Une tendance inachevée vers l’urbanisation en Celtique nord-alpine (575-450 a.C.)

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drapeau anglais signifiant l'existence d'une traduction An unfinished trend: towards urbanisation in Celtic regions north of the Alps (575-450 BC)

Les interprétations du phénomène princier qui s’est épanoui entre 575 et 450 a. C. dans le sud-ouest de la Celtique nord-alpine ont étonnamment variés d’un extrême à l’autre durant les trente dernières années. Elles peuvent même être considérées comme un archétype des excès post-processualistes. Ces derniers résultent de l’aporie de l’approche relativiste adoptée longtemps par une majorité des archéologues, sans toujours en mesurer les conséquences. Ils en sont ainsi venus à traiter la question de l’urbanisation sans s’efforcer de définir précisément ce qu’ils entendaient par là. Les critères en ont pourtant été clairement définis par les chercheurs en géographie urbaine. À partir d’une réflexion exigeante sur les critères de définition, nous tentons de montrer que non seulement les plus grands centres dits princiers par tradition – pour résumer le caractère exceptionnellement ostentatoire des réalisations de leurs élites dirigeantes – n’ont pas été au bout de la tendance vers l’urbanisation qu’ils semblaient suivre, même si leur démographie a pu le laisser penser, mais aussi que cet effondrement avant terme ne permet en aucun cas de les qualifier de proto-urbains. Nous abordons ensuite trois importantes questions actuellement en débat : les résidences “princières” étaient-elles localisées au centre de leur territoire comme on tend à le penser ? La tombe princière récemment découverte à Lavau peut-elle être considérée comme un contre-exemple du modèle canonique ? Et enfin quelles ont été les causes de l’effondrement du phénomène “princier” ?

Des interprétations variant d’un extrême à l’autre

Il est devenu habituel de présenter l’histoire des idées en archéologie comme la succession de trois courants dominants de la recherche : l’archéologie traditionnelle, l’archéologie nouvelle (New Archaeology), puis l’archéologie post-processualiste (avatar archéologique du postmodernisme). Les tenants de l’archéologie nouvelle avaient prôné contre la précédente une méthodologie en vigueur dans les sciences exactes pour valider leurs hypothèses. Ils se fixaient pour objectif ultime la formulation de lois de la dynamique culturelle (Binford & Binford 1968, Clarke 1968). Les post-processualistes se sont, contre ces derniers, opposés à l’essai de dégager des lois générales du changement social, mais aussi, à la croyance en des théories indépendantes du contexte social (Hodder 1982). C’est dans cet esprit qu’il était devenu de bon ton dans les années 1990 de remettre en question le niveau de complexité politique prêté jusque-là aux sociétés protohistoriques.

Un archétype de ces excès interprétatifs : les sociétés hallstattiennes des VIe et Ve s. a.C.

Selon la meilleure typologie actuelle des formes d’organisation sociales, celle de Johnson et Earle (1987, 2000), la conception de la plupart des spécialistes des sociétés de culture hallstattienne des VIe et Ve siècles a. C. était de les classer dans la catégorie des chefferies complexes, alors que pour les post-processualistes, il était devenu plus pertinent d’y voir des collectivités locales à Big Man (Eggert 1989, 1997), c’est-à-dire des formes d’organisation politiques nettement moins complexes dans lesquelles les dirigeants ne disposaient même pas d’un pouvoir coercitif. Or, la tempête de la fin de l’année 1999 a contraint la majorité des chercheurs à opérer une nouvelle “embardée” conceptuelle en mettant au jour des vestiges d’occupation du Ha D1, dans les chablis, autour du site de la Heuneburg qui s’étendait sur près de 100 ha. Certains d’entre eux en sont même alors venus à considérer cette “résidence princière” comme une ville (Fernández-Götz 2017) ; ce qui revenait à envisager cette société comme un État archaïque, la ville et l’État ayant partout été consubstantielles (fig. 1).

L’évolution des typologies sociales et de leurs correspondances relatives, depuis celle de Morgan jusqu’à celle de Johnson & Earle 1987.
Fig. 1. L’évolution des typologies sociales et de leurs correspondances relatives, depuis celle de Morgan jusqu’à celle de Johnson & Earle 1987.

Les conséquences de l’aporie du relativisme

La visée médiatique n’a pas été la seule motivation des auteurs de cette dernière embardée. L’approche postmoderniste, fondée sur un profond relativisme, permet en effet de s’affranchir de toute rigueur, puisque tout est pour elle une question de point de vue, donc subjective, l’exigence de définir les concepts utilisés ne s’impose même plus. Chacun sait pourtant que le concept de ville ou de site urbain est utilisé pour des formes d’agglomérations de périodes et de régions du monde très différentes ; ce qui rend une définition absolument nécessaire pour les comparer, comme l’exige toute démarchescientifique. Cela n’a pas empêché par exemple, de manière très significative, la publication en 1997 d’un gros ouvrage intitulé Urbanization in the Mediterranean in the ninth to the sixth centuries B.C. dans lequel les auteurs avouaient : “Il est impossible de donner une définition unique du terme urbanisation”(Damgaard Andersen et al. 1997), se contentant de discourir sur le sujet de manière complètement floue, se condamnant de la sorte à l’impossibilité de comparer les agglomérations de l’époque, donc à une irréductible stérilité scientifique.

L’urbanisation : quelle définition ?

Si l’on examine les approches définitoires des spécialistes de la Protohistoire récente qui se sont penchés sur l’apparition du concept de ville en Europe moyenne, force est de constater que très peu ont convoqué les textes de l’Antiquité grecque pour appuyer leur propos. On n’a pourtant pas attendu l’époque moderne pour s’intéresser à la définition de la ville et à son corollaire l’urbanisation. Nos collègues archéologues ou historiens classiques n’ont pas manqué de s’y référer, mais en interrogeant davantage la question des origines de la Polis que celles de la ville en général.

Pausanias dans une définition apophatique d’un cas marginal, Panopée, liste une série de traits physiques de l’Urbain, tout en constatant leur absence pour la “cité” en question. Puis il ajoutait à côté d’autres critères propres à la Polis, tels que le politique (l’Assemblée, siège du gouvernement de Phocide), et le symbolique (le mythe du héros fondateur de la cité), celui plus matériel de l’entité territoriale définie par les limites du territoire (Pausanias, Periegesis, 10.4.1).

Dans le Critias, Platon va plus loin, nous semble-t-il, sur le plan conceptuel, en proposant, cinq siècles avant Pausanias, une grille descriptive de la ville d’Athènes, imaginant, dans une sorte de rétro-construction, ce qu’elle avait pu être 9 000 ans plus tôt. Il décrit minutieusement les deux cités d’Athènes et de l’Atlantide ; la première incarnant l’excellence et l’équilibre de la permanence ; la seconde, la corruption d’une croissance déséquilibrée. Platon, à travers le récit de Critias, fait la part belle au concept de Cité ; il décline une série de six critères descriptifs composant à la fois les deux villes tout en les opposant – l’anthropogonie (comment sont nés les hommes citoyens de cette cité), l’ethnographie, l’économie, la topographie, la chorographie (aspect géographique de son territoire), et enfin l’astugraphie (qui concerne proprement la ville – astu – son aménagement et ses limites) (Kliebenstein & Pineau 2001 ; Charbit 2002 ; Pradeau 2010, 170-171). Platon exposait déjà, en somme, une méthode définitionnelle et son modèle se prêtait potentiellement à une finalité archéologique. Chaque rubrique du philosophe porte ainsi en elle une valeur prototypique, étonnamment moderne qui invite d’ailleurs à réévaluer l’apport des sourcesécrites antiques sur le sujet. Les découpages académiques, un certain cloisonnement, expliquent sans doute que les Protohistoriens aient eu tendance ànégliger certains textes fondateurs antiques.

Cependant, encore aujourd’hui, les critères de définition utilisés par les archéologues pour qualifier d’urbaine une agglomération continuent à s’avérer très insuffisants le plus souvent. Il suffit pourtant de se tourner vers les travaux de la géographie urbaine pour en trouver les critères adéquats. La ville se définit par “une densité, une diversité et une centralité de haut niveau” (Lévy & Lussault 2003). La principale difficulté reste, bien sûr, de déterminer ensuite les seuils quantitatifs à partir desquels nous pouvons considérer ces trois critères comme “de haut niveau”.

Quel seuil démographique ?

La densité moyenne de la population des villes actuelles est extrêmement variable, non seulement dans le monde, mais aussi à l’intérieur de chaque pays ; même dans les plus fortement administrés comme la France. Elle dépend en effet des limites de la zone prise en compte qui continue d’osciller dans le temps de manière très inégale d’une ville à l’autre (du fait de l’extension des Zones d’Activités Commerciales, et des lotissements pavillonnaires, par exemple). Les chiffres répertoriés se fondent par conséquent sur des limites administratives définies à partir de critères eux-mêmes très fluctuants. En France, il s’agit des limites des communes qui, selon les cas, peuvent déborder ou non sur des espaces ruraux plus ou moins étendus. Le critère du nombre d’habitants se montre alors plus pertinent. Le seuil minimum retenu pour classer une agglomération dans la catégorie des villes varie aussi dans des proportions étonnantes dans certains pays, comme en Scandinavie par exemple où sont appelées villes de très petites agglomérations actuelles ; il suffit pour cela qu’elles aient eu un rôle de centre administratif dans le passé. La France se situe dans la moyenne mondiale. Comme l’écrit F. Taulelle : “En France, de manière générale, les petites villes sont souvent celles présentant de 3 000 à 20 000 habitants …”, mais il note que nombre d’auteurs fixent le seuil un peu plus haut : à5 000 habitants (Taulelle 2010). Ce dont nous avons besoin en archéologie n’est évidemment pas d’ergoter sur le seuil en question, mais de retenir qu’à partir de 5000 habitants une agglomération a plus de 90 % de chances d’être une ville. C’était probablement le cas à la Heuneburg au milieu du VIe siècle a.C. et sans doute aussi à Vix vers 500 a.C. Mais, quoi qu’il en soit, les deux autres critères sont bien sûr des cases indispensables à cocher, car ils s’avèrent décisifs.

Il importe donc en bonne méthode archéologique de commencer par s’appuyer sur des critères démographiques. Une agglomération de 5 000 habitants, qui exigeait probablement une superficie minimale d’une cinquantaine d’hectares à cette époque, demande, pour être reconnue comme telle, des décapages effectués sur de grandes surfaces. Le nombre d’habitants peut toutefois être approché par la prise en compte de la superficie des établissements en question dont nous connaissons les limites (palissade ou rempart de pourtour). Nous ne disposons que de deux centres princiers dont celui de La Heuneburg, suffisamment fouillés et prospectés pour permettre une estimation assez précise de leur population. Siegfried Kurz, lorsqu’il a tenté d‘estimer la population de la Heuneburg (site de hauteur, Vorburg et habitat extérieur), a évalué l’habitat extérieur à 500 maisonnées, ce qui, à raison de sept individus par famille, donne 3 500 personnes. En y ajoutant le faubourg (Vorburg), les terrasses du nord-est, et le plateau sommital de 3 ha, le nombre total d’habitants s’élèverait à environ 5 000 pour la pleine période d’expansion du site, c’est-à-dire le Ha D1 (Kurz 2010). Même si, dans un article récent, ce chiffre a été contesté par R. Schumann (Schumann 2019, 171-179), nous le considérons comme plausible, ainsi d’ailleurs que nos collègues du Bade-Wurtemberg qui approuvent ce résultat pour la phase Ha D1 du site qui s’est terminée vers 530 a.C. (Krausse et al. 2019), après quoi la plupart des bâtiments extérieurs à la colline ont disparu. La puissance et la circonférence des remparts du mont Lassois à Vix, qui enserrent une zone d’un peu plus de quarante hectares, suggèrent une agglomération de population sensiblement équivalente (fig. 2)

Vix/le mont Lassois (3D : copyright J. Sturhmann).
Fig. 2. Vix/le mont Lassois (3D : copyright J. Sturhmann).

À Vix, une telle évaluation d’ensemble n’est pas encore possible. L’habitat intra muros du mont Lassois (pour l’essentiel le mont Saint-Marcel et ses pentes) couvre grosso modo une superficie de 45 ha ; mais à l’intérieur de cet espace, plusieurs inconnues, à ce jour, limitent la fiabilité de toute tentative d’estimation démographique. La première, et non des moindres, est l’ignorance dans laquelle nous nous trouvons quant à l’effectivité de l’occupation des pentes, très abruptes en général. Certes, un habitat étagé, installé sur des terrasses artificielles, peut être postulé mais l’absence de recherche sur ces secteurs ne permet pas de conclure dans un sens comme dans l’autre. S’agissant maintenant des bas de pente, la fouille de l’université de Zurich, au nord-est du mont Saint-Marcel, a fourni un tout début de réponse avec la mise au jour de structures domestiques (maison, fours), manifestement implantées sur un terrain aménagé en terrasse (Chaume et al. 2021, 7-8, fig. 13-14 ; Winkler à paraître).

Si un calcul pour déterminer la population globale du mont Lassois est encore par trop hasardeux en l’état des connaissances, il est, en revanche, possible d’évaluer la population du plateau supérieur. Nous disposons pour cela du plan du plateau Saint-Marcel, révélé par les prospections géophysiques d’H. von der Osten (fig. 3). En comptant 3 maisonnées par enclos en moyenne et 7 habitants par maisonnée, on arrive au chiffre de 300 habitants auquel il convient d’ajouter la population qui vivait dans les 5 grands bâtiments à abside connus (50 personnes pour les 2 plus grands bâtiments (n° 1 et 5) ; 25 pour le n° 2, et 15 chacun pour les n° 3 et 4) soit un total d’environ 160 habitants. Sur cette base de calcul on parvient à une somme d’un peu moins de 500 habitants pour le plateau supérieur du mont Lassois.

Magnétogramme du plateau supérieur du mont Lassois (H. von der Osten-Woldenburg).
Fig. 3. Magnétogramme du plateau supérieur du mont Lassois (H. von der Osten-Woldenburg).

Un deuxième mode de calcul peut être envisagé ; il passe par l’évaluation du nombre de maisonnées par hectare et non plus par enclos. Selon ces critères, et en se référant à ce qu’on observe au sud du plateau, 8 maisonnées seraient comptabilisées par 0,5 ha ; ce qui donne 16 maisonnées par hectare. En transposant ce nombre pour 4 ha on obtient 64 maisonnées de 7 individus soit 448 habitants auxquels il faut ajouter les 160 personnes qui occupaient les grands bâtiments à abside, on parvient ainsi à un résultat final de 608. Ce total est tout à fait comparable à celui de la Heuneburg. Le plateau du site wurtembourgeois a une superficie de 3 ha ; au mont Lassois elle est de 5 ha. Les calculs tentant d’évaluer la population des plateaux sommitaux de Vix/le mont Lassois et de la Heuneburg aboutissent à des chiffres sensiblement équivalents (entre 5 000 et 6 000 habitants), alors même que les surfaces concernées par ces occupations varient de 3 ha pour la Heuneburg à 5 ha pour Vix. Il faut en conclure, qu’au moins sur les plateaux, la densité des unités domestiques de La Heuneburg était supérieure à celle du mont Lassois où les bâtiments s’alignaient le long de la palissade longeant l’axe central de circulation. Un espace était ainsi libéré à l’arrière, entre les maisons et le bord du plateau, pour y cultiver des potagers ou y élever des vergers.

Il ressort du débat, récemment ouvert autour des évaluations démographiques de la Heuneburg, qu’il faut davantage s’attacher à déterminer des ordres de grandeur plutôt que de chipoter sur des chiffres qui in fine ne représentent que des approximations. En effet, et dans tous les cas de figures, les calculs conduisent à quantifier la population de La Heuneburg, et sans doute aussi celle du mont Lassois, dans une fourchette allant de 3 500 à 5 000 habitants. Ce que l’on retient finalement, et l’accord paraît scellé sur ce point, c’est que ces chiffres vont bien au-delà des normes envisagées jusqu’à présent pour des établissements protohistoriques d’Europe moyenne. Ces deux établissements semblent donc bien avoir coché le critère de densité urbaine, mais il en va autrement pour les deux autres critères.

Quels seuils pour les deux autres critères ?

Le critère de la diversité des activités, qu’elles soient d’ordre politique, économique, administrative, militaire, religieux, ou poétique, est évidemment fonction du niveau de développement global au cours de l’espace-temps étudié. Cela doit ainsi reposer sur des inventaires à effectuer au cas par cas et pour lesquels les divers types d’artisanats, selon leur niveau de spécialisation, restent les plus accessibles à partir des vestiges archéologiques. La diversité des activités doit ainsi être évaluée par comparaison avec celle de l’ensemble des établissements pour la période et dans la Culture en question. Le problème pour ces sociétés est que l’on y pratiquait des artisanats de cours. Les artisans n’y exerçaient pas de manière libérale. Or ces deux formes n’avaient évidemment pas, et de très loin, la même portée socio-économique. Il s’avère que la forme libérale des activités artisanales n’a pu émerger que dans un cadre urbain ; ce qui confirme fortement que les centres princiers de la Heuneburg et du mont Lassois étaient encore loin d’atteindre le niveau urbain lorsqu’ils ont périclité.

Le fait que les forgerons hallstattiens étaient entretenus – c’est-à-dire non seulement nourris et logés, mais aussi fournis en matière première par les élites sociales qui leur passaient commande – relevait d’une tradition remontant à l’apparition des artisanats les plus spécialisés, tous matériaux confondus. Cela explique la dissociation spatiale des gisements de fer de bonne qualité et des ateliers de forge qui, eux, se situaient à proximité immédiate des lieux de pouvoir. Cela signifie aussi que les masses de matière première en circulation provenaient de divers gisements, même éloignés, et que le fer se présentait aussi bien à l’état brut que sous forme de demi-produit bipyramidé, comme l’ont constaté Sylvain Bauvais et son équipe dans ce volume. Il en résulte, de surcroît, que les dépôts non funéraires de demi-produits en fer de diverses origines géologiques, mais respectant un même standard morphologique et pondéral, étaient plus que de la matière première en transit. Il s’agissait, là encore, d’une pratique issue d’une très longue tradition, où l’on faisait don aux divinités de monnaies archaïques en métal, une matière très contrôlée par les dominants, à l’occasion d’offrandes votives ou propitiatoires. Le cas est patent, dès la fin du IIIe millénaire, à l’est de la zone nord-alpine, où des objets en cuivre – des torques, des haches ou des sortes d’agrafes (Spangenbarren) – faisaient office de monnaies (Lenerz de Wilde 1995). On rencontre une situation similaire au cours des quatre derniers siècles sur une zone qui s’étend de l’Allemagne du sud au Royaume-Uni, avec un autre type de demi-produits en fer, les barres à extrémité roulée, dites currency bars.

Le critère de la centralité repose sur la position de l’agglomération en tête du réseau local, constitué par l’ensemble des établissements locaux plus petits, mais surtout sur sa connexité à plus longue distance. Celle-ci est mesurable par la somme des distances avec les autres agglomérations urbaines de niveau équivalent ou supérieur avec laquelle la tête de réseau supposée entretient des relations fréquentes. Cette estimation revient donc à mesurer son niveau de connexité dont le seuil significatif peut être précisé à l’aide de la théorie des graphes et des réseaux (Brun 2017). La centralité forte suppose plus concrètement que l’agglomération soit en position de tête du réseau supralocal, régional ou supra-régional pour l’ensemble des établissements contemporains. Il est évident dans notre cas que seuls deux centres princiers ont approché le seuil de densité de population exigé, et qu’il n’existait pas en conséquence de réseau urbain dans la zone du phénomène princier.

Un critère supplémentaire pourrait s’y ajouter : la durabilité de l’établissement à partir de la création de nécropoles dans sa proche périphérie. Nous entendons par là des nécropoles au plein sens du terme, c’est-à-dire des lieux dévolus à l’enterrement de la majorité de la population des agglomérations en question, par opposition aux cimetières élitaires, ostentatoires ou non, qui ont prédominé durant toute la protohistoire, et en particulier au Ha D2/3 dans la zone des centres dits princiers. Nous y reviendrons un peu plus loin.

L’hypothèse d’une urbanisation inaboutie

Nous avons montré que les centres de pouvoir en question ici n’ont pas atteint le niveau urbain, bien que les grosses agglomérations de la Heuneburg et du mont Lassois aient probablement coché la première case. Encore, faut-il même souligner que l’établissement de la Heuneburg n’y est parvenu que pendant les quelques décennies du Ha D1. Des ateliers de haute technicité pour l’époque se trouvaient bien réunis là pour la fabrication d’objets en métal (bronze et fer) et en céramique (modelée et tournée), mais se concentraient sur le centre fortifié, dont l’un des états avait surpris par sa facture méditerranéenne (murs épais et bastions quadrangulaires de briques crues élevés sur des soubassements de pierres sèches soigneusement appareillées) (Kurz 2010). Il s’avère ainsi que seul un artisanat de cour ait été en usage sur ce site ; artisanat varié et de haut niveau, dont la production demeurait quantitativement limitée et sans retombées directes pour le reste de la population, remarquions-nous en 2013 (Brun & Chaume 2013, 338).

Cette distinction contredit, de fait, l’hypothèse d’une variété des activités permettant les économies d’agglomération attendues d’une configuration pleinement urbaine. Une ville est un type d’établissement qui valorise, au niveau local, la proximité à la fois permanente et temporaire de nombreux individus aux activités très diverses, en permettant des économies de temps et d’énergie dites précisément “d’agglomération” dans tous les domaines sociaux. Elle doit en outre, à un niveau plus large, s’inscrire dans un réseau hiérarchisé d’autres villes. Une évolution qui commençait à peine à tendre vers l’esquisse d’une urbanisation était certes alors en cours au nord des Alpes, entre l’Ouest de la Bavière à l’Est du Berry, mais la tendance est demeurée rudimentaire et donc très loin d’être achevée.

Ni le phénomène “princier” nord-alpin, ni même certains de ses centres de pouvoir, ne peuvent donc être qualifiés d’urbains, mais pas davantage de proto-urbains, car ce dernier concept a un sens clairement téléologique ou finaliste, désignant un processus qui était délibérément orienté vers, et devait effectivement atteindre le niveau urbain. Retenons bien que l’effondrement de ces grosses agglomérations bien avant le stade urbain n’a rien d’exceptionnel. Il se révèle en revanche plus fréquent – comme le montrent les opérations archéologiques en Mésopotamie et dans le bassin méditerranéen – que dans toute l’Europe tempérée humide. Les nombreux processus urbains inaboutis constituent le symptôme représentatif d’un phénomène très général qu’il a si souvent accompagné : la désintégration politique des tentatives de coalitions confédérales pré-étatiques (Gibson 2011). L’identification des établissements qui n’ont pas atteint le stade urbain – et ne sont donc pas proto-urbains, mais atélo-urbains (atélès signifiant “inachevé” en grec ancien) – s’en trouve d’autant plus requise (Brun & Chaume 2013).

Trois questions en débat

Parmi les questions les plus cruciales en débat pour le présent propos, les trois suivantes s’imposent :

  • Les résidences “princières” étaient-elles géographiquement centrées ou non ? 
  • La tombe de Lavau est-elle un contre-exemple du modèle canonique des centres “princiers” ?
  • Quelles ont été les causes de l’effondrement de ces centres ?

Des résidences “princières” centrées ou non ?

La connaissance que nous avons des centres “princiers” suggère qu’au moins certains d’entre eux ont très bien pu se trouver localisés de manière décentrée à l’intérieur de leur territoire. C’est en particulier le cas des secteurs de la Heuneburg au Ha C-D1, de Vix et de Bourges au Ha D2-3. Il est, bien sûr, possible que cette impression résulte d’un effet de sources dû à des investigations archéologiques d’intensités différentes selon les régions, au repérage variable des vestiges archéologiques en fonction des caractéristiques environnementales, ou encore au hasard des travaux agricoles et d’aménagement. Les apparences actuelles demeurent pourtant assez troublantes, et les conséquences assez sérieuses pour y réfléchir.

Dans son travail sur les zones d’homogénéités culturelles dans le Bade-Wurtemberg, Oliver Nakoïnz a par exemple mis en évidence de façon très convaincante des effets de limites entre des groupes culturels identifiés d’après la typologie des objets utilisés sur place, ainsi que des axes de circulation privilégiés, qu’il a nommés “corridors”, reliant les nœuds de réseaux interculturels, c’est-à-dire les centres “princiers” (Nakoïnz 2010). Il a souligné que ces derniers se situaient plutôt en limite des groupes culturels, et que les sites du sud paraissent bien avoir perdu leur suprématie régionale au sein des réseaux d’échanges à longue distance au profit de leurs homologues du nord. Ce faisant, O. Nakoinz a ainsi appliqué à cette région du sud-ouest de l’Allemagne le modèle du portail (gateway).

Pour le Hallstatt, les indices de décentrement des réseaux qui empruntent les corridors – Breisach, La Heuneburg, Ipf et le Hohenasperg – semblent se profiler aussi à Vix et à Bourges, où la présence des élites dans certains secteurs de leur territoire théorique, suggéré par la méthode des polygones de Thiessen, attend encore d’être validée. Selon Nakoinz, le décentrement territorial résulterait d’une part d’une large déconnexion entre les systèmes d’échanges locaux fondés sur les relations lignagères et l’économie agropastorale, et d’autre part des réseaux d’échanges à longues distances, donc interculturels, dont les nœuds étaient positionnés indépendamment des précédents. Pour nous, il s’agirait plutôt du cas, bien connu en géographie, du “chef-lieu décentré”, modèle dans lequel le site principal, censé se trouver au centre, est en fait placé non loin d’une limite territoriale, de manière à répondre au plus vite à une menace extérieure, ou à se rapprocher au plus près de partenaires commerciaux.

Comme l’a montré le géographe Christian Grataloup (2010), l’organisation la plus efficace est a priori que le commandement de toute entité sociale soit localisé au centre de son territoire. C’est pourquoi, par exemple, le roi d’Espagne Philippe II a choisi le site de Madrid comme capitale. Mais il s’avère que, tout au long de l’histoire humaine, le lieu-capitale s’est très souvent trouvé géométriquement décentré. Deux causes majeures, qui se conjuguent souvent, l’expliquent : la première est la menace dont les exemples phares sont Constantinople, pour l’empire romain, et Pékin, pour son homologue chinois, installés plus près de la frontière la plus exposée aux attaques. 

“Lorsqu’un système spatial est fort (forces de cohésion interne nettement supérieures aux pressions externes), a priori son centre de gravité est en position médiane, à condition de ne pas donner une signification purement géométrique, mais plus topologique à cette notion de centre (en distance-temps de chevauchées ou de navigation). Réciproquement, lorsque le rapport de forces tend à s’inverser, le lieu-capitale se déplace vers la limite la plus menacée. Corrélat : les distances sont modifiées à l’intérieur de l’espace et la partie la plus éloignée du chef-lieu tend à la fois à s’autonomiser et à représenter un domaine plus sensible aux pressions extérieures. On pourrait appeler ce modèle prétendant à quelque généralité ‘le principe de Constantinople’” (Grataloup 2010, 27 et 30). 

La seconde cause est la nécessité de contrôler le lieu d’entrée, dans le territoire, des principaux arrivages de biens d’origine extérieure ; ce qui en fait aussi un lieu de concentration de richesses particulièrement attractif, notamment pour des raids de pillage (fig. 4). Les exemples de Londres et de Paris, deux capitales décentrées, répondent en grande partie à ces deux contraintes.

Illustration du décentrement fréquent des chefs-lieux selon Grataloup (1996, fig. 8). De gauche à droite : a priori la localisation du commandement au centre est la plus économe en temps et en énergie ; mais elle est en fait souvent décentrée ; cela résulte en général de la localisation du secteur frontalier le plus exposé à des menaces étrangères, et/ou aux échanges les plus avantageux avec l’extérieur.
Fig. 4. Illustration du décentrement fréquent des chefs-lieux selon Grataloup (1996, fig. 8). De gauche à droite : a priori la localisation du commandement au centre est la plus économe en temps et en énergie ; mais elle est en fait souvent décentrée ; cela résulte en général de la localisation du secteur frontalier le plus exposé à des menaces étrangères, et/ou aux échanges les plus avantageux avec l’extérieur.

Cette éventualité que les “centres” princiers aient exercé leur fonction centralisatrice à proximité des frontières les plus exposées aux contingences extérieures, pour les protéger militairement et/ou pour contrôler l’import/export de marchandises, poserait une difficulté méthodologique. Elle tendrait bien entendu à invalider l’usage de la méthode des polygones de Thiessen. Celle-ci vise à exprimer l’empâtement du territoire théorique en postulant que des centres d’importance équivalente tendent à polariser l’espace qui leur est le plus proche. Fondé sur une contrainte forte d’économie de la distance, ce principe peut être contrarié par divers motifs politiques, économiques et/ou idéologiques comme nous venons de le voir. Cela ne signifie pas, toutefois, que cette méthode perde tout intérêt. L’empâtement global mis ainsi en évidence est sans doute un bon indicateur de la taille du territoire polarisé ; même si la délimitation n’est qu’approximative. De plus, l’évaluation est logiquement d’autant plus réduite que les lieux centraux connus et mobilisables – parce que contemporains et de niveau équivalent – sont nombreux et complets. Elle permet d’approcher, avec réserve et pondération, la délimitation des territoires et d’en dégager les implications les plus probables.

La tombe de Lavau : un contre-exemple ? 

Récemment découverte en 2015, en limite nord-est de la ville de Troyes, la tombe princière de Lavau a été présentée comme un contre-exemple du modèle des résidences princières élaboré par Wolfgang Kimmig (1969) parce qu’aucun établissement de hauteur fortifié, proche, n’avait été ni découvert, ni même envisagé dans l’environnement. Kimmig avait certes proposé initialement quatre critères pour ces sites : 

  • Présence d’une acropole fortifiée, d’un faubourg et de quartiers artisanaux 
  • Présence d’importations méditerranéennes – et autres – et d’imitations locales
  • Proximité de tombes riches
  • Localisation sur un important carrefour de voies, notamment fluviales. 

Le site de la Heuneburg étant le seul à avoir été fouillé suffisamment, le premier critère restait bien entendu invérifié pour les autres sites candidats. Il en était bien conscient et n’en retenait plus que trois dans ses écrits plus récents (Kimmig 1991) : 

  • Position sur une voie naturelle principale, 
  • Présence de tombes princières à proximité immédiate, 
  • Présence d’objets méditerranéens. 

Ainsi, selon le modèle canonique, le caractère fortifié ne représentait plus un critère indispensable à la définition d’un centre princier dans la zone sud-ouest du Complexe culturel nord-alpin. Il est vrai que la plupart des autres centres princiers connus étaient dotés de remparts, mais ces derniers ne seraient pas représentatifs, en tant que tels, des entités politiques en question. Il s’agit d’une caractéristique archéologique, purement morphologique, mais en aucun cas un élément structurel nécessaire à leur existence. Il est sans doute très probable que les sociétés en question étaient exposées à des conflits guerriers de manière endémique, d’où la recherche de protections défensives. Mais nombre de sociétés protohistoriques, bien que belliqueuses, ne se sont pas toujours donné les moyens ou le temps de construire les remparts.

Revenons alors au cas de l’entité politique qui a enterré en grande pompe un membre de la dynastie locale à Lavau. L’un d’entre nous avait postulé (Chaume 2001) que le site en rapport avec les tombes aristocratiques du secteur de Troyes devait se trouver sous la ville moderne actuelle1, car de toute évidence il ne prenait pas la forme d’un habitat de hauteur fortifié ; en effet, il n’est pas d’éminence significative dans l’environnement de ce site de confluence, sauf peut-être celle de l’Isle Aumont (Demoule 1997, 309, fig. 6), mais elle paraît trop modeste tant par sa superficie (autour d’un hectare) que son élévation, pour qu’elle puisse avoir tenu cette position.

Il n’est pas interdit de penser que l’effondrement des “principautés celtiques” s’est accompagné, au début du Second âge du Fer, et sans doute dès la phase de transition entre le Premier et Second, d’une prise de pouvoir par les vassaux qui servaient auparavant de relais politico-économiques aux potentats contrôlant les sites princiers. Dans le secteur de Troyes, la présence, en bordure septentrionale du cercle des 50 km centré sur le mont Lassois, de tombes très riches datées de la transition Hallstatt/La Tène, indique l’apparition ou le développement de nouvelles aristocraties récupérant en même temps que tout ou partie de l’autorité, le contrôle des voies de communication et s’interposant en médiateurs obligés dans les relations commerciales avec Marseille d’une part et l’Italie du Nord (la culture de Golasseca notamment) d’autre part (Brun 1997, fig. 7).

L’implosion des puissances aristocratiques à la fin du Premier âge du Fer expliquerait un retour, au début du Second âge du Fer, à une échelle plus réduite du contrôle du territoire par les élites, caractéristique des chefferies simples, c’est-à-dire un espace d’environ 25 km de rayon au maximum autour de l’établissement central (fig. 5). Ce modèle d’organisation territoriale, appliqué à la région de Vix, Troyes et de la vallée de la Vanne, a été présenté par l’un d’entre nous (Chaume 2001, 350, 351, fig. 232). L’hypothèse a été reprise par L. Baray en 2013 (Baray & Sarrazin 2013, 8 9, fig.4, B) et, plus récemment, par B. Dubuis et V. Riquier (Dubuis & Riquier 2018, 232, fig. 9) mais sans référence à la source originale.

Carte de répartition des tombes à char et/ou à mobilier d’importation de la transition Hallstatt-La Tène et de LTA dans l’environnement du mont Lassois, la région de Troyes et les vallées de la Vanne et de l’Yonne.
Fig. 5. Carte de répartition des tombes à char et/ou à mobilier d’importation de la transition Hallstatt-La Tène et de LTA dans l’environnement du mont Lassois, la région de Troyes et les vallées de la Vanne et de l’Yonne. 1. Le Bas des Fautrés (com. de Gomméville) ; 2. Mussy-sur-Seine ; 3. Tumulus de La Motte Saint-Valentin (com. Courcelles-en-Montagne) ; 4. Alésia ; 5. Tumulus de Tormancy (com. de Massangis) ; 6. Bouranton ; 7. Lavau ; 8. Buchères “Michaulot” ; 9. Barberey “Saint-Sulpice” ; 10. Estisac “La Côte d’Ervaux” ; 11. Molinons “Les Graisses” ; 12. Cuy “Ferme de Noslons” ; 13. Pouan-les-Vallées “Le Martrois” ; 14. Charmoy “Le Haut des Marquettes” ; 15. Gurgy “La Picardie” (Chaume 2020).

Quelques indices laissent penser que la résidence princière pourrait très bien avoir été érigée à l’emplacement même de la ville actuelle de Troyes, dans un segment de la vallée très élargie de la Seine. Ce fleuve reçoit là plusieurs cours d’eau et le site s’en trouve ainsi naturellement maintenu dans un état très marécageux. Une telle localisation pouvait donc permettre de profiter d’un environnement hydrologique à la fois favorable au commerce par la voie fluviale, et répulsif pour toute velléité d’attaque massive.

À l’échelle régionale, le probable centre princier proche de la sépulture tumulaire de Lavau se situe en limite nord de la zone du sud-ouest du Complexe culturel nord-alpin où se sont épanouies les sociétés princières qui ont entretenu des relations d’échanges très avantageuses avec des cités-États grecques et étrusques, et le sud de la culture de l’Aisne-Marne, appartenant au même Complexe culturel, mais différente dans sa culture matérielle et dans le fait qu’elle n’a produit ni grandes agglomérations fortifiées, ni sépulcres aussi ostentatoires que ceux dits princiers plus méridionaux. Loin d’être un contre-exemple du modèle canonique de Kimmig, sa pertinence globale n’a cessé d’être confirmée dans les faits.

La très belle découverte de Lavau présente toutes les caractéristiques d’une sépulture princière, jusque dans la richesse du mobilier méditerranéen, notamment étrusque, qui a été déposé dans la tombe. L’analyse morpho-métrique initiale du squelette a déterminé l’identification d’un individu de sexe masculin. Cependant, il s’agit plus probablement d’une femme, à l’instar de près de la moitié des tombes équivalentes ; l’absence d’arme et la parure portée inclinent fortement à le penser. L’ensemble se situe chronologiquement dans la phase de transition Hallstatt/La Tène, vers 450 a.C., moment où implose le phénomène princier et se désagrège la principauté de Vix “le mont Lassois”.

Dans cette phase de transition, les éléments culturels, plutôt orientés vers l’Aisne-Marne, sont les tombes à char à deux roues, à peu près contemporaines des précédentes découvertes faites dans le secteur de Troyes, et peut-être une localisation résidentielle en plaine. Ce sont là autant d’indices qui suggèrent que l’interprétation la plus probable, est celle d’une transition à la fois spatiale, culturelle, et temporelle, conception qui valide le processus conçu par Kimmig.

Il convient de ne rester confiné ni à l’échelle d’analyse locale, ni dans une thématique étroitement spécialisée : funéraire ou biologique, par exemple. Les pratiques funéraires étaient empreintes de significations opaques, mais articulées avec les autres dimensions sociales. Cela contredit la conception post-processualiste d’une myriade de sens irréductibles à la compréhension ; myriade définitivement imprévisible et qu’il faudrait se contenter de décrire sans espoir d’explication plus globale. Des significations structurelles tenant à la nature plus ou moins ostentatoire du pouvoir et plus ou moins intensive des échanges peuvent être dégagées. La coutume du banquet était commune aux élites sociales nord-alpines depuis le XIVe s. a.C. au plus tard. Dans toutes ces tombes, l’abondance et/ou le luxe de la vaisselle signalent l’importance du banquet pour les membres de l’élite sociale enterrés en grande pompe ; elle symbolisait le banquet funéraire, bien sûr, mais, plus généralement, le banquet comme élément crucial de leurs stratégies de pouvoir. Ces personnes de haut rang offraient à profusion, dans diverses circonstances, nourritures et boissons, afin de s’afficher en modèles de convivialité, de solidarité, de sociabilité, de générosité et afin d’étaler avec orgueil leur richesse, leur pouvoir, leur bonne fortune, leur protection divine, c’est-à-dire leur légitimité.

Les sources textuelles et ethnographiques démontrent l’universalité de cette pratique dans les sociétés hiérarchisées et la multiplicité des occasions d’organiser un banquet spectaculaire : naissances, rites de passage à l’âge adulte, mariages, victoires militaires, changements de statuts, travaux d’intérêt collectif, funérailles, etc. (Hayden & Dietler 2001). À l’occasion des funérailles, les proches du défunt montraient, de plus, qu’ils avaient la capacité et la volonté de continuer à assumer les fonctions de chef politique et religieux. Ils délivraient ainsi un message au cours d’une cérémonie muée en une vaste opération de communication destinée à la population locale, mais aussi, probablement, à des potentats étrangers invités pour l’occasion. La dépense ne se bornait pas, en effet, à s’attirer les faveurs des convives et à les impressionner de manière temporaire ; elle visait à imprégner durablement les mémoires en marquant le paysage.

Il y a lieu de penser que la dépense était d’autant plus élevée que la situation de la famille dirigeante était instable, menacée, c’est-à-dire durant les périodes de difficultés politiques et économiques, plus particulièrement dans les territoires qui contrôlaient une voie de communication par où transitaient beaucoup de biens, de personnes et d’idées ; situation certes favorable à l’enrichissement tant matériel qu’intellectuel, mais aussi toujours potentiellement déstabilisante pour l’organisation sociale traditionnelle (Brun et al. 2010). Le développement matériel tend toujours, en effet, à modifier les équilibres sociaux et les idées nouvelles bousculent inévitablement les cadres conceptuels traditionnels.

Cette approche est conforme à la théorie “processuelle-duale” (Blanton et al. 1996). Celle-ci considère que les dirigeants emploient différents types de stratégies politico-économiques situés sur un continuum allant de “stratégies de réseaux”, exclusives et très centralisées, à des stratégies “corporate”,communautaires, inclusives et beaucoup plus décentralisées. Le mode “réseau” souligne le prestige personnel, l’échange de richesses, le pouvoir individualisé d’accumulation, la progression statutaire, les modèles lignagers d’héritage et de descendance, les idéologies particularisantes, les réseaux personnels et les ateliers d’artisans spécialisés. Les indices archéologiques en sont l’individualisation du pouvoir, les systèmes d’échange de biens de prestige et les tombes ostentatoires. Le mode “corporate” met l’accent sur la production alimentaire de base, le rituel communautaire, la construction publique, le partage du pouvoir, les grands travaux coopératifs, les segments sociaux liés ensemble par des rituels d’intégration et des moyens idéologiques. La hiérarchie est présente, mais moins individualisée, et les différences économiques sont réduites, plus effacées dans les pratiques funéraires en particulier (Brun 2018) (fig. 6). Le phénomène princier est l’exemple presque emblématique d’une stratégie de réseau matérialisée par la richesse et la monumentalité du sépulcre ; une de ces oscillations vers l’ostentation qui exprime très probablement une tendance marquée de leur régime politique vers le despotisme. C’est ce type de régime qui s’est effacé lors de son effondrement pour laisser place à des pratiques funéraires nettement plus sobres, donc à un régime politique laissant davantage de pouvoir aux communautés locales, en particulier aux chefs de lignages ou de clans.

Carte de répartition des tombes à char et/ou à mobilier d’importation de la transition Hallstatt-La Tène et de LTA dans l’environnement du mont Lassois, la région de Troyes et les vallées de la Vanne et de l’Yonne.
Fig. 6. Tableau de synthèse de la théorie processuelle-duale (d’après Blanton et al. 1996).

Les causes de l’effondrement du phénomène “princier”

La question des causes de l’effondrement du phénomène princier nord-alpin avait été traitée lors du précédent colloque de Chatillon-sur-Seine en 1993 (Brun & Chaume 1997). Les propositions les plus intéressantes partaient du constat qu’il s’agissait bien d’un effondrement global de l’ensemble des sociétés qui avaient participé à ce phénomène et qu’il était dû par conséquent à une ou des cause(s) globale(s) elle(s) aussi. Nous avions reconnu de façon synthétique trois familles de propositions : 

  • a) une crise interne : conflits sociaux et/ou incapacité des élites à gérer la croissance (paysans surexploités, despotisme) ; 
  • b) une crise externe intra-celtique : conflits entre principautés ou entre principautés et périphéries moins hiérarchisées (guerres) ; 
  • c) une crise externe : modification de la demande économique ou changement d’échelle du système global (princes trop exigeants).

Les données nouvelles de prospections, de fouilles et d’analyses diverses sur les établissements et les tombes en question, et les comparaisons élargies avec des sociétés comparables ailleurs dans le monde, c’est-à-dire du type des chefferies complexes, nous inclinent à proposer une explication multi-causale [voir supra : a) + b) + c)]. Ces sociétés, qui auraient été formées à partir de la coalition de trois ou quatre chefferies simples pour constituer des chefferies complexes gouvernées par des dynasties sur trois à cinq générations, ont profité de leur participation à des réseaux d’échanges interculturels stimulés par les cités-États grecques et étrusques pour gagner en richesse et en pouvoir.

Ces dynasties exerçaient très probablement leur pouvoir de manière autoritaire, voire despotique, vu le caractère hyper-ostentatoire, et presque écrasant pour leur peuple, de leurs pratiques funéraires. Elles craignaient de surcroît probablement de laisser échapper le pouvoir hors de leur famille au point de le laisser aux femmes en cas de décès du chef suprême – en particulier dans le cadre d’une régence le temps que l’héritier mâle parvienne à sa majorité – afin que le pouvoir suprême ne soit pas capté par le membre d’une des familles concurrentes. Cette situation a été mise en évidence par Antonia Fraser sous le terme d’honorary male syndrom, syndrome du mâle honoraire, au sens figuré d’un ensemble de signes, de comportements qui révèlent, manifestent un état d’esprit, une manière de penser, une certaine manière d’agir que présente une personne, un groupe, une collectivité, à l’exemple de plusieurs situations de ce type enregistrées depuis l’Antiquité (Fraser 1989). L’exemple d’Artémise Ière, reine d’Halicarnasse en Grèce au début du Ve s. a. C., et donc contemporaine de la dame de Vix, s’avère significatif à cet égard. Bettina Arnold en a repris l’idée à propos des nombreuses tombes très ostentatoires de femmes laissées par nos sociétés princières (Arnold 1995).

Ces dynasties despotiques se trouvaient en concurrence avec les dynasties voisines équivalentes, selon des relations décrites sous le nom de peer polities, c’est-à-dire d’entités politiques du même rang, par Colin Renfrew, et John F. Cherry (1986). Il s’agissait de relations d’émulations compétitives faites de dons, et de contre-dons, d’échanges cérémoniels (cadeaux ostentatoires d’objets de valeurs à des fins d’échanges diplomatiques et matrimoniaux entre élites), ainsi que d’imitations de réalisations monumentales (chambres funéraires sous tumulus dont les structures de base, sont de façon symptomatique analogues, par exemple). C’était aussi des guerres qui n’étaient rien autre que des compétitions pour obtenir des gains territoriaux, ou des raids de pillage pour acquérir des biens de grande valeur, et/ou des prisonniers pour l’esclavage ; ce dont témoignent les fortifications attaquées à plusieurs reprises. Mais c’était encore des transmissions d’innovations issues d’autres sociétés plus développées ; de nouvelles techniques (tour de potier, bas fourneau, voire organisation militaire), des connaissances sur le monde (géographiques, ethnographiques, artistiques, mythologiques), enfin n’oublions pas les flux de commodities, de commodités, c’est-à-dire des matières premières végétales ou métalliques, et les esclaves qui sous-tendaient le système-monde méditerranéen (Brun 1987), en contrepartie de biens de prestige comme le vase de Vix, le chaudron sur trépied de Sainte-Colombe-sur-Seine, l’hydrie de Grächwil, ou les remparts en briques crues de la Heuneburg et du mont Lassois (Chaume 2020a ; 2020b).

L’économie de ces chefferies complexes restait bien sûr fondée sur l’agropastoralisme dont la productivité était restée inchangée depuis la fin de l’âge du Bronze local. Celle-ci demeurait incapable de subvenir longtemps aux besoins de fortes agglomérations ; ce qui supposait de résister aux aléas climatiquesaussi bien dans le sens d’un temps nettement plus froid et plus humide que dans celui d’un temps trop chaud et sec. De telles irrégularités accentuaient vite la fragilité économique de la paysannerie qui, mal nourrie et peut-être trop ponctionnée ou trop soumise à des corvées, devenait sujette à la révolte contre des élites perçues comme incompétentes et tyranniques. C’est en tout cas ce que suggère la courbe climatique du C14 résiduel (Brun & Ruby 2008), ou celle des carottages glaciaires, qui se révèlent corrélées avec de grandes tendances évolutives comme l’effondrement du phénomène princier nord-alpin (fig. 7).

Évolution de haut en bas pendant les âges du Bronze et du Fer du Carbone 14 résiduel dans l’atmosphère qui se révèle assez bien corrélée avec l’évolution des températures moyennes. En bleu : températures plus froides et en rouge plus chaudes que la température annuelle moyenne en Europe en 1855, c’est-à-dire avant l’influence de l’industrialisation. Les températures durablement plus froides montrent une bonne correspondance grosso modo aux périodes d’habitat dispersé et/ou de migration massive ; les plus chaudes, à celles d’habitat concentré et d’organisation sociale plus complexe (d’après Brun & Ruby 2008). L’effondrement des centres princiers coïncide avec des années de températures très élevées.
Fig. 7. Évolution de haut en bas pendant les âges du Bronze et du Fer du Carbone 14 résiduel dans l’atmosphère qui se révèle assez bien corrélée avec l’évolution des températures moyennes. En bleu : températures plus froides et en rouge plus chaudes que la température annuelle moyenne en Europe en 1855, c’est-à-dire avant l’influence de l’industrialisation. Les températures durablement plus froides montrent une bonne correspondance avec les périodes d’habitat dispersé et/ou de migration massive ; les plus chaudes à celles d’habitat concentré et d’organisation sociale plus complexe (d’après Brun & Ruby 2008). L’effondrement des centres princiers coïncide avec des années de températures très élevées.

Ils n’en révèlent pas moins des réalités aussi passionnantes qu’inattendues. La quantification des fréquences d’associations et la comparaison des processus se confirment comme des mots clés de nos recherches. Mieux, grâce à des outils théoriques comme le modèle processuel-dual, il est devenu possible de mettre en évidence différents types de stratégies politico-économiques depuis les plus inclusives, décentralisées et démocratiques, sous le régime communautaire, jusqu’au plus exclusives, centralisées et despotiques sous le régime des réseaux. 

Ces sociétés “princières”, développées à partir d’une stratégie de réseaux à longues distances, se sont sans doute approchées au plus près du stade le plus extrême de centralisation et de despotisme, pour des sociétés non étatiques et non urbaines. Et elles ont échoué de manière emblématique. Cette approche théorique nous permet enfin d’interpréter la documentation archéologique en introduisant ce paramètre crucial pour la compréhension de l’évolution sociale : les types de régime politique. Cette donnée, parfois frôlée, mais jamais ancrée sur des éléments concrets, permet enfin de combler la principale lacune des typologies sociales existantes, élaborées en fonction des formes d’organisation sociale. À l’évidence, toutes les entités politiquement autonomes ont eu des gouvernants plus ou moins autoritaires, en particulier dès qu’ils ont été investis d’un pouvoir coercitif. Leur mode de gouvernance gagne en intelligibilité si l’on interprète les pratiques funéraires et les contextes domestiques sous l’angle de la théorie processuelle-duale ; principe qui éclaire les vestiges des chefferies complexes examinées dans le présent ouvrage.

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Note

  1. Lors de la fouille du site gallo-romain de la porte de Chaillouet, un niveau stratigraphique du Ha D2-D3 a été reconnu par un sondage profond mais limité. Il a fourni du mobilier céramique du Hallstatt final (Deborde & Gry 2015, 74, fig. 15).
ISBN html : 978-2-35613-382-3
DANA_5
Posté le 20/07/2021
EAN html : 9782356133823
ISBN html : 978-2-35613-382-3
Publié le 20/07/2021
ISBN livre papier : 978-2-35613-360-1
ISBN pdf : 978-2-35613-359-5
ISSN : 2741-1508
17 p.
Code CLIL : 4117 ; 3385
DOI : 10.46608/DANA5.9782356133823.22
licence CC by SA

Comment citer

Brun, Patrice, Chaume, Bruno, “Une tendance inachevée vers l’urbanisation en Celtique nord-alpine (575-450 a.C.) / An unfinished trend: towards urbanisation in Celtic regions north of the Alps (575-450 BC)”, in : Brun, Patrice, Chaume, Bruno, Sacchetti, Federica, éd., Vix et le phénomène princier, Actes du colloque de Châtillon-sur-Seine, 2016, Pessac, Ausonius éditions, collection DAN@ 5, 2021, 367-390, [en ligne] https://una-editions.fr/une-tendance-inachevee-vers-urbanisation-en-celtique-nord-alpine [consulté le 23 juillet 2021].

Au téléchargement

Contenu(s) additionnel(s) :

Accès au livre Vix et le phénomène princier
Illustration de couverture • Vix en 3D (©Jochen Stuhrmann, Hambourg) ; Char de Vix (©Jochen Stuhrmann, Hambourg).
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