Catalogue des lieux
2. Les centres producteurs de pourpre

par

La seconde partie du catalogue consacré aux lieux producteurs de pourpre recense les sources littéraires évoquant les centres qui se sont spécialisés dans la production de pourpre. Ces sources littéraires sont complétées pour les centres de Salone, de Cos, de Milet et de Tyr par des sources épigraphiques.

Au total, nous avons pu répertorier vingt-sept centres producteurs de pourpre. Nous les avons présentés dans l’ordre géographique en commençant par les centres du Liban qui sont les plus importants, puis nous avons suivi le sens des aiguilles d’une montre.

Les centres présentés sont :

  • au Liban : Sidon et Tyr ;
  • en Tunisie et en Algérie : Meninx, Zuchis, les sites de la province de l’Africa, Chullu ;
  • au Maroc : la Gétulie des Autololes ;
  • en Espagne : les îles Baléares ;
  • en France : Narbonne et Toulon ;
  • en Italie, en Croatie et en Dalmatie : Ancône, Pouzzoles, Canusium, Tarente, Satureum, Hydruntum, Syracuse, Salone et Cissa ;
  • en Grèce : Byllis, l’île d’Eubée, Mélibée, la région de Laconie et Amyclée, Cos et Rhodes ;
  • en Turquie : Milet et Phocée.

Les textes et les traductions sont issus, sauf exception, de la collection des Universités de France.

Les centres du Liban

Sidon

Située à une quarantaine de kilomètres de Tyr, le plus célèbre centre producteur de pourpre de l’Empire romain, la ville de Sidon a, semble-t-il, réussi à fabriquer une couleur qui fut très en vogue du dernier siècle de la République jusqu’au Ve siècle p.C.

Nous avons classé les sources textuelles par ordre chronologique et par thèmes : la première partie sera consacrée aux textes faisant allusion à la fabrication de la pourpre de Sidon et la deuxième partie concerne les textes ayant vanté la beauté de cette pourpre.

Les sources littéraires faisant allusion
à la fabrication de la pourpre de Sidon

Sen., Herc. Œt., 658-667

(…) coniunx modico nupta marito non disposito clara monili gestat pelagi dona rubentis, nec gemmiferas detrahit aures lapis Eoa lectus in unda, nec Sidonio mollis aeno repetita bibit lana rubores.

(…) l’épouse d’un homme de condition modeste ne porte pas un collier de perles étincelantes, présents de la mer d’Érythrée, des pierreries cueillies dans les ondes de l’Orient ne pendent pas à ses oreilles, et ses moelleux lainages ne sont pas deux fois trempés dans la cuve sidonienne pour absorber la pourpre.

Stat., Silv., 3.2.131-140

O tum quantus ego aut quanta uotiua mouebo plectra lyra, cum me magna ceruice ligatum attolles umeris atque in mea pectora primum incumbes e puppe nouus seruataque reddes colloquia inque uicem medios narrabimus annos, tu rapidum Euphraten et regia Bactra sacrasque antiquae Babylonis opes et Zeuma, Latinae pacis iter, qua dulce nemus florentis Idymes, qua pretiosa Tyros rubeat, qua purpura suco Sidoniis iterata bafis (…).

Tu me rediras alors tous les propos longtemps différés, et nous nous raconterons mutuellement les années écoulées depuis notre séparation : toi, tu me parleras de l’Euphrate rapide, de Bactres, séjour des rois, des trésors de l’antique Babylone, et de Zeuma, ce chemin de la paix romaine ; tu me diras la douceur du bois de l’Idumée en fleurs, le suc qui rougit le précieux tissu de Tyr, et celui qui teint deux fois la pourpre dans les ateliers de Sidon (…).

Les sources littéraires mentionnant
la pourpre de Sidon

Tib. 3.16-19

Quidue in Erythraeo legitur quae litore concha tinctaque Sidonio murice lana iuuat, et quae praeterea populu miratur ?

Quel plaisir me donnerait le coquillage que l’on recueille au bord de la mer Érythrée, la laine teinte avec la pourpre de Sidon, et tout ce qui fait l’admiration du peuple ?

Prop. 2.16.50-55

(…) non haec Pleiades faciunt neque aquosus Orion, nec sic de nihilo fulminis ira cadit ; periuras tunc ille solet punire puellas, deceptus quoniam fleuit et ipse deus. Quare ne tibi sit tanti Sidonia uestis ut timeas, quotiens nibilus Auster erit.

(…) ni les Pléiades, ni le pluvieux Orion n’en sont cause, et, quand la foudre tombe, la colère du ciel a bien quelque raison : c’est ainsi que Jupiter punit les femmes parjures, parce qu’il fut trompé lui aussi et qu’il a pleuré, tout dieu qu’il est. Attache donc moins de prix aux étoffes de Sidon, si tu ne veux pas trembler au moindre nuage, au moindre souffle de l’Auster.

Luc. 3.217

Tyros instabilis pretiosaque murice Sidon.

Tyr l’instable et Sidon au précieux murex.

Luc. 10.140-143

Cleopatra gerit cultuque laborat ; candida Sidonio perlucent pectora filo (…).

Cléopâtre porte des trésors ; le poids de sa parure l’accable ; la blancheur de sa poitrine éclate à travers un voile de Sidon (…).

Sil., Pun., 6. ext 3

Stat fucare colus nec Sidone uilior Ancon murice nec Libyco, statque humectata Vomano Hadria et inclemens hirsuti signifer Ascli.

Là se tient sous les armes la ville dont les laines teintées ne sont pas inférieures aux pourpres de Sidon ni à celles de la Libye, Ancône, celle qu’arrose le Vomanus, Hadria, et le rude porte-enseigne de la sauvage Asculum.

Mart., Epigr., 2.16

Zoilus aegrotat : faciunt hanc stragula febrem. Si fuerit sanus, coccina quid facient ? quid torus a Nilo, quid Sidone tinctus olenti ? ostendis stultas quid nisi morbus opes ? Quid tibi cum medicis ? dimitte Machaonas omnis. Vis fieri sanus ? stragula sume mea.

Zoïle est malade : cette fièvre est l’effet de ses couvertures. Supposons-le bien portant : quel besoin aura-t-il de ses couvre-pieds d’écarlate ou d’un matelas apporté du Nil ou d’un autre plongé dans la teinture de Sidon à l’odeur violente ? Ne faut-il pas être vraiment malade pour étaler de si extravagantes richesses ! Qu’as-tu à faire avec les médecins ? Envoie promener tous les Machaons. Tu veux guérir ? Prends mes couvertures.

Mart., Epigr., 14.154

Ebria Sidoniae cum sim de sanguine conchae, non uideo quare sobria lana uocer.

Étant ivre du sang des coquillages de Sidon, je ne vois pas pourquoi on me donne le nom de laine sobre.

Clem. Al., Paed., 10bis.115.1-4

(Éd Loeb. Trad. G. W. Butterworth)

Διὰ ταύτην γοῦν τὴν πορφύραν ἡ Τύρος καὶ ἡ Σιδὼν καὶ τῆς Λακωνικῆς ἡ γείτων τῆς θαλάσσης ποθεινόταται.

C’est à cause de cette pourpre que Tyr, Sidon et la région voisine de la mer de Laconie sont on ne peut plus enviées ; les teintures qui y sont très estimées.

SHA, Carus, Carin, Numerus, 20.4

Iam quid lineas petitas Aegupto loquar ? Quid Tyro et Sidone tenuitate perlucidas, micantes purpura, plumandi difficultate pernobiles ?

Que dirais-je des étoffes de lin importées d’Égypte ? De celles importées de Tyr et de Sidon, si fines qu’elles en paraissent transparentes, rutilantes de pourpre, célèbres pour la difficulté qu’on a à les broder ?

Claud., Ruf., 2.450-451

Et qui Sidonio uelari credidit ostro, nudus pascit aues.

Et celui qui a cru se voiler dans la pourpre de Sidon repaît nu les oiseaux.

Claud., Carm. min., 8.552-553

Quis iunxit lapides ostro ? Quis miscuit inges Sidonii Rubrique maris ? Tribuere colorem Phoenices, Seres subtegmina, pondus Hydaspes.

Qui a uni les pierres à la pourpre ? Qui mélangea les feux de la mer Rouge et de Sidon ? Les Phéniciens ont apporté leur couleur, les Sères leurs fils et l’Hydaspe son poids.

Tyr

Si nous ne devions citer qu’un nom de pourpre, ce serait celle de Tyr : sa couleur et surtout ses teinturiers en firent la pourpre la plus recherchée de l’Empire romain. Sa beauté est encensée dans de très nombreux textes littéraires et les inscriptions de la nécropole de Tyr attestent l’importance de cette industrie qui fit la richesse de cette ville pendant des siècles1.

Les témoignages littéraires s’échelonnent du Ier siècle a.C. au Ve siècle p.C. Ils sont classés par ordre chronologique et par thèmes : nous avons rassemblé dans une première partie les textes faisant allusion au centre, dans une deuxième partie ceux faisant mention de la teinturerie impériale et dans une troisième partie les prix maximaux fixés pour les différentes pourpres de Tyr figurant dans l’Édit du Maximum.

Les textes mentionnant le centre
ou la pourpre de Tyr

Plin. apud Cornelius Nepos, NH, 9.136-137

Nepos Cornelius, qui Diui Augusti principatu obiit : “Me, inquit, iuune uiolacea purpura uigebat, cuius libra denariis centum uenibat, nec multo post rubra Tarentina. Huic successit dibapha Tyria, quae in libras denariis mille non poterat emi. Hac P. Lentulus Spinther aedilis curulis primus in praetexta usus inprobabatur. Qua purpura quis non iam, inquit, tricliniaria facit ?” Spinther aedilis fuit urbis conditae anno DCXCI Cicerone consule. Dibapha tunc dicebatur quae bin tincta esset, ueluti magnifico inpendio, qualiter nunc omnes paene commodiores purpurae tinguontur.

Cornélius Nepos, qui mourut sous le principat du divin Auguste, dit : “Au temps de ma jeunesse, la pourpre violette était en vogue et se vendait cent deniers la livre ; peu de temps après, ce fut la pourpre écarlate de Tarente ; elle fit place à la tyrienne double-bain, qui coûtait plus de mille deniers la livre ; on blâmait P. Lentulus Spinther, édile curule, de l’avoir employée le premier pour la prétexte ; cette pourpre, dit Cornélius Népos, qui ne l’emploie aujourd’hui pour les lits de table ?” Spinther fut édile en l’an de Rome 691, sous le consulat de Cicéron. On appelait double-bain cette pourpre teinte deux fois (dépense qui paraissait fastueuse), comme le sont aujourd’hui presque toutes les pourpres choisies.

Cic., Flac., 29.70

Longo interuallo, si quando tibi peregrinari commodum est, Romam uenis, adfers faciem nouam, nomen uetus, purpuram Tyriam, in qua tibi inuideo, quod unis uestimentis tam diu lautus es.

À de longs intervalles, si tes intérêts t’obligent à aller à l’étranger, tu viens à Rome, tu y apportes un visage nouveau, un renom ancien, et ta pourpre tyrienne. Je suis jaloux de cette pourpre, puisque c’est à ce seul vêtement que tu dois depuis si longtemps ton élégance.

Verg., G., 2.503-506

Sollicitant alii remis freta caeca ruuntque in ferrum ; penetrant aulas et limina regum. Hic petit excidiis urbem miserosque Penatis, ut gemma bibat et Sarrano dormiat ostro (…).

D’autres tourmentent à coups de rames les flots aveugles et se ruent aux combats, forcent l’entrée des cours et les seuils des rois. L’un veut détruire une ville et de malheureux foyers, pour boire dans une gemme et dormir sur la pourpre de Sarra (…).

Commentaire : La ville de Tyr était également connue sous le nom de Sarra. Cette dénomination est généralement rencontrée dans les ouvrages poétiques.

Verg., G., 3.305-307

Haec quoque non cura nobis leuiore tuendae ; nec minor usus erit, quamius Milesia magno uellera mutentur Tyrios incocta rubores (…).

L’élevage des chèvres ne mérite pas moins notre attention que celui des brebis, et leur utilité n’est pas moindre, si cher que se vendent les toisons de Milet, après avoir bouilli dans les bains de pourpre tyrienne (…).

Verg., G., 3.16-17

Illi uictor ego et Tyrio conspectus in ostro centum quadriiugos agitabo ad flumina currus.

En son honneur je ferai, victorieux et bien en vue sous la pourpre tyrienne, courir cent quadriques près du fleuve.

Tib. 2.27-31

O pereat quicumque legit uiridesque smaragdos et niucam Tyrio murice tingit ouem !

Ah ! Périsse quiconque recueille les vertes émeraudes et teint avec le murex de Tyr une blanche toison !

Str. 16.2, 23

(Éd. Loeb. Trad. Horace L. Jones)

ἀλλὰ τῶν τοιούτων συμφορῶν κατέστη κρείττων καὶ ἀνέλαβεν αὑτὴν τῇ τε ναυτιλίᾳ, καθ᾿ ἣν ἁπάντων τῶν ἀεὶ κρείττους εἰσὶ κοινῇ Φοίνικες, καὶ τοῖς πορφυρείοις· πολὺ γὰρ ἐξήτασται πασῶν ἡ Τύρια καλλίστη πορφύρα· καὶ ἡ θήρα πλησίον καὶ τἆλλα εὔπορα τὰ πρὸς βαφὴν ἐπιτήδεια

(…) mais elle (Tyr) s’est relevée grâce au commerce par mer de la population dans lequel les Phéniciens étaient toujours supérieurs aux autres peuples et grâce à leurs teintureries de pourpre. La pourpre de Tyr est réputée pour être la plus belle de toutes, et les coquillages sont péchés près des côtes ; les autres choses nécessaires à la teinture sont facilement accessibles et, de ce fait, le grand nombre de teintureries rend la ville inconfortable à vivre, mais la technique supérieure de ses habitants a rendu la ville riche.

Prop. 2.14.14-18

Ergo muneribus quiuis mercatur amorem ? Iuppiter, indigna merce puella perit ! Semper in Oceanum mittit me quaerere gemmas et iubet ex ipsa tollere dona Tyro.

Ainsi donc, avec de l’argent, le premier venu achète l’amour comme une marchandise ? Ô Jupiter, quelle honte ! Une femme qui se vend ! Sans cesse il me faudrait aller lui chercher des perles jusque dans l’Océan ; elle veut que la pourpre qu’on lui offre vienne de Tyr.

Prop. 4.3.33-34

Noctibus hibernis castrensia pensa laboro et Tyria in gladios uellera secta suo.

Durant les nuits d’hiver je travaille à tes habits de guerre, je couds la laine et la pourpre de Tyr qui te garantira des épées.

Sen., QNat., 1.5.12

Sunt etiam quidam colores qui ex interuallo uim suam ostendunt : purpuram Tyriam, quo melior est saturiorque, eo altius oportet teneas ut fulgorem suum teneat. Non tamen ideo non habet colorem illa, quia, quae optimum habet, non quomoducumque explicatur ostendit.

Il est certaines couleurs qui ne font leur effet qu’à distance. Pour que la pourpre de Tyr se montre avec tout son éclat, il convient de tenir l’étoffe d’autant plus haut qu’elle est de meilleure qualité et plus richement saturée. Parce que celle qui a la plus belle couleur ne la montre pas si on la déploie de façon quelconque, on ne peut pourtant pas dire qu’elle ne l’ait pas.

Sen., Thy., 344-347

Regem non faciunt opes, non uestis Tyriae color, non frontis nota regia, non auro nitidae trabes (…).

Ce ne sont pas les richesses qui font le roi, ni la pourpre tyrienne de ses vêtements, ni le diadème qui orne son front, ni des lambris reluisants d’or (…).

Sen., Phaed., 386-393

Remouete, famulae, purpura atque auro inlitas uestes, procul sit muricis Tyrii rubor quae fila ramis ultimi Seres legunt : breuis expedito zona constringat sinus, ceruis monili uacua, nec niueus lapis deducat auris, Indici donum maris ; odore crinis sparsus Assyrio uacet.

Écartez, servantes, ces habits teints de pourpre et d’or, loin d’ici l’éclat rouge du murex tyrien et les fibres que les Sères lointains cueillent sur les branches : qu’une étroite ceinture retienne sans contrainte ma tunique : que mon cou soit libre de collier et que ne pende point à mes oreilles la pierre couleur de neige, présent de la mer indienne ; que mes cheveux en désordre ne soient pas inondés du parfum assyrien.

Sen., Herc. Oet., 643-647

Caespes Tyrio mollior ostro solet impauidos ducere somnos ; aurea rumpunt tecta quietem uigilesque trahit purpura noctes.

Le gazon, plus doux que la pourpre de Tyr, procure un sommeil tranquille. Les lambris garnis d’or brisent le repos et la pourpre fait passer de longues nuits en éveil.

Stat., Silv., 3.2.131-140

O tum quantus ego aut quanta uotiua mouebo plectra lyra, cum me magna ceruice ligatum attolles umeris atque in mea pectora primum incumbes e puppe nouus seruataque reddes colloquia inque uicem medios narrabimus annos, tu rapidum Euphraten et regia Bactra sacrasque antiquae Babylonis opes et Zeuma, Latinae pacis iter, qua dulce nemus florentis Idymes, quao pretiosa Tyros rubeat, qua purpura suco Sidoniis iterata bafis (…).

Tu me rediras alors tous les propos longtemps différés, et nous nous raconterons mutuellement les années écoulées depuis notre séparation : toi, tu me parleras de l’Euphrate rapide, de Bactres, séjour des rois, des trésors de l’antique Babylone, et de Zeuma, ce chemin de la paix romaine ; tu me diras la douceur du bois de l’Idumée en fleurs, le suc qui rougit le précieux tissu de Tyr, et celui qui teint deux fois le pourpre dans les ateliers de Sidon (…).

Stat., Theb., 6.62-63

Summa crepant auro, Tyrio que attollitur ostro molle supercilium

L’or tinte au sommet ; on y monte une couverture moelleuse en pourpre de Tyr.

Stat., Silv., 1.2.148-151

Hic Libycus Phrygiusque silex, hic dura Laconum saxa iurent, hic flexus onyx et concolor alto uena mari rupesque nitent, quis purpura saepe Oebalis et Tyrii moderator liuet aeni.

On y trouve le marbre de Libye et de Phrygie ; on y voit verdoyer la dure pierre de Laconie ; là brille l’albâtre onduleux, la veine qui rivalise avec la couleur de la mer profonde et les roches qui souvent font pâlir d’envie la pourpre d’Oebalus et l’ouvrier qui surveille le chaudron tyrien.

Plin., NH, 9.126

Tyri praecipuus hic Asiae, Meninge Africae et Gaetulo litore oceani, in Laconica Europae.

La pourpre la plus estimée est, en Asie, celle de Tyr ; en Afrique, celle de Méninx et de la cote gétule de l’Océan ; en Europe, celle de Laconie.

Plin., NH, 9.135

At Tyrius pelagio primum satiatur inmatura uiridique cortina, mox permutatur in bucino. Laus ei summa in colore sanguinis concreti, nigricans aspectu idemque suspectu refulgens, unde et Homero purpureus dicitur sanguis.

Pour la teinture tyrienne, on trempe (la laine) dans la pourpre pélagienne, (le contenu de) la cuve étant immature et frais ; ensuite on fait passer dans un bain de buccin. On l’apprécie surtout quand elle a la couleur du sang figé : foncée, vue de face ; avec reflets brillants, vue de biais ; d’où l’épithète de pourpre qu’Homère donne au sang.

Plin., NH, 9.140

(…) quin et terrena miscere coccoque tinctum Tyrio tinguere, ut fieret hysginum.

(…) et l’on reteignit dans la pourpre tyrienne ce qu’on avait teint dans le carmin de coccus, pour obtenir l’hysgine.

Plin., NH, 21.45

Hos animaduerto tres esse principales : rubentem in cocco, qui a rosis migrante gratia nonnihil trahitur suspectu et in purpuras Tyrias dibaphasque ac Laconicas ; amesthystinum, qui a uiola et ipse in purpureum, quemque ianthinum appellauimus ; genera enim tractamus in species multas sese spargentia.

Je remarque qu’il est trois couleurs principales : le rouge de l’écarlate, empruntant l’éclat des roses, et dont les reflets tirent aussi sur la pourpre Tyrienne, la pourpre à double bain et la pourpre de Laconie ; l’améthyste, qui du violet va également jusqu’au pourpre et jusqu’à la couleur que nous avons nommée ianthine – nous parlons en effet des types chromatiques offrant de multiples nuances.

Plin., NH, 22.3

Iam uero infici uestes scimus admirabili fuco, atque, ut sileamus Galatiae, Africae, Lusitaniae granis coccum imperatoriis dicatum paludamentis, transalpina Gallia herbis Tyria atque conchylia tinguit et omnes alios colores.

Nous savons de plus que les plantes fournissent d’admirables couleurs pour la teinture des étoffes. Sans parler de l’écarlate réservée aux manteaux des généraux, que donnent les graines de Galatie, d’Afrique et de Lusitanie, les Gaulois Transalpins reproduisent avec des herbes la pourpre tyrienne, la conchylienne et toutes les autres nuances.

Plin., NH, 35.44

Quare Puteolanum potius laudetur quam Tyrium aut Gaetulicum uel Laconicum, unde pretiosissimae purpurae ; causa est quod hysgino maxime inficitur rubiaque, quae cogitur sorbere.

Si l’on préfère celui (le purpurissum) de Pouzzoles à ceux de Tyr, de Gétulie ou de Laconie, d’où viennent les pourpres les plus précieuses, la raison en est qu’il se combine très bien avec l’hysginum et la garance qui l’absorbe obligatoirement. La variété la moins chère vient de Canusium.

Luc. 10.122-125

(…) starta micant, Tyrio quorum pars maxima fuco cocta diu uirus non uno duxit aeno (…).

(…) des tapis resplendissent : la plupart ont été longtemps trempés dans la pourpre de Tyr et ont passé dans plus d’une cuve de cuivre pour bien absorber la drogue (…).

Sil., Pun., 8.486-487

Haec altas eboris decorauit honore curules et princeps Tyrio uestem praetexuit ostro.

C’est elle qui orna d’incrustations d’ivoire les hauts sièges curules, c’est elle à qui l’on doit d’ourler le bord des toges d’une pourpre de Tyr.

Sil., Pun., 10.36-40

Quid si uidisset praetorem curribus altis extantem et medii sublimem puluere circi in tunica Iouis et pictae Sarrana ferentem ex umeris aulaea togae magnaeque coronae tantum orbem, quanto ceruix non sufficit ulla ?

Qu’eût-il fait, s’il avait vu le préteur juché sur un char grand modèle, s’avançant majestueusement au milieu de la poussière du cirque, revêtu de la tunique de Jupiter, portant sur ses épaules, ample comme un rideau, une toge brodée de Sarra, et au-dessus de sa tête une large couronne, si volumineuse qu’il n’est point de cou qu’elle ne fît plier ?

Sil., Pun., 15.116-117

Altera Achaemenium spirabat vertice odorem ambrosias diffusa comas et veste refulgens, ostrum qua fulvo Tyrium suffuderat auro (…).

Celle-ci, de sa tête, répandait les effluves des Achéménides, sa chevelure, parfumée d’ambroisie, flottait librement, l’éclat de ses vêtements mêlait à la pourpre de Tyr les reflets de l’or fauve (…).

Sil., Pun., 15.123-124

Hinc tibi non Tyrio vitiatas murice vestes nec donum deforme viro fragrantis amomi (…).

Alors je ne te donnerai ni les tissus altérés par les murex tyriens, ni les fragrances de l’amome, honteux cadeau pour un guerrier (…).

Sil., Pun., 15.204-207

Este duces bello et monstratam ducite ad urbem ; Vobis ultor ego et Sarrano murice fulgens inferias mittam fusis insignis Hiberis et tumulis addam sacros certamine ludos.

 Soyez mes guides dans la guerre, conduisez-moi à cette ville que vous m’avez montrée ; je serai votre vengeur et, paré de l’éclat de la pourpre sarranienne, je vous adresserai des sacrifices, tout auréolé d’avoir mis les Ibères en déroute, et je ferai célébrer autour de vos tombes les jeux sacrés et les épreuves des concours.

Sil., Pun., 14.655-660

(…) fuluo certauerit auro uestis, spirantis referens subtemine uultus, quae radio caelat Babylon, uel murice picto laeta Tyros, quaeque Attalis uariata per artem aulaeis scribuntur acu aut Memphitide tela.

(…) et les brocarts d’or auraient rivalisé avec les tissus que broche la navette de Babylone, avec les étoffes de pourpre de l’opulente Tyr, ou avec les motifs que l’aiguille à grand art à brodés sur les tentures des Attales ou sur les toiles de Memphis.

Mart., Epigr., 8.10

Emit lacernas milibus decem Bassus Tyrias coloris optimi. Lucrifecit.Adeo bene emit ?inquis. Immo non soluet.

Bassus a payé dix mille sesterces un manteau de pourpre de la plus belle teinte de Tyr. Il a fait un excellent marché. “L’a-t-il vraiment acheté à si bon compte ?” demandes-tu. – Non, mais il ne le paiera pas.

Juv. 1.29

(…) cum pars Niliacae plebis, cum uerna Canopi Crispinus Tyrias umero reuocante lacernas uentilet aestiuum digitis sudantibus aurum nec sufferre queat maioris pondera gemmae, difficile est saturam non scribere.

Quand un échappé de la populace du Nil, un esclave de Canope, un Crispinus, rejetant de ses épaules un manteau de pourpre tyrienne évente une bague d’été à ses doigts en sueur, incapable de supporter le poids d’une gemme plus lourde, il est difficile de ne pas écrire de satires !

Juv. 7.134-139

(…) spondet enim Tyrio stlattaria purpura filo. Et tamen est illis hoc utile ; purpura uendit causidicum, uendunt amethystina ; conuenit illi et strepitu et facie maioris uiuere census, sed finem inpensae non seruat prodiga Roma.

Le tissu tyrien de sa pourpre à faire des dupes lui sert de caution. Tout cet apparat leur est utile. C’est la pourpre, ce sont les habits couleur d’améthyste qui font monter les prix d’un avocat. Il aime à mener le tapage et le train d’une fortune supérieure à celle qu’il a. Mais la prodigalité de Rome dépense sans compter !

Apul., Met., 10.20.2

Quattuor eunuchi confestim puluillis compluribus uentose tumentibus pluma delicata terrestrem nobis cubitum praestruunt, sed et stragula ueste auro ac murice Tyrio depicta probe consternunt ac desuper breuibus admodum, sed satis copiosis puluillis aliis nimis modicis, quis maxillas et cervices delicatae mulieres suffulcire consuerunt, superstruunt.

Quatre eunuques empressés, avec une quantité de coussins mollement gonflés d’un duvet délicat, nous disposent une couche sur le sol, la recouvrent soigneusement d’une étoffe brodée d’or et de pourpre tyrienne, et par-dessus ils entassent encore d’autres coussins, courts mais nombreux, de ces petits oreillers sur lesquels les femmes qui cherchent leurs aises ont coutume d’appuyer leurs joues et leurs nuques.

SHA, Heliogab., 33.2-3

Et praedictum eidem erat a sacerdotibus Syris biothanatum se futurum. Parauerat igitur funes blatta et serico et cocco intortos, quibus, si necesse esset laqueo, uitam finiret.

Des prêtres syriens lui avaient prédit une mort violente. Il avait donc préparé des cordons tressés avec des fils de pourpre, de soie et d’écarlate au moyen desquels il comptait mettre fin à ses jours, s’il était forcé à mourir par strangulation.

Clem. Al., Paed., 10bis.115.1-4

(Éd. Loeb. Trad. G. W. Butterworth)

Διὰ ταύτην γοῦν τὴν πορφύραν ἡ Τύρος καὶ ἡ Σιδὼν καὶ τῆς Λακωνικῆς ἡ γείτων τῆς θαλάσσης ποθεινόταται· ἀνάγονται δὲ εὖ μάλα καὶ οἱ βαφεῖς αὐτῶν καὶ οἱ πορφυρευταὶ καὶ αὐτὰ τὰ κογχύλια διὰ τὸ αἷμα τούτων ἐξανθεῖν τὴν πορφύραν.

C’est à cause de cette pourpre que Tyr, Sidon et la région voisine de la mer de Laconie sont on ne peut plus enviées ; les teintures qui y sont très estimées, aussi bien que leurs teinturiers, et même leurs coquillages, parce que leur sang produit la pourpre.

Claud., IV Cons. Hon., 137-141

(Éd. Loeb. Trad. N. Platnauer)

(…) adclinis genetrix auro, circumflua gemmis in Tyrios enixa toros ; ululata uerendis aula puerperiis.

(…) sur une couche d’or brodée de pierres précieuses, la mère qui t’a donné naissance au milieu des (étoffes) de pourpre de Tyr.

Claud., IV Cons. Hon., 598-600

(Éd. Loeb. Trad. N. Platnauer)

Quis iunxit lapides ostro ? Quis miscuit ignes Sidonii rubri que maris ? tribuere colorem Phoenices, Seres subtegmina, pondus Hydaspes.

Qui peux broder de précieuses pierres sur la pourpre et ainsi mélanger les éclatantes gloires de la mer Rouge et des eaux phéniciennes ? Tyr vend sa pourpre, la Chine sa soie et Hydaspes ses bijoux.

Claud., Ruf., 1.207-208

Rapiunt Tyrios tibi uellera sucos et picturatae saturantur murice uestes.

Pour toi la laine prend les sucs de Tyr, les vêtements brodés sont saturés de murex.

Claud., Carm. min., 6-7.645-646

Cognata potestas excepit Tyrio uenerabile pignus in ostro.

Le pouvoir, ton parent, t’a accueilli, dépôt sacré, dans la pourpre de Tyr.

Claud., Pros., 10.285-287

Iamque Dionaeis redimitur floribus hortus, iam rosa mitescit Sarrano clarior ostro.

Maintenant la rose s’épanouit, plus éclatante que la pourpre de Sarra.

Cassiod., Var., 1.1.2

Eoa Tyros est Hydron Italica, aulicum profecto vestiarium, non antiqua custodiens, sed iugiter novella transmittens. Vide ergo, si quis te patiatur minus implere, quod nos tam necessarie cognoscis expetere.

Hydronte en Italie est la Tyr orientale, c’est assurément le vestiaire du palais, non pas parce qu’elle prend soin des vieux vêtements, mais parce que sans cesse elle en fait parvenir de nouveaux.

L’atelier impérial de Tyr

Euseb., Hist. eccl., 7.32.2-4

Ἦν δ’ οὗτος τῶν μάλιστα ἐλευθερίων προπαιδείας τε τῆς καθ’ Ἕλληνας οὐκ ἄμοιρος, τὴν φύσιν δὲ ἄλλως εὐνοῦχος, οὕτω πεφυκὼς ἐξ αὐτῆς γενέσεως, ὡς καὶ βασιλέα διὰ τοῦτο, οἷόν τι παράδοξον, αὐτὸν οἰκειώσασθαι καὶ τιμῆσαί γε ἐπιτροπῆι τῆς κατὰ Τύρον ἁλουργοῦ βαφῆς.

Il (Dorothéos) n’était d’ailleurs pas resté en dehors des études libérales et de l’éducation première donnée chez les Grecs ; d’autre part, il était eunuque et se trouvait tel depuis sa naissance même, si bien qu’à cause de cette particularité étonnante, l’empereur l’admit dans sa maison et l’honora de la charge d’administrateur de la teinture pourpre de Tyr.

Amm. Marc. 14.7.20

Quae dum ita struuntur, indicatum est apud Tyrum indumentum regale textum occulte incertum quo locante uel cuius usibus apparatum. ideo que rector prouinciae tunc pater Apollinaris eiusdem nominis ut conscius ductus est alii que congregati sunt ex diuersis ciuitatibus multi, qui atrocium criminum ponderibus urguebantur.

Au cours de ces enquêtes, il fut révélé qu’un manteau royal avait été tissé secrètement à Tyr, mais on ne savait ni qui l’avait fait faire ni à l’usage de qui il était apprêté. Aussi celui qui gouvernait alors la province, le père d’Apollinaris, qui portait le même nom, fut-il conduit au supplice pour complicité, et beaucoup d’autres personnages de diverses cités furent impliqués aussi dans cette affaire et accablés sous le poids d’affreuses accusations.

L’Édit du Maximum :
les prix de la pourpre de Tyr

En 301 p.C., lorsque fut instauré l’Édit du Maximum, la pourpre de Tyr avait pris le nom de pourpre blatta.

(Éd. Giacchero, M. (1974) : Edictum Diocletiani et collegarum de pretiis rerum venalium, Gênes)

24.2    [Purpurae blattae        libra una   * quinquaginta milibus]
               Πορφύρας] βλάττης                          λ(ιτρα) α ̓ *
               Pourpre blatta. 1 livre : 50 000 deniers

24.3     [Purpurae hypoblattae] libra u[na    * triginta duobus
               milibus
]
               Πορφ[ύρας] υ̂ποβλάττης           λ(ιτρα) α ̓ *, β
               Pourpre hypoblatta. 1 livre : 32 000 deniers

24.4    [Purpurae oxytyriaelibra una   [* sedecim milibus]
               Οζυτυρίαω λ(ιτρα) α ̓ *, ς
              
Pourpre oxytyria. 1 livre : 16 000 deniers

Les centres de Tunisie, d’Algérie
et du Maroc

Djerba

Meninx est en fait le nom de l’ancienne ville antique qui se situe à l’extrême sud-est de l’île de Djerba, au lieu dit El Kantara. Trois sites ont été mis au jour au sud du site2 et nous savons, grâce à l’ampleur des dépôts de murex et grâce aux sources textuelles, que l’île a constitué l’un des plus grands sites producteurs de pourpre de l’Empire romain du Ier au Ve siècle p.C.

Pline en son temps évoque déjà la pourpre de Meninx et la Notitia Dignitatum nous apprend qu’un atelier impérial producteur de pourpre y était installé dans la première décennie du Ve siècle p.C.

Plin., NH, 9.127

Tyri praecipuus hic Asiae, Meninge Africae et Gaetulo litore oceani, in Laconica Europae.

La pourpre la plus estimée est, en Asie, celle de Tyr ; en Afrique, celle de Meninx et de la côte gétule de l’Océan ; en Europe, celle de Laconie.

SHA, Clod., 14.8

Albam subsericam unam cum purpura Girbitana, subarmalem unum cum purpura Maura.

Un vêtement blanc de mi-soie orné de pourpre de Djerba, une tunique de dessous ornée de pourpre de Maurétanie.

Not. Dign., 11.70

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Girbitani, provinciae Tripolitanae.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre de Girba, de la province de Tripolitaine.

El Mdeina

La ville actuelle d’El Mdeina dans le sud-est tunisien est bordée par l’immense lac El Bibèn. Des prospections ont identifié cette ville avec le site antique de Zuchis, qui était connu pour sa production de pourpre3.

Des indices archéologiques4 sont venus corroborer le texte de Strabon qui vante la qualité de la pourpre de Zuchis.

Str. 17.3.18

(Éd. Loeb. Trad. Horace L. Jones)

Μετὰ δὲ τὴν σύρτιν Ζοῦχις ἔστι λίμνη σταδίων τετρακοσίων στενὸν ἔχουσα εἴσπλουν καὶ παρ´ αὐτὴν πόλις ὁμώνυμος πορφυροβαφεῖα ἔχουσα καὶ ταριχείας παντοδαπάς·

Après la Syrte, voici Zuchis, un lac d’une grandeur de 400 stades ; il a un accès étroit et, à côté, il y a une ville portant le même nom qui renferme des teintureries de pourpre et d’autres ateliers de salaison de poissons.

Les sites non nommés
de la province de l’Africa

L’Africa était, depuis la réforme de Dioclétien, une province comprise entre la Numidie à l’ouest et le Byzacium au sud, et dont la principale ville côtière, Carthage, a été un centre producteur de pourpre du VIIIe siècle a.C. au Ve siècle p.C.5. Dans la première décennie du Ve siècle p.C., cette province a abrité plusieurs ateliers impériaux producteurs de pourpre dont la localisation précise n’est pas donnée par la Notitia Dignitatum.

Not. Dign., 11.69

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafiorum omnium per Africam.

Procurateur de tous les ateliers producteurs de pourpre pour l’Afrique.

Collo

La ville de Collo en Algérie était connue dans l’Antiquité sous le nom de Chullu. La production de pourpre dans cette ville est connue grâce au géographe latin Solin qui a écrit dans la seconde moitié du IIIe siècle p.C.

Solin. 26.1

(Édition Panckouke, 1847. Trad. M. A. Agnant)

Chullu purpurario fuco Tyriis velleribus comparata.

Chullu est mise sur le même pied que les laines tyriennes grâce à son jus purpuraire.

La Gétulie des Autololes

La Gétulie était une région vaste d’Afrique dont la frontière sud commençait aux environs de l’actuel Oued Massa. Le territoire des Gétules Autololes mentionnés chez Pline6 se situait autour de la région de Rhysadir, actuelle Agadir7.

Les termes employés par les auteurs anciens pour évoquer la pourpre de Gétulie ne sont pas habituels. En effet, beaucoup d’entre eux mentionnent les coquillages (murex ou purpura) de Gétulie et non la pourpre de Gétulie comme il était usage de le faire pour la pourpre de Tarente, la pourpre de Tyr ou la pourpre de Sidon par exemple.

Les coquillages à pourpre des côtes Gétules étaient certainement bien particuliers pour que cinq textes y fassent ainsi référence. Nous en avons la confirmation grâce à la présence, sur les plages au nord d’Essaouira8, d’amas de coquilles de purpura haemastoma avec laquelle la pourpre de Gétulie était faite et qui était rarement employé par les ateliers producteurs des rivages méditerranéens.

Les sources textuelles dont nous disposons évoquent la pourpre de Gétulie comme une pourpre de grande qualité qui a peut-être rivalisé avec les pourpres phéniciennes. Il semble pourtant que la pourpre de Gétulie ne fut plus produite à partir du IIe siècle p.C., si l’on se fie à la brusque absence de témoignage, après cette date.

Hor., O., 2.16.33

Tibi tollit hinnitum apta quadrigis equa, ti bis Afro murice tinctae (…).

Toi, tu as pour te vêtir des laines deux fois teintes de murex africain (…).

Hor., Epist., 2.2.181-184

Gemmas, marmor, ebur, Tyrrhena sigilla, tabellas, argentum, uestes Gaetulo murice tinctas sunt qui non habeant, est qui non curat habere.

Pierres précieuses, marbre, ivoire, statuettes tyrrhéniennes, tableaux, argenterie, étoffes teintes avec les murex de Gétulie, il est des hommes qui n’en ont point, j’en sais un qui ne soucie pas d’en avoir.

Ov., Fast., 2.317

Dat tenues tunicas Gaetulo murice tinctas, dat teretem zonam, qua modo cincta fuit.

Elle lui donne sa tunique légère, teinte avec les murex de Gétulie ; elle lui donne la délicate bandelette qui naguère lui servait de ceinture.

Pompon. 3.104, 18

Nigritarum Gaetulorum que passim vagantium ne litora quidem infecunda sunt, purpura et murice efficacissimis ad tingendum, et ubique quae tinxere clarissima.

Chez les Négrites et les Gétules, qui nomadisent ça et là, même les rivages ne sont pas stériles : le pourpre et le murex donnent une teinture très efficace et les objets qui en sont teints sont partout très renommés.

Plin., HN, 5.12

Equidem minus miror inconperta quaedam esse equestris ordinis uiris, iam uero et senatum inde intrantibus, quam luxuirae, cuius efficacissima uis sentitur atque maxima, cum ebori, citro siluae exquirantur, omnes scopuli Gaetuli muricibus, purpuris.

Assurément, je m’étonne moins qu’il y ait certaines lacunes dans l’information de personnages de l’ordre équestre, quand bien même par la suite ils entrent au Sénat, que d’en constater dans l’univers du luxe dont la puissance se fait sentir dans toute son efficacité et dans sa plénitude, puisqu’on prospecte les forêts pour en tirer l’ivoire, le thuya, et tous les rochers de Gétulie pour les murex, les pourpres.

Pline, HN, 6.201

Insulas (…) constat esse ex adverso Autololum a Iuba repertas, in quibus Gaetulicam purpuram tinguere instituerat.

Les renseignements sur les îles de Maurétanie ne sont pas plus certains. On sait seulement qu’il y en a quelques-unes en face des Autololes, découvertes par Juba, qui y avait établi des fabriques de pourpre de Gétulie.

Pline, HN, 35.45

Quare Puteolanum potius laudetur quam Tyrium aut Gaetulicum uel Laconicum, unde pretiosissimae purpurae ; causa est quod hysgino maxime inficitur rubiaque, quae cogitur sorbere.

Si l’on préfère celui (le purpurissum) de Pouzzoles à ceux de Tyr, de Gétulie ou de Laconie, d’où viennent les pourpres les plus précieuses, la raison en est qu’il se combine très bien avec l’hysginum et la garance qui l’absorbe obligatoirement.

Sil., Pun, 16.175-176

Nec foret aut ebore aut solido qui uinceret auro Gaetulisue magis fucaret uellus aenis.

On n’aurait pu trouver personne plus riche en ivoire ou en or massif, ou en toisons qu’il faisait teindre dans les cuves des Gétules.

Suet., Calig., 35

Ptolemaeum, de quo rettuli, et arcessitum e regno et exceptum honorifice, non alia de causa repente percussit, quam quod edente se munus ingressum spectacula conuertisse hominum oculos fulgore purpureae abollae animaduertit.

Quant à Ptolémée, dont j’ai parlé plus haut, après l’avoir fait venir de son royaume, puis accueilli avec honneur, il le fit tout à coup mettre à mort, simplement parce qu’il s’aperçut qu’en entrant dans l’amphithéâtre où lui-même donnait un spectacle, il avait attiré tous les regards par l’éclat de son manteau de pourpre.

Les centres
des îles Baléares

Les îles Baléares

La production de pourpre aux îles Baléares n’est connue que par la Notitia Dignitatum qui mentionne la présence d’un atelier impérial producteur de pourpre dans la première décennie du Ve siècle p.C. Depuis une dizaine d’années, des prospections et des fouilles ont mis au jour cinq sites producteurs sur l’île d’Ibiza9. L’un d’entre eux est daté du Vsiècle p.C., mais nous ignorons s’il s’agit de l’atelier impérial mentionné dans la Notitia Dignitatum10.

Not. Dign., 11.71

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii insularum Balearum, in Hispania.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre des îles Baléares, en Espagne.

Les centres de France

Narbonne

La ville de Narbonne, dans la province de Gallia Narbonensis a abrité un atelier impérial producteur de pourpre qui est mentionné dans la Notitia Dignitatum, document administratif daté de la première décennie du Ve siècle p.C.

Not. Dign., 11.73

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Narbonensis.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre Narbonnais.

Toulon

La production de pourpre dans la ville de Telo Martius est attestée par la Notitia Dignitatum dans la première décennie du Vsiècle p.C. Cette mention fut corroborée, en 1999, par la découverte de dépôts de murex lors d’une fouille de sauvetage dans la vieille ville11. Ces derniers sont datés des Ve/VIe siècle p.C. Peut-être s’agit-il de débris appartenant à l’atelier impérial ?

Not. Dign., 11.72

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Telonensis, Galliarum.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre Toulonnais, des Gaules.

Les centres d’Italie
et de Croatie

Pouzzoles

Pouzzoles est sur le golfe de Naples, en plein cœur des champs Phlégréens. Cette ville fut le premier port commercial d’Italie jusqu’à la création du port d’Ostie qui marqua alors pour elle le début d’un certain déclin. Comme pour le site de Canusium12, nous savons que Pouzzoles a produit de la pourpre grâce à un texte de Pline évoquant le purpurissum, sorte de craie imbibée de pourpre, servant en peinture et en cosmétique.

Plin., HN, 36.3

Quare Puteolanum potius laudetur quam Tyrium aut Gaetulicum uel Laconicum, unde pretiosissimae purpurae ; causa est quod hysgino maxime inficitur rubiaque, quae cogitur sorbere. Vilissimum a Canusio.

Si l’on préfère celui (le purpurissum) de Pouzzoles à ceux de Tyr, de Gétulie ou de Laconie, d’où viennent les pourpres les plus précieuses, la raison en est qu’il se combine très bien avec l’hysginum et la garance qui l’absorbe obligatoirement. La variété la moins chère vient de Canusium.

Ancône

Ancône se situe sur la côte Adriatique, au nord de la péninsule italienne, dans la région du Picenum. La production de pourpre par cette ville nous est connue grâce à une mention de Silius Italicus.

Sil., Pun., 6. ext 3

Stat fucare colus nec Sidone uilior Ancon murice nec Libyco, statque humectata Vomano (…).

Là se tient sous les armes la ville dont les laines teintées ne sont pas inférieures aux pourpres de Sidon ni à celles de la Libye, Ancône, celle qu’arrose le Vomanus (…).

Canosia di Puglia

La ville de Canusium se trouve dans la région des Pouilles, à 25 km de la côte, le long du fleuve Aufidus. Cette ville, essentiellement connue pour son activité lainière et textile13 a également produit, selon Pline, de la pourpre destinée en particulier à la fabrication d’un produit utilisé en peinture et en cosmétique : le purpurissum.

Plin., HN, 35.3

Quare Puteolanum potius laudetur quam Tyrium aut Gaetulicum uel Laconicum, unde pretiosissimae purpurae ; causa est quod hysgino maxime inficitur rubiaque, quae cogitur sorbere. Vilissimum a Canusio. Pretium a singulis denariis in libras ad XXX.

Si l’on préfère celui (le purpurissum) de Pouzzoles à ceux de Tyr, de Gétulie ou de Laconie, d’où viennent les pourpres les plus précieuses, la raison en est qu’il se combine très bien avec l’hysginum et la garance qui l’absorbe obligatoirement. La variété la moins chère vient de Canusium. Il coûte entre un et trente deniers la livre.

Tarente

Tarente est d’abord une ville connue pour la qualité de sa laine14. Cette production va de pair avec la production de pourpre qui est déjà attestée dans la première moitié du Ier siècle a.C. Cette production semble avoir connu une longévité exceptionnelle, puisqu’un atelier impérial était encore présent dans la ville dans la première décennie du Ve siècle p.C.

Hor., Epist., 2.207-209

Quid placet ergo ? Lana Tarentino uiolas imitata ueneno.

Qu’est-ce donc qu’on admire ? Cette laine où la teinture de Tarente imite la couleur des violettes.

Plin., HN, 9.136

Nepos Cornelius, qui Diui Augusti principatu obiit : “Me, inquit, iuune uiolacea purpura uigebat, cuius libra denariis centum uenibat, nec multo post rubra Tarentina”.

Cornélius Nepos, qui mourut sous le principat du divin Auguste, dit : “Au temps de ma jeunesse, la pourpre violette était en vogue et se vendait cent deniers la livre ; peu de temps après, ce fut la pourpre écarlate de Tarente”.

Not. Dign., 11.65

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Tarentini, Calabriae.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre Tarentin, de Calabre.

Satureum

L’oppidum de Satureum situé à une dizaine de km au sud de la ville de la Tarente possédait, selon Servius, des teintureries de pourpre.

Serv., B., G., En., 4.335 

(…) a Satureio oppido : iuxta Tarentum enim sunt baphia, in quibus tinguitur lana.

(…) L’oppidum de Satureum : en effet à côté de Tarente, il y a des teintureries de pourpre dans lesquels on teint la laine. 

Otrante

La ville d’Hydruntum, actuelle Otrante, se trouve dans le sud de la péninsule italienne, dans la région de la Calabre et plus précisément dans le promontoire du Salentum.

C’est un texte de Cassiodore qui nous apprend que cette ville produisait la pourpre royale sous le règne du roi Théodoric (455-526).

Cassiod., Var., 1.2

Cum fame canis avida in Tyrio litore proiecta conchylia impressis mandibulis contudisset, illa naturaliter umorem sanguineum defluentia ora eius mirabili colore tinxerunt. Et ut est hominibus occasiones repentinas ad arte ducere, talia exempla meditantes fecerunt principibus decus nobile dare rem, quae substantiam noscitur habere mediocrem. Eoa Tyros est Hydron Italica, aulicum profecto vestiarium, non antiqua custodiens, sed iugiter novella transmittens.

Après qu’un chien, poussé par la faim, eût broyé de ses mâchoires des coquillages déposés sur le rivage de Tyr, sa gueule fut teintée d’une couleur admirable due au liquide couleur sang qui coulait naturellement de ceux-ci, et, comme cela arrive aux hommes que des hasards propices amènent à des savoir-faire, réfléchissant à de tels exemples, ils firent en sorte que cette chose, qui, on le sait, renferme une substance extraordinaire, offre aux princes un noble ornement. Hydronte en Italie est la Tyr orientale, c’est assurément le vestiaire du palais, non pas parce qu’elle prend soin des vieux vêtements, mais parce que sans cesse elle en fait parvenir de nouveaux.

Syracuse

À notre connaissance, le seul témoignage archéologique de production de pourpre en Sicile date de l’occupation punique ; il provient du site de Mozia où des coquillages et des os de baleines destinés au concassage des murex ont été mis au jour15. Pour la période romaine, la Notitia Dignitatum est seule à mentionner, vers la première décennie du Vsiècle, la présence d’un atelier impérial producteur de pourpre à Syracuse.

Not. Dign., 11.68

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Syracusani, Siciliae.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre Syracusain, de Sicile.

Salone

La ville de Salone en Dalmatie a été choisie par l’empereur pour abriter, sur ses côtes, un atelier producteur de pourpre. Ce dernier est mentionné dans la Notitia Dignitatum dans la première décennie du Ve siècle p.C. Cette production de pourpre à Salone est corroborée par une source épigraphique qui n’est malheureusement pas datée.

Not. Dign., 11.66

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Salonitani, Dalmatiae.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre de Salone, de Dalmatie.

CIL, III, 2115

Datation : deuxième moitié du IIIs. – début du IVe s. p.C.

Aur(elius) Peculiaris magister conquiliarius et Aur(elia) Urbica vivi sibi posuerunt si quis / autem post obitum nostrum ali / ut corpus ponere volverit infe / rat [summam] argenti pondo quinquaginte.

Aurelius Peculiaris magister conquiliarius16 et Aurelia Urbica ont posé (cela) de leur vivant. Si cependant quelqu’un après notre mort voulait que notre corps soit déposé, il paiera une somme d’argent de 50 livres.

Cissa

Le bafium se trouverait peut-être sur l’île de Brioni Grande, en Croatie, mais nous ne pouvons apporter aucune autre précision17.

Not. Dign., 11.67

(Éd. O. Seek, Frankfort 1962)

Procurator bafii Cissensis, Venetiae et Histriae.

Procurateur de l’atelier producteur de pourpre de Cissa, de Vénétie et d’Histrie.

Les centres de Grèce

Byllis

Les habitants de la ville de Byllis en Epire sont mentionnés chez Pausanias comme pratiquant en majorité la pêche aux murex. Cette mention ne fait pas de cette ville un centre producteur de pourpre avéré, mais nous ne pouvons exclure cette hypothèse.

Paus. 10.37.2

(Éd. Loeb. Trad. W. H. S. Jones)

Κεῖται δὲ ἐπὶ ὑψηλοῦ τε ἡ Βοῦλις καὶ ἐν παράπλῳ περαιουμένοις ἐξ Ἀντικύρας ἐς Λέχαιον τὸ Κορινθίων· οἱ δὲ ἄνθρωποι οἱ ἐνταῦθα πλέον ἡμίσεις κόχλων ἐς βαφὴν πορφύρας εἰσὶν ἁλιεῖς.

Byllis s’étend sur une hauteur, et c’est un lieu de rencontre pour les voyageurs allant par mer de Lechaeum au territoire corinthien. Plus de la moitié de ses habitants sont pêcheurs des coquillages qui donnent la teinture pourpre.

L’île d’Eubée

C’est grâce à Dion Chrysostome et à Philostrate que nous savons que la pêche aux murex et la production de pourpre étaient des activités prédominantes de l’île d’Eubée. Ces textes sont corroborés par la découverte de murex brisés sur le site antique d’Érétrie18.

D.Chr. 7.2

(Éd. Loeb. Trad. J. W. Cohoon)

Ἐτύγχανον μὲν ἀπὸ Χίου περαιούμενος μετά τινων ἁλιέων ἔξω τῆς θερινῆς ὥρας ἐν μικρῷ παντελῶς ἀκατίῳ. χειμῶνος δὲ γενομένου χαλεπῶς καὶ μόλις διεσώθημεν πρὸς τὰ Κοῖλα τῆς Εὐβοίας· τὸ μὲν δὴ ἀκάτιον εἰς τραχύν τινα αἰγιαλὸν ὑπὸ τοῖς κρημνοῖς ἐκβαλόντες διέφθειραν, αὐτοὶ δὲ ἀπεχώρησαν πρός τινας πορφυρεῖς ὑφορμοῦντας ἐπὶ τῇ πλησίον χηλῇ, κἀκείνοις συνεργάζεσθαι διενοοῦντο αὐτοῦ μένοντες.

Par chance à la fin de l’été, je quittais Chios avec quelques pêcheurs dans un bateau très petit quand une tempête survint ; nous eûmes beaucoup de difficultés à atteindre les côtes d’Eubée en sécurité. L’équipage fit accoster le bateau sur une plage caillouteuse sous les falaises où ils avaient échoué et ensuite ils partirent avec des pêcheurs de coquillages à pourpre dont le navire était ancré dans un abri situé dans un contrefort des rochers près de là ; ensuite ils décidèrent de rester là bas et travaillèrent avec eux.

Philostr., VA, 1.24.2

(Éd. Loeb. Trad. F. C. Conybeare)

Καὶ ναῦς ἐγκεχαραγμένας τοῖς τάφοις, ὡς ἕκαστος ἐν Εὐβοίᾳ ἔζη {πορθμεύων ἢ πορφυρεύων} ἢ θαλάττιον ἢ καὶ ἁλουργὸν πράττων, καί τι καὶ ἐλεγεῖον ἀναγνῶναι γεγραμμένον ἐπὶ ναυτῶν τε καὶ ναυκλήρων σήματι· Οἵδε ποτ´ Αἰγαίοιο βαθύρροον οἶδμα πλέοντες Ἐκβατάνων πεδίῳ κείμεθ´ ἐνὶ μεσάτῳ. Χαῖρε κλυτή ποτε πατρὶς Ἐρέτρια, χαίρετ´ Ἀθῆναι, γείτονες Εὐβοίης, χαῖρε θάλασσα φίλη.

(…) et il y avait des navires gravés sur les pierres tombales afin de montrer quels individus de tous types avaient vécu en Eubée, et que chacun d’entre eux étaient engagés dans le transport de passagers ou dans celui de la pourpre en tant que marins ou teinturiers ; et ils disent qu’ils lisent une inscription élégiaque écrite au-dessus de la sépulture de quelques marins et passeurs qui disait :

Voici ceux qui ont navigué sur les flots profonds et gracieux de la Mer Égée
Nous gisons au milieu de la plaine d’Ecbatane.
Adieu patrie d’Érétrie, Adieu Athènes
Et même les voisins de l’Eubée, Adieu chère mer.

Mélibée

Au dernier siècle de la République, la ville de Mélibée, en Magnésie, était célèbre pour sa production de pourpre. Celle-ci est connue grâce à deux textes littéraires, dont l’un précise bien qu’il s’agit de pourpre véritable.

Lucr. 2.500-501

Iam tibi barbaricae uestes, Meliboeaque fulgens purpura Thessalico concharum infecta colore (…).

En outre, sois-en sûr, les étoffes de Barbarie, la pourpre éclatante de Mélibée, malgré la teinte qu’elle doit aux coquillages thessaliens (…).

Verg., Aen., 5.250-254

Ipsis praecipuos ductoribus addit honores : uictori chlamyden auratam, quam plurima circum purpura maeandro duplici Meliboea cucurrit, intextusque puer frondosa regius Ida uelocis iaculo ceruos cursuque fagitat acer (…).

Aux capitaines il donne en sus des honneurs insignes : au vainqueur une chlamyde d’or ; elle est largement bordée d’une pourpre mélibéenne courant en un double méandre ; tissé dans la trame, l’enfant royal, sur l’Ida plein de feuillages, force les cerfs rapides de ses javelines, de ses courses, ardent comme haletant (…).

Laconie
Amyclée

Les côtes de Laconie firent le ravissement des producteurs de pourpre qui profitèrent de la couleur exceptionnelle que fournissaient les coquillages à pourpre de cette région. La pourpre de Laconie était, au Ier siècle p.C., l’une des plus réputées de l’Empire avec celles de Tyr et de Sidon.

Hor., O., 2.18, 5-9

(…) neque Attali ignotus heres regiam occupaui, nec Laconicas mihi trahunt honestae purpuras clientae

(…) je n’ai pas, héritier inconnu d’Attale, pris possession de son palais, et des clientes bien nées ne tissent point pour moi de pourpres laconiennes.

Ov., Rem. am., 707-710

Confer Amyclaeis medicatum vellus aenis Murice cum Tyrio ; turpius illud erit.

Compare la pourpre de Tyr avec une toison teinte dans les cuves d’Amyclée ; elle te paraîtra la plus grossière.

Plin., HN, 9.127

Tyri praecipuus hic Asiae, Meninge Africae et Gaetulo litore oceani, in Laconica Europae.

La pourpre la plus estimée est, en Asie, celle de Tyr ; en Afrique, celle de Meninx et de la côte gétule de l’Océan ; en Europe, celle de Laconie.

Plin., HN, 31.45-47

Hos animaduerto tris esse principales : rubentem in cocco, qui a rosis migrante gratia nonnihil trahitur suspectu et in purpuras Tyrias dibaphasque ac Laconicas (…).

Je remarque qu’il est trois couleurs principales : le rouge de l’écarlate, empruntant l’éclat des roses, et dont les reflets tirent aussi sur la pourpre Tyrienne, la pourpre à double bain et la pourpre de Laconie (…).

Plin., HN, 35.44

Quare Puteolanum potius laudetur quam Tyrium aut Gaetulicum uel Laconicum, unde pretiosissimae purpurae ; causa est quod hysgino maxime inficitur rubiaque, quae cogitur sorbere.

Si l’on préfère celui (purpurissum) de Pouzzoles à ceux de Tyr, de Gétulie ou de Laconie, d’où viennent les pourpres les plus précieuses, la raison en est qu’il se combine très bien avec l’hysginum et la garance qui l’absorbe obligatoirement.

Mart., Epigr., 8.28.9

Te nec Amyclaeo decuit liuere ueneno nec Miletos erat uellere digna tuo.

Il ne convenait pas que tu fusses assombrie par la teinture de la Laconie, et Milet n’était pas digne de colorer ta laine.

Luc. Cat., 2.18

(Éd. Loeb. Trad. W. H. S. Jones)

Ἐπεὶ δὲ ἀπέθανεν, αὐτός τε παγγέλοιος ὤφθη μοι ἀποδυσάμενος τὴν τρυφήν, κἀμαυτου̂ ἔτι μα̂λλον κατεγέλων οί̂ον κάθαρμα έτεθήπειν, ἀπὸ τη̂ς κνίσης τεκμαιρόμενος αὐτου̂ τὴν εὐδαιμονίαν καί μακαρίζων έπὶ τῳ̂ αίματι τω̂ν ἐν τη̂ Λακωνικη̂ θαλάττη κοχλίδων

Mais une fois mort, il a été à mes yeux tout à fait ridicule, dépouillé de sa pompe, et je me retrouvais encore plus ridicule moi-même d’avoir admiré une créature si abjecte en conjecturant son bonheur par le fumet des viandes et en l’enviant à cause du sang des coquillages de la mer de Laconie.

Paus. 3.21.6-7

(Éd. Loeb. Trad. A. M. Harmon)

θαλάσσῃ μὲν δὴ πλὴν τοῦ Κορινθίων ἰσθμοῦ περιέχεται πᾶσα ἡ Πελοπόννησος· κόχλους δὲ ἐς βαφὴν πορφύρας παρέχεται τὰ ἐπιθαλάσσια τῆς Λακωνικῆς ἐπιτηδειοτάτας μετά γε τὴν Φοινίκων θάλασσαν.

Tout le Péloponnèse, excepté l’isthme de Corinthe, est bordé par la mer, mais les meilleurs coquillages pour fabriquer de la pourpre après ceux de la mer Phénicienne se trouvent sur les côtes de Laconie.

Clem. Al., Paed., 10bis, 115.1-4

(Éd. Loeb. Trad. G. W. Butterworth)

Διὰ ταύτην γοῦν τὴν πορφύραν ἡ Τύρος καὶ ἡ Σιδὼν καὶ τῆς Λακωνικῆς ἡ γείτων τῆς θαλάσσης ποθεινόταται· ἀνάγονται δὲ εὖ μάλα καὶ οἱ βαφεῖς αὐτῶν καὶ οἱ πορφυρευταὶ καὶ αὐτὰ τὰ κογχύλια διὰ τὸ αἷμα τούτων ἐξανθεῖν τὴν πορφύραν

C’est à cause de cette pourpre que Tyr, Sidon et la région voisine de la mer de Laconie sont on ne peut plus enviées ; les teintures qui s’y font très estimées, aussi bien que leurs teinturiers, et même leurs coquillages, parce que leur sang produit la pourpre.

Ael., NA, 15.10

(Éd. Loeb. Trad. A. F. Scholfield)

(…) καἰ ἕκαστον ἄγκιστρον δέλεαρφέρει Λακαίνης πορφύρας μαλλῳ̂ κατειλημένονκαὶ μτερὸνμέντοι λάρου ἑκάστῳ ἀγκίστρῳ προσήρτηται, ὤστε ἡ συχη̂ διασείεσθαι ὑπὸ τοῦ προσπίπτοντος ὔδατος

(…) et chaque hameçon porte des appâts entourés de laine pourpre de Laconie. Sur chaque hameçon est attaché la plume d’un oiseau de mer qui flotte doucement sur les mouvements de la mer.

Cos

Cos, l’une des îles des Sporades, était très connue dans l’Antiquité pour sa production de soie qui inonda les marchés romains au Ier siècle a.C. Peu à peu, cette soie un peu grossière fut remplacée par celle de Chine et l’activité économique de cette île en fut beaucoup affectée19. Pour faire paraître ses tissus encore plus luxueux, les artisans de Cos fabriquèrent également de la pourpre avec laquelle ils teignirent les étoffes de soie. Des témoignages épigraphiques et littéraires évoquent cette production.

Sources épigraphiques

CIG, 2519

(Berges, D. (1996) : Rundaltäre aus Kos und Rhodos, Berlin)

Inscription funéraire datée au plus tard du début de l’époque impériale.

a   ̓Επικτήτου τοῦ Δημητρίου κονχυλιαβάφου.b [Μ]άρκου
     Πομπηίου ̓ Εφηβικο[ο͂] ξῆ.
b   [Μ]άρκου Πομπηίου ̓ Εφηβικο[ο͂] ξῆ.

a   (autel) d’Epictètos fils de Démétrios teinturier en
     pourpre de murex.
b   (autel) de Marcus Pompeius Ephébicos, de son vivant.

W. R. Paton, E. L. Hicks, Inscriptions of Cos, n° 309

Inscription emmurée dans une maison, la première ligne est cassée.

Μάρκου Σπεδίου Νάσωνος πορφυροπώλου, ̓ Ελπίδος Σπεδίας Πορφυροπω[λίδος]

… de Marcus Spedius Naso, marchand de pourpre, d’Elpis Spedia, marchande de pourpre.

Sources textuelles

Hor., O., 4.13.13-16

Nec Coae referunt iam tibi purpurae nec cari lapides tempora, quae semel notis condita fastis inclusit uolucris dies.

Ni les tissus pourprés de Cos ni les pierres coûteuses ne te rendent les moments qu’une fois la durée, de ses ailes, a déposés et consignés en des fastes trop connus.

Prop. 2.1.4-5

Siue illam Cois fulgentem incedere cogis, hoc totum e Coa ueste uolumen erit (…).

S’avance-t-elle, resplendissante sous les tissus de Cos, je ferai un “volume” entier sur le tissu de Cos (…).

Juv. 8.100-108

Plena domus tunc omnis, et ingens stabat aceruus nummorum, Spartana chlamys, conchylia Coa, et cum Parrhasii tabulis signisque Myronis Phidiacum uiuebat ebur, necnon Polycliti multus ubique labor, rarae sine Mentore mensae. Inde Dolabella atque dehinc Antonius, inde sacrilegus Verres referebant nauibus altis occulta spolia et plures de pace triumphos.

Chaque maison était un trésor ; on y voyait les écus en énorme monceau, les chlamydes de Sparte, la pourpre de Cos, et, parmi les tableaux de Parrhasius et les statues de Myron, l’ivoire animé par Phidias, et, partout, force créations du travail de Polyclète ; il y avait peu de tables sans une œuvre de Mentor. C’est là qu’ont puisé Dolabella et ensuite Antoine, là, le sacrilège Verrès, lorsqu’ils rapportaient, dans la profondeur des navires, leur furtif butin et, en pleine paix, de quoi orner plus de triomphes que dans la guerre.

Rhodes

D’après Vitruve, il y avait production de pourpre sur l’île de Rhodes au Ier siècle a.C.

Vitr., De arch., 7.13

Itaque quod legitur Ponto et Gallia, quod hae regiones sunt proximae ad septentrionem, est atrum ; progredientibus inter septentrionem et occidentem inuenitur liuidum ; quod autem legitur ad aequinoctialem orientem et occidentem inuenitur uiolaceo colore ; quod uero meridianis regionibus excipitur rubra procratur potestate, et ideo hoc Rhodo etiuam insula creatur ceterisque eiusmodi regionibus quae proximae sunt solis cursui.

C’est ainsi que la pourpre recueillie dans la région du Pont-Euxin et en Gaule, du fait que ces pays sont très proches du Septentrion, est noire ; si l’on s’avance entre le Septentrion et l’Occident, elle se révèle bleuâtre ; celle qui est recueillie aux abords de l’Orient et de l’Occident équinoxiaux révèle une couleur violette ; mais celle qui provient des régions méridionales est rouge par vertu de nature ; aussi est-ce cette variété que produisent, par exemple l’île de Rhodes et toutes les régions qui comme elle sont toutes proches de la course du soleil.

Les centres de Turquie

Milet

La ville de Milet, en Carie, était déjà très réputée sous la République pour la qualité de sa laine. Au Ier siècle a.C., elle se spécialisa également dans la production de pourpre. Cette dernière semble avoir été très appréciée à l’époque de Martial et elle figure à deux reprises dans l’Édit du maximum de 301 p.C.

Nous avons la chance de posséder une inscription qui mentionne la présence à Milet d’ateliers producteurs ayant appartenu à Néron. Celui-ci en confia la surveillance à un esclave dont nous ignorons le nom.

P. Herrmann, “Milesicher Purpur”, Istanbuler Mitteilungen, 25, 1975, p. 141-147

Inscription funéraire

Lieu : inconnu

Support : bloc de marbre blanc. Hauteur : 36 cm ; largeur : 62 cm ; épaisseur : 36 cm.

Sur le devant, en haut et à droite, trou de fixation pour une couronne. Il s’agit probablement d’un autel funéraire, non d’une base de statue.

[- – – – – – Τιβ]εͅρίου [Κ]λαυδίου Νέρω-[νος Καίσ]ᾳρος ἐπάνω τῶν πορφυρῶν

Un tel (esclave) de Tiberius Claudius Néron César, préposé aux teintureries de pourpre.

Datation : d’après l’onomastique de Néron, on peut penser que cette inscription a été faite entre 50 et 54 a.C.20.

AE, 1996, 715, Mantoue

C. Bassi, “Tre lamellae perforatae da Savazzona-Quistell (Mantova)”, Epigraphica, 58, 1996, p. 207-216.

Support : l’inscription a été retrouvée sur deux petites lamelles de plomb rectangulaire perforées sur le côté gauche. Dimensions : 3,5 x 1,8 x 0,2 cm. Lettre en majuscule cursive : 7 cm.

1re lamelle
Miles / d IIX

2e lamelle
HS XXCIIX

Selon l’auteur, deux interprétations sont possibles :

– 1re interprétation
Miles(iae lanae) / d(ibapha) (pondus) IIX
Laine de Milet deux fois teintes, poids 8 livres

HS XXCIIX
88 sesterces

– 2e interprétation
Miles(iae purpura) d(ialutensis) (pondus) IIX
Pourpre dialutensis de Milet, poids 8 livres

HS XXCIIX
88 sesterces

Ces lamelles étaient généralement destinées à être mises autour du col de petites bouteilles ou de petites amphores afin d’en indiquer le contenu21. Selon nous, c’est la seconde interprétation qui est la bonne : les lamelles indiquent le contenu d’une bouteille qui était remplie de suc tinctorial conservé dans du miel. Ce dernier permettait de fabriquer la teinture pourpre à l’intérieur des terres22.

Les sources textuelles

Les sources littéraires sont peu nombreuses, mais précieuses, car le prix maximum fixé pour deux qualités de pourpre de Milet figure dans l’Édit du Maximum de 301.

Mart., Epigr., 8.28

Dic, toga, facundi gratum mihi munus amici, esse uelis cuius fama decusque gregis ? Apula Ledaei tibi floruit herba Phalanti, qua saturat Calabris culta Galaesus aquis ? An Tartesiacus stabuli nutritor Hiberi Baetis in Hesperia te quoque lauit oue ? An tua multifidum numerauit lana Timauum, quem pius astrifero Cyllarus ore bibit ? Te nec Amyclaeo decuit liuere ueneno nec Miletos erat uellere digna tuo.

Dis-moi, ô ma toge, aimable cadeau d’un éloquent ami, de quels troupeaux veux-tu être la gloire et l’honneur ? Est-ce qu’auraient fleuri pour toi les prairies d’Apulie, où régna le Lacédémonien Phalanthe, aux lieux où le Galèse arrose les guérets de ses flots venus de Calabre ? Ou bien le fleuve de Tartesse, ce Baetis qui abreuve les étables de l’Hibérie, t’a-t-il lavée, toi aussi, sur le dos d’une brebis espagnole ? Ta laine a-t-elle compté les multiples embouchures du Timave, où le fidèle Cyllare trempa ses naseaux avant d’être parmi les astres ? Il ne convenait pas que tu fusses assombrie par la teinture de la Laconie, et Milet n’était pas digne de colorer ta laine.

Édit du Maximum, 24.6 -24.7

(Giacchero, M. (1974) : Edictum Diocletiani et collegarum de pretiis rerum venalium, Gênes)

24.6    [Purpurae Milesiae] dibafae optimae vera[e lib(ra) una *
           duodecim
milibus]
           Πορφύρας Μειλησίας καλλίοτης διβ́φου αληθινης
           λ(ιτρα) α ̓ * , β

           Pourpre de Milet double bain de la meilleure
           qualité.     1 livre : 12 000 deniers.

24.7    [Purpurae Milesiae secund]ae qualitatis lib(ra) [una *
           decem
milibus]
           Πορφύρας Μειλησίας δευτερίας λ(ιτρα) α ̓ *

           Pourpre de Milet de seconde qualité. 1 livre :
           10 000 deniers.

Serv., B., G., En., III.306

(…) lanae pretiosissimae ; nam Miletus civitas est Asiae, ubi tinguntur lanae optimae.

Laines très précieuses ; car la cité de Milet est en Asie où sont teintes les meilleures laines.

Phocée

La pourpre de Phocée, ville située en Asie Mineure, est connue par un seul texte d’Ovide.

Ov., Met., 6.9

Non illa loco nec origine gentis clara, sed arte fuit ; pater huic Colophonius Idmon Phocaico bibulas tingebat murice lanas (…).

Celle-ci n’était célèbre ni par son rang, ni par ses origines, elle ne l’était que par son art ; son père Idmond de Colophon, teignait avec la pourpre de Phocée la laine spongieuse (…).

Notes

  1. Catalogue, p. 232.
  2. Supra, p. 165.
  3. Drine 2002, 2003.
  4. Ibid., p. 2004.
  5. Supra, p. 170.
  6. Plin., HN, 5.7 ; 5.9 ; 5.17.
  7. Camps 2002.
  8. Supra, p. 171.
  9. Supra, p. 179.
  10. Supra, p. 179.
  11. Supra, p. 182.
  12. Infra, p. 224.
  13. Grelle & Silvestrini 2001.
  14. Morel 1978, 93-110.
  15. Reese 2005.
  16. Le magister conquiliarius était le chef des teinturiers en pourpre. Synthèse, p. 107.
  17. Vedaldi Jasbez 1994, 195-196.
  18. Supra, p. 192.
  19. Boulnois 1992, 58.
  20. Napoli 2004, 126.
  21. Bassi 1996, 209.
  22. Synthèse, p. 127.
ISBN html : 978-2-38149-008-3
Posté le 16/12/2022
EAN html : 9782381490083
ISBN html : 978-2-38149-008-3
Publié le 16/12/2022
ISBN pdf : 978-2-38149-015-1
ISSN : 2741-1508
18 p.
Code CLIL : 4117 ; 3385
DOI : 10.46608/DANA4.9782381490083.21
licence CC by SA

Comment citer

Macheboeuf, Christine, “Les centres producteurs de pourpre”, in : Macheboeuf, Christine, Exploitation et commercialisation de la pourpre dans l’Empire romain, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 4, 2022, 213-230 [en ligne] https://una-editions.fr/les-centres-producteurs-de-pourpre/ [consulté le 13/12/2022].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Accès au livre Exploitation et commercialisation de la pourpre dans l'Empire romain
Illustration de couverture • Hexaplex trunculus
(cl. C. Macheboeuf).
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