Le multilinguisme en Gaule protohistorique
au miroir d’Ensérune

Je tiens à remercier Réjane Roure pour sa relecture ainsi que Michel Bats pour ses remarques et ses critiques constructives, qui ont contribué à la rédaction de cet article. 

L’histoire du site d’Ensérune éclaire par bien des aspects la question du multilinguisme en Gaule méridionale au cours du second âge du Fer. Occupé dès le milieu du VIe siècle a.C. et jusqu’à l’époque impériale romaine (Ier siècle p.C.), l’oppidum se trouve idéalement placé pour devenir un véritable creuset culturel, témoin notamment des évolutions linguistiques et graphiques de cette partie de la Gaule. Le site d’Ensérune s’insère, pour reprendre les termes de Michel Bats à propos des courants commerciaux dans le Midi gaulois, dans un tableau aux “échanges multiples et croisés, dans le cadre d’un commerce emporique ouvert où tous les acteurs peuvent échanger tous les produits négociables dans tous les sites ouverts sur tous les rivages”1

Aussi, à la lumière de l’épigraphie présente sur le site et dans les réserves du musée, nous proposons de replacer les pratiques localement en usage dans un cadre plus vaste afin d’illustrer la richesse culturelle et la multiplicité linguistique du Midi gaulois. 

Phéniciens et Grecs

Phéniciens et Grecs abordent tôt les rivages du Golfe du Lion. Dès le VIIe siècle a.C. des contacts avec les populations locales sont établis, suffisamment étroits pour que certaines de leurs productions apparaissent, très sporadiquement il est vrai, dans les nécropoles d’Agde et de Mailhac2. S’il n’y a pas à Ensérune de preuves d’échanges avec le monde phénicien ni, à ce jour, d’inscription phénicienne, dès les premiers temps l’oppidum a été marqué par les contacts avec des populations grecques.

Les liens avec la Grèce, notamment avec Athènes, Corinthe et la Grande Grèce3, se matérialisent par la présence de céramique fine et de productions de luxe dès le second quart du VIe siècle a.C.4. On a trouvé en effet dans les vestiges de la nécropole, un aryballe corinthien (inv. M. 1152) qui peut être daté autour de 570 a.C.5.

La céramique attique apparaît de manière fréquente à Ensérune à partir des années 530-520 a.C. Avant, comme sur les autres sites du Languedoc, les vases d’importation grecs archaïques sont rares6. Le matériel retrouvé est essentiellement celui associé au monde du banquet et au service du vin, et ce, jusqu’à la fin du IVe siècle a.C. Ce sont des objets de luxe, à comprendre comme des cadeaux personnels, sans doute remis dans le cadre d’échanges entre notables. 

Dans son inventaire des céramiques grecques et de type grec entre VIe et IVe siècle a.C. à Ensérune, Cécile Dubosse a listé une trentaine d’inscriptions portées sur les vases attiques du IVe siècle a.C.7. Parmi celles-ci, il faut laisser de côté les inscriptions apposées au moment de leur fabrication par les potiers et les peintres, directement sur le lieu de création de ces objets, c’est-à-dire à Athènes même ou plus largement en Grèce8. Elles ne concernent pas les habitants d’Ensérune qui recevaient ces objets déjà marqués. Rien ne permet de prouver d’ailleurs qu’ils étaient en mesure de lire le grec. 

Un doute existe en revanche autour de la réalisation des graffites9, même s’il semble plutôt vraisemblable que les objets soient, là aussi, arrivés déjà marqués à Ensérune. Il s’agit en effet, dans la majorité, de marques mercantiles et de chiffres, purement liés à la commercialisation et à la diffusion des céramiques concernées10. Une demi-douzaine d’objets présente à la fois des marques grecques et des marques inscrites en système graphique ibérique11, indiquant de manière concrète leur passage de main en main, sans que l’on puisse véritablement savoir dans quel ordre les échanges ont eu lieu. En effet, aucune marque ne vient se placer en palimpseste à une autre, qu’elle soit grecque ou ibère12. Ces graffites sont utilitaires et associés à la phase de circulation des biens sur lesquels ils sont portés ; ils ne sont donc pas destinés à être lus ou à jouer un rôle après leur arrivée à Ensérune. 

Seuls quelques objets portent des séquences plus longues13. On peut totaliser actuellement, sur l’ensemble du matériel inventorié à Ensérune, soixante-trois objets portant des inscriptions en alphabet grec, auxquelles s’ajoutent de nombreuses marques souvent indéterminées14, qui pourraient correspondre tout autant à des lettres grecques ou latines qu’à des signes ibériques15. Ainsi, dans les faits, les inscriptions qui auraient pu être directement écrites à Ensérune en alphabet grec se réduisent à moins d’une dizaine, sans commune mesure face au corpus paléohispanique inventorié sur le site. De plus, la nature des “textes” en alphabet grec, principalement des signes mercantiles, des chiffres et des inscriptions du potier fabricant, ne permet pas d’affirmer avec certitude que la langue grecque était parlée directement sur le site. S’il est indéniable que des liens ont dû exister entre la population d’Ensérune et des individus ou des intermédiaires en contact avec le monde grec, les habitants d’Ensérune n’ont peut-être jamais rencontré directement aucun marchand grec16.

Vers 300 a.C., comme dans le reste de l’Occident, la céramique attique n’arrive plus à Ensérune17. Les réseaux d’échanges préfèrent d’autres productions, par exemple celles de Marseille ou des comptoirs phocéens. Les amphores massaliètes n’apparaissent pratiquement pas dans le mobilier conservé d’Ensérune, sans doute à cause du désintérêt pour ces productions au moment des fouilles anciennes ; c’est également le cas pour les amphores étrusques (voir infra), puniques ou ibères. À peine une centaine de récipients ont été identifiés dans les réserves du musée18. Les types les plus anciens n’ont pas été conservés et seuls des objets entiers ou à fonction particulière19 ont été gardés20.

Mais d’autres productions issues de comptoirs appartenant à Marseille ont été retrouvées sur l’oppidum. À une trentaine de kilomètres à l’est du site, Agde présente, dès la fin du VIe siècle a.C., tous les indices de l’installation de Phocéens auprès des populations locales, de manière suffisamment pérenne pour que des ateliers de potiers de céramique à pâte grise y soient créés. Un comptoir grec est de fait fondé à l’extrême fin du Ve siècle a.C., laissant supposer des échanges variés vers et à partir de ce site. Des productions issues des ateliers dits “du golfe du Lion”21, que l’on retrouve à Ensérune22, ont probablement été impulsées par des Grecs qui ont montré leur savoir-faire aux individus déjà implantés sur place, provoquant transferts de technologies et échanges linguistiques. 

Un siècle après Agde, un autre comptoir phocéen, Rosas, est fondé vers la fin du IVe siècle a.C.23, et vient s’inscrire dans “le tissu économique complexe de la Méditerranée nord-occidentale”24 qui est à l’œuvre au cours de la Protohistoire récente. Ses productions sont stimulées par une émulation avec les ateliers italiotes napolitains, créateurs de la céramique campanienne A. Les céramiques à vernis noir de Rosas se sont rapidement imposées auprès des populations locales et cette vaisselle de belle facture a connu un franc succès, notamment à Ensérune. C’est en effet sur ce type de vaisselle de table produite à Rosas que l’on trouve, sur l’oppidum, plusieurs dizaines d’inscriptions ibériques parfois sur des productions déjà estampillées par ailleurs : on connaît ainsi une dizaine d’estampilles en alphabet grec portant des noms des potiers de cette colonie phocéenne. NΙΚΙΑΣ et ΙΩΝ sont les plus connus25, avec la marque ΠΑΡ26. Ici encore, les produits arrivaient déjà inscrits sur le site et l’on ne peut affirmer avec certitude que la langue grecque ait été parlée directement à Ensérune. La présence de ces inscriptions grecques constitue en revanche un “premier contact” avec l’écriture grecque (et peut-être l’écriture tout court), la présence de ces signes interpellant sans doute la curiosité des habitants de l’oppidum.

Ainsi, comme c’est le cas pour Emporion27, il semble que les colons grecs en Languedoc se soient contentés de l’espace de leur comptoir sans chercher à se mélanger à la population locale. La familiarité et la cohabitation entre Grecs et populations locales n’ont d’ailleurs pas donné lieu à la mise en place d’une écriture mixte, comme c’est le cas pour le gréco-ibère dans la région d’Alicante ou, à une période plus récente, pour le gallo-grec en Provence et en Languedoc oriental28. Tout au plus existe-t-il dans la nécropole du Moulin à Peyriac-de-Mer, située à une trentaine de kilomètres au sud d’Ensérune, c’est-à-dire environ une journée de marche, deux skyphoi datés du IVe siècle a.C., un graffite inscrit en alphabet grec identifié comme la transcription d’un nom ibère. Cet unique exemple est d’ailleurs équivoque car il pourrait tout aussi bien s’agir d’un nom gaulois29.

Au milieu du IIe siècle a.C., l’écriture (et sans doute la langue) grecque reste malgré tout un moyen de communication important pour les populations qui habitent aux alentours d’Ensérune et qui sont prises dans le même réseau économique et commercial. L’existence de monnaies locales à frappe bilingue grec/ibère des Longostalètes (biuŕbi/Λογγοσταλητων), dont on a retrouvé une trentaine d’exemplaires à Ensérune30, montre que ces deux systèmes graphiques étaient indistinctement utilisés. On peut en induire une familiarité et une égalité, symbolique au moins, des deux écritures. En dépit du caractère très local du peuple mentionné31 et de l’utilisation de l’écriture paléohispanique, l’iconographie de ces monnaies, montrant un trépied, les rapproche des grands bronzes de Marseille32. Dans ce même contexte, certaines des légendes monétaires en alphabet grec de la région de Béziers, datées du IIe siècle a.C.33, livrent aussi les noms de rois celtiques34. C’est donc un triple apport culturel (grec/marseillais/phocéen, ibère et celte) qui compose cet environnement socio-politique complexe. Les monnaies, pourtant connues antérieurement en Languedoc, où les populations ont connaissance des frappes d’Emporion et de Rosas dès le IVe siècle a.C., ne semblent pas être prises dans une véritable logique monétaire avant le IIe siècle a.C.35. Il faut plutôt les comprendre d’un point de vue politique autant qu’économique, ces deux aspects étant étroitement liés, à cette période tout particulièrement. Dans ce cadre, les classes dominantes, auxquelles appartiennent sans doute les rois celtes du Languedoc36, monopolisaient les échanges et, que ce soit directement ou indirectement (par le biais d’intermédiaires et d’interprètes), avaient un intérêt certain à être visibles et identifiées par les milieux hellène comme ibère. 

C. Dubosse indique pour les périodes anciennes qu’il n’y a pas de “réseau privilégié” pour la région d’Ensérune37 et que “les partenaires sont plus vraisemblablement multiples et sans monopole véritable”38. Cependant, la très forte présence graphique ibérique sur le site (voir infra) indique que c’étaient surtout les Ibères qui avaient un rôle important à jouer lors de la redistribution des productions d’origine grecque, entre autres, et plus encore aux IIIe-IIe siècle a.C. 

Étrusques

Des circuits d’échanges existaient également dès le VIe siècle a.C. qui fournissaient Ensérune en productions venues de l’Italie, en particulier du monde étrusque, puisque plusieurs fragments de vaisselle en céramique fine en “bucchero nero”, par exemple des petits canthares à pied tronconique39, et surtout deux coupes étrusco-corinthiennes y ont été retrouvés. Ces objets, dépourvus d’inscription mais caractéristiques de productions étrusques bien datées, sont l’un des éléments qui contribuent à confirmer l’hypothèse d’une occupation du site d’Ensérune dès le VIe siècle a.C. Une kylix est attribuée à un groupe bien connu, celui dit “a maschera umana”, l’une des dernières productions du “ciclo dei Rosoni” et dont le centre de production aurait été basé à Caeré40. Cet objet de luxe, s’il n’est pas un témoin direct d’échanges avec l’Italie car il a pu être distribué par bon nombre d’intermédiaires, pourrait être compris comme un objet ou un présent conservé dans une perspective mémorielle pour être transmis et finalement déposé à Ensérune. Cette idée suggère que des rapprochements entre monde étrusque et monde languedocien ont pu exister. Un objet conservé à Ensérune vient tout particulièrement illustrer ce point. Il s’agit d’une coupe grecque à figures rouges, datée autour de 425-375 a.C.41, qui porte une inscription en alphabet nord-étrusque et donne à lire un nom celtique (smeraz)42. Même s’il est impossible de le prouver, il reste envisageable que l’inscription ait été gravée directement dans la région. En effet, l’implantation étrusque sur les rivages du golfe du Lion était bien établie, notamment avec le comptoir de Lattara ouvert autour de 500 a.C. Dès le premier quart du VIe siècle a.C., l’afflux massif d’amphores étrusques montre une grande activité dans les échanges et sans doute une dépendance accrue des économies locales – entendues aussi et surtout dans une logique politique. Ensérune reflète bien cette dépendance car dès la première occupation, identifiée au XXe siècle sous la forme de “fonds de cabane”43, on remarque la présence de ces productions. Si, comme l’explique C. Dubosse44, les premières fouilles n’ont pas conservé le matériel amphorique, la découverte en 1965 d’un “fond de cabane” intact a permis, après les travaux menés par H. Gallet de Santerre, de disposer d’un inventaire du contenu des silos, parmi lequel on trouve à peine une vingtaine de fragments d’amphores étrusques45. Ils sont pris au milieu d’autres objets datés aussi bien du IIe siècle a.C. (date vraisemblable du comblement du silo) qu’antérieurs. La présence du matériel étrusque à Ensérune semble avoir été rapidement supplantée par des productions issues de la péninsule Ibérique.

Ibères

La part la plus importante de la documentation conservée à Ensérune est sans conteste l’épigraphie paléohispanique. Le nombre remarquable de marques et d’inscriptions en écriture levantine, en comparaison avec les autres types de systèmes graphiques présents sur le site et avec la documentation régionale, constitue une clé pour la compréhension du rôle de l’oppidum dans le théâtre des échanges du Languedoc occidental protohistorique46.

La variété et la quantité des objets inscrits suggèrent une pratique graphique assez commune et en usage pendant une longue durée sur le site. En effet, les premiers graffites ibériques apparaissent dès la fin du IVe siècle a.C. et les dernières attestations de l’utilisation de l’écriture levantine sont à dater de la première moitié du Ier siècle a.C., notamment sur certaines des frappes monétaires présentées plus haut (autour de 100 a.C.). On peut donc convenir d’une pratique graphique de l’écriture paléohispanique sur le site pendant près de trois siècles sans interruption majeure. Cet état de fait ne peut s’envisager sans une implantation durable des Ibères directement sur place ou du moins comme intermédiaires dans les réseaux d’approvisionnement qui y aboutissent47.

La particularité des inscriptions paléohispaniques d’Ensérune est de donner à lire à la fois des noms ibères, mais aussi celtiques. On a pu également lire certains noms qui relèveraient d’une strate linguistique “locale”48, parfois appelée “ligure”. En réalité, ces noms présentent des traits qu’on retrouve dans le monde celte, ou du moins des éléments qui ne sont pas incompatibles avec le fonds linguistique celte, mais qui n’appartiennent pas directement au stock anthroponymique gaulois49.

Les noms ibères sont les éléments les mieux connus à l’heure actuelle dans le domaine linguistique paléohispanique50. Ceux lus dans les inscriptions présentes à Ensérune ne diffèrent en rien des éléments retrouvés dans le reste de l’épigraphie paléohispanique levantine, c’est-à-dire celle documentée sur le littoral méditerranéen de la péninsule Ibérique entre le IVe et le Ier siècle a.C. Ensérune se trouve être le point le plus septentrional d’attestation de cette épigraphie. Le nombre important d’inscriptions ibériques à Ensérune engage à penser une implantation sur place de communautés en mesure d’écrire en semi-syllabaire ibérique dès le IVe siècle a.C.51 et qui étaient en contact suffisamment étroit avec les populations locales pour que certains des noms celtes ou issus du substrat apparaissent dans les inscriptions. L’utilisation de la langue ibérique (ou d’une des langues ibériques) dans ce cadre est interprétée comme un cas de langue véhiculaire. Il est difficile pour l’heure d’affirmer que les populations présentes à Ensérune maîtrisaient cette langue aussi bien à l’écrit qu’à l’oral car la documentation est presque entièrement constituée de marques de propriété. En dehors des anthroponymes, il y a très peu de suffixes qui permettraient de dire que les scripteurs savaient insérer ces noms dans une syntaxe ibérique. L’hypothèse d’une langue véhiculaire utilisée seulement à l’écrit a pu être envisagée, tout en restant difficile à concevoir concrètement52.

La forte identité ibère du site est liée à la présence des graffites ; le faciès archéologique (céramique, habitat et nécropole) est identique à ceux des autres sites de Gaule méridionale53.

Celtes

Les noms celtiques d’Ensérune lus en écriture levantine constituent un ensemble connu depuis longtemps et bien identifié54. Ils sont la preuve effective de contacts linguistiques et graphiques sur place, dès le IVe siècle a.C., soit au début de la phase définie par les archéologues du XXe siècle comme “Ensérune IIb” (375-225 a.C.). Elle correspond à un essor de l’oppidum, qui coïncide avec l’apparition de l’habitat en dur. Dans le secteur de la nécropole, à l’ouest du site, une inscription sous le pied d’un bol en céramique attique reste le plus ancien document en écriture levantine d’Ensérune et il donne à lire un nom gaulois suivi d’un suffixe ibérique indiquant probablement la propriété : ośiobaŕenḿi55. Peu après (vers 325-300 a.C.), un autre nom celtique à la formation caractéristique en –rixkaŕtiriś, apparaît sur un cratérisque à pouciers en céramique attique à vernis noir56. À la même période, les dolia remplacent les silos à l’intérieur des maisons57, et plusieurs comportent des marques. Même s’il est difficile d’en préciser la chronologie, les noms que mentionnent ces estampilles sont des noms celtiques transcrits en écriture paléohispanique levantine, tels que tesile/Tessilos58 ou uasile/Vassilos59, qui apparaît à deux reprises. La cohabitation entre populations celtiques et ibériques se maintient au IIIe siècle a.C. où le nom gaulois katubaŕe/Catumaros apparaît à la toute première ligne du plomb écrit en ibère, retrouvé à Ensérune60.

Latins

En dehors de certains éléments architecturaux (sols mosaïqués, murs d’enduits peints et villa à atrium dans l’insula X), la marque de l’influence latine est particulièrement discrète, du moins en matière épigraphique, à Ensérune. Malgré d’importantes relations avec le monde italique à partir de la fin de la seconde guerre punique et au cours de la conquête romaine de la région qui deviendra la Transalpine en 123, seuls 236 objets retrouvés sur le site portent des inscriptions latines. Il s’agit, le plus souvent d’estampilles sur amphores61 ou sur des productions plus tardives62, appartenant à l’époque impériale et vraisemblablement sans relation directe avec le site d’Ensérune lui-même. Ces objets sont, au départ, destinés à l’ensemble du monde romain et ne nous informent que sur les ateliers dont les productions étaient distribuées et qui ont fini leur parcours sur le site. Ces différentes marques de fabrique ne font donc qu’illustrer l’existence de relations économiques avec le monde romain63 sans que l’on puisse affirmer, comme le soulignait déjà J. Jannoray64, que l’alphabet et de la langue latine étaient utilisés au même moment sur l’oppidum. 

Une quarantaine de graffites toutefois nous renseignent sur la literacy latine locale. Elle semble, là encore, liée à la présence celtique, si l’on considère des noms tels Vrcivs (s’il s’agit bien d’un nom personnel65), Litonius66 ou encore Biraco67 lus en alphabet latin sur de la céramique commune locale. 

Quatre autres noms retiennent également l’attention. 

Philodamus est vraisemblablement le nom d’un affranchi (un villicus selon Jannoray 1955, 449) dont le nom revient à plusieurs reprises sur le site, estampillé sur des amphores tarraconnaises (type Oberaden 74)68. Ces productions bien identifiées sont produites au tournant de l’ère et diffusées dans le premier tiers du ier p.C. Mais, étant donné la nature de l’inscription, il est peu probable que ce villicus ait séjourné à Ensérune. En revanche, un probable homonyme a inscrit son nom sur de la céramique commune sur l’oppidum69. Il s’agit peut-être de l’individu dont la stèle a été retrouvée en 1931 à Narbonne, datée du Ier siècle p.C. et qui porte sur ses deux dernières lignes (Phi)lodamus / et sueis70.

Une autre inscription remarquable a été étudiée par F. Oroz71. Il s’agit de la séquence Concius Aequos (inv. S. 1381) qui apparaît sur le col d’une œnochoé. Une séquence similaire apparaît sous la forme Scari. Concius Aiquus(inv. 53.926) sur un objet identique, ce qui a conduit le spécialiste espagnol à proposer d’y voir une mesure de capacité plutôt qu’un nom propre. En effet, Monique Clavel avait considéré qu’il s’agissait d’un nom celtique adapté à la tradition romaine des duo nomina. Selon elle, “il s’agit d’indigènes qui ont pris un nom latin sans bien comprendre encore les usages romains en la matière”72. On se rangera toutefois, à cause de la nature des supports, à l’interprétation utilitaire et métrologique. En revanche, la variation graphique entre Aequos et Aiquus, s’il s’agit bien du même élément, livre un indice de la datation des objets en céramique commune porteurs de ces inscriptions. En effet, le passage de ai à ae en latin73 tout comme celui du o à u74 s’est fait au cours du IIIe siècle a.C. Si les graffites d’Ensérune ont été inscrits à cette date, il est possible qu’il y ait eu un flottement dans la graphie, surtout si l’on tient compte du caractère fluctuant de l’orthographe des formes latines rencontrées aux périodes anciennes et dans les provinces lointaines de Rome. 

Un autre graffite qui nous semble important est un nom inscrit en alphabet latin sur une céramique à pâte grise, à dater peut-être des alentours de la première moitié du Ier siècle a.C, si l’on considère les autres éléments trouvés dans le silo dont elle est issue75. Bien que lacunaire, il pourrait s’agir d’un nom celtique : ]aturito (inv. 55.327)76. Si la date se confirmait, il pourrait ainsi s’agir du premier nom celtique inscrit en alphabet latin présent sur le site. 

Le dernier graffite qui retiendra notre attention est un nom latin, Stabilio (inv. 52.739), incisé sur le bord du pied d’un bol en céramique campanienne B. Inscrit sur un objet trouvé lors d’un décapage et donc hors contexte, il n’est pas sans évoquer deux autres attestations du même nom dans la région : une stèle arrondie trouvée à Narbonne77 et une dédicace sur plaque de marbre accompagnant une sépulture retrouvée à Moux (village situé à une cinquantaine de km à l’ouest de l’oppidum) et datée de l’époque impériale78.

Quant aux quelques autres noms complets latins, ils restent assez communs. Citons Flaccu[ (inv. 46.272) sur la tranche retaillée d’un fragment d’anse d’amphore italique (pour en faire un sceau ?)79Publi[us (inv. 46.178) sur une céramique à pâte claire ou encore le nom théophore Iove (inv. S. 1203). Les autres graffites en alphabet latin sont incomplets ou d’interprétation trop fragile pour pouvoir en tirer de conclusions définitives80.

Les inscriptions latines d’Ensérune laissent supposer que la langue et l’écriture latines étaient en usage sur place peut-être dès la transition IIIe-IIe siècle a.C. La langue latine n’occupait toutefois pas une place prépondérante si l’on se réfère aux vestiges qui nous sont parvenus et si l’on considère également le fait étrange, déjà souligné81, que les monnaies locales ont utilisé des légendes inscrites en écriture levantine et en grec mais pas en alphabet latin82.

Conclusion

L’oppidum d’Ensérune, occupé depuis le VIe siècle a.C. jusqu’à la période romaine constitue un intéressant paradigme pour l’étude du multilinguisme en Gaule méridionale protohistorique. En effet, dès les premiers temps de son occupation, le site a vraisemblablement brassé des populations issues ou en contact avec des régions lointaines. En témoignent les différents exemples de pratiques épigraphiques présents partout sur le site, depuis la nécropole jusqu’aux terrasses des silos. La variété graphique d’Ensérune est remarquable dans le monde protohistorique : pas moins de quatre systèmes graphiques (trois alphabets et un semi-syllabaire) s’y côtoient. Les objets inscrits proviennent eux-mêmes d’horizons très variés et l’on peut voir se succéder différents courants commerciaux en relation avec le site, tout au long de son occupation. Tous ne sont pas également représentés, de même que toutes les langues dont témoignent les inscriptions retrouvées et conservées à Ensérune n’étaient probablement pas parlées directement sur place. Les marques mercantiles grecques ou les estampilles de potiers latins ne sont pas propres au site et ne font sans doute qu’y aboutir. De ces deux systèmes alphabétiques, seul le second est assurément utilisé à Ensérune. C’est toutefois le corpus ibérique qui reste très largement majoritaire dans l’épigraphie du site et c’est le système graphique utilisé le plus longuement au cours de l’histoire de l’oppidum. Il témoigne de liens étroits notamment entre Ibères et Gaulois. Les IIIe-IIe siècle a.C. constituent un tournant majeur pour les pratiques graphiques locales, et représentent vraisemblablement le moment de brassage linguistique le plus important sur place.

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Notes

  1. Bats 2012, [en ligne] http://pallas.revues.org/792 [consulté le 20/04/2023]
  2. Quatre tombes sur 180 à Agde et une sur 200 à Mailhac selon les chiffres de Nickels 1983, 414, ce qui souligne bien la rareté du phénomène, sans toutefois qu’il puisse être ignoré. Pour Mailhac voir Taffanel et al.1992 et pour une vision exhaustive : Janin et al. 2002. 
  3. Nickels 1983, 412 à propos de skyphoi de la nécropole d’Agde qui sont vraisemblablement productions de potiers d’Italie du Sud (cf. Nickels et al. 1981, 412), sans doute de Syracuse. 
  4. Dubosse 1997, 60. 
  5. Dubosse 2007, 158, catalogue n° 1. 
  6. Dubosse 2007, 38. 
  7. Dubosse 2007, 175. Jannoray 1955, 352 note 4 rassemble également les données disponibles jusqu’à la date de publication de son ouvrage. 
  8. Trois inscriptions sont peintes respectivement sur des deux coupes à tige (ΚΕΦΑΛΟΣ, ΠΟΚΓΙΣ, ΝΕΑΝΙΑΣ, MM 412 ; Π[ΑΡΑΛΟΣ inv. M 982 = Beazley 1963, 2.1512, n° 19) et sur un canthare à pouciers (ΠΑΝΟΣ inv. MM. 76). 
  9. Une dizaine sont incisés à la pointe dure après cuisson, parmi lesquels un est indu-bitablement ibérique (MM. 73 = Dubosse 2007, n° 1996 = MLH II, B.1.58). À ceux-ci doivent s’ajouter plusieurs inscriptions antérieurement considérées comme ibériques (et publiées comme telles dans les MLH) mais qui sont en réalité à lire comme des inscriptions grecques : MLH II, B.1.4 (Hesperia HER.02.004) ; MLH II, B.1.8 (Hesperia HER.02.008) ; MLH II, B.1.12 (Hesperia HER.02.012) ; MLH II, B.1.36 (Hesperia HER.02.036) ; MLH II, B.1.102 (Hesperia HER.02.102) ainsi que probablement MLH II, B.1.95 (Hesperia HER.02.095) ; MLH II, B.1.96 (Hesperia HER.02.096).
  10. Les objets concernés sont : inv. MM. 132 (X) ; MM. 54 (B ou ∆∆) ; MM. 62 (B) ; MM. 43 (EB) ; 45.54 et 45.60 (K). 
  11. MLH II, B.1.57 (Hesperia HER.02.57 = Dubosse 2007, n° 1547) ; MLH II, B.1.83 (Hesperia HER.02.83) ; MLHII, B.1.84 (Hesperia HER.02.84) ; MLH II, B.1.3 (Hesperia HER.02.003) ; MLH II, B.1.25 (Hesperia HER.02.25) ; MLH II, B.1.95 (Hesperia HER.02.95).
  12. À une seule exception près peut-être : le fond de coupe inventorié Ens. 3e Coupe Feu Nord Surf. 1990 qui présente deux inscriptions entremêlées et qu’on ne peut exactement qualifier de palimpseste : lbon en ibère et les chiffres ∆∆ΙΙ (22) en grec. 
  13. Inv. MM. 310 (ΒΑΛ) ; inv. 59.200 (ΗΣΙΡΙ) ; 59.383 (ΕΓΚΙΓ) ; 61.344 (ΒΕΝ) ; 61.410 (ΓΕCCΗ).
  14. Par exemple : MLH II, B.1.1 (Hesperia HER.02.001) ; MLH II, B.1.96 (Hesperia HER.02.96) ; MLH II, B.1.105 (Hesperia HER.02.105) ; MLH II, B.1.230 (Hesperia HER.02.230). Pour le phénomène inverse, voir inv. 45.34 (lu comme un kappa par Jannoray et qui peut être un <a> ibérique) ; MM. 132 (X). 
  15. Par exemple les signes tels que I, X, N, ou O. 
  16. Bats 2011b, 135. 
  17. Dubosse 2007, 170. 
  18. De nouvelles études sur ce type de conteneur seront menées dans le cadre d’un PCR prévu entre 2021 et 2024. 
  19. Par exemple les tessons utilisés pour recouvrir les ossuaires dans les tombes. De facture plus récente, sont également inventoriés quatre timbres sur amphore rhodienne : ∆ΙΟΛΕΙΑΣ (inv. M. 774) daté entre 220 et 180 a.C. ; —ΡΑΝΟΙΟΣ (inv. S. 1194) et ΕΠΙ ΤΕΙΣΑΜΕΝΟΥ/ΑΤΡΙΑΝΙΟΥ (inv. 50.671) daté du IIe siècle a.C. (cf. Jannoray 1955, 326 note 1) ; ΣΩΤΑΙΡΟΥ (inv. 55.710) qui est à rapprocher d’un timbre non daté (IGXII,1 1391).
  20. Passelac et al. 1990, 132. 
  21. Ces ateliers ne sont pas encore clairement identifiés ni localisés avec précision. 
  22. Inv. : M. 70 ; 66.S.21-01 (= MLH II, B.1.65 = Hesperia HER.02.65) ; 45.109 (= MLH II, B.1.153 = Hesperia HER.02.153). 
  23. Étude complète dans Martín & Puig 2006. 
  24. Gorgues 2010, 197. 
  25. Les noms attestés, sur des estampilles en forme de croix sont vraisemblablement au génitif: NIKIA (peut-être génitif “dorien” [voir Duran 1999] pour NIKIAΣ, inv. : M. 84 ; S. 655 ; 59.187 ; 61.15 ; s.n. [Fouilles 1980]) ; et ΙΩΝ•Σ (génitif ΙΩΝOΣ de ΙΩΝ où le o est remplacé par un point, certainement pour des raisons de place, inv. : S. 653 ; S. 657 ; S. 1499 ; M. 1028 ; 49.49 ; 49.50). Ces deux potiers sont bien connus depuis l’étude de Solier 1969. 
  26. Lattara 6, 542. ΠAP (inv. : MM. 617 ; 48.53 ; 53.859 ; 53.859). 
  27. Rouillard 1991, 320. 
  28. L’attestation la plus occidentale du gallo-grec était jusqu’à une date récente le chapiteau de Montagnac (RIG I, G-224). Depuis, une inscription gallo-grecque a été trouvée à Ensérune (Ruiz Darasse 2020) sur une céramique claire récente, dont le nom gaulois est très proche d’exemples retrouvés dans la région de Nîmes. La plus ancienne inscription gallo-grecque est vraisemblablement un graffite de Baou-Roux (Bouc-Bel-Air, RIG I, G-526) datée dernier quart du IIe siècle a.C. (Bats 2011, 217). Rappelons que le plomb gallo-grec d’Elne (editio princeps : Lejeune 1963) est un objet déplacé. 
  29. Bats 2011a, 210. 
  30. Feugère & Py 2011, 303. Réf. : IBL 2387 (grand bronze ΛΟΓΓΟCΤΑΛΗΤΩΝ) : 1 exemplaire ; IBL 2367 (grand bronze ΛΟΓΓΟCΤΑΛΗΤΩΝ/biuŕbi) 30 exemplaires. Datation proposée -150/-75. 
  31. Ces monnaies sont l’unique source pour la connaissance de leur existence, cf. Feugère & Py 2011, 301. 
  32. Par exemple Feugère & Py 2011, 301. Ref. : IBL 2363. 
  33. Bats 2011a, 216 propose toutefois de remonter la chronologie d’un siècle, “fin du IIIe siècle ou à la première moitié du IIe siècle, en fonction de leur poids, de leur module et de leur iconographie”.
  34. Feugère et Py 2011, 299. ΑΜΥΤΟ (IBL 2431) : 1 exemplaire ; ΚΑΙΑΝΤΟΛΟΥ (IBL 2416) : 11 exemplaires. Datation proposée : -125/-75. À cela s’ajoutent ΒΩΚΙΟC (Jannoray 1955, 348 note 1) : 3 exemplaires et ΛΟΥΚΟΤΙΚΝΟC (Jannoray 1955, 348 note 1) : 1 exemplaire, qui appartiennent aux séries des Longostalètes. Il existe d’autres frappes mais elles ne sont pas répertoriées à Ensérune même. La publication du médailler du site est due à Richard & Gentric 2019. 
  35. Callegarin & Hiriart 2013, 19. 
  36. Peut-être précisément rois d’un peuple comme celui des Longostalètes, dont le nom est d’origine celtique. 
  37. Dubosse 2007, 148. 
  38. Ibid
  39. Hérubel 2000, 95.
  40. Gras 1974, 114, 138. 
  41. Bats 2011a, 208. 
  42. Sur ce nom et l’histoire de sa découverte, de Hoz 2008. Voir également Bats 2011b, 133 et suivantes. 
  43. Ce terme, aujourd’hui impropre, est celui utilisé par les premiers archéologues du site, Jean Jannoray, l’abbé Giry et Hubert Gallet de Santerre. Plutôt que des cabanes, il s’agit plus vraisemblablement de maisons dont les murs en matériaux périssables (torchis et bois) n’ont pas été conservés ni du moins retrouvés. Dès la fin du VIe siècle a.C., l’habitat d’Ensérune est constitué de maison à solins de pierre et élévation de briques crues. 
  44. Dubosse 2007, 34 et 88, note 8. 
  45. Dubosse 2007, 34 et 88, note 8. 
  46. Bats 2011a et 2011b. 
  47. Bats 2011b, 136.
  48. Untermann 1969 ; Untermann 1992 ; De Hoz 2011, 162-168. 
  49. Par exemple : okator (MLH II, B.1.13 ; Hesperia HER.02.013) ; ŕuta (MLH II, B.1.65 ; Hesperia HER.02.065 cf. CIL XII, 198, Antibes), cf. De Hoz 2011, 163. 
  50. MLH III.1, § 7 ; Moncunill 2010 ; Rodríguez Ramos 2002 et 2014. 
  51. Hoz 2011, 119 ; Bats 2011b, 134.
  52. Hoz 2011, 462 ; Ruiz Darasse 2013. 
  53. Les objets identifiés comme étant de facture ibérique et portant des inscriptions sont au nombre d’une vingtaine. 
  54. Untermann 1965 ; Untermann 1980, 73 ; Correa 1993 ; Ruiz Darasse 2010 ; Bats 2011b ; de Hoz 2011, 162-169. 
  55. MLH II, B.1.59 ; Hesperia HER.02.059 ; Musée d’Ensérune inventaire M. 65 ; Dubosse 2007, 1570.
  56. MLH II, B.1.28 ; Hesperia HER.02.028 ; Musée d’Ensérune inventaire MM. 75 ; Dubosse 2007, 1892.
  57. Ugolini & Olive 2013, 330.
  58. MLH II, B.1.351 ; Hesperia HER.02.351 ; Musée d’Ensérune, sans numéro d’inventaire. 
  59. MLH II, B.1.352 et .353 ; Hesperia HER.02.352 et .353 ; Musée d’Ensérune inv. S. 1244 et S. 1248. 
  60. *B.1.373 ; Hesperia HER.02.373. Solier & Barbouteau 1988.
  61. Citons par exemple : ASIFI (inv. 60.395) ; SABINA (inv. 60.394) ; TIGRA A (inv. 67.S.72.17) sur amphore autant de timbres bien connus par ailleurs. Sur les timbres amphoriques, voir le tableau de synthèse disponible pour tout le Biterrois occidental réalisé par D. Rouquette dans la CAG 2013. Les données s’arrêtent en 2006. 
  62. 83 sont de la sigillée italique, dite arétine. 
  63. Les marques les plus nombreuses proviennent de l’atelier de C. Ateius (inv. 48.62 ; 49.927 ; 49.428 ; 52.1274 ; 53.413 ; 53.629 ; 53.894 ; 54.132 ; 55.120 et peut-être 53.414 et 61.439) en comptant aussi les deux signées par l’esclave Xanthus (inv. 48.270 ; 52.1169). Viennent ensuite les neuf exemplaires de l’atelier Tetti/Samia(inv. S. 948, S. 953, 45.130, 55.216, 55.350, 55.1052, 61.246, 61.437, 65.15). On trouve également onze exemplaires de l’atelier de C. Rullus (inv. S. 1072, S. 1076), avec la mention de plusieurs esclaves différents : FL(accus) (inv. S. 1073 ; S. 1074,), SEL(euci) (inv. S. 1075 ; 55.337 ; 60.216) ou encore DAM[ (inv. 55.797 ; 55.798 ; 55.1113 ; 55.1126 et peut-être S. 1216). Deux autres enfin sont vraisemblablement l’œuvre de l’esclave Pilades de l’atelier des Anni (inv. 45.131 et 47.443). Les autres marques sont de factures diverses. 
  64. Les quelques graffites incisés en alphabet latin à Ensérune “prouvent tout juste que l’alphabet latin n’étais pas inconnu de certains habitants de l’oppidum” (Jannoray 1955, 448). 
  65. Inv. 59.599, sur céramique à pâte claire. Ce nom est considéré comme le nom du vase pour F. Oroz 1975, 212 en relation avec le nom grec ὔρχη, vase. Il peut être rapproché également de racines celtiques (cf. Orcius/Orgius, cf. CIL VI, 23575, Rome, CIL XIII 1462, Clermont-Ferrand, et AE 1988, 884), mais l’on hésite entre une racine nominale orco– “petit cochon, goret” ou une la racine verbale org– “tuer” (Delamarre 20183, 205-206 et Holder 1962, II, 869). 
  66. Inv. S.1090 sur céramique claire. Thème lito-/litu– “fête, festival” (Delamarre 20183, 173). 
  67. Inv. 46.207 sur céramique claire, peut-être peinte. cf. monnaie RIG IV, M-70 : Biracos. 
  68. Inv. X. 33, 60.393 et 61.140. J. Jannoray mentionnait aussi que cette marque se retrouve aussi sur deux autres fragments sans inventaire (PHILO- et .ILODAM..). Une dernière occurrence a également été retrouvée inscrite sur un col découvert au bas de la pente sud-ouest de l’oppidum et conservée au domaine de Régimont.
  69. Inv. 53.568, trouvé dans le comblement d’un silo-citerne du secteur du Château d’eau (= insula XII) dont la datation n’est pas précisée. 
  70. CAG 11.1, 353, fig. 409.
  71. Oroz 1975. 
  72. Clavel-Lévêque 1970, 579, citée par Oroz 1975. 
  73. Niedermann 1953, 59, §31. 
  74. Niedermann 1953, 41, §23, n°5.
  75. Silo 12.54 (Insula XII-Château d’eau), rapport Abbé Giry, 1955, p. 4. 
  76. Ruiz Darasse 2020. 
  77. CIL XII, 4797 (CAG 11.1, 245, Narbonne) : stèle arrondie qui mentionne un “M(arcus) Fabius Stabilio” pas de datation précisée.
  78. CIL XII, 5370 (CAG 11.2, 399 Moux) : dédicace sur plaque de marbre qui mentionne un “Titus Alfidius Stabilio affranchi de Titus”. Trouvé avec des monnaies de Néron à Marc-Aurèle (0-100 p.C.).
  79. Cf. Jannoray 1955, 448, note 2 (cf. CIL I, 03535,1 et CIL I, 03543bd02a, 03543be1, Toulon). 
  80. Sing[ (inv. 59.600) ; So++sutrus (inv. 63.78) ou encore Acius Siitu[ (inv. 55.1794) sur œnochoé. 
  81. Jannoray 1955, 447.
  82. Des monnaies latines circulaient toutefois dès le IIIe siècle a.C. si l’on en croit Élodie Paris (Paris 2017, 194-220, thèse inédite, communication personnelle). 
EAN html : 9791030008265
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15 p.
Code CLIL : 4117
10.46608/diglossia1.9791030008265.15
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Comment citer

Ruiz Darasse, Coline, “Le multilinguisme en Gaule protohistorique au miroir d’Ensérune”, in : Roure, Réjane, avec la collaboration de Lippert, Sandra, Ruiz Darasse, Coline, Perrin-Saminadayar, Éric, éd., Le multilinguisme dans la Méditerranée antique, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux , collection Diglossi@ 1, 2023, 235-250 [en ligne] https://una-editions.fr/le-multilinguisme-en-gaule-prohistorique-au-miroir-d-enserune [consulté le 02/05/2023]

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Relevés de divers graffitis en phénicien, ibère, étrusque, gallo-grec, grec, latin, hiéroglyphes (DAO par Réjane Roure, Coline Ruiz-Darasse, Sandra Lippert, Bruno d'Andrea) sur une photo d'Alix Barbet (thermes de Stabies à Pompéi).
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