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Nombre de chantiers de recherche se sont ouverts dans les villes de la Gaule antique, offrant l’occasion d’étudier la topographie chrétienne et d’ainsi contribuer à étoffer l’image que l’on se faisait des anciens centres urbains. Ces travaux archéologiques restent des entreprises particulièrement délicates qui nécessitent une approche méthodologique spécifique. En effet, le tissu médiéval, souvent préservé en élévation, impose la mise en œuvre d’une archéologie du bâti alors qu’en sous-sol les problèmes résultant des défaillances statiques des bâtiments deviennent toujours plus difficiles à résoudre. D’autre part, de telles études ne peuvent être menées que dans le long terme. Disposer d’une équipe de spécialistes appelés à intervenir sur plusieurs décennies n’est pas évident et il faut pouvoir compter sur un réseau politique afin d’obtenir des financements réguliers durant de nombreuses années.

Les fouilles en milieu urbain ont fait la preuve de la richesse du patrimoine. À l’emplacement des cathédrales ou des églises de la périphérie, des vestiges d’une grande complexité ont été mis au jour qui témoignent le plus souvent d’une continuité d’occupation remarquable. Dans les stratigraphies, des phases de construction ou de destruction sont apparues par dizaines, leur interprétation exigeant une grande rigueur. La multiplication des données a entraîné des règles et des principes tant pour sauvegarder que pour documenter l’information récoltée, qu’il s’agisse de relevés, de plans à grande échelle ou d’analyse détaillée de maçonneries. L’objectif est de transmettre à la communauté scientifique des dossiers complets de manière à permettre des comparaisons.

La tâche de l’archéologue n’est donc pas aisée et le parcours est long jusqu’à l’obtention d’un accès dans un bâtiment de culte et des autorisations nécessaires pour installer un chantier impliquant des dégagements aussi minutieux que lents. Les surfaces concernées sont souvent considérables, de par les dimensions des édifices concernés et du fait que la compréhension des fonctions de l’ensemble est tributaire de l’étude non seulement des édifices principaux mais aussi de leur environnement. Par la force des choses, l’archéologue doit accepter de restreindre ses visées scientifiques et admettre que seule une partie des quartiers religieux pourra être appréhendée. Un groupe épiscopal est généralement constitué d’une ou plusieurs cathédrales, de salles de réception, des habitations de l’évêque et des clercs, d’allées reliant les différents bâtiments, etc. C’est en quelque sorte une ville dans la ville. Et, si l’on considère que les transformations architecturales sont incessantes durant plus d’un millénaire, le programme envisagé reste inévitablement limité.

C’est aussi au cours de cette période initiale, vers 1980, qu’un groupe de travail composé de chercheurs aux approches très diverses s’est réuni régulièrement. Au moment où se clôt, avec la parution du tome XVI, la série Topographie chrétienne des cités de la Gaule, des origines au milieu du VIIIe s., il faut souligner l’apport exceptionnel de ces réunions pluridisciplinaires qui ont notablement influencé les travaux conduits sur les grands chantiers ici évoqués. Du point de vue archéologique, nous avons pu constater l’importance des discussions menées sur les sites en cours de fouille ; même si les présentations du chantier étaient soumises à un feu nourri de critiques, au demeurant fort stimulantes, elles étaient surtout l’occasion de découvrir d’autres approches et de bénéficier des enseignements de l’historiographie et de l’épigraphie chrétienne.

Il n’y a pas lieu de citer ici tous ces chantiers, retenons seulement que celui d’Autun est d’une importance majeure. Il a du reste retenu l’attention d’un grand nombre de chercheurs. Je me souviens de mes premières visites, il y a plus de trente ans, marquées par la personnalité de Jean-Charles Picard, dont l’érudition comme les qualités humaines étaient exceptionnelles ; il avait l’art de reprendre les notions historiques pour faire progresser les stratégies d’interventions archéologiques. Nous discutions à l’emplacement de la cathédrale Saint-Nazaire des modalités à définir pour préparer la découverte des tombes épiscopales dans le chœur gothique démantelé. Le suivi de l’intervention dans l’église funéraire de Saint-Pierre-l’Estrier nous a permis de mieux comprendre le système de chantier-école organisé par Christian Sapin, Walter Berry et Bailey Young. Mes souvenirs incluent également la figure tutélaire de l’abbé Denis Grivot, en particulier la bravoure d’une légendaire présentation dispensée en équilibre sur une échelle devant le tympan de la cathédrale de Saint-Lazare.

Comme on le voit, nombreuses sont les raisons de se réjouir de la parution de cet ouvrage, fruit de trois décennies d’opiniâtres recherches menées dans des conditions souvent bien difficiles et qui doit beaucoup aux efforts de Sylvie Bacon-Berry. Les résultats sont là et leur élaboration suscite notre admiration. S’il manque les deux cathédrales primitives avec leur baptistère, qui n’ont pas pu être fouillées, nous sommes désormais à même de saisir dans le détail le développement architectural de la domus ecclesiae dès le IVe s. Cet ensemble que nous connaissons mieux grâce au Colloque tenu à Autun en novembre 2009, publié dans le tome 23 de la Bibliothèque de l’Antiquité tardive a été comparé à nombre d’autres palais épiscopaux. La nouvelle publication apporte un complément décisif par la description des vestiges du cloître. D’autres points mériteraient d’être commentés, comme ce cimetière et cette tombe privilégiée intra muros dont les exemples sont si rares en Gaule et qui soulèvent encore bien des questions ; il faut en effet aller jusqu’à Barcelone ou Valence en Espagne, où les fouilles menées dans des groupes épiscopaux ont permis de retrouver des sépultures multiples en plein centre urbain. L’évolution dès le IXe s. des galeries du cloître mentionné en 858 sous l’épiscopat de Jonas, auquel on peut ajouter des états antérieurs, atteste la présence d’un claustrum. Je me rappelle la joie des intervenants lors de nos visites car on tenait là un exemple unique de la fondation d’une organisation ecclésiastique si souvent reconnue pour l’époque romane. L’analyse détaillée des vestiges permet de suivre les différents états du développement complexe de l’ensemble monumental jusqu’à son abandon ou sa transformation en logements. Les recherches pourront se poursuivre puisque l’espace des cathédrales est libre de constructions. Mais la publication de cet ouvrage restera un moment clé ; la richesse de la documentation réunie, l’intelligence et la clarté du discours en font d’ores et déjà un instrument indispensable.

ISBN html : 978-2-35613-383-0
Posté le 12/12/2021
EAN html : 9782356133830
ISBN html : 978-2-35613-383-0
Publié le 12/12/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-368-7
ISBN pdf : 978-2-35613-369-4
ISSN : 2741-1508
2 p.
Code CLIL : 4117
DOI : 10.46608/dana6.9782356133830.3
licence CC by SA

Comment citer

Bonnet, Charles, “Préface”, in : Balcon-Berry, Sylvie, Berry, Walter, Sapin, Christian, dir., Le groupe épiscopal et canonial d’Autun. 20 ans de recherches archéologiques, Pessac, Ausonius Éditions, collection DAN@ 6, 2021, 15-16 [en ligne] https://una-editions.fr/preface-autun/ [consulté le 12 décembre 2021]

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Illustration de couverture • Première : montage à partir du nuage de points de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun (© Camilla Cannoni, Plémo 3D, UMR 8150 Centre André Chastel-Sorbonne Université) et d'une vue générale de la fouille du préau (© W. Berry). Quatrième : Chapiteau du XIe siècle découvert dans le puits du cloître (© C. Castillo).
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