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Amphithéâtre de Pompéi
Amphithéâtre de Pompéi.
Dans ce grand stade antique on donnait de terribles spectacles. Le public prenait place sur les gradins et l’arène recouverte de sable,
en bas, était réservée aux combats d’hommes et d’animaux.

JEUDI

Du sport et des spectacles à Pompéi

Strigile
Strigile.
Athlète se frottant avec un strigile
Athlète se frottant avec un strigile (dessin F. Ory).
Ysatis qui est très sportive : Est-ce que les Romains faisaient du sport ?

À Pompéi, nous avons retrouvé des installations pour faire de la gymnastique : deux palestres où les athlètes s’entraînaient pour les combats dans l’amphithéâtre. À l’époque, le sport était considéré comme une préparation à la guerre ou aux combats dans l’arène contre les bêtes sauvages ou entre gladiateurs. Sais-tu Ysatis, que ce sont les Grecs qui ont inventé les Jeux Olympiques à Olympie et que les Romains – qui les admiraient beaucoup – les ont imités ? Les combats avaient lieu dans l’arène couverte de sable. On combattait tout nu sinon ton adversaire aurait pu te saisir par ta culotte ou ton maillot et te faire tomber. D’ailleurs, le corps était frotté à l’huile pour que ton adversaire n’ait pas de prise facile dans la lutte. À la fin, vous imaginez dans quel état les lutteurs se retrouvaient ? Pleins de sueur et de sable collé au corps ! Alors, ils commençaient par se gratter avec un petit instrument recourbé en bronze, le strigile, avant d’aller se baigner.

Peinture du parapet de l’amphithéâtre
Peinture du parapet de l’amphithéâtre qui a malheureusement disparu.
la mascotte Maia se questionne
Cette peinture du parapet de l’amphithéâtre est une copie, faite au XIXe siècle. En haut, de gauche à droite : deux assistants accroupis avec un casque et un bouclier rond, puis debout un joueur de cor à côté de l’arbitre, qui est en blanc, au centre, tenant une baguette. De dos à droite, un gladiateur équipé d’un pagne, d’une seule jambière à la jambe gauche et d’un grand bouclier. Son assistant lui tend son casque et va lui donner son glaive. De part et d’autre, des statues de Victoires ailées portant une couronne qui sera décernée aux vainqueurs. En bas, un lion poursuivant un cheval nous rappelle qu’il y avait des scènes de chasse entre animaux, comme ouverture du spectacle, mais aussi entre animaux et chasseurs.

Clémence curieuse : Et après ils allaient prendre une douche ?

On prenait surtout des bains dans ce qu’on appelle les thermes publics, équipés d’eau courante et d’un chauffage par le sol. C’étaient des sortes de piscines où l’on se baignait tout nu et on passait de la salle de bain d’eau froide, au bain d’eau tiède, et au bain très très chaud. On pouvait se faire masser, on y rencontrait des amis et on pouvait même manger, lire. On s’amusait bien. Et les gens faisaient beaucoup de bruit. dessin de la grand-mère qui sourit

Nicolas étonné : Eh ! Comment tu le sais ?

Nous avons des témoignages écrits, ainsi la lettre que le philosophe Sénèque a écrite à son ami Lucilius pour se plaindre de ne pouvoir être tranquille. Je vais vous la lire :

Lettre à Lucilius par Sénèque
“Partout autour de moi, il y a un vacarme infernal : j’habite au-dessus d’un établissement de bains. Imagine-toi tous les genres de bruits capables de te casser les oreilles. Moi, j’entends gémir les champions qui se fatiguent (ou font semblant de se fatiguer) et qui s’entraînent à soulever des boules de plomb : chaque fois qu’ils soufflent l’air emmagasiné, j’entends les sifflements de leur respiration haletante. Lorsque quelqu’un de plus paresseux demande à se faire masser j’entends la main qui lui frictionne les épaules… s’il arrive ensuite de ces gens qui jouent à la balle et qui comptent les points à voix haute, c’en est trop. Cependant il y a aussi le querelleur [bagarreur] ou le voleur pris en flagrant délit, ou bien celui que charme le son de sa voix pendant qu’il se baigne. Et puis il y en a qui sautent dans la piscine. En dehors de ceux-là qui, somme toute, ont une voix normale, pense à l’épileur qui, pour se faire remarquer, parle en fausset [voix aiguë] sans jamais se taire, sauf quand il épile les aisselles et oblige donc un autre à hurler à sa place. Enfin il y a le vendeur de boissons avec ses cris toujours différents, le charcutier, le pâtissier et tous les garçons de boutique qui donnent à leur voix des accents variés pour mieux vendre leurs produits”

Les filles se regardent et rient.

Ysatis : C’était encore mieux que lorsque j’étais à la piscine.

Ah ! Pour le bruit ? Quand toute ta classe est dans le petit bain, c’est pareil. 

Louise interroge : Et les filles ? Elles ne faisaient pas de sport ?

Eh bien si ! Elles en faisaient mais nous avons peu d’exemples et surtout plus tard et ailleurs qu’à Pompéi.

Ysatis : Et tout le monde pouvait aller aux bains ?

Les riches Romains, qui avaient beaucoup de temps libre, y passaient la plupart de leurs après-midi. Tout le monde pouvait aller aux bains qui étaient publics, à condition d’en payer l’entrée, sauf les esclaves qui n’avaient guère de temps à eux. Et cette fois, tu vois ma petite Louise, les femmes y étaient admises : elles avaient même parfois leurs jours et leurs heures réservés. À Herculanum, dans les bains nouvellement construits, on avait prévu toute une partie pour elles. On le sait parce qu’on a retrouvé beaucoup d’épingles à cheveux en os dans les canalisations.

Salle de bain chaud
Salle de bain chaud.
Dans cette vaste salle, on suait abondamment à cause de la chaleur qui courait sous le sol et dans les parois. On allait, de temps en temps, se rafraîchir autour du bassin d’eau froide situé au fond. Comme quoi le sauna nordique et le hammam musulman ont des ancêtres lointains.
Salle de bain d'eau froide
Salle de bain d’eau froide.
après les bains tiède et chaud, on se trempait dans la piscine surmontée d’une grande coupole bleue étoilée qui se reflétait dans l’eau.
Monnaie Titus
Monnaie trouvée dans la maison du Bracelet d’Or à Pompéi, un peu abimée, mais qui donne une date de juillet 79, sous le règne du nouvel empereur, Titus.

Nicolas : Tu dis qu’on payait l’entrée des bains, mais comment payait-on, ils avaient des billets de banque les Romains ?

Ah non ! Pas de billets mais des pièces de monnaie. Ce n’étaient pas des francs ni des euros, mais de la monnaie en bronze : on les appelait des as et des sesterces qui ne valaient pas grand-chose, il y avait aussi des pièces en argent, appelées deniers, et même des monnaies en or plus rares. On pouvait acheter une cruche de vin ordinaire pour deux as et c’était aussi le prix pour entrer dans les bains.

Louise : Et comment tu sais les prix de tout ça ?

Parce qu’un marchand de vin a fait peindre des cruches avec leur prix, devant sa boutique à Herculanum, qui est tout proche de Pompéi. On a aussi les tarifs d’entrée pour aller à l’odéon écouter des poèmes ou de la musique.

Louise intéressée : Les Romains avaient des instruments de musique ? Jouaient-ils du piano comme ma maman ?

Bien sûr, ils jouaient de toutes sortes d’instruments, surtout lors des représentations dans le théâtre et avant les combats de gladiateurs dans l’amphithéâtre. Il y avait des tambourins, c’est-à-dire des sortes de tambours sans fond, faits d’une peau d’animal tendue sur un cercle, qu’on frappait avec les mains. Il y avait aussi des espèces de flûtes appelées hautbois ; on jouait des deux à la fois en bloquant les trous des deux mains. Il existait aussi des pipeaux, des cymbales, mais beaucoup plus petites que maintenant, que l’on frappait l’une contre l’autre.
Marin Marais, Suite en ut majeur, extrait du Troisième Livre de pièces pour viole et hautbois, par Christopher Palameta, Brice Sailly, Eric Tinkerhess et Romain Falik | Le Live de la Matinale ©France Musique, 2015.

Louise qui s’énerve : Oui, mais tu n’as pas répondu, est-ce qu’ils avaient un piano ?

Non, Louise. Il sera inventé beaucoup plus tard. Mais, on avait déjà des orgues avec des tuyaux en plomb. L’air était envoyé dans les tuyaux par deux aides qui pompaient l’air, mais on ne sait pas quel son cela donnait. Il devait être très fort et bruyant car on a utilisé ces orgues surtout pour les spectacles de l’amphithéâtre qui contenait une grande foule de spectateurs, lors des combats de gladiateurs.

Musiciens de rue sur une mosaïque à très petits cubes
Musiciens de rue sur une mosaïque à très petits cubes.
Tous les musiciens ici ont un masque, comme il est de tradition. Celui de droite frappe un tambourin de sa main droite, tandis que celui qui est au milieu, habillé d’un manteau blanc noué à la taille, fait claquer des cymbales. Plus à gauche, une femme joue de deux hautbois, tandis que le petit garçon semble tenir un pipeau. Sauf ce dernier, tous portent des vêtements de couleurs très vives pour être remarqués, comme les clowns de nos cirques modernes.
la mascotte Maia se questionne
Les deux masques sculptés en pierre montrent une haute perruque et la bouche est en porte-voix. Ces caractères sont moins accentués sur les deux masques peints provenant de deux autres maisons, qui illustrent bien des rôles différents : un vieillard furieux et une jeune femme tragique. Ils correspondent à des rôles précis du théâtre antique, comiques (drôles), tragiques (tristes) ou un mélange des deux : satyriques. Ces personnages masqués portaient des noms, tout comme les masques de notre carnaval moderne.
Quatre masques de théâtre
Masques de théâtre.

Nicolas excité : Et si tu nous parlais des gladiateurs.

exemple de tridentC’étaient des hommes, le plus souvent des esclaves ou d’anciens esclaves qu’on appelle des affranchis, entraînés pour se battre entre eux, comme s’ils étaient à la guerre. Ils portaient de beaux casques, des sortes d’armures pour protéger les bras et les jambes, un bouclier et ils étaient armés. Les uns avaient un glaive, les autres des tridents et un filet. C’étaient des jeux très cruels car certains étaient blessés et même, parfois, il y avait des morts. Par exemple, on opposait l’homme au trident et au filet à celui armé d’un glaive. Il fallait que le premier réussisse à jeter son filet sur le deuxième pour le paralyser et le clouer au sol avec son trident. S’il n’y parvenait pas, il risquait fort d’être atteint par le glaive de l’autre. Les Romains adoraient ce genre de spectacles ; ils faisaient même se battre des hommes contre des animaux.

Clémence très impressionnée : C’est terrible et méchant !

Et encore tu ne sais pas tout. Lorsque l’homme au trident avait emprisonné son adversaire, il arrivait que la foule lui crie : “Tue-le ! Tue-le !” et c’était alors à l’Empereur, ou à celui qui présidait les jeux, à décider du sort du gladiateur perdant. Il baissait son pouce vers le sol, s’il le condamnait, ou le levait vers le ciel, s’il le graciait. Un jour, à Pompéi, les spectateurs étaient tellement excités qu’ils se sont battus entre eux. Les spectateurs de la ville voisine, sans doute furieux que leurs champions aient perdu, se sont jetés sur les gens de Pompéi. Il y eut des blessés et des morts. Alors, l’Empereur Néron interdit les jeux pendant dix ans. Cet événement avait tellement marqué les esprits qu’un Pompéien fit peindre cette histoire sur le mur de sa maison. D’autres ont fait des graffitis sur les murs.

Clémence et Louise écœurées : Heureusement que tout cela n’existe plus !

Eh bien détrompez-vous ! Vous êtes trop petites pour le savoir, mais il y a quelques années, dans un stade de football, il est arrivé à peu près la même chose. Des gens, supporters des deux équipes de footballeurs, se sont battus. Il y a eu des blessés et des morts. Comme quoi la passion du jeu est quelque chose qui peut rendre violent n’importe qui.

Ysatis après réflexion : Mieux vaut regarder les matchs à la télévision !

Casque de gladiateur en bronze, sculpté de personnages et d’armes
Casque de gladiateur en bronze, sculpté de personnages et d’armes.
Gladiateurs du tombeau de Caius Vestorius Priscus
Gladiateurs du tombeau de Caius Vestorius Priscus.
Gladiateurs du tombeau de Caius Vestorius Priscus
Peinture de la bataille de l’amphithéâtre.
On reconnaît bien l’amphithéâtre de Pompéi avec ses escaliers extérieurs soutenus par des arcades (mais le peintre s’est trompé et il en a mis beaucoup trop). En regardant de près, on voit des petites silhouettes qui s’agitent dans l’arène et d’autres dehors, avec des gens à terre, blessés ou morts, et même des mêlées sanglantes dans les gradins. Au premier plan, il y a des arbres, des étalages de marchands en plein air, qui contrastent avec l’agitation de la bataille au fond. À droite, c’est la palestre avec la piscine au centre.

dessin du petit garçon surnommé ici LeonisTu en as encore des histoires pareilles, dit Nicolas, les yeux brillants de curiosité. 

Tu veux encore une histoire de gladiateurs, n’est-ce pas ? Mais cette fois, l’homme qui est devenu gladiateur malgré lui s’appelait Spartacus. C’était un “barbare” pour les gens de Rome, car il venait d’un pays lointain, la Thrace (en Bulgarie et Roumanie actuelles, à l’est de l’Europe). Il était soldat auxiliaire dans l’armée romaine, mais il en avait assez de marcher, toujours marcher, faire toutes les corvées et il déserta. Mais il fut repris et vendu comme esclave à Capoue, une ville italienne qui se trouve au nord de Naples et de Pompéi, pour devenir gladiateur. On l’avait condamné à se battre dans l’amphithéâtre.

Nicolas impatient : Et alors que lui est-il arrivé ?

dessin de la grand-mère qui s'interrogeSpartacus, qui n’a pas envie de finir tué dans l’arène au cours d’un combat, réussit à s’évader avec 70 compagnons. On pense qu’il s’est retranché près du Vésuve, dans la montagne, et les Romains lui ont livré bataille, mais pendant deux ans, ils ne sont pas arrivés à le battre. De jour en jour, Spartacus est de plus en plus populaire et beaucoup de pauvres esclaves le rejoignent, par exemple des gardiens de troupeaux qui mènent une vie particulièrement misérable. Vous vous rendez compte que de 70 personnes au départ, Spartacus se trouve à la tête d’une véritable armée de 70 000 hommes venus de tous les coins de l’Empire. Ce n’est pas facile de devenir une sorte de général de corps d’armée, surtout avec des gens indisciplinés. Et savez-vous qui étaient les plus désordres, essayez de deviner ? Eh bien, ne cherchez pas, les 11 000 Gaulois qui s’étaient joints aux révoltés et qui ont été battus les premiers.

Clémence anxieuse : Et alors qu’est-ce qui est arrivé ?

Spartacus est mort, dans la dernière bataille, contre les généraux romains qui se sont mis à plusieurs pour y arriver. S’il n’est pas devenu gladiateur, finalement il est resté soldat et même un grand combattant.

Bande-annonce du film péplum Spartacus, réalisé par Stanley Kubrick et Anthony Mann avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons. 1960. 
Relevé de dessins gravés sur un mur, appelés graffiti
Relevé de dessins gravés sur un mur, appelés graffitis (dessin A. Barbet).
Celui qui a gravé cette scène de combat entre deux gladiateurs n’était pas doué, mais grâce aux inscriptions, nous pouvons les identifier et connaître leur carrière. À gauche, le vainqueur s’appelle Oceanus, il porte tout son équipement, casque, glaive, jambière et bouclier. À droite, le vaincu s’appelle Aracintus, son bouclier est par terre et il dégouline de sang.


Inscription en abrégé :

OCEANUS L XIII V,
c’est-à-dire : Oceanus libertus XIII victoriarum, vicit

Oceanus l’affranchi aux treize victoires, vainqueur.

ARACINTUS L IIII BISITIARIO
c’est-à-dire :
Aracintus libertus IIII victoriarum, bestiario (datus)

Aracintus l’affranchi, aux quatre victoires (livré au) bestiaire.

Demain, nous en apprendrons plus
sur le quotidien des écoliers à Pompéi.

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