Des chefs guerriers aux seigneurs des terres et du commerce: les “princes” de la zone occidentale de la culture de Golasecca entre VIIe et Ve a.C.

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Introduction

Au IXe s. a.C. dans le domaine de Golasecca, comme ailleurs en Italie, la transition entre la fin de l’âge du Bronze et le début de l’âge du Fer est marquée par l’accroissement du rôle des “élites”1. Non seulement elles organisent et contrôlent les ressources du territoire, les voies commerciales et les activités artisanales, mais elles semblent également avoir une influence non négligeable sur les dynamiques de peuplement2. Dès la deuxième moitié du IXe s. a.C., dans le faciès occidental de la culture de Golasecca, la formation du centre proto-urbain de Castelletto Ticino/Sesto Calende se fait par une concentration démographique progressive et une répartition fonctionnelle des espaces qui semble déjà répondre à une véritable volonté de planification urbanistique de l’habitat. Contrairement à ce qui se produira au nord des Alpes, cette première phase d’urbanisation ne s’accompagne pas de la mise en œuvre des grands systèmes défensifs, fortifications et/ou remparts3. L’agglomération est en effet installée sur un petit promontoire morainique situé à la sortie du Tessin du lac Majeur, à proximité d’un point naturel de rupture de charge ; ce choix topographique lui garantit en outre le contrôle de l’une des voies fluviales de communication parmi les plus importantes d’Italie nord-occidentale à l’âge du Fer, reliant les centres étrusques de la plaine du Pô aux voies terrestres qui menaient aux cols, en direction du Rhône, par l’Ossola, et du Rhin, par l’actuel canton du Tessin. Cette forme d’organisation n’est pas sans rappeler celle des sites-portails de type Gateway bien connue dans la littérature4. Dans ce contexte, les interactions avec les cités étrusques ont sans doute été facilitées, voire dynamisées, devenant l’un des principaux moteurs de transformation de l’habitat de Castelletto Ticino en une grande agglomération proto-urbaine. En effet, ces contacts ont donné lieu non seulement à des échanges, parfois interpersonnels, mais ils ont aussi largement contribué à la transformation progressive des communautés et des classes émergentes locales en un système gentilice plus complexe, fondé sur un réseau de clientes, repris du monde étrusco-italique5. La sacralisation des espaces funéraires et cultuels ou l’acquisition et l’utilisation de l’écriture6 en sont deux témoignages flagrants. Cette modification à la fois politique et sociale de chefs-guerriers en seigneurs fondant leur statut sur la possession de terres et le commerce, se fait en part égale avec l’évolution du centre qui, entre la fin du VIIe s. et au cours du VIe s. a.C., devient l’agglomération proto-urbaine de référence du secteur occidental du domaine de Golasecca. Ici, symboles étrusco-italiques et indigènes se côtoient forgeant une nouvelle identité. Ce n’est qu’au cours du siècle suivant, que de nouvelles transformations à la fois climatiques et géo-politiques amèneront les élites locales à modifier progressivement leur organisation politique selon le modèle des magistratures étrusco-italiques, ouvrant ainsi un nouveau chapitre de l’histoire du peuplement en Cisalpine occidentale.

La culture de Golasecca : cadre géographique et dynamique du peuplement

Connue depuis le XIXe siècle, la culture de Golasecca bénéficie d’une longue tradition d’études qui permet aujourd’hui, grâce aux recherches récentes, d’en préciser les processus de formation et d’évolution, depuis la fin de l’âge du Bronze jusqu’à l’arrivée historique des Celtes. De langue celtique mais de tradition italique, la culture de Golasecca s’étend sur un vaste territoire correspondant au secteur nord-occidental de l’Italie (régions actuelles du Piémont nord-oriental et de la Lombardie occidentale). Encadrée, au nord, par les chaînes montagneuses des Alpes et, au sud, par le cours Pô, la culture de Golasecca se structure progressivement autour des principaux axes de communication fluvio-lacustres, le Tessin et le lac Majeur à l’ouest, et le lac de Côme à l’est. Les limites occidentales et orientales correspondent elles aussi à des unités hydrographiques avec respectivement le cours de la Doire Baltée à l’ouest, et celui du fleuve Oglio à l’est (Fig. 1). Aujourd’hui, on sait qu’au cours du Premier âge du Fer cette emprise territoriale n’a pas été sensiblement modifiée. Ce n’est qu’à partir du Ve s. a.C. que les frontières orientales et occidentales sont significativement remaniées, avec un glissement vers l’est de la limite occidentale, sous la pression des groupes transalpins, en particulier les Taurisques7, et une extension de la limite orientale, en direction de la rivière Chiese.

La culture de Golasecca. Cadre géographique. CAO Cicolani, d’après De Marinis 2000.
Fig. 1. La culture de Golasecca. Cadre géographique. CAO Cicolani, d’après De Marinis 2000.

Le recoupement des données archéologiques avec les sources anciennes met en évidence une organisation en deux grands faciès avec les Oromobi8 présents à Côme (Comum), à Parre9 (Parra) et à Bergame (Bergomum), et les Insubres installés à Castelletto Ticino/Sesto Calende et à Mediolanum (Milan). Cette répartition se maintient par ailleurs jusqu’à l’époque romaine, où elle finit par intégrer le nouveau système administratif, sans modifications apparentes. En effet, les nouvelles villes romaines et leurs territoires ne font que reprendre et renforcer l’implantation et l’organisation préexistantes.

Au Premier âge du Fer, la distinction en deux faciès est surtout marquée par la formation progressive de deux centres bien séparés : Castelletto Ticino/Sesto Calende, à l’ouest, et Côme, à l’est, qui deviendront plus tard les deux grands centres proto-urbains du domaine de Golasecca10. Aucun rapport hiérarchique n’a pu être mis en évidence pour l’instant entre ces deux centres. Cependant, d’après la documentation archéologique disponible aujourd’hui, il semblerait que Castelletto Ticino a été le premier à nouer des liens avec les cités étrusques, comme le suggèrent la présence de certaines importations et surtout l’acquisition et l’utilisation précoce de l’écriture, ici documentée dès le VIIe s. a.C. Ce phénomène est sans doute à relier au choix stratégique de l’emplacement de l’habitat, naturellement protégé dans une boucle du Tessin et développé à sa sortie du lac Majeur. La possibilité d’exploiter l’un de plus importants axes de communication fluvio-lacustre de l’Italie nord-occidentale a joué un rôle essentiel non seulement dans le développement rapide de l’habitat lui-même et de sa communauté, mais aussi dans son intégration dans le vaste réseau de contacts reliant les mondes italique et étrusque aux domaines transalpin et alpin11.

Castelletto Ticino : évolution spatiale et fonctionnelle du territoire

Les opérations archéologiques récentes permettent aujourd’hui de proposer une restitution plus précise de la formation de l’agglomération de Castelletto Ticino, tant du point de vue chronologique que topographique.

À ce jour, le territoire correspondant au futur centre de Castelletto Ticino/Sesto Calende ne semble pas être occupé pendant l’âge du Bronze. Les découvertes géographiquement les plus proches datent de l’âge du Bronze Récent (culture de Canegrate – XIIIe s. a.C.) et proviennent de Glisente et de Bosco del Monte. Le cadre change progressivement au cours des Xe-IXe s. a.C. (Protogolasecca III et Golasecca IA1) comme l’indique le mobilier ponctuellement mis au jour dans le secteur septentrional du petit plateau de Mirabella, entre les lieux-dits la Briccola, Cascina Novelli et Belvedere, situés vers la boucle du Tessin. La découverte récente d’une nécropole fondée au IXe s. et utilisée jusqu’au début du VIIe s. a.C. vient combler cette lacune documentaire en apportant d’importantes informations sur l’évolution de la communauté et le processus de formation du futur centre proto-urbain12. La nécropole a été découverte lors des travaux réalisés dans la via del Maneggio, près de la rive du lac Majeur, au nord de Castelletto Ticino. Installée dans une zone marécageuse préalablement assainie, elle est utilisée surtout entre 825 et 675 environ (Golasecca IA2 et Golasecca IB). La nécropole regroupe un nombre élevé de sépultures distribuées sur un vaste espace délimité par de hautes stèles en pierre. Les tombes à incinération se distinguent par leur architecture : des cercles de pierres identifient les sépultures masculines alors que les enclos rectangulaires marquent au sol les sépultures féminines (Fig. 2). La présence des stèles et leur distribution topographique expriment de toute évidence une volonté de sacralisation du lieu qui, par la suite, finira par perdre sa fonction primaire pour en acquérir une plus importante, cultuelle, consacrée au culte des ancêtres. Rappelons que la consécration des limites par l’emploi de stèles en pierre est une pratique de tradition étrusco-italique, le rite de la terminatio, ici reprise puis adaptée par les élites locales. Cette modification majeure coïncide par ailleurs avec le déplacement des secteurs funéraires vers l’extérieur du plateau, à l’ouest du Rio Valleggia et, sur l’autre versant du Tessin, à Sesto Calende. Ce phénomène se produit vers la fin du VIIIe, période qui précède de peu l’apparition dans les sépultures des premiers biens de prestige étrusques ainsi que des premières inscriptions13. Au VIIe s. a.C., d’autres zones marécageuses sont assainies le long de l’actuelle via Riviera et sur l’ensemble du bas plateau, dégageant davantage de place pour le développement de l’habitat qui finira par investir la totalité du plateau au cours du VIe s. a.C. La répartition fonctionnelle entre espaces domestiques, funéraires, sacrés et, plus tard, artisanaux-commerciaux, est révélatrice de la complexité croissante des communautés ici installées et de leur organisation hiérarchique qui atteint son essor au cours du VIe s.

Enclos funéraires de la nécropole de la rue du Maneggio. D’après Gambari & Cerri 2011.
Fig. 2. Enclos funéraires de la nécropole de la rue du Maneggio. D’après Gambari & Cerri 2011.

C’est à ce moment que l’habitat, par une concentration progressive à la fois démographique et territoriale, atteint une extension maximale estimée d’environ 95 ha, peuplée par pas moins de 3 000 habitants, voire 5 000 ou 6 000, compte tenu des nombreuses structures documentées et surtout du nombre très élevé des sépultures.

L’habitat : évolution fonctionnelle et architecturale

Comme il a été précisé plus haut, la distinction entre secteurs funéraires et résidentiels se met progressivement en place à la fin du VIIIe s. a.C. pour se consolider au cours des siècles suivants. Les opérations d’assainissement favorisent l’installation d’espaces domestiques sur le petit plateau morainique. Toute la zone comprise entre l’actuelle via Riviera et la Briccola, aux abords de la boucle du Tessin, est alors entièrement occupée et aucune structure défensive n’a était mise au jour pour l’instant. La position choisie, légèrement surélevée et dominant la boucle du fleuve, assurait de ce fait non seulement le contrôle de ce segment du fleuve, mais aussi une protection naturelle. Les habitations documentées au VIIIe s. a.C. montrent une architecture en bois, sur poteaux et rondins, avec l’emploi très ponctuel de torchis ou de pans de bois et clayonnage plaqué d’argile, comme il a pu être observé au lieu-dit Belvedere14. En revanche, vers la fin du VIIe et au cours du VIe s. a.C., l’architecture se complexifie et intègre la pierre. Les maisons ont un plan généralement rectangulaire, pourvues d’un sol aménagé avec des galets, posé sur en cailloutis qui en assure le drainage, et bâties sur un socle en pierres, ou murets en pierres sèches, parfois adossés aux pentes naturelles, supportant probablement une élévation en bois15.

Ce n’est que vers la fin de l’occupation de l’habitat (GIIIA, vers 470 a.C.) que la brique crue commence à être ponctuellement documentée, comme l’illustrent les découvertes réalisées à Briccola et Belvedere. Des bâtiments de service ou des constructions annexes participent aussi à l’articulation fonctionnelle de l’habitat. Il s’agit de lieux de stockage, associés tantôt aux ports et aux gués fluviaux (Briccola, Novelli et Riviera), tantôt à proximité des habitations (greniers et granges sur poteaux). Un complexe système d’évacuations et de canalisations est structuré pour stabiliser l’habitat et assurer ainsi un drainage efficace des eaux. Des aires pavées, à proximité des ports et des gués, indiquent l’aménagement de zones de charge et de décharge des marchandises facilitant également l’accès aux chars ou chariots. Leur localisation, le long des deux rives du Tessin, ainsi qu’au nord et au sud du promontoire de Castelletto souligne une organisation très soignée du micro-territoire et en particulier du réseau routier reliant la voie fluviale aux voies terrestres.

En ce qui concerne les structures à vocation artisanale, les quelques données publiées suggèrent la présence d’ateliers disposés de préférence vers les limites extérieures de l’agglomération16, selon une pratique bien connue au nord des Alpes dans les habitats à vocation artisanale des VIe et Ve s. a.C.17, mais également en Italie du Nord comme à Gropello-Cairoli Santo Spirito18 et peut-être à Côme où les vestiges d’activités métallurgiques semblent se concentrer dans le secteur méridional de l’habitat (lieux-dits Pianvalle, via Isonzo La Pesa, via Isonzo et via Ronchetto)19. À Castelletto Ticino et à Sesto Calende, ces structures, bien que partiellement conservées, se présentent sous la forme de fosses subcirculaires ou rectangulaires, de dimensions variables, de lambeaux de structures pyrotechniques, de sols rubéfiés ou en cailloutis, livrant scories et déchets divers20. Au lieu-dit Belvedere, il s’agit d’un fossé de drainage contenant des cuvettes pour le décantage de l’argile et de petits enclos circulaires d’élaboration, dont le sol est drainé par l’aménagement d’un cailloutis. Dans ces derniers, la présence de scories de minerai de fer suggère l’existence d’un quartier artisanal spécialisé dans la forge et dont les produits étaient destinés au commerce. Au lieu-dit Cascina Riviera, dans la zone 5 de l’habitat, la couche US210 a livré une forte concentration de petit mobilier en alliage cuivreux en cours de fabrication et/ou de finition, associé à un fragment de lingot refondu et à un fragment de moule pour l’élaboration de plaques de ceinture21.

Sur l’ensemble de l’espace occupé par l’habitat, les derniers niveaux de fréquentation sont tous datés du début du Ve s. a.C. (Golasecca IIIA1), moment où l’habitat est abandonné au profit de terres plus méridionales, et parallèlement à l’essor de Côme, deuxième centre proto-urbain de Golasecca22, et à la fondation de Milan.

L’axe fluvio-lacustre : un choix stratégique de premier ordre

Comme il a été souligné, l’installation de l’habitat à la sortie du Tessin du lac Majeur correspond à un choix topographique bien précis. En effet, à cet emplacement, entre le lieu-dit Novelli et l’actuel barrage de Miorina, se formaient de forts rapides, donnant lieu à un point de rupture de charge naturel, et ce jusqu’au Moyen Âge23 (Fig. 3). La nature peu favorable à la navigation de cette partie du fleuve obligeait à procéder au transbordement des marchandises qui s’effectuait alors par une voie terrestre. Celle-ci en assurait l’acheminement, avec plusieurs escales fluviales, jusqu’au port lacustre situé en amont de l’habitat. Ainsi, la marchandise était acheminée par voie terrestre en longeant le rio Valleggia, depuis Cascina Riviera jusqu’au port de la Briccola d’où l’on pouvait facilement rejoindre le lac.

Photo aérienne de Castelletto Ticino/Sesto Calende de 1981. © Regione Lombardia
Fig. 3. Photo aérienne de Castelletto Ticino/Sesto Calende de 1981. © Regione Lombardia

Ce réseau de voirie a été aujourd’hui identifié et correspond aux anciens lits du Tessin, en particulier le rio Valleggia, inactifs pendant la période considérée. La complexité de la gestion de la navigation fluvio-lacustre nécessitait non seulement un contrôle de tous les points de transbordement et d’escale fluviaux, lacustres et terrestres, mais aussi une maîtrise de la navigation lacustre et fluviale par l’emploi conjoint de pirogues pour le fleuve et de barges plus grandes pour le lac. La singularité de ce point de raccord naturel, idéalement situé entre les Alpes et le Pô, a sans doute attiré les commerçants étrusco-italiques et facilité l’émergence d’un vrai pouvoir politique des élites locales. Ce n’est peut-être pas le fait du hasard si, encore au Moyen Âge, ce point de rupture de charge était contrôlé par la corporation des bateliers et les contrats commerciaux gérés par de nombreux notaires installés à Castelletto Ticino.

À l’âge du Fer, les analyses géomorphologiques et les carottages effectués dans le Tessin, à proximité de l’habitat de Castelletto Ticino, ont mis en évidence, au IXe siècle a.C., une érosion qui a favorisé, par la baisse du niveau des eaux du lac, le dégagement des terrasses lacustres24. Ces terrasses ont été aussitôt occupées et aménagées pour y accueillir des ports, des gués et des aires pavées. Les vestiges des structures portuaires découverts à Castelletto Ticino, Briccola et Cascina Novelli, en sont un bon témoignage. En revanche, au pied de la colline de la Mirabella, vers le nord du plateau, les analyses géo-pédologiques ont enregistré d’autres variations du niveau du lac pendant toutes les phases d’occupation de l’agglomération protohistorique. Ainsi, aux VIIIe et VIIe s., le niveau du lac devait se situer à huit mètres au-dessus du niveau actuel, et à seulement deux mètres, pendant la période romaine. À Belvedere, les dépôts archéologiques semblent s’être accumulés sur une épaisseur de quatorze mètres, illustrant une crue exceptionnelle du lac et une stagnation saisonnière des eaux, vers le milieu du Ve s. a.C. Il est possible que ce dernier phénomène ait eu un impact dans la gestion des activités emporiques de Castelletto Ticino et qu’il soit aussi à mettre en cause dans le déplacement vers le sud de l’occupation, comme le suggère l’implantation de la nécropole de Pombia25 ; mais les données disponibles ne sont malgré tout pas suffisamment étoffées pour établir un lien de cause à effet direct dans le déclin de l’agglomération.

L’évolution sociale : des chefs-guerriers aux seigneurs du commerce

L’évolution de l’habitat et des nécropoles associées est un élément essentiel pour comprendre en même temps les transformations politiques et sociales de la communauté et son organisation hiérarchique. Comme il a été souligné plus haut, la délimitation intentionnelle d’au moins une nécropole, celle de la via del Maneggio, à l’intérieur des limites de l’habitat marque le début d’une répartition fonctionnelle précise du territoire qui verra la sphère funéraire s’organiser à sa périphérie (Fig. 4). À Castelletto Ticino, les espaces funéraires vont alors s’implanter à l’ouest du rio Valleggia, le long de trois axes d’accès à l’habitat selon une orientation ouest/nord-ouest, sud/sud-ouest et sud/sud-est. À l’est du Tessin, la voie qui actuellement mène au Simplon est en revanche jalonnée par une série de tombes de guerriers et de tombes monumentales, dont celles aux lieux-dits Mulini Bellaria ou Vergiate, la première connue pour son tripode en bronze d’imitation étrusque, la deuxième pour sa stèle. Cette organisation spatiale reprend un schéma bien connu dans le monde étrusque au VIIIe s. a.C., où les tombes monumentales et les nécropoles sont implantées le long des principales voies d’accès à la ville, pour marquer l’appartenance du territoire à une communauté bien précise en lui conférant une grande valeur à la fois politique et symbolique26. Entre le milieu du VIIIe s. a.C. et le siècle suivant, le nombre très élevé de tombes enregistrées, circonscrit dans un court laps de temps d’à peine cinquante ans, témoigne d’une hausse démographique importante et d’une probable concentration territoriale. Ce phénomène se produit peu avant 650 pour se poursuivre et se consolider dans les deux siècles suivants. Les grandes nécropoles de Castelletto Ticino (IXe-VIIe s. a.C.), d’Ameno (aires A, B et E, fin VIIe-début Ve s. a.C.), de San Bernardino di Briona (deuxième moitié du VIe-début du Ve s. a.C.) et, plus au sud, de Pombia (VIe-Ve s.) illustrent ce processus pour chaque phase d’occupation de l’habitat. Elles attestent surtout l’émergence d’une communauté qui disposait d’un pouvoir politique affirmé et contrôlait ostensiblement un vaste territoire.

Plan de Castelletto Ticino avec l’identification des différentes zones fonctionnelles de l’habitat et de son territoire. Étoile: nécropole de la rue du Maneggio. D’après Gambari & Cerri 2011.
Fig. 4. Plan de Castelletto Ticino avec l’identification des différentes zones fonctionnelles de l’habitat et de son territoire. Étoile: nécropole de la rue du Maneggio. D’après Gambari & Cerri 2011.

Ce remaniement correspond aussi à l’éclosion de nouvelles élites et à la progressive apparition de nouvelles classes sociales, comme en témoigne la coexistence, au sein des nécropoles de mêmes périodes, de différentes architectures funéraires : grands tumuli, enclos circulaires et rectangulaires et tombes à caisson lithique. L’importance particulière conférée aux sépultures des chefs de lignées, notamment à via del Maneggio d’abord et, un peu plus tard, à Sesto Calende, participe de ce même changement. C’est aussi entre 750 et 675 (Golasecca IB) que les contacts directs avec les cités étrusques font leurs premières apparitions. Des biens importés sont ponctuellement découverts dans les tombes, soulignant le rôle acquis par une frange de la population en mesure d’entretenir d’une façon autonome des relations politiques avec leurs homologues étrusques. Dans la zone de Côme, la tombe de Vigna di Mezzo, aujourd’hui datée du Golasecca IB27, souligne les contacts avec Véies et Vetulonia28. C’est aussi aux ateliers de Vetulonia qu’il faut relier le bassin de la tombe découverte à Castelletto Ticino au lieu-dit Fontanili, datée du VIIe s. (Fig. 5). Mise au jour en 1884, elle se présentait sous la forme d’un caisson lithique, divisé à l’intérieur en deux parties et recouvert de pierres sur une hauteur de deux à trois mètres. Le mobilier funéraire était réparti entre les deux secteurs. À l’origine, la tombe contenait un gobelet et deux coupes cassées en céramique, une épingle à tête bouletée, une ciste à cordons à double anse mobile de production locale ainsi que le fameux bassin de bronze, importé. Ce dernier est un objet exceptionnel tant par sa mise en œuvre que par son décor. Formé d’une vasque en double tôle de bronze, il présente un décor de sphinx aux ailes déployées et de lions alternés, exécutés au repoussé. Il s’agit de l’œuvre d’un atelier étrusque s’inspirant de modèles du Proche Orient. La technique et le style décoratif ne sont pas sans évoquer ceux des ateliers de Vetulonia29. Hormis ces échanges ponctuels matérialisés par des objets à forte valeur symbolique, d’autres indices, encore ténus au VIIIe s. a.C., indiquent l’existence de relations interpersonnelles jouant à une autre échelle de la société. C’est le cas, par exemple, des fibules à grandes côtes de la culture de Golasecca découvertes dans les nécropoles de Felsina30 auxquelles font pendant les fibules de type felsinien, récemment découvertes dans deux tombes de la via del Maneggio à la même époque31. Ces relations se diversifient et s’intensifient surtout au long des deux siècles suivants, quand Castelletto Ticino atteint son essor et que les emprunts étrusques donnent lieu à des nouvelles formes d’ostentation du pouvoir.

Tombe du bassin, Castelletto Ticino, Fontanili 1884. © Soprintendenza Archeologica Piemonte.
Fig. 5. Tombe du bassin, Castelletto Ticino, Fontanili 1884. © Soprintendenza Archeologica Piemonte.

En effet, entre le VIIe et le VIe s., de nouveaux objets, symboles et rituels sont intègrés et adaptés aux manifestations locales du pouvoir, trahissant la capacité de l’élite locale à tisser et entretenir un complexe réseau de contacts, voire d’alliances, avec les domaines transalpin et étrusco-italique.

La découverte, à proximité de l’ancien port fluvial de la Briccola, d’une stèle figurée représentant une lance et un disque-cuirasse de type kardiophylax, d’origine centro-italique, semble aller dans ce sens32 (Fig. 6), tout comme les somptueux assemblages de deux fameuses tombes de guerrier de Sesto Calende (640-630 et 610-600), séparées l’une de l’autre par l’écart d’une seule génération33. Ici, la représentation du pouvoir mêle symboles étrusco-italiques, hallstattien et éléments indigènes comme l’indique la composition des deux assemblages : paires de mors et éléments d’harnachement de cheval, situles en bronze décorées de type Kurd, casques en bronze, jambières en bronze étrusques, courte épée à antenne en fer du Hallstat occidental, pointes de lance en fer et nombreuses poteries. Le répertoire décoratif des deux situles de type Kurd souligne encore le rôle du cavalier et de l’épée au sein de la communauté indigène. Les personnages de haut rang y sont représentés vêtus des bracae, vêtements par ailleurs connus uniquement sur ces deux vases dans l’ensemble de l’art des situles de l’Italie septentrionale (Fig. 7). Dans la première tombe, la composition même de l’assemblage funéraire restitue l’image d’un chef-guerrier possesseur d’un char et équipé d’une panoplie complexe mêlant armement défensif (casque et jambières) et offensif (épée à antennes) de tradition à la fois étrusco-italique et hallstattienne. Dans la deuxième tombe de guerrier, on retrouve sur la situle la même scène figurée, mais cette fois-ci le personnage de haut rang est de plus grande taille et il précède un individu plus jeune, lui aussi équipé d’une épée. Parmi le riche mobilier qui accompagnait le défunt, outre un char, on trouve à nouveau une épée à antennes d’ascendance hallstattienne occidentale et une panoplie mixte. La présence de l’épée dans l’iconographie et dans les sépultures, bien qu’elle demeure très ponctuelle, est peut-être à relier à l’étymologie du nom Insubres, interprétable comme enso-ber soit “porteur d’épée” en gaulois, proche du terme latin ensifer. C’est probablement par un tel terme que les chefs golasecchiens se désignaient à Castelletto Ticino aux VIIe et VIe s. a.C., avant qu’il ne devienne la désignation caractéristique du peuple, puis celle de la ligue celtique ayant Mediolanum comme capitale34. Quoi qu’il en soit, la diversité d’influences lisible dans ces deux assemblages permet de percevoir non seulement le rôle de la communauté dans les échanges entre la péninsule italienne et l’Europe centrale, mais surtout la façon dont les autorités locales ont pris le contrôle de ces échanges, adoptant les coutumes et les idéologies des différentes élites avec laquelle ils étaient en contact.

Stèle de la Briccola. D’après Gambari & Cerri 2009.
Fig. 6. Stèle de la Briccola. D’après Gambari & Cerri 2009.
Fig 7a. Voir fig 7b pour la légende.
Fig. 7a.
Stèle de la Briccola. D’après Gambari & Cerri 2009.
Fig. 7b. 7a et 7b : Stèle de la Briccola. D’après Gambari & Cerri 2009.

L’écriture : un nouveau signe et moyen de pouvoir

Un autre aspect fondamental pour la compréhension de l’évolution socio-politique des communautés de Golasecca est sans doute l’acquisition de l’écriture. À ce jour, environ quatre-vingt inscriptions, graffites sur céramiques ou gravures sur pierre, sont connues dans l’ensemble du territoire de Golasecca, s’échelonnant entre le VIIe et la fin du Ve s.35. Si la langue employée appartient à la famille des langues celtiques, l’alphabet, lui, est repris des modèles d’Étrurie méridionale et plus précisément des variantes attestées dans le territoire falisque surtout à Capena, où l’on parlait une langue apparentée au latin36. Il s’agit probablement d’un choix délibéré ayant permis d’adapter d’une façon appropriée un système alphabétique existant aux exigences phonétiques imposées par la langue celtique parlée à Castelletto Ticino. Les plus anciennes découvertes datent du Golasecca IC, vers le milieu du VIIe s. a.C., soit peu de temps après la première diffusion de l’écriture dans le monde étrusque (fin du VIIIe s.). Il est donc possible d’envisager une phase de bilinguisme étrusque et celte lié aux activités marchandes de Castelletto qui aurait précédé la maîtrise de l’écriture. C’est ainsi que l’on pourrait expliquer la diffusion rapide de l’écriture et son appropriation précoce à Castelletto.

Dans ce sens semblent aller les inscriptions étrusques reproduisant l’onomastique indigène d’origine celto-ligure dans un alphabet de type étrusque méridional et gravées sur les statues-stèles des chefs-guerriers de la Lunigiana, ou bien la plus tardive diffusion des inscriptions à “rotaia”, tradition originaire de Volterra, dans laquelle s’inscrit celle de Vergiate37. Une ligne directrice reliant l’Étrurie méridionale à Castelletto Ticino par la combinaison des ports, situés entre les fleuves Magra et Arno et les voies fluvio-terrestres intérieures est donc toute à fait envisageable. Les deux inscriptions les plus anciennes connues à Golasecca, l’une, gravée sur roche et découverte dans des niveaux d’habitat, l’autre, incisée sur une céramique et issue d’un probable contexte funéraire, apportent des éléments de réflexion supplémentaires à ce dossier. Découvert en 1994 au lieu-dit Belvedere (Mirabella, Castelletto Ticino), le bloc a été très abimé par les travaux agricoles et la gravure d’incisions successives (Fig. 8). Cependant, il a été tout de même possible d’identifier sur sa surface l’inscription Chothio suivie d’une lettre peu lisible, qui pourrait être un “s” ou un “i”. Le texte pourrait donc se lire Chothioi(so), admettant une lacune pour les deux dernières lettres, ou Chotios. Il s’agirait alors d’un nominatif ou d’un génitif du nom Cotios, patronyme fondé sur le radical cotto– signifiant “ancien, vénérable”. L’inscription, bien que de lecture encore problématique, semblerait donc suggérer l’existence d’un rôle politique particulier attribué aux Anciens. Ce témoignage fait pendant au graffite sur un tesson découvert à Sesto Calende, à peine postérieur sinon contemporain. L’inscription (iunthanacha, adjectif féminin) semble en effet se référer aux jeunes, voire aux jeunes guerriers, ici identifiés par la racine iouanto-, ce qui n’est pas sans rappeler l’iconographie des deux situles de guerrier de Sesto Calende. Cette inscription, même si elle est peut-être incomplète dans sa partie initiale, a été incisée sur une coupe à haut pied retrouvée dans une carrière de sable au lieu-dit Cascina Presualdo en 1937. Attribuée dans un premier temps à l’étrusque, l’inscription a été finalement correctement replacée dans le corpus des inscriptions de Golasecca en vertu de son suffixe caractéristique –ako.

Bloc rocheux de Castelletto Sopra Ticino, lieu-dit Belvedere. Inscription gravée sur pierre. © Soprintendenza Archeologica Piemonte / Musée de Castelletto Ticino.
Fig. 8. Bloc rocheux de Castelletto Sopra Ticino, lieu-dit Belvedere. Inscription gravée sur pierre. © Soprintendenza Archeologica Piemonte / Musée de Castelletto Ticino.

Il est tout de même intéressant de remarquer que jusqu’à la fin du VIe s. a.C., la plupart de ces témoignages proviennent de sépultures aux assemblages modestes, attribuables peut-être aux classes moyennes, pourquoi pas celles des marchands et/ou des artisans, contrairement à ce qui se produit dans le monde étrusque, où l’écriture est l’expression de la classe politique dominante et par conséquent associée aux stèles funéraires marquant les tombes de l’élite. À Castelletto, comme ensuite à Côme, les inscriptions sont réalisées sur les surfaces céramiques après cuisson, et déposées ensuite dans des tombes ne livrant pas d’assemblages fastueux. Par exemple, l’inscription incisée sur le gobelet de la tombe 5 de la via Aronco à Castelletto Ticino (Fig. 9), datée de la première moitié du VIe s. a.C., provient d’une tombe somme toute “ordinaire”38. L’inscription indique le nom d’une personne, “chosioiso”, le possessif, indiquant, selon une pratique étrusque, la possession de l’objet par un individu celtique alphabétisé : Chosios. D’autres inscriptions proviennent du même territoire, ainsi que des graphèmes ou de simples lettres souvent incisés sur des coupes ou des gobelets, selon la coutume de l’“appropriation personnelle” de l’objet, que l’on retrouve par exemple à Bologne sur les amphorettes à double anse, fréquentes dans les sépultures d’époque orientalisante39.

Gobelet de la tombe 5 de via Aronco à Castelletto Ticino, avec inscription incisée Chosioiso, environ 570 a.C.
Fig. 9. Gobelet de la tombe 5 de via Aronco à Castelletto Ticino, avec inscription incisée Chosioiso, environ 570 a.C.

C’est seulement vers le milieu et surtout vers la fin du VIe s. que les inscriptions apparaissent aussi dans les tombes des chefs. C’est le cas des inhumations sous tumulus de San Bernardino di Briona (vers 500), ou bien dans la tombe monumentale que devait signaler la stèle de Vergiate, non loin de Sesto Calende. Le rôle de l’élite évolue alors et comprend désormais, à côté du modèle guerrier de type transalpin, des formes plus complexes de pouvoir ainsi que la capacité d’écrire, parfois selon des formules typiquement étrusques comme l’atteste le zichu de Sesto Calende40.

En croisant l’ensemble de ces témoignages, nous pouvons reconnaître une organisation sociale complexe composée, d’une part, d’une classe politique dont les éléments ostentatoires du pouvoir se manifestent par la richesse des assemblages funéraires, souvent de provenance hétéroclite, avec parfois une panoplie militaire qui accentue l’élévation sociale de l’individu, et, d’autre part, les marchands qui, maîtrisant l’écriture, ont renforcé rapidement la productivité et la rentabilité du commerce local et surtout supra-régional. C’est en effet l’essor du commerce et la gestion logistique de celui-ci, nécessitant pirogues et fins connaisseurs du fleuve, qui est à l’origine de la montée en puissance de ces nouvelles classes sociales, principaux interlocuteurs des commerçants étrusques. Habitués à communiquer et à marchander directement avec les partenaires étrusques, les marchands de Golasecca gèrent et animent plusieurs escales emporiques le long de principales voies d’acheminement, devenant les interlocuteurs de choix des Celtes transalpins, grâce aussi à leur proximité linguistique. L’accroissement de la demande, stimulant l’artisanat local et une surproduction, amènera progressivement les artisans locaux à augmenter le rayon de diffusion de leurs produits comme le montre la large diffusion du mobilier de type Golasecca attesté au nord et au sud des Alpes41 (Fig. 10).

Carte de répartition du mobilier de type Golasecca à nord des Alpes. © Cicolani 2017.
Fig. 10. Carte de répartition du mobilier de type Golasecca à nord des Alpes. © Cicolani 2017.

Le Ve s. a.C. : vers le déclin de Castelletto et une nouvelle forme d’urbanisation

Enfin, au Ve s. a.C., le cadre change radicalement. Différents facteurs sont à mettre en cause. D’abord, un changement climatique augmente la pluviosité et par conséquent le niveau du lac. Ceci perturbe le système des escales fluviales limitant le développement du centre de Castelletto Ticino. Ensuite, l’augmentation démographique favorise l’occupation progressives des zones de plaine, situées plus au sud, facilitée, entre autre, par la diffusion de nouvelles pratiques et techniques agricoles empruntées aux Étrusques, dont la viticulture qui a une grande importance économique. Enfin, l’extension du territoire associé à celle de la production agricole a sans doute accru la valeur de à la possession et du contrôle des terres et terroirs. C’est à partir de ce moment qu’une nouvelle forme d’organisation sociale semble se mettre en place avec la formation de nouveaux centres, le développement de nouvelles routes et probablement le réaménagement des propriétés foncières. Pour favoriser les déplacements, de nouvelles routes sont alors créées dans la plaine. On connaît par exemple les axes Mediolanum-Sesto Calende, Mediolanum-Comum, Mediolanum-Vercellae, celle Vercellae-Comum et Mantua-Brixia-Bergomum-Comum, archétypes des futures voies romaines.

Il ne faut pas non plus oublier la présence, au cours du Ve s., de plusieurs centres étrusques déjà actifs dans la plaine. Dès la fin du VIe s., les Étrusques se sont en effet installés au nord du Pô fondant Mantoue et Bagnolo San Vito. Au Ve s., sont également fondées Melpum, aujourd’hui non localisée mais à situer vraisemblablement au confluent de l’Oglio et du Pô, et Acerrae, près de Pizzighettone, au confluent de l’Adda et du Serio et dont le nom trahit l’origine étrusque. Parallèlement, la fondation de l’emporium étrusque de Gênes stimule le développement des nouvelles routes commerciales méridionales en direction de Milan.

L’ensemble de ces facteurs détermine sans doute le déclin de Castelletto Ticino, favorisé aussi par la fondation de Mediolanum. Cet abandon se fait de manière progressive autour de 470. Des scories, des moules de fusion, un lingot en alliage cuivreux témoignent d’une activité artisanale peut-être plus réduite, mais toujours active. Des habitats sont encore fréquentés ponctuellement au Ve s., comme dans les sites fouillés sur la rive gauche du fleuve à San Vincenzo et Mulini di Bellaria. Dans ce dernier lieu-dit, les sondages ont confirmé la continuité de l’utilisation du gué et une occupation stable, illustrée par la découverte de vestiges d’habitations42. Cependant, les habitants quittent progressivement la zone où le Tessin sort du Lac Majeur pour se déplacer 25 km plus au sud vers la plaine du Pô, donnant lieu à une nouvelle entité culturelle appelé par les archéologues Romentino-Cuggiono, du nom de deux nécropoles où la présence tant d’importations étrusques43 que d’éléments de parure tardo-hallstatiens44 souligne l’importance de ce nouveau relais plus méridional du Tessin, en direction de Côme et de Milan. L’axe fluvio-lacustre devient ainsi secondaire par rapport aux voies terrestres qui le longent pour se diriger vers les cols alpins. Un seul habitat résiste encore à Castelletto Ticino, au lieu-dit via Marconi, grâce à son port qui reste en usage pendant le Ve s. a.C. et qui est utilisé probablement par Côme et Bologne afin d’assurer les liaisons avec le domaine transalpin.

Ces changements finissent par toucher non seulement l’agglomération de Castelletto Ticino, mais aussi l’ensemble du territoire des Insubres qui se retrouve dès lors réorganisé. Mediolanum, dont le nom au Ve s. devait être Alba d’après une source anonyme carolingienne, est alors fondé pour mieux contrôler le nouveau système viaire et contrer l’expansion étrusque dans la plaine. Par ailleurs, la tradition mythique d’un fondateur militaire (œciste) de Mediolanum dévoile les raisons politiques sous-jacentes à cet acte, à l’origine de la création de plusieurs nouveaux centres. Ainsi, les Oromobi fondent Bergomum dans la plaine, intégrant dans son territoire la zone minière de Parre et déplaçant ainsi le centre de leur organisation politique et commerciale. En revanche, les Insubres s’étendent vers l’est grâce à la fondation de Brixia le long d’une voie directrice qui prendra la forme d’une vraie route. Ici, la découverte dans le collège Arici45 d’une coupe étrusco-padane du Ve s. portant l’inscription takos, c’est-à-dire tagos “directeur/commandant militaire”, souligne davantage le nature coloniale de l’acte de fondation, selon un modèle repris du système des magistratures italiques et étrusques : le meddix et le zilach. On retrouvera l’appellation tagos toutas dans une inscription du IIe s. a.C. à San Bernardino di Briona. Ce témoignage est un indice précieux de continuité entre la réorganisation urbaine et politique qui caractérise les dernières phases de la culture de Golasecca et les nouveaux centres de la ligue insubre du Second âge du Fer.

Conclusions

La formation du centre proto-urbain de Castelletto Ticino/Sesto Calende voit son origine dans la synergie de plusieurs facteurs ayant favorisé son développement depuis un ensemble des petits centres jusqu’à une grande agglomération structurée et florissante. La répartition fonctionnelle des espaces (funéraires, sacrés, domestiques, artisanaux et commerciaux), l’émergence et l’évolution des nouvelles classes sociales sont débitrices du monde culturel étrusque dans ses expressions immatérielles par des nouvelles expressions politiques et sociales. Mais cette première urbanisation, à Castelletto Ticino tout comme à Côme, prend surtout la forme du modèle de site-portail de type Gateway, étroitement lié au commerce fluvial. C’est au Ve s. a.C. que l’occupation massive de la plaine par des nouvelles formes d’exploitation agricole amène à une plus grande diversité des habitats et à un clivage social, tandis que le commerce le long des voies terrestres favorise la naissance de véritables villes, selon les modèles “coloniaux” étrusques. Enfin, au cours de cette dernière phase, les élites locales intègrent progressivement les modèles des magistratures étrusco-italiques préparant ainsi l’organisation proto-étatique qui caractérisera les ligues celtiques cisalpines du Second âge du Fer.

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En novembre 2020, Filippo Maria Gambari est décédé, emporté par la Covid-19. Archéologue, étruscologue de renommé internationale, directeur du musée de la Civilisation romaine il a mené une riche carrière scientifique et institutionnelle marquée par plus de 200 publications. Nombreux sont ceux qui parmi nous ont eu la chance et le plaisir de le côtoyer, de travailler et d’échanger sur les nombreux sujets qu’il affectionnait. La genèse des agglomérations proto-urbaines d’Italie du Nord et en particulier celle de Castelletto en était un. Cet article, écrit il y a quatre ans, est malheureusement le dernier travail que j’ai eu le bonheur de réaliser avec lui. Sans changements majeurs dans la formulation, le texte reflète la démarche qu’il a toujours suivie, alliant découvertes archéologiques et sources textuelles.

Avec la mort de Filippo Maria Gambari nous perdons non seulement un archéologue de premier plan, un collègue, un directeur, un professeur, mais aussi pour beaucoup d’entre nous un mentor et un ami.

Notes

  1. Guidi 2000.
  2. Rendeli 2015.
  3. Voir, pour se limiter aux quelques références récentes, Milcent 2012, Brun & Chaume 2013, Krausse et al. 2016, Fernandez-Götz & Krausse 2016, Stoddart 2017, Zamboni 2021.
  4. Burghardt 1971, Hirth 1978, Nakoinz 2015, Nakoinz & Knitter 2016.
  5. Gambari 1989, 1991, 2004.
  6. Gambari & Colonna 1988, Verger 2001, Gambari 2009.
  7. Gambari 2008a.
  8. D’après Plin., Nat., 3124-125, “Oromobiorum stirpis esse Comum atque Bergomum et Licini Forum aliquotque circa populos auctor est Cato, sed originem gentis ignorare se fatetur, quam docet Cornelius Alexander ortam a Graecia interpretatione etiam nominis vitam in montibus degentium. In hoc situ interiit oppidum Oromobiorum Parra, unde Bergomates Cato dixit ortos, etiamnum prodente se altius quam fortunatius situm”.
  9. L’ancien nom Parra se lie à la racine celtique *barros qui signifie tête, sommet, pointe ou cime.
  10. de Marinis et Rapi 2021.
  11. de Marinis 1975, 1981, 1982, 1986-1988, 1988, 2008 ; Gambari 1989, 1991,1998b, 1999, 2004 ; Casini 2000, 2011, Lorre & Cicolani 2009, Cicolani 2013, 2017, Cicolani & Tribouillet 2018, Cicolani & Huet 2019, Gambari & Cerri 2011, Sassatelli 2000, 2005.
  12. Gambari & Cerri 2009 ; 2011.
  13. Cette pratique adaptée précocement à Castelletto Ticino deviendra un modèle qui va perdurer au moins jusqu’au Ier s. a.C. s comme le témoigne la fameuse stèle bilingue en celtique et latin de Vercelli (80 a.C.), Gambari 2011.
  14. Ceresa Mori et al. 2009, 57-60, Binaghi Leva & Squarzanti 2000, Gambari 2001a.
  15. On signale tout de même la découverte d’une structure circulaire d’environ 10 mètres de diamètre récemment découverte dans la partie sud du plateau.
  16. Ruffa 2001, 13-14, Gambari, in Gambari & Cerri 2011, 28-38.
  17. Dubreucq et al. 2021.
  18. Ruffa 2010.
  19. Casini et al. 2002, 111-113.
  20. Ruffa 2001, 19-20.
  21. Ruffa 1999, 2000.
  22. Voir ici Casini & Rapi 2021 et de Marinis & Casini 2021.
  23. Au VIe s. a.C. le niveau moyen du lac se situait à environ 8 mètres au-dessus du niveau actuel, vers le 470 a.C. on a une crue exceptionnelle, vers l’âge romain le niveau a baissé autour de +2m et au Moyen Âge la décrue est régulière en fonction de l’érosion du seuil de la sortie du Tessin.
  24. Gambari et al. 1995, Gambari 1989.
  25. Gambari 2001b, 2004.
  26. Gambari 2000, 2001a.
  27. de Marinis & Gambari 2005.
  28. de Marinis 1975; de Marinis 1988, 178-179 et de Marinis & Casini 2021, 245.
  29. Gambari 1986 et Lorre & Cicolani 2009, 148
  30. Casini 2011
  31. de Marinis & Gambari 2005, Gambari & Cerri 2011.
  32. Gambari & Cerri 2011, 22-23.
  33. de Marinis 1975, 2009 ; 2017, 211-216.
  34. Gambari 2008b.
  35. Motta 2000, Piana Agostinetti & Morandi 2004, Rubat, in Lorre & Cicolani 2009, Maras 2014.
  36. Gambari 2009.
  37. Gambari & Colonna 1988 ; Gambari 1999.
  38. Gambari & Colonna 1988, Colonna 2005.
  39. Sassatelli 2000, 55.
  40. Maras 2014.
  41. Casini 2000, Faudino et al. 2014, Cicolani 2013, 2017.
  42. Binaghi Leva & Squarzanti 2000, 46.
  43. Dans la nécropole de Ponte di Cuggione, on a découvert une tombe avec tripode étrusque. Cf. De Marinis 1981, Fig. 5.7 et 7.4.
  44. Parmi les mobiliers funéraires issus de la nécropole de Romentino, on signale la découverte d’une pendeloque en forme de losange de type Rähmchen Anhänger du Ha D3 final.
  45. Casini 2007.
ISBN html : 978-2-35613-382-3
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Posté le 20/07/2021
EAN html : 9782356133823
ISBN html : 978-2-35613-382-3
Publié le 20/07/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-360-1
ISBN pdf : 978-2-35613-359-5
ISSN : 2741-1508
15 p.
Code CLIL : 4117 ; 3385
DOI : 10.46608/DANA5.9782356133823.12
licence CC by SA

Comment citer

Cicolani, Veronica et Gambari, Filippo Maria, “Des chefs guerriers aux seigneurs des terres et du commerce : les “princes” de la zone occidentale de la culture de Golasecca entre VIIe et Ve a.C.”, in : Brun, Patrice, Chaume, Bruno, Sacchetti, Federica, éd., Vix et le phénomène princier, Actes du colloque de Châtillon-sur-Seine, 2016, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 5, 2021, 191-206, [en ligne] https://una-editions.fr/des-chefs-guerriers-aux-seigneurs-des-terres-et-du-commerce [consulté le 23 juillet 2021].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Accès au livre Vix et le phénomène princier
Illustration de couverture • Vix en 3D (©Jochen Stuhrmann, Hambourg) ; Char de Vix (©Jochen Stuhrmann, Hambourg).
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