Chapitre 6. L’ars purpuraria

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Les multiples recettes créées, les nombreuses couleurs obtenues, les reflets éclatants au soleil sont autant de preuves du savoir-faire et de l’ingéniosité des teinturiers. Comme nous allons le voir, ceux-ci ont su inventer et faire évoluer leur technique de fabrication au fil du temps1. En effet, chaque nouvelle teinture devait être le fruit d’un travail réfléchi, mais aussi le résultat de nombreuses expériences et c’est donc peu à peu que les teinturiers en pourpre ont appris à maîtriser les secrets de la plus prestigieuse des teintures dont vingt variétés sont attestées. Mais quelles techniques permettaient de rendre une livre de laine teinte en pourpre blatta si luxueuse qu’elle atteignait la somme de 50 000 deniers en 301 ? Pour quelles raisons les clients acceptaient-ils des prix si élevés ? C’est ce que nous allons tenter d’expliquer en étudiant les diverses opérations que devaient maîtriser les teinturiers afin de fabriquer une teinture pourpre. Le grand professionnalisme de ces artisans sera ensuite mis en évidence par la présentation de toutes les teintures pourpres connues pendant la période romaine.

Les caractéristiques de la pourpre

On peut mieux mesurer le savoir-faire des teinturiers quand on sait les réactions que la pourpre marine était susceptible de présenter au contact de la lumière et de l’air. Les teinturiers devaient en fait s’adapter à des substances tinctoriales “vivantes” dont les résultats pouvaient être inattendus en raison du processus d’oxydation de la teinture à l’air, qui rendait les opérations difficiles et de la variation au soleil des couleurs. Il fallait certainement des années d’expérience pour acquérir une véritable maîtrise du processus de fabrication de la teinture et de la science des couleurs.

Les trois clés de l’ars purpuraria

L’unique source qui éclaire sur l’ars purpuraria est un texte de Sénèque qui dévoile indirectement les principales compétences que devait avoir un teinturier en pourpre :

La variété de nuances s’explique naturellement par le fait qu’une partie de la coloration vient du soleil et l’autre du nuage. C’est l’humidité qui y trace les bandes bleues, vertes, pourprées, d’un jaune orange ou d’un jaune de feu. Deux couleurs, l’une intense, l’autre mate, produisent donc cette diversité. La pourpre en effet ne sort pas de ce coquillage de la même manière selon qu’elle a été macérée plus ou moins longtemps, qu’elle a été imprégnée d’une teinture plus épaisse ou plus diluée, qu’elle a été plongée et cuite à plusieurs reprises ou immergée une seule fois2 (QNat., 1.3.12).

Quels sont les procédés de fabrication que les teinturiers devaient savoir mettre en œuvre ?

La maîtrise du temps d’immersion
pour l’obtention d’une nuance précise

Dans un précédent chapitre, nous avons vu que Pline recommandait une durée d’immersion de cinq heures3. Cependant, il semblerait que cette indication n’ait pas été valable pour toutes les teintures,puisque selon Sénèque, on l’a vu, la pourpre “ne sort pas de ce coquillage de la même manière selon qu’elle a été macérée plus ou moins longtemps”. Le Naturaliste aurait-il indiqué dans ce passage une durée d’immersion moyenne ? C’est en tout cas ce que laisse entendre le texte de Sénèque. Les teinturiers en pourpre devaient connaître les durées d’immersion, car celles-ci influaient directement sur l’intensité des teintures, comme le souligne Pline à propos des nuances des teintures conchyliennes* : “On obtient ainsi par une saturation imparfaite cette nuance pâle si vantée, et d’autant plus claire qu’on étanche moins la soif de la laine”4. Donc, plus une étoffe était trempée longtemps dans la substance tinctoriale, plus la couleur obtenue était foncée. Il fallait trouver, à force d’expérience, la durée d’immersion qui convenait à chaque teinture. La pratique d’un test se révélait bien entendu ici indispensable : “on y plonge (dans la substance tinctoriale), à titre d’essai, une laine dégraissée, et, jusqu’à ce que la teinte souhaitée soit obtenue, on fait chauffer le liquide”5. Si l’on souhaitait une étoffe d’une couleur assez foncée, il fallait qu’elle absorbe le plus de colorant possible. Elle était alors qualifiée de “saturée” (saturata).

La maîtrise de la multiplication des bains tinctoriaux
pour l’obtention d’une couleur très foncée

Les sources textuelles montrent que les étoffes pourpres subissaient au moins deux bains avant d’être mises en vente sur le marché. Dans les années 60 a.C., commença à être portée la pourpre tyrienne de double bain6. Environ vingt ou trente ans plus tard, “presque toutes les pourpres choisies” étaient de double-bain7. À partir de la deuxième moitié du Ier siècle p.C., les étoffes pourpres les plus luxueuses subissent désormais au moins trois bains de teinture afin de pouvoir être différenciées, à l’œil nu, des pourpres de double bain8 et un papyrus égyptien fait même référence à de la laine pourpre teinte cinq fois9. Mais pourquoi procéder à une telle multiplication des bains ?

Ce que les professionnels attendaient d’une telle technique, c’était qu’elle rende les étoffes un peu plus sombres à chaque immersion, car une couleur foncée était la preuve que l’étoffe avait subi plusieurs bains et qu’elle était forcément plus coûteuse que les étoffes dibapha* habituelles. Autrement dit, l’objectif était de créer une pourpre de luxe. Pour y parvenir, les teinturiers devaient apprendre à maîtriser la multiplication des bains de teinture, car “la pourpre en effet ne sort pas de ce coquillage de la même manière selon qu’elle a été plongée (mersa) et cuite (excocta) à plusieurs reprises ou immergée une seule fois”10. Nous avons effectivement pu constater que Sénèque avait raison : au cours des expériences que nous avons menées, nous avons pu voir qu’après un bain supplémentaire, la couleur d’une étoffe pouvait non pas s’assombrir, mais totalement changer. C’est ainsi que, pour notre part, nous avons obtenu une couleur bleu marine à la place d’une couleur qui était initialement violette. Nous ne pouvons expliquer ces phénomènes qui dépendent probablement de la quantité et de la nature du colorant restant dans la cuve.

La maîtrise de la concentration
et la question du chatoiement de la pourpre

On ne doit pas s’étonner que l’adjectif versicolor, synonyme de pourpre, définisse une des qualités principales de la pourpre, sa couleur changeante11. Le recensement des termes évoquant la luminosité et le chatoiement de la teinture est, du reste, très évocateur : onze verbes ou adjectifs ont été utilisés par plusieurs auteurs pour souligner cette caractéristique. On note parmi ceux-ci les verbes fulgere, micare, radiare, renidere qui traduisent l’éclat des astres ou des métaux précieux. On imagine donc une couleur vive qui se distinguait des autres par ses reflets, ce qui est une fois de plus judicieusement souligné par Sénèque :

Il est certaines couleurs qui ne font leur effet qu’à distance. Pour que la pourpre de Tyr se montre avec tout son éclat, il convient de tenir l’étoffe d’autant plus haut qu’elle est de meilleure qualité et plus richement saturée. Parce que celle qui a la plus belle couleur ne la montre pas si on la déploie de manière quelconque, on ne peut pourtant pas dire qu’elle ne l’ait pas12.

L’auteur explique ici que la beauté d’une étoffe teinte en pourpre n’était révélée que si cette dernière était dépliée et vue à la lumière, sous un certain angle, car les reflets de la teinture ne pouvaient être révélés que si l’on mettait l’étoffe en hauteur et si on la regardait de bas en haut. Cette incidence de la lumière sur l’étoffe est également soulignée chez Philostrate13 et surtout chez Macrobe qui raconte comment l’empereur Auguste s’est, à ce propos, gaussé d’un vendeur :

Comme il se plaignait du peu d’éclat d’une pourpre de Tyr qu’il avait fait acheter, le vendeur lui dit : “lève-là contre la lumière et regarde-la de bas en haut”. Il lui lança cette plaisanterie : “Et quoi ? Pour que le peuple romain dise que je suis bien habillé, je devrais me promener sur une terrasse ?”14 (Sat., 2.4.14)

Dans ces deux textes, il semble bien que le chatoiement de la pourpre était l’apanage des pourpres marines de qualité : c’est cette caractéristique qui permettait de les distinguer des pourpres mixtes ­fabriquées à base de murex et de plantes tinctoriales ou des pourpres végétales15.

Pourtant les reflets n’étaient pas, semble-t-il, un fait naturel de la pourpre, car nous n’avons jamais réussi à en obtenir. Mais alors, comment les teinturiers parvenaient-ils à de tels résultats ?

Deux sources textuelles évoquant l’aspérité des étoffes teintes en pourpre livrent, selon nous, un indice précieux. Pline recommande curieusement de superposer (operire) une teinture pourpre sur une autre afin de la rendre : “plus agréable et plus douce”16 (HN, 9.140). Et selon une anecdote de l’Histoire Auguste, Alexandre Sévère ne voulait pas porter de lin pourpre : “car, disait-il, ‘si le propre du lin est d’éviter la rugosité, quel est l’intérêt d’y adjoindre de la pourpre ?’”17 (Alex. Sev., 40.6-11). Mais, pourquoi les teinturiers rendaient-ils les tissus déplaisants à porter ? Quel résultat méritait que l’on portât des vêtements aussi peu confortables ?

La réponse se trouve, selon nous, dans cette indication de Sénèque : “La couleur n’en est point toujours la même, mais diffère suivant que l’étoffe a été (…) imprégnée d’une teinture plus épaisse ou plus diluée”18. Autrement dit, plus un bain de teinture était concentré, c’est-à-dire moins il contenait d’eau, plus les étoffes destinées à être teintes ressortaient rêches de la cuve à pourpre. Si ces étoffes subissaient de surcroît plusieurs bains de teinture, on imagine aisément que la substance tinctoriale, par son épaisseur, ait pu glacer le tissu. Ce glaçage était alors peut-être responsable des reflets tant loués par les auteurs anciens.

L’ars purpuraria reposait donc sur trois savoir-faire fondamentaux : la maîtrise de la durée d’immersion du tissu afin d’obtenir la nuance voulue, la maîtrise des multiples bains tinctoriaux afin de rendre la couleur plus sombre et enfin la maîtrise du chatoiement de la pourpre. Chaque teinturier professionnel devait savoir fabriquer des étoffes alliant ces trois caractéristiques. Seule une caractéristique naturelle de la pourpre lui échappait : la couleur dominante rouge, violette ou bleue fournie par les coquillages19.

Les deux couleurs dominantes de la pourpre :
une contrainte naturelle

La couleur de la pourpre marine pouvait se décliner du vert au noir (cf. fig. 14). Cependant, il semblerait que les couleurs les plus recherchées aient été dans les gammes chromatiques du violet et du rouge. Ceci pourrait s’expliquer tout simplement par l’existence de plantes tinctoriales donnant de plus beaux verts ou de plus beaux bleus tels que le pastel et l’indigo.

La pourpre violette

Aucun mot précis n’existe dans le vocabulaire gréco-romain pour désigner la couleur violette20. Le qualificatif purpura ou purpureus en latin et le mot πορφύρα en grec définissent autant le violet que le rouge, sauf quand dans un même texte, l’adjectif purpura est mis en opposition au mot ruber par exemple. Il faudra attendre la diversification des teintes et la création de nouvelles pourpres aux noms bien spécifiques telles que la pourpre violacea, la pourpre couleur des violettes de Tarente et la pourpre améthyste pour que l’on distingue nettement la pourpre violette de la pourpre rouge.

La pourpre rouge

La couleur rouge, dans la langue latine, est souvent associée au mot “ruber”. C’était en fait le terme général employé pour définir cette couleur, car il existait d’autres qualificatifs qui permettaient d’exprimer les nuances particulières du rouge (“rubicondus” ou “rubidus”).

L’adjectif “ruber” fut aussi employé, surtout à la fin de la République et au début de l’Empire, pour définir la pourpre rouge. C’est ainsi que la pourpre produite à Tarente dans la première moitié du Ier siècle a.C. était rouge (la rubra tarentina)21, que les murex de Tyr faisaient rougir (rubere) la laine22 et que la pourpre produite dans les régions méridionales était “rouge par nature”23.

Selon J. André, l’adjectif “ruber” définissait le rouge carmin qui était la nuance propre à la pourpre rouge24. Mais la gamme du rouge est si étendue qu’il est, selon nous, impossible que ce mot ait pu définir une nuance en particulier. Pour nous, l’adjectif “ruber” définissait une dominante rouge, comme pour Aristote et Vitruve25. Cette dominante devait être nuancée par des reflets souvent indéfinissables du fait même du chatoiement de la pourpre.

Nous connaissons désormais les caractéristiques de la pourpre et le rôle que jouèrent les teinturiers en pourpre dans leur élaboration. Évoquons à présent les résultats obtenus par ces artisans qui n’eurent de cesse d’inventer de nouvelles couleurs pour le plaisir de leurs clients qui n’étaient pas tous riches et puissants.

Les différentes sortes de teintures

L’étude des différentes sortes de teintures fabriquées pendant la période romaine nous amène à les évoquer une à une. Pour ce faire, nous avons décidé de les classer en trois parties. Les deux premières parties sont consacrées aux pourpres de dominante rouge et aux pourpres de dominante violette. La troisième regroupe les pourpres dont nous ne connaissons pas les couleurs. Nous discernerons au sein de ces trois parties, deux catégories : d’une part, celle des pourpres pures d’origine marine parmi lesquelles nous prendrons soin de distinguer les pourpres pures attestées quand nous disposons de témoignages écrits ou archéologiques, et les pourpres pures probables quand nous ne possédons pas d’indices suffisants ; d’autre part, celle des pourpres mixtes fabriquées à partir de coquillages et de végétaux ou d’insectes. Pour chaque teinture, nous indiquerons, quand cela sera possible, les recettes qui permettent de l’obtenir, puis nous essaierons d’en déterminer la couleur.

À la fin de chaque partie, nous présenterons un tableau récapitulatif des teintures étudiées qui rassemblera pour chacune d’elles : la dénomination de la teinture, son lieu de production, la recette de base, la couleur, la période de production et enfin les sources qui attestent la couleur de la teinture. Les astérisques qui accompagnent les noms des teintures signifient que nous sommes en présence d’une pourpre pure attestée par les sources.

Les pourpres rouges

Nous avons pu recenser un total de huit pourpres rouges, parmi elles sept pourpres marines pures : la pourpre tyrienne, la pourpre de Sidon, la pourpre punique, la pourpre de Laconie, la pourpre blatta, la pourpre hypoblatta, la pourpre oxyblatta. La huitième, l’hysgine de Pline l’Ancien, est une pourpre mixte.

Les pourpres marines pures

Les pourpres pures sont peu nombreuses. Elles sont attestées par les sources signalées par un astérisque.

La pourpre tyrienne*

La pourpre tyrienne est célébrée par les auteurs tout au long de la période romaine, du Ier siècle a.C. au Ve siècle p.C.26. Cette pourpre, couleur du sang coagulé, devait sans aucun doute son prestige et sa pérennité à sa qualité, mais aussi à son passé glorieux : le fait d’avoir été choisie comme symbole du pouvoir par les rois macédoniens et en particulier par Alexandre le Grand n’était certainement pas étranger à son prestige27.

“Pour la teinture tyrienne, on trempe (la laine) dans la pourpre pélagienne*, (le contenu de) la cuve étant immature et frais ; ensuite on fait passer dans un bain de buccin”28. Pour obtenir la pourpre tyrienne il fallait, selon Pline, deux cuves différentes. L’étoffe était trempée une première fois dans un bain de glandes tinctoriales (d’un coquillage non précisé) qui n’avait pas encore atteint le stade de la fermentation et dans lequel le colorant n’était donc pas encore révélé, puis elle subissait un second bain, cette fois-ci dans un vrai colorant, fait à base d’Hexaplex trunculus fermentés. Seuls des débris d’Hexaplex trunculus ont été recensés pour le moment à Tyr.

La pourpre tyrienne avait la couleur la plus connue et la plus estimée dans l’Empire romain. En témoigne Pline : “On l’apprécie surtout quand elle a la couleur du sang figé : foncée, vue de face ; avec reflets brillants, vue de biais ; d’où l’épithète de pourpre qu’Homère donne au sang”29. Le linceul de l’épouse de Philippe de Macédoine retrouvé à Verginia dans un état de conservation remarquable semble correspondre à la couleur décrite par Pline.

La pourpre de Sidon*

Sidon, la rivale de Tyr, sut imposer sa propre pourpre qui fut connue des Romains dès le Ier siècle a.C. Bien qu’elles ne fussent pas très distantes l’une de l’autre, Tyr et Sidon fabriquaient des couleurs dont la différence apparaît clairement chez les auteurs anciens30. Cependant, si les textes insistent sur cette distinction, ils ne précisent pas leurs couleurs. Seul un texte de Sénèque nous apprend que la pourpre de Sidon était rouge : “et ses mœlleux lainages ne sont pas deux fois trempés dans la cuve sidonienne pour absorber la teinture rouge (ruber)”31. Au vu de la “colline aux murex” retrouvée près du littoral, il ne fait aucun doute que la pourpre produite dans cette ville était pure32.

La pourpre “punique”

La pourpre punique n’est mentionnée qu’une seule fois, chez Properce33. Le qualificatif “punique” pourrait signifier que cette teinture était produite sur les anciens territoires des Carthaginois34. Mais quelle était donc sa couleur ?

L’étude des textes anciens fait remonter la première mention de la couleur “punicea” aux écrits de Plaute qui la différencie de la couleur pourpre35. Plus tard, Lucrèce36, Stace37 et Ammien Marcellin38 distinguent également nettement la couleur pourpre (purpura) de la couleur punique. L’étude brillante de J. André39 a permis de conclure que celle-ci était d’une couleur rouge écarlate, car elle était souvent employée pour qualifier la couleur du sang frais. Si l’on reprend l’hypothèse de Vitruve40, la pourpre produite dans le sud du bassin méditerranéen était rouge : cela corrobore les écrits anciens et la théorie de J. André.

La pourpre de Laconie

La pourpre de Laconie a connu une longévité exceptionnelle : elle était déjà célèbre au dernier siècle de la République41 et elle est encore mentionnée au IIe siècle de notre ère par Clément d’Alexandrie42 et Élien43. Pline la considère comme la pourpre la plus réputée du nord de l’Europa44 et explique que sa couleur se rapproche de celle de l’écarlate45. C’est justement parce qu’elle était rouge que la pourpre de Laconie a eu du succès, car cette couleur était normalement l’apanage des pourpres beaucoup plus méridionales46.

La recette de cette pourpre est inconnue, mais les éloges des auteurs anciens sur la beauté de la couleur fournie par les coquillages de Laconie laissent penser que cette pourpre était pure47 :

Tout le Péloponnèse, excepté l’isthme de Corinthe, est bordé par la mer, mais les meilleurs coquillages pour fabriquer de la pourpre après ceux de la mer Phénicienne se trouvent sur les côtes de Laconie48 (Paus. 3.21.6-7).

La pourpre blatta

Nous savons que la pourpre de Tyr, couleur de sang coagulé, était la plus estimée de toutes les pourpres. A partir du IIIe siècle de notre ère, dans l’Histoire Auguste, un nouveau terme apparaît pour qualifier un certain type de pourpre : celui de blatta. Cette couleur était portée par les empereurs et figurait dans l’Édit du Maximum49 comme étant la plus chère d’entre toutes les pourpres. Un rapprochement entre cette pourpre et la pourpre de Tyr semble ici évident50. D’ailleurs, sa présence dans la deuxième loi de monopole51 de 379/383, qui la réserve à l’Empereur, nous conforte dans notre hypothèse : il était normal que le premier personnage de l’Empire portât la couleur “sang coagulé” qui était déjà symbolique du pouvoir chez les rois Macédoniens52. Peut-être est-ce cette pourpre dont sont revêtus l’empereur Justinien et sa femme sur les mosaïques de Ravenne (fig. 15) ?

Mosaïques de Ravenne représentant l’impératrice Théodora revêtus de la pourpre impériale (cl. S. Kruczkowsky).
Fig. 15. Mosaïques de Ravenne représentant l’impératrice Théodora revêtus
de la pourpre impériale (cl. S. Kruczkowsky).
Les pourpres hypoblatta et oxyblatta

Au IVsiècle apparaissent deux sortes de pourpre dont les noms sont formés à partir du mot “blatta” et d’un préfixe destiné à exprimer une intensité plus faible ou une intensité plus forte : ce sont la pourpre hypoblatta et la pourpre oxytyria qui prit ensuite le nom d’oxyblatta. Ces teintures étaient fabriquées à partir de la pourpre blatta, mais elles comprenaient également un autre composant qui permettait de nuancer sa couleur tout en restant, selon nous, dans la gamme chromatique du rouge.

Le préfixe ὑπό indique, dans le domaine des couleurs, une nuance plus claire. C’est ainsi que le qualificatif ὑπόγλαυκος définit une couleur verdâtre, c’est-à-dire une couleur plus claire que la couleur verte53. Si l’on suit ce raisonnement, la pourpre hypoblatta était donc plus claire que la blatta, ce qui est aussi l’avis de G. Steigerwald54. Il est impossible d’en déterminer la couleur avec plus de précision, mais il est tentant, ici, de faire un rapprochement avec la pourpre tyrianthina qui était plus claire que la pourpre tyrienne en raison de son mélange avec la pourpre améthyste. De toute façon l’éclaircissement de la pourpre blatta ne résultait pas, selon nous, d’une durée d’immersion moindre que celle préconisée pour l’obtention de la pourpre blatta, car les étoffes teintes à Tyr devaient être saturées.

La couleur de l’oxytyria ou de l’oxyblatta est mentionnée pour la première fois dans l’Édit du Maximum55. Elle était la troisième pourpre la plus chère après la blatta et l’hypoblatta. Comme la blatta, elle fait partie des couleurs pourpres concernées par la deuxième loi de monopole promulguée entre 379 et 383 p.C.56 (CJ, 4.40.1). Ceci nous fait penser qu’il s’agit probablement d’une pourpre pure, même si on ne peut exclure qu’elle ait été mêlée à du kermès.

Comme le préfixe ὀξύς signifie “plus intense” ou “plus lumineux”, nous sommes tentée de rapprocher cette pourpre de l’hysgine de Pline57. Le kermès aurait, en effet, pu rendre la pourpre tyrienne plus lumineuse. De plus, un mélange de pourpre marine et de kermès était digne d’être porté par un empereur58 puisqu’il s’agissait du fruit de l’union des deux teintures les plus prestigieuses de l’Empire romain. Notre hypothèse n’est pas incompatible avec celle de G. Steigerwald59 qui, en raisonnant uniquement sur le préfixe ὀξύς, donne à l’oxyblatta un rouge carmin, c’est-à-dire un rouge plus clair que le rouge du sang coagulé.

Les pourpres mixtes

L’hysgine

À l’époque de Pline, l’hysgine était issue de la superposition de deux teintures animales. On superposait à la teinture fabriquée à partir du kermès des teinturiers (coccus*), de la pourpre marine tyrienne.

Avant de comprendre comment était fabriquée cette teinture, il convient d’expliquer ce qu’était le coccus des Anciens. Il s’agissait d’une teinture fabriquée à partir des œufs d’un insecte appelés aujourd’hui le kermès des teinturiers. Cet insecte vit uniquement sur le chêne kermès que l’on trouve encore dans le sud de la France, en Corse, en Sardaigne, dans le sud de l’Espagne, au Portugal, au Maroc et en Algérie60. Les œufs étaient récoltés sur les chênes, mis à sécher au soleil puis écrasés jusqu’à devenir une poudre fine.

Pour obtenir l’hysgine, nous dit Pline, on utilisait : “(…) les produits de la terre”, c’est-à-dire le kermès des teinturiers que l’on reteignait : “dans la pourpre tyrienne”61.

Il ne s’agissait pas d’une “teinture de cuve”, c’est-à-dire d’une teinture obtenue sans mordançage*. On ne pouvait obtenir la couleur qu’après avoir trempé l’étoffe dans un bain de mordançage à l’alun, par exemple, puis dans un bain constitué de poudre de kermès diluée dans de l’eau62. Au total, l’étoffe teinte en hysgine subissait donc quatre bains différents : un bain de mordançage et un bain de kermès qui permettaient d’obtenir la couleur écarlate, puis un bain encore non mature de glandes tinctoriales (d’un coquillage indéterminé) et un bain d’Hexaplex trunculus pour obtenir la couleur tyrienne63.

Le kermès était très réputé à l’époque romaine pour sa couleur écarlate qui était presque aussi prestigieuse que la couleur pourpre64.

La couleur de l’hysgine devait essentiellement dépendre du type de kermès utilisé, mais aussi de la date de récolte des œufs. En effet, selon Pline, c’est le kermès de Galatie qui était le plus apprécié, certainement pour sa couleur65. La date de récolte des œufs avait aussi une grande importance, car la couleur obtenue avec du grana* jeune n’était pas la même que celle obtenue avec du vieux grana : “la graine d’un an donne un jus pâle, et celle de quatre ans une couleur qui passe. Ainsi elle n’a de force, ni fraîche ni vieille”66.

Nous ne savons pas à quelle couleur correspond l’hysgine. Cependant, le rouge écarlate du kermès devait éclaircir la couleur très sombre de la pourpre tyrienne.

Tableau des pourpres mélangées à dominante rouge.
Tableau des pourpres mélangées à dominante rouge.
Tableau des pourpres marines pures à dominante rouge.
Tableau des pourpres marines pures à dominante rouge.

Les pourpres violettes

Les pourpres violettes attestées sont au nombre de six. Quatre d’entre elles sont des pourpres marines pures : la pourpre améthyste, la pourpre hyacinthina, la violacea purpura, la pourpre de Tarente. Les deux autres sont des pourpres mixtes : la pourpre ianthina et les teintures conchyliennes.

Les pourpres marines pures

Une seule pourpre pure est attestée par les sources. Elle est marquée d’un astérisque.

La pourpre améthyste*

La pourpre améthyste était l’une des spécialités de la Phénicie, comme l’indique cette allusion de Pline à propos des pierres précieuses : “Toutes les améthystes sont d’un beau violet transparent, et se prêtent à la gravure. L’indienne a absolument la couleur de la pourpre phénicienne ; c’est la nuance que les teintureries souhaitent attraper”67. Elle était si prestigieuse que Néron décida d’en faire, avec la pourpre tyrienne, une pourpre réservée à son seul usage68.

Bien que le passage soit corrompu, Pline indique les proportions des coquillages nécessaires à la fabrication de cette teinture : “En tout, pour (…) livres de laine, deux cents livres de buccin et cent onze de pourpre pélagienne. Ainsi l’on obtient l’améthyste, la couleur la plus remarquable”69.

Pline compare la couleur de cette teinture à celle de la pierre fine du même nom et donne même une définition de cette couleur : “l’améthyste, qui du violet va également jusqu’au pourpre et jusqu’à la couleur que nous avons nommée ianthine”70. Cette couleur appartenait donc bien à la gamme chromatique du violet, de même que la couleur pourpre et la couleur ianthine71.

La pourpre hyacinthina

La pourpre hyacinthina est mentionnée pour la première fois dans un écrit de Perse72. Pour sa part, Pline se sert de la couleur hyacinthe pour qualifier la couleur d’une variété de pierre améthyste : “Une autre variété tire sur la couleur des hyacinthes ; les Indiens nomment cette nuance socos, et cette gemme socondios73. La pourpre hyacinthina deviendra, avec la pourpre blatta et oxyblatta une des trois pourpres réservées aux empereurs à partir de 380 p.C.74. Ce choix laisse penser que cette pourpre était non seulement très belle, mais aussi qu’elle était pure et qu’elle subissait peut-être plusieurs bains afin de se distinguer des pourpres dibapha plus communes.

En ce qui concerne la couleur, trois possibilités s’offrent à nous :

  • La couleur de la pourpre hyacinthina rappelait celle de la pierre du même nom qui était proche de celle de l’améthyste (Plin., HN, 37.123).
  • La couleur de la pourpre hyacinthina avait la couleur de la plante du même nom. Mais il y avait plusieurs variétés de hyacinthina dans l’Antiquité, de couleurs différentes : le delphinium Ajacis, l’iris Germanica, le glaïeul ou l’airelle75.
  • La pourpre hyacinthina était d’une couleur noirâtre, si l’on en croit Hésychius, auteur d’un lexique datant du Vsiècle de notre ère76.

J. André77 serait plutôt partisan de la seconde hypothèse énoncée, sans se prononcer sur la couleur de la plante. Pour notre part, nous nous rallions, comme G. Steigerwald78, aux indications d’Hésychius : la hyacinthina était une pourpre bleue violette très foncée, presque noire. Cette hypothèse ne contredit pas forcément celle de Pline, car l’améthyste indienne était peut-être de cette couleur.

La uiolacea purpura

La uiolacea purpura était à la mode peu avant la pourpre de Tarente79. Elle était de couleur violette et n’était pas une pourpre de double bain, si l’on en croit Cornelius Nepos80 qui nous apprend que la pourpre tyrienne de double bain a été portée pour la première fois à Rome en 63 a.C. Cette remarque vaut sans doute aussi pour la pourpre de Tarente qui lui succède.

La pourpre de Tarente

La pourpre de Tarente était déjà en vogue au temps de la jeunesse de Cornelius Nepos81, puis elle fut célébrée par Horace82. Sa production semble avoir perduré, puisque la Notitia Dignitatum nous apprend que cette ville possédait un atelier impérial au Ve siècle de notre ère83.

Au Ier siècle p.C., la pourpre fournie par Tarente ne faisait probablement pas partie des plus luxueuses84 et c’est peut-être pour cette raison que les auteurs ne l’évoquent plus par la suite. Les coquillages de la Méditerranée donnaient-ils une couleur trop commune qui pouvait être retrouvée sans peine dans d’autres régions de l’Italie85 ?

Les témoignages sur la couleur de cette pourpre semblent contradictoires. Selon Pline, qui reprend un témoignage de Cornelius Nepos, la pourpre de Tarente était rouge (C. Nepos, cité par Plin., HN, 9.136 : “rubra Tarentina”) tandis que, pour Horace, elle imitait la couleur des violettes (Hor., Epist., 2.207-209 : “Lana Tarantino uiolas imitata”). Pline s’est-il trompé en citant le texte de Cornelius Nepos ou bien la pourpre de Tarente est-elle passée véritablement d’une couleur rouge à une couleur violette grâce à l’ingéniosité des teinturiers qui auraient essayé de mettre leur production au goût du jour ? Nous penchons plutôt pour une erreur de Pline. En effet, si l’on suit la théorie de Vitruve86, la pourpre de Tarente devrait être plus proche des tons violets, comme le dit Horace.

Les pourpres mixtes

La pourpre ianthina

La pourpre ianthina est citée pour la première fois par Pline. Elle était prisée à la fin du Ier siècle p.C., puisqu’elle est évoquée chez Martial, toujours prompt à se moquer des personnes qui portaient les dernières pourpres à la mode87.

Pline ne donne aucun renseignement sur la façon d’obtenir cette pourpre, mais nous savons qu’une fleur portait le nom de “ianthinum”. Selon nous, cette pourpre n’avait pas que la couleur de cette fleur, elle était probablement fabriquée en partie grâce à elle, comme le suggère un texte du Digeste : “Je pense que sous le nom de pourpre on doit comprendre toute espèce de pourpre. (…) On comprendra aussi sous ce nom l’orseille et le ianthinu88.

D’après J. André, cette fleur, nommée ἰάνθινος en grec, n’est pas identifiée89. Cependant, Pline fournit des indices très précis sur sa couleur :

Parmi elles (les violettes), les violettes pourpres qui poussent spontanément en terrain maigre et ensoleillé ont une feuille plus large, qui sort directement de la racine charnue. Ce sont les seules auxquelles les Grecs donnent un nom distinctif ; ils les appellent ia et c’est de là que les étoffes ianthines tirent leur nom90.

Dans un autre chapitre, le Naturaliste nous apprend également que sa couleur était proche de celle de l’améthyste : “l’améthyste, qui du violet va également jusqu’au pourpre et jusqu’à la couleur que nous avons nommée ianthine”91. Ainsi, la pourpre ianthina appartenait bien à la gamme des violets.

Les teintures conchyliennes

Les étoffes trempées dans les teintures conchyliennes avaient la particularité de ne pas être saturées comme celles qui étaient trempées dans les pourpres pures : c’était la couleur pâle qui faisait leur succès.

Pour la fabrication de ce type de teintures, Pline recommande l’usage du pourpre de gravier que nous n’avons pas identifié92.

Voici sa recette :

Pour les étoffes conchyliennes même technique (que pour la pourpre tyrienne), mais sans buccin ; en outre le suc est additionné d’eau et, par parties égales, d’urine humaine. On ajoute encore une demi quantité de medicamen. On obtient ainsi par une saturation imparfaite cette nuance pâle si vantée, et d’autant plus claire qu’on étanche moins la soif de la laine93.

Pour bien comprendre ce passage, il faut relire la recette de la pourpre tyrienne : “Pour la teinture tyrienne, on trempe (la laine) dans la pourpre pélagienne, (le contenu de) la cuve étant immature et frais, ensuite on la fait passer dans un bain de buccin”94. Pour l’obtention d’une teinture conchylienne, seule la première partie de la recette de la pourpre tyrienne est reprise, car le bain de buccin, c’est-à-dire d’Hexaplex trunculus, est supprimé. On ne préparait donc qu’un seul bain de teinture auquel on ajoutait de l’eau et de l’urine en proportion égale. Ensuite Pline recommande d’ajouter “encore une demi quantité de medicamen”.

Mais qu’entend-il par medicamen ? Nous l’avons déjà évoqué en première partie95, mais il bon de le rappeler ici. Le medicamen était un mot précis pour désigner les glandes tinctoriales, déjà extraites de leur coquille, qui allaient servir à l’élaboration de la teinture. En somme, il désigne le colorant de la teinture96.

Dans le cas de la teinture tyrienne, les étoffes destinées à être teintes subissaient deux bains dans deux cuves différentes. Elles étaient plongées dans un premier bain de glandes tinctoriales encore immature (inmatura), c’est-à-dire dans une substance tinctoriale dans laquelle le colorant n’était pas encore révélé, puis dans un deuxième bain d’Hexaplex trunculus, c’est-à-dire dans une substance tinctoriale qui cette fois était révélée, qui avait donc un pouvoir colorant. Dans le cas des teintures conchyliennes, les étoffes subissaient deux bains dans la même cuve. Elles étaient plongées dans un premier bain encore immature (inmatura) de glandes tinctoriales mélangé à de l’eau et de l’urine, puis elles étaient retirées de ce premier bain. On ajoutait le medicamen dans la même cuve, on attendait la fermentation puis les étoffes étaient retrempées dans ce deuxième bain, cette fois colorant.

Toujours selon Pline, les teintures conchyliennes pouvaient être le résultat “de produits à la fois terrestres et marins”97. Qu’a-t-il voulu dire par l’expression “produits terrestres” ? L’hypothèse la plus probable est qu’on pouvait parfois aussi ajouter des plantes, telles que la garance ou l’indigo, à la teinture conchylienne.

L’urine humaine ajoutée dans la cuve à pourpre devait avoir ici une importance non négligeable, car elle se transformait en ammoniac au bout de quelques jours. Ceci ne devait pas être sans répercussion sur la couleur obtenue.

En ce qui concerne les couleurs de la teinture conchylienne, notons tout de suite que la “couleur austère, verdâtre, semblable à la mer courroucée”98 décrite par Pline ne définit pas une des couleurs obtenues, car le mot glaucus qualifie, dans ce contexte, un vert triste qui n’a pas d’éclat99. Selon nous, c’est la couleur de la substance tinctoriale et non une des couleurs conchyliennes qui est décrite ici. D’une part, le qualificatif glaucus correspond parfaitement à la couleur de la substance tinctoriale fermentée, d’autre part, ces teintures conchyliennes avaient une gamme de couleur qui s’étendait de l’héliotrope au violet.

Les trois principales couleurs conchyliennes étaient portées à la fois par les hommes et par les femmes (Plin., HN, 21.45-47). Elles appartenaient à la gamme chromatique du violet.

  • La couleur “héliotrope”

La couleur “héliotrope” est certainement celle de la plante du même nom. Selon Pline, elle est : “parfois claire, mais généralement plus saturée (que les autres)”100. J. André l’associe à l’héliotropium europaeum, à l’héliotropium villosum, et à l’héliotropium supinum qui sont d’une couleur violette101.

  • La couleur mauve

La mauve (malva) était très connue dans l’Antiquité pour ses vertus médicinales. À la fin de la République, elle fut utilisée en gastronomie et les auteurs divisèrent alors la famille des mauves en deux catégories : celle des mauves cultivées et celle des mauves sauvages. La plus connue de toutes et la plus souvent cultivée était sûrement la malva sylvestris dont la couleur est rose violet clair.

  • La couleur de la “violette tardive” (uiola serotina)

La couleur de la “violette tardive” était, selon Pline, “la plus vive des couleurs conchyliennes”102. Notre recherche sur l’existence d’une éventuelle violette tardive n’a pas abouti, mais il faut peut-être comprendre par le mot uiola ce que nous appelons de nos jours communément la “pensée”. La pensée est en effet une fleur de la famille des violacea qui peut fleurir du printemps à l’automne ou de l’hiver au printemps. Cette fleur aurait pu être qualifiée de violette tardive en raison de sa floraison s’étendant jusqu’à l’automne. Elle offre également une gamme de couleurs allant du rose au violet qui correspondent aux différentes teintes que l’on pouvait obtenir avec la pourpre marine.

Tableau des pourpres mixtes à dominante violette.
Tableau des pourpres mixtes à dominante violette.
Tableau des pourpres marines pures à dominante violette.
Tableau des pourpres marines pures à dominante violette.

Les pourpres de couleur indéterminée

Le manque de précision des sources textuelles nous empêche d’attribuer une couleur déterminée à six pourpres : la pourpre de Meninx, la pourpre de Gétulie, la pourpre tyrianthina, la pourpre de Milet, la pourpre haplia et la pourpre de Probus.

Une seule pourpre marine pure est attestée par les sources, c’est la pourpre de Meninx.

La pourpre de Meninx*

La production de pourpre dans l’île de Meninx est évoquée pour la première fois chez Pline : “La pourpre la plus estimée est (…) en Afrique, celle de Meninx et de la côte gétule de l’Océan”103. Au IIIe siècle elle faisait apparemment encore partie des pourpres de luxe104 et, au Ve siècle, un atelier réservé à la production impériale y fut installé105.

L’exploitation intensive des coquillages à pourpre a laissé des traces encore visibles de nos jours et nous savons, grâce aux vestiges archéologiques, que la pourpre de Meninx était fabriquée à partir d’Hexaplex trunculus106. Aucune source ne mentionne la couleur de cette teinture, mais, selon nous, il se pourrait qu’elle ait remplacé la pourpre punique. Elle serait alors rouge écarlate107. Cette hypothèse est confortée par la théorie de Vitruve qui attribue aux pourpres produites dans cette région, la couleur rouge108.

La pourpre de Gétulie

La pourpre de Gétulie passe pour avoir été créée à l’instigation du roi Juba II qui installa un établissement sur les Îles Purpuraires dans la seconde moitié du Ier siècle a.C. :

Les renseignements sur les îles de Maurétanie ne sont pas plus certains. On sait seulement qu’il y en a quelques-unes en face des Autololes, découvertes par Juba, qui y avait établi des fabriques de pourpre de Gétulie109.

Nous possédons de nombreux témoignages sur cette pourpre et ce dès la fin du Ier siècle a.C. : Horace110, Pomponius Mela111 et Pline112 s’extasient devant le nombre de coquillages à pourpre présents sur les côtes de Gétulie et ne tarissent pas d’éloges sur la pourpre que ceux-ci fournissent. On aime à penser que c’est probablement cette pourpre que portait le roi Ptolémée lorsqu’il entra dans l’amphithéâtre où Caligula donnait un spectacle (Suet., Calig., 35). Et si l’éclat de son manteau fut déterminant dans son assassinat, n’est-ce pas peut-être parce qu’elle concurrençait la pourpre impériale et qu’elle confirmait Caligula dans les soupçons qu’il nourrissait à l’égard de son cousin ?113.

La question de la nature de la pourpre de Gétulie a été longuement débattue au cours du XXe siècle par les chercheurs ayant travaillé sur le sol marocain. Selon certains, la pourpre de Gétulie était végétale114 en raison de l’abondance de l’orseille de mer dans ce pays ainsi qu’aux îles Canaries, tandis que pour d’autres, elle était d’origine animale en raison de la présence d’amas de Stramonita haemastoma retrouvés le long du littoral, à proximité des Îles Purpuraires115.

Selon nous, il est impossible qu’une telle pourpre ait été uniquement faite à base d’orseille, ou même qu’elle ait été un mélange de ce lichen et de Stramonita haemastoma. Nous doutons qu’une teinture végétale ait convenu au roi Ptolémée quand on sait leur fragilité à l’épreuve du temps116 et qu’une teinture végétale, même mélangée à de la pourpre marine, ait pu contribuer à l’éclat de ce manteau qui lui coûta la vie. Si le manteau du roi Ptolémée était teint en pourpre de Gétulie, celle-ci devait être pure. Certes, on ne peut exclure que le roi ait porté de la pourpre de Tyr puisque celle-ci ne sera réservée à l’empereur que sous le règne de Néron117. Mais si tel avait été le cas, Suétone, qui évoque la loi de monopole sur la pourpre de Tyr, n’aurait pas manqué de nous le signaler.

Les textes littéraires ne donnent aucune indication sur cette couleur et nous ne savons même pas si elle était rouge ou violette. L’expérience que nous avons pu effectuer sur des Stramonita haemastoma pêchés près d’Essaouira a donné une jolie couleur violette, mais l’écosystème d’aujourd’hui n’est pas comparable à celui du Ier siècle p.C. De plus, si l’on suit la théorie de Vitruve, la pourpre de Gétulie devait être rouge118.

La pourpre tyrianthina

La pourpre tyrianthina est issue du mélange de deux teintures différentes. Nous savons grâce à son étymologie qu’elle était fabriquée avec de la pourpre tyrienne, mais un doute persiste sur la seconde pourpre entrant dans sa composition : était-ce la pourpre amethystina, c’est-à-dire une pourpre pure, ou la pourpre ianthina, c’est-à-dire une pourpre mixte ?

On ne se contente pas d’avoir pris à une gemme le nom d’améthyste ; on recolore complètement l’améthyste dans la pourpre tyrienne ; ainsi crée-t-on, en même temps qu’un nom scandaleux tiré de l’une et de l’autre, un raffinement double119.

Alors qu’étymologiquement le mot tyrianthina évoque le mélange de la pourpre tyrienne avec la pourpre ianthine, Pline dénonce ici la superposition de deux pourpres pures : la pourpre améthyste et la pourpre tyrienne. Si on le suit, cela revient à mêler une couleur violette à une couleur rouge. Deux hypothèses de fabrication sont alors possibles :

  • Pline désigne par le terme améthyste la pourpre du même nom et, dans ce cas, la pourpre tyrianthina serait le résultat de la superposition de la “pourpre améthyste” et de la pourpre tyrienne. Au total les étoffes teintes en tyrianthina subiraient quatre bains différents : un bain de “pourpre pélagienne” et un bain d’Hexaplex trunculus pour prendre la couleur améthyste120, puis un bain non fermenté de glandes tinctoriales (d’un coquillage indéterminé) et un bain fermenté d’Hexaplex trunculus, selon le procédé spécifique à la pourpre tyrienne121.
  • La pourpre tyrianthina serait le fruit de la superposition de la pourpre ianthine et de la pourpre tyrienne122. Cela expliquerait la présence de ces deux mots dans la dénomination de cette pourpre.

Dans les deux cas, le violet de la pourpre améthyste ou de la pourpre ianthine a dû éclaircir la pourpre tyrienne et devait se situer entre la couleur de sang coagulé123 et la couleur violette.

La pourpre de Milet

Nous savons que la pourpre de Milet était exploitée par Néron pour son propre compte, entre son adoption par Claude et le début de son règne, ce qui indique déjà sa haute qualité124. La boutade de Martial, à propos de sa toge, ne dit pas autre chose : “Il ne convenait pas que tu fusses assombrie par la teinture de la Laconie, et Milet n’était pas digne de colorer ta laine”125. La ville produisait encore de la pourpre à la fin du IIIe siècle p.C. À cette époque il existait deux variétés de pourpre à Milet, dont l’une de double bain126.

Selon G. Steigerwald127, cette pourpre était faite à base de coquillages et de produits végétaux tels que le fucus ou la garance. Nous ne sommes pas d’accord avec cette hypothèse : le prix de cette pourpre était suffisamment élevé pour qu’elle n’ait été fabriquée qu’avec des glandes de coquillage128. La couleur de cette pourpre n’est mentionnée par aucun texte, mais, selon la théorie de Vitruve, elle serait violette129.

La pourpre haplia

La pourpre haplia est mentionnée pour la première fois dans l’Édit du Maximum. Le terme d’haplia qui signifie “simple” qualifie une technique de fabrication et non une couleur : l’étoffe teinte en pourpre haplia ne subissait qu’un seul bain de teinture. Son prix de 12 000 deniers pour une livre de laine ne permet pas de douter de la présence de pourpre marine dans sa composition. Notons à ce propos que la pourpre de Nicée, qui vient juste après la pourpre haplia dans l’Édit du Maximum, ne coûte que 1 500 deniers la livre130. Une telle différence de prix ne peut signifier qu’une différence de nature : la pourpre haplia est une pourpre pure, la pourpre de Nicée est une pourpre végétale. Dans ce cas, les pourpres haplia pourraient désigner à cette époque les pourpres conchyliennes de Pline qui étaient justement appréciées pour leur pâleur131.

La pourpre alexandrine

La pourpre alexandrine, plus communément appelée pourpre de Probus132, porte le nom de son créateur qui était préposé aux ateliers de pourpre de l’Empereur Alexandre Sévère (SHA, Alex. Sev., 40.6-11). Elle s’est apparemment diffusée jusqu’en Égypte, car, au IIIe siècle p.C., elle figure dans la liste des biens d’un préteur à gage de ce pays133.

La couleur de cette pourpre est inconnue, mais nous savons qu’elle était particulièrement éclatante (clarissima). Selon nous, l’empereur n’aurait pas fait produire une teinture mixte dont la couleur serait passée au bout de quelques lavages. Une pourpre fabriquée dans les ateliers impériaux devait, en effet, être à l’image de son éminent producteur et donc d’une qualité irréprochable. Ainsi, la pourpre de Probus était très probablement une pourpre marine pure.

Cette énumération a permis de porter à vingt le nombre total des pourpres marines pures et des pourpres marines mélangées à des plantes tinctoriales ayant été produites au cours de la période romaine. En tout, les teinturiers ont fabriqué dix-sept pourpres pures dont sept, voire neuf, de couleur rouge, quatre, peut-être six, de couleur violette, ainsi que trois pourpres mixtes dont une de couleur rouge et deux de couleur violette. Cependant, n’oublions pas que les sources textuelles ne mentionnent généralement que les productions sortant de l’ordinaire si bien que des pourpres locales peuvent très bien avoir été passées sous silence.

Le nombre de pourpre de couleur indéterminée étant élevé, il est difficile de savoir dans quelle gamme chromatique les teinturiers ont le plus innové. Cependant, la domination des pourpres rouges de Tyr apparaît très clairement au sein de ce chapitre. Mais toutes les pourpres que nous venons de passer en revue révèlent à quel point l’ars purpuraria était développé et l’apparition de pourpres sophistiquées ou complexes, comme la pourpre améthyste, la tyrianthina, l’hysgine ou les teintures conchyliennes ne fait que confirmer le grand savoir-faire des teinturiers, leur dynamisme et leur esprit novateur.

Tableau de pourpres marines pures à couleur inconnue.
Tableau de pourpres marines pures à couleur inconnue.

Les prix de la pourpre

Afin de mieux comprendre la difficulté de tracer une évolution du prix de la pourpre, dressons tout d’abord un tableau récapitulatif des prix indiqués pour une livre de laine ou de soie pourpre, par les deux seules sources dont nous disposons, à savoir un passage de Pline l’Ancien et un extrait de l’Édit du Maximum.

Comment retracer une évolution du prix de la pourpre sur les quelques 350 années qui séparent nos sources ? Ces différentes pourpres ne peuvent être mises en équivalence, car leur dénomination et leur qualité ont changé avec le temps134. Ainsi, la dibafa tyria de Cornelius Nepos n’était certainement plus assez saturée au goût des clients du IIIe siècle qui exigeaient désormais des pourpres ayant subi jusqu’à cinq bains de teinture (πενταβάφου πορφύρας)135. On pourrait penser que la dibafa tyria se cache derrière l’une des trois pourpres les plus chères de l’Édit du Maximum. Mais on sait qu’à l’époque de Cornelius Nepos, la dibafa tyria, quelque temps après son arrivée sur le marché, n’était déjà plus utilisée que pour recouvrir les lits de table : une telle pourpre n’aurait pas figuré parmi les trois premières pourpres citées dans l’Édit du Maximum.

S. Mrozek136 a bien tenté de tracer une évolution du prix de la pourpre. Mais d’une part, il a délibérément confondu la soie pourpre, qui était un article rare, avec de la laine pourpre et d’autre part, il a confondu des qualités de pourpres différentes. Peut-on assimiler la laine teinte en dibafa tyria avec la soie teinte en pourpre de l’Édit du Maximum, quand on sait que cette matière n’était pas connue dans la première moitié du Ier siècle a.C.137 ? De même, peut-on rapprocher la soie pourpre dite ὀλόβηρα citée par Procope138 avec la soie teinte en pourpre (μεταξαβλάττα) de l’Édit du Maximum alors que plus de deux siècles séparent ces deux sources ?

Nous ne pouvons tirer que deux renseignements concrets de cette étude. Le premier est qu’une livre de laine dibafa tyria était égale à une livre d’or dans la première moitié du Ier siècle a.C.139. Le second est qu’en 301 p.C., dans l’Édit du Maximum, le prix maximum fixé pour une livre de laine pourpre de la plus haute qualité (purpura blatta) n’équivalait pas à une livre d’or140, étant approximativement d’un tiers moins chère. À cette époque, seule la soie teinte en pourpre, la μεταξαβλάττα, valait deux livres d’or en raison de la matière employée, car, déjà à l’époque d’Aurélien, “une livre de soie (naturelle) équivalait à une livre d’or”141. Ainsi, même s’il n’est pas possible de tracer l’évolution du prix de la pourpre, le rapport constaté entre les prix des trois premières pourpres de l’Édit du Maximum et le prix de l’or montre bien qu’il s’agissait de produits de luxe. Cependant, les clients avaient tout de même le choix entre différentes qualités de pourpre dont les prix maximum, fixés en 301, étaient compris entre 10 000 et 50 000 deniers la livre. Chacun choisissait, en fonction de ses ressources, non seulement la qualité, mais aussi la quantité de la pourpre qu’il voulait porter. Les moins riches pouvaient acheter juste quelques mètres de la pourpre la moins chère afin d’orner leurs vêtements142. La présence de bandes ou de broderies teintes en pourpre sur les vêtements leur conférait en effet de la valeur : ceux-ci se transmettaient dans les familles, d’une génération à l’autre comme les bijoux ou l’argenterie. C’est ce que montre ce passage du Digeste :

Mais dans l’autre cas, ce qui a été associé à l’argent pour embellir l’objet fait partie du legs, puisqu’il reste essentiellement constitué d’argent, de même que les bandes d’or et de pourpre font partie des vêtements. Pomponius selon les recueils de lettres, considère que même si les bandes ne sont pas cousues, elles font partie du legs de l’habillement143.


Conclusion de la deuxième partie

Bien que le secret de la fabrication de la pourpre ait été redécouvert, des zones d’ombre persistent encore. Afin d’essayer d’en savoir un peu plus sur cette teinture, nous avons étudié les principaux auteurs qui se sont scientifiquement intéressés aux coquillages à pourpre. C’est ainsi que nous avons procédé à une relecture des textes d’Aristote et de Vitruve et que nous avons été attentive aux observations que ces derniers ont faites sur l’influence de l’environnement sur la nature des coquillages. Selon Aristote, le suc tinctorial changeait de couleur en fonction de leur lieu d’habitat, tandis que selon Vitruve, le suc tinctorial changeait de couleur en fonction

de l’intensité du soleil. En appliquant la théorie de Vitruve à l’ensemble des pourpres de l’Empire, nous avons pu distinguer quatre zones géographiques correspondant à quatre couleurs de pourpre différentes. Cependant, ces couleurs naturelles ne suffisaient pas à obtenir un résultat satisfaisant : le talent et l’expérience des teinturiers en pourpre étaient en réalité seuls responsables de la variété des nuances et du savant chatoiement de la pourpre. De nombreuses couleurs furent ainsi créées et certains ateliers comme ceux de Tyr, de Sidon ou de Meninx, produisirent pendant plusieurs siècles des couleurs qui devinrent leur marque de fabrique.

Notes

  1. Infra, p. 58 et p. 66.
  2. Varietas autem non ob aliam causam fit, quam quia pars coloris <a> sole est, pars a nube : in illa umor modo caeruleas lineas, modo uirides, modo purpurae similes et luteas aut igneas ducit, duobus coloribus hanc uarietatem efficientibus, remisso et intento. Sic enim et purpura eodem conchylio non in unum modum exit ; interest, quamdiu macerata sit, crassius medicamentum an aquatius traxerit, saepius mersa sit et excocta an semel tincta.
  3. Supra, p. 33 ; Plin., HN, 9.134 : “La laine trempe cinq heures ; après avoir été cardée, elle subit un second bain, jusqu’à ce qu’elle soit saturée” (Quinis lana potat horis rursusque mergitur carminata, donec omnem ebibat saniem).
  4. Plin., HN, 9.138 : Sic gignitur laudatus ille pallor saturitate fraudata tantoque dilutior, quanto magis uellera esuriunt.
  5. Plin., HN, 9.135 : liquata cortina uellus elutriatum mergitur in experimentum et, donec spei satis fiat, uritur liquor.
  6. Plin., HN, 9.137 : “(la pourpre de Tarente) fit place à la tyrienne double-bain, qui coûtait plus de mille deniers la livre ; on blâmait P. Lentulus Spinther, édile curule, de l’avoir employée le premier pour la prétexte” (Huic successit dibapha Tyria, quae in libras denariis mille non poterat emi. Hac P. Lentulus Spinther aedilis curulis primus in praetexta usus inprobabatur).
  7. Plin., HN, 9.137 : “Cette pourpre, (la pourpre de Tyr de double bain) dit Cornélius Nepos, qui ne l’emploie aujourd’hui pour les lits de table ?” (Qua purpura quis non iam, inquit, tricliniaria facit ?).
  8. Stat., Theb., 6.540-542 : “À toi, Admète, pour récompenser tes mérites, on apporte une chlamyde bordée d’une frange méonienne et plusieurs fois teinte de pourpre” (At tibi Maeonio fertur circumflua limbo / pro meritis, Admete, chlamys repetitaque multo / murice).
  9. P.Coll.Youtie 2.85.
  10. Sen., QNat., 1. 3.12.
  11. Liv. 34.1-3.
  12. Sen., QNat., 1.5.12 : Sunt etiam quidam colores qui ex interuallo uim suam ostendunt : purpuram Tyriam, quo melior est saturiorque, eo altius oportet teneas, ut fulgorem suum intendat. Non tamen ideo non habet colorem illa, quia, quae optimum habet, non quomoducumque explicatur ostendit.
  13. Ce phénomène est décrit chez Philostr., Imag., 1.28.
  14. Cum de Tyriae purpurae quam emi iusserat obscuritate quereretur, dicente venditore : Erige altius et suspice, his usus est salibus : Quid ? Ego, ut me populus Romanus dicat bene cultum, in solario ambulaturus sum ?
  15. Infra, p. 63 ; p. 66.
  16. ut color alius operiretur alio, suauior ita fieri leniorque dictus.
  17. dicens :Si linae idcirco sunt, <ut> nihil asperum habeant, quid opus est purpura in línea ?”.
  18. Cf. note 2 : crassius medicamentum an aquatius traxerit.
  19. Supra, chapitre 5.
  20. André 1949, 195.
  21. Plin., HN, 9.137.
  22. Ov., Ars am., 3.170 : Tyrio murice, lana, rubes.
  23. Vitr., De arch., 7.13 : meridianis regionibus excipitur rubra (purpura) procreatur potestate.
  24. André 1946, 76.
  25. Supra, p. 47 ; p. 48.
  26. Catalogue, p. 267.
  27. Reinhold 1970, 29-36.
  28. Plin., HN, 9.135 : At Tyrius pelagio primum satiatur inmatura uiridique cortina, mox permutatur in bucino.
  29. Plin., HN, 9.135 : Laus ei summa in colore sanguinis concreti, nigricans aspectu idemque suspectu refulgens, unde et Homero purpureus dicitur sanguis.
  30. Stat., Silv., 3.2.131-140 ; Clem. Al., Paed., 10bis.115.1-4 ; SHA, Carus, Carin, Numerus, 20.4 : “Que dire de celles (étoffes) importées de Tyr et de Sidon, si fines qu’elles en paraissent transparentes, rutilantes de pourpre, célèbres pour la difficulté qu’on a à les broder ?” (Quid Tyro et Sidone tenuitate perlucidas, micantes purpura, plumandi difficultate pernobiles ?).
  31. Sen., Herc. Oet., 658-667 : nec Sidonio mollis aeno repetita bibit lana rubores.
  32. Catalogue, p. 156.
  33. Prop. 4.3.51 : “Oui, que me servirait à moi cette pourpre punique dont tu resplendis ?” (Nam mihi quo Poenis ter purpura fulgeat ostris).
  34. Zaouali, Apport des études malacologiques à la connaissance historique des activités halieutiques dans la région de Carthage, non publié. Nous savons qu’il y a eu production de pourpre à Carthage au IIIe et IIe siècle a.C.
  35. Plaut., Men., 918 : “Pendant que tu y es, demande-moi si je mange à mon ordinaire du pain pourpre, ou punique, ou jaune ?” (Quin tu me interrogas, purpureum panem, an puniceum soleam ego esse an luteum ?).
  36. Lucr. 2.826-833.
  37. Silv., 2.1.132-134.
  38. Amm. Marc. 20.11.27.
  39. André 1949, 89.
  40. Supra, p. 49.
  41. Hor., O., 2.18.5-9.
  42. Paed., 10bis.115.1-4.
  43. NA, 15.10.
  44. HN, 9.127 ; 35.45.
  45. HN, 21.45 : Hos animaduerto tris esse principales : rubentem in cocco, qui a rosae migrantis gratia nitido trahitur suspectu et in purpuras Tyrias dibaphasque ac Laconicas.
  46. Supra, p. 49.
  47. Luc. 2.18 ; Clem. Al., Paed., 10bis.115.1-4.
  48. Θαλάσσῃ μὲν δὴ πλὴν τοῦ Κορινθίων ἰσθμοῦ περιέχεται πᾶσα ἡ Πελοπόννησος· κόχλους δὲ ἐς βαφὴν πορφύρας παρέχεται τὰ ἐπιθαλάσσια τῆς Λακωνικῆς ἐπιτηδειοτάτας μετά γε τὴν Φοινίκων θάλασσαν.
  49. Édit du maximum, 24.2.
  50. C’est aussi l’avis de Steigerwald, 1990, 224-227.
  51. CJ, 4.40.1 : “Qu’aucun particulier n’ait la faculté de teindre la soie ou la laine avec les sortes de pourpre nommées blatta (…) et de vendre ensuite les étoffes” (Fucandae atque distrahendae purpurae, vel in serico, vel in lana, quae blatta (…) dicitur, facultatem nullus possit habere privatus), Napoli 2004, 123-136.
  52. Reinhold 1970, 29-36.
  53. Xen., Cyn., V, 23.
  54. Steigerwald 1990, 238.
  55. Édit du Maximum, 24.4.
  56. CJ, 4.40.1 : “Qu’aucun particulier n’ait la faculté de teindre la soie ou la laine avec les sortes de pourpre nommées (…) oxyblatta et de vendre ensuite les étoffes” (Fucandae atque distrahendae purpurae, vel in serico, vel in lana, quae oxyblatta (…) dicitur, facultatem nullus possit habere privatus).
  57. Infra, p. 64.
  58. SHA, Alex. Sev., 40.6-11 ; Heliogab., 33.2-3 ; Vie de Diaduménien, 3.3.
  59. Steigerwald 1990, 243-247.
  60. Cardon 2003, 476-478.
  61. Plin., HN, 9.140 : “Bien plus, on utilisa pour ces mélanges les produits de la terre, et l’on reteignit dans la pourpre tyrienne ce qu’on avait teint dans le carmin de coccus, pour obtenir l’hysgine” (quin et terrena miscere coccoque tinctum Tyrio tinguere, ut fieret hysginum).
  62. Cardon 2003, 480.
  63. Supra, p. 63 : voir la recette de la pourpre tyrienne donnée par Pline.
  64. Entre autres : Hor., Sat., 2.6.100 ; Sen., Epigr., 444.1 ; Luc. 10.122 ; SHA, Heliogab., 33.3.
  65. Plin., HN, 9.141 : “Le coccus de Galatie est la baie écarlate la plus appréciée, comme nous le dirons à propos des végétaux, ou encore celui des environs d’Emérita en Lusitanie” (coccum Galatiae, rubens granum, ut dicemus in terrestribus, aut circa Emeritam Lusitaniae in maxima laude est).
  66. Plin., HN, 9.141 : Verum, ut simul peragantur nobilia pigmenta, anniculo grano languidus sucus, idem a quadrimo euanidus. Ita nec recenti uires neque senescenti.
  67. Plin., HN, 37.121-122 : Perlucent autem omnes uiolaceo decore, scalpturis faciles. Indica absolutum Phoeniciae purpurae colorem habet ; ad hanc tinguentium officinae dirigunt uota.
  68. Suet., Ner., 32. 4-6 ; infra, p. 109.
  69. Plin., HN, 9.135 : Summa medicaminum in libras.. uellerum bucini ducenae et e pelagio CXI. Ita fit amethysti colos eximius ille.
  70. Plin., HN, 31. 45-47 : amesthystinum, qui a uiola et ipse in purpureum, quemque ianthinum appellauimus.
  71. C’est également l’avis d’André 1949, 196.
  72. Sat., 1.32.
  73. Plin., HN, 37.122 : Alterum earum genus descendit ad hyacinthos ; hunc colorem Indi socon uocant, talemque gemmam socondion.
  74. CJ, 4.40.1 : “Qu’aucun homme privé n’ait la faculté de teindre la soie ou la laine avec les sortes de pourpre nommées blatta ou oxyblatta et hyacinthina et de vendre ensuite les étoffes” (Fucandae atque distrahendae purpurae, vel in serico, vel in lana, quae blatta, vel oxyblatta, atque hyacinthina dicitur, facultatem nullus possit habere privatus).
  75. André 1985,127.
  76. ύακίνθινον· ύπομελανίζον, πορφυρίζον.
  77. André 1985, 198.
  78. Steigerwald 1990, 255, n. 168.
  79. Infra, p. 68.
  80. C. Nepos, cité par Plin., HN, 9.136.
  81. Idem ; Cornelius Nepos est né en 109 a.C. Sa jeunesse s’est donc déroulée à peu près entre 100 et 90 a.C.
  82. Epist., II, 207-209.
  83. Not. Dign., 11.65.
  84. Au temps de Pline, la pourpre la plus réputée en “Europa” n’était pas celle de Tarente, mais celle de Laconie.
  85. Catalogue, p. 184 ; p. 224 ; p. 225.
  86. Supra, p. 49.
  87. Mart., Epigr., 2.39.1.
  88. HN, 32.70.12 : Purpurae autem appellatione omnis generis purpuram contineri puto : (…) fucinum et ianthinum continebitur.
  89. André 1985, 130.
  90. HN, 31.27 : ex his vero, quae sponte apricis et macris locis proveniunt, purpureae latiore folio, statim ab radice exeunti, carnoso solae que Graeco nomine a ceteris discernuntur, appellatae ia et ab his ianthina vestis.
  91. HN, 32.46 : amesthystinum, qui a uiola et ipse in purpureum, quemque ianthinum appellauimus.
  92. Plin., HN, 9.131 : “(…) le pourpre de gravier doit son nom au gravier marin ; il convient admirablement à la fabrication des couleurs conchyliennes” (calculenses appellatur a calculo <in> mari, mire aptum conchyliis).
  93. HN, 9.138 : In conchyliata ueste cetera eadem sine bucino, praeterque ius temperatur aqua et pro indiuiso humani potus excremento. Dimidia et medicamina adduntur. Sic gignitur laudatus ille pallor saturitate fraudata tantoque dilutior, quanto magis uellera esuriunt.
  94. Plin., HN, 9.135 : At Tyrius pelagio primum satiatur inmatura uiridique cortina, mox permutatur in bucino.
  95. Supra, p. 32.
  96. TLL, s.v. medicamen, 531 in fine.
  97. HN, 37.204 : ex iis, quae terrena et maris, conchyliis, purpurae.
  98. Plin., HN, 9.127 : color austerus in glauco et irascenti similis mari.
  99. Selon André 1949, 177.
  100. HN, 21.46 : in aliquo exilis, plerumque saturatior.
  101. Selon la classification de Linné, André 1985, 119.
  102. HN, 21.46 : alius in uiola serotina conchyliorum uegetissimus.
  103. HN, 9.127 : praecipuus Meninge Africae et Gaetulo litore oceani.
  104. SHA, Clod., 14.8.
  105. Not. Dign., 11.70.
  106. Catalogue, p. 165.
  107. Supra, p. 61.
  108. Supra, p. 49.
  109. Plin., HN, 6.201 : [Insulas] constat esse ex adverso Autololum a Iuba repertas, in quibus Gaetulicam purpuram tinguere instituerat.
  110. O., 2.16.33 ; Epist., 2.2.181-184.
  111. Pompon. 3.104.18.
  112. HN, 5.12 ; 35.44.
  113. Sur cette question, Coltelloni-Trannoy 1997, 55-59, sp. 58.
  114. David & Herbert 1938, 97-99 ; Gattefossé 1957, 332-333.
  115. Catalogue, p. 171.
  116. Plin., HN, 32.2.
  117. Napoli 2004, 126-127.
  118. Supra, p. 49.
  119. Plin., HN, 9.139 : Non est satis abstulisse gemmae nomen amethystum ; rursum absolutum inebriatur Tyrio, ut sit ex utroque nomen inprobum simulque luxuria duplex.
  120. Supra, p. 64 : “En tout, pour … livres de laine, deux cents livres de buccin et cent-onze de pourpre. Ainsi l’on obtient l’améthyste, la couleur la plus remarquable”.
  121. Supra, p. 60 : “Pour la teinture tyrienne, on trempe d’abord dans un bain de pourpre pélagienne, alors que la cuisson est incomplète et le liquide encore cru ; ensuite on fait passer dans un bain de buccin”.
  122. C’est l’avis d’André 1949, 197.
  123. Supra, p. 60.
  124. Napoli 2004, 126-127.
  125. Epigr., 8.2p8 : Te nec Amyclaeo decuit liuere ueneno nec Miletos erat uellere digna tuo.
  126. Édit du Maximum, 24.6-24.7.
  127. Steigerwald 1990, 261.
  128. Infra, p. 230.
  129. Supra, p. 49.
  130. Édit du Maximum, 24.8.
  131. Supra, p. 66.
  132. Infra, p. 110.
  133. SB, 9834.
  134. Supra, p. 58.
  135. P.Coll.Youtie 2.85.
  136. Mrozek 1980, 236-243.
  137. Boulnois 1992, 58.
  138. Procop., Arc., 25.21.
  139. Mrozek 1980, 239.
  140. Dans l’Édit du Maximum, une livre d’or équivaut à 72 000 deniers.
  141. SHA, Aurel., 45.4-5 : Libra enim auri tunc libra serici fuit.
  142. Infra, p. 120.
  143. Dig., 34.2.19.5 : quod ad speciem argenti iunctum est, quemadmodum clavi aurei et purpurae pars sunt vestimentorum. idem pomponius libris epistularum, etsi non sunt clavi vestimentis consuti, tamen veste legata contineri.
ISBN html : 978-2-38149-008-3
Posté le 16/12/2022
EAN html : 9782381490083
ISBN html : 978-2-38149-008-3
Publié le 16/12/2022
ISBN pdf : 978-2-38149-015-1
ISSN : 2741-1508
17 p.
Code CLIL : 4117 ; 3385
DOI : 10.46608/DANA4.9782381490083.8
licence CC by SA

Comment citer

Macheboeuf, Christine, “L’ars purpuraria”, in : Macheboeuf, Christine, Exploitation et commercialisation de la pourpre dans l’Empire romain, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 4, 2022, 57-73 [en ligne] https://una-editions.fr/l-ars-purpuraria/ [consulté le 13/12/2022].

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Contenu(s) additionnel(s) :

Accès au livre Exploitation et commercialisation de la pourpre dans l'Empire romain
Illustration de couverture • Hexaplex trunculus
(cl. C. Macheboeuf).
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