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La fouille du cloître canonial initiée en 1983 est l’un des aspects d’une étude historique et archéologique plus ambitieuse visant à comprendre la ville haute d’Autun dans son origine et son développement religieux, dont le premier noyau constitue le groupe épiscopal auquel s’est adjoint par la suite l’ensemble canonial. Dans ce partage des espaces relevant du groupe épiscopal proprement dit (cathédrale Saint-Nazaire, baptistère, églises annexes, palais de l’évêché) et de l’autorité canoniale (bâtiments de la vie commune comme des maisons particulières dites canoniales qui formaient une partie du quartier), le cloître, ou son emplacement, à savoir la cour du chapitre (Fig. 1-3), apparaissait comme un lieu privilégié à étudier en priorité ; il est, ou il était, ce contact de la vie canoniale avec la cathédrale. Sa fouille ne devait cependant jamais nous faire perdre de vue la globalité comme le sens de l’espace urbain où il se trouvait.

En effet, en 1983, le travail effectué dans la cour du chapitre (Fig. 1-3) était considéré comme une phase préliminaire d’un vaste programme de recherche qui avait pour but la fouille de la totalité du complexe cathédral et canonial, donnant la priorité à l’église Saint-Nazaire et au baptistère qui, selon nos hypothèses, aurait été englobé au XIIIe s. dans l’église paroissiale Saint-Jean-de-la-Grotte disposée sous le chœur de la cathédrale. Des découvertes inattendues dans la surface du cloître – notamment l’état de conservation parfois exceptionnel des structures rencontrées – et l’impressionnante richesse de matériels recueillis (cf. infra, § 4), nous ont conduits à une révision du programme et à un prolongement du projet du cloître, tout en intervenant de façon ponctuelle sur l’emprise accessible de Saint-Nazaire dont certains vestiges conservés en élévation ont parallèlement donné lieu à une étude archéologique approfondie. Ces recherches ont grandement contribué à préciser notre connaissance de l’ancienne cathédrale et démontrent sans ambiguïté tout l’intérêt d’une fouille d’envergure de la cour de la Maîtrise. Cette dernière permettrait de compléter notre vision diachronique du complexe épiscopal et canonial, au passé extrêmement riche, que l’on sort progressivement du profond oubli dans lequel il était tombé.

Avant notre intervention, au début des années 1980, les connaissances alors acquises sur les groupes épiscopaux comme sur les enclos canoniaux apparaissaient comme limitées ; en dehors de Lyon (Reynaud 1998), l’archéologie avait encore peu apporté sa contribution et peu transformé les premières synthèses de Jean Hubert (Hubert 1952a ; Hubert 1952b). Depuis, les travaux du Congrès international d’archéologie chrétienne (Duval 1989), les fouilles importantes de Genève (Bonnet 2012a), Grenoble (Baucheron, Gabayet, Montjoye 1998), Rouen (Le Maho 1994), Aix-en-Provence (Guild 1987) ou encore Tournai (Brulet 2012) ont considérablement amplifié nos connaissances sur les origines et les développements des groupes cathédraux. À ces travaux il faut ajouter la publication de la table ronde sur les églises doubles (Duval, Caillet 1996), celle du colloque sur les quartiers canoniaux (Picard 1994) et des études sur les cloîtres (Sennhauser 1996 ; Klein 2004) qui ont profondément modifié notre perception des centres urbains religieux et de leurs fonctions. Deux colloques sur les origines chrétiennes ont par ailleurs paru récemment (Paris Poulin et al. 2009 ; Gaillard 2014). Ces recherches foisonnantes permettent de considérer sous un jour nouveau et dans un contexte plus général la place du groupe épiscopal et canonial d’Autun.

Abandonnée à son sort et considérée comme un espace sans intérêt, la cour dite du Chapitre, sise au cœur de la ville haute, à l’est de la cathédrale Saint-Lazare (fig. 1-3), n’avait fait l’objet d’aucune étude particulière, si ce n’est de sondages entrepris en 1919 par Charles Boëll (fig. 30, 31, 32). Aucune analyse de fond, et aucun document iconographique, ne nous renseignaient sur son origine et sa fonction. Sa fonction claustrale, nous ne pouvions que la déduire, comme l’avaient fait nos prédécesseurs l’abbé Devoucoux, Charles Böell et l’abbé Berthollet (cf. infra, § 1.4), de la disposition de bâtiments disposés tout autour (fig. 27, 28, 30).Le réfectoire était attesté par les textes du XIIIe s. tandis que la cathédrale, détruite en grande partie en 1783, avait fait l’objet de plusieurs études (Fontenay 1879 ; Berthollet 1947). Cependant, aucune ne partait réellement des observations archéologiques, elles cherchaient plutôt à retrouver dans la réalité du terrain les périodes connues par les textes, notamment celle de l’évêque saint Léger qui a profondément marqué de son empreinte le groupe épiscopal, ou encore l’action édilitaire de l’évêque Jonas, grand constructeur carolingien.

C’est ainsi que l’attestation d’un dortoir ou d’un cloître dans une charte du IXe s. ont conduit l’historien Charles Böell, et bien avant lui l’abbé Devoucoux (Fig. 27, 30), à voir des parties carolingiennes dans des élévations que l’on ne peut dater que tardivement (cf. infra, § 1.4). Il fallait donc non seulement revoir les bâtiments, mais également reprendre les textes à travers une lecture critique.

La préparation de cette approche globale du cœur de la cité s’accordait avec les interrogations auxquelles nous cherchions à répondre alors que s’achevait la fouille de l’église suburbaine Saint-Pierre-l’Estrier. Cette fouille menée entre 1976 et 1986 avait mis en évidence une continuité entre l’occupation antique et l’occupation paléochrétienne de la nécropole et de ses structures bâties (Sapin 1982 ; Sapin 1998 ; Balcon-Berry & Berry 2016). Il était légitime de s’interroger sur la contemporanéité de continuités identiques dans la ville même où la topographie des monuments antiques et médiévaux ne se superposait pas en apparence.

L’étude entreprise devait ainsi obéir à plusieurs objectifs :

  • reconnaître les modifications de terrain apportées par l’implantation du domaine canonial contre l’ensemble épiscopal et donc les phases antérieures à son implantation ;
  • déterminer l’ensemble des dispositions contemporaines d’un premier cloître canonial ;
  • reconstituer la disposition originelle du site et son évolution ;
  • cerner l’apparition des inhumations en ce milieu urbain ;
  • évaluer l’impact de l’ensemble épiscopal comme de l’ensemble canonial sur le développement du quartier.

Pour être en mesure de répondre à ces questions, il était nécessaire non seulement de procéder à une exploration d’envergure du sous-sol, avec en premier lieu celui de la cour du chapitre, mais encore d’entreprendre des relevés topographiques et architecturaux, parallèlement à une étude historique. Une reconnaissance des espaces et des bâtiments les composant s’est donc mise en place progressivement, ce qui a permis de dresser des plans, des coupes et des relevés des élévations de la cour de la Maîtrise et de la cour du chapitre dans leur état actuel. Inestimables supports de la réflexion archéologique, ces documents ont aussi montré la richesse du patrimoine bâti. Au début de notre étude, il était question de procéder à un aménagement muséographique des bâtiments du cloître dont on révélait progressivement la valeur. Rétrospectivement, ce projet motivait la fouille de la cour du Chapitre ainsi que l’analyse de plus en plus poussée des élévations extrêmement sensibles sur le plan archéologique.

De ce fait, les recherches ont connu deux grandes phases (Fig. 10). Tout d’abord, entre 1984 à 1988 (avec un sondage préliminaire en 1983) une fouille d’envergure du préau du cloître ainsi que des galeries sud et ouest, couplée à la réalisation de plans, de coupes et d’élévation menée par des architectes. Puis, entre 1989 et 2000, dans l’attente d’un aménagement, des recherches archéologiques minutieuses et complémentaires relayées, au vu des résultats particulièrement pertinents surtout pour la période pré-carolingienne, par une exploration du bâtiment oriental, emplacement supposé de la salle capitulaire, puis de la galerie accolée à l’ouest (galerie est), en 2001 et 2003. Cette seconde phase s’est accompagnée de nombreux relevés pierre à pierre, avec des compléments en 2004, qui ont permis de comprendre de façon plus approfondie les élévations conservées.

Au cours de ces deux périodes, le mobilier recueilli en abondance sur ce site de consommation, et parfois même de production, a fait l’objet d’études dont certaines sont présentées en fin d’ouvrage (cf. infra, § 4). Dans une volonté de comprendre les transformations de l’espace investi, les périodes de fastes ou de revers économiques, aucune période n’a été privilégiée au détriment d’une autre.

Ainsi, cette démarche en deux temps, conjuguant l’exploration de l’enfoui, l’étude du bâti et l’analyse du mobilier, a permis de revoir et d’affiner notre connaissance de l’évolution du site depuis les premières implantations humaines, au cours du Ier s., jusqu’aux périodes les plus récentes, en passant bien sûr par le Moyen Âge. Cette approche en fait d’ailleurs une expérience d’archéologie globale à part dans le paysage archéologique actuel. Lente à mettre en œuvre, elle éclaire d’un jour totalement nouveau ce site emblématique.

ISBN html : 978-2-35613-383-0
Posté le 26/02/2021
EAN html : 9782356133830
ISBN html : 978-2-35613-383-0
Publié le 26/02/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-368-7
ISBN pdf : 978-2-35613-369-4
ISSN : 2741-1508
Code CLIL : 4117
http://dx.doi.org/10.46608/DANA6.9782356133830
licence CC by SA

Comment citer

Balcon-Berry, Sylvie, Berry, Walter, Sapin, Christian, “Introduction”, in : Balcon-Berry, Sylvie, Berry, Walter, Sapin, Christian, dir., Le groupe épiscopal et canonial d’Autun. 20 ans de recherches archéologiques, Pessac, Ausonius Éditions, collection DAN@ 6, 2021, [en ligne] https://una-editions.fr/remerciements-autun/ [consulté le 1er février 2021]

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