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Chapitre 2. Les IIe et Ier siècles av. n. è. :
la multiplication des données

par

À partir du IIe siècle av. n. è., la nette augmentation des données permet de mieux distinguer les différents espaces composant notre zone d’étude. Les monnayages, évoqués plus haut, se développent. Les sites connus sont mieux répartis sur l’ensemble du territoire et les données plus précises. C’est aussi la période à partir de laquelle les sources écrites antiques évoquent la Gaule et ses peuples, posant d’ailleurs plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Mais surtout, la matérialisation des processus amorcés au cours des deux siècles précédents va devenir bien visible. La structuration des sociétés gauloises apparaît plus nettement et le développement économique est perceptible à travers l’ensemble de la région. Cela n’est pas propre au Sud-Ouest mais se retrouve à l’échelle de la Gaule, montrant en cela qu’il s’agit bien de phénomènes dont la cause première n’est pas à rechercher dans une influence romaine, ni même méditerranéenne. Les activités qui sortent du cadre de la production domestique deviennent également plus nombreuses et des vestiges d’exploitations minières de cette période se retrouvent dans tous les secteurs miniers du Sud-Ouest.

Ces deux siècles ne forment toutefois pas un ensemble uniforme, principalement du fait des différentes étapes de la prise de pouvoir de Rome sur les territoires qui nous concernent. Cela commence avec la fin de la deuxième guerre punique, en -202, qui affermit le contrôle romain notamment sur les territoires du nord-est ibérique, avec lesquels le Languedoc occidental entretenait des relations privilégiées depuis plusieurs siècles. Le règne d’Auguste, qui clôture cette période, parachève le processus avec l’application de réformes administratives qui imposent pour plusieurs siècles la marque de Rome sur ce qui est devenu un empire. La chronologie à l’intérieur de cet intervalle aura donc une importance particulière.

L’avancée progressive de Rome

Le saut quantitatif dans les échanges
avec la Méditerranée

La pluralité des contextes socio-culturels et économiques dans le Sud-Ouest se maintient jusqu’à la conquête romaine, même si des réorganisations commencent à avoir lieu à partir de la fin du IIe siècle av. n. è., imposées par Rome. Car la particularité de cette phase charnière est bien la mise en place de la domination romaine (Py 2012, 200), qui se fait progressivement, dans le sillon du mouvement amorcé en péninsule Ibérique, à la suite des guerres puniques. Le développement du commerce, avec la Méditerranée et l’Italie en particulier, en est l’élément le plus visible (Gruat & Marty 2000, 46 ; Gardes 2001, 125-126 ; Domergue et al. 2002, 81 ; Gardes & Colléoni 2007, 202-203 ; Christol 2010, 37-39). Encore modéré dans la première moitié du IIe siècle av. n. è., il se développe de façon exponentielle à partir de la seconde moitié de ce siècle et tout au long du suivant. La création de la province de Transalpine n’est pas étrangère à cette évolution. Le vin italique, dont la diffusion est révélée par les nombreuses amphores qui jalonnent les voies de communication, va s’imposer assez rapidement face aux productions de Marseille ou de l’aire ibérique (Bats 1986, 394 ; Benquet 2007, 444-446). La céramique campanienne à vernis noir est une autre composante forte de ce commerce, à partir de la seconde moitié du IIe siècle av. n. è. (Rancoule 1985 ; Roman & Roman 1997, 581-583 ; Olmer et al. 2013, 218). Le port de Narbonne devient la porte d’entrée de ces marchandises (Gayraud 1981, 189-191 ; Sanchez 2009b, 323-350).

La présence de mobilier d’origine méditerranéenne ne doit pas occulter les dynamiques locales très actives dans ces échanges. À ce titre, les variations entre les différents espaces du Sud-Ouest sont révélatrices, tout comme les évolutions au fil de ces deux siècles. Nous avons vu pour la période précédente que le littoral méditerranéen était un cas particulier de par sa proximité avec les sphères d’influences étrusque (jusqu’à la fin du Ve siècle), massaliète, ibérique, punique et amporitaine. Les contacts se sont maintenus tout au long des IVe et IIIe siècles av. n. è. dans ce secteur, alors qu’ils avaient nettement diminué ailleurs (Bats 1986, 404). C’est aussi sur cette frange littorale que l’on ressent le plus tôt une influence romaine. En effet, à la suite de la création de la province d’Hispanie Citérieure après la deuxième guerre punique, les relations actives de longue date entre le nord-est ibérique et le Languedoc ont favorisé une diffusion des productions italiennes de l’autre côté des Pyrénées, depuis la Catalogne (Benquet 2007, 445-447). Mais les Romains ont surtout pu profiter d’un réseau commercial déjà bien en place et dynamique dans toute cette région (Sanchez 2009b, 22 ; Py 2012, 275-276). Ainsi, la distribution des premières amphores gréco-italiques (puis Dressel 1) dans la sphère d’influence massaliète (soit la bande côtière méditerranéenne) recouvre la zone de diffusion des productions de Massalia, prenant progressivement le dessus jusqu’à devenir presque exclusive à la fin du IIe siècle (Bats 1986, 394). Le réseau des sites côtiers indigènes impliqués dans les échanges depuis la période précédente est toujours actif, à l’exception de Pech Maho, détruit peu avant ‐200. La fondation de la colonie de Narbonne en ‐118 permet aux Romains de confirmer leur contrôle sur un carrefour commercial bien structuré et efficace de longue date (Gayraud 1981, 140 ; Sanchez 2009b, 261-263).

En dehors de la frange côtière, la répartition des amphores vinaires suit principalement l’axe Aude-Garonne. Cette voie, dont l’importance commençait à se faire sentir lors de la phase précédente, va jouer un rôle primordial dans la structuration des échanges. Elle fera bientôt office de colonne vertébrale de la diffusion des marchandises importées qui irradient ensuite le long d’axes de pénétration qui suivent les affluents des deux fleuves. Les nombreux établissements fondés au cours du IIe siècle qui jalonnent l’itinéraire en sont la manifestation la plus évidente (Passelac 2002). On assiste ainsi à l’apparition d’habitats groupés de grande taille, tournés vers des activités de production et d’échange. Les sites de La Lagaste (Aude), Vieille-Toulouse (Haute-Garonne) ou encore Lacoste (Gironde) en sont des exemples (Rancoule & Schwaller 1994, 228-229). Pour autant, tout n’est pas uniforme le long de l’isthme gaulois. De fait, dès que l’on s’éloigne des axes principaux et des grands sites qui centralisent les échanges, la pénétration du mobilier méditerranéen est bien moindre, et il faudra attendre l’extrême fin du IIe ou le début du Ier siècle av. n. è. pour que les secteurs un peu à l’écart soient approvisionnés en produits méditerranéens. La diffusion de la vaisselle métallique italienne en est un bon exemple (Olmer et al. 2013, 683).

Une double dynamique indigène et italienne

Deux sites occupent une place centrale dans ces réseaux d’échanges renouvelés. Près de la Méditerranée, l’oppidum de Montlaurès (Narbonne, Aude) prend une importance particulière en tête de la future voie d’Aquitaine. Ce site, dont la fondation remonte au VIe siècle av. n. è., a été abandonné autour de -300 et connaît une réoccupation dans la seconde moitié du IIe siècle, sans doute à partir de -130. L’abandon définitif du site a lieu au milieu du Ier siècle av. n. è. (de Chazelles & Ugolini 2015, 69-70). Cette dernière phase d’occupation du site coïncide avec la fondation de la ville de Narbonne, première colonie romaine de civils hors d’Italie, en -118. Elle s’inscrit dans la poursuite du programme social des Gracques de redistribution de terres aux citoyens pauvres (Gayraud 1981, 138-140 et 159 ; Sanchez 2009b, 22). L’abandon de l’oppidum de Montlaurès coïncide avec la deuxième déduction coloniale de Narbonne, en -46/-45, concernant cette fois-ci des vétérans (Sanchez 2009b, 23 ; de Chazelles & Ugolini 2015, 576).

À l’intérieur des terres, l’oppidum de Vieille-Toulouse (occupé aux IIe et Ier siècles av. n. è.) et le site de plaine de Toulouse Saint-Roch (IIe siècle av. n. è.) font office d’exception dans la mesure où les importations y sont plus précoces et plus nombreuses qu’ailleurs, ce qui les rend comparables aux sites du littoral dès le IIe siècle (Benquet 2007, 446 ; Gorgues 2014, 305-306 ; Moret 2015b ; Verrier 2017, 149). Plus à l’ouest, les mobiliers méditerranéens importés sont encore très rares. Le lien particulier entre Vieille-Toulouse/Toulouse St-Roch et l’orbite romaine est aussi perceptible dans les monnaies en circulation entre la fin du IIe siècle et la première moitié du Ier siècle av. n. è. D’une part, on relève la variété des provenances identifiées, couvrant tout l’Occident méditerranéen. D’autre part, on souligne la domination parmi les monnaies exogènes de celles de type romain. Ces monnaies ne sont pas arrivées de proche en proche car elles sont absentes sur les sites intermédiaires depuis la mer alors qu’elles se retrouvent à Narbonne. Cela montrerait une connexion directe avec Rome à travers la présence de négociants italiens, pouvant se trouver sur place dès le IIe siècle (Hiriart 2015, 297). La colonie de Narbonne apparaît comme le relais principal de cette relation privilégiée, avec des circuits spécifiquement italiens, ce que l’absence de numéraire régional semble confirmer (Gayraud 1981, 199 ; Hiriart 2015, 303). Mais l’élément le plus caractéristique de ce lien privilégié entre Rome et Toulouse est l’existence d’une alliance entre ces deux cités, rompue lors du soulèvement de la ville en ‐107/‐106. Cette alliance remonterait probablement à la création de la province de Transalpine, en ‐118 (Moret 2008, 300). Cela témoigne de la puissance régionale des Tectosages, capables d’apporter des garanties à Rome, qui tient à maintenir la sécurité de la voie terrestre entre les péninsules Italique et Ibérique (Roman 1991, 37-38). La présence de vétérans des armées romaines à Toulouse aussi bien qu’à Narbonne, rappelés personnellement par Crassus puis par César en -56 et -52, confirme les liens étroits de ces deux villes entre elles et avec Rome (Gayraud 1981, 170-171).

Les deux sites toulousains permettent aussi de prendre la mesure de la vivacité des relations forgées lors des phases précédentes, indépendamment de toute intervention romaine. En effet, les produits d’origine italique et les monnaies romaines ne représentent que l’un des faciès que l’on peut observer sur place. En ce qui concerne les relations à moyenne ou longue distance, il faut souligner les liens forts entretenus avec l’Ibérie. La présence de céramiques de la zone de Gérone, attestée à Vieille-Toulouse, est un premier élément indiquant des relations directes entre ces deux zones, par les cols pyrénéens, car elles sont absentes du littoral méditerranéen. Des marques en écriture ibère sur des amphores gréco-italiques datées autour de -150 ont été identifiées elles aussi dans le Toulousain et semblent indiquer que des Ibères se trouvaient sur place. Cette présence ne correspond pas forcément à un comptoir commercial tels qu’on les connaît sur la côte, mais reflète des liens politiques ou personnels suprarégionaux bien établis de part et d’autre des Pyrénées (Gorgues 2014, 309-311). Les fouilles récentes de la ZAC, Niel dans le quartier Saint-Roch, ont apporté des éléments complémentaires sur cette présence ibérique avec des inscriptions (partielles) sur amphores et céramiques. Des inscriptions en caractères grecs ainsi que de la vaisselle de cuisine d’origine massaliète reflèteraient également une installation sur place de négociants Grecs, au moins entre 125 et 100 av. n. è. (Moret et al. 2015, 413). Des affinités avec le domaine de la Gaule centrale sont aussi identifiées par la circulation de monnaies provenant de ces régions et du Massif central (Hiriart 2015, 300) ainsi que de céramiques fines tournées, polies ou engobées, qui correspondent à des types celtiques dont les origines sont plus septentrionales (Gorgues 2007, 429-430). Ces relations à relativement longue distance sont un des aspects caractéristiques des sites de Vieille-Toulouse comme de St-Roch, l’autre étant un fort ancrage local et régional, perceptible par les mobiliers céramiques, mais aussi à travers les émissions monétaires. Les monnaies à la croix, caractéristiques du couloir Aude-Garonne, sont en effet dominantes sur ce site (Hiriart 2015, 297 et 304). Le lien apparaît dans ce cas plus fortement avec l’oppidum de Montlaurès, dépourvu de monnaies romaines, et correspond à un circuit parallèle à celui provenant de Narbonne, aux mains des populations locales, que l’on peut suivre à travers le réseau d’agglomérations apparues à cette période. La cohabitation de séries monétaires de diffusion locale avec d’autres types diffusés plus largement montre les différentes échelles des échanges auxquels le site prend part.

Si l’on s’éloigne un peu des axes de circulation majeurs et de la côte méditerranéenne, les dynamiques locales restent à l’œuvre au moins jusqu’à la conquête césarienne et sans doute jusqu’aux réformes augustéennes. Les monnayages émis par des autorités gauloises en sont un exemple. Leur multiplication à la fin du IIe siècle av. n. è., avec des centres émetteurs multiples et des diffusions à des échelles variées (régionale, locale), témoigne de la fragmentation du territoire à l’intérieur des grands ensembles que sont la frange languedocienne, le couloir Aude-Garonne et l’Aquitaine (Callegarin 2007, 213-215 ; Callegarin et al. 2013, 193-194). Cette fragmentation ne doit pas être interprétée comme une fermeture des différents territoires, car le respect d’une métrologie cohérente à large échelle montre au contraire une intégration effective dans les divers circuits d’échanges en place à cette période. L’apparition d’amphores vinaires et de céramique fine italique (mais aussi catalane ou ibérique peinte) sur les sites de plus en plus reculés entre les IIe et Ier siècles av. n. è. témoigne de l’ouverture des différentes sous-régions (Gruat & Marty 2000, 46 ; Gardes & Colléoni 2007, 204-205 ; Gruat & Izac-Imbert 2011, 145-146). Les nombreuses émissions de monnaies à diffusion réduite montrent une appropriation de ce nouveau moyen d’expression par des pouvoirs locaux, qui affirment ainsi leur identité. Par exemple, les monnaies à la croix du groupe négroïde qui alimentent l’axe Aude-Garonne peuvent être divisées en plusieurs sous-types qui ont dû être émis dans des centres distincts (Feugère & Py 2011, 251). La conquête césarienne ne met pas fin immédiatement à ce processus, mais l’influence romaine est perceptible : les émissions en bronze se développent, les types sont moins variés. Les légendes de certaines monnaies comportent des noms de chefs gaulois en caractères latins (Adietuanus au sud de la Garonne, Contoutos et Anniccoios entre la Gironde et les Charentes). Ces émissions, en petit nombre, devaient toutefois certainement être contrôlées d’une manière ou d’une autre par la nouvelle administration. Leur aire de répartition est limitée, mais certaines se retrouvent encore dans quelques contextes du début du Ier siècle de n. è. (Callegarin et al. 2013, 207-212).

Structure du territoire et entités politiques

La fondation de nouveaux sites d’habitat à cette période va restructurer le territoire, avec un maillage plus dense, qui peut être observé sur l’ensemble de la région (Mauné 2000, 241-242 ; Gardes 2002, 56-57 ; Py 2012, 201). Ces nouveaux habitats semblent aller de pair avec une hiérarchisation du territoire dont les oppida, souvent occupés depuis la phase précédente près de la Méditerranée, occupent la place centrale. Cette évolution vers une structure plus hiérarchisée a été mise en évidence pour l’ensemble de la Gaule et le Sud-Ouest poursuit en cela un mouvement amorcé aux IVe et IIIe siècles et mieux perçu en Gaule intérieure (Gruat & Izac-Imbert 2002, 80 ; Fichtl 2007 ; Marion 2007, 111-112 ; Colin & Verdin 2013, 241-243). Cela accompagne le développement d’une frange de la population qui ne produit pas ses propres ressources alimentaires (Rancoule & Schwaller 1994, 228). Nous avons vu que ce phénomène avait démarré au moins au IIIe siècle, mais il s’accentue au cours des IIe et Ier siècles av. n. è. Des indices d’artisanat spécialisé sont identifiés plus fréquemment, notamment sur les sites ouverts de plaine, proches des voies de circulation.

La nouvelle structuration du territoire avec des centres qui contrôlent des zones plus étendues semble correspondre avec les quelques données fournies par les sources classiques sur le fonctionnement politique des Gaulois. Les civitas dont parle César à de nombreuses reprises dans ses Commentaires de la Guerre des Gaules pourraient donc bien correspondre à ce système centré sur des oppida qui font office de chef-lieu (Brun 2007, 381-382 ; Garcia 2011, 117-118 ; Fichtl 2012). On peut comparer ces civitas à des états archaïques, dans lesquels la complexification sociale s’est développée. Ces grandes entités sont plutôt caractéristiques de la Gaule interne (Fichtl 2006). Nous avons vu que la côte méditerranéenne, sous influence grecque et ibéro-languedocienne, constituait un cas à part. L’Aquitaine, identifiée comme une zone singulière, n’est pas pour autant uniforme et on n’y décèle pas de pouvoir central. Les Pyrénées sont assez mal connues de ce point de vue et auraient été occupées par plusieurs petits peuples dont on ne connaît pas toujours le nom (Rico 1997, 44 ; Christol 2009, 32). Des tentatives de restitution des petites entités politiques préexistantes dans ces zones de marge ont été faites sur la base des textes de César, de Strabon et de Pline (Rico 1997, 81-122 ; Barruol 2000 ; Gardes 2002). Seul le premier est contemporain de cette période, ceux de Strabon et Pline étant écrits respectivement au début du Ier siècle de n. è. et dans le troisième quart de ce même siècle. Ils font toutefois état de situations antérieures, par l’utilisation de documents plus anciens aujourd’hui disparus, comme les Histoires de Posidonios (Rico 1997, 40 ; Moret 2001, 17-18). La carte de la figure 173 synthétise les restitutions de localisations de ces peuples. Au-delà de l’imprécision de ces données, le morcellement ethnique aussi bien des Pyrénées que de l’Aquitaine est flagrant.

Pour la zone intermédiaire entre Aquitaine et Languedoc, territoire attribué aux Volques Tectosages (fig. 173), on ne sait pas vraiment quelle est la nature de son administration. Les textes ne le précisent pas et on ne dispose pas d’épigraphie comme cela peut être le cas chez les Volques Arécomiques voisins (Moret 2015a, 40). La possibilité qui est actuellement retenue est celle d’une confédération ethnique (Milcent 2015, 34). Ses relations avec les autres entités politiques régionales ne sont pas connues. L’impact de la prise en main romaine sur ce secteur à partir de la fin du IIe siècle av. n. è. va cependant modifier les choses progressivement. Les fondations de Narbonne (-118) puis de Lugdunum Convenarum (-72 ; Saint-Bertrand-de-Comminges) constituent des jalons dans ce processus. Les secteurs situés à l’ouest de la Garonne seraient restés préservés de l’action romaine jusqu’à la conquête de la Gaule par César. Leur intégration dans l’orbite romaine s’accompagne du rattachement de Lugdunum Convenarum à la nouvelle province d’Aquitaine. La date de ce transfert n’est pas assurée, entre l’organisation césarienne ou les réformes augustéennes (Rico 1997, 184-185 ; Sablayrolles & Beyrie 2006, 63). Nous allons voir dans quelle mesure l’exploitation minière peut contribuer à préciser les rythmes et modalités de la prise de pouvoir de Rome sur ces territoires provinciaux.

Fig. 173. Restitution des localisations des peuples préromains du Sud-Ouest
(d’après Rico 1997, Barruol 2000 et Gardes 2002). E. Meunier 2018

Une activité minière à réévaluer

La place prépondérante donnée aux travaux miniers de cette période est due à plusieurs facteurs. D’un côté, comme cela a pu être le cas dans le district à cuivre argentifère de l’Arize, les tessons d’amphores sont surreprésentés parmi le mobilier archéologique identifié en prospection. D’autre part, les traditions historiographiques font que les mines antiques ont été bien plus étudiées que celles d’autres périodes. En particulier pour le sud-ouest de la Gaule, l’implication des chercheurs de l’Université de Toulouse, fortement marqués par une tradition de recherche sur l’Antiquité romaine, a conduit à privilégier les contextes relevant de cette période au détriment des autres. Mais l’activité dans les mines au IIe ou Ier siècle av. n. è. n’est pas qu’une illusion provoquée par des tessons d’amphores trop bien conservés. Les recherches récentes ont aussi montré que des phases d’activité se sont bien déroulées à cette période. Des datations dans les mines des Atiels et de La Coustalade, par exemple, correspondent à une activité entre les IIe ou Ier siècles av. n. è. Les intervalles calibrés des dates radiocarbone sont alors bien moins précis que la typo-chronologie du mobilier que l’on peut trouver sur ces sites. Ce dernier permet alors de resserrer les datations.

Les districts dans lesquels se trouvent des mines des IIe ou Ier siècles av. n. è. sont nombreux et les chantiers sont dans l’ensemble mieux caractérisés que pour les deux siècles précédents. On notera en particulier la mise en évidence de districts sidérurgiques étendus, comme dans le Canigou, la Montagne noire, ou encore sur le plateau de Lacamp, dans les Corbières. Cependant, les mines étudiées en détail sont toujours peu nombreuses. Les gisements ayant alimenté les grands districts sidérurgiques sont les moins bien connus, suite à des reprises minières, à des mises en sécurité récentes, ou à la difficulté à repérer les vestiges correspondants. Pour les non-ferreux, la qualité des données présente aussi de nombreuses limites. Certaines mines anciennes sont très mal conservées, comme celle de l’Argentière d’Aulus. D’autres sont inaccessibles, comme celles de Séras. Ce problème se retrouve dans plusieurs mines du district de l’Arize, comblées et connues uniquement par du mobilier ramassé en surface (La Calotte, Le Coffre, Gayet, Douach, …) ou très fortement altérées par les reprises postérieures (La Tuilerie, Les Atiels). Le cas est assez similaire pour les travaux anciens des Abères et de l’Argenterie, à Rivèrenert, préservés sur des tronçons très réduits. Certaines mines de la période n’ont pas fait l’objet d’une réelle étude d’archéologie minière, comme par exemple celles de l’est des Pyrénées (La Collade de Bernadell, …).

Les données sur les techniques minières sont plus précises sur les sites basques de Monhoa et Mehatze, à Palouma dans les Pyrénées centrales, aux Barrencs en Montagne noire ainsi que dans les Corbières. Des données sont ponctuellement disponibles pour les sites à cuivre de l’Arize et pour les mines de Rivèrenert. Au-delà des techniques minières employées, l’organisation de l’exploitation et, parfois, l’occupation du territoire en relation avec les mines peuvent être abordées. Ces éléments permettent d’étudier les contextes socio-économiques de ces exploitations, même si les questions ouvertes sont plus nombreuses que les réponses apportées. Des exemples de mines ou de districts miniers bien caractérisés dans d’autres secteurs viendront nourrir la discussion, à commencer par les exploitations proches du sud du Massif central, autour de la haute vallée de l’Orb en particulier (fig. 174). Le Limousin est toujours actif et des points de comparaison sont aussi offerts par les mines ibériques notamment. Plusieurs districts contemporains sont en effet connus dans la péninsule, où le contexte de prise de pouvoir de Rome sur ces territoires est comparable avec ce qu’a connu le sud-ouest de la Gaule. Mais le premier thème à aborder reste celui de la chronologie, qui n’est pas sans poser problème pour cette période.

Fig. 174. Mines de la Gaule des IIe et Ier s. av. n. è. citées dans le texte. 1. Larla ; 2. Monhoa ; 3. Mehatze ; 4. Errola ; 5. Palouma ; 6. Hourcade ; 7. Rivèrenert ; 8. District de L’Arize ; 9. L’Argentière ; 10. La Collade de Bernadell ; 11. District du Canigou et Baillestavy ; 12. Sarrat de Germa ; 13. Plateau de Lacamp ; 14. Les Barrencs ; 15. Villardonel ; 16. District sidérurgique de la Montagne noire ; 17. District de Cabrières ; 18. District du Mont Faulat ; 19. Bouco Payrol ;
20. Labaume ; 21. La Maladrerie ; 22. Mont Lozère ; 23. Le Puy des Angles ; 24. La Fagassière ;
25. Lauriéras ; 26. Cros-Gallet sud ; 27. Les Fouilloux. E. Meunier 2018

Chronologie et intensité de l’activité

Le fait que les mines attribuées aux deux derniers siècles avant notre ère soient datées à la fois par le radiocarbone et par du mobilier conduit à superposer des intervalles chronologiques d’ampleur diverses, ceux fournis par le mobilier étant souvent plus resserrés. D’un autre côté, nous avons vu que le mobilier devait être considéré avec prudence lorsqu’il s’agissait de dater des chantiers miniers. Sa position stratigraphique permet de valider ou non son association à la phase d’activité minière. Lorsque seules des prospections ont été réalisées, cette information n’est pas disponible. La figure 175 synthétise l’origine des données chronologiques dans les mines du Sud-Ouest pour cette période : radiocarbone, mobilier en stratigraphie ou mobilier hors stratigraphie. Les sites indiqués en gris correspondent à des ateliers de métallurgie primaire, complémentaires des chronologies attestées en mine. Les flèches au bout de certains axes indiquent les sites pour lesquels la chronologie s’étend avant ou après les IIe ou Ier siècles av. n. è. Lorsque deux types de datation sont disponibles, le site est représenté par deux axes.

Fig. 175. Synthèse des datations pour les mines du Sud-Ouest attribuées aux IIe et Ier s. av. n. è. E. Meunier 2018

Le premier élément à noter est la forte proportion des sites datés par du mobilier hors stratigraphie, c’est-à-dire récolté en prospection. Le deuxième élément concerne la chronologie de démarrage de l’exploitation, souvent mal cernée. La “fin du IIe siècle av. n. è.” est un intervalle imprécis qui correspond à la datation haute attribuée dans la bibliographie aux sites du Sud-Ouest ayant livré des amphores Dr 1 (ou de la campanienne A). En l’absence d’autre mobilier, et surtout sans stratigraphie, la date pourrait être un peu plus tardive. Cette option a été retenue pour les ferriers* de la Montagne noire, sur lesquels des tessons de Dr 1 et un tesson de campanienne A ont été recueillis en prospection (Rico 2016, 271). Les auteurs de l’étude, sur la base de la fouille réalisée aux Martys, attribuent ce type de mobilier à une phase d’exploitation systématique qui démarre entre -80 et -60.

Du mobilier du IIe siècle av. n. è. a été identifié plus clairement dans les Corbières. Des amphores gréco-italiques tardives ou de la céramique ibérique de type sombrero de copa peuvent faire remonter l’activité au milieu du IIe siècle av. n. è. Certains tessons peu caractéristiques peuvent aussi être attribués à la première moitié de ce siècle. Les mines des Corbières constituent, avec les ateliers de réduction du Canigou, ceux pour lesquels on pourrait adopter les chronologies les plus hautes sur la base du mobilier. Il s’agit cependant uniquement d’une marge d’incertitude plus grande, ce qui rend les données concernant les sites du IIe siècle av. n. è. assez fragiles. Parmi ceux-ci, on peut distinguer ceux pour lesquels on observe la poursuite sans discontinuité d’une activité démarrée plus tôt, comme à Larla, Palouma ou Les Barrencs. D’un autre côté, on trouve les sites dont l’activité démarre vraisemblablement au début du IIe siècle av. n. è., soit Errola, Monhoa, Mehatze et peut-être les Atiels. D’autres sites ont apparemment connu une interruption de l’activité entre la fin du IIIe siècle et la fin du IIe siècle av. n. è. C’est le cas de Rougé et peut-être de l’Argentière d’Aulus (dont le mauvais état de préservation ne permet pas d’être catégorique). Le site d’Hautech pourrait avoir connu une interruption plus courte, entre la fin du IIIe siècle et le milieu du IIe siècle seulement, du fait de la présence d’amphores gréco-italiques tardives. Mais l’étendue des réseaux non datés sur ce groupe de chantiers miniers oblige à maintenir des réserves à ce sujet. Les sites de La Coustalade et de La Caunetta 6 pourraient aussi avoir connu une interruption au cours du IIe siècle av. n. è., malgré l’apparente continuité des intervalles calibrés des dates radiocarbone. Nous avons en effet vu que l’ampleur de la mine de La Coustalade ne semble pas justifier une activité continue de plusieurs siècles. Pour celle de La Caunetta, la date la plus ancienne provenant du fond des travaux accessibles, il est possible que la date la plus récente ne corresponde qu’à une reprise plutôt qu’à la continuité de l’exploitation.

La charnière entre les IIe et Ier siècles av. n. è. marque un tournant dans le nombre de sites attestés. Même si l’importance de cette période pourrait être relativisée compte tenu de la fragilité des datations de nombreux sites, les données fiables sont tout de même disponibles sur plus de la moitié du corpus pour le Ier siècle av. n. è. Cependant, le nombre de sites attestés et l’intensité de l’activité ne sont pas forcément associés. Dans le district de l’Arize, la phase précédente, aux IVe et IIIe siècles av. n. è., correspond très probablement à une exploration systématique des ressources et certains sites comme Rougé, La Coustalade ou Hautech 9 étaient épuisés ou presque dès la fin du IIIe siècle. Des sites comme le Goutil ou encore l’ensemble d’Hautech avec ses nombreux chantiers ont pu connaître une activité importante au cours du Ier siècle av. n. è. Leur étude partielle et l’ampleur des réseaux laissent une place à cette possibilité. Celui des Atiels également pourrait avoir connu une exploitation importante à cette période. L’atelier de traitement du cuivre en contrebas de cette mine, abandonné dans le troisième quart du Ier siècle av. n. è., confirme cette phase d’activité. Pour les autres mines de cuivre de ce district, les données sont trop ponctuelles pour se prononcer, tout comme pour celles de l’Argentière, les Abères et L’Argenterie.

Pour les Pyrénées centrales, l’ampleur de la mine de Palouma invite à voir dans la période tardo-républicaine une phase d’activité importante. La chronologie de l’atelier d’Hourcade, centrée sur le Ier siècle av. n. è., qui a traité du minerai de Séras et de Palouma selon les données isotopiques (Girard et al. 2010, 239), confirme l’activité de ce pôle de production pour la période. Le mobilier présent sur l’atelier permet de supposer que l’activité a duré plusieurs décennies, ce qui implique une activité similaire pour les mines. Pour le Pays basque, l’activité à cette période semble aussi montrer une certaine intensité. La mine de Mehatze en particulier présente un développement qui dénote un investissement inscrit dans la durée dans cette mine, et le site de Larla, en activité depuis la phase précédente, continue lui aussi d’alimenter en fer l’extrémité orientale des Pyrénées. Le développement en parallèle du site d’Errola, d’ampleur toutefois plus réduite, indiquerait que la demande en fer est élevée.

Dans les sites de la moitié orientale de la région du Sud-Ouest, les situations sont variables. Les mines des Pyrénées orientales sont trop mal connues pour être évaluées, mais les ateliers de réduction révèlent une activité soutenue à partir du Ier siècle av. n. è. avec des sites très nombreux. Les moles de scorie agglomérée, attribués à cette période, sont des témoins d’une activité particulièrement intensive (Mut & Kotarba 2007, 151). La situation semble mixte dans le district sidérurgique des Corbières. J. Mantenant signale que des petits ferriers* datés entre la fin du IIe et le Ier siècle av. n. è. côtoient des ferriers* de grande taille dont la chronologie remonte au moins au milieu du Ier siècle av. n. è., voire un peu plus tôt. Ces grands ferriers*, dont la surface au sol peut dépasser les 10 000 m2, témoignent d’une activité soutenue qui va perdurer, pour certains, au-delà de la période augustéenne. Les petits ferriers* évoquent au contraire des petites exploitations dispersées, qui ne dépassent pas la période augustéenne (Mantenant 2014, vol. 1, 280-281). Les données disponibles ne permettent pas de préciser leur relation avec les gros ateliers. Enfin, en ce qui concerne la sidérurgie de la Montagne noire, les données chronologiques se rapportent principalement au Ier siècle av. n. è. L’organisation des ateliers fouillés aux Martys, avec les batteries de fourneaux, montrent une volonté d’être productif. Cependant, les autres ferriers* repérés en prospection, non datés pour près des deux tiers d’entre eux, ont des tailles très réduites qui ne correspondent pas à des productions très importantes.

En ce qui concerne les non-ferreux, il est plus difficile d’évaluer l’intensité de l’exploitation de cette période. Dans la mine des Barrencs, les niveaux profonds étaient atteints dès le IIIe siècle av. n. è. et il n’a pas été possible de distinguer la part de l’exploitation tardo-républicaine de celle de la période précédente. Dans les Corbières, le mobilier semble indiquer que l’activité s’est concentrée entre la seconde moitié du IIe siècle et la première du Ier siècle av. n. è. Mais en l’absence de datation précise sur la grande majorité des sites, et en ayant en tête les exemples des Barrencs et de l’Arize, l’importance réelle de cette phase doit être interrogée. S’il y a bien eu une activité tardo-républicaine dans les mines de non-ferreux des Corbières, son ampleur ne pourra être définie que par de nouveaux sondages dans les chantiers.

Ce panorama concernant les mines du Sud-Ouest aux IIe et Ier siècles av. n. è. montre une certaine diversité des rythmes d’exploitation à cette échelle. À l’est de la Garonne, le poids des amphores souvent hors stratigraphie dans les datations tire la chronologie vers la fin du IIe ou le Ier siècle av. n. è. Cette chronologie basse est pour l’heure confirmée par les quelques données stratigraphiques obtenues sur les sites liés à l’exploitation du fer. La date correspondant au premier âge du Fer obtenue dans la mine de fer de Mas Bourras (Baillestavy, Pyrénées-Orientales) doit cependant attirer l’attention quant à la possibilité de voir ce schéma remis en cause. Pour l’exploitation des non-ferreux, les fouilles et sondages ont presque systématiquement fait remonter le démarrage de l’exploitation à la période des IVe et IIIe siècles av. n. è. Poursuite de l’exploitation, reprise ou simple recherche : les trois options sont possibles selon les sites. Vers l’ouest, dans les Pyrénées centrales, seule l’exploitation du plomb argentifère est connue à ce jour pour cette période. Là aussi, les datations radiocarbone font remonter le démarrage de l’exploitation avant le IIe siècle av. n. è. et même dès le premier âge du Fer pour Séras. On est toutefois assuré ici d’une exploitation réelle et d’une certaine ampleur aux IIe et Ier siècles av. n. è. Pour le Pays basque, l’exploitation du fer est attestée depuis des dates plus hautes et se poursuit sans faiblir pour ce que l’on peut en observer. Les fouilles et sondages dans les mines de non-ferreux n’ont pour l’instant pas permis de faire remonter l’activité avant le IIe siècle av. n. è., contrairement à ce que l’on observe pour les mines situées plus à l’est. Les deux derniers siècles av. n. è. semblent donc bien refléter ici une impulsion favorisant l’exploitation du cuivre, si l’on en croit les données de Mehatze et Monhoa.

Tout comme pour les IVe et IIIe siècles av. n. è., où l’on a pu montrer que l’exploitation des mines s’inscrivait dans un contexte généralisé de développement économique à l’échelle de la Gaule, les exploitations des IIe et Ier siècles av. n. è. ne sont pas limitées au Sud-Ouest. L’exploitation de l’or du Limousin perdure (Cauuet 2004, 29-32) et s’intensifie sur plusieurs sites (notamment Les Fouilloux et Cros-Gallet sud). Les études plus ponctuelles réalisées dans le Massif central (Cauuet 2013, 89-93) attestent d’une activité généralisée (non-ferreux), bien qu’elle ne soit pas toujours bien cernée. Les districts situés au sud des Cévennes (Monts de Cabrières, haute vallée de l’Orb) connaissent aussi une activité importante à cette période (Gourdiole & Landes 1998 ; Léchelon 2011), sur des mines de cuivre et cuivre argentifère (fig. 174). Ainsi, une galerie de recherche foncée au cours du IIe siècle av. n. è. est connue sur le site de La Maladrerie (Villefranche-de-Rouergue). Elle témoigne d’une activité de prospection dans ce secteur connu pour ses ressources en plomb et cuivre, dont une phase d’exploitation est aussi confirmée pour le Ier siècle de n. è. (Morasz & Sanchez 2011, 283, 292 et 294). Sur le mont Lozère, des fouilles sur une minière ont permis de montrer l’extraction de galène* argentifère dès le début du IIe siècle av. n. è. et jusqu’au début du Ier siècle de n. è. (Cauuet 2013, 92).

Le mobilier associé à ces chantiers miniers et les chronologies établies sont aussi un reflet des relations plus ou moins directes entre les districts miniers et le commerce méditerranéen. Il ne s’agit bien sûr pas d’affirmer qu’un tesson d’amphore dans une mine implique que le métal produit ait été directement exporté en Italie. Mais la diffusion de plus en plus importante du mobilier méditerranéen dans le sud-ouest de la Gaule, prioritairement le long de l’axe Aude-Garonne, est l’une des caractéristiques de cette période. Retrouver des tessons d’amphores italiques ou de campanienne A dans des sites qui peuvent apparaître éloignés des principaux centres urbains et commerciaux à des dates encore hautes (fin du IIe siècle av. n. è. ou début du suivant) est significatif d’une insertion de ces secteurs miniers dans les circuits commerciaux en plein essor à l’époque. De ce point de vue, la présence de mobilier ibérique daté du milieu du IIe siècle av. n. è. dans les mines des Corbières reflète bien les relations privilégiées existant de longue date entre le nord-est de la péninsule et le Languedoc occidental. La mine des Barrencs et celles du massif de l’Arize, où une partie du mobilier importé correspond à la fin du IIe siècle av. n. è., sont également rapidement irriguées par ces marchandises importées. Dans les Hautes Pyrénées, le mobilier méditerranéen ne fait son apparition sur l’atelier d’Hourcade qu’au cours du Ier siècle av. n. è. Au Pays basque, seule la mine de Mehatze a livré du mobilier d’importation méditerranéenne. Il s’agit de présigillée, d’amphores de type Dr 20 et de lampes de type Loeschke I, dont la chronologie se rapporte à la fin du Ier siècle av. n. è. et au siècle suivant (Parent et al. 2016, 180-183). Les sites miniers du Pays basque semblent ainsi en retrait du grand commerce régional jusqu’à une date plus avancée.

La chronologie des chantiers miniers, avec la poursuite des exploitations initiées lors des siècles précédents, montre que la demande en métaux s’est au moins maintenue au cours du IIe siècle av. n. è. dans tout le Sud-Ouest (Larla, Les Barrencs, Palouma, Arize possible). La stimulation économique observée à travers le développement des importations méditerranéennes trouve un écho dans le démarrage (au moins en apparence) de l’exploitation des mines de non-ferreux dans les Corbières au milieu du IIe siècle av. n. è., puis dans les Pyrénées orientales (mines de cuivre et sidérurgie), dans les Pyrénées ariégeoises (Les Abères, L’Argenterie, Les Atiels) et dans la Montagne noire pour le fer. Cela ne concerne pas que les zones en lien avec la Méditerranée puisqu’un nouveau district sidérurgique et des mines de cuivre du Pays basque voient leur activité démarrer à partir du IIe siècle av. n. è. également. À l’est de la Garonne, dans les limites de ce qui devient la province de Transalpine, le développement de la demande en métaux est suffisamment fort pour susciter des tentatives de reprise sur des mines qui avaient été abandonnées près d’un siècle plus tôt (Rougé, La Coustalade, peut-être l’Argentière). L’exploitation sidérurgique du massif du Canigou semble être intensive dès les premières phases identifiées à ce jour, soit au tournant des IIe et Ier siècles av. n. è. Pour les Corbières et la Montagne noire, le démarrage a pu être plus progressif, mais aux alentours du milieu du Ier siècle av. n. è., les ferriers* de grande taille indiquent un changement d’échelle. La poursuite de l’exploitation sidérurgique du Pays basque à la même période n’atteint pas, et de loin, de telles proportions. Cette différence d’échelle de production illustrerait le poids supérieur des dynamiques économiques dans la sphère d’influence romaine, avec la possibilité d’alimenter un marché dépassant plus facilement le cadre régional.

Il faut enfin signaler que plusieurs mines ou districts voient leur activité s’arrêter autour de la période augustéenne. C’est le cas des sites des Pyrénées ariégeoises (sauf l’Argentière à Aulus), les mines du district à cuivre de l’Arize pouvant atteindre sans la dépasser la période augustéenne, mais aussi des mines de non-ferreux des Corbières et de la Montagne noire. Nous reviendrons sur ces arrêts au cours du chapitre 3 de cette partie (p. 276), mais on peut d’ores et déjà remarquer que les exploitations évoluent d’une manière différente selon qu’il s’agisse du fer ou des non-ferreux et selon le secteur géographique dans lequel on se trouve.

Des techniques peu caractéristiques

Les ouvrages miniers des IIe ou Ier siècles av. n. è. montrent dans leur ensemble l’utilisation des mêmes techniques que lors de la phase précédente. Les travaux sont toujours ouverts depuis l’affleurement, le feu et l’outil sont utilisés pour l’abattage et les chantiers suivent la minéralisation de près. Ces caractéristiques ont pu être observées dans les mines des Corbières et du Pays basque dont l’exploitation antérieure n’est pas connue. De fait, différencier les travaux des IIe et Ier siècles av. n. è. de ceux réalisés auparavant n’est que rarement possible à première vue. Le cas de la mine des Barrencs, dans laquelle des datations couvrent une période allant du IVe au Ier siècle av. n. è., en est un bon exemple : les archéologues qui y ont travaillé ne signalent aucune variation dans la façon de conduire le chantier à l’échelle de la mine. C’est aussi pour cela que les travaux datés uniquement par du mobilier récolté en prospection sont facilement attribués à la chronologie des tessons identifiés : les techniques minières employées ne s’y opposent pas.

La pertinence des ouvrages de recherches par rapport au type de minéralisation, signe des connaissances géologiques empiriques acquises par les mineurs, est observée pour cette nouvelle phase d’exploitation dans les Corbières, avec des galeries de recherche disposées de façon à suivre le pendage du filon. Des piliers de roche stérile assurent toujours le soutènement. Des témoins de la mise en place de boisages sont également connus à Palouma et Mehatze (Parent et al. 2016, 176). Les ouvrages d’assistance demeurent rares, la configuration des mines permettant dans l’ensemble d’en limiter les besoins. Des galeries de jonction très courtes entre certains chantiers souterrains et les secteurs à ciel ouvert sont toutefois signalées sur le Sarrat de Germa, dans la mine de Tistoulet – Esquina d’Ase. Ces galeries avaient pour unique fonction de faciliter la circulation des mineurs pour sortir le produit de l’exploitation (Mantenant 2014, vol. 1, 205). Aucune galerie d’exhaure* n’est pour l’instant rattachée avec certitude à cette période dans l’ensemble des mines du Sud-Ouest. La galerie de la mine de La Canal, dans les Corbières, n’est pas datée et les quelques tessons d’amphores à la sole* de celle de l’Argenterie, dans les Pyrénées ariégeoises, ne peuvent suffire à assurer son antiquité.

Un des rares changements que l’on peut observer dans le domaine technique est l’introduction des lampes à huile pour l’éclairage des mineurs, qui s’accompagne du creusement de niches dans les parois de certaines galeries. Des niches de ce type ont été identifiées aux Barrencs, mais aussi dans l’une des galeries basses de la mine de Mehatze (Parent et al. 2016, 171). Les fragments de lampes identifiés à Mehatze sont cependant datés au plus tôt à la fin du Ier siècle av. n. è., témoignage d’une adoption plus tardive de ce mode d’éclairage. Les lampes des Barrencs ont quant à elles une chronologie plus haute, entre la fin du IIe et le Ier siècle av. n. è. (Mantenant et al. 2013, 39). Certaines des encoches observées dans les réseaux du Goutil pourraient également correspondre à ce type d’aménagement, mais leur chronologie est incertaine. Des fragments de lampes à huile ont par ailleurs été identifiés à Hautech (Dubois & Métailié 1991, 39) et au Coffre (Dubois & Guilbaut 1982, 106), ainsi que dans les niveaux d’abandon de l’atelier de métallurgie primaire du cuivre des Atiels. Pour les deux premiers sites, il s’agit de lampes de type Ricci E, datées entre le milieu du IIe siècle av. n. è. et le milieu du Ier siècle av. n. è., alors que pour les Atiels (type Dressel 2), elles proviennent d’un contexte du milieu du Ier siècle av. n. è. Ces dernières étaient mêlées à des rejets de mobilier domestique. Leur utilisation en mine est vraisemblable, mais les quelques mètres de galeries antiques préservées aux Atiels ne comportaient pas de niche à lampe. Dans les Corbières, des niches à lampes ont été identifiées dans les mines de Tistoulet et de l’Abeilla, et se rapporteraient à la phase d’activité tardo-républicaine1.

Ces techniques peu spécifiques ont été observées dans d’autres secteurs miniers de Gaule pour la même période. Parmi les nombreuses mines situées dans les hautes vallées de l’Orb et du Dourdou, en territoire rutène, plusieurs ont pu faire l’objet d’une première caractérisation. Même si l’étude de ces sites demanderait à être approfondie en appliquant les méthodologies actuelles de façon plus systématique (topographie détaillée des chantiers et fouilles ou sondages), les éléments disponibles à ce jour fournissent une base qui permet d’établir des comparaisons, étayée par des datations radiocarbone dans plusieurs chantiers. Les minéralisations exploitées sont des sulfures polymétalliques complexes associant plomb, cuivre et zinc, dans une gangue* de quartz ou de barytine, encaissés dans des calcaires dolomitiques. Des cuivres gris sous forme de tétraédrite argentifère sont aussi présents (Léchelon 2011, 247). L’activité aux IIe et Ier siècles av. n. è. est bien attestée sur les gisements cuprifères (fig. 176) et se poursuit jusqu’à l’Antiquité tardive et même au-delà, avec des différences toutefois selon les sites (Léchelon 2011, 254). Une particularité de ce secteur est d’avoir livré de nombreux maillets en pierre (Bouco-Payrol, Camarès et Labaume, Sylvanès), indiquant une première phase d’exploitation entre la fin du Chalcolithique et l’âge du Bronze Récent, confirmée par une datation radiocarbone dans la mine de Bouco-Payrol2 (Léchelon 1974 ; Léchelon 2001, 120-124 ; Léchelon 2011, 263 et 265).

Fig. 176. Mines des IIe et Ier s. av. n. è. du secteur Dourdou-Orb (d’après Léchelon 2011, fig. 9 et 10). A. Sites du IIe s. av. n. è. : 1. Labaume ; 2. Bouco Payrol ; 3. Pélissou ; 4. Bournac ; 5. Faulat ; 6. Mange-Hommes. B. sites des Ier s. av. n. è. et Ier s. de n. è. : 1. Labaume ; 2. Bouco-Payrol ; 3. Cénomes ; 4. Bayles ; 5. Bournac ; 6. Lascours ;
7. Maynes ; 8. La Rabasse ; 9. Vinas ; 10. Le Pradal ; 11. Lamalou ; 12. Landas. E. Meunier 2022

Pour les travaux des IIe et Ier siècles av. n. è. de ce secteur, on observe les mêmes façons d’aborder l’exploitation que dans les autres mines déjà présentées : attaque des gisements depuis l’affleurement, travaux limités aux zones minéralisées qui sont suivies de près. Selon la morphologie des minéralisations, les travaux se présentent sous la forme de chantiers rectilignes suivant les filons, irréguliers lors de l’exploitation d’amas, ou encore formant de vastes chambres dans les zones enrichies par des croisements de filons ou suivant des stockwerks* (Léchelon 2011, 252). Des piliers de roche sont laissés en place pour l’étayage dans certaines mines (Cénomes, Montagnol et Bouco Payrol). Des encoches de boisage ont été identifiées dans certains passages ascendants à Bouco-Payrol, permettant probablement d’installer des structures pour faciliter la circulation des mineurs (Léchelon 2011, 261). L’ampleur des travaux n’est pas toujours connue car de nombreux chantiers sont comblés (groupe d’une quarantaine de fosses de Faulat, à Ceilhes, et chantiers proches). Il est possible que certains d’entre eux ne se soient pas développés en souterrain (Léchelon 2011, 252-257 et 259). Mais la mine de Bouco Payrol, avec des travaux anciens attestés jusqu’à plus de 90 m de profondeur, montre qu’il n’y avait pas de limitation technique à l’approfondissement des chantiers à cette période.

Le feu et les outils sont utilisés pour l’abattage, mais certains secteurs montrent une utilisation exclusive de l’une ou l’autre de ces techniques. Car malgré des éléments peu spécifiques à une échelle générale, des différences peuvent être significatives à l’échelle d’un chantier ou d’un district. Ainsi, B. Léchelon indique que, dans chacune des mines de Cénomes et de Bouco-Payrol, où l’utilisation du feu domine globalement, un secteur présente la particularité d’avoir été ouvert entièrement à l’outil (Léchelon 2011, 256 et 263). Le mobilier localisé dans ces secteurs, notamment des fragments de lampes à huile, ainsi qu’une datation radiocarbone, indiquent qu’ils ont été exploités à partir de la fin du Ier siècle av. n. è. et principalement lors du siècle suivant. Ce changement est d’autant plus significatif que la nature de la roche encaissante reste la même et que les secteurs concernés ne présentent pas de difficulté d’aérage particulière, permettant d’écarter des contraintes techniques à l’origine de ce choix.

Un changement de ce type entre des secteurs ouverts au feu ou à l’outil a pu être documenté dans le massif de l’Arize. L’utilisation exclusive de l’outil dans le secteur ancien de la mine des Atiels en constitue l’exemple le plus clair. La datation radiocarbone et le mobilier de surface situent cette activité entre les IIe et Ier siècles av. n. è. La mine du Goutil était elle aussi creusée à la fois au feu et à l’outil. Nous avons proposé de faire de ce changement technique un critère chronologique pour les travaux de l’Arize (partie 2, chapitre 6), même si l’utilisation du feu dans la mine de La Coustalade à la même période ne permet pas d’être catégorique sans datation absolue. À l’origine de ce changement, nous suivons la proposition de B. Léchelon qui le rattache à une modification dans la gestion de l’exploitation. L’utilisation du feu ou des outils suppose en effet des circuits d’approvisionnement distincts en matière première (le bois ou le fer). On pourrait penser que le passage à une ouverture principalement à l’outil serait liée à un épuisement des ressources boisées à proximité immédiate des mines. Si l’exploitation a démarré dès les IVe ou IIIe siècles av. n. è., comme nous le proposons pour l’ensemble des mines de cuivre argentifère de l’Arize, on pourrait envisager que les forêts les plus proches auraient été trop altérées et que la distance à parcourir pour s’approvisionner en bois soit considérée comme excessive. Cette option est également proposée par B. Léchelon pour les mines du secteur Dourdou-Orb (Léchelon 2011, 271). Le changement y serait nécessaire plus tard que dans l’Arize car l’activité minière de l’âge du Fer ne remonte pour l’heure qu’au début du IIe siècle av. n. è. Mais une autre possibilité est proposée par cet auteur, sur la base de ce qui a été observé lors de la reprise médiévale à partir du XIIe siècle. La technique de l’abattage au feu est de nouveau privilégiée, et cela tant que l’exploitation est entre les mains de l’abbaye de Sylvanès, qui dispose aussi du droit d’utiliser de façon intensive les bois environnants. Lorsque les concessions minières passent aux mains d’entrepreneurs privés au siècle suivant, leurs droits ne couvrent pas l’utilisation des forêts. Ils doivent alors travailler à l’outil, ce qui a été observé dans les chantiers (Léchelon 2011, 272). L’auteur fait alors un parallèle entre cette situation et celle de l’Antiquité, où des exploitants auraient disposé à leur guise des ressources boisées entre le IIe et la fin du Ier siècle av. n. è., alors que les suivants n’ont plus un accès facile à ces ressources, le changement s’amorçant à partir de la période augustéenne. Nous reviendrons plus bas sur les implications que cela pourrait avoir dans le cas du massif de l’Arize.

Dans l’Hérault, le district de Cabrières (fig. 174) a connu une exploitation entre la seconde moitié du Ier siècle av. n. è. et le Ier siècle de n. è., également après une phase préhistorique entre le Chalcolithique et le début du premier âge du Fer (Ambert 1995, 501-503). L’exploitation a concerné du cuivre gris à antimoine et argent, pris dans des filons de quartz encaissés dans les dolomies ou les schistes (Bailly-Maître et al. 1984, 327). Les mines de Pioch-Farrus I et IV, des Neuf-Bouches et de La Roussignole correspondent à ces chronologies. L’activité est bien caractérisée surtout à la fin du Ier siècle av. n. è. et au cours du suivant, mais quelques tessons de campanienne A et d’amphore italique pourraient faire remonter le démarrage de l’exploitation antique un peu plus tôt au cours du Ier siècle av. n. è. (Bailly-Maître et al. 1984, 331 ; Ambert 1999, 396 ; Bouquet et al. 2006, 157). Des lampes à huile du type aux oiseaux à bec en enclume correspondent aussi à la seconde moitié du Ier siècle av. n. è. L’exploitation a été réalisée principalement à la pointerolle pour ces phases antiques. L’ouverture au feu semble ici caractéristique des phases préhistoriques, mais son utilisation ne peut être exclue pour les phases antiques (Ambert 1999, 397). Si les mineurs ont là aussi suivi la minéralisation de près en démarrant l’extraction depuis l’affleurement (avec l’indice des travaux préhistoriques), il faut signaler quelques aménagements qui facilitent les déplacements des mineurs. À Pioch-Farrus IV, dont les niveaux antiques sont les mieux connus, des escaliers ont été creusés à la sole* dans un passage descendant et des plates-formes de déblais retenues par des murets conformaient des espaces de travail (Landes 1989, 225). Un petit bassin (surface de 3 m2 et profondeur de 0,5 m) dans la partie basse des travaux a pu servir de retenue pour la gestion de l’exhaure*, mais aussi pour laver du minerai sur place. Du sable quartzeux fin se trouvait dans son comblement (Ambert 1999, 396).

Dans les mines d’or du Limousin, le développement des chantiers amorcé dans la deuxième moitié du IIIe siècle av. n. è. se poursuit et la taille des ouvrages devient un critère pour identifier les mines les plus tardives, dont l’activité cesse avec l’époque augustéenne. Les chantiers atteignent et dépassent 100 m de longueur, 40 à 60 m de largeur, et 10 à 40 m de profondeur (Cauuet 2004, 43-44). Les sites des Fouilloux, de Cros-Gallet sud, de Lauriéras ou de La Fagassière en sont des exemples. La mine du Puy des Angles, dont l’activité a démarré au IIIe siècle av. n. è., voit son activité s’arrêter au milieu du IIe siècle av. n. è. (Toledo I Mur et al. 2005, 207). Elle n’atteint donc pas les proportions des chantiers plus tardifs, mais montre que les développements techniques se mettent en place dès la fin du IIIe siècle av. n. è. Tous ces sites ont en effet la particularité de développer de vrais chantiers souterrains, qui ont nécessité la mise en place de boisages complexes pour assurer la stabilité des roches encaissantes et favoriser la circulation des mineurs (Cauuet 1997, 202-204 ; Cauuet 2000). Les chantiers souterrains suivent là aussi la morphologie de la minéralisation, formant des dépilages en gradins le long de filons inclinés ou des chambres sur piliers lorsque la minéralisation était plus développée. Dans la mine des Fouilloux, une chambre de ce type est traversée par une galerie d’exhaure* (Cauuet 2004, 50). L’approfondissement des chantiers rend en effet cet aménagement nécessaire pour assurer la poursuite de l’exploitation sous le niveau phréatique. Mais il ne s’agit pas d’une nouveauté puisque les premiers exemples de galerie d’exhaure* apparaissent dans la seconde moitié du IIIe siècle av. n. è. De fait, le début du IIe siècle av. n. è. ne constitue pas un jalon chronologique significatif pour le Limousin. Les exploitations ont démarré plus tôt, les changements techniques sont amorcés dès le milieu du IIIe siècle av. n. è. et l’ampleur remarquable atteinte par les chantiers à la fin du Ier siècle av. n. è. ne représente que l’aboutissement de plusieurs siècles d’exploitation minière intensive.

Ainsi, au niveau des techniques minières, les IIe et Ier siècles av. n. è. ne semblent pas apporter de changement majeur dans un grand quart sud-ouest de la Gaule, dans lesquels on remarque surtout une continuité des pratiques existantes lors de la phase précédente. L’éclairage par les lampes à huile, placées dans des niches au parement des galeries, semble être le seul élément qui marquerait une rupture avec les modes opératoires précédents, ces lampes étant de plus des objets importés ou clairement imités de modèles méditerranéens. On peut noter que les lampes potentiellement les plus anciennes (Ricci E) ont été identifiées dans la mine des Barrencs et dans les mines de cuivre de l’Arize, avec une chronologie qui peut remonter au milieu du IIe siècle av. n. è., mais qui s’étend aussi jusqu’au milieu du Ier siècle av. n. è. Ensuite, les mines de la haute vallée de l’Orb ont livré des spécimens datés de la seconde moitié du Ier siècle av. n. è. pour les exemplaires suffisamment bien conservés3 (Léchelon 2011, 260 et 263). Au Pays basque, les lampes n’apparaissent qu’à la toute fin du Ier siècle av. n. è. On n’en connaît pas à ce jour dans les Pyrénées centrales et les niches à lampes des Corbières ne sont pas datées (elles se rapportent à la période tardo-républicaine sans précision). On est toutefois loin d’une révolution dans les techniques d’exploitation avec ce nouvel éclairage. Cela implique tout de même d’avoir à disposition des mineurs de l’huile pour alimenter les lampes, ce qui n’était pas nécessaire avec l’emploi de torches.

Mines gauloises, mines romaines :
la question du contrôle d’une ressource stratégique

Les chronologies des chantiers miniers fournies par le radiocarbone ou par le mobilier laissent une marge d’incertitude non négligeable quant aux dates de démarrage ou d’arrêt des exploitations. Les techniques mises en œuvre ne permettent pas, en elles-mêmes, de préciser ces chronologies. Les sources historiques atteignent cependant une précision à l’année près concernant des évènements marquants de la période, qui entraînent, à des degrés divers, le transfert du contrôle des territoires depuis les entités gauloises vers la puissance romaine. Le contexte historique fournit ainsi les limites théoriques de l’extension des zones qui peuvent être contrôlées par Rome au fil de cette période. L’implication d’Italiens dans les activités économiques régionales est un aspect significatif dans ce contexte (Mauné 2000). D’autres arguments peuvent au contraire plaider pour un certain maintien de l’implication des populations locales dans la gestion des exploitations. Nous verrons pour finir comment tous ces éléments peuvent contribuer à identifier les exploitants du district de l’Arize.

Quelques jalons historiques

Les deux derniers siècles avant notre ère constituent une période de transition qui correspond aux dernières décennies d’indépendance des peuples gaulois face à des Romains toujours plus entreprenants. Nous avons vu que la côte languedocienne était rapidement incluse dans les courants commerciaux italiens dès le début du IIe siècle av. n. è., suite à l’installation romaine dans le nord-est de la péninsule Ibérique, après la deuxième guerre punique. C. Ebel avait même proposé que le contrôle romain sur le Nord-Est de l’Espagne s’étende jusqu’à l’Hérault, sous l’autorité du gouverneur de l’Hispanie Citérieure, depuis Tarragone (Ebel 1976, 42). Le bornage de la voie dite hérakléenne, qui longe la côte méditerranéenne entre Italie et Hispanie, dès le milieu du IIe siècle av. n. è., est donné comme exemple du contrôle ancien de Rome sur ce secteur, à un moment où les points d’attache romains se trouvent au sud des Pyrénées (Roman 1991, 37 ; Rico 1997, 147-150). Ces échanges commerciaux se renforcent progressivement jusqu’à la création de la colonie de Narbonne en -118, qui marque un seuil dans le développement de la présence romaine. Cette fondation a lieu suite à des opérations militaires dans le sud de la Gaule, entre -125 et -121. Marseille, alliée de Rome, lance un appel à l’aide contre les peuples voisins (Salyens, Voconces, Ligures). Les victoires obtenues par Rome contre ces derniers, puis contre les Allobroges et Arvernes révoltés, conduisent à une extension de l’influence romaine au moins jusqu’au sud du Massif central (Christol 2010, 37 ; Py 2012, 301). La région n’est pas pour autant soumise ni complètement pacifiée, comme en témoignent les révoltes connues dans les années qui suivent, notamment celle des Tectosages en -106/-105. Cette révolte conduira au démantèlement de leur territoire et mérite que l’on y prête attention (Moret 2008, 319 ; Gorgues 2014, 317-318).

L’évènement est rapporté par Dion Cassius, qui indique que le soulèvement de la ville de Tolosa, dans le sillon du conflit provoqué par l’arrivée des Cimbres dans la région, est tué dans l’œuf grâce à l’intervention rapide des Romains, prévenus par une partie des Tolosates restés fidèles à Rome (Lizop 1931, 1931, 16 ; Barruol 2000, 8 ; Moret 2001, 17). En représailles, la ville est pillée par le consul Caepio, qui s’empare notamment de richesses provenant du sanctuaire tectosage. On sait par d’autres sources que ce butin est volé lors de son acheminement vers Rome et Caepio connaît ensuite une lourde défaite près d’Orange, face aux Cimbres et aux Teutons, en -104. De retour à Rome, il perd son imperium, est exclu du Sénat et fait face à un procès à l’issue duquel il est condamné à mort. Cela fait rapidement naître une légende sur la malédiction de l’or de Toulouse, prétendument issu du pillage du sanctuaire de Delphes, qui ne pouvait qu’apporter le malheur à quiconque tenterait de s’en emparer (Moret 2012, 142-144). Cette légende attire l’attention des auteurs anciens et on dispose du témoignage de Posidonios, qui obtient des informations sur ce sujet lors de son passage en Gaule au début du Ier siècle av. n. è. Repris par Strabon (Géographie, IV.1.13), ce texte nous est parvenu. On y apprend qu’il est très peu probable que ce trésor provienne du pillage de Delphes, mais, surtout, qu’il était composé en grande partie d’argent, sous la forme de masses brutes martelées, qui étaient déposées dans des enclos et des étangs (Moret 2001, 19). La mise en vente de ces étangs au profit de Rome a permis aux acheteurs d’y retrouver ces masses d’argent. Cette mise en vente n’aurait pas eu lieu avant -102, après une victoire romaine près d’Aix-en-Provence, qui permet à Rome de reprendre le contrôle des territoires soulevés (Moret 2012, 149-150). Le pillage méthodique des dépôts sacrés des Tectosages, qui constituaient très certainement le sanctuaire fédéral de ce peuple, porte le coup de grâce à cette entité gauloise. Par la suite, les sources ne mentionnent plus que les Tolosates : non plus un peuple, mais simplement les habitants d’une ville (Domergue et al. 2002, 85 ; Moret 2008, 319).

Il se trouve que plusieurs mines ou groupes de mines se situent à proximité de ce qui pouvait constituer les limites du territoire Tectosage. Ces limites ne sont pas précisément connues. Les indications de Posidonios, reprises par Strabon, permettent de restituer leur emprise entre le Toulousain, les Pyrénées, et le sud du Massif central. Ils n’atteignaient pas la Méditerranée (Moret 2001, 17 ; Domergue et al. 2002, 82). Les mines des Pyrénées ariégeoises pouvaient donc faire partie de leur zone d’influence. La mise en évidence par A. Gorgues de relations entre Toulouse et la péninsule Ibérique qui n’empruntent pas la voie méditerranéenne (Gorgues 2014, 317-318) rend plausible un contrôle sur les productions minières de la chaîne pyrénéenne, même pour la mine en altitude de l’Argentière. Les mines de cuivre argentifère de l’Arize et les gisements de galène* argentifère de Rivèrenert auraient été encore plus facilement inclus dans ce domaine. Celles des Corbières semblent trop proches de la Méditerranée pour y être rattachées. Celles du versant sud de la Montagne noire pourraient se trouver juste en limite de leur territoire. Le démantèlement des structures tectosages à l’extrême fin du IIe siècle av. n. è. pose la question du cadre de l’exploitation durant les deux premières décennies du Ier siècle av. n. è. Les sources ne mentionnent rien concernant la prise en main par Rome ou par des Italiens des ressources minières de ce territoire.

Fig. 177. Évolution du contrôle de Rome sur les territoires du sud-ouest de la Gaule entre le dernier quart du IIe s. av. n. è. et la période augustéenne
(adapté d’après Monteil & Tranoy 2008, 98-99). E. Meunier 2022

Si les Tectosages fonctionnaient en confédération comme cela a été proposé (Milcent 2015, 34), on peut aussi imaginer que les membres de cet ensemble se retrouvent dans une indépendance relative dans les années qui suivent la prise de Tolosa. Pour le massif de l’Arize, on se trouverait dans le territoire des Consoranni. Ils sont connus par les listes de peuples de Narbonnaise et d’Aquitaine de Pline (Plin., HN,III.4.32 et IV.108-109). Deux graphies ont été utilisées pour ce nom, Consuaranorum en Narbonnaise et Consoranni en Aquitaine. Ces deux graphies ont donné lieu à des débats : fallait-il voir dans ces noms proches deux peuples différents ou une erreur de copiste et un seul peuple ? Et s’il s’agit bien du même peuple, comment expliquer qu’il se trouve à la fois en Narbonnaise et en Aquitaine ? Les différentes positions sont résumées par R. Sablayrolles dans l’introduction de la carte archéologique de l’Ariège (Sablayrolles 1996, 41-42). Dans l’Antiquité tardive, la Notitia Galliarum indique qu’ils sont constitués en cité autonome, après avoir dépendu de celle des Convenae au Haut-Empire (Rico 1997, 110-114 ; Sablayrolles & Beyrie 2006, 63). Les Convenae ayant été rattachés à la province d’Aquitaine lors de sa création, probablement sous Auguste, alors qu’ils se situaient auparavant en limite occidentale de la Transalpine, l’utilisation par Pline de sources qui n’étaient plus à jour à propos de la Narbonnaise a pu être proposée. Nous nous rangeons à ce sujet à l’option présentée par M. Christol, qui conclut que les listes de Pline étaient bien à jour à l’époque flavienne (Christol 1994, 62). Cela conduirait alors à supposer un découpage du territoire des Consoranni lors de la création de la nouvelle province d’Aquitaine. Un découpage de cette nature, prenant en compte avant tout les intérêts de Rome, et non les frontières ethniques préexistantes, est connu pour les Rutènes, vers la fin du IIe siècle av. n. è. (Gruat & Izac-Imbert 2002, 84). Les territoires situés entre le Salat, centre de la cité tardive, et la haute vallée de l’Ariège auraient fait partie de cet ancien territoire des Consoranni, qui aurait alors avoisiné celui des Sordons comme l’indique Pline (Barruol 1980, 29). Les Consoranni ont-ils pu exploiter pour leur compte les mines se trouvant dans les Pyrénées ariégeoises au début du Ier siècle av. n. è. ? Les données historiques ne permettent pas de se prononcer. Il semble toutefois difficile d’imaginer que, après avoir organisé la spoliation des étangs sacrés des Tectosages, les Romains aient laissé passer l’occasion de mettre la main sur une production de cuivre et sans doute d’argent dont Toulouse pouvait constituer le débouché. Mais ce contrôle pouvait s’effectuer justement lors de l’étape de la vente du métal sans intervention directe dans la production.

L’épisode des guerres Sertoriennes constitue une autre étape de stimulation de l’activité romaine dans ce secteur car Pompée, n’ayant pas accès à la voie maritime avec l’Italie, doit utiliser les ressources terrestres de la Transalpine (Ebel 1976, 96 ; Gourdiole & Landes 1998, 65-66 ; Gourdiole & Landes 2002, 280 ; Christol 2010, 61). Fonteius est ainsi envoyé sur place de -76 à -74 pour faciliter l’approvisionnement de ces troupes. À l’issue du conflit, en -72, la fondation de Lugdunum Convenarum par Pompée, en bord de Garonne et aux pieds des Pyrénées, permet d’y placer la limite de l’aire d’influence romaine (Sablayrolles 2009, 59). Cette ville devient un poste avancé de Rome dans un secteur jusqu’alors en marge des territoires conquis (Rico 1997, 142 ; Sablayrolles 2009, 48). Son importance lors de ses premières décennies d’existence est difficile à évaluer, car les fouilles archéologiques n’ont livré que des données très ponctuelles sur les niveaux du Ier siècle av. n. è. (Sablayrolles & Beyrie 2006, 257 ; Fabre & Paillet 2009, 33). Toutefois, la mise en place rapide de l’exploitations marbrière pourrait aller dans le sens d’une mainmise romaine effective dans tout ce secteur peu de temps après la fin des opérations de Pompée. L’édification du trophée d’Auguste à St-Bertrand-de-Comminges entre 13 et 10 av. n. è. montre en effet que les carrières locales étaient déjà en activité à cette période (Boube 1996, 43-44). La vallée de la Garonne constituait un axe de diffusion du marbre dont le contrôle était indispensable (Fabre & Sablayrolles 2002, 72-74), permettant d’inclure cet espace dans les limites de la Transalpine (fig. 176). Il est plus difficile d’estimer ce qu’il en est dans les territoires à l’écart de cette voie de pénétration majeure, et notamment vers l’est, jusque dans la vallée de l’Ariège. Après les réorganisations de Pompée, les peuples de la Transalpine ne semblent plus poser de problème sécuritaire à Rome, si l’on en croit le soutien apporté par ces derniers lors des interventions de César (Barruol 2000, 8-9 ; Moret 2015c, 68).

Dans ce contexte, la prise en main par des Italiens de l’exploitation du territoire près des côtes méditerranéennes est bien connue pour le début du Ier siècle av. n. è. par les textes de Cicéron, Pro Quinctio (III-IV) et Pro Fonteio (V.11-13). On y apprend que de nombreux Italiens sont présents en
particulier à Narbonne et dans ses environs pour y faire fortune (Christol 2010, 60-62). En contexte urbain, cette présence italienne est assez bien caractérisée et liée au commerce, jusqu’à Toulouse. Les implantations italiennes en contexte rural méritent quant à elles une attention particulière dans la mesure où elles impliquent un contrôle direct sur les productions locales, principalement agricoles, ce qui n’est pas le cas pour de simples négociants. La stimulation de l’économie locale par la demande commerciale invite à réfléchir aux modalités d’exploitation des terroirs et au degré d’investissement italien dans l’obtention des ressources. Cependant, la dynamique gauloise d’intensification du peuplement et de l’exploitation agricole, observée à cette période de la frange méditerranéenne au Toulousain, et au-delà, ne permet pas d’attribuer automatiquement les fondations des sites ruraux antérieures au milieu du Ier siècle av. n. è. à des Italiens, même à proximité des rives méditerranéennes (Mauné 2000, 242-244). En l’absence d’épigraphie, une étude archéologique du faciès céramique permet d’apporter des informations sur ce sujet, par l’identification des habitudes alimentaires, qui diffèrent entre les populations italiques et languedociennes de cette période (Mauné 2000, 249 ; Gorgues & Cadiou 2008, 129-130). De manière similaire, la production de céramiques selon les techniques et les formes originaires de la Méditerranée peut indiquer le déplacement d’artisans Italiens en Transalpine. Le cas de l’atelier de l’habitat de St-Jean-du-Causse (Hérault) en est un exemple. Des céramiques à vernis noir y ont été fabriquées entre la fin du IIe et le milieu du Ier siècle av. n. è., sans aucune production de type local, que l’on retrouve normalement lorsque des potiers gaulois adoptent les techniques exogènes (Mauné & Sanchez 1999, 140-142). Cet exemple montre que l’on est très tôt dans un contexte romanisé pour la région comprise entre Narbonne et Béziers. Les sites miniers les plus proches sont ceux des monts de Cabrières et de la haute vallée de l’Orb, susceptibles d’être plus vite pris en main par des Italiens. Si l’on se dirige vers l’ouest, les données concernant des implantations italiennes en milieu rural sont particulièrement rares, et bien sûr absentes au-delà de la Garonne : l’Aquitaine n’est soumise qu’en -56 (Rico 1997, 136).

La fin des campagnes de César marque la fin de l’indépendance de l’ensemble des territoires gaulois, le processus ayant déjà été bien avancé pour la Transalpine. Les mines des Pyrénées centrales et du Pays basque sont désormais elles aussi dans le domaine romain. Mais a-t-on pour autant une prise en main directe sur les exploitations ? Les données conduisent plutôt à penser que l’intérieur de la chaîne est resté à l’écart des préoccupations romaines (Rico 1997, 138-139). Des sites miniers, exploitant de la galène* argentifère comme à Palouma et Séras, auraient cependant pu motiver des interventions ponctuelles dans des secteurs reculés.

Les cas avérés de prise en main
italienne de l’exploitation

Deux fouilles ont révélé l’implication directe d’Italiens dans l’exploitation minière à des dates hautes. La première est celle du site des Martys, avec les ateliers du Grand Ferrier et de Montrouch, et la seconde celle de Lascours, agglomération au pied du district minier du mont Faulat. Dans le cas de Lascours, les données sont les plus abondantes et ne laissent pas de place au doute : épigraphie, urbanisme et culture matérielle présentent un faciès typiquement italien. L’épigraphie en particulier, avec des marques en caractères latins sur des tessères en plomb et sur des tegulae, indique qu’une “société des mines d’argent du pays rutène” exploitait ces mines (Barruol & Gourdiole 1982 ; Landes 1989 ; Gourdiole & Landes 2002, 271). L’occupation du site s’étend de la fin du IIe siècle av. n. è. au premier tiers du Ier siècle de n. è. (Gourdiole & Landes 2002, 274). Outre l’épigraphie, on signalera des éléments architectoniques provenant de constructions monumentales (probablement spoliées dès l’Antiquité), le réseau d’assainissement et des petits thermes privés qui sont parmi les plus anciens de la Transalpine (Gourdiole & Landes 2002, 275-277). Enfin, des meules en basalte de type pompéien, importées d’Ombrie, ont été identifiées sur ce site. Elles constituent un argument de poids, en parallèle à la forte proportion de céramique importée, en faveur d’une installation d’Italiens sur place dès la fin du IIe siècle av. n. è. (Gourdiole & Landes 1998, 57-61 ; Gourdiole & Landes 2002, 277-278).

Les Italiens de Lascours exerçaient un contrôle sur l’exploitation qui avait lieu sur les sites proches à la même période. Des déchets miniers dans certains remblais de l’agglomération montrent la relation entre ce site et l’extraction minière. Des indices d’une présence italienne sur les sites miniers ont aussi été mis en évidence lors de fouilles à Bournac. Il s’agit de graffiti en latin sur de la céramique commune locale associée à du mobilier permettant de placer l’occupation au cours du Ier siècle av. n. è. (Gourdiole & Landes 2002, 278). Le mobilier provient d’un dépotoir correspondant à un habitat proche non localisé précisément. Il indique une participation directe du personnel italien à l’exploitation minière et pas seulement un contrôle extérieur sur l’activité.

Cette présence italienne semble avoir été précédée de l’entrée en scène d’individus ibères, identifiés par des graffiti en caractères ibériques sur des céramiques de la deuxième moitié du IIe siècle av. n. è. sur le site de Mange-Hommes (Léchelon 2011, 251 et 269). Les raisons de cette présence ibère sur place ne sont pas connues. Comme l’indique B. Léchelon, on peut se trouver face à des personnes qui agissent au nom de négociants italiens, comme cela a été proposé pour les marques ibériques peintes sur amphores de Vieille-Toulouse. Une autre option est celle de travailleurs qui se déplacent pour des raisons économiques, comme cela a pu être avancé pour les Celtibères identifiés sur le site de La Loba dans le sud de l’Espagne (Léchelon 2011, 269-270).

Peu de sites miniers de ce secteur ont été étudiés dans le détail, mais les prospections et les sondages réalisés montrent que le site de Lascours ne centralisait pas la production du métal : plusieurs ateliers du Ier siècle av. n. è. ont été identifiés à proximité de différentes mines (Barruol & Gourdiole 1982, 79 ; Léchelon 2011, 248-249 et 251). Le schéma d’exploitation est donc resté dispersé malgré l’existence d’une société minière. D’autre part, G. Soricelli a proposé que la mention épigraphique Soc(ietas) Arc(entifodinarum), relevée sur une tessère, ait désigné une société différente de celle utilisant la marque soc(ietas) arg(entifodinarum) rot(enensium), plus couramment attestée (Soricelli 1994, 238-239). Le schéma d’exploitation dispersé pourrait alors refléter le partage des ressources entre plusieurs sociétés.

En ce qui concerne les ateliers des Martys, nous avons vu dans la première partie que le faciès céramique indiquait une présence italienne forte, dès le deuxième quart du Ier siècle av. n. è. et peut-être un peu avant. Le marquage de vases céramiques de production locale en caractères latins, l’approvisionnement en céramique de cuisine italique ou encore la proportion élevée de certains éléments importés (parois fines, amphores) définissent ce faciès caractéristique qui ne peut s’expliquer que par un lien très direct avec les circuits commerciaux italiens (Benquet et al. 2016, 214-215). Comme à Lascours, des moulins pompéiens importés de la région d’Orvieto ont été identifiés dans les ferriers* associés à du mobilier du Ier siècle av. n. è., aux côtés d’autres moulins à bras de production locale (en granite) ou régionale (en basalte d’Agde)4. Le mobilier indigène est lui aussi présent ; il ne s’agit pas d’imaginer une implantation italienne coupée de toute relation avec la population locale. Le contrôle de la production, et donc de ses bénéfices, ne semble toutefois pas se trouver entre des mains gauloises. Le numéraire en circulation sur le site conduit à la même conclusion. Parmi les monnaies pré-augustéennes, on note l’absence presque totale de monnaies locales : ni monnaies à la croix, ni bronzes languedociens de Béziers, des Neronken ou des Longostalètes (Benquet et al. 2016, 234). Ce profil rappelle celui de Narbonne. Il se différencie aussi d’un site d’habitat groupé situé à quelques kilomètres au sud des Martys (Lacombe/Le Joncas, Lastours), où les monnaies locales du Ier siècle av. n. è. sont présentes (Berdeaux – Le Brazidec, Feugère 2006, 26). Aux Martys, à part un exemplaire régional de petit bronze au taureau passant et un bronze de Marseille, les monnaies proviennent de Rome ou de la péninsule Ibérique. Cette circulation monétaire qui semble déconnectée du contexte régional indiquerait un contrôle de l’approvisionnement monétaire par les autorités romaines, qui va d’ailleurs être encore mieux perçu pour les phases postérieures de l’activité (Geneviève 2016, 235). Le nombre de monnaies, relativement élevé pour un site qui n’est pas un centre urbain important ou une place commerciale, serait aussi un indice de la présence d’ouvriers salariés sur le site (Geneviève 2016, 236).

Le Grand Ferrier et Montrouch ne représentent que deux ateliers dans un district qui en compte plusieurs dizaines à la même période. Certains d’entre eux étaient peut-être gérés par des entrepreneurs locaux, ainsi peut-être que les mines (ou une partie d’entre elles). Les données disponibles à l’heure actuelle ne permettent pas de se prononcer, mais tendent vers un schéma où le contrôle de Rome, direct ou indirect, était particulièrement prégnant dès la première moitié du Ier siècle av. n. è. Au sujet de la coexistence de moulins pompéiens et de meules de production locale et régionale, on pourra noter que les moyens nécessaires pour se procurer l’un ou l’autre de ces types, comme les réseaux commerciaux à connaître, n’étaient pas les mêmes. Cela pourrait constituer un argument, certes fragile, illustrant le partage de l’exploitation entre des entrepreneurs italiens et indigènes.

Un dernier exemple de Gaule sera le cas de la mine de Pioch-Farrus IV. Deux inscriptions en latin ont été identifiées à l’intérieur du réseau, tracées chacune à l’intérieur du négatif laissé par une pointerolle sur la paroi. La première indique le nom Gaius et la seconde Aur(elianus) ou Aur(elius). Elles sont toutes deux suivies de quatre traits verticaux (Bailly-Maître et al. 1984, 334). L’utilisation du négatif de la pointerolle comme d’un cartouche pourrait révéler un système de comptage du minerai extrait et de suivi de l’avancement de l’exploitation. L’étude paléographique permet de dater ces inscriptions entre la fin du Ier siècle av. n. è. et le Ier siècle de n. è. sans plus de précision (Bailly-Maître et al. 1984, 336). L’usage du latin à cette période n’a pas les mêmes implications que dans les cas des graffiti sur céramique de Lascours ou des Martys, alors considéré comme précoce, mais ces noms correspondent bien à l’onomastique italienne, et non pas gauloise.

Des parallèles directs peuvent être faits avec la situation de la péninsule Ibérique, mieux connue par les sources et l’épigraphie. L’implication d’Italiens dans l’exploitation minière a été très rapide au début du IIe siècle av. n. è. comme l’indique un texte de Diodore (Bibliothèque Historique, V.36.3), à la suite de la victoire romaine lors de la deuxième guerre punique. Au cours du IIe siècle av. n. è., peu de données sont disponibles sur le fonctionnement de cette activité, les mentions épigraphiques devenant fréquentes à partir de la fin de ce siècle et surtout au Ier siècle av. n. è. On sait cependant que l’exploitation des mines a été réglementée par Caton en -195, avec la mise en place de taxes au profit de Rome (Domergue 1990, 141-142). Le régime d’exploitation devait correspondre à celui de l’occupatio (Mateo 2001, 62-65), c’est-à-dire qu’une simple déclaration par l’exploitant auprès du gouverneur de la province et le paiement de la redevance indiquée étaient suffisants (Rico 2010, 405-406 ; Orejas & Rico 2015, 524).

Des sociétés anonymes ayant pris pour dénomination la région dans laquelle elles se trouvent ou le nom du métal produit, comme c’est le cas à Lascours, sont connues en Sierra Morena et dans le sud-est de la péninsule, dès la fin du IIe siècle av. n. è. et tout au long du suivant, certaines perdurant après la période augustéenne (Domergue 1990, 259-263 ; Rico 2010, 397-400). On pourra citer les exemples de la S(ocietas) C(astulonensis), ayant exploité la mine de El Centenillo (Jaén) et les ateliers proches, ou encore la societas argentariarum fodinarum Montis Ilucronensis Galena, active dans le district de Mazarrón. Disposant de moyens financiers (et donc techniques et humains) vraisemblablement très importants, elles ont pu se lancer dans l’exploitation des secteurs situés plus à l’intérieur des terres, où la sécurité des intérêts de Rome n’est assurée que vers la fin du IIe siècle av. n. è. (Arboledas Martínez et al. 2018, 37). La dispersion des gisements en Sierra Morena contraignait également à mobiliser des moyens plus importants car l’entreprise devait pouvoir gérer l’ensemble de la chaîne opératoire, de la prospection sur de vastes étendues à la production de métal, en passant bien sûr par l’extraction minière (Rico 2010, 408). La société qui était à la tête du site minier et métallurgique de La Loba autour de -100, avec un caractère italien marqué, contrôlait ainsi l’extraction de minerai et la production du métal (Domergue & Sillières 2002, 388). Elle avait les moyens de salarier des ouvriers et avait probablement des relations avec les élites de la ville de Castulo, qui pouvaient lui fournir du personnel spécialisé dans l’exploitation minière et sans doute un relai local pour la production monétaire nécessaire au paiement des salaires (Chaves Tristán & Otero Morán 2002, 208). Des entreprises individuelles sont connues dans ce secteur à partir de la fin du Ier siècle av. n. è.

D’un autre côté, des entreprises qui pouvaient être de plus petite envergure, individuelles ou réunissant quelques associés, sont attestées dans le secteur de Carthagène dès la fin du IIe siècle av. n. è. par l’épigraphie (Domergue 1990, 258-259 et 264-268). Le contexte de l’installation était différent. Les mines de ce secteur étaient déjà exploitées par les Carthaginois, selon les indications de Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, V.38.4), et ces territoires ont été rapidement sécurisés pour les Romains. Des négociants italiens ont alors rapidement pu reprendre les exploitations déjà en activité, en profitant du système déjà en place, sans avoir à connaître eux-mêmes le monde de la mine ou de la métallurgie (Rico 2010, 407-408). Une autre particularité de cette forme d’exploitation par des sociétés individuelles est le morcellement de l’activité en exploitations nombreuses, illustré par la variété des timbres identifiés sur les lingots provenant de ce district. Ce morcellement se retrouve aussi dans une division de l’activité au long de la chaîne opératoire entre mineurs et métallurgistes. Des ateliers de métallurgie primaire peuvent se trouver au sein de la zone minière (par exemple, le site du Cabezo del Pino, La Unión), mais les plus importants se trouvaient à l’écart des mines, proches de la côte et du port de Carthagène, qui permettait de diffuser la production (Rico 2010, 403-404 ; Antolinos Marín & Rico 2012). Cette répartition de l’exploitation entre une multitude d’acteurs ressemble plus à ce qui a été observé dans la Montagne noire pour les exploitations sidérurgiques. Le manque de données sur les mines ne permet pas de savoir si l’on avait aussi une segmentation entre mine et métallurgie ou si certains entrepreneurs contrôlaient toute la chaîne opératoire.

L’installation d’une société anonyme à Lascours pourrait s’expliquer, comme dans le cas de la Sierra Morena, par le contexte plus difficile auquel auraient dû faire face les entrepreneurs italiens. En effet, le district minier de la haute vallée de l’Orb se trouve à la limite du territoire des Rutènes, indépendants de la province de Transalpine (Pailler 2011b, 210 et fig. 1). Si l’installation d’Italiens a été possible dès la fin du IIe siècle av. n. è., c’est que ce territoire était effectivement rattaché à la province, ces modes d’exploitation par des sociétés s’appliquant à l’ager publicus romain (Gourdiole & Landes 2002, 280 ; Orejas & Rico 2015, 524). Mais sa localisation dans un secteur reculé, en limite d’un territoire soumis à Rome depuis peu, pouvait rendre nécessaires des moyens plus importants pour asseoir le contrôle d’exploitations qui avaient démarré dans un contexte d’indépendance gauloise5. Dans la Montagne noire, les ateliers fouillés aux Martys voient leur activité démarrer quelques décennies plus tard : les traces sont ténues avant -80, l’occupation principale démarre entre -80 et -70. Au cours des trente à quarante ans écoulés depuis le démarrage de l’occupation de Lascours, la présence romaine s’est renforcée, le démembrement des Tectosages a conduit à affirmer un peu plus l’autorité de Rome et à pacifier les territoires provinciaux. D’autre part, on ne se situe pas, contrairement au cas de la Sierra Morena, à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres par rapport au point d’ancrage romain que constitue la colonie de Narbonne. Il était alors plus facile, pour des exploitants individuels ou en petite société de s’investir dans la production sidérurgique du bassin de la Dure. Le nombre de ferriers* anciens aux dimensions modestes et le fait que deux ateliers à l’organisation différente se trouvent à faible distance l’un de l’autre va dans ce sens. Si la déconnexion entre la gestion des ateliers et des mines s’y ajoutait, cela serait également cohérent avec des petites sociétés n’ayant pas les moyens de gérer l’exploitation de tout un district, pour les phases les plus précoces.

Les arguments en faveur
d’un maintien dans l’orbite gauloise

Pour les mines hispaniques, il est admis que l’aristocratie ibère a pris part à l’exploitation des ressources minières aux côtés de ces entrepreneurs italiens, bien que les témoignages en soient moins nombreux (Rico 2010, 395 ; Arboledas Martínez et al. 2018, 41). Dans les districts miniers du Sud-Ouest, la question de l’identité des exploitants se pose en particulier pour ceux qui se trouvent dans les limites de la Transalpine, actifs avant le milieu du Ier siècle av. n. è. Le manque de fouille importante sur les ateliers ou les habitats miniers (hormis les exemples présentés ci-dessus) et l’absence de mentions épigraphiques limite les possibilités d’interprétation. Force est tout de même de constater le maintien au moins jusqu’à la conquête césarienne, si ce n’est jusqu’à Auguste, des structures et réseaux indigènes. Les sites qui jalonnent la voie entre Narbonne et Toulouse en sont des exemples (Passelac 2002 ; Hiriart 2015, 303). En dehors de cet axe majeur et à l’écart du littoral méditerranéen, les sites gardent d’ailleurs un profil indigène. Nous avons aussi indiqué que les techniques minières observées dans les mines à partir du IIe siècle av. n. è. ne présentaient pas de caractéristiques foncièrement différentes des exploitations antérieures. La continuité dans les techniques ou leur évolution suite à une pratique longue et continue ne requiert pas d’intervention extérieure. Cependant, cette même continuité technique a été remarquée dans le district ibérique de Baños de la Encina, alors que la prise en main par des Italiens est connue par l’épigraphie (Arboledas Martínez et al. 2018, 37). L’argument de la technique est donc à utiliser avec précaution.

Un autre élément qui peut montrer que les populations locales ont gardé un contrôle sur les mines et leur production se trouve dans la frappe de monnaies indigènes. Pour les émissions antérieures à la création de la Transalpine et aux interventions romaines sur place, la question du contrôle des mines ne se pose pas. Mais la poursuite des émissions jusqu’à la période césarienne et ponctuellement jusqu’à la période augustéenne implique un approvisionnement en métaux monétaires (argent puis cuivre et argent) pour les élites locales, qui pouvait provenir de sources variées. Même si on ne peut pas faire de lien direct entre la présence de mines sur un territoire et la frappe monétaire par les autorités qui en disposent (Parisot-Sillon & Sarah 2018, 158), posséder un accès aux ressources primaires pouvait constituer un avantage. L’analyse isotopique de deux monnaies aquitaines du type Beyrie l’a bien montré, tout comme les analyses des éléments traces sur des deniers “de Narbonne”, entre autres (Girard et al. 2010, 239-240 ; Parisot-Sillon & Sarah 2018, 156). Pour la part de métal qui pouvait provenir plus directement des mines, plusieurs sites peuvent y être candidats. Les mines du Montaigu ont pu produire de l’argent à partir de galène* argentifère, ainsi que celles des Abères ou de l’Argenterie. Du cuivre argentifère était extrait dans le massif de l’Arize, aux Barrencs, et dans les Corbières. Pour ce dernier district, le polymétallisme incluait également des minéralisations à galène* argentifère. Bien que la chaîne opératoire permettant d’obtenir l’argent des minéralisations cuprifères ne soit pas bien connue, l’exemple de l’atelier du Camp del Oliu et les indices obtenus à Berni indiquent que le procédé pouvait être maîtrisé au moins au Ier siècle av. n. è. et probablement avant, comme présenté au chapitre précédent. Les districts à cuivre argentifère ont donc pu alimenter les ateliers monétaires utilisant l’argent ou le bronze.

Les centres émetteurs des différentes monnaies ne sont pas toujours connus avec certitude et les études analytiques comparant les signatures isotopiques des minerais régionaux aux monnaies sont assez rares. Le lien entre ces sites miniers et les ateliers régionaux ne peut donc être assuré, mais il peut être proposé. Par exemple, certaines séries des monnaies à la croix, en argent, ont été émises jusqu’au milieu du Ier siècle av. n. è., comme la série cubiste (Hiriart 2016, 152). Si la classe principale, qui se retrouve tout le long de l’axe Aude-Garonne, ne peut pas être attribuée à un seul centre émetteur, les classes secondaires, localisées dans l’aire géographique correspondant au domaine tectosage, représentent plus facilement des émissions de ce groupe ethnique (Hiriart 2016, 156). Cela montrerait que même après les opérations militaires de la fin du IIe siècle et la prise en main italienne croissante en Transalpine suite aux opérations de Pompée, l’aristocratie locale aurait pu garder une forme de contrôle sur certaines mines qui produisaient de l’argent. Dans le cas des classes secondaires de la série cubiste des monnaies à la croix, les mines des Pyrénées ariégeoises et peut-être de la Montagne noire auraient pu alimenter ces frappes.

Un phénomène similaire peut être observé dans le Languedoc occidental, avec des émissions de monnaies en bronze depuis le milieu du IIe siècle av. n. è. au moins (Feugère & Py 2011, 305). Plusieurs centres émetteurs ont été identifiés, tous inclus dans la Transalpine à partir de sa fondation : Béziers, Ensérune, Narbonne/Montlaurès et Ruscino/zone roussillonnaise. Les émissions perdurent jusqu’à -75 pour la plupart de ces monnaies, mais des petits bronzes sont encore émis jusqu’à -25 par les Longostalètes (Feugère & Py 2011, 305). Les ressources régionales en cuivre ont pu avoir un rôle dans l’approvisionnement en métal pour ces émissions, au moins jusqu’à la prise en main de la province sous le mandat de Fonteius lors des guerres Sertoriennes, au vu des chronologies des monnaies. Des émissions en argent sont aussi connues dans ce secteur. Il s’agit de monnaies de petite taille, qualifiées d’oboles, dont la chronologie couvre la fin du IIIe siècle av. n. è. et tout le IIe siècle pour les ensembles de Béziers et des Neronken (Feugère & Py 2011, 301-302 et 306-308). Des oboles de ce type sont émises dans le Roussillon entre le milieu du IIe siècle av. n. è. et le premier quart du Ier siècle (Feugère & Py 2011, 315-316). Les mines des Corbières ont une chronologie et une situation géographique qui pourrait correspondre à ces émissions.

Dans le même ordre d’idées, l’étude menée sur les monnaies aquitaines de type Beyrie, dont la diffusion, réduite, est centrée autour de l’oppidum des Benarni (Lescar), a conclu à la possibilité d’un approvisionnement partiel auprès de l’atelier d’Hourcade, distant d’environ 40 km (Callegarin 2007, 223-225 ; Girard et al. 2010, 240). Le contrôle de la production de cet atelier par des populations aquitaines est tout à fait logique jusqu’à la conquête césarienne, puisque le district, bien à l’ouest de la Garonne, se trouve en dehors de la Transalpine. Le fonctionnement de l’atelier d’Hourcade continue cependant tout au long du Ier siècle av. n. è. et même un peu après, tout comme l’activité de la mine proche de Palouma. S’il n’est pas possible d’affirmer que les émissions monétaires des Benarni continuent après les opérations de César (bien qu’elles circulent encore), on connaît d’autres monnaies aquitaines émises dans la seconde moitié du Ier siècle av. n. è. : celles en argent et bronze argenté au nom d’Adietuanus rex, un chef sotiate (Callegarin et al. 2013, 207). Il n’est pas invraisemblable d’imaginer que des mines pyrénéennes comme celles du Montaigu aient pu fournir de l’argent à cet atelier, si elles étaient restées aux mains des populations locales. Un approvisionnement en métal depuis le Massif central avait aussi été proposé pour les émissions anciennes. C’est une possibilité toujours ouverte pour les périodes plus tardives.

Les Rutènes ont eux aussi frappé leurs propres monnaies entre le début du IIe siècle av. n. è. et jusqu’au milieu du Ier siècle av. n. è. Certaines séries qui leur sont attribuées sont caractérisées par la légende VIIRIA, parfois associée à d’autres marques (un anthroponyme, d’autres non interprétées). Cette légende pourrait correspondre au nom d’un groupe ethnique (Veriani ou Veriati ?) qui ne serait connu que par la numismatique et dont le territoire serait situé dans l’aire rutène rattachée à la Transalpine, dans la moyenne vallée de l’Hérault (Feugère & Py 2011, 325-326 et 330). La chronologie de l’ensemble à la marque VIIRIA s’étend principalement entre -100 et -50, mais pourrait démarrer en -125 et se prolonger jusqu’en -25 pour certaines émissions (Feugère & Py 2011, 331-334). L’annexion d’une partie du territoire Rutène à la Transalpine n’est pas bien datée, mais la période des guerres Sertoriennes semble admise par plusieurs chercheurs (Gourdiole & Landes 2002, 280 ; Feugère & Py 2011, 323 ; Pailler 2011a, 94)6. D’autre part, on a vu qu’une société italienne importante s’était installée à Lascours et contrôlait les mines de ce secteur dès la fin du IIe siècle av. n. è. Dans ce cas, la question de l’origine de l’approvisionnement en argent de ces émissions se pose. Or, on ne connaît pas l’ampleur du territoire minier contrôlé par la société italienne. Les mines du mont Faulat et des environs proches peuvent facilement rentrer dans ce périmètre, mais peut-être en allait-il différemment pour celles de Bouco-Payrol, Labaume, ou même Cénomes, un peu plus éloignées vers l’ouest. Sur cet aspect, on peut se tourner de nouveau vers l’exemple ibérique du site de La Loba, exploité lui aussi par une société italienne au tournant des IIe et Ier siècles av. n. è. Les auteurs de l’étude des monnaies identifiées sur le site proposent que la société italienne ait eu des relations étroites avec l’aristocratie de la ville de Castulo, qui pouvait se prévaloir d’une expérience dans l’exploitation de gisements miniers et fournir du personnel qualifié. Cette ville émettait aussi sa propre monnaie à cette période. Une forme d’implication des élites locales dans l’exploitation aurait pu leur assurer un approvisionnement en métal, utilisé pour frapper des monnaies locales qui ont servi au paiement des salaires des ouvriers ibériques (Chaves Tristán & Otero Morán 2002, 208). On pourrait donc aussi imaginer une forme d’entente entre les entrepreneurs italiens résidant à Lascours et les élites rutènes impliquées de longue date dans l’exploitation des gisements locaux. R. Gourdiole et C. Landes (2002, 280) proposent d’ailleurs que ces mines aient constitué le trésor rutène, aerarium rutenorum, cité par Cicéron (Font. 3.4) en contrepoint au trésor du peuple romain (Pailler 2011a, 90).

Tout cela reste bien sûr au stade de l’hypothèse et de la proposition, mais nous montre que les situations ont pu être variées. Les décennies comprises entre la fondation de la colonie de Narbonne et la conquête césarienne demeurent une période de transition au cours de laquelle des solutions originales ont pu se mettre en place. Les données disponibles, encore ténues sur ces questions, ne permettent pas d’être affirmatif.

Le cas du district à cuivre argentifère
du massif de l’Arize

Dans les mines de cuivre argentifère de l’Arize, l’activité est attestée depuis les IVe et IIIe siècles av. n. è. À l’échelle du district, sa continuité au cours du IIe siècle est mal cernée, mais probable à Hautech et au Goutil, envisageable aux Atiels. L’exploitation de ces mines s’est construite dans un cadre gaulois. L’expertise minière est disponible sur place ; le contrôle de la production est organisé par des élites locales, sans doute intégrées dans la confédération tectosage jusqu’à son démantèlement à la fin du IIe siècle av. n. è. Les circuits d’échanges assurant l’approvisionnement des mineurs et la diffusion de la production ont été structurés sans l’intervention de Rome : on ne se trouve ni sur la route Narbonne-Toulouse, ni sur la voie vers les Pyrénées entre Toulouse et Lugdunum Convenarum (fig. 178), qui prend toute son importance après la fondation de cette ville par Pompée.

Fig. 178. Le district à cuivre argentifère de l’Arize dans son contexte
entre la fin du IIe et le Ier s. av. n. è. E. Meunier 2022

Pour la période comprise entre la fin du IIe siècle et la fin du Ier siècle av. n. è., plusieurs sites d’habitat sont connus dans l’espace compris entre les Pyrénées et le Toulousain, à l’est de la Garonne (fig. 178), ce qui donne une meilleure idée du contexte socio-culturel dans lequel s’insèrent les mines de cette période. Les plus proches du district minier sont ceux de St-Barthélémy (Durban-sur-Arize), La Tour d’Opio (St-Jean-de-Verges) et St-Girons. St-Barthélémy et La Tour d’Opio sont des habitats de hauteur. Il est possible que le premier ait eu un rôle soit dans le contrôle de l’exploitation, soit dans la diffusion de la production. Les données concernant cette phase ancienne d’occupation sont cependant trop limitées pour préciser sa fonction, comme nous l’avons vu plus haut (partie 2, chapitre 8). On retiendra que le faciès matériel connu ne présente pas de particularités par rapport aux sites gaulois régionaux. Le site de la Tour d’Opio a pour sa part été fouillé lors de plusieurs campagnes, mais l’arasement extrême des structures ne permet pas de le caractériser correctement (Séguier 1987). Le mobilier présent sur le site permet de dater une occupation entre la fin du IIe siècle av. n. è. et la fin du siècle suivant, après une première fréquentation diffuse au premier âge du Fer (Carozza 1987 ; Séguier 1987). Sept monnaies ont été trouvées sur ce site. Trois ont pu être identifiées : il s’agit d’un bronze de Marseille au taureau cornupète, d’une monnaie à la croix avec un dauphin au droit et d’un as de Janus Bifrons à légende ROMA (Carozza 1987). Le corpus est faible mais ne laisse pas apparaître de relation particulière avec Rome à date haute. À St-Girons, les vestiges de la période sont ténus. Des tessons d’amphores ont été trouvés autour de la confluence du Salat et du Baup. Des amphores entières de type Dr 1A et 1C ont aussi été trouvées dans la cave d’une maison, comblant sans doute un ancien fossé (Dieulafait 2014). Une zone de 250 m de long pour 150 m de large livre des vestiges correspondant à un habitat de plaine.

Le mobilier retrouvé sur ces sites montre leur inclusion dans les réseaux commerciaux de la période. Les céramiques communes de la Tour d’Opio montrent l’ancrage local et régional des habitants de ce site, qui importent du mobilier qui n’a rien de particulier dans cette région à cette période (amphores Dr 1A et B, Campanienne A et B, pâtes claires italiques ou ibériques, amphores Pascual 1 pour la fin de la période). Les sites de Mirepoix, Pamiers ou encore Le Mayné (Bélesta), occupés eux aussi entre la fin du IIe siècle av. n. è. et le Ier siècle av. n. è., permettent de suivre la diffusion des produits importés. Les relations avec la plaine toulousaine et le Languedoc occidental sont bien attestées, suivant des circuits secondaires depuis l’axe Aude-Garonne (Hygounet & Rancoule 1983, 6 ; Sablayrolles 1996, 39). Le castrum médiéval de Montréal-de-Sos, situé plus à l’intérieur de la chaîne pyrénéenne, a livré du mobilier similaire (amphores gréco-italiques et Dressel 1A, campanienne A et B, céramique peinte ibérique), mais en position secondaire après les remaniements antiques et surtout médiévaux (Guillot 2017, 76). Si l’approvisionnement en mobilier importé était assuré dans des points en apparence aussi reculés, leur présence sur les sites du front nord du massif de l’Arize, bien plus accessibles, n’est pas en elle-même surprenante. Les deux amphores du IIIe siècle av. n. è. d’Hautech montrent d’ailleurs que les mineurs étaient bien intégrés dans les réseaux d’échanges régionaux de longue date, ils ont su s’y maintenir au fil du temps.

Au-delà de l’impression de continuité générale qui se dégage de l’ensemble, quelques éléments peuvent faire penser à des modifications dans l’organisation de l’exploitation vers le milieu du Ier siècle av. n. è. Un premier élément serait constitué par les unités de production allant de la mine au métal restituées aux Atiels, à Hautech et à Berni et ayant pu exister au Coffre et au Goutil, comme indiqué plus haut (fig. 169). Même si certaines de ces unités ont pu fonctionner dès la première moitié du Ier siècle (Berni, Le Coffre), le mobilier associé se rattache plutôt à sa seconde moitié. Cette organisation rappelle le schéma d’exploitation par des entrepreneurs privés décrit pour le district de Carthagène et probable dans la Montagne noire pour l’exploitation du fer. Si la présence d’Italiens est attestée dans ces deux districts, les données du massif de l’Arize ne permettent pas de l’assurer. Le contexte historique régional y est cependant favorable, et ce d’autant que ces mines ariégeoises sont faciles d’accès depuis les zones où la prise en main romaine est bien attestée (Toulousain, vallée de la Garonne, axe Aude-Garonne). Cette organisation par petites unités juxtaposées semble correspondre également à la production de fer des Corbières, au moins pour la première moitié du Ier siècle av. n. è., et peut-être à celle du Canigou. La présence d’Italiens dans ces deux derniers secteurs est assez probable, même si les données matérielles manquent pour l’assurer.

Le second aspect à prendre en considération ici concerne les techniques minières. Nous avons vu que l’utilisation de l’outil au détriment du feu pouvait être un marqueur de la période tardo-républicaine dans les mines de l’Arize. Cette modification du mode d’abattage ne correspond pas à un changement de la dureté de la roche encaissante, car dans la mine du Goutil, les deux techniques sont utilisées à deux niveaux différents dans le même chantier ou de part et d’autre d’une même cloison rocheuse. Ces changements correspondent bien à des phases de travail différentes (fig. 131 et 135). Pour les Atiels, la faible extension des travaux préservés ne permet pas de savoir si le feu a été utilisé ailleurs. Des difficultés d’aérage peuvent être exclues pour le réseau du Goutil pour les mêmes raisons de coexistence des deux modalités dans les mêmes espaces. Dans le cas des Atiels, on ne connait pas la configuration du réseau ancien vers la surface. Les puits comblés identifiés ne sont pas datés, il y a donc une possibilité qu’ils aient pu servir à l’aérage s’ils sont antiques. Mais s’ils sont plus récents, la ventilation des niveaux profonds pouvait constituer une limite à l’utilisation du feu. L’épuisement des ressources boisées serait une autre explication à ce changement. C’est une possibilité, mais qui sera difficile à démontrer. On imagine d’ailleurs mal que l’ensemble du massif de l’Arize ait pu être déboisé par l’activité minière à cette époque. Une autre option est celle qui a été proposée par B. Léchelon à propos des mines de Bouco Payrol et Cénomes : le passage de l’ouverture au feu à l’ouverture à l’outil serait lié à un accès restreint aux ressources boisées pour les exploitants miniers, qui auraient été en quelque sorte contraints de préférer les outils. Un changement des règles d’utilisation des forêts pourrait avoir découlé de la prise en main par l’administration romaine des territoires de la Transalpine. L’épisode des guerres Sertoriennes a dû contribuer à la mise en place des nouvelles normes romaines, qui ont pu entraîner des changements dans la propriété du sol. Les zones minières, fournissant des ressources stratégiques, ont alors pu être incluses dans l’ager publicus, comme cela a été décrit pour les mines des monts d’Orb ou en péninsule Ibérique (Domergue 1990, 230-234 ; Soricelli 1994, 238-239). Si tel a été le cas pour le district à cuivre argentifère de l’Arize, il est possible que l’accès aux ressources forestières environnantes ait en conséquence été limité pour les exploitants miniers. Enfin, si l’on considère la possibilité de l’investissement d’entrepreneurs privés italiens dans cette exploitation, on peut aussi se poser la question de l’évolution des moyens consacrés à l’exploitation, indépendamment des règles de propriété et d’usage des ressources forestières. Il a pu sembler plus pertinent à ces investisseurs de se procurer du fer pour la fabrication d’outils que de gérer l’approvisionnement en bois nécessaire à l’abattage au feu. Dans ce cadre, l’atelier sidérurgique du hameau des Atiels, qui a fonctionné entre le milieu du Ier siècle av. n. è. et la période augustéenne, pourrait trouver sa raison d’être dans la fabrication de l’outillage nécessaire aux mineurs du Goutil et des Atiels.

Pour résumer, on peut considérer que pour la période allant de la fin du IIe siècle av. n. è. au milieu du Ier siècle av. n. è., les données disponibles iraient dans le sens d’un district dont l’exploitation reste à la charge des populations locales. Aucune rupture majeure n’est visible dans la façon d’exploiter les gisements, et le mobilier lié aux habitats, même si les données sont très limitées, n’indique en rien l’insertion dans des circuits privilégiés venant de l’Italie. On peut donc supposer que l’exploitation des mines était organisée comme elle l’avait été depuis les IVe et IIIe siècles av. n. è., en incluant l’approvisionnement en bois depuis les forêts environnantes, qui pouvaient être considérées comme faisant partie du domaine minier. Que l’exploitation soit restée aux mains des populations locales au début du Ier siècle av. n. è. n’exclut pas, par ailleurs, qu’elle ait été soumise à des taxes par les représentants de l’administration romaine de la province, dans le cadre d’un système qui aurait pu être similaire à celui mis en place en péninsule Ibérique après les guerres Puniques par Caton (Domergue 1990, 241-242 ; Mateo 2001, 56-58 ; Serrano García 2010, 195).

On peut également proposer que le passage à l’utilisation préférentielle de l’outil dans le district à cuivre argentifère de l’Arize soit en relation avec plusieurs facteurs, faisant intervenir un changement dans la possession du territoire minier, mais aussi des choix différents dans la façon de gérer l’exploitation, avec peut-être l’arrivée d’investisseurs Italiens. Mais il n’est pas impossible que les exploitants locaux aient eu les moyens de se maintenir à la tête des sites, malgré l’affirmation croissante du contrôle romain sur la province de Transalpine.

En poussant la démonstration un peu plus (trop ?) loin, on pourrait proposer que l’absence de stigmates d’abattage à l’outil dans les mines d’Hautech, qui ont dû alimenter l’atelier augustéen de Sourre, soit un indice du maintien d’exploitants d’origine locale. Impliqués de longue date dans cette activité, ils auraient pu consolider leur accès aux ressources boisées ou être moins enclins à changer de technique d’abattage. Tout cela restera au stade de la supposition tant que les habitats correspondants, susceptibles d’apporter des précisions sur l’identité des exploitants, ne seront pas fouillés.

Il reste à signaler que la date du milieu du Ier siècle av. n. è. proposée pour le changement d’organisation du territoire minier est à considérer avec prudence. Les éléments chronologiques disponibles ne sont pas très précis. Le mobilier de l’atelier de Berni provient majoritairement des niveaux supérieurs des sondages, remaniés par les labours. Pour l’atelier de cuivre des Atiels, le mobilier est à rattacher aux derniers niveaux de l’atelier ou à des US correspondant à des glissements de terrain en haut de la stratigraphie. Le démarrage de son activité n’est donc pas connu. Pour l’atelier de réduction du hameau des Atiels et celui de Sourre, le mobilier semble donner plus de poids à la période augustéenne, mais les sites sont très arasés. Le changement dans l’organisation de l’exploitation du district pourrait donc s’amorcer un peu avant le milieu du Ier siècle av. n. è. Il pourrait alors être une conséquence directe de la mise à contribution des ressources de la Transalpine pour les besoins des opérations de Pompée. Enfin, si l’on cherche d’autres marqueurs qui pourraient eux aussi être en relation avec la réorganisation du district, la question de la signification des lampes à huile revient dans la réflexion. La chronologie très large des fragments de type Ricci E ne permet pas de trancher, mais les tessons de lampes à grènetis des Atiels pourraient coïncider avec le milieu du Ier siècle av. n. è. Les lampes à huile pour l’éclairage des mineurs sont de fait le seul élément technique exogène qui est introduit dans ce district au cours de la période. Les données provenant d’habitats manquent pour savoir si cette présence en mine est similaire avec les autres contextes d’occupation ou si elle s’en distingue. 

Notes

  1. Communication orale J. Mantenant.
  2. Datation Beta-221099 : 3950 ±40 BP, soit 2570-2330 cal BC (Léchelon 2022, fig. 1).
  3. Il s’agit de lampes dites “aux oiseaux” à bec en enclume de type Dressel 4. Des fragments de trop petite taille sont attribués au Ier siècle av. n. è. sans précision.
  4. Il avait été proposé que ces moulins aient pu servir à broyer des scories (Oliva et al. 1999, 377-379). Des analyses plus récentes conduisent à écarter cette possibilité et à confirmer qu’il s’agissait de moulins à grain (Coustures et al. 2016, 336-337).
  5. On rappelle que les mines du mont Faulat ont livré du mobilier datant du milieu du IIe siècle av. n. è.
  6. Au contraire, P. Gruat soutient que cette séparation aurait eu lieu dès la création de la province de Transalpine (Gruat & Izac-Imbert 2002, 84).
ISBN html : 978-2-35613-497-4
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EAN html : 9782356134974
ISBN html : 978-2-35613-497-4
ISBN pdf : 978-2-35613-499-8
ISSN : 2741-1508
24 p.
Code CLIL : 4117
licence CC by SA

Comment citer

Meunier, Emmanuelle, “Les IIe et Ier siècles av. n. è. : la multiplication des données”, in : Meunier, Emmanuelle, L’exploitation minière dans le sud-ouest de la Gaule entre le second âge du Fer et la période romaine. Le district à cuivre argentifère de l’Arize dans son contexte régional, Pessac, Ausonius Éditions, collection DAN@ 10, 2023, 243-266 [en ligne] https://una-editions.fr/les-iie-et-ier-siecles-av-n-e-la-multiplication-des-donnees [consulté le 03/11/2023]
doi.org/10.46608/DANA10.9782356134974.21
Illustration de couverture • Première  : Dans les calcaires du massif de l’Arize, les mines de cuivre argentifère.
Quatrième : Filonet de cuivre gris curé à l’outil dans la mine du Goutil Est (photo : E Meunier).
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