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Les fêtes juives sous l’Empire romain

Les fêtes juives sous l’Empire romain

Les juifs de l’Empire romain célébraient de nombreuses fêtes, qu’elles soient d’origine biblique ou qu’elles commémorent des événements historiques.

En premier lieu, on trouve les fêtes réputées d’instauration divine, inscrites dans les cinq premiers livres de la Bible (appelés en hébreu Torah, « Enseignement » ; en grec Nomos, « Loi » puis Pentateuque). La plupart marquaient à l’origine des temps forts du calendrier agro-pastoral du Proche-Orient ancien avant d’être réinterprétées en commémoration d’épisodes bibliques1. Malgré de grandes lacunes dans la documentation, il semble que ces fêtes aient été observées par toutes les communautés juives de l’Empire, mais avec des pratiques diversifiées. En effet, jusqu’à la destruction du temple de Jérusalem par le futur empereur Titus en l’an 70 de notre ère, ces fêtes traditionnelles étaient principalement caractérisées par l’offrande de sacrifices animaux et végétaux. D’après l’auteur Flavius Josèphe qui écrivit sous les Flaviens, les trois grandes fêtes de pèlerinage – Souccot, Pessah (Pâque) et Chavouot (la Pentecôte) – attiraient alors à Jérusalem des foules de fidèles venus de toute la Judée et des régions voisines mais aussi du reste de l’Empire2. Philon, un célèbre philosophe qui vécut à Alexandrie sous les Julio-claudiens, s’y rendit vraisemblablement au moins une fois dans sa vie3.

On connait au moins un autre temple juif dans l’Empire, à Léontopolis, en Égypte où des sacrifices étaient également offerts jusqu’à sa fermeture sur ordre de l’empereur Vespasien en 73 p.C.4 Ailleurs, les fêtes de réjouissance étaient marquées par un banquet rassemblant les membres d’un même foyer ou d’une même association communautaire (en grec, « synagogue »)5. Ceux-ci partageaient notamment à Pessah un agneau ou un chevreau, suivant un usage biblique encore attesté à la fin de l’Antiquité6. Souccot, la fête des « Cabanes » ou des « Tentes », intégrait des rituels non-sacrificiels (port de végétaux et construction de huttes de branchage)7. Ceux-ci, facilement transportables, pouvaient donc être pratiqués en dehors de Jérusalem, comme le signale un papyrus daté de 135 p.C.8 La même évolution s’observe pour Yom Ha-Kippourim, le « Jour des Expiations », qui, au moins depuis le Ier siècle a.C., intégrait un jeûne d’une journée accompagné de divers rites d’affliction9. Le premier jour des mois lunaires, qui structuraient le calendrier liturgique juif, était célébré au moins dans une partie des communautés10. La fête hebdomadaire du shabbat, intégralement chômée, tombait le jour de Saturne (pour nous, le samedi)11. Elle était bien connue des Romains qui l’associaient à un repas spécifique pris le vendredi soir – la cena pura ou « repas pur » – ainsi qu’à l’allumage de lampes12. Comme on le voit, les pratiques festives en vigueur dans les communautés diasporiques, vivant éloignées de Jérusalem, n’ont pas été fondamentalement transformées par la destruction définitive de son temple.

Il existait également d’autres fêtes, dont la plupart commémoraient des événements historiques. Une liste d’une trentaine de « jours fastes » élaborée au cours du Ier siècle p.C. est parvenue jusqu’à nous sous le titre trompeur de « Rouleau des jeûnes ». Ce calendrier devait à l’origine ne concerner que la seule ville de Jérusalem, voire la Judée, mais il fut légitimé et généralisé par le mouvement rabbinique13. Si la majorité des occasions de réjouissances tombèrent progressivement en désuétude, certaines se sont imposées comme des fêtes juives universelles. L’anniversaire de la « Dédicace » – en hébreu, « Hanoucca », parfois aussi appelée « Lumières » (Phota) en grec – du temple à Jérusalem commémorait un événement survenu en 165/164 a.C., rapportés par les premier et deuxième Livres des Maccabées14. On ne sait pas à quel rythme celui-ci s’est diffusé en dehors de la Judée ; les « Jours d’Hérode » (Dies Herodi) mentionnés par le poète romain Perse dans les années 60 de notre ère correspondaient peut-être à une réinterprétation de cette fête en lien avec la restauration du temple par le souverain éponyme15. Quant à Pourim, la fête des « Sorts » ou « Destinées », dont l’instauration est rapportée par le Livre d’Esther, elle est mentionnée dans la législation impériale en 408 de notre ère16. Quatre jeûnes commémoratifs apparus pour la première fois après la conquête de Jérusalem par les néo-Babyloniens au VIe siècle av. n. è. connurent un regain d’observance après la répression des deux révoltes judéennes contre Rome (66-73 et 132-135 p.C.)17. C’est notamment le cas du jeûne observé le 9e jour du mois d’Ab qui marque durant l’été plusieurs événements historiques qualifiés de « malheurs » dont la destruction du temple de Jérusalem par les Romains18.

En outre, des commémorations purement locales ne concernaient qu’une seule communauté juive : au Ier siècle p.C., Philon et Flavius Josèphe assistèrent à la fête de la traduction de la Bible en grec à Alexandrie, dont les habitants juifs célébraient également une fête de Délivrance commémorant un épisode placé à l’époque hellénistique.

Enfin, l’existence de fêtes spécifiques aux communautés juives de l’Empire ne doit pas faire oublier leur participation vraisemblable à certaines fêtes civiques et impériales : une lecture critique des sources rabbiniques révèle notamment leur présence aux fêtes célébrant la famille impériale19.

Bibliographie

« Fondamentalisme religieux et féminité démoniaque : Réflexions autour du personnage de Lilith dans la série True Blood (HBO, 2008-2014) », TV/Series, n°5, 2014, [en ligne] https://tvseries.revues.org/439 [consulté le 18/03/2022]

« Avatars antiques de la féminité démoniaque dans la série True Blood : entre clichés et déconstructions des stéréotypes », in : Bièvre-Perrin, F. éd., Antiquipop, Lyon, [en ligne] https://antiquipop.hypotheses.org/9794 [consulté le 18/03/2022]

Notes

  1. Exode 23,14-17.
  2. Guerre des Juifs 6,425.
  3. Sur la Providence, 2,64.
  4. Guerre des Juifs, 1.33 et 7,421-436 ; Mishna, Menahot, 13, 10.
  5. Livre de Tobit, 2, 1-2 ; Philon, Des lois spéciales, 2, 148 ; Sagesse de Salomon, 18, 9.
  6. Mishna, Pesahim, 7, 13.
  7. Lévitique, 23, 39-43.
  8. Papyrus Yadin 52.
  9. Lévitique, 23, 26-32 ; Isaïe (version grecque), 1, 13-14 ; Paumes de Salomon, 3, 8.
  10. Nombres, 28, 11.15 ; 1 Samuel, 20, 4-6 et 24-25 ; Mishna Roch Hachana 2,5.
  11. Exode, 20, 8-11.
  12. Sénèque, Lettres à Lucilius, 95, 47 ; Plutarque, Propos de table, 4, 6 ; Augustin, Homélies sur l’Évangile de Saint Jean, 120, 5.
  13. Talmud de Babylone, Shabbat, 13b.
  14. 1 Maccabées, 4, 52-59 ; 2 Maccabées, 10, 1-8 ; Flavius Josèphe, Antiquités juives, 12, 325 ; Quatrième évangile, 10, 22.
  15. Perse, Satires, 5, 179-181.
  16. Code Théodosien, 16, 8, 18.
  17. Livre de Zacharie, 7, 5 et 8, 19.
  18. Mishna, Taanit, 4, 6.
  19. Mishna, Aboda Zara, 1, 3.
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Comment citer

Attali, Maureen (2022) : “Les fêtes juives sous l’Empire romain”, in : Lacroix, Audrey, éd., L’Antiquité est une fête, Actualités des études anciennes, le carnet scientifique de la Revue des Études Anciennes, Ausonius éditions, 89-92 [en ligne] https://una-editions.fr/fetes-juives-sous-empire-romain [consulté le 23/03/2022]
Posté le 28/04/2022
EAN html : 9782356135001
ISBN html : 978-2-35613-500-1
Publié le 28/04/2022
ISBN livre papier : 978-2-35613-501-8
ISBN pdf : 978-2-35613-502-5
3 p.
Code CLIL : 3385; 3666
DOI : 10.46608/balade2.9782356135001.16
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