La fête de naissance en Grèce et à Rome

La fête de naissance en Grèce et à Rome

Dans les sociétés gréco-romaines, la naissance des enfants est célébrée par des rites se déroulant quelques jours après l’accouchement, un délai s’expliquant selon Aristote par la forte mortalité infantile. Les sources permettent d’identifier ces fêtes des premiers jours : les Amphidromies et la dekatè, à Athènes, et le dies lustricus, à Rome.  

Les Amphidromies constituent un rite intégrateur pendant lequel s’effectue une double circumambulation, pratique qui consiste à « marcher autour » d’un symbole : d’abord autour de l’enfant posé à terre, puis autour du foyer incarné par la déesse Hestia, avec l’enfant porté dans les bras. Il est possible que les Amphidromies soient aussi un moment probatoire : l’enfant est « testé » et sa viabilité est confirmée par les sage-femmes. Enfin, les Amphidromies permettent de purifier l’espace domestique souillé par l’accouchement. Cette première fête de naissance est un « rite fermé » auquel peu d’individus participent : la mère, le père, l’enfant et les femmes ayant aidé à l’accouchement. Si sacrifice et banquet il y a, ils se partagent en petit comité. Le menu du repas composé de hors-d’œuvres est détaillé par les auteurs comiques Euboulos et Éphippos : 

« Au temps des Amphidromies, où la coutume est de griller une tranche de fromage de Chersonèse, de bouillir une rave luisante d’huile, de cuire à l’étouffée des poitrines d’agnelets gras, de plumer ramiers et grives avec des tarins, de croquer ensemble des seiches et des mendoles, de battre force tentacules de poulpes bien consciencieusement, et de boire force coupes de bon vin pur […] ». 

Au contraire, la deuxième fête de la dekatè est marquée par une grande sociabilité : les parents, les amis, les voisins sont conviés pour ce rite au cours duquel le père donne un nom à son enfant et entame le processus de reconnaissance paternelle, avec et devant témoins. Cette fête du dixième jour constitue ainsi une preuve mobilisée dans les procès d’héritage lorsqu’il est question de confirmer la légitimité de naissance d’un individu. Cette fête de nomination s’accompagne de danses nocturnes, de sacrifices et de repas.

Selon le lexicographe Hésychius d’Alexandrie, il est de coutume de décorer les portes des maisons lorsque des enfants viennent au monde. S’il s’agit d’une fille, on accroche un brin de laine et s’il s’agit d’un garçon, on suspend une couronne d’olivier. 

Les rites liés à la naissance se poursuivent en dehors de la maison. Afin de remercier les divinités du bon déroulement de l’accouchement, les parents leur consacrent divers objets, des vêtements, des sandales, des figues en terre cuite. De telles offrandes ont été ainsi mises à jour dans les sanctuaires de Déméter et d’Artémis. 

Dans la domus romaine, après l’accouchement, la sage-femme s’affaire autour du nouveau-né : elle le pose à terre et l’examine, pour vérifier sa vigueur et son intégrité physique, afin de déceler les anomalies corporelles. Si la sage-femme considère que l’enfant est ainsi viable, elle le relève et sectionne le cordon ombilical. S’ensuit le temps du premier bain, une étape souvent représentée sur les sarcophages d’époque impériale. Le médecin Soranos d’éphèse décrit ce bain rituel où l’enfant est d’abord frotté au sel puis plongé dans de l’eau parfumée à la mauve, au fenugrec et aux huiles. Comme à Athènes, la naissance d’un enfant constitue un évènement privé et public : elle est annoncée, à l’extérieur de la domus, par l’accrochage de guirlandes et de branches de laurier ou par une inscription sur la façade. Ainsi, les amis de la famille viennent féliciter le père et des bancs sont même dressés dans la rue, pour que les passant soient associés à la célébration. 

Selon Plutarque, le cordon ombilical du nourrisson tombe au septième jour : l’enfant cesse ainsi de ressembler davantage à une plante qu’à un être vivant. Ayant perdu le dernier élément qui le relie à la vie intra-utérine, le nouveau-né est prêt pour sa naissance sociale. Le dies lustricus, ou jour de nomination, se déroule huit jours après la naissance d’une fille et neuf jours après la naissance d’un garçon, signe d’une différence sexuée des destins qui s’impose précocement. Amis et parents sont alors conviés lors de ce dies lustricus qui inscrit l’enfant dans sa gens paternelle. La journée est scandée par des lustrations (des purifications rituelles) et des rites de protection. Il est ainsi d’usage que la grand-mère ou la tante maternelle frotte le front et les lèvres du nouveau-né avec un doigt imprégné de salive, afin d’éloigner le mauvais œil. L’enfant reçoit en outre des petites amulettes qui, là aussi, sont censées le protéger des maladies. 

Bibliographie

  • Damet, A. et Moreau, P. [2017] (2019) : Famille et société dans le monde grec et en Italie (Ve-IIe siècles av. J.-C.), [2e édition], Paris.
  • Dasen, V. (2013) : « Entrer dans la vie à l’époque romaine », in : Morel, M.-F. éd. : Accueillir le nouveau-né, d’hier à aujourd’hui. Paris, 19-48.
  • Gherchanoc, F. (2012) : L’oikos en fête. Célébrations familiales et sociabilité en Grèce ancienne, Paris.

Comment citer

Damet, Aurélie (2022) : “La fête de naissance en Grèce et à Rome”, in : Lacroix, Audrey, éd., L’Antiquité est une fête, Actualités des études anciennes, le carnet scientifique de la Revue des Études Anciennes, Ausonius éditions, 9-11 [en ligne] https://una-editions.fr/fete-de-naissance [consulté le 23/03/2022]
Posté le 28/04/2022
EAN html : 9782356135001
ISBN html : 978-2-35613-500-1
Publié le 28/04/2022
ISBN livre papier : 978-2-35613-501-8
ISBN pdf : 978-2-35613-502-5
3 p.
Code CLIL : 3385; 3666
DOI : 10.46608/balade2.9782356135001.1
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