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La découverte du manuscrit

Considéré comme définitivement perdu depuis la Révolution, le Liber rubeus ou Livre rouge de l’évêché d’Aire n’était connu que par des copies partielles et tardives.

La seule description existante provient d’un document de 1566, qui fait aujourd’hui partie des archives collectées par l’abbé Vincent Foix et données aux Archives départementales1. Il s’agissait de l’extrait vidimé de la sentence arbitrale entre l’évêque d’Aire et le chapitre de Saint-Girons sur les novales (27), transcrite aux feuillets 98 à 101 du Livre rouge. Voici la partie de ce texte concernant notre recueil :

“Extrait vidimé et collationé a esté la sentence en latin cy dessus trouvée en un certain livre communement appelé le Livre rouge aux archives de l’eglise cathedralle d’Ayre, commensent le dict Livre rouge Denunciacio excommunicacionis et excommunicatorum generaliter, folio primo, copia unionis monasterii Sancte Quiteyrie tercio, et après la table, au premier fuillet, en grosse lettre Denunciamus et denunciari mandamus excommunicatos, etc., et au cinquiesme fulhet ensuyvant est escript en lettre rouge In nomine Domini. Incipit proemium, et après en teste et en grosse lettre escript Quia labilis est memoria, et à la fin dudit livre est escript ung acte faict capitulairement, commensent In nomine Domini, amen, finissant Et me, Arnaldo Guilhermo de Filhoto, clerico predicte Adurensis diocezis auctoritate apostolica notario publico, etc., signavi in fidem et testimonium premissorum., Signum A. de Filhoto. Et au pied sont apposés les sceaulx de l’evesque et chappitre, contenent le dict livre cent vingt cinq fulhetz de parchemin escriptz.”

Nous devons en outre signaler qu’il n’existe aucun inventaire ancien des archives de l’évêché d’Aire2 permettant de connaitre sa localisation dans les bâtiments épiscopaux et l’évolution de sa conservation jusqu’à la Révolution. Jusqu’à la saisie des biens nationaux, il s’agissait du document de référence dont on relevait de larges extraits : – des clercs s’y employaient à l’évêché d’Aire pour des raisons administratives ou judiciaires, et ce au moins dès 1566 ; – des savants de la région et ensuite des cercles de la haute érudition ecclésiastique. Parmi les premiers à s’aviser de son intérêt historique on peut mentionner l’historien basque Arnauld Oihénart (1592-1668) et le béarnais Pierre de Marca (1594-1662). Dans son Histoire de Béarn publiée en 1640, ce dernier signale un texte issu de ce cartulaire éclairant la fondation de Mont-de-Marsan et, peu après, Oihénart réalise à la fin des années 1650 une compilation de documents historiques sur le Béarn et le Pays basque. Les 23 volumes de ces manuscrits ont été donnés en 1675, après sa mort, à Colbert et rassemblés dans la collection Duchesne. On y trouve la copie de l’union de l’abbaye du Mas d’Aire à l’évêché de 1228 (4)3. Désormais, tous les érudits s’intéressant à l’histoire, ecclésiastique en particulier, ne manquent pas de s’y référer ou d’en copier des actes :

  • dom Pierre Du Buisson (1639-1684) transcrit le texte concernant Mont-de-Marsan ;
  • son contemporain dom Claude Estiennot, (1639-1699), recopia en 1679 et 1681 plusieurs textes du Livre rouge, qu’il intègre dans ses Fragmenta historiae Aquitanicae4 ;
  • puis les Mauristes auteurs du premier tome (1715) de la nouvelle édition de la Gallia christiana.

Enfin l’archiviste et historiographe Jean-Baptiste Larcher réunit dans ses Glanages de nombreux textes tirés du Livre rouge, dont le pouillé qui en constitue la partie centrale. Les 25 volumes de ses “Preuves”, qui concernent en grande partie la province ecclésiastique d’Auch, sont aujourd’hui conservés à la Médiathèque Louis-Aragon de Tarbes. Quatre d’entre eux comportent des copies de documents du Livre rouge5.

Conservé depuis la Révolution dans les archives d’une famille landaise où il tomba dans l’oubli, le précieux recueil réapparut à Bayonne sur l’étal d’un libraire de livres d’occasion à la fin de l’année 2002. C’est là que, de manière totalement fortuite, il fut repéré et identifié par la directrice des Archives départementales de la Dordogne, Maïté Etchechoury, et son mari Jean-Louis Glénisson, alors directeur de la Bibliothèque patrimoniale de Périgueux, qui se trouvaient en vacances dans la région. Aussitôt informé, leur confrère des Archives départementales des Landes put rapidement prendre contact avec le marchand et procéder de son côté à une identification définitive avec la collaboration du regretté Jean Cabanot. Dès janvier 2003, le précieux manuscrit put ainsi être acquis par le département et devenir l’un des trésors de leurs Archives départementales. Il y fit alors l’objet d’un microfilmage et d’une numérisation, avant d’être restauré dans l’année par la Reliure du Limousin. Après une tentative avortée de transcription en 2003-2004, celle-ci fut dans un premier temps reprise en 2015, et réactivée en 2024 en vue de cette édition.

Notes

  1. Arch. dép. des Landes, 2 F 2983.
  2. Il sera désigné indifféremment sous son nom français ou latin, sans préciser “d’Aire” par opposition aux documents de même nom “d’Auch” ou de “de Dax”. Dans le texte et les notes, les références aux actes du Liber rubeus sont indiquées par un chiffre entre parenthèses et en gras.
  3. BnF, Duchesne 104.
  4. BnF, lat. 12771 et 12773.
  5. Larcher 7, 16, 21-22.
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Pessac
Chapitre de livre
EAN html : 9782356134615
ISBN html : 978-2-35613-461-5
ISBN pdf : 978-2-35613-462-2
Volume : 3
ISSN : 3040-309X
2 p.
Code CLIL : 3377; 3438;
licence CC by SA

Comment citer

Bordes, François, “La découverte du manuscrit”, in : Bordes, François, Fritz, Jeanne-Marie, avec la collaboration de Lainé, Françoise, Liber rubeus de l’évêché d’Aire. La découverte d’un “trésor” médiéval disparu depuis la Révolution, Pessac, Ausonius éditions, collection Textes @quitains 3, 2026, 17-18 [URL] https://una-editions.fr/la-decouverte-du-manuscrit
Illustration de couverture • En quatrième, extrait du Livre rouge de l'évêché d'Aire, fol. 36 (cliché François Bordes, 2025).
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