Distribution de pain
Reconstitution d’une boulangerie (dessin J.-P Adam).

MARDI

Où il est question de ce que mangeaient les Pompéiens

Distribution de pain
Distribution de pain.
Le personnage, habillé de blanc et assis au-dessus du comptoir, distribue les pains aux gens qui sont devant lui. Ce sont les mêmes pains ronds, à parts prédécoupées, que les 81 miches qui ont été oubliées par Modestus dans son four.

Aujourd’hui, il fait beau et nous nous installons au jardin pour parler de ce que mangeaient les Romains.

Clémence, Louise et Ysatis nos trois gourmandes : Les Pompéiens romains connaissaient-ils le pain ?

La nourriture était très différente selon que l’on était riche ou pauvre. Les pauvres et les paysans mangeaient surtout des bouillies et des galettes de céréales, qui tiennent bien au corps, et bien sûr du pain. On le distribuait même dans les périodes où c’était nécessaire pour éviter les émeutes des gens affamés.

Ysatis, toujours pratique : Comment faisait-on le pain ?

Tout se faisait au même endroit. On apportait le blé qui était moulu en fine farine dans des meules en pierre dure (en pierre de lave rugueuse) actionnées par des mulets, et même parfois par des esclaves. Puis on façonnait les pains comme des brioches rondes. On les vendait sur le comptoir à côté du four. Ainsi, le dicton français qui prétend qu’ “On ne peut être à la fois au four et au moulin”, c’est-à-dire en même temps chez le meunier qui broie le blé et chez le boulanger qui cuit le pain, n’est pas vrai à l’époque romaine où tout se faisait à la chaîne dans les mêmes locaux.

Une boulangerie de Pompéi
Une boulangerie de Pompéi.
Une boulangerie de Pompéi

Au premier plan se trouvent deux meules dont le haut est en entonnoir. On y versait le blé. Les trous rectangulaires et ronds servaient pour y installer des brancards en bois permettant de faire tourner la meule autour du cône fixe. Au fond, le four en briques où l’on cuisait le pain. C’est dans une boulangerie voisine, celle de Modestus, que 81 pains ont été retrouvés. Le boulanger, pris de panique devant le Vésuve en furie, a quitté sa boutique en oubliant ses pains dans le four.

mascotte maia en train de montrer du doigt
Pain trouvé à Pompéi
Pain trouvé à Pompéi.
Le pain est rond, prédécoupé en huit parts. L’esclave qui l’a enfourné a imprimé sa marque, c’est-à-dire son nom “Celer” et celui de son maître “Quintus Granius Verus”. Notons que l’esclave Celer n’a qu’un prénom, qui veut dire “rapide” en latin.

Nicolas : Et les riches, que mangeaient-ils ?

À côté du pain et des céréales, ceux qui avaient de l’argent pouvaient manger des choses plus variées. Les grands festins étaient réservés au soir ; à midi, on se contentait de peu de chose. Voici le menu d’un festin, raconté par l’invité d’un nouveau riche, qui s’appelait Trimalcion :

Menu d'un festin raconté par Trimalcion
“Mais, dit Trimalcion, qu’avez-vous eu à dîner ? Je vais te le dire, répondit-il, si je peux, car j’ai si bonne mémoire que j’oublie fréquemment mon propre nom. Je me souviens, pourtant, que nous avons eu d’abord un porc couronné de boudin et entouré de saucisses et des gésiers très bien préparés, entourés de bettes, et du pain de maison, fait de blé complet, que je préfère au pain blanc : il donne des forces, et avec lui, quand je fais mes besoins, je les fais sans douleur. Le second service a comporté une tourte froide arrosée d’excellent miel chaud d’Espagne. Je n’ai pas touché à la tarte, mais du miel, je m’en suis fourré jusque-là. Autour, des pois chiches, des lupins, des noix à discrétion, et une pomme pour chacun. J’en ai pourtant chipé deux, que voici roulées dans ma serviette, car si je n’apporte pas un cadeau à mon petit esclave favori, je me ferai attraper. Ma femme me rappelle fort à propos que, comme plat de résistance, nous avons eu une pièce d’ours ; ayant commis l’imprudence d’y goûter, Scintilla a failli vomir ses boyaux. Moi, au contraire, j’en ai mangé plus d’une livre, car il avait un vrai fumet de sanglier. Si, me disais-je, l’ours mange l’être humain, à plus forte raison l’être humain doit manger l’ours. À la fin, nous avons eu du fromage mou, du vin de sève, un escargot pour chacun, des morceaux de tripe, des foies en cassette, des œufs chaperonnés, des rates, de la moutarde et une assiettée de coquillages.”
Repas des Pompéiens
Quelques poissons que mangeaient les Pompéiens, accompagnés d’un coquillage et d’un calamar tout blanc au milieu.
Repas des Pompéiens
Vase en verre avec pommes et raisins et petite amphore.

dessin du petit garçon surprisNicolas dégoûté : Mais comment ils pouvaient manger tout ça, ces choses bizarres !

dessin d'amphoreHeureusement qu’on mangeait allongé sur des lits mis exprès, et sans se presser ; le festin durait parfois toute la nuit et, bien entendu, on accompagnait les plats de vin et on s’amusait beaucoup à chanter ou à réciter des poèmes. On pouvait “roter” à la fin du repas. Le vin était transporté dans des amphores très lourdes. Par contre, tu sais Nicolas que nos ancêtres les Gaulois, très malins, utilisaient, eux, le tonneau en bois qui ne se brise pas et que l’on roule facilement, même lorsqu’il est plein.

Peinture d'un lapin entouré de figues
Peinture d’un lapin entouré de figues. Est-ce un lapin qui mangeait les figues, ou  étaient-ce les Pompéiens qui se préparaient à manger le lapin aux figues ? 
Clémence : Comment faisaient les Romains pour conserver la nourriture ?

Tu sais qu’il n’y avait pas d’électricité, donc pas de réfrigérateur, et, par conséquent, on ne pouvait pas garder la nourriture longtemps sans qu’elle devienne mauvaise. Par exemple, pour manger du poisson frais toute l’année, sais-tu ce que les Romains ont inventé ?

Clémence rejointe par Louise : Non !

Des viviers, c’est-à-dire des grands bassins d’eau salée qui venait par un canal de la mer à marée haute. Quand on avait besoin de poissons, on en pêchait le nombre nécessaire dans le bassin pour le repas. Et figure-toi que le grand général Jules César – celui qui a conquis notre pays lorsqu’il ne s’appelait pas encore la France, mais la Gaule – un jour, pour un festin, s’est fait apporter 6 000 murènes ! Tiens regarde cette peinture sur fond bleu de la mer, à gauche, il y a une néréide qui chevauche un taureau marin et, devant, nagent des poissons, dont le très gros, à droite, en forme de serpent, est une murène.

Ysatis toujours curieuse : Qu’est-ce que c’est des murènes ?

Ce sont des poissons qui ressemblent à des serpents, très voraces, qui mangent les petits poissons pour se nourrir. Ils sont, paraît-il, très bons. Je précise que ce sont les Romains qui ont inventé les parcs à huîtres.

Nicolas : Moi je n’aime pas les huîtres. Louise : Moi non plus.
Peinture d'une piscine froide des thermes de Pompéi
Peinture d’une piscine froide des thermes de Pompéi.
Parc à huîtres sur le bassin d’Arcachon.
“Thermopolium” de Pompéi

Voici dans un premier temps le comptoir d'une boutique appelée “Thermopolium”. C'est là que s’arrêtent les clients pour manger et pour boire debout. Les grands vases à large embouchure, encastrés dans le comptoir, contenaient nourriture et liquides, tenus au chaud par un couvercle (qui manque).

Au fond, la peinture représente les dieux protecteurs de la maison. Ce genre d’établissement, intermédiaire entre le bistrot et le “fast-food” de notre temps, ouvrait souvent au carrefour de deux rues, là où circulait beaucoup de monde.

la mascotte Maia se questionne
Comptoir d'une boutique appelée thermopolium
Comptoir d’une boutique appelée thermopolium.

photo de rossignolCes Romains, ils avaient parfois des goûts bizarres. Nous savons, par un cuisinier qui a laissé un livre de recettes, que les gens très très riches recherchaient des langues de rossignol, ce joli oiseau qui chante si bien.

Clémence les larmes aux yeux : Mais c’est méchant, ils étaient méchants ces gens-là !

Et si je te disais qu’ils se nourrissaient aussi de petits rongeurs, des loirs, qu’on élevait dans des pots spéciaux ! On en a retrouvé un à Pompéi. Il est en terre cuite, percé de trous et, à l’intérieur, le loir peut monter et descendre jusqu’à ses mangeoires pour grignoter les graines qu’il aime tant, et boire. C’est un animal qui est sauvage d’habitude et qui s’endort l’hiver quand le froid arrive.

 Nicolas savant : Comme les ours, alors il hiberne, c’est la maîtresse qui me l’a dit à l’école.dessin du petit garçon surnommé ici Leonis

Tu as raison, comme les ours. On dit même : “Dormir comme un loir”. Alors, avant de passer son hiver à dormir, le loir se met à manger, à manger énormément. Lorsqu’on l’enferme dans ce pot en terre cuite après l’avoir attrapé, comme il fait tout noir tout d’un coup, il se dit que l’hiver est arrivé et qu’il faut, vite, vite, qu’il mange beaucoup.


 Louise
très décidée : J’aimerais bien avoir un petit loir à la maison, puisque maman ne veut pas d’un hamster, mais je ne le mangerai pas.

Le vase est percé de trous pour que l’animal puisse respirer. Le loir monte et descend dans le vase, par la rampe en spirale, et mange et boit dans les deux mangeoires au premier plan. Le couvercle manque.
photo de loir
Œufs mousseux au lait
Une recette de cuisine simple d’après le célèbre cuisinier Apicius
“Battez ensemble quatre œufs, une hémine (un quart de litre) de lait et une once (trois cuillers à soupe) d’huile, de manière à bien les mélanger. Dans une grande poêle, faites chauffer un peu d’huile et versez-y le mélange. Lorsque ce sera bien cuit, retournez sur un plat, arrosez de miel, saupoudrez de poivre et servez chaud.”
Comptoir d'une boutique appelée thermopolium
Sous une toile tendue, en plein air, a lieu un banquet. Deux couples sont étendus sur des lits, autour d’une petite table à trois pieds. À droite, un esclave verse de l’eau d’une amphore dans un bassin d’argent posé sur un braséro. Il prépare un vin chaud coupé d’eau. La femme à côté, très décolletée, attend pour remplir sa coupe, un canthare. Son ami, derrière elle, est torse nu. À côté, deux amoureux s’embrassent ; à gauche, une femme boit dans un grand bol et deux servantes debout assistent à la scène. Comme on le voit, les repas n’étaient pas tristes. Ils se prenaient souvent en plein air, allongés sur des lits, et non pas assis autour d’une grande table.
Ysatis un peu rêveuse : Je me demande si les Romains avaient des animaux pour amis, des chiens, des chats.

Des chiens, il y en avait plein. Ils servaient pour garder les troupeaux, aller à la chasse et garder la maison comme je vous l’ai déjà expliqué. Pour la chasse, c’étaient des bêtes longues et fines comme des lévriers ; on en voit sur des peintures et des mosaïques qui coursent les cerfs ou les sangliers. Les chiens de garde, quant à eux, ressemblaient plutôt à nos chiens-loups actuels. On les a représentés à l’entrée des maisons avec une inscription en latin pour avertir les passants : “cave canem” [Attention au chien]. C’était de redoutables bêtes.

Mosaïque d’Oudhna, en Tunisie, scène de chasse avec des lévriers poursuivant des lièvres
Mosaïque d’Oudhna, en Tunisie, scène de chasse avec des lévriers poursuivant des lièvres. Les chiens s’appelent Ederatus et Mustela.

Ysatis : Est-ce qu’on les aimait ?

On peut en douter quand on voit qu’à Pompéi, au moment de l’éruption, le propriétaire d’une maison a oublié de détacher son chien qui est mort à la chaîne. Peut-être avait-on voulu le laisser pour garder la maison et éviter que des voleurs viennent piller, en profitant de la panique pendant l’absence des maîtres ?

Moulage d'un chien mort
Voici le moulage d'un chien décédé lors de l'éruption du Vésuve. Ce malheureux, attaché à la chaîne dont on voit encore les anneaux sur le cou, s'est débattu sans arriver à se délivrer.
Juste à côté se trouve un colombier en terre cuite. Ce bâtiment était consacré au logement, à l'alimentation et à l'élevage des pigeons. Il prenait généralement la forme d'une tour carrée ou ronde.
La mascotte Maia
Moulage d'un chien mort lors de l'éruption du Vésuve
Moulage d’un chien mort lors de l’éruption du Vésuve.
Colombier en terre cuite
Colombier en terre cuite.

Nicolas avec bon sens : Mais peut-être qu’ils pensaient revenir vite chez eux.

On ne le saura jamais. Toutefois, les enfants avaient des animaux familiers, des chiens, des coqs, des lapins et des tortues. En revanche il n’y avait quasiment pas de chats. Ceux-ci sont venus plus tard d’Égypte. Ils gardaient des oiseaux en cage dont le chant si beau égayait la maison, mais surtout toujours pratiques, ils avaient des colombiers pour élever des colombes et les manger.

Louise un peu inquiète : Comment faisaient-ils pour les attraper ?

C’est bien simple. En haut de la maison, ou dans une tour, on remplaçait la fenêtre par de petites arcades, on y plaçait une mangeoire et on y installait (à l’intérieur) quelques couples d’oiseaux que l’on avait capturés au filet. Ils y faisaient leur nid. Comme ils trouvaient à manger tous les jours les bonnes graines qu’on leur donnait, ils restaient là. On n’avait pas besoin de les mettre en cage. Finalement les gens de Pompéi aimaient peut-être certains animaux qui servaient de compagnie aux enfants ; cependant, ils les utilisaient surtout pour leur travail et pour se procurer de la nourriture, mais cela n’empêchait pas de bien les soigner pour qu’ils rendent les services qu’on attendait d’eux.

 Nicolas : C’est comme les mulets qui faisaient tourner le moulin à blé. 

Dégustation de vin par les petits amours
Les petits Amours, fils de Vénus déesse de l’amour, sont ailés, comme des petits anges. Ici, à gauche, on voit une série d’amphores. À droite, l’une d’elles est posée sur un socle et l’Amour verse du vin dans une petite coupe. Les deux autres Amours ont l’air d’apprécier le vin qu’ils goûtent tour à tour.

Et voilà une journée de passée !
À demain pour
de nouvelles aventures

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maia émerveillée
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