Conclusion de la première partie

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C’est donc en définitive l’étude d’un domaine dans sa totalité que nous avons tenté de réaliser. Il nous a cependant fallu formuler plusieurs hypothèses qu’il faudrait pouvoir confirmer ou infirmer ; ce qui sera, du reste pour certaines d’entre elles, difficile, à réaliser vraiment.

Ainsi, avons-nous vu que la pars urbana et la pars rustica de la villa de Montcaret se sont installées à un endroit privilégié, à l’intersection de deux voies terrestres et près d’une importante voie d’eau en un lieu bien – voire trop ! – pourvu en sources.

Nous sommes parvenus à reconstituer l’évolution et le développement des structures architecturales de la partie résidentielle et avons proposé des datations absolues comme relatives pour ces transformations. Cette habitation de maître a, non seulement, perduré pendant toute l’Antiquité, du Ier au Ve siècle, mais elle s’est même développée tout au long de cette période pour devenir une vaste et riche demeure aristocratique au décor de marbre et de mosaïques, qui la rangent parmi les plus belles résidences que l’Antiquité tardive ait connues. Nous avons eu plus de problèmes avec le balnéaire, mais la piscine froide du dernier état et la route qui limite le site à l’est, ont posé, par la force des choses, des difficultés d’interprétation de cet espace.

Même si le domaine ne constitue plus, à la fin de la période antique, le lieu de séjour d’un riche propriétaire, mais seulement la demeure d’un régisseur, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas abandonné pour autant. On ne sait pas, en revanche, si une nécropole mérovingienne, liée ou non, du reste, à un lieu de culte chrétien, s’installe, sinon au même emplacement, tout au moins à proximité, comme ce fut le cas dans nombre de villas. Mais la présence d’une construction sous l’église actuelle et la reprise des murs gallo-romains, pour construire, plusieurs siècles plus tard, cette église romane semblent indiquer que l’endroit ne fut jamais déserté, et que les moines de Saint-Florent-lès-Saumur avaient encore devant les yeux les vestiges d’une construction antique, ou du haut Moyen Âge, quand ils décidèrent d’édifier l’établissement religieux de leur prieuré, à la fin du XIe siècle. De ce fait, le site de Montcaret entre ainsi dans le questionnement actuel de savoir dans quelle mesure les établissements antiques ont donné naissance dans le Sud-ouest de la France à des bâtiments ecclésiastiques puis à des églises romanes1.

Il est rare qu’on se trouve en présence, pour une même villa, de sa partie résidentielle et de sa partie agricole et artisanale. Nous avons pu situer parfaitement à Montcaret la pars rustica, en relation avec les vestiges conservés de la pars urbana. Nous avons eu la possibilité de connaître des éléments de ce que fut cette partie du domaine et des fonctions qu’elle a connues. On sait ainsi que tout un ensemble lié à la viniculture existait. On a également mis au jour les restes d’un artisanat métallurgique (four et déchets métalliques) et on pressent l’existence de plusieurs bâtiments aperçus à l’occasion de sondages-diagnostics, dévolus à d’autres fonctions. Nous avons surtout noté que les deux secteurs, urbain et artisanal, semblent bien dédoublés, et paraissent ainsi constituer un modèle pour les villas d’Aquitaine dont on connait la partie résidentielle sans avoir retrouvé la partie agricole qui leur était rattachée.

La reconstitution de la superficie totale du domaine est plus problématique, nous en convenons. Celle-ci repose toutefois sur une réflexion et une certaine logique géographique et économique, qui fournit un argumentaire pour cette question de la superficie des établissements, malgré toutes les approximations nées d’un tel exercice.

Les propositions de restitution des voies utilisées ont été formulées par comparaison avec les connaissances dont on dispose, d’une manière générale aujourd’hui, sur les voies antiques, mais ont été confirmées par la prospection aérienne, les prospections au sol et le réseau viaire actuel de la commune.

Nous avons, enfin, replacé cet important habitat dans son contexte antique. À savoir ce qu’il pouvait représenter au sein de la société de l’époque. C’était l’habitat d’un grand propriétaire, aristocrate gallo-romain, voire wisigoth, qui faisait montre de sa richesse par le développement du luxe de sa demeure. C’était également un centre économique qui vouait sa production à la vente et qui recevait en retour des produits de luxe importés de Byzacène et du Proche-Orient.

On peut, dès lors, forts de ces éléments, penser que nos propositions pour expliquer l’évolution du site et sa réalité antique se rapprochent au mieux maintenant de ce que fut celle de l’Antiquité, et permettent de poser la question pour d’autres sites de la région.

Notes

  1. Colin 2008, 180.
ISBN html : 978-2-35613-384-7
Posté le 31/01/2021
EAN html : 9782356133847
ISBN html : 978-2-35613-384-7
Publié le 31/01/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-386-1
ISBN pdf : 978-2-35613-385-4
ISSN : 2741-1508
2 p.
Code CLIL : 4117
http://dx.doi.org/10.46608/dana1.9782356133847.8
licence CC by SA

Comment citer

Berthault, Frédéric, “Conclusion“, in : Berthault, Frédéric, éd., La villa romaine de Montcaret. Une villa et son environnement dans le sud-ouest de la Gaule, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 1, 2021, 101-102, [en ligne] https://una-editions.fr/montcaret-conclusion [consulté le 1er février 2021].

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