La possession démoniaque :
un « scandale » au service du catholicisme ?

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La possession démoniaque – le fait que le diable, souvent sous la forme d’une armée de démons, puisse s’emparer d’un corps – a toujours existé dans le christianisme1, mais c’est à partir de la seconde moitié du XVIe siècle qu’elle devient un phénomène de grande ampleur, contemporain de la chasse aux sorcières – et donc de la croyance dans une omniprésence d’un diable agissant dans le monde – et du conflit religieux : les catholiques s’en emparent dans leur lutte contre les réformés, puisque la puissance de l’hostie chassant les démons est le signe de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Dès lors elle devient un outil de propagande de l’Église. À la différence des grandes affaires du XVIIe siècle, objets de débats politiques, médicaux, philosophiques2, les possessions pendant les guerres de Religion s’inscrivent donc presque exclusivement dans un cadre religieux, puisqu’elles font voir en acte la transsubstantiation, réaffirmée en 1551 par le Concile de Trente. Elles visent donc à la fois la diabolisation de l’adversaire et la diffusion d’un dogme central de la doctrine catholique. Aussi sont-elles, si l’on reprend quelques-unes des significations du mot, un « scandale » à divers titres : par leur côté spectaculaire mettant en scène le plus souvent un corps de femme3, par le trouble à l’ordre public créé par le refus par l’Église des édits de pacification et de tolérance, mais aussi, sur le plan théologique, comme « pierre de scandale » : croire ou non dans la possession est ainsi présenté comme une épreuve que seuls les élus surmonteront. Enfin, qu’y a-t-il de plus scandaleux que la publication en 1586 d’un texte ouvertement blasphématoire comme celui de Jeanne Fery, L’Histoire admirable et veritable, des choses advenues en la ville de Mons en Hainaut, à l’endroit d’une religieuse possedee, et depuis delivree, si ce n’est le fait qu’il faille entendre une fois encore le mot « scandale » comme mise à l’épreuve de la foi ?

Un outil au service du catholicisme

L’appropriation de la possession démoniaque par l’Église comme enjeu dans la lutte contre les réformés commence au début du XVIe siècle : La Merveilleuse hystoire de l’esperit […] de Lyon, qu’Adrien de Montalembert fit paraître en 1528 avec de fort belles gravures, évoque le cas d’une jeune religieuse tourmentée par le fantôme d’une sœur qui a volé les reliques du couvent, avant de se repentir et de mourir abandonnée dans un champ4. L’esprit annonce, lors d’exorcismes publics qui auraient attiré plus de quatre mille personnes, qu’il ne quittera le corps de la possédée que lorsqu’on aura dit assez de prières pour délivrer son âme des peines du purgatoire, preuve même de l’existence de ce « troisième lieu de l’au-delà5 » rejeté par les luthériens. 

Mais un pas supplémentaire est franchi, lorsque le diable révèle lors des exorcismes qu’il est le maître de l’hérésie : dès lors le corps du possédé, ou plus souvent de la possédée, devient symboliquement le lieu même de la lutte entre le Christ, représenté par l’hostie brandie par les prêtres, et les diables, assimilés aux huguenots. Dans le contexte fanatisé des guerres de Religion, la célèbre possession de Nicole Obry de Vervins (1566) apparaît comme emblématique6 : cette jeune femme de quinze ou seize ans est possédée par une armée de trente démons7 qui la rendent aveugle, sourde, muette et la mettent dans de spectaculaires états cataleptiques. Lorsque vingt-six de ces démons sont chassés à Notre-Dame de Liesse, Beelzebub déclare qu’ils sont allés à Genève, ce qui déclenche la fureur des huguenots qui s’en plaignent aux autorités. Nicole est ensuite transportée à Laon, où, tenue par huit hommes forts, elle est exorcisée à plusieurs reprises par l’évêque Jean de Bours devant vingt mille personnes, offrant un spectacle terrifiant :

Devant donc le tressainct corps de Dieu ainsi eslevé par l’Evesque, la demoniacle hydeusement horrible et effroyante est tenue en l’air suspendue plus de six pieds de haut : et ainsi horriblement meugle, rugist et urle […] ce que le peuple voyant crie à Dieu misericorde8.

Tous les diables sont enfin chassés le 8 février 1566, et Beelzebub, qui est le seul à parler « pour ce qu’il est le maistre », explique qu’il est entré dans cette femme « pour assembler tous les hommes en une religion, et les faire tous un9 ». « Satan se fait ecclésiastique10 », comme l’écrira ironiquement Michelet. Après cet exorcisme, Nicole Obry, très affaiblie, ne se nourrit plus que du « corps de Dieu », attestant encore une fois le pouvoir de l’Eucharistie. On reprendra ici les analyses de Denis Crouzet : « la prise de possession du corps de Nicole Obry » peut être lue comme une projection de la « prise de possession du Royaume de France par les forces démoniaques » en même temps qu’une « métaphore de la lutte eschatologique entre Dieu et Satan11 ». Ce sont donc bien les huguenots qu’il s’agit d’exorciser !

Or, ces derniers n’ont pas été sans s’inquiéter de ce rituel spectaculaire qui les désignait comme « les diables de Genève » et qui mettait en cause la paix d’Amboise, signée en 1563 entre Louis de Condé le chef des protestants et le catholique Anne de Montmorency, qui marqua la fin de la première guerre de Religion. Il semble même que les deux partis, lorsque commencèrent les exorcismes à Laon, envisagèrent de prendre les armes. Les huguenots de Laon demandèrent que la possédée soit gardée par une escorte composée à égalité de protestants et de catholiques, et examinée par des médecins réformés qui contestèrent la possession démoniaque. Enfin, ils firent appel au duc de Montmorency, catholique et gouverneur de l’Isle de France, pour calmer le zèle de ses coreligionnaires ; aussi Nicole Obry fut-elle priée de quitter Laon après les exorcismes, sous la garde des réformés, continuant malgré tout d’attirer la ferveur religieuse, d’autant plus que gravures et textes se chargèrent de faire vivre la mémoire de ce « miracle de Laon ».

L’affaire eut un retentissement considérable dans le monde catholique et engendra une floraison d’écrits, parmi lesquels l’ouvrage de Guillaume Postel, De Summopere, qui inscrivit l’événement dans une perspective eschatologique – 1566 devenant 5566, « veille du grand sabbat » et Laon un nom hébraïque signifiant « le jugement du peuple » – et celui de Jean Boulaese Le Miracle de Laon, court opuscule en cinq langues – latin, français, italien, espagnol, allemand – qui atteste la volonté de faire connaître dans toute l’Europe le « miracle ». Mais Jean Boulaese ne s’en tint pas là ; ce prêtre et professeur d’hébreu au Collège de Montaigu mena des enquêtes et rassembla tous les documents qu’il put, dont les comptes rendus d’exorcisme, dans de gros ouvrages consacrés à l’affaire. Il fit donc paraître, en 1573, L’abbrégée histoire du grand miracle par nostre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ en la saincte hostie du sacrement de l’autel, faicte à Laon, 156612, puis en 1575, Le Manuel de l’admirable victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub13. Il reprit ces textes en 1578 et d’autres encore, dans Le Thresor et entiere histoire de la triomphante victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub, imposant in-quarto de plus de huit cents pages, où il est question d’un nouveau miracle concernant Nicole Obry14 : elle aurait perdu la vue, ses yeux étant devenus complètement blancs, et l’aurait recouvrée en touchant les reliques de saint Jean Baptiste dans la cathédrale d’Amiens.

Signe de l’importance de cette possession jugée providentielle dans l’entreprise de la Contre-Réforme, l’« Histoire advenuë au païs de Laonnais l’an 1565 d’un merveilleux et effroyable saisissement de corps de femme par le malin esprit », présentée comme « l’histoire la plus admirable de nostre siècle15 », figure dès 1575 dans le recueil des Histoires prodigieuses de François de Belleforest. L’auteur fait de l’année 1565 un moment où « la guerre commencée en France avoit quelque relache, chacun vivant en telle liberté de conscience que peut porter un temps calamiteux16 ». Il fallait donc, pour que cesse cette révoltante liberté, que Dieu se manifeste en montrant à tous que « le grand medecin » de Nicole ne pouvait être que le « corps precieux de nostre Seigneur17 ». S’interrogeant sur le fait que le diable se soit emparé d’une catholique, Belleforest a une réponse imparable : le diable n’a pas besoin de posséder les calvinistes puisqu’ils sont « desja sous sa puissance18 ». Et de conclure sur la « joye des catholiques, voyant la gloire de Dieu manifestée visiblement en son Eglise19 ».

Quoi qu’il en soit, les affaires de possession se multiplient, et même si dans les Cinq histoires admirables (1582) de l’exorciste Charles Blendecq, qui officie lui aussi dans la région de Laon, les possédés semblent présenter des pathologies bien éloignées de la ferveur religieuse – ils veulent se suicider ou commettre des infanticides – les diables répètent inlassablement qu’ils possèdent les corps « pour la gloire de Dieu et pour l’hérésie des Huguenots qui ne veulent point croire20 ».

On peut encore citer la possession de Jeanne Fery en 1586, que les diables (en vrais huguenots !) tentent de convaincre de renoncer à la messe, pour enfin arriver à la toute fin du siècle à la possession de Marthe Brossier qui, selon Pierre de L’Estoile, « disoit merveilles contre les huguenos, et son diable allait querir tous les jours quelque âme nouvelle à la Rochelle et ailleurs pour mettre en sa chaudiere, disant que tous les heretiques estoient à lui21 ».

Ce n’est pas un hasard si les tribulations de Marthe Brossier, fille d’un marchand ruiné de Romorantin, ont commencé en 1598, année de la proclamation de l’édit de Nantes, si fortement contesté par nombre de catholiques. Après être allée à Orléans, puis à Cléry, la possédée, soutenue par le clergé ligueur, parvint à Paris en mars 1599, attirant des foules toujours prêtes à l’entendre vitupérer contre les huguenots serviteurs du diable. La possession de Marthe Brossier constitua dès lors une menace à la fois politique et religieuse pour Henri IV et prit la dimension d’une affaire d’État22 : le Parlement de Paris demanda au lieutenant criminel de s’emparer de la jeune femme, ce à quoi s’opposa l’évêque de Paris, qui contesta la décision de soumettre une démoniaque à une juridiction temporelle.

Marthe fut néanmoins emprisonnée pendant quarante jours au Châtelet, où on décida de lui retirer le livre qui l’avait accompagnée jusque-là, et qui lui fournissait le modèle à suivre : Le manuel de l’admirable victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub de Jean Boulaese ! Le Parlement de Paris ordonna à la famille Brossier de retourner à Romorantin et de faire cesser tous les exorcismes. Six mois plus tard, Marthe Brossier parvint à s’enfuir ; ses soutiens l’amenèrent à Rome, avec l’intention de la présenter au pape et de faire reconnaître la vérité de la possession, mais les émissaires du roi de France empêchèrent cette rencontre ; elle finit ses jours dans un couvent romain.

Tandis que Michel Marescot, qui avec d’autres médecins de Paris avait examiné la possédée, concluait dans son Discours veritable sur le faict de Marthe Brossier de Romorantin, prétendue démoniaque23, « Nihil a dœmone. Multa ficta. A morbo pauca », le futur cardinal de Bérulle, prenant le pseudonyme de Léon d’Alexis, lui répondait par un Traicté des Energumenes [possédés]. Suivy d’un discours sur la possession de Marthe Brossier. Contre les calomnies d’un medecin de Paris24.

Le conflit provoqué par les affaires de possession démoniaque ne met plus seulement face à face protestants et catholiques, mais aussi croyants et sceptiques, partisans du pouvoir royal et « séditieux », ou encore membres de l’Église elle-même, comme ce sera le cas dans les trois plus célèbres affaires du XVIIsiècle, celles d’Aix (1611), de Loudun (1634) et de Louviers (1643), dont Michelet remarquera qu’elle étaient « une et identique ; toujours le prêtre libertin, toujours le moine jaloux et la nonne furieuse par qui on fait parler le Diable, et le prêtre brûlé à la fin25 ». Mais c’est un autre scénario de la possession démoniaque qui s’écrit, où la lutte contre les protestants, quoique toujours dénoncée par les diables prêcheurs, n’est plus l’unique enjeu.

Scandale(s)

Robert Mandrou, dans Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, intitule la seconde partie de son ouvrage consacrée aux trois célèbres affaires d’Aix, Loudun et Louviers : « La crise du satanisme : procès “scandaleux” pendant la première moitié du XVIIe siècle ». On n’a guère de mal à comprendre comment, dans un sens moderne, ces affaires ont pu constituer un scandale : d’abord, elles exhibent le corps d’une nonne, c’est-à-dire d’une femme consacrée à Dieu, dans des positions suggestives dont se gausseront tous les sceptiques attirés par le « cirque26 » de la possession ; ensuite, elles conduisent à l’exécution de prêtres et dévoilent la présence du diable jusqu’à l’intérieur de l’Église ; enfin elles suscitent des débats d’une telle ampleur, tant dans le clergé, où tous n’adhèrent pas à la thèse de la possession, que dans le monde laïc, que leur effet s’est avéré, si l’on peut dire, contre-productif : au lieu d’amplifier la peur du diable, elles l’ont ridiculisée. Sexe, mort et mensonge au cœur de l’Église : tous les ingrédients d’un scandale propre à susciter fascination comme indignation sont rassemblés.

Ces éléments sont néanmoins déjà partiellement présents dans les possessions du XVIe siècle. Ainsi la dimension obscène du corps, de la femme possédée comme des gestes de l’exorciste, avait déjà été l’objet de nombreuses satires comme celle de Du Bellay :

[…]
Quand effroyablement escrier je les oy,
Et quand le blanc des yeux renverser je leur voy,
Tout le poil me herisse, et ne sçay plus que dire.

Mais quand je voy un moyne avecque son Latin
Leur taster hault et bas le ventre et le tetin,
Ceste frayeur se passe, et suis contraint de rire27.

Par ailleurs, les réformés ont dénoncé à l’envi l’imposture de ces possédées, et on peut citer ici Agrippa d’Aubigné : dans La Confession du Sieur de Sancy (I, 6), comme dans les Avantures du baron de Faeneste (II, 5 et 6), il s’en prend à ces prélats qui instruisent les « garces à faire la démoniaque » et ironise sur ces « bons Peres » qui font du diable, ennemi du genre humain, le défenseur des catholiques contre les huguenots…

Mais s’il y a « scandale », c’est aussi dans un sens juridique. À Laon, le spectacle public de la possession de Nicole Obry contrevient aux différents édits de pacification ; Boulaese évoque ainsi à plusieurs reprises les recours des huguenots auprès des autorités pour faire cesser les processions et exorcismes, demandes qui seront finalement couronnées de succès ; en avril 1566 le prince Louis de Condé, chef des protestants, parvient même à faire enfermer Nicole dans l’intention de lui faire avouer la supercherie – ce qu’elle ne fera pas. Elle sera délivrée par Charles IX en août 1566.

Si les huguenots de Laon ont pu ainsi agir, c’est qu’ils pouvaient s’appuyer sur un rapport de force qui n’était peut-être pas complètement à leur désavantage, mais aussi sur les édits de pacification comme celui de Saint-Germain-en-Laye de Juillet 1561 « sur la religion, sur le moyen de tenir le peuple en paix, et sur la répression des séditieux28 » :

[…] défendons […] à toutes personnes ne faire aucuns enroollemens, signatures, ou autres choses tendans à injures, ou provoquans à factions, conspirations, ou partialitez. Et pareillement à tous prescheurs de n’user en leurs sermons ou ailleurs de paroles scandaleuses ou tendantes à exciter le peuple à esmotion29.

Il ne fait guère de doute que les exorcismes publics de Nicole Obry visaient à ranimer les braises de la guerre civile et contrevenaient aux dispositions prises pour la paix, et il en est de même, trois décennies plus tard, pour Marthe Brossier : la possédée menaçait la délicate coexistence entre catholiques et protestants, et par là-même l’autorité royale. Le Parlement déclara en ordonnant son arrestation qu’il s’agissait d’« une fille […] veue et visitée par medecins et autres personnes qui sont bien informés de l’imposture, dont provient beaucoup de scandales30 ».

Ici, le mot « scandale » renvoie bien à « désordre, tumulte », sens attesté dès le XIVe siècle, mais en déclarant qu’il s’agit d’une « imposture », le Parlement de Paris fait rentrer dans le champ criminel la possession démoniaque, dénoncée comme mise en scène portant atteinte à l’ordre public. Marthe ne manquera pourtant pas de défenseurs, et de la même façon que Nicole Obry, son arrestation ne fera pas cesser la croyance dans la possession, la renforçant même : aux yeux de leurs partisans, elles deviennent l’une et l’autre des martyres de la vérité, des « pierres de scandale ».

Sur le plan religieux, le scandale est en effet la « pierre d’achoppement », le piège tendu par le Malin, et qui détourne de la loi divine. Par là même, elle sépare ceux qui seront sauvés de ceux qui seront damnés. Dans le contexte religieux du XVIe siècle, il est probable que la possession démoniaque ait pu apparaître comme une pierre de scandale, révélant la division de l’humanité. Lorsque le diable, ici serviteur de Dieu, appelle les huguenots – ceux qui ont trébuché – à la conversion, il les met à l’épreuve : il leur faut croire au « scandale » de la possession pour être sauvés, comme il faut croire au « scandale de la croix ».

Le mot « scandale » sert en effet dans l’Évangile à désigner la radicale nouveauté, la folie même du message christique, comme le proclame saint Paul, ici dans la traduction de Calvin :

[…] il a pleu à Dieu par la folie de predication, sauver les croyans. Veu aussi que les Juifs demandent signe, et les Grecs cerchent sapience. Mais nous preschons Christ crucifié, qui est certes scandale aux Juifs, et folie aux Grecs31.

En un mot, c’est Jésus lui-même qui est la pierre de scandale, et on peut citer à ce propos un sermon postérieur aux guerres de Religion – mais qui traduit probablement une pensée assez répandue –, Le Scandale de Jésus Christ dans le monde, presché par le sieur Hersent dans l’église de Sainct Gervais en 164432. Ce prédicateur, qui rejoindra les rangs des jansénistes, y développe la théorie des deux pierres : l’une, sur laquelle Pierre fonde son Église, est la pierre angulaire de l’édifice du salut ; l’autre, la pierre « détachée du bastiment, est au milieu d’un chemin où se blessent ceux qui marchent sans considérer où ils mettent le pied […]. Et sous cette consideration il est pierre de scandale, l’occasion de la cheute des orgueilleux et des impies33 ». Autrement dit, les deux pierres appartiennent au même bâtiment et sont réversibles : la « pierre réprouvée » deviendra ainsi au « dernier jour » « la pierre precieuse, saincte, sublime, angulaire et principale34 », car c’est Jésus lui-même qui est la pierre de scandale : « Et ainsi Jesus Christ que le Ciel par une infinie miséricorde presentoit aux hommes pour le flambeau de la Foi et la regle des mœurs leur est une pierre d’achoppement, un scandale et une ruine35. »

Le Sauveur met à l’épreuve l’humanité, mais quelles sont les « trois choses en Jesus Christ qui ont scandalisé le monde » ? Sa vie, humble et d’une « abjection volontaire36 », sa « mort honteuse et infame37 » et enfin sa doctrine : « les premieres promesses qu’il fist au monde de leur donner sa chair à manger et son sang à boire pour leur transpirer et communiquer la vie qu’il a dans le sein du Pere furent une pierre de scandale à beaucoup de Disciples38. » La présence réelle dans l’Eucharistie est donc non seulement un « scandale » qui défie la raison, renvoyant à un rituel cannibalique que les protestants refuseront avec horreur39, mais aussi « pierre de scandale », puisqu’elle aurait été « la cause du premier schisme40 », et continuerait à diviser les chrétiens ; l’auteur ajoute ainsi, pensant probablement aux réformés :

Et comment ce discours n’eust-il point esté une pierre de scandale […], puisqu’il a esté en nos jours un pretexte pour abandonner la foy et communion de l’Eglise, à ceux qui se piquent d’une suffisance d’esprit, et d’une capacité et authorité pour reformer l’Eglise et ses dogmes41.

C’est donc bien le corps du Christ, dans sa composante terrestre et charnelle, qui fait scandale. Or, peut-on, dans la possession démoniaque, faire du corps du possédé une forme de preuve vivante du mystère de l’incarnation ? Dans le Traité des énergumènes42, écrit en 1599 par le futur cardinal de Bérulle, le fondateur du Carmel en France affirme que « cette sorte de communication en laquelle Satan s’incorpore dedans l’homme est fréquente même depuis le mystère de l’incarnation43 », ce qui ne saurait surprendre « puisque l’incarnation est le motif et le modèle de cette opération de Satan44 ». Les possessions démoniaques entrent dès lors dans un dessein providentiel : « Même depuis que l’empire de Jesus Christ a été fermement établi en la terre, Dieu a permis que ces possessions violentes du malin esprit y aient continué comme autant utiles à y conserver la foi qu’à la planter45. »

Aussi cette épidémie de possessions dans des temps troublés est-elle un avertissement envoyé par Dieu, « qui a daigné préparer une troisième école, spécialement pour les âmes rebelles, lesquelles […] ont moyen de l’apprendre en cette école du diable, avant qu’éprouver sous sa géhenne la présence d’un Dieu et la rigueur de ses jugements46 ». Cette « école du diable » devient un ultime instrument de conversion ; et Bérulle ajoute que la possession invite le « catéchumène […] à ne pas trouver si étrange l’union du Verbe avec l’humanité, quand il voit, s’il faut dire ainsi, un démon incarné en sa présence47 » ; le possédé devient même un « modèle sur lequel il apprend à se laisser plus entièrement et absolument posséder à son Dieu à ce qu’il vive et opère plus en lui que lui-même. Ainsi que l’âme de l’énergumène ne vit et n’opère pas tant en son corps que Satan qui le possède48. »

Aussi la possession démoniaque, même si l’expression n’est pas présente chez Bérulle, est-elle bien encore une fois la pierre de scandale sur laquelle l’homme joue son salut ou sa damnation, un avertissement avant la fin des temps. Il n’est dès lors pas surprenant qu’après avoir fait de la possession une imitation diabolique du mystère de l’incarnation, un texte aussi étonnant et scandaleux que celui de Jeanne Fery, religieuse possédée de Mons, ait pu avoir les honneurs de la publication avec l’assentiment des autorités catholiques.

La « Passion » de Jeanne Fery

Si la possession est pierre d’achoppement de la foi, elle est aussi un spectacle terrifiant, la possédée étant littéralement soulevée, jetée au sol, blessée, ensanglantée par les diables dans un combat qui fait de son corps le lieu où se joue, dans une violence paroxystique, les guerres de Religion. Mais que sentait ou ressentait la femme en proie aux démons ? Nicole Obry et Marthe Brossier, les deux possédées les plus célèbres, ont été l’objet de nombreux textes, mais elles n’ont pas écrit, et il faut donc nous tourner vers un ouvrage étonnant, L’Histoire admirable et veritable des choses advenues en la ville de Mons en Hainaut à l’endroit d’une religieuse possedee, et depuis delivree49. Ce texte, en grande partie écrit par Jeanne Fery, religieuse appartenant au couvent des Sœurs Noires de Mons, a connu une assez large diffusion, puisqu’à ce jour nous en possédons trois autres éditions de la même année 158650. S’il est peu probable qu’il ait servi de modèle direct à ceux écrits au XVIIe siècle par Jeanne des Anges à Loudun ou Madeleine Bavent à Louviers51, il inaugure néanmoins une sorte de série : celle de la possibilité d’éditer et de diffuser des textes scandaleux, obscènes et blasphématoires, sous l’égide de l’Église52.

La possession de Jeanne Fery s’étend d’avril 1584, où elle est présentée à l’archevêque de Cambrai Louys de Berlaymont, qu’elle appelle « grand-père », à novembre 1585 où à la suite d’un nombre considérable d’exorcismes, elle est enfin complètement délivrée des démons. Tentatives de suicide, plaies sanglantes, vomissements d’« ordures » et de « punaises », « pièces de chair pourrie sortant avec l’urine », le corps de Jeanne est en proie à une violence spectaculaire, traduisant probablement des pratiques d’automutilation et d’ingestion d’objets divers, dont les pactes qu’elle passe avec le diable ; en effet, la possédée avale les « cedules » ou « obligations » – il y en aura dix-huit – dans lesquelles elle renonce au baptême, à la communion, à sa profession de foi, à la croix ; les contrats diaboliques sont conservés en double exemplaire ; l’un dans le corps de Jeanne, l’autre dans les registres de l’enfer. Le fait qu’elle s’incorpore le texte s’inscrit donc clairement dans le cadre de la « théophagie » catholique : manger Dieu – ou le diable – c’est accepter le principe même de la transsubstantiation, et la reconnaissance du lien unissant le corps, l’écriture et la nourriture dans la religion du dieu incarné où le « Verbe s’est fait chair53 ». Il n’y a qu’un pas à l’identification au Christ lui-même54.

Après moult exorcismes au cours desquels elle recrache les pactes et rend les hosties dérobées, sa possession prend fin au cours d’un ultime combat avec les diables le 12 novembre 1585 : la grande « chambre » du couvent, choisie pour accueillir les exorcistes et les témoins, fut « remplye d’une infinité de diables pleins de rage et de furie », qui « s’entrebattans et hurlans l’un l’autre avec cris et hurlemens terribles, commençarent l’un après l’autre, deschirer le corps de la patiente ». Aidée de Marie-Madeleine, la possédée remporte la victoire, ses plaies se referment et elle se « trouv[e] dudict accident completement guerie55 » ! On s’aperçoit d’emblée que Jeanne Fery maîtrise la mise en scène – elle a demandé à tout le couvent de prier pour elle – et que son cas est autrement moins instrumentalisable par l’Église que celui de Nicole Obry à Laon ; c’est une religieuse qui sait écrire et non une paysanne illettrée, et on imagine sans peine la stupeur et l’embarras des officiels de l’Église devant ses révélations.

Si le texte nous est parvenu, c’est donc par la volonté – et l’habileté – de la possédée ; en effet l’archevêque de Cambrai, craignant que la « declaration verbale » de Jeanne ne servit « plustost à l’avenir, de risée plustost que d’edification », avait demandé à l’un des exorcistes, le chanoine Mainsent, d’écrire une relation des faits ; c’est alors que Marie-Madeleine apparut à Jeanne : « Prenés la plume, & escrivez ce que Dieu vous inspirera » ; elle écrivit donc, en seulement quatre jours, du 25 au 29 novembre 1585, un « discours » d’une quarantaine de pages56, non « par son industrie seule et pur instinct, ains par inspiration divine57 ». Il est impossible de savoir comment a été prise la décision de rendre public ce texte, mais tout laisse penser que Jeanne l’a imposé, en invoquant le patronage de Marie-Madeleine, et en se proclamant l’unique et donc précieux témoin d’un voyage dans le royaume des cérémonies sataniques. On peut néanmoins s’étonner que ces aveux, loin de conduire Jeanne Fery au bûcher, aient eu droit aux honneurs de la publication.

Ce qui nous intéressera ici dans ce premier texte écrit par une possédée – et qui est à replacer dans le cadre plus large des « autobiographies spirituelles » souvent écrites par des femmes dans l’Europe post-tridentine –, c’est la question de l’Eucharistie, dogme central du catholicisme réaffirmé avec force par le Concile de Trente, non seulement parce que la possession démoniaque devient signe divin rassemblant la communauté autour du Corpus Christi, mais parce qu’elle est centrale dans la possession de Jeanne Fery. Il faut rappeler avec Thierry Wannegfellen que les années 1580 sont celles de la reconquête catholique dans ces Pays-Bas méridionaux dans un contexte de très grave crise politique, sociale et religieuse. Jeanne Fery, écrit-il, est de « la génération du schisme et de la guerre58 » et n’a pu qu’assister aux violences religieuses mais aussi aux prêches des uns et des autres, qui ont dû ébranler sa foi dans l’Eucharistie.

Le premier extrait invite à s’interroger sur le véritable statut de Jeanne : possédée, sorcière, ou encore magicienne ? Quoi qu’il en soit, ses pactes ou « obligations » avec les démons ont clairement une dimension intellectuelle, puisqu’il s’agit de substituer à la foi et au savoir chrétiens une « science » diabolique ; elle leur offre donc successivement sa « profession » religieuse, son « cœur » – c’est pour renoncer « à toutes bonnes inspirations et bonnes lectures » –, puis les trois facultés consubstantielles de l’âme selon saint Augustin que sont la « mémoire », « l’entendement » et la « volonté » ; « transmuée d’une créature en diable », elle accède dès lors, tel Faust, à un savoir surhumain. Les démons, qui lui offrent « l’intelligence de pouvoir observer leur loi » et la capacité à dominer tous ceux qui lui « parleroient », lui font aussi don d’un « instrument » magique qui la transporte de « jour et de nuict » à travers le monde, où elle découvre « toutes les mauvaises lois et mauvaises doctrines » de Satan, adoré sous mille formes différentes. Aussi les noms des diables désignent-ils clairement les ennemis du christianisme : « Traistre », « Art Magique », « heresie », « Turcs », « Payens », « Sarrasins », « Blasphemateurs »59. Les pactes traduisent dès lors le doute qui s’est emparé de l’esprit de la religieuse, la « science » mettant radicalement en cause sa foi et sa vocation. Les autorités catholiques eurent d’ailleurs clairement conscience du danger de la connaissance du monde et des doctrines extérieures à l’Église, puisque lorsque Jeanne sera débarrassée de ses démons – et qu’il lui faudra réciter son catéchisme comme une enfant de quatre ans, car les diables ont mis leur menace à exécution et lui ont enlevé toutes ses capacités intellectuelles –, elles décidèrent de ne pas lui réapprendre à écrire…

Le deuxième extrait pourrait s’intituler la messe diabolique, et s’organise en quatre moments qui entrent en résonance les uns avec les autres. C’est d’abord la Passion de Jeanne : le diable « Sanguinaire » exige qu’elle fasse sacrifice de son propre corps, la cérémonie ayant lieu devant « Beleal » que les démons tiennent « pour leur Dieu ». Cette imitation diabolique de la crucifixion prend la forme d’un dépeçage : pendant « trois jours », le démon découpe une « piece de chair » dans les « trois parties » du corps de Jeanne allongée sur une « table » et souffrant « douleur sur douleur », le sang étant recueilli sur un linge qui constituera une « double signature ». Ce sacrifice sanglant la fera « semblable à Dieu » et « adoré » comme lui. Paradoxalement, ce rêve prométhéen est le signe de la déchéance de ce corps christique qui a souffert des douleurs humaines. Toujours tourmentée par le diable Heresie, Jeanne fait ensuite le récit du vol des hosties, qu’elle piétine et couvre d’injures et de blasphèmes, l’acmé de la profanation consistant dans la crucifixion la « saincte Hostie » afin d’éprouver la puissance divine ; elle donne néanmoins à sa fureur profanatrice une cause : elle ne saurait « considérer qu’un Dieu se fust laissé mettre en croix » ; c’est donc bien le « scandale de la croix » qui est intolérable à la religieuse, comme l’atteste l’épisode de la Procession, qui suscite son « abomination » : comment adorer un « homme tout nud et estendu en une croix » si ce n’est pour « attirer le monde à toute meschanceté et paillardise avec luy » ? La rencontre avec un « personnage » – qui semble bien être un huguenot – la conforte dans son « opinion » ; il ne saurait y avoir présence réelle du « Dieu d’enhaut » dans une « forme de pain » et les « Prestres » trompent les « simples gens ». Il faudra donc un miracle pour que la possédée soit sauvée ; dans une ultime profanation, alors qu’elle poignarde une hostie, la « chambre » s’emplit d’une « grande clarté » provoquant la fuite des diables, et laissant Jeanne entrer en « desespoir ».

Les deux extraits choisis exhibent les « fantasmes » de Jeanne Fery vis-à-vis du corps du Christ, qui ne peuvent être détachés du contexte des guerres de Religion comme l’atteste la présence du « personnage » qui refuse de reconnaître le dieu de pâte. Si Mons en 1586 appartient aux Pays-Bas espagnols de la reconquête catholique, il ne fait guère de doute que Jeanne Fery a entendu les arguments des réformés, et peut-être assisté aux profanations ou du moins eu vent de celles-ci. Par ailleurs, de la même façon qu’elle refuse d’adorer un autre dieu que celui « d’enhaut », elle rejette violemment « l’idée d’un dieu qui s’abaisse jusqu’à souffrir la Passion60 » : son horreur devant la corporéité d’un dieu souffrant provoque une fascination-répulsion qui la conduit à revivre sur un mode diabolique, et donc dégradant, la Passion du Christ.

En un mot, on pourrait faire l’hypothèse que ce texte si déroutant, si « fou », traduit l’angoisse d’une religieuse catholique dans des temps de troubles où toutes les certitudes sont ébranlées, qu’en un mot, c’est un texte « symptôme » de l’époque. Comme l’écrit encore une fois Thierry Wannegfelen, dont nous partageons ici les analyses :

Pourtant, il me semble que la religion apparaît dans le cas de Jeanne Féry peut- être avant tout comme le code d’une époque. C’est par un discours – qui se trouve être, climat mental oblige, religieux – déviant puis orthodoxe, parfois déviant et en même temps orthodoxe, que Jeanne Féry exprime son mal-être et parvient à le résoudre61

Jeanne Fery serait en effet morte au couvent des Sœurs Noires de Mons, sans plus avoir fait parler d’elle, bonne religieuse semble-t-il.

À la différence de Nicole Obry et de Marthe Brossier, la possession de Jeanne Fery a eu lieu à huis-clos, car il aurait été indécent d’exhiber une religieuse – ces réticences cesseront dans les grandes affaires du XVIIe siècle –, mais l’édition du texte de Jeanne visait à rendre public et exemplaire ce qu’on pourrait appeler une conversion : même si l’affrontement entre catholiques et protestants est à peine évoqué dans le texte, il est néanmoins bien présent dans la « folie » de Jeanne qui prend la forme d’un refus paroxystique d’un dieu fait homme, d’un dieu qui serait toujours présent dans le monde d’en bas sous la forme de l’hostie.

La possession démoniaque est donc à plusieurs titres un scandale, mais elle a aussi fait scandale, provoquant tumultes et débats. Certes elle a permis à l’Église de réaffirmer de façon spectaculaire le mystère de l’Eucharistie, mais que des membres du clergé aient autorisé l’édition d’un ouvrage aussi transgressif que le récit de Jeanne Ferry interroge. Le fait qu’une femme prenne la plume – comme le feront les religieuses possédées de Loudun et Louviers – pour s’emparer d’un savoir théologique, domaine pourtant réservé aux hommes, mais aussi que ce soit pour exprimer des délires blasphématoires tels qu’on n’en avait jamais entendus, ne pouvaient que faire naître une fascination dangereuse ; les propos de la possédée manifestent en effet un rejet du fondement même du christianisme, du dieu fait homme. Le cas de la religieuse de Mons ne traduit ainsi pas seulement la violence des controverses religieuses, mais plus encore la perte des repères entrainée par la fin du discours de vérité unique, perte qui a pu rendre folle une jeune femme entrée en religion62 ; dans son discours hétérodoxe et scandaleux se lit en effet un ébranlement qui va au-delà d’elle-même, puisque l’Église a autorisé la parution de son texte, et qui traduit donc l’extrême confusion engendrée par cette période de trouble. Aussi, la possession démoniaque dans cette seconde moitié du XVIsiècle, qui a donné au discours du diable – car c’est lui qui parle par la voix des possédées – une aura et une diffusion sans pareilles, peut-elle être considérée, avec ses multiples prolongements dans la pensée comme dans la fiction occidentales63, comme un signe majeur du traumatisme historique que furent les guerres de Religion.


ANNEXES

L’Histoire admirable et veritable, des choses advenues a l’endroict d’une Religieuse professe du convent des Sœurs noires de Mons en Hainaut […] possedee du maling esprit, & depuis delivree, Paris, Gilles Blaise, 158664 (BNF : NUMM-1520740).
Extrait 1 : f. 36r-37v

Estant proche de ma profession qu’on m’apprenoit et enseignoit en toutes bonnes œuvres, qu’il falloit que ma volonté se soubmist du tout à autruy, venue la nuict de promettre les vœux de la Religion, me firent faire en la presence de plus d’un milliers de Diables, encor une obligation, par ou je protestois que les vœux que je ferois en public, estoit toute simulation et qu’au lieu de donner mon obedience à Dieu et à mon Prelat, et ainsi des autres vœux, et qu’en despit de Dieu, là ou j’estois presente, je leur donnois puissance et authorité de les tenir entre leurs mains : et que je ne me tiendrois à jamais religieuse. [f. 36v] Et pour signe que la chose estoit asseurée je leur donnay ma profession, là ou estoit escrit toutes les promesses que nous faisons. Qui a esté rapporté par la puissance de l’Église, et malgré eux, a mon grand-pere. Ce temps là passé, empirant tousjours avec eux, toutesfois me trouvant au milieu de toutes mes consœurs, lesquelles vivoient selon la loi de Dieu, j’avoys aucunesfois quelques bonnes pensees : mais ne les sçachans endurer, au controire ils m’incitoyent beaucoup de meschancetez, et me contraignirent de leur donner mon cœur, renonçant à toutes bonnes inspirations et bonnes lectures, lesquelles j’eusse peu ouyr, retenir et penser, me firent encor une obligation , pour à celle fin qu’estant escrite de ma propre main, et que l’ayans mise pres de mon cœur, ils eussent puissance de le gouverner selon que bon leur sembleroit, me faisans promettre, que tous ceux que je pourrois gaigner en leur enseignant leur mauvaise doctrine je le ferois : renonçant à la doctrine Catholique : me faisans aussi en la presence d’eux tous, renoncer au Pape, et à ce meschant Archevesque, auquel j’avois promis mes vœux.

Estant destituee de toute science divine, il vint un meschant, lequel se nommoit Traistre, me menassant que si ne consentoys à luy, qu’il me feroit endurer de si grands tourmens, qu’il n’est possible au monde de penser, me les monstrant devant les yeux avec une furie pleine de rage : chose la plus espouvantable du monde : et disant qu’il vouloit avoir sa part avec moy. Incontinent que je l’apperceu : saisie d’une craincte luy dis, que je ferois tout ce qu’il me diroit, luy faisant une obligation, par ou je luy donnois autant [f. 37r] de puissance, et sur mon ame et sur mon corps, à luy seul, qu’a tous les autres. Et non estant content, revenant avec une douceur, me proposa qu’il avoit trois compaignons, et qu’il falloit qu’un chacun d’eux eust une obligation, par laquelle auroient plein accez d’entrer et sortir de mon corps : et à fin aussi de me changer et donner l’intelligence de pouvoir observer leur loy : me promettans de me donner une science, par ou je pourrois vaincre tous ceux qui parleroient à moy.

Estant curieuse de sçavoir celle science qu’il me disoit estre si grande, je fus contente. Dont la première obligation portoit, qu’il demandoit ma memoire [en marge : La memoire l’entendement et la volonté donnez aux diables] La seconde, pour le second diable, mon entendement, et le troisième diable demandoit ma volonté. Lesquelles trois obligations faites les mirent chacune en leur lieu, et en mon corps, Alors j’avoys tous mes sens liez ; et fus transmuée d’une creature en Diable. Tellement que je ne pouvois user de nul sens, ny de nulle partie de mon corps, sinon autant qu’ils me permettoient.

Ce meschant Traistre non content m’amena encores un diable, lequel se nommoit l’Art magicque, et estoit en forme de quelque instrument fort plaisant et delectable aux yeux, lequel Art, quand je le tenois en mes mains, je voyois et sçavois tout ce que je desirois, et me transportoit de jour et de nuict ou je desirois estre. Et encore m’apportoit c’est [sic] Art, tout ce que je desirois. Et si avois cognoissance de toutes les mauvaises loix, et mauvaises doctrines, lesquelles se faisoient en toutes regions voyant et ayant cognoissance de leurs ceremonies et fausses adorations lesquelles ils faisoient, qui seroient infinies à descrire.

[f. 37r] Or donc ce meschant Traistre, affin d’estre asseuré d’avoir sa proye du tout à luy, me fit encor faire une obligation en caracteres à sa guise [en marge : [o]bligation en characteres incogneuz], et m’enseignant. Laquelle portoit que si d’aventure avec le temps, toutes les autres estoient desliees et annihilees, et que leur puissance fut rompue, que la sienne par estranges lettres comme il avoit faict, n’eust peu estre descouverte. Laquelle obligation portoit seule ce que les autres portoient toutes ensembles, et avoit luy seul autant de puissance sur moy, que tous les autres avoient par ensemble. Et me la fist escrire de mon propre sang : et luy promettois, que plutost que de renoncer à ceste obligation, et que si par contrainte je ne pouvois faire autrement, avec son mauvais conseil, lequel il me donnoit, que incontinent que je la renoncerois, je luy donnois puissance, devant que de rendre son lien lequel me lioit si fort, de me faire mourir et de faire mon ame à sa volonté. Toutesfois par l’ayde de Dieu, la chose n’est point advenue. Ils ont bien eu la puissance de tourmenter le corps par beaucoup de tortures, mais quand [sic] à l’ame, Dieu me l’a toujours gardee et conservee.

Et m’ayant ainsi garnie de tant de consentemens et de tant de liens m’introduirent d’observer leur loy et incontinent vint un meschant Diable lequel portoit pour son nom heresie accompagné d’autres nommez, Turcs, Payens, Sarrasins, Blasphemateurs, et beaucoup d’autres meschans Diables qui n’avoient nulle puissance en mon corps, si premierement ils n’avoient quelque obligation, par où ils faisoient leur entree en mon corps.

Extrait 2 : f. 40v-44r

Vint encore un meschant Diable, appelé Sanguinaire, lequel me proposa, que pour estre bien reglée, et pour estre sans nulle reprinse, qu’il failloit que je luy sacrifiasse sacrifice non mort, mais vif, et de mon propre corps. Ce qu’oyant, je m’estonnay car je n’avois veu un tel galland ; lequel se nommoit le dieu de Sang : ne voulois me condescendre à luy : car j’en avois assez d’autres, et me menassa, si je ne le prenois pour le servir, qu’il me diffameroit à tout le monde et qu’il me monstreroit chose admirable, si je voulois [f. 41r] à luy consentir. Mais il me tourmentoit par si grands tourments, que j’estois contraincte incontinent, de m’asubjectir à luy. Et ayant de moy consentement absolut, estant retiree en quelque place secrette, et estant appareillee pour luy sacrifier, voicy un diable accompagné d’une multitude avec luy, lequel diable se nommoit Beleal, et c’estoit à luy que je devois presenter sacrifice : car ils le tenoient pour leur dieu. Voicy tous les diables avec tout honneur assirent ce faux dieu en un siege fort honnorable, et tous à l’entour de luy. Estant appelée par Sanguinaire, au mitan du lieu, me commanda, que selon leur loy j’eusse à sacrifier à leur dieu. Et me demanda premierement une obligation, par laquelle de mon franc arbitre, luy donnois puissance et acces d’entrer en mon corps, à fin de tirer le sacrifice de mon propre corps : et me demandant si j’estois contente, qu’il trenchast hors de mon corps piece de chair, non seulement une piece, mais de trois parties, lesquelles estoient en mon corps : mais ce seroit avec grand douleur : me promettant grand salaire, et exaltant cest œuvre de plus grand efficace, que tout ce que j’avais jamais faict. Car ils me disoient ainsi, que tous sacrifices lesquels on offroit par tout, estoient nuls, à comparaison de cestuy-cy : me disant, que je serois faicte semblable à Dieu, en sacrifiant mon corps et mon sang. Voire qu’ils me feroient une fois adorer comme dieu : me promettant encore beaucoup d’autres fallaces.

Oyant tout cecy, me condescendis à leur volonté, Incontinent ce meschant diable entra en mon [f. 41v] corps, portant sur soy un tranchant, et me transperça sus une table : et m’ayant fait mettre quelque linge blanc sur la table, à fin de recevoir mon sang qui tomberoit de mon corps, et de le garder à perpétuité. Cela faict avec grands cris et douleurs, me trancha la piece de chair hors de mon corps : et la mouillant dedans le sang, alloit presenter et sacrifier à Beleal ce meschant diable. [en marge Sacrifice faict à Beleal] Lequel le recevoit, en me faisant continuer trois jours ensuyvans, ce sacrifice si douloureux ; et tranchoit toujours et interessoit nouvelle partie, et toujours douleur sur douleur : me defendant et menassant encore de plus grand tourment, si je le declarois à creature.

Et ce meschant Sanguinaire gardoit tousjours le linge avec le sang, à fin qu’ils eussent double signature de moy. [en marge La Religieuse de tous costez assiegee] Et m’ont fait faire ce sacrifice encore beaucoup de fois.

Et cherchant alors nouveaux diables, à fin de consolider et garder ces parties interessees de mon corps, à fin de ne point sentir les douleurs : pourtant et soustenant leur torture, sur umbre d’autre maladie ; laquelle je demonstrois par mes parolles et gestes, estre en mon corps : endurant mil milliers de douleurs, lesquelles ils m’ont fait, et que j’ai enduré toute ma vie.

Voicy les liens, par où on peut considerer la tyrannie que tous les meschans diables usoient contre moy, et ne cessans continuellement, me persuadans tousjours nouvelle meschanceté, entremeslans tousjours les œuvres l’un de l’autre : non estant cessee de l’un, qu’incontinent ils me persuadoyent de l’autre.

Estant tousjours fort agitée et tourmentee de ce meschant Heresie, lequel ne cessoit de me faire dete – [f. 42r] ster, et tous les jours renier la saincte Communion, estant si possedee et environnee d’eux, que bonne espace de deux ou trois ans, devant que d’estre mise en L’Eglise n’avois point de repos : et me donna ce meschant Heresie une nouvelle loy , par où je m’obligeois de recevoir la Communion de leurs mains, et selon leur façon : et tous les mois : Et falloit que devant que je la receusse, je fusse trois jours non mangeant autre viande sinon ce qu’ils me donnoient. Et ceste Communion estoit, qu’ils prenoient quelque morceau, lequel morceau avoit un goust fort doux, et avec grandes ceremonies, desquelles ils usoient, sur quelque lieu, lesquel estoit haut, avec des benedictions qu’ils faisoient à leur mode, recevoy la Communion d’eux. Et comme il falloit tousjours, que je receusse la saincte Communion avec mes sœurs, m’avoient pour cela en grande destestation : et me faisoient souvent retirer hors de ma bouche et la cacher en quelque lieu secret, et avec commodité me la faisoient prendre avec injures, et en leur presence me la faisoient souventes fois blasphemer, et avec des grands blasphemes me la faisoient souventesfois frapper en terre, à fin de marcher dessus [en marge Injures suggerees contre la saincte Hostie]. Mais jamais je n’avois la force de lever mon pied, pour luy faire ceste injure : me faisans cracher apres luy [en marge Impuissance de l’offenser]. Toutesfois je sçay, que je le l’ay jamais sceu attaindre, et que la Saincte Hostie estoit tousjours garantie de quelque grande clarté. [en marge Clarté alentour de la saincte Hostie]. Et que quand ils la voioient, hurloient, et se retiroient arriere du lieu, avec tremblement et frayeur si grande, que je demourois toute estonnee. Et me disoient par apres, que c’estoit pour l’infamie qui estoit en luy, qu’ils ne la pouvoient soustenir. Et me disoient, que c’estoit le plus mal- [f. 42v] heureux de tous les hommes. Et blasphemans la vierge Marie, et luy donnans les plus meschans noms, qu’il n’est possible de les toucher par escrit, pour la meschanceté qui est en eux.

Et me conseillerent d’experimenter la puissance de Dieu, me faisans prendre la piece de la S. Croix, laquelle j’avois caché arriere de moy, et une saincte Hostie, et dirent que je le crucifierois encore une fois, pour luy faire plus de honte et de despit. [en marge Les diables suggerent de prendre experience de la puissance de Dieu]. Ce que je feis. Et prins le bois, et le mis sur un buffet, et avec instrumens qu’ils me bailloient, attachay la saincte Hostie avec tant d’opprobres, luy disant, Que c’estoit le vray Dieu, qu’il le monstreroit, et ne se laisseroit point tourmenter. Et sçay que je le faisois avec si grande cruauté, et avec si grand desdaing, et tant de blasphemes, dequelles ne se sçavoient rassasier de me les faire dire : tenant ce bon Dieu plus meschant que les larrons, lesquels avoyent esté pendus avec luy. Car je ne sçavois considerer qu’un Dieu se fust laissé mettre en une croix, pour ce que je voyois, qu’aux dieux qu’ils adoroient, ils portoient si grande reverence. Ayant faict tout cecy me commenderent que la jecterois en un lieu prophane, et comme il me sembloit selon mes yeux que je le faisois, toutesfois par la permission divine, elles ont esté conservees et rendues divinement et honorablement.

Encor ces meschans diables remplis de forcernerie m’ont solicitée d’avantage de faire encore plus grande moleste contre Dieu, que je n’avois encore faict. Voyant que quelque autre fois la procession passer par devant le logis, là où je me tenois, et estant appelee pour adorer le S. Sacrement, toutesfois n’en-[f. 43r] suivant point le conseil de ma compagnie, qui m’appeloit pour le regarder d’embas, je montay en hault, à fin d’avoir moyen de le blasphemer à mon aise. Voiaint le peuple avec lumiere, avec toute reverence, m’esmerveillois fort, que tant de gens et de si grande qualité prenoient la peine de suivre la chose, laquelle m’estoit si abominable. Car j’eusse esté contente d’endurer plustost tous les tourmens du monde, que d’adorer une seule fois ceste saincte Hostie. Et la voiant passer commençay fort à rire, et me mocquer, injurier, blasphemer. Et disois en moy mesme, Que cestuy que les Chrestiens adorent, se laissoit porter des hommes et si honteusement que tousjours en la forme d’un homme tout nud et estendu en une croix : et luy attribuois toute vilenie et meschanceté : et me disoient ces meschans diables l’occasion que Dieu estoit ainsy mis en une crois tout nud, estoit pour attirer le monde à toute meschanceté et pailladise avec luy. Ce que toutesfois à ceste heure, je le confesse, et l’adore, et le recognois avec tout honneur et reverence : croyant fermement que c’est mon Dieu, abjurant et destestant ces meschans diables.

Estant descendue en bas, demanday à un autre personnage, lequel estoit aupres de moy, pourquoy c’estoit, qu’il estoit descendu devant que le Sacrement fust passé ? Me repondist, qu’il n’avoit point la folie des Chrestiens, et qu’il adoroit le Dieu d’enhaut, mais non point le Dieu, qu’on portoit en ses mains : et qu’il n’estoit possible que Dieu descendroit du ciel, et qu’il seroit encore en ce monde icy : et qu’il se laisseroit porter des hommes, que c’estoit chose impossible. Et disputans long temps à deux, nous accordasmes fort bien par ensemble : et que la forme de pain ne pouvoit [f. 43v] devenir Dieu à la simple parolle des hommes ; detestans et abhorrans les prestres, qui usoient de tels sacrifices, et qui trompoient ainsi les simples gens. Estant fort joyeuse d’avoir trouvé telle personne, laquelle estoit selon mon opinion, et qu’il y avoit encore des personnes, lesquelles adoroient ainsi semblable Dieu, m’affirmant alors sur le dire des diables, que toutes personnes adoroient Dieu selon leur volonté. [en marge Faulse assertion des Diables] Et comme je hantois souvent, et estois avec gens de bien, lesquels parloient de la verité de ce Sacrement, avec si grande reverence, considerois que si j’en voyois quelque signe, que je serois contente de l’adorer avec mes autres dieux. Et comme je me devisois familierement avec les diables, lesquels diables quand j’escoutois chose contre leur volonté, me tourmentoient grievement, et qu’il falloit que j’usasse de leur conseil, et que je m’obligeasse de faire ce qu’ils me commanderoient : Et qu’ayant faict ce qu’ils me diroient, que moy seule je convaincrois tous les Chrestiens, adorans leurs faux dieux [en marge Faulse promesse des Diables] : et qu’ils m’esleveroient la plus grande d’entre eux. Ce qu’oyant incontinent je fus contente : et comme j’avois tousjours des sainctes Hosties, lesquelles je prophanois de tout costé, m’en feirent prendre l’une : en la presence de laquelle estant j’avois commis innumerables vices, alencontre de la bonté. L’ayant en mes mains, en quelque linge, je montay en haut : [en marge Horrible attentat contre la saincte hostie suggeré par les diables] et estant là, me la feirent oster hors du linge, en moy disans : Tu ne cesses de demander et enquester la puissance de ceste petite chose : à ceste heure en nostre presence, et en despit de luy, et en le destestant, et renyant encore derechef, et que jamais tu ne le soustiendras en ton corps, nous te com -[f. 44r] mandons que tu ayes a tirer ton cousteau, et que tu luy frappes au travers : et tu voiras la petite puissance qu’il a de soy defendre, et moins de puissance que nous. Car il n’y a icy si petit en ce lieu, que si tu le frappois, il se vengeroit, et s’esleveroit contre toy. Lors tiray mon cousteau, avec une fermeté, et le frappay a son costé. Ayant donné ce coup, incontinent le sang bouillonna hors, et incontinent la chambre fut remplie d’une grande clarté, environnant ceste saincte hostie, laquelle hostie divinement a esté transportée de ceste place, au lieu la où les autres estoient.[en marge Sang sortant de la saincte hostie].

Lors moy-mesme estonnee, voyant ces grands signes, et que tous les diables, avec hurlemens, bruymens, et tremblemens estoient retirez et m’avoient abandonné : demeuray à demy morte. Car jamais je n’avois ouy en eux tels hurlemens et si espouvantables, qu’alors voire en toute ma possession : sinon le jour que les sainctes hosties furent rapportees par la puissance de Dieu, et de son Eglise, Je comm[en]çay à pleurer, et considerer que vrayement j’estois abusee, et que j’avois esté seduicte des Diables. Et considerant beaucoup ce grand signe, entray en desespoir.

Notes

  1. Voir (entre autres) Marc V, 1-20 : Jésus envoie les démons d’un possédé dans un troupeau de porcs qui se jettent de la montagne.
  2. Voir Michel de Certeau, La Possession de Loudun, Paris, Julliard, 1970.
  3. Sur le lien entre théâtre et scandale, voir Estelle Doudet, « De la mise en scène du scandale au scandale de la représentation, les moralités dramatiques d’expression française (XVe-XVIe siècles) », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 25, 2013, p. 237-252.
  4. Adrien de Montalembert, La Merveilleuse Hystoire de lesperit qui depuis naguère cest apparu au monastere des religieuses de Sainct Pierre de Lyon, Paris, Guillaume de Bossozel, 1528.
  5. Voir Jacques Le Goff, La Naissance du Purgatoire, Paris, Gallimard, 1981.
  6. Sur la possession de Nicole Obry, voir les analyses d’Irena Backus dans Le Miracle de Laon, Paris, Vrin, 1994. On peut aussi citer son édition critique des ouvrages de Guillaume Postel et Jean Boulaese, De Summopere (1566) et Le Miracle de Laon (1566), Genève, Droz, 1995.
  7. Cela est encore bien peu si on pense aux milliers de diables prenant possession de Madeleine de la Palud en 1611…
  8. Jean Boulaese, Le Thresor et entiere histoire de la triomphante victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub obtenuë à Laon l’an mil cinq cens soixante six, Paris, Nicolas Chesneau, 1578, f. 33.
  9. Ibid., f. 33 b.
  10. Jules Michelet, La Sorcière (1862), Paris, Garnier-Flammarion, 1996, p. 173 (titre du 5e chap. du livre II).
  11. Denis Crouzet, Dieu en ses royaumes. Une histoire des guerres de Religion, Seyssel, Champ Vallon, 2008, « L’événement d’un corps possédé par Beelzebut », p. 109-131, p. 111.
  12. Jean Boulaese, L’abbrégée histoire du grand miracle par nostre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ en la saincte hostie du sacrement de l’autel, faicte à Laon, 1566, Paris, Thomas Belot, 1573.
  13. Jean Boulaese, Le Manuel de l’admirable victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub, Paris, Denys Du Val, 1575.
  14. Jean Boulaese, Le Thresor et entiere histoire de la triomphante victoire du corps de Dieu sur l’esprit maling Beelzebub, Paris, Nicolas Chesneau, 1578.
  15. François de Belleforest, Histoires prodigieuses, extraictes de plusieurs fameux autheurs grecs et latins, sacrez et prophanes, divisées en cinq livres, Paris, Nicolas Buon, 1578, t. III, 12e histoire, p. 341-375.
  16. Ibid., p. 351.
  17. Ibid., p. 365.
  18. Ibid., p. 366.
  19. Ibid., p. 373.
  20. Charles Blendecq, Cinq histoires admirables, Paris, Guillaume Chaudière, 1582, p. 84.
  21. Pierre de L’Estoile, Mémoires-Journaux, Paris, Alphonse Lemerre, 1875-1899, t. VII, 30 mars 1599, p. 182.
  22. Voir Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, Paris, Seuil, 1980, p. 163-191.
  23. Michel Marescot, Discours veritable sur le faict de Marthe Brossier de Romorantin, prétendue démoniaque, Paris, Mamert Patisson, 1599.
  24. Pierre de Bérulle, Traicté des énergumènes suivy d’un Discours sur la possession de Marthe Brossier, contre les calomnies d’un médecin de Paris, Troyes, s.n., 1599.
  25. Jules Michelet, La Sorcière, op. cit., p. 198-199.
  26. Michel de Certeau, La Possession de Loudun, op. cit., p. 9.
  27. Joachim du Bellay, Les Regrets (1558), éd. Sylvestre de Sacy, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1975, sonnet XCVII.
  28. Je remercie Solange Ségala-de Carbonnières qui nous a transmis ce texte.
  29. Cette demande de modération du zèle catholique – mais aussi protestant – se trouve dans nombre d’édits de pacification, comme dans celui de Saint-Germain-en-Laye du 17 janvier 1562 (I, [14]) : « Et en semblable à tous prescheurs de ne user en leurs sermons et predications d’injures et invectives contre lesd. ministres et leurs sectateurs, pour estre chose qui a jusques icy beaucoup plus servy à exciter le peuple à sedition que à le provocquer à devotion. »
  30. Cité par Robert Mandrou dans Magistrats et sorciers, op. cit., p. 167.
  31.  Bible de Calvin, Genève, Jean Crespin, 1551 (1 Cor. 1, 21-23).
  32. Charles Hersent, Le Scandale de Jésus Christ dans le monde, presché par le sieur Hersent dans l’église de Sainct Gervais en 1644, s.l.n.n., 1644.
  33. Ibid., p. 14-15.
  34. Ibid., p. 29.
  35. Ibid., p. 15.
  36. Ibid., p. 16.
  37. Ibid., p. 23.
  38. Ibid., p. 24.
  39. Voir Frank Lestringant, Une sainte horreur ou le voyage en Eucharistie, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1996, et en particulier « L’horreur de la messe », p. 9-30.
  40. Charles Hersent, Le Scandale de Jésus Christ dans le monde, op. cit., p. 24.
  41. Ibid., p. 24.
  42. Pierre de Bérulle, Traité des énergumènes, dans Œuvres complètes II, Courts traités, éd. Michel Dupuy, Cerf, 1997, p. 67-133.
  43. Ibid., p. 88, titre du chap. III.
  44. Ibid., p. 98.
  45. Ibid., p. 94.
  46. Ibid., p. 86.
  47. Ibid., p. 86.
  48. Ibid., p. 87.
  49. L’Histoire admirable et veritable des choses advenues en la ville de Mons en Hainaut à l’endroit d’une religieuse possedee, et depuis delivree, Paris, Gilles Blaise, 1586.
  50. Une à Paris, chez Claude de Monstr’œil, et, sous un titre légèrement différent, Discours admirable et veritable, une à Douai et l’autre à Louvain, chez le même éditeur, Jean Bogart.
  51. Jeanne des Anges, Autobiographie (1644), Grenoble, Millon, 1990 ; Charles Desmarets, Histoire de Magdelaine Bavent, religieuse du monastère de Saint-Louis de Louviers, Paris, s.n., 1652.
  52. Les psychiatres du XIXe siècle, Bourneville et Charcot, qui éditent le texte dans la « Bibliothèque diabolique » feront de Jeanne Fery « une pauvre malade atteinte de la forme la plus sévère de l’hystérie » dans La Possession de Jeanne Fery, Paris, Adrien Delahaye et Émile Lecrosnier, 1886.
  53. Voir mon article, « Avaler le pacte, être possédé(e) », dans Pierre Zoberman, Anne Tomiche et Willam J. Spurlin (dir.), Écritures du corps, nouvelles perspectives, Paris, Garnier, 2013, p. 175-188.
  54. Voir l’extrait 2.
  55. L’Histoire admirable, op. cit., f° 30-31.
  56. Le texte écrit par Jeanne Fery commence au f° 34v. Il constitue la seconde moitié de l’ouvrage.
  57. L’Histoire admirable, op. cit., f° 33-34.
  58. Thierry Wanegffelen, « Une catholique malgré l’eucharistie, sœur Jeanne Féry de Mons : éléments d’un dossier », communication au séminaire d’Yves-Marie Bercé, dans le cadre de l’Institut de Recherches sur la Civilisation de l’Occident moderne, mai 1999, France, p. 23.
  59. Un diable porte même le nom de « Vraye Liberté » !
  60. Thierry Wanegffelen, « Une catholique malgré l’eucharistie… », art. cit., p. 43.
  61. Ibid., p. 49.
  62. Sophie Houdard voit ainsi dans Jeanne Fery une jeune femme avide de savoir et de liberté qui se serait forgé une religion propre, avec la « liberté de croire comme elle l’entend ». « Une vie cachée chez les diables. L’irréligion de Jeanne Fery, ex-possédée et pseudo-religieuse », L’Atelier du Centre de recherches historiques, 4, 2009.
  63. C’est là un vaste sujet ! On peut citer nombre de textes libertins qui raillent la possession (La Première journée de Théophile de Viau par exemple), comme des ouvrages pornographiques du XVIIIe siècle (Histoire de Dom B***, portier des Chartreux). L’imaginaire du couvent en folie nourrit la fiction anticléricale, et la jeune femme, souvent une religieuse, habitée par le diable est devenue un archétype littéraire et cinématographique. Pour une approche générale de cette question, voir mon ouvrage, L’Imaginaire démoniaque (1550-1650). Genèse de la littérature fantastique, Genève, Droz, 2000.
  64. La date de 1591 indiquée par le catalogue de la BnF est une erreur. La page de titre indique bien 1586.
Posté le 07/01/2022
EAN html : 9791030008036
ISBN html : 979-10-300-0803-6
Publié le 07/01/2022
ISBN livre papier : 979-10-300-0805-0
ISBN pdf : 979-10-300-0804-3
ISSN : 2743-7639
16 p.
Code CLIL : 3387 ; 4024 ; 3388 ; 3345
10.46608/savoirshumaniste2.9791030008036.5
licence CC by SA

Comment citer

Closson, Marianne, “La possession démoniaque : un ‘scandale’ au service du catholicisme ?”, in : Perona, Blandine, Moreau, Isabelle, Zanin, Enrica, éd., Fabrique du scandale et rivalités mémorielles en France et en Europe (1550-1697), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, collection S@voirs humanistes 2, 2022, 57-72 [en ligne] https://una-editions.fr/la-possession-demoniaque-un-scandale-au-service-du-catholicisme/ [consulté le 07/01/2022].

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Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • D’après la gravure « Massacre d'un village d'Indiens par les Conquistadors » de Johann Theodor de Bry, in : Las Casas, Bartholomé de,Narratio regionum Indicarum per Hispanos quosdam devastattarum, 1598.
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