre party en dialogue, orné de saincts enseignemens, conseils & advis à la jeunesse, pour eviter les deceptions, tromperies & traverses de telles femmes. Traduit d’Italien en François. Plus La Courtisane de Joachim Du Bellay (in-16)10. Quinze ans plus tard (1595), Anthoine du Brueil fait paraître le même recueil sous un titre différent : Histoire des amours faintes et simulées de Laïs et Lamia, récitees par elles-mesmes. Mise en forme de Dialogue par P. Aretin. Où sont descouvertes les salaces et communes tromperies dont usent les mieux affectees Courtisanes de ce temps à l’endroit de leurs amis. Traduite de l’Italien en François et augmentee de La Vieille Courtisane de J. Du Bellay (in-12). Ce titre singularise les courtisanes en les nommant, et reporte au second plan, en sous-titre, la visée édifiante du dialogue. En outre, il affiche le nom de l’Arétin. Le même libraire-imprimeur simplifiera encore le titre de son ouvrage dans une édition ultérieure publiée sans lieu ni date ni référence à l’auteur : Dialogue où sont desduites les vies, mœurs, deportemens de Laïs et de Lamia,courtisanes de Rome. Peut-être souhaite-t-il alors profiter du succès de la récente traduction des Œuvres de Lucien de Samosate par Filbert Bretin pour présenter l’ouvrage comme un moderne Dialogue des courtisanes11. Les noms grecs – évocateurs d’une prostitution antique légendaire12 – dont sont affublées les interlocutrices semblent l’attester. Par ailleurs, leur qualification insistante de « courtisanes » – alors que la Nanna de l’Arétin tenait à se définir comme puttana – les dote tout à la fois d’une forme de dignité sociale et d’un parfum d’exotisme qui doivent sans doute beaucoup aux connotations du terme cortegiane dans la langue italienne13. Le terme de « courtisane » a en outre la vertu d’associer le dialogue au poème satirique de Du Bellay publié en 1558 dans son recueil des Divers Jeux rustiques sous le titre de La Vieille Courtisane de Rome. Ainsi s’est très tôt ébauchée la mise en recueil du dialogue attribué à l’Arétin.

Ce dispositif éditorial s’est trouvé confirmé et étendu au début du XVIIe siècle par la parution en 1610 chez un libraire parisien, Thomas Estoc, des Secrettes Ruses d’amour, par le S. D. M. A. P. Dialogue de l’Aretin où sont desduites les vies, moeurs et deportemens de Lais et Lamia, courtisanes de Rome, traduit d’Italien en François (in-12). L’année suivante Anthoine du Brueil publie sous le même titre un recueil de composition légèrement différente dont la pièce maîtresse est encore le Dialogue de l’Arétin. Enfin Le cabinet des secrettes ruses d’amour imprimé à Rouen en 1610 – et contrefait à Paris en 1618 – enrichit le précédent recueil de nouvelles pièces14. Le tableau comparatif ci-dessous fait apparaître les recyclages et les pièces uniques :

Les secrettes ruses d’amour, Paris, Estoc, 1610.Les secrettes ruses d’amour, Paris, Du Brueil, 1611.Le cabinet des secrettes ruses d’amour, Roüen, 1618.
Les secrettes ruses d’amourLes secrettes ruses d’amourLes secrettes ruses d’amour
Dialogue de l’Aretin, Où sont desduites les Vies, Mœurs & desportemens de Laïs, & Lamia Courtisanes de RomeLes paradoxes d’amour par le sieur de la ValletryeLes paradoxes d’amour par le sieur de la Valletrye
La maquerelle Ou la vieille courtisane de Rome [Du Bellay]Dialogue de l’Aretin, Où sont desduites les Vies, Mœurs & desportemens de Laïs, & Lamia Courtisanes de RomeDialogue de l’Aretin, Où sont desduites les Vies, Mœurs & desportemens de Laïs, & Lamia Courtisanes de Rome
Les paradoxes d’amour par le sieur de la Valletrye
La messagere d’amour, ou instruction pour inciter les jeunes Dames à aymer


Les cornes


Le manuel d’amour


Gaillardises de Ronsard

 Ces compositions disparates sont unifiées par la thématique commune des « secrètes ruses » qui fédère des pièces de genres et de provenances diverses. Les libraires éditeurs ont pu puiser dans leur propre fonds pour composer leurs recueils respectifs : ainsi Anthoine du Brueil avec son édition de 1595 de l’Histoire des amours feintes et dissimulées de Laïs et Lamia, récitées par elles-mêmes ; mise en forme de dialogue. Mais ils ont pu aussi s’emparer d’ouvrages non protégés, voire clandestins, comme Les Paradoxes d’amour par le sieur de la Valletrye, un petit fascicule de trente-deux feuillets paru sans lieu ni date, qui se trouve réimprimé dans les trois recueils, non paginé (chez Estoc et du Brueil), ou doté d’une pagination autonome (dans le recueil rouennais). Ce sont là des objets qui seront identifiés comme « recueils factices » au XIXe siècle, quand la passion de la classification aura gagné les bibliothécaires et les collectionneurs15. Pour les imprimeurs libraires du début du XVIIe siècle la fabrication de tels recueils – visiblement hâtive et peu soignée – a un enjeu économique. Dans les cas qui nous occupent, il s’agit de tirer le meilleur profit de la notoriété scandaleuse de l’Arétin en associant à son nom diverses pièces licencieuses. Certaines de ces pièces tissent d’ailleurs avec lui des liens explicites, comme ces quelques vers d’éloge de son enseignement par le personnage éponyme de La Maquerelle ou vieille courtisane de Rome présent dans le recueil Estoc :

[…] Bref tout cela qu’enseigne l’Aretin,
Je le sçavoy & sçavoy mettre en œuvre
Tous les secrets que son livre desceuvre :
Et d’abondant mille tours incognus,
Pour esveiller la dormante Venus.16

Le profit qu’entendent tirer les libraires éditeurs du nom de l’Arétin dépend donc de la multiplication des œuvres qu’on peut lui attribuer, ou, à défaut, lui associer : on le mesure à l’inflation des pièces publiées sous le titre des Secrettes ruses. Dans cette logique, Elzévier lui-même, alors qu’il prétend revenir au texte des Ragionamenti dans sa langue originale17, lui associe une pièce apocryphe : la Puttana errante, qui n’est pas même le poème héroïcomique imprimé sous ce titre en 1531 et abusivement attribué à l’Arétin18, mais le « dialogue de Julie et Magdelon », pure forgerie littéraire19. Ces attributions abusives témoignent avec éclat de la fonction publicitaire assignée au nom de l’Arétin au sein du marché en expansion du livre licencieux.

Or, en dépit de l’insistance des éditeurs sur la traduction « d’Italien en François », les versions françaises dudit Dialogue de l’Arétin sont l’aboutissement d’une série d’opérations éditoriales qui les éloignent de leur source arétinienne proclamée. La première traduction de la Vita delle putanne a été espagnole. Il s’agit du Coloquío de las Damas paru sous le nom de Pedro Aretino, dans la traduction de Fernan Xuares, à Séville, chez Juan de Leon, en 15472020. Cette prétendue traduction est en fait une adaptation, entachée de nombreux contresens – ou transpositions abusives de l’italien en espagnol, comme ce sesso [sexe] devenu seso [cerveau], ce qui produit cette maxime fort peu arétinesque selon laquelle le cerveau mène le monde… Le traducteur se préoccupe principalement de discipliner la verve exubérante que l’Arétin prête à sa narratrice et d’expurger les obscénités de son langage. Marie-Françoise Piéjus a observé que la traduction parue chez Chevillot en 1580 – la première à dénommer les interlocutrices Laïs et Lamia – suit de très près la version espagnole, alors que celle de Claude d’Urbin – qui adopte les prénoms Flora et Antoinette, plus proches des originaux italiens – restitue avec plus d’exactitude le texte de l’Arétin21. C’est donc le texte le plus éloigné de sa source italienne qui est conduit, par les rééditions successives des « Vies et mœurs de Laïs et Lamia », à représenter en France le « Dialogue de l’Arétin ». À la même époque – les deux premières décennies du XVIIe siècle –, le dévoiement de la source arétinesque s’étend en Europe par la diffusion de la traduction latine du Coloquío sous le titre éloquent de Pornodidascalus – qu’on l’entende comme « l’instruction des putains [du grec pornaï] » ou « l’enseignement du puttanisme ». L’édition de Francfort en 1623 rappelle dans un très long intitulé les vicissitudes éditoriales du texte : Pornodidascalus, seu Colloquium muliebre Petri Aretini […] Dialogus. Ex italico in hispanicum sermonem versus à Ferdinando Xuaresio Sevenliensi. De hispanico in latinum traducebat, ut juventus germana pestes illas diabolicas apud exteros, utinam non & intra limites, obvias cavere possit cautius Caspar Barthius22. Le titre de l’édition de 1660 imprimée à Cygnea [Zwickau, Saxe], explicitera en ces termes les « fléaux diaboliques » mentionnés dans le sous-titre de la première édition : « de l’abominable fourberie et des ruses effroyables grâce auxquelles les femmes impudiques tendent des pièges à la jeunesse imprudente23 ». Ce faisant, les éditeurs du Pornodidascalus reprenaient l’argumentaire moralisateur du Coloquío.

L’encadrement édifiant du dialogue licencieux remonte en effet à la traduction espagnole. Le Coloquío de las Damas ne comporte pas moins de quatre textes préfaciels. Dans un long avertissement, l’Interprete (traducteur) rappelle la corruption des mœurs du temps et fait du « mal français » le nouveau déluge dont Dieu entend châtier l’humanité corrompue. Aussi le présent dialogue a-t-il pour mission de fournir à la jeunesse innocente et mal avisée des armes contre la tromperie féminine, et contribuera-t-il à sa formation morale plus efficacement que des traités rébarbatifs. Un deuxième péritexte justifie la lecture du dialogue de l’Arétin en l’assimilant aux œuvres de fiction particulièrement appréciées en Espagne : « los libros de Amadis y de don Tristan », qui offrent au lecteur une « recreacion moderata » et peuvent être utiles à qui sait en tirer une leçon. Le péritexte suivant enveloppe la perspective morale d’un discours technique : il a fallu, pour rendre le texte publiable, corriger la « liberté » du discours italien, en utilisant des mots « plus honnêtes » et dire les mêmes choses que l’auteur mais « en d’autres manières ». Enfin, un dernier « argument » apporte des éclaircissements sur le passé des interlocutrices, dénommées Lucrecia et Antonia, et sur le contexte historique de leur entretien : le couronnement de Charles Quint à Bologne et la défense de Vienne contre les Turcs24.

Le Pornodidascalus condense en un seul texte préfaciel le premier et le troisième des péritextes de la version espagnole et l’adapte à son public. Dans l’épître liminaire adressée « À la jeunesse allemande », le traducteur met en garde contre les mauvaises rencontres ce lectorat destiné à voyager à l’étranger :

Ces vilenies que voici sont décrites à votre intention et sous de bons auspices par un dialogue latin afin que vous puissiez vous les rappeler pour votre bien quand quelque jour vous voyagerez dans des contrées étrangères, puisque, sous la tutelle de vos parents et, de toute façon, à la maison, vous fûtes en mesure de vous en garder. Mais apprenez, vous-mêmes à les éviter toutes à partir d’un seul réquisitoire ; et ce n’est pas chez nous, ni dans les chaumières de notre Germanie, que nous vous apprendrons qu’une ruine affreuse vous menace, mais dans les palais des Romains.25

Il ajoute un mot d’éloge sur l’auteur, qu’il caractérise par son zèle contre les mauvaises mœurs : « Si vous désirez connaître l’auteur, sachez […] qu’il a fustigé par ses satires les mœurs de ses contemporains26 », et néanmoins assume d’avoir suivi plutôt la version espagnole préférable au texte italien pour son expurgation des obscénités : « C’est là une traduction sans apprêt d’une conversation, faite avec soin, et suivant le texte espagnol et non l’italien, parce que celui-là a prudemment écarté les obscénités du premier.27 »

Ainsi, d’une traduction à l’autre, la moralisation de l’écrit licencieux repose sur l’affirmation de l’utilité sociale du satiriste qui en est l’auteur. Les versions françaises du Dialogue de l’Arétin adoptent-elles la même stratégie prudentielle ?

Les enseignements à tirer des savoirs érotiques de l’Arétin ou la diversité des usages

Les textes liminaires des Tromperies dont usent les plus affétées des courtisanes […], première version du Dialogue de l’Arétin, proposent à leur tour une traduction littérale du premier et du troisième des péritextes du Coloquío de las Damas. L’épître « Le traducteur au lecteur » menace d’une « ruine affreuse » les jeunes écervelés qui s’aventureraient chez les courtisanes romaines, en arguant du nouveau fléau créé par Dieu pour châtier l’humanité pécheresse :

Je dy doncques que le Seigneur nostre Dieu a faict venir sur terre ung second déluge, non point déluge d’eau, ouvrant les claires fontaines & abismes de la terre, ou les Cataractes des cieux : mais la playe & maladie de laquelle les anciens n’ont pas eu congnoissance, & n’a esté decrite par les medecins, ores que le Françoys l’appelle mal d’Espaigne, & l’Espagnol, le mal Françoys, autres le mal des Indes […]28

Il s’agit là, à mots à peine couverts, de la vérole (syphilis), appelée plus communément en France « le mal de Naples », donc attachée comme une peste particulière à la terre italienne29. Mais la source du mal étant la femme, pernicieuse de nature (« les pas d’icelle tendent à la mort, & ses marches descendent aux enfers »), c’est aux hommes, et particulièrement aux jeunes, que s’adresse l’avertissement. Aussi est-il délivré sur le mode plaisant du dialogue fictionnel plutôt que par un traité édifiant :

C’est donc aux hommes que cet advis s’adresse, et non aux femmes qui n’en ont que faire, puis qu’elles sont trop advisees en leurs secretes affaires. Et puis qu’ainsi est que les hommes n’encontreront en cet œuvre aucun mauvais exemple, ils ne pourront mal emploier le temps à la lecture d’iceluy : Vray est que si je conviois ces jouvenceaux (ausquels je parle) à la lecture d’un autre traicté, le tiltre duquel leur semblast ou voye de l’esprit, ou montée du mont de Syon, ou doctrine Chrestienne, il la rejetteroient incontinent en arriere, comme chose impertinente & mal convenable à ce dont ils font profession ordinaire.30

La mission moralisatrice que s’attribue le traducteur, en empiétant – non sans une certaine ironie – sur le territoire des traités de dévotion, va de pair avec l’expurgation du texte. L’« Avertissement de l’imprimeur » en rend compte en calquant le discours de Xuares sur la réécriture « honnête » des « libertés » impudiques du dialogue italien31. En gommant de la sorte l’intermédiaire espagnol, le traducteur français est censé assumer de son propre chef la censure du texte italien. Aussi le libraire-imprimeur peut-il, sur la foi de cette assurance de respectabilité, présenter comme recommandable, et même hautement utile aux jeunes gens, la lecture de cette Vita delle puttane à la française. Que ce montage soit un subterfuge destiné à déjouer la censure, on ne peut en douter. Il reste qu’en dissimulant le nom de l’auteur par un titre de son invention – qui en outre escamote le genre de l’ouvrage au profit d’une description tendancieuse de son contenu –, l’éditeur semble vouloir éviter l’effet de scandale que produirait immanquablement la publication du nom de l’Arétin. En regard de cette stratégie prudentielle, le dispositif adopté par les éditeurs du dialogue au XVIIe siècle révèle un changement dans l’exploitation de l’œuvre sur un marché de la librairie beaucoup plus concurrentiel et, partant, une modification des usages de sa lecture.

Entre les trois recueils qui paraissent au début du siècle sous le titre de Secrettes ruses d’amour on observe une évolution dans l’affichage du nom de l’Arétin, d’autant plus significative qu’elle n’est probablement pas concertée. Les recueils d’Estoc et de du Brueil ne font apparaître sur leurs pages de titres respectives que l’intitulé de la première pièce (Les secrettes ruses d’amour) et son sous-titre : Où est monstre le vray moyen de faire les approches, & d’entrer aux plus fortes places de son empire, qui de ce fait tiennent lieu de titre au recueil entier. En revanche la seconde pièce (Estoc) – ou la troisième (du Brueil) – est dotée d’un titre générique incluant le nom de l’auteur : Dialogue de l’Arétin, avant de spécifier en sous-titre le contenu dudit dialogue – Où sont desduites les Vies, Mœurs et desportemens de Laïs, & Lamia, Courtisanes de Rome – ainsi que le statut du texte : « Traduit d’Italien en François ». Le cabinet des secrettes ruses fait progresser d’un cran le nom de l’Arétin dans l’ordre de la publication en l’affichant dès la page de titre, dans une sorte de table des matières anticipée : Y compris / Les Paradoxes d’amour. / Le Dialogue de l’Aretin. / La Messagere d’amour. / Le manuel d’amour. Cet affichage, tout en réservant l’auctorialité du satiriste italien à une seule des pièces du recueil révèle une solidarité thématique entre toutes, par la récurrence dans leurs titres respectifs du vocable « amour ». Or, au voisinage du nom de l’Arétin, la conception sous-jacente de l’amour ne peut-être que puissamment charnelle et tournée vers la jouissance sexuelle. Ce que confirmera la lecture de chacune des pièces, qu’elles se présentent comme des traités (Les secrettes ruses, Les Paradoxes d’amour) ou des dialogues (La Messagere d’amour, Le manuel d’amour). Ainsi, en l’absence d’un encadrement paratextuel de la lecture, c’est la cohérence de l’agencement des textes, réelle ou supposée, qui va tenir lieu au lecteur de guide d’interprétation. En l’occurrence ce qui se manifeste ainsi, c’est l’orientation libertine du recueil et la proposition de transgression des normes morales adressée implicitement au lecteur. Dans cette perspective, Le cabinet des secrettes ruses apparaît comme l’achèvement, voire le dépassement, de l’agencement licencieux engagé par les deux recueils précédents.

En ouvrant le recueil sur Les secrettes ruses d’amour, le (ou les) éditeur(s) annoncent clairement sa destination masculine. L’auteur anonyme de cette lettre-traité satirique adresse son propos liminaire aux apprentis séducteurs sur le ton de la diatribe : « Muguets, vous voulez prendre l’amour : mais las ! […] ce n’est point à un compagnon à qui vous avez à faire, vous en voulez à un Dieu qui maistrise les dieux : estes vous si aveuglez que les aisles de vostre ambition vous portent si haut ?32 » Car ils ne s’en tireront pas par des « rodomontades », mais ont besoin d’un guide en séduction, qui leur en enseigne les moyens (les « ruses d’amour »), mais aussi les éclaire sur les bons objets. Aussi le discours s’engage-t-il d’emblée sur une voie expérimentale, dégagée de tout préjugé moral ou social : « n’est-ce pas une honte que tant de beaux esprits dont la France est maistresse, personne n’ait entreprins à dire, où y a plus de contentement, faire l’amour à une fille, courtiser une veufve : ou poursuivre une femme mariée (pour d’autres je n’en trouve point, au moins ou un homme d’honneur doive penser un quart d’heure).33 » Et la conclusion confirme l’immoralité du vademecum en proclamant que « l’Amour de la femme mariée, r’emporte le pris sur les filles & sur les veuves34 ». Pourquoi ? Parce que les obstacles à la possession aiguisent le désir. Ainsi la preuve est faite que cet « Amour » dont on se préoccupe tant renvoie in fine au désir sexuel. Les secrettes ruses donnent aux jeunes gens des conseils pour obtenir la possession des femmes qu’ils désirent, et pas seulement les faveurs symboliques d’une cour galante35. Dans le Dialogue de l’Aretin, les ruses sont envisagées du point de vue des courtisanes qui en font usage pour tirer meilleur profit de leurs proies, mais la leçon est la même : c’est le désir qui mène le monde. C’est là aussi le fruit de l’expérience de La Vieille Courtisane de Rome, une sœur jumelle de Laïs, convertie au métier de maquerelle une fois l’âge venu et ses charmes envolés, d’autant plus convaincante que son auteur, Du Bellay – dont le nom est effacé du titre du poème satirique, peut-être pour ne pas nuire à son italianité –, en a pris le modèle dans le dialogue de l’Arétin. Enfin Les Paradoxes d’amour, bien qu’adressés à une femme de qualité – la « Mademoiselle » qui sert d’apostrophe initiale à chacun des six discours –, visent à justifier les conduites masculines les plus réprouvées par le code de la galanterie : l’inconstance (Paradoxe I : « Que ce n’est point Inconstance d’aymer en plusieurs lieux »), la mésalliance (Paradoxe III : « Que pour aymer une fille de bas lieu ce n’est point faire preuve de lascheté de Cœur »), l’infidélité (Paradoxe IIII : « Qu’en Amour on peut manquer de foy sans se parjurer »), la trahison (Paradoxe V : « Qu’il est permis d’aymer la femme de son amy »). Dans tous les cas, et à travers des arguments spécieux empruntés au fonds culturel commun (Zeuxis, par exemple, enseigne que la beauté est partagée entre plusieurs corps féminins : aussi est-il permis de l’honorer partout où on la rencontre), c’est la toute-puissance du désir qui est la justification ultime. Deux propositions semblent toutefois relever de l’éthique galante : le Paradoxe II, selon lequel « l’esperance est plus agreable que la Jouyssance » et le VI, qui soutient « Qu’il nous suffit d’avoir la teste belle pour estre beaux comme les Dieux », donnant ainsi leur chance aux femmes dont le corps est disgracieux. Encore doit-on s’aviser que la première maxime repose sur le constat que la possession continue de la même partenaire génère l’ennui, et que donc il est préférable de se tenir en deçà, tandis que la seconde sert au scripteur d’argument pour inviter le destinataire à détourner son regard « de dessus tant de demerites qui me difforment » en vue d’une jouissance partagée, « bouche à bouche, & flanc à flanc »36. Au fil des paradoxes successifs, ce sont donc toujours les intérêts des séducteurs qui prévalent.

Aussi, dans cet agencement phallocentré qui paraît constituer l’horizon d’attente indépassable des recueils licencieux, le Cabinet des secrettes ruses d’amour introduit-il une dissonance manifeste, en proposant un autre usage des savoirs érotiques de l’Arétin, jusque-là présentés comme exclusivement profitables aux hommes. Hormis les « Gaillardises de Ronsard », dont l’unique pièce, la « Première folastrie » en forme de parallèle entre la « pucelette grasselette » et la « maigrelette » fait office de bouche-trou pour remplir les dernières pages du cahier laissées vides par l’inachèvement du Manuel d’amour37, les pièces dont s’enrichit le nouveau recueil font la part belle aux femmes et rééquilibrent la visée satirique en lui désignant des cibles masculines jusque-là inédites. Les Cornes, une pièce en vers qui n’est pas mentionnée sur la page de titre, est un éloge paradoxal qui s’emploie, sur le mode burlesque, à rassurer les cocus sur l’innocuité voire la dignité de leur attribut infamant. De la mythologie à la zoologie, les exemples abondent d’êtres cornus héroïques ou bienfaisants. Or cette pochade recèle un arrière-plan secret : il s’agit d’innocenter l’adultère, et, partant, d’octroyer aux femmes mariées la liberté d’aimer à leur guise. Voilà qui permet de relire d’un autre point de vue la conclusion des Secrettes ruses et le cinquième des Paradoxes d’amour décrétant le droit d’aimer la femme de son ami. Le Manuel d’amour se présente comme le récit d’un « passe-temps » organisé sur le modèle du Décaméron entre gens de qualité réfugiés au château de Saint-Germain-en-Laye pour fuir les « désordres » du temps : un maître du jeu élu (Filandre) choisit trois hommes et trois femmes de l’assemblée qu’il charge de représenter en duo les trois étapes de la cour d’amour : la première consiste à « offrir son service », la seconde à « se plaindre », la troisième à « demander récompense ». Chaque partie se compose de trois dialogues menés par les trois couples, au sein desquels les rôles sont rigoureusement fixés : l’homme est tenu de « poursuivre » avec obstination l’objet aimé, la femme de rejeter sa poursuite avec une égale détermination. Ce scénario, tout rigide qu’il est, met en valeur l’esprit de répartie des femmes et soutient leur aspiration à l’indépendance. Deux exemples suffiront à illustrer cette orientation des dialogues. À Philidon qui la supplie de lui pardonner ses sollicitations pressantes et de faire preuve d’humanité en l’admettant auprès d’elle, Pancaris réplique : « C’est estre inhumaine à soy-mesme, que de se forcer en sa volonté ; mon inclination n’est point à la miséricorde, quand on ne m’a point offencée.38 » Quant à Clorise, elle rétorque ironiquement à Poliphile qui lui demande récompense de ses services : « C’est donc au Royaume de la Lune, où l’on dit que toutes choses se font par imagination, que vous m’aurez rendu ces services, car je sçay bien que je ne vous ay rien commandé ; & si je n’ay point de souvenance que vous m’ayez servie.39 »

Ce sont là joutes oratoires. Plus engagé sur la voie de l’émancipation féminine est le dialogue intitulé La Messagere d’amour. Le sous-titre est déjà une sorte de manifeste en faveur de la liberté d’aimer : ou instruction pour inciter les jeunes dames à aymer. Quant à la présentation des interlocutrices, elle n’évoque les relations mère/fille que sur le mode volontaire de l’élection réciproque : « En forme de dialogue par la mere & fille d’Alliance ».

La fonction éducative du dialogue est mise en scène par l’épître liminaire, « Avertissement aux jeunes dames » : l’autrice anonyme est soucieuse de transmettre à d’autres femmes (les lectrices potentielles) et pour leur plus grand bien l’instruction au sujet de l’amour dont elle a bénéficié de la part d’une aînée avisée :

Il y a quelque temps (mes Dames) que m’estant venuë visiter, une mienne parente qui par les expériences de longues annees avec son bon sens a acquis la réputation d’estre des plus avisees de ce Royaume, nous entrasmes si bien en propos de l’amour dont je desirois avoir son advis sur toutes, qu’en peu d’heure [sic] elle m’informa de beaucoup de bonnes chose que jusques alors j’avois ignorées, voire me rendit à mon gré parfaicte, au moins si je suis si heureuse de pouvoir tousjours bien retenir que je peusse en sçavoir maintenant, & dont je me suis infiniment bien trouvée, l’ayant mis en pratique me sentant assez suffisante pour en instruire d’autres.40

Aussi relate-t-elle l’entretien qu’elles ont eu dans sa propre maison. Dans ce cadre énonciatif bourgeois s’énonce une série de conseils qui prétendent ne pas s’écarter de l’honnêteté. La femme âgée qui regrette de n’avoir pas profité de sa jeunesse invite la plus jeune à se livrer sans culpabilité aux divertissements que celle-ci a entendu évoquer comme des occasions de pécher41, ou encore à mettre en valeur, comme à son insu, les plus belles parties de sa personne42. Viennent ensuite des conseils à la limite de l’acceptabilité morale, comme l’art d’endormir la vigilance du mari43 et les critères du choix d’un bon amant44. Les scrupules de la destinataire sont toutefois levés par la noblesse des intentions, puisqu’il s’agira d’entretenir un amour exclusif et totalement secret. Ainsi l’adultère apparaît comme une légitime compensation des frustrations inévitables infligées aux femmes par un mariage imposé45. D’autant plus légitime que le plaisir qu’il leur offre accomplit en elles le dessein de la nature :

[…] fiez vous doncques en moy, ma fille, que les plaisirs & contentemens sont bons, lors qu’on les a, & tousjours encore apres tant que la vie nous dure, & partant changez d’oresnavant d’opinion, & pensez que d’icy à dix ou douze ans que vos amours se sentiront de la vieillesse, & considerez qu’en l’âge que vous estes, un jour en vaut mieux que mille une autre fois, & ne vous arrestez plus à ces sottes craintes esquelles vous avez esté jusques icy.46

Cette perspective naturaliste escamote les exigences d’une vie chrétienne, mais cet escamotage se fait sans éclat blasphématoire. Aussi la « fille », vivement émue du désir d’entrer dans l’aventure que lui a décrite son éducatrice, la sollicite en tant qu’entremetteuse, ce qui apparente in fine cette mère spirituelle aux mères maquerelles de l’Arétin47.

Le dispositif dialogique de La Messagere d’amour a ceci de remarquable qu’il opère une transformation socio-éthique du cadre et des enjeux du Dialogue de l’Arétin. En effet, il promeut un art de la séduction à destination des épouses bourgeoises et non plus des seules courtisanes, dans le but exclusif du plaisir et non d’un profit vénal. Il semble ainsi que ce soit, pour ainsi dire, latéralement, par la transposition des savoirs et savoir-faire des Ragionamenti dans un contexte domestique plus acceptable, que s’opère au cours du siècle dans le cadre même du recueil licencieux la diffusion de savoirs sexuels émancipateurs, ostensiblement destinés aux femmes.

Diffusion oblique de savoirs sexuels émancipateurs : un héritage de l’Arétin ?

Certes, en dépit de sa vision critique d’une condition féminine soumise à l’autorité sans partage des hommes, il est improbable que, dans un tel contexte éditorial, ce dialogue s’adresse réellement aux femmes, et encore moins qu’il ait eu quelque chance d’être lu par elles. Par ailleurs, il est bien connu des éditeurs de textes érotiques que c’est offrir aux lecteurs un surcroît d’excitation que de leur donner l’illusion de pénétrer dans l’intimité des femmes. Néanmoins ce bref ouvrage anonyme semble avoir inauguré un sous-genre licencieux inédit : le dialogue d’éducation sexuelle entre femmes, qui, en raison de sa visibilité dans la seconde moitié du siècle, invite à interroger les potentialités émancipatrices des savoirs initiés par l’Arétin.

Ce sous-genre se manifeste par la parution, en moins de vingt années, de trois ouvrages publiés clandestinement. L’École des filles connaît en 1655 à Paris un tirage confidentiel, saisi et détruit par la haute autorité du bailliage de Paris sur dénonciation des supposés auteurs, Jean Lange et Michel Millot, par l’imprimeur lui-même ; il nous est connu grâce à une copie envoyée en Hollande, d’où l’ouvrage imprimé revint sous le manteau dès 166548. Les « Entretiens d’Aloÿsia » ont été imprimés autour de 1660 dans une version latine attribuée à l’humaniste néerlandais Jean Meursius49 ; une traduction en a été publiée en 1680 sous le titre de L’Académie des dames50. Vénus dans le cloître ou la Religieuse en chemise paraît en 1683 sous un nom d’auteur fictif, l’abbé du Prat – qui est de fait l’un des personnages de l’intrigue ; attribué aujourd’hui à François de Chavigny de la Bretonnière, un journaliste antimonarchiste exilé en Hollande51, il a circulé en France sous de fausses adresses52. En effet, outre leur crudité langagière, ces dialogues contiennent des diatribes contre la morale religieuse, carcan de la vie des femmes, ce qui les signale aux yeux de la police du livre comme dangereusement « libertins ». Or un bref aperçu de la seule École des filles (qui est la matrice des deux dialogues ultérieurs) nous montrera que ce dialogue ne diffère de La Messagère d’amour, et, partant, du Dialogue d’Arétin, que par la tendance des interlocutrices, et d’abord de celle qui assume le rôle d’institutrice du sexe, Susanne, à théoriser leur expérience. La composition en deux volumes portant des titres distincts indique la démarche. Dans la première journée, sous l’intitulé spécifique de L’École des filles, Susanne initie verbalement sa cousine Fanchon aux mystères de l’amour ; quand elles se retrouvent au seuil de la deuxième journée, Fanchon a connu l’initiation pratique avec son voisin Robinet, le bien nommé : La Philosophie des dames approfondit donc une expérience devenue commune et en tire des principes généraux. Nous pouvons constater que l’instruction s’inscrit dans les blancs de celle que la Messagère donnait à sa fille d’alliance, dans le cadre restrictif de l’entretien « honnête » voulu par l’auteur anonyme. Ainsi la leçon de vocabulaire désigne les instruments d’un plaisir dont la Messagère se contentait d’exprimer l’intensité :

Susanne —  Cet engin donc avec quoi les garçons pissent s’appelle un vit, et quelquefois il
s’entend par le membre, le manche, le nerf, le dard et la lance d’amour, et quand un garçon est tout nu, on voit cela qui lui pend au bas du ventre, comme une longue tette
de vache, à l’endroit où nous n’avons qu’un trou pour pisser. 

Fanchon —  Oh ! quelle merveille !53 

Et la dénonciation transgressive d’une morale religieuse établie par les hommes dans leur seul intérêt54 prolonge les remarques de la Messagère sur le poids des conventions sociales sur le destin des femmes mariées. Enfin Susanne valorise l’obligation du secret comme une occasion de fierté personnelle et de progrès de l’intelligence55. Du côté de la théorie, la définition que donne Susanne de l’amour adopte la même démarche de dépassement de la thèse platonicienne par un épicurisme vécu, mais en concrétisant à l’extrême l’option naturaliste, puisque ce qui est décrit sous le nom d’amour c’est la mécanique du coït :

Fanchon —  Ma cousine, qu’est-ce donc que l’amour ? […] 

Susanne —  C’est un appétit corporel ou un premier mouvement de la nature, qui monte
avec le temps jusqu’au siège de la raison, avec laquelle il s’habitue et se perfectionne
en idée spirituelle ; d’où il vient que cette raison examine avec plus de connaissance les
belles convenances qu’il y aurait que cette moitié fût unie à son autre moitié. Et quand
la nature est arrivée à cette fin, cette idée ou vapeur spirituelle vient à se résoudre peu à
peu en une pluie blanche comme le lait, et s’écoule le long de l’épine du dos, dans les
conduits, et elle devient le plaisir de la chose dont elle n’était auparavant que l’idée.56

Quant à l’hypocrisie qui fonde la vie en société, les cousines dépassent la conscience critique qu’à l’égal de la Messagère elles en ont acquise, par un retour réflexif sur le bénéfice social de la sagesse qu’elles en peuvent tirer57. Aussi sont-elles devenues, au terme du dialogue, de véritables « philosophes » au féminin.

Mais quels liens sommes-nous en mesure d’établir entre cet audacieux dialogue français et le Dialogue de l’Arétin ? Sur le plan des savoirs assumés, la continuité entre les interlocutrices courtisanes et leurs homologues bourgeoises paraît évidente. La position particulière de la Nanna (et de son double Laïs, en dépit de l’épuration de son langage par les traductions successives) – à la fois observatrice en marge de la société et actrice centrale de l’économie libidinale masculine – lui confère un double savoir, qu’elle communique d’abord à sa consœur Antonia-Lamia, avant de la transmettre à sa fille Pippa dans la seconde partie des Ragionamenti : à la fois savoir sur la nature du désir et les pratiques du plaisir, et connaissance intime des rouages dissimulés de la société romaine. Bien que moins théorisé, il est analogue à celui de Susanne. Toutefois, dans l’espace littéraire français régi par les normes de l’honnêteté, actives jusque dans son envers transgressif – même la poésie burlesque recourt rarement au langage obscène –, un tel savoir critique court le risque d’être d’emblée dévalué par son lieu d’énonciation et ses modes de profération. D’où la transposition du dialogue des courtisanes dans la chambre des dames honnêtes, proposée très tôt par des auteurs anonymes – dès 1618, si l’on se fie à la date inscrite sur la page de titre du Cabinet des secrètes ruses.

Autre point de rencontre : la dimension satirique des divers entretiens. Quand l’éditeur des Tromperies dont usent les plus affetees des courtisanes […] crédite l’auteur du dialogue d’un zèle de pourfendeur de vices, il exploite un argument topique destiné à justifier la satire. L’Arétin lui-même, dans la dédicace « à son petit singe » (al suo monicchio) en tête du Ragionamento della Nanna e della Antonia, prétend opérer un partage salutaire entre le vice et la vertu : s’il a mis dans la bouche de la Nanna des révélations effroyables sur les nonnes débauchées « dont la puanteur est le parfum du démon », c’est pour mieux faire honneur, déclare-t-il, aux « religieuses fidèles à leur serment de chasteté »58. Ce projet vaut, tout au plus, pour la première journée, mais l’effet global de la satire, qui s’étend sur les trois journées de l’entretien, c’est la peinture d’un monde corrompu auquel la condition des femmes, qui n’ont d’autres moyens pour alléger les contraintes qu’elles subissent que le mensonge, la dissimulation et le vol, sert de révélateur. Mais alors que la parole libre et irrespectueuse de la Nanna déployait une satire sans limite ni discriminations en multipliant ses cibles en une vaste galerie de caricatures, les interlocutrices de L’École des filles passent au crible de la réflexion les observations critiques sur l’état de la société que leur vie dissimulée et leur pratique du plaisir les conduisent à faire, dans un mouvement d’agrandissement de leur conscience à la mesure de l’élargissement de leur expérience, qui est la véritable finalité de leur éducation. Quant aux interlocutrices de La Religieuse en chemise, Angélique et Agnès, elles pénètreront plus avant encore, depuis la clôture conventuelle, dans les arcanes « politiques » du pouvoir de l’Église et de l’enfermement des filles59. Dans ce contexte, la recherche du plaisir ne relève plus des « vices » prétendument stigmatisés par l’Arétin, mais d’une salutaire rébellion.

Ces liens suggérés entre L’École des filles et le Dialogue de l’Arétin ne sont pas seulement l’effet d’une perception a posteriori, par une conscience critique actuelle. Ils existaient dans l’univers culturel des contemporains. En témoignent deux entreprises éditoriales au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Plusieurs décennies après sa « suppression » en 1655, L’École des filles reparaît, démembré en diverses pièces dans un recueil intitulé Le Cabinet d’amour et de Vénus dont il compose la majeure partie60. Il y voisine avec la pseudo Putain errante évoquée plus haut, ainsi qu’avec d’autres pièces scandaleuses, comme une Comédie galante attribuée à Bussy-Rabutin (outre ses fameuses Maximes d’amour), et deux œuvres obscènes de Pierre-Corneille Blessebois, Marthe le Hayer ou Mademoiselle de Sçay, petite comédie et Filon réduit à mettre cinq contre un, amusement pour la jeunesse. Le volume paraît, bien évidemment, sans date et sous une fausse adresse : chez les héritiers de Pierre Marteau, à Cologne. Toutefois les dates de rédaction de ses pièces les plus récentes, ainsi que ses caractéristiques typographiques61, permettent d’en dater l’impression à la fin du XVIIe siècle. L’intéressant pour nous, c’est qu’il reparaît vers le milieu du siècle suivant, copié à l’identique mais sous un nouveau titre : La Bibliothèque de l’Arétin62. La preuve est ainsi faite que le dialogue français a remplacé dans l’imaginaire des imprimeurs libraires (et partant, du public de la librairie) le pourtant fameux Dialogue de l’Arétin. La fonction de label de la production licencieuse attachée au nom de l’Arétin se confirme, alors même que les contenus, les codes et les modes de diffusion de cette production se sont modifiés.

Dans « l’étrange voyage63 » qui les a conduits d’Italie en France par quelques détours européens – d’Espagne en Hollande en passant par l’Allemagne – les savoirs sexuels recélés par le « dialogue de l’Arétin » ont conservé la forme dialoguée de l’original italien. Toutefois leur appropriation française s’est accomplie dans la seconde moitié du XVIIe siècle au prix de modifications sensibles de certaines caractéristiques génériques des Ragionamenti, notamment le changement de statut social des interlocutrices, la transposition du cadre énonciatif et la réorientation de la satire bouffonne vers la critique religieuse et politique. C’est à ce prix que la transmission entre femmes de savoirs sexuels en principe réservés aux professionnelles du sexe et interdits d’accès aux femmes « honnêtes » a pu acquérir une puissance émancipatrice, fût-elle seulement potentielle à une époque où le lectorat des recueils licencieux était majoritairement, sinon exclusivement, masculin. Les poursuites policières et judiciaires engagées contre de tels recueils impliquaient la reconnaissance de leurs potentialités subversives (tel est le principe constitutif de la catégorie du « libertinage »). Toutefois, au début du siècle le nom de l’Arétin servait d’alibi à leur diffusion, à la fois par la distance culturelle que constituait l’italianité – alléguée par les éditeurs comme une forme d’exotisme sans conséquences – et du fait de la possibilité de détourner à des fins moralisatrices des discours licencieux inscrits dans un contexte géographique et social éloigné du monde des lecteurs. Tout au contraire, à la fin du siècle, alors que s’est accomplie la francisation du dialogue d’initiation sexuelle entre femmes (par les noms des interlocutrices, les lieux de leur rencontre, les modes de vies et les institutions évoquées par elles), la référence à l’Arétin sert de réclame à des recueils qui ne proposent plus son fameux « dialogue » : il s’agit par-là d’afficher le caractère scandaleux de textes censés rivaliser avec l’impudeur devenue légendaire du satiriste italien. Le paradoxe est que le nom de l’Arétin servira désormais à promouvoir des objets littéraires d’autant plus prisés sur le marché du livre clandestin qu’ils se sont éloignés de leur source italienne.

Notes

  1. Dans Le Parnasse des Poëtes satyriques [1622, s.l.], on lit dans une suite de « Quatrains » la strophe suivante (p. 29) : « Delivre moy Seigneur / De celle la qu’on dit commanter Laretin / Qui faict fort bien en vers qui escrit bien en prose, / Qui trouve fort mauvais qu’on touche son tetin / Et ne se fasche point que l’on touche autre chose. » Et l’« Abregé de la vie d’une signalee Macquerelle » présente son sujet en ces termes (p. 202-203) : « Celle-cy a fait rage, & a fait parler d’elle / En qualité de garce, & puis de macquerelle, / Subtile, ingenieuse, & qui de cent façons / En l’un & l’autre art inventa des leçons : / Si bien que qui voudra, soit amant ou maistresse, / Apprendre à ce mestier de nouveaux tours de fesse : / Encore plus lascifs que ceux de l’Aretin, / Il faut qu’il aille voir ceste docte putain. »
  2. « Il se vante d’un malheureux talent qui le fait valoir : il prétend qu’il est original en l’art d’envelopper les saletés, et de confire un poison fatal aux âmes innocentes : de sorte qu’on lui pourrait donner à bon droit le titre d’“Arétin mitigé” ; c’est ce qui l’a mis en réputation chez les coquettes, et c’est ce qui l’a longtemps éloigné de l’Académie, dont il a brigué une place pendant sept années. » (Antoine Furetière, Nouveau recueil des factums, Amsterdam, Henry Desbordes, 1694, t. I, p. 291-294).
  3. « Après avoir obtenu du pape Clément la libération du Bolonais Marcantonio emprisonné pour les gravures sur cuivre des Seize postures, etc., j’ai eu envie de voir ces images responsables des jérémiades de Giberti pour qui c’était là crucifier la vertu. Je les ai vues et j’ai été touché par le souffle de Jules Romain pour les dessins. Poètes et sculpteurs antiques et modernes écrivent et sculptent parfois pour s’amuser des œuvres lubriques, comme le satyre de marbre du palais Chigi qui essaie de violer un petit garçon. Dans le même esprit j’ai écrit les sonnets que l’on lit sous les gravures. Je vous en dédie le souvenir érotique avec la permission des hypocrites, en rompant avec l’idée mesquine et la sale habitude qui interdisent aux yeux ce qui leur plaît le mieux. » (Lettre du 9 novembre 1527 à Messire Battista Zatti, de Brescia et citoyen de Rome », Lettres de L’Arétin [1528-1553], choix et trad. par André Chastel et Nadine Blamoutier, Paris, Éditions SCALA, 1988, p. 296).
  4. Giorgio Vasari, Vies des artistes (Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes) [1550], trad. Léopold Leclanché et Charles Weiss, revue, annotée et préfacée par V. Gerard Powell, Paris, Grasset, 2007, t. 1, p. 307-308 : « Jules Romain fit ensuite graver par Marc Antonio vingt planches dont chacune représentait des hommes et des femmes couchés dans les postures les plus obscènes : ce qui était plus grave, elles étaient accompagnées d’un sonnet analogue à la scène, composé par Messire Pietro Aretino, de sorte que je ne saurais décider lequel était le plus grossier : où les dessins du peintre pour les yeux, ou les vers du poète pour les oreilles. Cette indignité fut vivement blâmée par Clément VII, et quand elle fut publiée, le pape n’aurait pas manqué de châtier rudement Jules Romain, si celui-ci n’eût été en sûreté à la cour de Mantoue. Ces dessins ayant été trouvés dans des endroits où on ne les aurait jamais soupçonnés, non seulement on les prohiba, mais encore on saisit Marc Antonio et on le jeta en prison. […] »
  5. La première édition française de la série de figures d’Augustin Carrache imitées des postures de Giulio Romani et connues sous le titre « Les amours des dieux » paraît anonymement et sans date, sans doute à la fin du XVIIIe siècle : L’Arétin d’Augustin Carrache, ou Recueil de postures érotiques. D’après les gravures à l’eau-forte par cet Artiste célèbre, Avec le texte explicatif des Sujets, À la nouvelle Cythère, Paris, Didot, s. d. [1798].Fac-simile:Les amours des dieux : L’Arétin d’Augustin Carrache, ou Recueil de postures érotiques, 1798, textes S.-C. Croze-Magnan, estampes J. J. Coiny ; introduction J. Blanc, Paris, PUF, 2014 ; et pour une étude historique et esthétique des divers recueils de « postures » : Louis Dunand et Philippe Lemarchand (éd.), Les Amours des dieux.1, Les compositions de Jules Romain intitulées « Les Amours des dieux » gravées par Marc-Antoine Raimondi [1977] ; Les Amours des Dieux.2, Les compositions de Titien intitulées « Les Amours des dieux » gravées par Gian Jacopo Caraglio [1989] ; Les Amours des Dieux.3, Les Compositions intitulées « Les Amours des Dieux » gravées par Pierre de Jode l’Ancien [1990], Genève, Institut d’iconographie Arietis, Slatkine, 1977-1990.
  6. Les trois premières ont été publiées à Venise en 1534 sous le titre : Ragionamento della Nanna et della Antonia, les trois suivantes en 1536 sous un titre différent : Dialogo nel quale la Nanna insegna a la Pippa. Ces deux titres ont été repris en sous-titre par Giovanni Aquilecchia dans la première édition critique italienne de l’ensemble, intitulée Sei giornate (Bari, Laterza, 1975). La tradition française a retenu le titre global de Ragionamenti attribué aux six journées dans le recueil clandestin imprimé en 1660 « à Cosmopoli » (de fait à Amsterdam dans l’atelier Elzevier) sous le titre Capricciosi & piaceuoli ragionamenti di M Pietro Aretino, recueil qui réunit l’ouvrage de l’Arétin et le dialogue apocryphe intitulé : La puttana errante overo dialogo, di Madalena è Giulia. Nous nous référons ici à l’édition bilingue des Ragionamenti, éd. P. Larivaille et G. Aquilecchia (2 vol.), Paris, Les Belles Lettres, 1998.
  7. L’œuvre du divin Arétin. Les Ragionamenti. La Vie des Nonnes. La Vie des femmes mariées. La Vie des Courtisanes. Sonnets Luxurieux, etc. Œuvres choisies comprenant des traductions nouvelles et des morceaux traduits pour la première fois. Introduction et notes par Guillaume Apollinaire, Paris, Bibliothèque des curieux, « Les maîtres de l’amour », 1909 ; L’œuvre du divin Arétin. Deuxième partie. Les Ragionamenti. L’Éducation de la Pippa. Les Roueries des Hommes. La Ruffianerie. Essai de bibliographie arétinesque par Guillaume Apollinaire, Paris, Bibliothèque des curieux, « Les maîtres de l’amour », 1910.
  8. Ragionamenti, t. I, p. LXXII (Introduction). Sur la mise à l’Index des Pettri Aretini opera omnia, voir Jésus Martinez de Bujanda, Index de Rome, 1557, 1559, 1564 : les premiers index romains et l’index du Concile de Trente, Sherbrooke (Québec), Éditions de l’Université de Sherbrooke, 1990, p. 647-649.
  9. N’ayant pas eu accès à cet ouvrage conservé à la British Library (cote : 1080 h21), nous nous en remettons à la description minutieuse qu’en donne Marie-Françoise Piéjus dans son article de référence sur les traductions françaises des Ragionamenti : « De Rome à Paris : l’étrange voyage des courtisanes », dans Regards sur la Renaissance italienne. Mélanges de Littérature offerts à Paul Larivaille, Marie-Françoise Piéjus (dir.), Université Paris X-Nanterre, PUBLIDIX, 1998, p. 53-69.
  10. En revanche nous avons pu consulter cet ouvrage, disponible à la Réserve des livres rares de la BnF (cote : SMITH LESOUEF R-277).
  11. Telle est la version française, qui fera dès lors autorité, des Hétaïrikoï Dialogoï traduits dans Les Œuvres de Lucian de Samosate traduites du grec par Filbert Bretin (Paris, Abel L’Angelier, 1581).
  12. Laïs, courtisane à Corinthe au tournant des Ve et IVe siècles, est restée fameuse pour son goût du luxe et le prix de ses faveurs. Quant à la joueuse de flûte athénienne Lamia, elle est devenue légendaire au IVe siècle pour avoir séduit Démétrios Ier Poliorcète dont elle était la prisonnière et bien qu’elle fût plus âgée que lui.
  13. Le maître des cérémonies du pape Alexandre VI, Jean Burckard, en proposait cette définition : Cortegiana, hoc est meretrix honesta(cité par P. Larivaille, L’Arétin, Ragionamenti, t. I, p. 196). L’honnêteté ainsi reconnue à cette catégorie de prostituées ne relève certes pas de la chasteté mais réfère à leur statut social : éduquées – la Nanna sait distinguer Dante de Pétrarque et a appris à jouer du luth – élégamment vêtues et dotées de manières raffinées, elles tiennent salon et y reçoivent des notables romains et des gentilshommes étrangers. Très éloignées des cortegiani dépeints par Baldassar Castiglione – dont les équivalents féminins se nomment plutôt donne di palazzo –, elles tiennent néanmoins le haut du pavé et ont droit au titre de Signora – tandis qu’aux dames nobles est réservé celui de Madonna. Mais cette position brillante est précaire : entièrement dépendante de la faveur des amants, elle s’effondre avec l’âge et le dépérissement des charmes physiques.
  14. Nous n’avons pu consulter que la contrefaçon, conservée à la BnF sous le titre : Le Cabinet des Secrettes ruses d’amour : Ou est monstre le vray moyen de faire les approches, & entrer aux plus fortes places de son Empire. Y compris Les Paradoxes d’amour, Le Dialogue de l’Aretin, La messagere d’amour, Le manuel d’amour. Par le S. D. M. A. P. Roüen, 1618. Les fonds patrimoniaux de la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence conservent l’original rouennais sous la cote : C.5723.
  15. Voir les travaux de la journée d’étude organisée le 3 mai 2019 à l’ENS de Lyon par les membres du Groupe d’Analyse de la Dynamique des Genres et des Styles (16e-18e) (GADGES Lyon 3) sous l’intitulé Recueils factices : de la pratique de collection à la catégorie bibliographique, en ligne à l’adresse suivante : URL : https://histoirelivre.hypotheses.org/4049 (consulté le 2 novembre 2020).
  16. La Maquerelle Ou vieille courtisane de Rome, dans Les secrettes ruses d’amour, Paris, Antoine Estoc, 1610, p. 100. Ce passage peut être lu comme une mise en abyme ironique de la source « secrète » du poème satirique de Du Bellay, qui n’est autre que la troisième journée du Ragionamento della Nana e della Antonia que Du Bellay a certainement lu à Rome avant son interdiction lors de son séjour des années 1553-1557.
  17. Capricciosi & piaceuoli ragionamenti di M Pietro Aretino… Nuova Editione [Texte imprimé]. Con certe postille, che spianano e dichiarano evidentemente i luoghi & le parole più oscure, & più difficili dell’opera. Stampati in Cosmopoli [i.e. Amsterdam, Daniel Elzevier]. L’Anno 1660 [d’après Willems (858), « Contient à la suite des Ragionamenti “La puttana errante” introduit par un faux-titre : “La puttana errante overo dialogo, di Madalena è Giulia” »].
  18. La Puttana errante est paru clandestinement, avant même la publication des Ragionamenti, dans un recueil contenant un autre bref poème satirique, la Zaffeta, sous la signature de l’Arétin (La Puttana Errante, e la Zaffeta in fime, di M. Pietro Aretino, In Vinegia [Venise], 1531) ; cette attribution a été récusée à la fin du XVIIIe siècle par le libraire et bibliographe Guillaume-François De Bure, qui a restitué les deux pièces versifiées à l’un des disciples de Pietro Aretino, Lorenzo Veniero (Bibliographie instructive : ou, Traité de la connoissance des livres rares et singuliers, vol. IV, 1765, p. 211, n°3954) ; cette auctorialité est aujourd’hui unanimement acceptée par la critique (voir : Lorenzo Venier, La puttana errante ; éd. N. Catelli, Milan, UNICOPLI, 2005). Sur la personnalité de L. Venier et son rôle dans l’entourage de l’Arétin à Venise, voir Ragionamenti, éd. P. Larivaille, p.XXIII.
  19. Le dialogue apocryphe a toutefois poursuivi sa carrière éditoriale clandestine sous le nom de l’Arétin jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Voir La Putain errante ou Dialogue de Madelaine et Julie. Fidèlement traduit par N., Lampsaque, 1760 [Ars. 8-NF-5894(2)] ; La Putain errante, ou Dialogue de Madelaine et Julie. Fidèlement traduit de l’italien en françois, par Pierre Aretino. Nouvelle édition enrichie de gravures, aux dépens de Mademoiselle Théroigne de Méricourt, présidente du Club du Palais-Royal, et spécialement chargée des plaisirs des Gauches de notre auguste Sénat, s.l. [Paris], 1791 [BnF : ENFER-754].
  20. Un exemplaire de cette édition princeps (8°, 132 ff) se trouve à Munich. Quatre rééditions sont connues à partir d’exemplaires conservés à Londres, Madrid (1548, 8°, 95 ff), Munich (1548, 8°, 64 ff), Paris : BnF (1549, 8°, 59 ff, [Enfer 226], Paris : Mazarine (1607, in-12, 72 ff [Rés. 46562]). Nous avons consulté l’exemplaire de la BnF, intitulé Coloquío de las damas por Pedro Aretino, agora nuevamente traduzido de lengua toscana en castellano por Fernan Xuares, Medina del Campo, P. de Castro, 1549.
  21. Marie-Françoise Piéjus, « De Rome à Paris », p. 59-60.
  22. Pornodidascalus, « ou l’Entretien entre femmes de Pierre Arétin. Dialogue traduit de l’italien en espagnol par Ferdinand Xuares de Séville. Gaspard Barthius l’a traduit d’espagnol en latin, afin que la jeunesse allemande puisse se garder plus prudemment de ces fléaux diaboliques qui se rencontrent à l’étranger » (notre traduction). La suite du titre mentionne une autre pièce du même éditeur, également traduite de l’italien, formant recueil avec le dialogue : Addita expurgatio urbis Romæ ad exercitu Caroli Quinti historia paucis nota, & in Dialogo memorata ; Eodem ex Italico interprete, Francfort, Daniel et David Aubry, & Clement Schleichij, 1623.
  23. Pornodidascalus, seu Colloquium muliebre Petri Aretini, de astu nefario horrendisque dolis, quibus impudicae mulieres juventuti incautae insidiantur, dialogus ex italico in hispanicum semonem versus a Ferdinando Xuaresio, de hispanico in latinum traducebat Caspar Barthius. […], Zwickau, (Saxe), Melchior Gopneri, 1660.
  24. Voir Marie-Françoise Piéjus, « De Rome à Paris », p. 59-61.
  25. Pornodidascalus seu colloquium muliebre… [Francfort, 1623], a1v (notre traduction).
  26. « Auctorem si nosse cupitis, sciatis eum esse qui a nomine fere aevi sui Magnate non illustre stipendium habuit, ne mores ipsorum Satiris suis notaret » (notre traduction).
  27. « Simplex sermonis translatio est, studio facta, & Hispanicum non Italicum Exemplar secuta, quod illud caute obscoenitatem hujus seposuerit » (notre traduction).
  28. Tromperies dont usent les mieux affétées des courtisanes à l’endroit d’un chacun : principalement les Jouvenceaux desbauchez, qu’elles attirent en leurs filets, faisans que sous propos emmiellez perdent honneur & cheent en pauvreté. Œuvre party en dialogue, orné de saincts enseignemens, conseils et advis à la jeunesse, pour éviter les deceptions, tromperies et traverses de telles femmes. Traduit d’Italien en François. Plus La Courtisane de Joachim Du Bellay, Paris, Pierre Chevillot, 1580, « Le traducteur aux lecteurs », n.p. L’orientation moralisante du dialogue tiré de l’Arétin est explicite dans le titre en forme de commentaire, repris en partie dans l’intitulé de la première version du dialogue de Laïs et Lamia : Histoire des amours feintes et dissimulées de Laïs et Lamia, récitées par elles-mêmes ; mise en forme de dialogue. Où sont descouvertes les fallaces et communes tromperies dont usent les mieux affétées courtisanes de ce temps à l’endroit de leurs amis (Du Brueil, 1595).
  29. Voir Le Siècle des vérolés. La Renaissance européenne face à la syphilis, Ariane Bayle (dir.), avec la coll. de Brigitte Gauvin, Grenoble, Jérôme Million, 2019.
  30. Ibid. (nous soulignons).
  31. « […] en plusieurs lieux de ce dialogue, ay encontre beaucoup de termes qui se souffrent au lieu où il a esté premierement imprimé en langue Italienne, à cause de la liberté qu’un chacun s’y donne, soit en parler, ou bien à écrire : ce que pour l’honnesteté que nous gardons, & la discrétion dont avons tousjours usé, n’avons voulu permettre autrement l’exposer, contens d’iceux mots changer en autres plus modestes, observant néanmoins que le sens de l’auteur ait été presque & entierement gardé […] » (Ibid., n.p. ; nous soulignons).
  32. Les secrettes ruses d’amour [1610], p. 5.
  33. Ibid., p. 3.
  34. Ibid., n.p. [F ij].
  35. « La jouïssance est le but de l’amour, & le bout de nostre these : c’est par là qu’on se rend heureux, c’est par ses effects que nos vies ont vie, & que les conceptions de nos esprits tesmoignent, c’est elle qui est l’ame de nos ames : mon Dieu quel doux plaisir : quel contentement : ce sont cordage, qui serrent, qui lient, les ames des ames : liens dont le debris ne peut commencer que par la fin de la vie […] […] ô ! heureux vous qui apres tant de gehennes, tant de tourments passez avez esté conduits en grace, qu’apres plusieurs peines avez esté salariez de si douce recompense : heureux trois & quatre fois, heureux celuy qui ayant receu un si cruel martyre suit la coronne de ce contentement. » (Les secrettes ruses d’amour [1610], p. 11-12).
  36. Ibid., n.p.
  37. Lesdites « Gaillardises de Ronsard » sont en effet imprimées à la suite du « Second dialogue » de la « Troisième partie » du Manuel d’amour, qui, selon l’ordre rigoureux observé par les deux premières, aurait dû en comporter trois. La lacune est donc comblée par l’impression – sans doute hâtive comme en témoigne l’absence de pagination après la page 64 – de cette pièce d’un ouvrage interdit en son temps et constamment recyclé dans les recueils « folastres » et « gaillards » publiés dans les quinze premières années du siècle.
  38. Le Manuel d’amour, dans Le cabinet des secrettes ruses d’amour [1618], p. 27 [pagination autonome].
  39. Ibid., p. 50.
  40. La Messagère d’amour […], dans Le cabinet des secrettes ruses d’amour [1618], n. p.
  41. « [M.] Et neantmoins sur cette presupposition qu’il faut laisser couler en ces petits pechez, comme inevitables, si mettray-je toute la peine que je pourray de vous enseigner & conserver l’honneur de ce monde, & à donner ordre que les passe temps que l’en [sic] a à présent soient conduits avec telle dexterité, & de si bon entendement, que l’on n’en puisse recevoir honte parmy le monde. » (Ibid., p. 10 [pagination autonome]).
  42. « Qui a belle jambe, la peut faire voir souvent : et mesme estant aux champs, allant pescher, à la volerie, ou chassant aux petits oiseaux, montant à cheval, ou descendant de cheval, passant quelque petit fossé, & beaucoup d’autres sortes […] » (Ibid., p. 38)].
  43. « […] mais elle doit tenir bien couvert en son cœur un tel desir, & en apparence faire croire que le plaisir qu’elle prend aux nopces, festins, & tels autres passe temps, luy vient de nature & sans autre intention ou desseing, sinon pour y prendre simplement le plaisir de la danse, et autres jeux que l’on y veoit […] afin que quand il [le mari] verra qu’elle ira volontiers, il n’y pense aucun mal, mais l’impute à son naturel, & en soit en repos en son esprit : ainsi lui permettra tousjours d’aller où elle voudra » (Ibid., p. 47).
  44. Ibid., p. 70-71.
  45. « [F.] Mais ma mere, à quoy tient il que l’on ne peut avoir avec les marys, ce plaisir & contentement de l’amour, comme avec un serviteur. / M. La raison en est bien aysee, c’est que les mariages se font communement à aveuglettes en la foy des parens, & sans s’estre jamais veus l’un l’autre, ou pour le moins si peu qu’ils ne s’entrecognoissent point, & est grand merveille si en tels mariages, on se meut aymer du cœur, & s’il y a quelques amours, c’est par ceremonie ou devoir, ou pour mieux dire par force. » (Ibid., p. 82).
  46. Ibid., p. 87.
  47. « [vous] ne trouverez estrange que je vous somme souvent de vos promesses, voire jusqu’à l’importunité : car vous m’avez si bien mis la puce en l’oreille, & resveillé mes espris, que desormais je n’auray en la teste que l’amour, jusqu’à ce que par vostre moyen je m’en voye satisfaite. / [M.] Laissez m’en faire, ma fille, j’y penseray & m’y employeray de bonne sorte. » (Ibid., p. 92).
  48. Sur l’histoire de l’interdiction de l’ouvrage et du procès des supposés auteurs, Jean l’Ange et Michel Millot, voir Frédéric Lachèvre, Le Libertinage au XVIIe siècle, t. VII, Mélanges, Paris, Champion, 1920. Jacques Prévot résume ce dossier dans la notice consacrée à L’École des filles dans Libertins du XVIIe siècle, Gallimard, t. I, 1998, p. 1672-1680.
  49. Le manuscrit original sous lequel l’ouvrage a d’abord circulé s’intitulait : Aloisiæ Sigeæ, Toletanæ, Satyra sotadica de arcanis amoris et Veneris, Aloisia hispanice scripsit, latinitate donavit Joannes Meursius V. C.
  50. L’historique des éditions successives des Entretiens et de l’attribution tardive à Nicolas Chorier, parlementaire grenoblois, est relaté par Jean-Pierre Dubost dans l’Avertissement imprimé en tête de son édition de la traduction française sous le titre L’Académie des dames ou la Philosophie dans le boudoir du Grand Siècle (Arles,Philippe Picquier, 1999, p. 29-42).
  51. Voir l’édition critique procurée par Jean Sgard : La Religieuse en chemise et le Cochon mitré, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2009.
  52. La BnF en conserve une édition plus tardive : Venus dans le cloître ou La religieuse en chemise. Entretiens curieux adressez à Madame l’Abesse de Beau-Lieu, par l’Abbé du Prat, Cologne, Jacques Durand, 1683.
  53. L’École des filles ou La Philosophie des dames [1655], Paris, Éditions Allia, 1997, t. I, p. 22-23.
  54. « [Susanne] Et puis, à bien dire, ce n’est qu’une petite peccadille que la jalousie des hommes a introduite au monde, à cause qu’ils veulent des femmes qui ne soient qu’à eux seuls ; et crois-moi d’une chose, que si les femmes gouvernaient aussi bien les églises comme font les hommes, elles auraient bien ordonné tout au rebours. » (Ibid., t. I, p. 42).
  55. « [Susanne] tu seras louée et estimée de chacun, car la connaissance intérieure de ce que tu auras expérimenté en cachette te donnera une certaine petite joie et suffisance de toi-même qui te rendra plus hardie en compagnie et mieux disante ; d’où vient que l’on te préfèrera aux autres filles qui sont pour la plupart honteuses et stupides. » (Ibid., t. I, p. 44-45).
  56. Ibid., t. II, p. 95.
  57. « [Susanne] Ainsi va le monde, ma pauvre cousine : le mensonge gouverne la vérité, la raison veut reprendre l’expérience, et les sottises s’érigent en titres de bonnes choses. La virginité est une très belle chose en paroles et très laide en ses effets ; au rebours, la paillardise n’a rien de plus hideux que le nom et rien de plus doux que les effets. Les gens mariés paillardent aussi bien que les autres, ils font toutes les mêmes actions et postures, et encore plus souvent que les garçons et les filles ; les plus scrupuleux, c’est toujours le vit au con qu’ils agissent, et la cérémonie ne change rien au mystère d’amour. Mais c’est assez prêcher pour un coup, nous ne sommes point ici pour corriger le monde : il faut qu’il y ait des fous pour faire paraître les sages, et ceux-ci ont d’autant de plaisir à cela qu’ils sont seuls à le connaître et qu’ils se moquent de la folie des autres. » (Ibid., II, p. 126-127).
  58. Ragionamenti, t. I, p. 4.
  59. « [Angélique] […] La politique a donc regardé toutes ces maisons comme des lieux communs où elle se pourroit décharger de ces superfluïtez ; elle s’en sert pour le soulagement des familles, que le grand nombre d’enfans rendroient pauvres & indigentes, s’ils n’avoient des endroits pour les retirer, & afin que leur retraite soit sans espérance de retour, elle a inventé les vœux, par lesquels elle prétend nous lier, & nous attacher indissolublement à l’état qu’elle nous fait embrasser : elle nous fait même renoncer aux droits que la Nature nous a donné [sic], & nous separent tellement du monde, que nous n’en faisons plus une partie. Tu conçois bien tout cecy ? », Venus dans le cloître ou La religieuse en chemise. Entretien curieux, p. 33.
  60. Le Cabinet d’Amour et de Vénus, Contenant les pièces marquées à La Table suivante. Tome premier. Cologne, Les Héritiers de Pierre Marteau (s. d.). [BnF, réserve des livres rares, cote : ENFER-1272] Le contenu du recueil est strictement identique à celui de La Bibliothèque de l’Arétin (voir infra n. suivante), si ce n’est que la « table » annoncée sur la page de titre est manquante.
  61. Notamment l’emploi, en page de titre, des « capitales nouées » caractéristiques du Mercure galant, qui paraît de 1672 à 1711.
  62. La Bibliothèque d’Arétin. Contenant les pièces marquées à la table suivante, Cologne, Pierre Marteau (s.d.). [BnF, réserve des livres rares, cote : ENFER-597]. Table des Pièces contenuës dans ce Volume : Épître invitatoire aux Filles. Argument sur les deux Dialogues suivans. Table mistique et allégorique selon le sens Moral et Littéral de l’École des Filles. Second dialogue. Bulle Ortodoxe [sic]. Madrigal sur l’École des Filles. L’École des Filles, ou la Philosophie des Dames, divisée en deux Dialogues. Premier dialogue. Avertissement aux Dames pour le second Dialogue de l’Ecole des Filles. L’Ecole des Filles, ou la Philosophie des Dames, second Dialogue. La Putain errante, par Pierre Aretino. Marthe le Hayer, ou Mademoiselle de Sçay, petite Comédie. Comédie Galante de Madame d’Olone, par M. de Bussy. Nouvelles Leçons du Commerce amoureux. Filon réduit à mettre cinq contre un, amusement pour la jeunesse, par Pierre Corneille Blessebois. Rondeau. Petite Leçon à ma Flûte. Vers gaillards et Satyriques. Autres.Epigramme en Latin. Traduction de ladite Epigramme. Vers gaillards. Epitaphe. Epigramme. Autre. Rondeau. Sonnet. Autre Sonnet, ou l’heureuse aventure. Epitaphe. Quatre autres Epitaphes. Sonnet pour deux filles qui firent coucher sur leur lit un garçon tout vétu ; et qui le prièrent de faire des Vers sur ce sujet. Raillerie facétieuse, Madrigal. L’homme tout rond, Epigramme. La doctrine amoureuse, où sont enseignés les principaux mystères de l’amour, et le devoir d’un véritable Amant. Oraison utile et nécessaire à une fille qui désire être pourvûë comme il faut du S. Sacrement du Mariage. Autre Oraison. Les Litanies qui [sic] doivent dire des jeunes filles tous les matins à jeun, pour avoir un bon mari. Maximes d’amour, questions, sentimens et préceptes, première partie. Item, seconde partie.
  63. En référence au titre de Marie-Françoise Piéjus, « De Rome à Paris ».
Posté le 18/12/2020
EAN html : 9791030008005
ISBN html : 979-10-300-0800-5
Publié le 18/12/2020
ISBN livre papier : 979-10-300-0802-9
ISBN pdf : 979-10-300-0801-2
ISSN : en cours
15 p.
Code CLIL : 3387 ; 4024
http://dx.doi.org/10.46608/savoirshumanistes1.9791030008005.14
licence CC by SA

Comment citer

Rosselini, Michèle, « L’Arétin francisé : appropriation des savoirs sexuels des Ragionamenti par la littérature érotique française du XVIIe siècle », in : Roudière-Sébastien, Carine, éd., Quand Minerve passe les monts. Modalités littéraires de la circulation des savoirs (Italie-France, Renaissance-XVIIe siècle), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, collection S@voirs humanistes 1, 2020, 143-158, [en ligne] https://una-editions.fr/laretin-francise/ [consulté le 15 décembre 2020].

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