Trois femmes face à l’absence dans la France de l’Occupation : le témoignage des écrits personnels

« 18 juillet 1944, rue de Seine, 23 heures. André n’est pas rentré cette nuit1 ». Dans sa simplicité douloureuse, cette notation tirée du journal de Jacqueline Mesnil-Amar révèle l’intensité spécifique que peut revêtir l’expérience de l’absence dans la France de l’Occupation. Cette expérience appartient certes à toutes les époques et se décline en une multitude de configurations – le colloque dont est issu cette publication le démontre de façon très suggestive. Les guerres du XXe siècle ont toutefois multiplié les circonstances susceptibles de la généraliser et d’élargir la palette des sentiments et des comportements qu’elle suscite. La logique militaire disperse en effet les combattants sur de nombreux théâtres d’opération. La captivité de masse retire des millions d’individus du cours de leur vie ordinaire. Le fractionnement des espaces nationaux et internationaux entrave la circulation des personnes et des correspondances. Les logiques de l’exclusion et les massacres de masse, qui frappent les populations civiles, disloquent et endeuillent les familles. Ignorant ce contexte dramatique, la Révolution nationale de Vichy, qui se déploie au lendemain de l’armistice de 1940, affirme sa volonté de restaurer un ordre patriarcal dont l’érosion constituerait une des causes de la décadence à l’origine de l’effondrement français. Sa propagande entend remettre à l’honneur une vision traditionnelle de la famille et d’un éternel féminin assignant la femme à son rôle d’épouse et de mère dévouées et comblées2. Bien loin de cet imagier lénifiant, le vécu de très nombreuses femmes est dominé par la nécessité de faire face à un quotidien de pénurie, d’isolement et de répression qui amène à assumer de nouvelles responsabilités et à endosser de nouveaux rôles3. Notre contribution va s’efforcer d’éclairer certains enjeux de cette très vaste problématique à partir des journaux intimes de trois femmes évoquant une traversée de l’absence dans la France des années noires4. Jeanine Bouissonouse est ainsi séparée, du printemps 1940 à la libération de son mari, officier de marine. Hélène Berr voit son fiancé partir à l’automne 1942 pour rejoindre les forces combattantes d’Afrique du Nord. Jacqueline Mesnil-Amar évoque dans son journal l’arrestation par la Gestapo de son mari, responsable de l’Organisation Juive de Combat, dans les dernières semaines de l’Occupation. Ces trois témoignages éclairent une forme singulière de séparation, provoquée par l’irruption au cœur des destinées individuelles de la contingence et de la violence du conflit mondial. L’absence évoquée ici apparaît très différente d’autres formes plus ritualisées, et donc mieux domestiquées, liées par exemple aux cycles d’un travail saisonnier qui sépare régulièrement les conjoints. L’analyse des réactions et des stratégies déployées dans ces circonstances extraordinaires trouve pourtant toute sa place dans le décryptage d’une grammaire de l’agentivité. Dans un premier temps, il conviendra de présenter la spécificité des témoignages retenus et du support qui les restitue. On soulignera ensuite que l’absence imposée par un environnement hostile n’entrave pas la capacité de réaction des trois diaristes. On verra enfin, à travers le dialogue avec l’absent qui traverse ces écrits personnels, comment la séparation engendre de nouvelles modalités du lien conjugal ou affectif.

Dire l’absence : trois histoires de couples en guerre
au miroir des écrits personnels

« J’ai commencé à tenir régulièrement un journal pour que Louis, dont j’étais sans nouvelles et à qui je ne savais où écrire, apprenne au retour comment nous vivions sous l’Occupation » explique Janine Bouissounouse dans un livre de souvenirs publié à la fin de sa vie5. La démarche, commune aux trois diaristes, contribue à situer la spécificité du témoignage. Elle traduit en effet un penchant à l’introspection, une familiarité avec l’expression écrite, un souci et une capacité à analyser les signes du temps révélant l’appartenance à une élite cultivée6. Elle suggère aussi la solidité de couples basés sur une liberté de choix réciproque et un riche vécu affectif et intellectuel. Quelques éléments de remise en contexte préciseront cette présentation du témoignage.

Janine Bouissounouse est âgée de trente-sept ans en 1940. Elevée dans une famille de la moyenne bourgeoisie républicaine, elle a fait des études d’histoire de l’art à la Sorbonne et s’est liée dès les années vingt avec le milieu surréaliste. Elle côtoie alors Eluard, Aragon et Malraux. Journaliste, elle a publié des grands reportages dans plusieurs hebdomadaires prestigieux de l’entre-deux-guerres – L’Intransigeant, Vu – et des chroniques dans le Magazine Littéraire. Proche de la gauche intellectuelle, elle soutient le Front Populaire. En 1936, elle épouse un officier de marine, Louis Héron de Villefosse. Intellectuel en uniforme celui-ci partage, à rebours de son milieu familial et professionnel, les idées progressistes et républicaines de son épouse7. La séparation matérielle du couple intervient en mars 1940, lorsque le Duquesne, croiseur dont Louis Héron de Villefosse est le commandant en second, quitte la rade de Toulon avec la force X chargée de patrouiller en Méditerranée. Au lendemain de l’armistice, les navires de la force X sont démilitarisés sous contrôle britannique en rade d’Alexandrie. Les personnels, ainsi neutralisés, continuent de dépendre de l’autorité de Vichy. Louis Héron de Villefosse s’accommode quelques mois de cette situation avant de rallier en mai 1941 les forces navales de la France Libre. Restée en France, Janine Bouissounouse a connu, aux côtés de sa mère, les péripéties de l’exode de 1940 et le difficile retour dans la zone occupée. Le journal, dans sa forme publiée après-guerre, s’ouvre par le retour à la maison familiale de Longjumeau le 15 juillet 1940. Il se clôt par les retrouvailles avec Louis le 27 août 1944, quelques jours après la Libération de Paris. La diariste l’a divisé en deux parties. La première, « Maison occupée », est dominée par le trauma de 1940. Elle évoque le choc de la défaite, la présence des troupes allemandes dans l’intimité de la demeure familiale, l’incertitude sur le sort de l’époux. La deuxième, « Les chevaux de Marly », débute le 3 juillet 1941 quelques jours après l’annonce du ralliement de Louis à la France Libre. Elle témoigne de la sérénité retrouvée de Janine qui renoue de façon plus assidue avec ses activités intellectuelles et rejoint la résistance intérieure8.

Le journal d’Hélène Berr, témoignage capital sur le Paris de l’Occupation, s’ouvre le 7 avril 1942 par le récit d’une visite au domicile de Paul Valéry où la jeune fille vient récupérer un livre dédicacé par le poète. Il se termine le 15 février 1944, quelques jours avant l’arrestation d’Hélène et de ses parents9. Issue d’une famille aisée et cultivée de la bourgeoisie juive de vieille souche française, Hélène Berr est une brillante étudiante en anglais. Elle n’est pas mariée mais fait la connaissance, au printemps 1942, de Jean Morawiecki. Le « jeune homme aux yeux gris » occupe dès lors une place de plus en plus importante dans le journal. Hélène le considère comme son fiancé à partir de l’été – un engagement a sans doute été échangé lors d’un séjour dans la maison de campagne des Berr à Aubergenville en août. La séparation survient à l’automne 1942. Jean pense d’abord rejoindre l’Angleterre en traversant l’Espagne puis le Portugal. Le débarquement allié en Afrique du Nord l’amène à retarder son départ afin d’attendre une clarification de la situation. Le mois de novembre 1942 est placé sous le signe d’un cérémonial des adieux : visites ferventes, promenades dans un Paris automnal, achat d’un livre par Hélène et rédaction d’une lettre que Jean emportera en guise de viatique… Ces préparatifs aux temps de l’absence n’enlèvent rien à la souffrance de la séparation qui survient le 26 novembre. Deux jours plus tard Hélène interrompt son journal. Elle ne le reprend de façon régulière que neuf mois plus, le 1er octobre 1943. Déportée avec les siens, elle meurt quelques jours avant la libération du camp de Bergen-Belsen.

Jacqueline Mesnil-Amar est âgée de trente-cinq ans en 1944. Issue d’une famille de la bourgeoisie juive d’origine lorraine bien intégrée au milieu des élites politiques et économiques de la Troisième République, elle a décroché une licence de littérature comparée à la Sorbonne. En 1930, elle a épousé André Amar, jeune et brillant normalien, qui devient rapidement fondé de pouvoir dans la banque paternelle. Le journal des temps tragiques, publié en 1957 aux éditions de Minuit, évoque les trente-sept jours qui séparent l’arrestation de son mari de son évasion du train qui le déportait vers Buchenwald. Pierre Assouline, qui rédige la préface de la réédition de 2008, parle de « fragments chus » ce qui évoque une entreprise diariste plus vaste dont l’auteur a probablement extrait un ensemble se dégageant par son unité, sa densité et dominé par la thématique de l’absence10.

Face aux défis du quotidien : une capacité d’action
à déployer dans un environnement hostile

Au-delà de la diversité de leur situation, le vécu de l’absence décrit par les trois diaristes révèle un certain nombre de traits communs. On retrouve ainsi dans les trois journaux une même tension entre sentiment de menace et combativité, inquiétude et agentivité. Le premier versant de cette dialectique procède de l’incertitude sur le sort de l’être cher. Attendre sans savoir constitue le cœur de la souffrance des trois femmes. Janine Bouissounouse est ainsi sans nouvelles de son mari depuis le début de la campagne de France. Au lendemain de l’armistice, ses demandes de renseignement auprès d’organismes officiels profondément désorganisés restent vaines. Elle se rend le 18 juillet 1940 au Service Hydrographique de la marine, où Louis était affecté avant-guerre, mais ne rencontre qu’un concierge sans informations. Les services de l’amirauté restent muets. L’écoute assidue des différentes radios belligérantes finit par lui permettre de comprendre que le navire de son mari fait partie de l’escadre française démilitarisée en rade d’Alexandrie. Les rumeurs contradictoires, propres au temps de guerre, viennent régulièrement relancer ses espoirs ou alimenter son inquiétude. « On me dit que le Duquesne est rentré à Toulon » note-t-elle le 17 septembre 194011. Après une semaine d’attente fiévreuse, l’information est démentie. À l’automne Janine découvre le circuit complexe qui permet, par l’intermédiaire du consulat de France à Liverpool, d’établir une correspondance avec les marins d’Alexandrie. Les courriers échangés, surveillés par les différents services d’acheminement, sont toutefois trop prudents et allusifs pour répondre à toutes les interrogations de Janine.

La même inquiétude sur le sort de Jean Morawiecki se retrouve dans le journal d’Hélène Berr. Le jeune homme a été arrêté en Espagne et retenu quelques mois au camp de Miranda. Le contact ténu maintenu au cours de cette période est perdu après sa libération, son départ pour l’Afrique du Nord et son incorporation dans l’armée française qui s’y est reconstituée. « Je crains maintenant pour Jean, car sa vie sera exposée » note Hélène le 10 janvier 194412.

Plus angoissante encore est l’incertitude dans laquelle est plongée Jacqueline Mesnil-Amar. Elle ignore si son mari a été arrêté par la police française ou allemande. Elle ignore le lieu de sa détention. Assaillie de pensées sombres, elle essaie d’imaginer la mauvaise soupe servie aux prisonniers, la chemise sale qu’ils n’ont pas la possibilité de changer, les menaces qui pèsent sur eux : torture, déportation, exécution immédiate…

Soumises à ces logiques éprouvantes, les trois diaristes ne se réfugient pas pour autant dans la déploration et la passivité. On a vu l’activisme de Janine Bouissounouse pour rétablir le contact avec Louis. La volonté d’agir en faveur de Jean Morawiecki anime également Hélène Berr. Malgré la précarisation de sa situation matérielle de sa famille, la jeune fille parvient à faire parvenir à l’interné du camp de Miranda une somme d’argent qui favorisera ses démarches en Espagne. Jacqueline Mesnil-Amar tente elle aussi d’obtenir des informations sur le sort de son mari afin de lui venir en aide. Le 25 juillet 1944, elle rend compte dans son journal de sa recherche épuisante et humiliante de contacts susceptibles d’agir auprès des autorités allemandes :

Je vendrai mes bagues, je vendrai mon âme, je vendrai ma vie, mais je ne puis croire que ce soit assez. J’attends, j’attends dans les salons de ces gens, dans les antichambres de ceux qui voient les « autres », qui les ont vus pendant quatre ans, dans les cabinets luxueux de tous ces avocats que ces années d’activité intense ont redorés. Je vis dans un cauchemar au fond de la mer, j’ai la nausée, je me débats contre des monstres inconnus, avec la fatigue, l’angoisse et la mort13.

Le 29 juillet elle croit savoir que son mari et ses camarades sont internés à la prison de la santé, sous contrôle français. Le soir même un coup de fil de son père, qui garde des amis à la préfecture de police, lui apprend que les prisonniers sont en réalité au Cherche-Midi, prison allemande. La quête de tous les renseignements sur la détention d’André se double d’une recherche, tout aussi fiévreuse, d’informations sur l’évolution de la bataille de Normandie14. L’avance des armées alliées vers la capitale est-elle promesse d’une prochaine libération ou menace d’une déportation imminente ?

Le journal du temps d’absence est le témoin du combat quotidien mené pour faire face aux défis multiples auxquelles les trois femmes sont confrontées. Au retour de l’exode, Janine Bouissounouse et sa mère trouvent ainsi leur maison de Longjumeau réquisitionnée pour le logement des troupes allemandes. Les deux femmes doivent multiplier les démarches pour obtenir le droit de se réinstaller chez elles. Cantonnées d’abord dans une pièce, elles cohabitent avec des officiers allemands qui savent leur rappeler les droits du vainqueur. Elles œuvrent à reconquérir progressivement leur intimité, l’accès à leur salon, à leurs livres. La photographie de Louis en uniforme est installée sur le piano afin de faire savoir aux hôtes non souhaités qu’ils occupent la maison d’un officier français. À la Noel 1940, un des occupants avinés veut obliger les deux femmes à se joindre à leur fête et, devant leur refus, se fait menaçant. « On dit que vous êtes communistes et gaullistes » affirme-t-il15. Craignant désormais des perquisitions, Janine est contrainte de dissimuler les documents reflétant ses engagements politiques :

Où mettre les livres ? Où trouver une cachette sûre ? À la cave, ils risqueraient de s’abîmer. Les greniers sont pleins et rien ne dit qu’ils n’iraient pas y voir. J’ai peut-être eu tort de laisser dans une chambre où Kurtz peut entrer quand nous ne sommes pas là, le Capital, des Morceaux choisis de Marx, et les œuvres de Lénine. […] René Lalou m’a prévenue : attention aux carnets d’adresse. Je constate que l’un est plein de noms d’Allemands juifs ou antinazis (séjour à Berlin), sans compter Stefan Zweig ou les Mann. À la cave aussi, derrière le calorifère qu’on ne risque pas d’allumer16.

Dans ce contexte difficile, un épisode mineur peut parfois revêtir une importance disproportionnée. Janine découvre ainsi que l’appartement qu’elle occupait avant-guerre avec son mari, mais où elle n’a pas eu le cœur de se réinstaller seule, a été visité en son absence. Le pantalon d’un costume de Louis a été dérobé. La diariste confesse une crise de panique qui contraste avec le courage sans faille jusque-là manifesté face à l’adversité et témoigne, chez cette intellectuelle progressiste, de la persistance de représentations traditionnelles du rôle de l’épouse :

Je passe la nuit à me faire des reproches, à me traiter de mauvaise femme, d’épouse indigne. Le lendemain, malade de chagrin et de fatigue, je retourne chez moi, je fais un énorme barda des autres costumes augmentés du veston et du gilet de celui-là, qui m’inspirent à la fois du respect, de la tendresse, de l’horreur et de la pitié. C’est littéralement un moment de folie. La journée ne m’en dégage pas et le soir en m’endormant, après un comprimé de Sonéryl, je vois encore, seul à son cintre, le veston accusateur17.

Le découragement est pourtant de courte durée et la volonté de faire face reprend vite le dessus.

Cette volonté anime également le journal d’Hélène Berr. Lorsqu’elle en reprend la rédaction à l’automne 1943, la jeune fille ne peut que constater l’environnement oppressant qui constitue désormais de toile de fond de son existence. « Ma pensée tourne sans cesse autour de deux pôles : la souffrance du monde, qui se trouve condensée d’une manière concrète et vivante dans le fait de la déportation et des arrestations et l’absence de Jean. Les deux souffrances maintenant se sont fondues en une seule et resteront associées » note-t-elle18. Face à cette souffrance, l’agentivité de la jeune femme se déploie en de nombreuses directions. Sur le plan matériel, elle se manifeste dans le souci de veiller sur les siens et de tenter de soulager la misère des victimes de la persécution en s’engageant comme assistante sociale bénévole. La jeune fille manifeste aussi cette volonté sur le plan symbolique par la mobilisation des ressources culturelles dont elle dispose. L’interdiction de préparer le concours de l’agrégation brise ses espoirs professionnels mais elle décide de s’inscrire à une thèse sur la poésie de Keats afin de ne pas perdre le contact avec le milieu universitaire. Ses livres les plus chers constituent « un petit foyer chaud et lumineux dans le froid qui [l’] entoure19 ». Ses lectures, imprégnées par les angoisses de l’heure, disent sa révolte face à l’indifférence des chrétiens qui abandonnent les juifs à leur sort. Elle relit ainsi le chapitre des Frères Karamazov dans lequel le Grand inquisiteur refuse de reconnaître le Christ revenu sur terre et l’envoie au bûcher. Elle lit l’Evangile de Saint Mathieu. « Il m’a semblé que le Christ était plus mien que celui de bons catholiques », note-t-elle20. Elle lit avec une intensité douloureuse La vie des martyrs de Georges Duhamel et L’Epilogue des Thibault de Martin du Gard dont elle recopie de longs passages évoquant les souffrances de l’autre guerre21.

Le journal de Jacqueline Mesnil-Amar témoigne lui aussi de la capacité de réaction de la jeune femme. Après l’arrestation de son mari, elle s’emploie sans tarder à détruire tous les papiers compromettants, à avertir les membres du réseau toujours en liberté afin qu’ils prennent leurs dispositions et à rechercher un nouvel abri sûr. Elle continue à veiller sur ses parents qui se cachent en différents points de Paris. Elle s’occupe de sa petite fille dont l’enfance s’est déroulée dans un contexte de menaces permanentes, de déménagements successifs et d’adoption de faux noms destinés à déjouer la traque. « Je suis allée aux Tuileries cet après-midi avec ma fille, note-t-elle. Ses neufs ans sont bien lourds, dont les silences me troublent, et ce regard trop grave qui se lève parfois vers moi à la dérobée, et cherche à comprendre22 ».

On notera, dans les trois exemples retenus, que l’agentivité du temps d’absence s’inscrit dans un contexte de redéfinition des réseaux de solidarité. Les liens familiaux, dont la force semble même se trouver consolidée, restent au centre de ces réseaux. Janine Bouissounouse, on l’a vu, s’installe ainsi chez sa mère, plutôt que de réintégrer l’appartement conjugal. La solidarité des deux femmes se révèle sans faille. L’âge de la mère est parfois un atout pour tenir tête aux soldats allemands logés dans la maison. Les journaux d’Hélène Berr et de Jacqueline Mesnil-Amar abondent également de notations sur le souci des proches et sur la tendresse angoissée qu’ils inspirent à l’heure du danger, des cachettes et du risque de dispersion. La place accordée à la famille de l’absent dans ce premier cercle est plus difficile à préciser. Janine Bouissounouse visite chaque semaine sa belle-mère qui a trouvé refuge dans un couvent. Celle-ci lui accorde un accueil affectueux mais les deux femmes savent éviter les questions sensibles : la mère de Louis désapprouve son départ pour l’Angleterre et son ralliement à la France Libre. Des marques de solidarité concrète émanent toutefois de la belle-famille. Lorsque Janine se voit privée de la solde de son mari, une de ses belles-sœurs plus fortunées met à sa disposition celle d’un frère de Louis, alors prisonnier de guerre en Allemagne23. Hélène Berr entretient une relation cordiale avec la mère de Jean Morawiecki. Celle-ci lui transmet un coffret de savons parfumés que le jeune homme a envoyé d’Espagne. Elle offre des petites poupées de chiffon pour les enfants dont s’occupe Hélène. La jeune fille perçoit toutefois des réticences quant à un futur mariage, lorsque la mère de Jean, catholique fervente, s’interroge sur la religion dans laquelle seraient élevés ses petits-enfants et tente d’obtenir de sa future belle-fille un engagement sur ce point24.

Le renforcement des liens familiaux s’accompagne de la promotion de communautés d’élections plus larges qui constituent un soutien à la capacité d’action des trois femmes. Dès l’été 1941, Janine Bouissounouse retrouve le chemin de la Bibliothèque nationale, des musées et des librairies. Au gré des retrouvailles et des rencontres un nouveau réseau de sociabilité se reconstruit. Les anciennes connaissances manifestant attentisme ou complaisance à l’égard de l’ordre nouveau en sont écartées. Celles qui manifestent un état d’esprit favorable à la résistance, comme Paul Éluard qui redevient alors un ami proche, sont au contraire recherchées et informées du désir de « faire quelque chose » de Janine25. C’est parmi les assistances sociales bénévoles de l’UGIF au service des internés de Drancy et des camps du Loiret, et tout spécialement des maisons d’enfants, qu’Hélène Berr a choisi de s’engager. Elle n’ignore pas dans son journal les critiques contre une institution à qui certains reprochent sa docilité mais ne regrette pas son choix. « Pourquoi y suis-je entrée ? Pour pouvoir faire quelque chose, pour être près du malheur. Et au service des Internés, nous faisions ce que nous pouvions. Ceux qui nous connaissaient bien, comprenaient et nous jugeaient avec justice » note-t-elle26. Jacqueline Mesnil-Amar soutient les activités de résistance de son mari au sein de l’Organisation Juive de Combat – elle parle avec affection de « nos garçons » pour désigner les membres du groupe. Veillant à la sauvegarde des siens, elle a également constitué son propre réseau de soutiens aux fugitifs et aux clandestins. Après l’arrestation d’André, elle se réfugie chez Mme P. surnommée Nana, figure centrale de ce réseau informel :

Quelle femme, cette Nana ! […] Depuis 1940, elle s’occupe sans relâche de tous, des prisonniers, des évadés, des enfants juifs, des résistants. Et quand on lui demande pourquoi tant de de besogne harassant en plus de son travail quotidien, et pourquoi les enfants juifs, elle répond : « Mais c’est pour mon pays ! » Nous n’étions plus habitués à ce langage27.

La persistance du lien :
le journal comme dialogue avec l’absent

Il est enfin un trait commun aux trois diaristes qui mérite d’être relevé. Profondément ancrés dans le quotidien des années noires, leurs écrits sont aussi le lieu d’une vie intérieure intense dans laquelle le dialogue avec l’absent occupe une place centrale. La convocation du souvenir est un des supports de ce dialogue. Lorsque le présent se dérobe, le retour vers les moments heureux devient un moyen de s’en évader. « Tout le bonheur, toute la vie sont dans le passé » constate ainsi Janine Bouissounouse28. La mémoire des moments passés avec Jean est également très présente dans le journal d’Hélène Berr. « Comme tous les souvenirs de l’année dernière ma hantent, la petite porte des Tuileries, les feuilles sur l’eau ! Je vis dans ces souvenirs, et chaque coin de Paris en réveille un nouveau » écrit-elle29. Mais c’est sans doute chez Jacqueline Mesnil-Amar que les réminiscences occupent la place la plus importante. « Fantômes du passé, pourquoi me hantez-vous ce soir ? Je ne peux pas dormir. Et je revois nos vacances de jadis, si lointaines déjà, les tiennes, les miennes, ensemble, te souviens-tu30 ? » écrit-elle dans une nuit d’insomnie, quelques jours après l’arrestation d’André. Les notations qui parsèment dès lors le journal, par fragments échappant à l’ordre chronologique, permettent de retracer l’histoire d’un couple. Le temps de l’insouciance, celui des études au quartier latin puis des voyages en Méditerranée, est ainsi rappelé. L’irruption de l’histoire vient ensuite se mêler à la chronique privée. L’effondrement de 1940 constitue un traumatisme persistant. Au cours de l’exode, le couple traverse une première expérience de la séparation marquée par l’incertitude sur le sort de l’autre. Présente à Vichy en juillet 1940, Jacqueline Mesnil-Amar assiste à la disparition d’un monde familier. Les figures de la Troisième République que côtoyait depuis longtemps sa famille – le vieux président Caillaux, Anatole de Monzie… – effectuent un dernier tour de piste sur une scène parlementaire réduite à un théâtre d’ombres. Les souvenirs de ces journées cruciales ne sont pas sans rappeler le basculement de l’Europe en 1914 évoqué dans les mémoires de Stefan Zweig, et la perte du sentiment de sécurité qui en résulte. Un ordre nouveau menaçant émerge et la diariste se souvient avec beaucoup de finesse des signes qui l’ont annoncé : « Et la première fois où on a dit « le Maréchal » tout seul sans ajouter Pétain31 »… Les années suivantes, dominées par l’apparition du nom terrible de Drancy, voient la montée, au sein du couple, de ce que Jacqueline Mesnil-Amar appelle « l’obsession juive » :

Comment on nous a fait Juifs, lentement, du dehors, nous qui l’avions si bien oublié, et comment on a atteint notre conscience bourgeoise si paisible depuis l’affaire Dreyfus, sourde au reste du monde, nous qui étions si confortables, bien au chaud dans notre pays, bien assis dans nos maisons, dans nos fauteuils directoriaux, dans nos banques, dans nos boutiques, nos conseils d’administration ! Et comment je ne sais quoi de mystérieux et d’ancestral, presque d’« habitué » à cette sorte de malheur, a soudain levé au fond de nos âmes32 !

Déménagements successifs, multiplication des fausses identités, organisation du combat clandestin deviennent dès lors le quotidien d’une famille engagée dans une logique de survie et de combat.

Le dialogue avec l’absent ne relève pas de la seule remémoration du passé, il se vit également au présent. Il se manifeste chez Janine Bouissounouse par la volonté, au-delà la séparation, de maintenir une communauté de pensée avec un compagnon qui partage depuis des années ses engagements politiques et intellectuels. La relecture d’un manuscrit rédigé avant-guerre par Louis sur la pensée de Lamennais, précurseur du catholicisme social, est un des moyens de maintenir et de ressourcer ce lien. Le texte a accompagné Janine pendant l’exode. Elle le cache pour éviter une saisie, le fait lire à des amis et espère qu’il pourra être publié un jour lorsque les censures allemande et vichyste auront disparu. Une question revient à plusieurs reprises sous la plume de la diariste : « Que pense Louis ? ». Les maigres courriers échangés par les canaux officiels ne peuvent suffire à répondre sur ce point à sa curiosité. Cherchant les raisons qui amènent son mari à s’accommoder de l’inaction forcée d’Alexandrie, elle comprend que c’est pour ne pas la priver de sa solde qu’il hésite sans doute à rejoindre la dissidence. L’idée que le souci de mettre sa femme à l’abri des problèmes matériels empêche Louis de suivre ses convictions est dès lors pour Janine une souffrance et une source de culpabilité. Elle craint que cette situation ne soit plus tard la source d’un reproche réciproque qui altère la qualité de leur relation. La nouvelle du passage en Angleterre de Louis au moment des événements de Syrie en mai-juin 1941 est dès lors un immense soulagement : l’harmonie de vue du couple est bien maintenue. La preuve va en être donnée à Janine quelques semaines plus tôt lors d’un épisode étonnant. Écoutant les émissions françaises de la BBC, le soir du 9 septembre 1941 elle a l’immense surprise de reconnaître au micro la voix de son mari33. Celui rend un hommage au marin résistant Honoré Estienne d’Orves qui vient d’être exécuté par l’occupant. Quelques semaines plus tard, Louis prononce un texte sévère contre les officiers de Vichy qui acceptent la collaboration. En septembre 1942, il rend un vibrant hommage à Péguy, écrivain du peuple, que Janine trouve admirable34.

Le journal apparaît dès lors comme un moyen d’ouvrir le présent de l’absence vers l’horizon des retrouvailles. Chez Hélène Berr toutefois au fur et à mesure que s’étiole l’espoir de revoir Jean, le dialogue se charge d’une dimension testamentaire. Face aux menaces croissantes d’arrestation et de déportation, elle prend ses dispositions en octobre 1943 pour que les pages de son journal parviennent à son fiancé :

Je donnerai ces pages à Andrée. Et lorsque je les lui remettrai, je serai obligée d’envisager comme réel et pouvant venir le fait que Jean les lira. Et je ne peux pas m’empêcher alors de sentir que je m’adresse à lui, et de cesser d’écrire à la troisième personne, d’écrire comme lorsque je vous écrivais des lettres, Jean35.

Conclusion

Cette mise en perspective de trois parcours de femmes dans la France des années noires espère éclairer, sans prétendre en faire l’inventaire exhaustif, les ressources d’agentivité que peut susciter l’expérience de l’absence en contexte de guerre. Avec un courage et une metis qui en font les dignes héritières de la Pénélope évoquée au début de cet ouvrage par Pauline Schmitt Pantel, les trois diaristes évoquées ici ont enduré l’épreuve de la séparation en refusant l’enfermement dans une posture victimaire. Confrontées de façon douloureuse aux malheurs du temps, elles ont procédé, pour y faire face, à une incessante mobilisation des qualités humaines, des richesses culturelles et des réseaux relationnels qui restaient à leur portée. Leur journal est devenu le moyen privilégié de témoigner de ce combat. Destinée d’abord à l’absent, cette transcription a donné naissance à des œuvres d’une valeur littéraire et d’une portée collective justifiant la publication. La décision de divulguer ces écrits personnels a été prise par les deux diaristes ayant survécu à la guerre et, de façon plus tardive, par la famille de la troisième. Ces œuvres ont connu une inégale réception. Le journal de Janine Bouissounouse n’est sans doute connu aujourd’hui que des spécialistes de la période de l’Occupation. Celui de Jacqueline Mesnil-Amar était sorti de façon discrète en 1957 dans une phase de refoulement de la mémoire de la guerre et de la persécution antisémite. Il a bénéficié d’un plus grand intérêt lors de sa réédition en 2009 – une édition en poche et plusieurs traductions en attestent. Le journal d’Hélène Berr enfin s’est imposé d’emblée, par la force de son témoignage et la qualité de son écriture soulignées dans la préface de Patrick Modiano, comme un classique. On peut dès lors s’interroger sur la postérité de l’expérience de l’absence dans le parcours des protagonistes croisés au cours de cette rapide évocation. Le journal de Janine Bouissounouse se termine par l’évocation de ses retrouvailles, deux jours après la Libération de Paris, avec un Louis Héron de Villefosse en uniforme kaki et croix de Lorraine. Les quatre années de séparation n’ont pas altéré l’entente fusionnelle du couple. Compagnons de route du parti communiste jusqu’aux événements de Budapest en 1956, ils poursuivent une œuvre littéraire faite d’ouvrages rédigés en propre ou parus sous leur double signature36. Le 25 août 1944, Jacqueline Mesnil-Amar apprend l’évasion réussie de son mari du train qui l’envoyait en déportation – le dernier convoi à quitter Drancy avant la libération du camp. Le couple n’oublie pas l’expérience de la séparation et fonde une association d’aide au retour des déportés37. Le manuscrit du journal d’Hélène, ainsi qu’une version dactylographiée par les survivants de la famille, seront remis au lendemain de la guerre à Jean Morawiecki qui a participé au débarquement de Provence et aux combats en Allemagne. En 2008, dans un beau texte joint à l’édition de poche du livre « Ma vie avec le journal d’Hélène », c’est un autre récit de séparation qu’il livre à son tour – celui d’un homme face à l’absence.


Bibliographie

  • Albertelli S., Blanc J. et Douzou L., La Lutte clandestine en France, une histoire de la résistance 1940-1944, Paris, Le Seuil, 2019.
  • Berr H., Journal, Paris, Tallandier, 2008.
  • Bertin C., Femmes sous l’Occupation, Paris, Stock, 1993.
  • Bouissounouse J., Maison occupée, Paris, Gallimard, 1946.
  • Bouissounouse J., La Nuit d’Autun. Le temps des illusions, Paris, Calmann-Lévy, 1977.
  • Bouissounouse J. et de Villefosse L., L’Opposition à Napoléon, Paris, Flammarion, 1969.
  • Cantier J., Lire sous l’Occupation, Paris, CNRS Éditions, 2019.
  • Cointet J.-P., Paris 40-44, Paris, Perrin, 2001.
  • De Villefosse L., Les Îles de la liberté. Aventures d’un marin de la France Libre, Paris, Albin Michel, 1972.
  • Desprairies C., Ville Lumière, années noires, les lieux du Paris de la Collaboration, Paris, Denoël, 2008.
  • Desprairies C., Paris dans la Collaboration, Paris, Seuil, 2009.
  • Didier B., Le Journal intime, Paris, PUF, 1976.
  • Fischman S., Femmes de prisonniers de guerre 1940-1945, Paris, L’Harmattan, 1996.
  • Laffitte M., Juifs dans la France allemande, Paris, Tallandier, 2006.
  • Lejeune P. et Bogaert C., Le Journal intime : histoire et anthologie, Paris, Éditions Textuel, 2006.
  • Lyon-Caen J., « Le “je” et le baromètre de l’âme », dans Corbin A., Courtine J.-J. et Vigarello G. (dir.), Histoire des émotions. t. 2 : Des Lumières à la fin du XIXe siècle, Paris, Seuil, 2016.
  • Mesnil-Amar J., Ceux qui ne dormaient pas. Journal, 1944-1946, Paris, Stock, 2009.
  • Muel-Dreyfus F., Vichy et l’éternel féminin, Paris, Seuil, 1996.
  • Poznanski R., Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, CNRS Éditions, 2018.
  • Sémelin J., La Survie des juifs en France 1940-1944, Paris, CNRS Éditions, 2018.
  • Verdet A., La Logique du non-consentement. Sa genèse, son affirmation sous l’Occupation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
  • Vidal-Naquet C. (éd.), Correspondances conjugales. Dans l’intimité de la Grande Guerre, Paris, Robert Laffont, 2014.
  • Vidal-Naquet C., Couples dans la Grande Guerre. Le tragique et l’ordinaire du lien conjugal, Paris, Les Belles Lettres, 2014.

Notes

  1. Mesnil-Amar J., Ceux qui ne dormaient pas. Journal, 1944-1946, Paris, Stock, 2009, p. 19.
  2. Muel-Dreyfus F.,Vichy et l’éternel féminin, Paris, Seuil, 1996. Cette étude croisant approche historique et anthropologique démontre de façon éloquente comment l’ordre nouveau de Vichy se veut un retour à l’ordre des corps basé sur le socle biologique des différences entre les sexes.
  3. Bertin C., Femmes sous l’Occupation, Paris, Stock, 1993, ouvrage de témoignage d’une observatrice avertie de la période. Voir aussi Fischman S., Femmes de prisonniers de guerre 1940-1945, Paris, L’Harmattan, 1996, pour une des figures de l’absence au féminin emblématique de la période.
  4. On trouverait une démarche comparable dans les travaux de C. Vidal-Naquet qui s’appuie sur des correspondances pour comprendre comment se maintient, se renouvelle ou encore se distend le lien conjugal pendant la Première Guerre mondiale. Vidal-Naquet C., Couples dans la Grande Guerre. Le tragique et l’ordinaire du lien conjugal, Paris, Les Belles Lettres, 2014. Voir aussi Correspondances conjugales. Dans l’intimité de la Grande Guerre, édition établie par C. Vidal-Naquet, Paris, Robert Laffont, 2014.
  5. Bouissounouse J., La Nuit d’Autun. Le temps des illusions, Paris, Calmann-Lévy, 1977, p. 100.
  6. Didier B., Le Journal intime, Paris, PUF, 1976. Lejeune P. et Bogaert C., Le Journal intime : histoire et anthologie, Paris, Éditions Textuel, 2006. Voir aussi une récente contribution : Lyon-Caen J., « Le “je” et le baromètre de l’âme », dans Corbin, A., Courtine J.-J. et Vigarello G. (dir.), Histoire des émotions. t. 2 : Des Lumières à la fin du XIXe siècle, Paris, Seuil, 2016.
  7. Janine Bouissounouse souligne dans ses souvenirs la grande distance entre sa propre famille, républicaine, athée marquée par l’opposition au Second Empire et celle de son mari, conservatrice et catholique. Un des grands-pères de Louis avait commandé le yacht de l’impératrice Eugénie. Bouissounouse J., op. cit., p. 58.
  8. Bouissounouse J., Maison occupée, Paris, Gallimard, 1946.
  9. Berr H., Journal, Paris, Tallandier, 2008 ; Seuil, 2009, pour les références citées ici. En annexe de cette édition de poche, un texte de Mariette Job, nièce d’Hélène Berr, « Une vie confisquée » donne un certain nombre d’éléments biographiques et retrace l’histoire du manuscrit.
  10. Mesnil-Amar J., op. cit., p. 8.
  11. Bouissounouse J., Maison occupée, op. cit., p. 85.
  12. Berr H., op. cit., p. 271.
  13. Mesnil-Amar J., op. cit., p. 23.
  14. Sur le Paris des années noires et ses lieux de captivité, on se reportera notamment aux ouvrages de C. Desprairies : Ville Lumière, années noires, les lieux du Paris de la Collaboration, Paris, Denoël, 2008 et Paris dans la Collaboration, Paris, Seuil, 2009. Voir aussi Cointet J.-P., Paris 40-44, Paris, Perrin, 2001, pour l’évocation du contexte des dernières semaines de l’Occupation.
  15. Bouissounouse J., Maison occupée, op. cit., p. 117.
  16. Ibid., p. 123. René Lalou est un critique littéraire important de la période. Il appartient au cercle des amis proches de Janine Bouissounouse. Sur les listes d’interdiction et les saisies d’ouvrages par les occupants, voir Cantier J., Lire sous l’Occupation, Paris, CNRS Éditions, 2019, p. 81 et suivantes.
  17. Ibid., p. 131.
  18. Berr H., op. cit., p. 223.
  19. Ibid., p. 199.
  20. Ibid., p. 190.
  21. Cantier J., op. cit., p. 178 et suivantes sur les lectures à l’heure de l’exclusion.
  22. Mesnil-Amar J., op. cit., p. 70.
  23. Bouissounouse J., La Nuit d’Autun, op. cit., p.110. Janine Bouissounouse est également aidée par l’éditeur Jean Vigneau installé à Marseille qui en fait sa correspondante à Paris.
  24. Berr H., op. cit., p. 203 et p. 261.
  25. L’archiviste et écrivain Charles Braibant, le philosophe Bernard Groethuysen et sa compagne Alix Guillain font partie du cercle des amis proches. Le contact avec un officier anti-nazi de l’armée d’occupation lui permet de faire passer un certain nombre d’informations précieuses à la résistance – notamment des listes d’arrestation qui permettent de prévenir les conséquences des coups portés aux réseaux. Bouissounouse J., La Nuit d’Autun, op. cit., p. 112 et suivantes. Sur les logiques d’affiliation et de basculement dans la résistance, voir la synthèse récente et éclairante de Albertelli S., Blanc J.et Douzou L., La Lutte clandestine en France, une histoire de la résistance 1940-1944, Paris, Le Seuil, 2019.
  26. Berr H., op. cit., p. 241-242. Sur la question de l’UGIF, voir notamment Laffitte M., Juifs dans la France allemande, Paris, Tallandier, 2006.
  27. Mesnil-Amar J., op. cit. p. 27. Sur les formes d’entraide et de solidarité qui ont animé la société civile, voir Sémelin J., La Survie des juifs en France 1940-1944, Paris, CNRS Éditions, 2018. Voir aussi sur ces phénomènes Verdet A., La Logique du non-consentement. Sa genèse, son affirmation sous l’Occupation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
  28. Bouissounouse J., Maison occupée, op. cit., p. 47.
  29. Berr H., op. cit., p. 221.
  30. Mesnil-Amar J., op. cit., p. 47.
  31. Ibid., p. 49.
  32. Ibid., p. 57. On trouvera de nombreux échos à cette interrogation identitaire dans l’ouvrage de référence de Poznanski R., Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, CNRS Éditions, 2018.
  33. Bouissounouse J., Maison occupée, op. cit., p. 177.
  34. Ibid., p. 225.
  35. Berr H., op. cit., p. 207. Andrée était la cuisinière des Berr.
  36. Voir notamment les mémoires de guerre de Louis de Villefosse, Les Îles de la liberté. Aventures d’un marin de la France Libre, Paris, Albin Michel, 1972 qui constitue un pendant au journal de son épouse. Et sous la double signature du couple : Bouissounouse J. et de Villefosse L., L’Opposition à Napoléon, Paris, Flammarion, 1969.
  37. Un recueil d’articles publiés dans le Bulletin du service central des déportés israélites de novembre 1944 à mai 1946 constitue la deuxième partie du livre de Jacqueline Mesnil-Amar.
EAN html : 9782858926374
ISBN html : 978-2-85892-637-4
ISBN pdf : 978-2-85892-638-1
Posté le 23/11/2022
ISSN : 2741-1818
11 p.
Code CLIL : 3377; 3111
10.46608/primaluna12.9782858926374.6
licence CC by SA

Comment citer

Cantier, Jacques, « Trois femmes face à l’absence dans la France de l’Occupation : le témoignage des écrits personnels », in : Charpentier, Emmanuelle, Grenier, Benoît, dir., Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà les silences et l’absence, Pessac, MSHA, collection PrimaLun@ 12, 2022, 85-95 [en ligne] https://una-editions.fr/trois-femmes-face-a-labsence/ [consulté le 23/11/2022].

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Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Détail de Het uitzeilen van een aantal Oost-Indiëvaarders, huile sur toile, Hendrick Cornelis Vroom, 1600, Rijksmuseum (wikipedia).
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