Conclusion générale

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À l’issue de ce travail, accompli pour une large part grâce aux études de nombreux intervenants, nous croyons avoir réalisé les objectifs qui nous avaient été fixés en vue de la publication la plus exhaustive possible du site et de la mise en place dans l’espace muséal d’une exposition pour remplacer celle, temporaire, que nous avions montée pour l’inauguration de ce nouveau bâtiment.

Le premier de ces objectifs consistait donc à reprendre, soixante ans après les fouilles de Pierre-Martial Tauziac, les relevés de Pierre-Auguste Conil et la publication de Jules Formigé, l’étude des vestiges de ce vaste ensemble de constructions de la période antique. Et de tenter d’en fournir une explication revue à la lumière des connaissances développées par l’archéologie, plus d’un demi-siècle après. Le second objectif avait pour but de présenter les objets de la collection Tauziac trouvés au cours des fouilles ; ce qui pour une partie importante de ces matériels n’avait jamais été effectué.

En ce qui concerne le premier objectif, nous avons, c’est certain, rencontré des difficultés pour y parvenir car il n’était pas possible de formuler de nouvelles interprétations à partir des reconstructions/restitutions par trop souvent hardies des restaurateurs ou du seul plan de J. Doreau qui ne pouvait, par la force des choses, faire état des relations des structures entre elles. Il a donc fallu recourir à la reprise de fouilles sous forme de sondages aux endroits qui nous semblaient pouvoir apporter une réponse quant à l’agencement des constructions antiques les unes par rapport aux autres. Nous sommes ainsi en mesure aujourd’hui de proposer un schéma d’évolution de la pars urbana de cette villa, surtout pour le secteur dévolu à la réception. En revanche, il a été plus difficile de retrouver quelles avaient été les transformations de la zone thermale, du fait, comme on l’a dit, de la piscine du dernier état et de la route, qui oblitèrent une grande partie les vestiges sous-jacents.

Il n’a pas non plus été facile, pour les personnes qui ont bien voulu prendre en charge les études complémentaires liées à la Collection Tauziac, de mener celles-ci à bien. Il convenait d’abord de faire la part de ce qui provenait de façon certaine du site (que les trouvailles aient été réalisées avant ou pendant les fouilles de Pierre-Martial Tauziac), de ce que l’on pouvait considérer comme en provenant, et ce qui en était, obligatoirement, extérieur. Le fait que les objets n’aient pas, non plus, été situés stratigraphiquement ne facilitait pas la tâche des chercheurs. Et il leur a fallu établir des datations par comparaison avec des matériels identiques.

Finalement, on a pu constater une parfaite correspondance entre le site de Montcaret et les ensembles identiques de la région. Qu’il s’agisse de l’implantation retenue pour la construction de l’habitat, du plan des structures et de leur évolution au Bas-Empire vers la monumentalisation : agrandissement des espaces de réception, des balnéaires, mise en place d’entrées majestueuses et développement du luxe. Le site s’est révélé important par l’ampleur de ses constructions conservées et le particulier développement de sa décoration, tant mosaïque qu’architectonique. La villa de Montcaret présente ainsi les caractéristiques distinctives des parties résidentielles des grands établissements de la fin de l’Antiquité dans le sud-ouest de la Gaule. De plus, les résultats de notre étude sont devenus particulièrement déterminants pour la connaissance des autres domaines. Les conclusions obtenues – en particulier les datations, absolues comme relatives, que le site apporte – permettent de proposer une évolution et une nouvelle vision, non seulement de cet établissement, mais aussi de ceux de la région qui ne bénifient pas d’autant d’éléments pour permettre une étude aussi approfondie.

Le site a, par ailleurs, pu être replacé dans son environnement. Qu’il s’agisse des sources qui l’ont alimenté, de la carrière de pierre qui l’a approvisionné ou des voies, fluviale comme routières, qui lui ont facilité les circulations et donc les échanges. Il s’est, en outre, révélé particulièrement important par la présence, à quelque distance, de sa partie agricole et artisanale. Cette organisation spatiale, en effet, constitue ainsi un modèle de villa antique dédoublée qui semble propre à la région et peut de ce fait éclairer la réalité d’autres domaines de l’Aquitaine. De plus, la pars agraria manifeste un intérêt supplémentaire par la reconnaissance d’activités comme la viti-viniculture, l’élevage ou la métallurgie. Le site de Montcaret autorise ainsi une perception large de ce que pouvait être un domaine antique dans cette partie de la Gaule. Il nous a, plus généralement, permis d’approcher ce que devait être un domaine pour le propriétaire et ses contemporains et l’image que ceux-ci en avaient. Alors que tous les établissements de la région ne présentent pas tous les éléments spécifiques d’un domaine, Montcaret les cumule en totalité et apparait ainsi comme un modèle-type de la villa dans le sud-ouest de la Gaule.

Les propriétaires du Bas-Empire et de l’Antiquité tardive sont des personnages puissants. Puissants par la richesse, fondée sur les revenus de la terre, qu’ils possèdent, mais puissants aussi par le pouvoir qu’ils exercent sur un territoire particulièrement étendu. Ces grands personnages, ces honestiores, font montre de cette puissance et de cette richesse et c’est le rôle ostentatoire que joue la pars urbana, composée de ces vastes salles de réception richement décorées de marbre et de mosaïques dans lesquelles le grand propriétaire aime à recevoir ses pairs. C’est de même la possibilité de vivre à la campagne, de profiter de ses ressources, telles que la chasse, de jouir du calme et de la beauté des lieux avec les mêmes commodités – voire davantage – qu’à la ville, sans en avoir les inconvénients1.

Montcaret fait ainsi figure d’archétype de l’ultime évolution que les domaines du Sud-ouest de la Gaule ont connue avant que la société antique disparaisse et laisse la place à un nouvel ordre.

L’importance avérée du site de Montcaret ne se résume d’ailleurs pas à la période romaine. Nous avons vu que celui-ci était occupé auparavant, même si peu d’éléments de cette époque ont été retrouvés. En ce qui concerne le haut Moyen Âge, un édifice à abside a été construit sur l’extrémité d’une galerie de la pars urbana. Même s’il n’a pas été possible d’en déterminer la datation précise, il ne semble plus devoir être rattaché à la période antique et pourrait donc fort bien appartenir à un bâtiment postérieur à cette dernière, figure d’un petit édifice chrétien, antérieur à l’église romane.

La transformation du site en cimetière à la période médiévale nous a offert d’approcher deux très belles collections de monnaies et de céramiques du Moyen Âge qui, par leur importance et leur excellent état de conservation, peuvent être considérés comme des références pour la région. Ce site nous a aussi permis d’identifier le sceau du prieur de l’établissement proche de Montravel. De même  qu’une croix-reliquaire byzantine du XIe ou du XIIe siècle – l’unique croix de ce type retrouvée sur le territoire français – que l’on peut rapprocher d’une monnaie originaire de Constantinople, datée de la fin du XIe siècle, trouvée elle aussi dans le cimetière. Tous éléments qui font de la collection Tauziac un ensemble d’objets d’une particulière qualité lié à ce site, légitimement classé, six ans après sa découverte, au titre des Monuments historiques.

Notes

  1. “Quel plaisir pour les oreilles que d’entendre de ce lieu résonner à midi le chant des cigales, au crépuscule le coassement des grenouilles, dans la nuit encore profonde les accords des coqs, le coassement trois fois répété des corbeaux prophétiques saluant à son lever la torche pourpre de l’Aurore (…). Et pourtant ces harmonies variées des voix (…) se mettent à ton service pour te faire goûter un sommeil plus profond”. (Sidoine Apollinaire, Epistolae, 2.2 (A. Loyen, éd.).
ISBN html : 978-2-35613-384-7
Posté le 31/01/2021
EAN html : 9782356133847
ISBN html : 978-2-35613-384-7
Publié le 31/01/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-386-1
ISBN pdf : 978-2-35613-385-4
ISSN : 2741-1508
2 p.
Code CLIL : 4117
http://dx.doi.org/10.46608/dana1.9782356133847.27
licence CC by SA

Comment citer

Berthault, Frédéric, “Conclusion générale“, in : Berthault, Frédéric, éd., La villa romaine de Montcaret. Une villa et son environnement dans le sud-ouest de la Gaule, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 1, 2021, 331-334, [en ligne] https://una-editions.fr/montcaret-conclusion-generale [consulté le 1er février 2021].

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